BIBLIOTHEQUE
DE L'ÉCOLE
DES CHABTES
LV.
IMPRIMERIE DAUPELEY-GOUVERNEUR, A NOOENT-LE-ROTROU.
BIBLIOTHÈQUE
DE L'ÉCOLE
DES CHARTES
REVUE D'ÉRUDITION
CONSACREE SPECIALEMENT A L'ÉTUDE DU MOYEN AGE.
LV.
ANNÉE 1894.
-* — -gafea >
^iP
PARIS
LIBRAIRIE D'ALPHONSE PICARD ET FILS
RUE BONAPARTE, 82
-1894
'35
t. 5D"
QUESTIONS MÉROVINGIENNES
VII.
LES ACTES DES ÉVÊQUES DU MANS.
(Suite K)
5. — Les chm^tes des « Actus pontificum » relatives aux
monastères du diocèse.
Les chartes (royales, épiscopales, ou autres), dont le texte est
rapporté dans les Actus pontificum Cenomannis in U7^he
degentium, sont au nombre de 49, — 43 mérovingiennes,
6 carolingiennes, — 30 relatives aux monastères du diocèse,
4 aux privilèges de l'évêché, 15 (dont deux testaments d evêques)
à ses domaines, — savoir :
Chartes
Chartes
mérovingiennes
carolingiennes
Total
Monastères : Saint-Calais
il
\
>I3
Notre-Dame
7
\
8
Saint-Longis
3
»
3
Saint- Vincent
2
»
2
Saint-Martin
i
1»
\
Saint-Ouen
\
»
\
Tuffé?
\
»
\
Ghàlons
\
»
\
28 2 30
1. Voyez le volume précédent, p. 597.
6 QUESTIONS MEROVINGIENNES.
Privilèges : Immunité 2
Choix des ducs ou comtes i
Monnayage 4
2
4
Domaines
Testaments
Ardin et Gauriac
Clievrenolle
Confirmations générales
2
8
»
»
i
»
3
2
9
i
3
U
-15
Total
A3
6
49
L'examen successif de ces séries va montrer que, dans l'en-
semble, les pièces fausses et les pièces authentiques (un certain
nombre de celles-ci plus ou moins gravement interpolées) se pré-
sentent en nombre à peu près égal ; mais elles sont inégalement
réparties. Les chartes relatives aux monastères sont en majorité
fausses, les autres en majorité authentiques. Les chiffres suivants
peuvent d'ailleurs donner à l'avance une idée résumée des con-
clusions de l'étude qui va suivre :
CHARTES
ENTIÈREMENT FAUSSES
CHARTES AUTHENTIQUES OU
INTERPOLÉES
mérovin- carolin-
TOTAL
mérovin- carolin-
g'iennes giennes Total
giennes giennes
Total
Monastères
5 n 1 18
U i
12
30
Privilèges
i » i
3 »
3
4
Domaines
» 2 2
U 2
13
15
18
21
25
28
49
Il a déjà été question des deux chartes de l'évêque Domnole,
en date du 6 mars 572 et du 4 septembre 581 , relatives au monas-
tère de Saint-Vincent. On a vu :
1° Qu'elles sont authentiques ;
2" Qu'elles se trouvaient, au temps d'Aldric, dans les archives
de l'abbaye de Saint- Vincent , où l'évêque les découvrit quand
une concession de Louis le Pieux lui eut donné autorité sur ce
monastère ;
3" Que les Actus i^ontificum en ont emprunté le texte aux
Gesta Aldrici;
VII. — r LES ACTES DES EVEQUES DU MANS, 7
4" Qu'en même temps qu'il copiait ce texte, l'auteur des Actus
l'a falsifié, en interpolant dans l'une des deux chartes une clause
favorable aux prétentions de révêché : « et sub jure memoratç
Cenomannensi çcclesiae juste et légitime esse debere censeo*. »
Cette dernière remarque est importante ; elle précise l'objet du
travail critique à faire sur les documents conservés dans les
Actus. Il n'y a pas seulement à distinguer des chartes authen-
tiques et des chartes fausses; il faudra aussi, dans les chartes
authentiques, distinguer les parties originales et les parties inter-
polées.
Les chartes relatives au monastère d'Anisola ou de Saint-
Calais, au nombre de treize (dont douze mérovingiennes et une
attribuée à Cliarlemagne) , ont été condamnées en bloc comme
fausses par le jugement de la cour du roi Charles le Chauve,
rendu à Verberie le vendredi 29 octobre 8632. l^ condamnation
a été confirmée par le jugement unanime des diplomatistes. Mais
il ne convient pas d'examiner cette série isolément. Il faut rap-
procher les chartes de Saint- Calais de quelques autres, qui
offrent avec elles une ressemblance marquée, notamment de celles
qui concernent le monastère de femmes de Notre-Dame, « intra
fluvium Sartae et murum civitatis, » au Mans (monastère dont
il a déjà été question ci-dessus, § 3 [1893, p. 624]), et le monas-
tère d'hommes de Saint-Pierre, plus tard Saint-Longis.
Nous trouvons dans les Actus, pour chacune de ces trois mai-
sons rehgieuses et pour une quatrième moins importante, l'ora-
toire de Saint-Martin dans la ville du Mans, quatre diplômes
royaux du vi® et du vii^ siècle. L'un, celui de Saint-Martin, est
attribué à un Théodebert ^ ; deux autres, concernant Notre-Dame
et Saint-Calais, à Childebert P""^ ; le quatrième, celui qui concerne
Saint-Longis, à Clotaire IP. Tous quatre ont pour objet de con-
firmer les fondations monastiques en question, fondations faites
par des particuliers et placées, dit-on, par les fondateurs eux-
mêmes sous l'autorité directe des évêques du Mans.
Les éditeurs des diplômes mérovingiens, Bréquigny, Pardessus,
1. Ci-dessus, g 3, 1893, p. 645.
2. Ci-dessus, g t, 1893, p. 599.
3. K. Pertz, p. 122, n° 6; Appendice I, n» 00.
4. K. Pertz, p. 123, n° 7, et p. 124, n" 8; Appendice II, n»' 00 et 00.
5. K. Pertz, p. 134, n» 17; Appendice II, n» 00.
8 QUESTIONS MÉROVINGIENNES.
K. Pertz, s'accordent à considérer ces quatre chartes comme
également apocryphes. Cette opinion est-elle fondée?
Considérées isolément, elles n'offrent, à première vue, aucun
motif grave de suspicion. Le style et les formules conviennent à
l'époque mérovingienne. Les banalités mises en guise d'exorde
(ce que les diplomatistes allemands appellent arenga) sont bien
dans le goût du temps : « Si petitionibus ancillarum Dei vel sacer-
dotibus », ou « servorum Dei vel bonorum hominum, in quod »,
ou « quae, nostris auribus fuerint prolata, ad effectum perduci-
mus, hoc nobis ad aeternae sainte », ou « aeternç salutis prç-
mium, vel stabilitate regni nostri in Dei nomen pertinere confi-
dimus. » Les donateurs sont qualifiés, selon les cas, d' « inluster
vir » ou de « deo devota » ; leurs pétitions sont dites adressées
« clementiae regni nostri », et l'on ajoute qu'ils ont supplié la
majesté royale, « petierunt celsitudini nostrae », de confirmer
leurs donations par un acte écrit de sa volonté souveraine, « ut
hoc per nostram auctoritatem plenius confirmare deberemus. »
Le roi confirme aux donataires la possession des biens donnés,
avec toutes leurs dépendances, « una cum terris, domibus, aedi-
ficiis, mancipiis, vineis, silvis, pratis, pascuis, aquis aquarumve
decursibus, farinariis, pecuhis... » Pour assurer la validité de
la charte, « ut haec preceptio firmior habeatur et in omnibus
conservetur, » le roi la signe de son nom, qu'il écrit de sa propre
main, « manus nostrae subscriptionibus eam subter decrevimus
roborare. » Sa souscription est suivie de celle du référendaire,
avec les mots « jussus obtolus, » faute de copiste facile à corriger
en « jussus obtolit (obtulit), » puis de la date, exprimée par l'an
du règne et le quantième du mois, avec la formule quod fecit,
« dies octo quod facit mensis junius. » Toutes ces tournures sont
familières aux personnes qui ont étudié les diplômes mérovin-
giens. Ajoutons qu'un certain nombre, au moins, des fins de
phrases sont conformes aux lois métriques de la prose latine des
bas siècles' : perlinëre cônfJdïmus, confirmasse cd(j7idscXte, ratio-
nahilïier dêUyâssent , in Dei nomine côJiflrmâtiim, profidant âd-
aûcjmëntum ou proficiat Tn-aïïgmëntum , in omnibus conservëtur,
decrevXmus rôbôrâre.
Chaque pièce, prise à part, n'offre donc rien de bien choquant.
Mais, si on les rapproche, on est étonné de leur parfaite simili-
1. Ci-dessus, g 3, 1893, p. 641.
vu. — LES ACTES DES EVEQUES DU MANS. 9
tude. Ce sont quatre exemplaires d'un même texte : quatre fois
on retrouve les mêmes banalités, les mêmes transitions, les mêmes
formules et les mêmes clauses, exprimées dans les mêmes termes;
les noms propres seuls et quelques détails du dispositif ont été
changés. Ainsi toutes les citations qui précèdent ont pu être
empruntées indifféremment aux quatre diplômes, car les expres-
sions et les passages cités se retrouvent dans tous. Le fait serait
explicable s'il s'agissait des diverses pièces d'un même dossier,
de ces actes successifs par lesquels plusieurs rois, les uns après
les autres, accordaient à une même église des confirmations réi-
térées d'une même concession primitive. Mais nos chartes con-
cernent des monastères différents et se donnent comme rendues à
la requête de différents pétitionnaires. D'ailleurs, la similitude du
texte, si étroite qu'elle soit, n'est pas la circonstance la plus frap-
pante ; plus étrange encore est la similitude des mentions finales,
souscriptions et dates :
Saint -M art in : Theodebertus rex Francorum subs. — Adalgrimus
jussus obtolus [sic] scripsit et subscripsit. — Data dies octo quod
facit presens raense junii anno VII regni noslri Gaptiniaco in Xpisti
nomine féliciter amen.
Notre-Dame : Ghildebertus rex Francorum subscripsit. — Ado-
grimus jussus obtolus [sic^] subscripsit. — Datum dies viii quod
facit presens mensis junius anno VII regni noslri Opatinaco in Xpisti
nomine féliciter amen.
Saint-Calais : Ghildebertus rex Francorum subscripsit. — Ado-
grimus obetoilus {sic) scripsi et subscripsi. —Datum dies octo quod
facit mensis junius anno XV regni nostri Opatinaco in Xpisti nomine
féliciter amen.
Sainf-Longis : Ghlotharius rex Francorum subscripsi. — Xadogri-
mus jussus optuU et subscripsi. — Datum diesviii quod fecit mens,
jan. anno LUI regni nostri Gompendio palatio nostro in Dei nomen
féliciter amen.
Ainsi, les quatre pièces sont censées de trois règnes et de
quatre années différentes; non seulement différentes, mais sépa-
rées par de longs intervalles, car, des premières années de Chil-
1. [Le raanuscril de M. Julien Havet porte obtolus avec un point sur le pre-
mier jambage de Vu; il est difficile de dire s'il a voulu écrire obtolus, qui serait
conforme à la leçon de la charte de Saint-Martin, ou obtolius, qui marciuerait
un acheminement à la leçon obetoilus de la charte de Saint-Calais.]
^0 QUESTIONS MÉROVIXGIENXES.
debert P"" (511-558) aux dernières de Clotaire II (584-629), il y
a plus d'un siècle ; et, sous ces trois rois et à ces quatre dates, le
hasard aurait ramené quatre fois, dans les chartes destinées au
même diocèse, trois noms de référendaires presque semblables,
Adalgrimus, Adogrimus et Xadogrimus. Le même hasard
aurait voulu qu'à des intervalles qui vont jusqu'à un siècle, les
chartes royales pour le Mans fussent données quatre fois le même
jour du mois, le 8, et, trois fois sur quatre, le même jour du
même mois, le 8 juin (la quatrième fois, c'est le 8 janvier, ce qui
ne fait qu'une différence d'une lettre, jan. au lieu de jun.).
Enfin, toujours par hasard, dans trois actes donnés le même jour
du même mois de trois années différentes, la date de lieu aurait
été exprimée trois fois par des corruptions diverses du nom d'une
même villa royale, Captunacum : ici Captiniaco, là Opati-
naco. De pareilles rencontres dépassent la limite des possibilités
fortuites. Elles ne peuvent s'expliquer que par l'imitation répétée
d'un même type, et cette imitation ne peut être que le fait d'un
faussaire. Nos chartes, en dépit de la couleur mérovingienne
qu'elles présentent dans le style et dans les formules, ne sont
donc pas quatre chartes authentiques : elles sont seulement
copiées sur un même modèle authentique. De deux choses l'une :
ou ce modèle ne nous a pas été conservé, et nos quatre chartes en
sont quatre imitations, c'est-à-dire quatre faux; ou l'une d'entre
elles est le modèle, et par conséquent est authentique, et les trois
autres en sont les imitations, et par conséquent sont fausses. En
d'autres termes, il y en a, ou quatre fausses, ou trois fausses et
une authentique. Il n'y a de choix qu'entre ces deux hj^pothèses.
Il faut choisir la seconde. Il y a une des quatre chartes sur
laquelle les trois autres ont été copiées : c'est celle par laquelle
le roi Théodebert confirme la donation des biens composant la
dotation de l'oratoire de Saint-Martin, au Mans, biens donnés,
dit-on, avec l'oratoire lui-même, à la cathédrale du Mans, par
ses deux fondateurs, « vir inluster Eoladius presbiter et Bau-
domalla Deo devota. » Dans les quelques détails où les textes
diffèrent, les leçons de la charte de Saint- Martin sont an-
ciennes et primitives, celles des trois autres en sont des cor-
ruptions ou des imitations maladroites. Le référendaire de
Théodebert, Adalgrimus, nom germanique autlientique*, de-
vient sous le pseudo-Childebert Adogrimus , sous le pseudo-
1. Forstemann [AKdeutsches Namenbucli, I, j). 1471.
VII. — LES iCTES DES EVEQUES DU MANS.
u
Clotaire Xadogrimus. Captiniaco, forme à peine altérée du
nom bien connu Capiunaco^, devient, dans les prétendues
chartes de Childebert, un ridicule et inintelligible Opatinaco.
Au point de vue du style diplomatique, les variantes suivantes
sont toutes à l'avantage de la charte de Tliéodebert :
Childebert /" et Clotaire H :
si petitionis ancillarum {ou ser-
Théodebert : si petitionibus an-
cillarum Dei vel sacerdotibus in
quod nostris auribus fuerintpro-
lata
clementiae regni nostri detule-
runt in notitia
locella noncupantes sitas in pa-
ge Caenomannico [suivent les
notns]
confîrmare deberemus
cujuspetiLione gratanter anime
prestitisse et in omnibus confir-
masse cognoscit[e]
sicut constat. . . delegassent
(pour delegasse)
per hoc preceplum plenius in
Dei nomine confirmatum
vorum) Dei vel bonorum homi-
num quae nostris auribus fue-
rant relata ou fuerit relatum ou
fuerunt relate
clementia regni nostri asseren-
tes nobis per eorum missos inti-
maverunt ou clementiam regni
nostri asserens nobis intimavit
locella proprietatis eorum tam
in pago Caenomannico quam et
in aliis pagis ou res atque man-
cipia... tam in pago Caenoman-
nico quam et in aliis pagis atque
terratoriis
conflrmare fecissemus
quorum petitionibus gratanter
adsensum praestavimus et in om-
nibus confîrmavimus
sicut... delegassent [sans con-
stat) ou sicut... tradidit et dele-
gavit
per hoc preceptum plenius in
Dei nomine confirmamus
1. Dom Germain, dans le De re diplomatica de Mabillon, p. 257. Plusieurs
des documents cités par ce bénédictin sont faux ou interpolés. Les documents
mérovingiens authentiques, datés de Captunaco, Captannaco, Captunnaco ou
Captonaco, sont au nombre de quatre : 1° la présente charte de Théodebert;
2° charte de Berthéfrid, évêque d'Amiens, pour Corbie, vendredi 6 septembre
664 (Bibl. royale de Berlin, ms. Phillipps 1776, fol. 97 v); 3° jugement de
Clovis III, samedi 12 août 691 (K. Pertz, p. 53, n" 59; Letronne, n° XXIV);
4° charte d'Agérad, évêque de Chartres, lundi 6 mars 696 ou mardi 6 mars 697
(Tardif, p. 30, n° 36; Letronne, n» XXXI). On ne sait comment doit être tra-
duit ce nom. Contre les mauvaises identiûcations proposées jadis, Chatou
(Seine-et-Oise) ou Sannois (ibid.), voyez Longnon, Examen géographique du
tome I" des Diplomata imperii (1873, extrait de la Revue critique d'histoire
et de littérature), p. 16.
42 QUESTIO\S MEROVINGIENNES.
Dans la charte de l'oratoire de Saint-Martin, il est dit que les
fondateurs ont construit cet oratoire sur un terrain qui leur
appartenait, « in area ipsorum : » dans les actes relatifs à Notre-
Dame, à Saint-Calais, à Saint-Longis, on assure qu'ils ont bâti
sur un terrain appartenant à la cathédrale, « in area » ou « in
terra sanctae Mariae vel sanctorum martyrum Gervasii et Pro-
thasii matris et Cenomannis civitatis senioris aecclesiç. » La
première clause pouvait constituer une présomption favorable à
l'indépendance de la fondation, peu favorable, par conséquent, à
l'autorité de l'évêque : l'auteur des Actus, qui travaillait dans
l'intérêt de l'évêché, ne l'aurait pas inventée; s'il la donne, c'est
qu'il l'a trouvée telle quelle. La seconde au contraire est bien
imaginée pour appuyer les prétentions de l'évêché sur les trois
monastères. Pour donner à ces prétentions plus de poids encore,
on ajoute que les fondations ont été faites avec le consentement
de l'évêque et, qui plus est, avec son aide, « una cum consensu
Innocenti » ou « Haduindi Cenomannice urbis episcopi... pre-
dicto episcopo consentiente seu adjutorium non modicum prç-
stante. » Dans la charte de Théodebert, les domaines donnés par
les fondateurs pour constituer la dotation de l'oratoire sont énu-
mérés nominativement : « locella noncupantes sitas in pago
Caenomannico Moliniaco, Villa, Levaste, Popiliaco, Aciaco, Ver-
riciaco, Potius, Cipidus. » C'est la donation de ces biens qui est
surtout et principalement confirmée par le roi; l'oratoire lui-
même, « vel ipso Oratorio, » n'est mentionné qu'accessoirement.
La charte de Notre-Dame confirme, elle aussi, non la donation
du monastère, mais celle des biens qui en forment la dotation ;
mais déjà ces biens ne sont plus nommés ; les phrases qui les
désignent sont vagues, de manière à être plus compréhensives et
à pouvoir être interprétées dans le sens le plus avantageux pour
l'évêché : « locella proprietatis eorum tam in pago Caenoman-
nico quam et in aliis pagis, » et plus loin « ipsa loca hereditatis
eorum. » Dans les titres de Saint-Calais et de Saint-Longis, un
pas de plus est franchi ; c'est le monastère qui fait l'objet princi-
pal de la donation et de la confirmation, et ses biens sont l'acces-
soire : « jubemus ut sicut jaradictus domnus Carileffus » ou
« Lonegisilus... ipsum monasteriolum... una cum terris, domi-
bus, » etc., « ad ipsa casa Dei per sua strumenta tradidit et dele-
gavit... ita et inantea... monasteriolum superius nominatum cum
omni integritate ad ipsa predicta casa sanctae Mari»;' et sancti
Gervasii et Protliasii martyris... proficiat in augmentum. j> C'est
VII. — LES ACTES DES e'vÈQUES DU MANS. -13
l'affirmation précise de la sujétion de l'abbaye à l'évêché, c'est-
à-dire du point que notre auteur tenait le plus à établir.
Enfin, les chartes relatives à Notre-Dame, à Saint-Galais, à
Saint-Longis, sont attribuées, ai-je dit, à Childebert I" et à Clo-
taire II, celle de Saint-Martin à un Tliéodebert. Or, les deux
premiers rois sont très connus dans l'histoire mérovingienne, et
leurs noms devaient se présenter d'eux-mêmes à l'esprit d'un
faussaire ; notre auteur les nomme, dans les titres de deux cha-
pitres des Actus^, comme ayant régné, l'un au temps de l'évêque
Innocent, l'autre au temps de l'évêque Haduind. Théodebert, au
contraire, que ce soit Tliéodebert P"" ou Théodebert II, jouit d'une
notoriété beaucoup moindre. Aucune charte de l'un ou l'autre ne
nous a été conservée. Aucun des deux n'est mentionné, ni dans
les titres des chapitres, ni dans le récit des Actus pontiflcum^.
Or, les faussaires se plaisent ordinairement à accréditer leurs pro-
ductions en les attribuant à des princes connus ; c'est ainsi que
nous avons plus de trente chartes fausses sous le nom du seul
Dagobert l"^. Il serait tout à fait improbable que l'auteur des
Actus, fabriquant une pièce apocryphe, eût imaginé de l'attribuer
à un Théodebert. S'il a reproduit ce nom, c'est que son modèle
le lui donnait.
Conclusion : les trois chartes attribuées à Childebert P"" et à
Clotaire II, relatives aux monastères de Notre-Dame, de Saint-
Calais et de Saint-Longis, sont fausses ; la charte de Théodebert,
pour l'oratoire de Saint-Martin, est seule authentique et a servi
de modèle pour fabriquer les trois autres.
Elle n'a pas servi de modèle directement pour toutes les trois ;
les faux ont été fabriqués successivement et copiés l'un sur l'autre.
La charte de Saint-Martin a été imitée dans celle de Notre-Dame ;
celle de Notre-Dame a été imitée dans celle de Saint-Calais ; celle
de Saint-Galais a été imitée dans celle de Saint-Longis. Cette
1. VIII. « Gesta domni Innocentis Cenomannicae urbis episcopi, qui fuit tem-
poribus Anastasii imperatoris et Chlodovei prirai Francorum régis christiani et
Chiideberti filii ejus. » Vet. Anal., in-S", III, p. 74. — XII. « Gesta domni
Hadoindi Cenomannicae urbis episcopi, qui fuit ultimo terapore Clotharii filii
Hilperici et tempore Dagoberti... et... Chlodovei... » Jbid.^ p. 146.
2. Il est question de Tliéodebert II dans le testament de saint Bertrand,
rapporté à la suite du chapitre de cet évêque, mais non dans ce chapitre
même; notre auteur n'a pas relevé et probablement pas compris la mention
assez peu claire que le testament fait de ce roi.
^4
QUESTIONS MÉROVINGIENNES.
filiation résultera suffisamment du relevé de quelques variantes,
qui permettent de suivre, d'une pièce à l'autre, l'altération pro-
gressive des leçons premières :
Saint-Martin: Notre-Dame: Saint - Calais : Saint -Longis :
m area ipso-
rum
oratorio. . .
conslruxerunt
locellas non-
cupantes...
si tas in pago
Gaenomannico
in area san-
ctae Mariae
monasterio -
lum quoddam
...construere
coeperunt
locella pro-
prieLalis eorum
tam in pago
Gaenomannico
quam et in aliis
pagis
precipientes enim ut
sicut constat sicut... dele-
... delegassent gassent [sans
(^owrdelegasse) constat)
ipsa loca {5Wî- ipsa loca he-
vent les noms) reditatis eorum
ipsa loca superius nominata
cum omni integritale earum
ad ipsa casa sancli Gervasii et
Prothasii
in terra sanctae Mariae
monasterio - monasterio -
lum quoddam lum quoddam
. . . construxit . . . construxit
vel aedificavit vel reaediflcavit
res atque mancipia quae ad
ipsum monasteriolum... tradilae
sunt
tam in pago Gaenomannico
quam et in aliis pagis atque ter-
raloriis
precipientes enim jubemus ut
sicut. . . tradi- sicut. . . tradi-
dit et delegavit dit atque dele-
gavit
ipsum monasteriolum quod...
aedificavit
monasteriolum superius nomi-
natum cum omni integritate
ad ipsa casa ad ipsa prae-
sanctae Mariae dicta casa san-
et sancti Gerva- ctae Mariae et
sii et Protliasii sancti Gervasii
et Prothasii
eam subter decrevimus roborare
Adalgrimus
Adogrimus
subter eum
decrevimus ro-
borare et nostro
sigillé sigillare
Xadogrimus
VII. — LES ACTES DES ÉVÉQUES DO MANS. ^5
dies octo diesvmquod dies octo diesvirrquod
quod facit pre- facit presens quod facit men- fecit mens. jan.
sens mense ju- mensis junius sisjunius
nii
anno vu regni nostri anno xv regni annoLiirregni
nostri nostri
Gaptiniaco Opalinaco Compendio
■ — -^ — ^-ii^ — — palatio nostro
In Xpisti nomine In Dei nomen
La traduction de la date d'une pièce fausse en années de notre
ère, en mois et en quantièmes, ne peut avoir ni valeur ni signifi-
cation précise; ce n'est qu'un expédient commode pour classer
les pièces dans un catalogue. A ce point de vue seulement, disons
que la date de la fausse charte de Childebert P"", relative au
monastère de Notre-Dame, répond au 8 juin 518 et celle de la
fausse charte du même roi, relative à Saint-Calais, au 8 juin 526.
Il est bien difficile, même sous le bénéfice de la réserve précé-
dente, d'attribuer une date à la fausse charte de Saint-Longis :
elle est dite de la 53® année de Clotaire II, qui n'a régné que qua-
rante-cinq ans et quelques jours ! Dans un catalogue chronolo-
gique, il faudrait lui donner place au 8 janvier de la dernière
année complète de ce roi (la 45*), c'est-à-dire au 8 janvier 629.
Laissons ces enfantillages et revenons à la seule charte authen-
tique de nos quatre, celle de Théodebert pour Saint-Martin du
Mans. Elle a jusqu'ici passé pour apocryphe, non sans apparence
de raison, car elle offre une grosse difficulté chronologique. EUe
porte en tête et à la fin le nom du roi Théodebert, et dans le corps
de l'acte est mentionné l'évêque du Mans, Domnole : « ad çccle-
siam sancti Gervasii et Prothasii martyris vel domno Domnolo
episcopo qui ibidem ad presens custos preesse videtur. » Or Théo-
debert ?■■ a régné de 534^ à 548 2, Théodebert II d'août 589 ^ à
612'*, et Domnole a été évêque du Mans de 559 à 581 ^ Aucun
1. Grégoire de Tours, Hist. Franc, III, 23; édit. Arndt et Krusch, p. 131.
2. Ibid., III, 36, p. 138, et IV, 51, p. 187; Marius d'Avenches, dans les Monu-
menta Germaniae, in^", Auct. antiquiss., XI, p. 236.
3. Grégoire, IX, 36, p. 391.
4. Chronique dite de Frédégaire, IV, 38; édit. Krusch, p. 139.
5. Ci-dessus, 1893, p. 635.
^6 QUESTIONS MÉROVINGIENNES.
moment de son épiscopat n'a donc coïncidé avec aucun moment
du règne de l'un ou l'autre Théodebert. Comment expliquer cette
anomalie?
On pourrait être tenté de penser à un autre Théodebert, au fils
de Chilpéric F", qui, en 573, par ordre de son père, occupa et
envahit la Touraine, le Poitou et autres territoires de cités « citra
Légère sitas, » c'est-à-dire sur la rive gauche de la Loire, jusques
et y compris le Limousin et le Quercy ^ Suivant un texte hagio-
graphique, la Vita Aredii, les habitants du territoire envahi
donnaient à ce prince le titre de roi^ Mais cette royauté, d'après
ces récits même, ne s'exerça que sur les territoires d'Aquitaine,
qui appartenaient à Sigebert, roi d'Austrasie, et que Théodebert
avait conquis sur celui-ci. Le Maine appartenait à Chilpéric, et
rien n'autorise à supposer qu'il ait cédé son autorité sur cette
cité. Les deux chartes de l'évêque Domnole pour Saint-Vincent,
l'une de 572 (avant l'expédition de Théodebert), l'autre de 581
(après la même expédition), sont datées l'une comme l'autre du
règne de Chilpéric. La sujétion du Maine au même prince est
attestée, par Grégoire de Tours, à diverses autres reprises, en
576 et en 5783.
Pour trouver le vrai remède, il faut voir s'il n'y a pas dans la
pièce d'autres difficultés que celle de la date. Il y en a au moins
deux : l'incohérence dans la désignation des objets de la donation
confirmée, et l'octroi de la confirmation à la requête des dona-
teurs. Dans la première partie de la charte, la donation comprend
une série de villages attribués à l'église du Mans, en même temps
que l'oratoire même de Saint-Martin, dont ils forment la dota-
tion : « locella noncupantes (tels et tels), cum omnes adjacen-
tias... cum omni re inexquisita vel ipso oratorio; » dans la
seconde partie, il n'est question que des villages : « ipsa loca
1. Grégoire, IV, 47, p. 183.
2. « Quamquani sciam vos regein meluere Theodobertum : » Ruinarl, Grego-
rii Turonensis opéra, col. 1299; Acta sanctorum augusii, V, p. 189-190; de
Foncemagne, dans l'Histoire de l'Académie des inscriptions, VII, 278-280 :
Rome, biblioliièquc Villorio-Einaïuiele, ras. Farf. 29 (341), fol. 32-52. J'ai coanu
ce manuscrit par une collation qu'a bien voulu nie communiquer M. le D' Mruno
Krusch, qui prtq)are une édition de cette Vita. — Cf. aussi Mabillon, Acta
sanctorum ordinis saiicti Benedicti, I, p. 289, 291.
3. Grégoire, V, 1, i, li, 26, p. 192, 195, 201, 221; Longnon, Géographie de
la Gaule au VI' siècle, p. 295, 296.
vu. — LES ACTES DES ÉVÈQUES DU MANS. 47
superius nominata cum omni integritate earura... proficiant ad
augmentum. » D'autre part, dans toutes les confirmations méro-
vingiennes qui nous sont parvenues, c'est le donataire, intéressé
à la validité du don, qui en sollicite et en obtient la confirmation,
et rien n'est plus naturel ; ici, contrairement à l'usage et contrai-
rement au sens commun, la confirmation du don est accordée aux
supplications des donateurs, Eoladius et Baudomalla. Est-ce
croyable ?
Ces diverses difficultés résident, non dans l'ensemble de la
charte, mais dans un seul passage, qui les renferme à la fois
toutes les trois. Je veux parler de ces deux lignes, qui suivent la
désignation des villages donnés « cum omnes adjacentias, cum
omni re inexquisita, » etc. :
...vel ipso oratorio, ad çcclesiam saneti Gervasii et Prothasii mar-
tyris vel domno Domnolo episcopo qui ibidem ad presens custos
preesse videtur...
Qu'on supprime par la pensée ces deux lignes : la difficulté de
date disparaît, avec le nom de l'évêque Domnole; l'incohérence
dans la désignation des objets donnés disparaît, avec la mention
de l'oratoire comme l'un de ces objets; l'anomalie de la confirma-
tion accordée à la requête des donateurs disparaît aussi. En efiet,
s'il n'est plus question du don de l'oratoire à l'évêché, le dona-
taire des biens dont il s'agit ne peut plus être que cet oratoire
lui-même, oratoire dont les requérants sont les fondateurs et par
conséquent les administrateurs. Ce n'est plus à titre de donateurs
qu'ils ont sollicité cette confirmation, c'est à titre de représen-
tants juridiques de l'établissement religieux qui leur doit son
existence. On s'explique mieux alors la nécessité de la confirma-
tion royale : ils ont créé ce qu'on appelle en droit une personne
morale, ils veulent maintenant lui attribuer des biens ; cela ne
peut se faire, dans la plupart des législations, anciennes ou
modernes, sans le consentement de l'autorité pubhque. — Or,
cette courte clause, dont l'élimination suffirait à faire disparaître
toutes les pierres d'achoppement, est aussi la seule qui intéresse
le temporel de l'évêché, la seule, par conséquent, que l'auteur
des Actus ait eu intérêt à introduire dans la pièce. Tout alors
devient clair : nous avons affaire à une interpolation semblable à
celle qui se trouve dans la seconde charte de saint Domnole pour
l'abbaye de Saint-Vincent. La vraie charte de Théodebert ne
1894 2
\S QUESTIONS MÉROVINGIENNES.
contenait que la confirmation, à l'oratoire même de Saint-Mar-
tin, de la dotation qui lui avait été constituée par ses fondateurs.
Le faussaire des Actus, en y ajoutant deux lignes de son cru, en
a fait un titre pour l'évêché, titre qui devait rendre celui-ci
maître à la fois de l'oratoire et de ses biens.
Pour supprimer l'interpolation et restituer le texte authen-
tique de l'acte, il n'y a que deux raccords à faire. Dans le pas-
sage qui vient d'être cité, il faut remplacer « vel ipso oratorio »
par « ad ipso oratorio » et supprimer les mots suivants, depuis
« ad çcclesiam » jusqu'à « custos preesse videtur. » Plus loin, à
la fin de la pièce, où l'on lit à deux lignes de distance deux
expressions qui font disparate entre elles, « ipsa casa Dei » et
« ipsa casa sanctiGervasii et Prothasii matris (jcclesiaeS » il faut
lire, les deux fois, « ipsa casa Dei » tout court, c'est-à-dire
l'oratoire de Saint-Martin ; les noms des saints Gervais et Pro-
tais ont été, ici encore, ajoutés par l'interpolateur.
Théodebert 1^^ n'a jamais régné sur le Maine 2. Théodebert II,
au contraire, a possédé cette cité : cela résulte, non du témoi-
gnage des historiens, mais d'une pièce qui sera examinée dans la
suite de ce travail, le testament de l'évêque Bertrand s. D'après
Grégoire de Tours, il fut proclamé roi, du vivant de son père,
Childebert II, en août 589^. La charte datée du 8 juin de sa
7« année serait donc, si les chiffres ont été transcrits exacte-
ment (ce qui n'est nullement certain), du vendredi 8 juin 596.
C'est, en tout cas, la plus ancienne charte royale connue.
Le même testament de Bertrand, écrit en 616, mentionne un
abbé Eoladius, de qui ce prélat (évêque depuis 586 ou 587) avait
acheté des vignes, prés et terres situés sur le côté droit de la
route du Mans à Pontlieue : « vineolas, pradela vel terra turium
quod in dextera parte de strada est qui vadit ad Ponteleugua,
1. Ou plulùt ad ipsa casa sancli GervasH et Prothasii martijris, leçon que
donnent les trois chartes fausses de Notre-Dame, de Saint-Calais et de Sainl-Lon-
gis, et qui par conséquent devait se trouver dans celle de Saint-Martin, quand,
sortant des mains de l'interpolateur, elle a été reprise par lui et lui a servi
de modèle pour fabriquer celle de Notre-Dame. La substitution de matris à
martyris et l'addition d'^cc/esiae (seconde faute qui est la conséquence de la
première) sont imputables au copiste du xiii" siècle (toute cette fin de l'acte
manque dans le ms. Baluze 45).
2. Longnon, Géographie de la Gaule au VI' siècle, p. 295.
3. Ci-après, p. 000. [L'examen de ce testament n'a pas été écrit.]
4. Grégoire de Tours, IX, 3G, p. 391.
VII. — LES ACTES DES e'vÊQCES DD MANS. •19
quem de renerabili fratre meo Eoladi abbati comparavi'. » C'est
évidemment celui à qui est accordée notre charte. Le mot abbati
prouve que, par le terme d'oratoire, « oratorio in honore sancti
Martini, » il faut entendre une sorte de monastère. C'est peut-
être du même établissement qu'il s'agit aussi dans un passage où
Grégoire de Tours parle d'une basilique de Saint-Martin, consa-
crée par l'évèque du Mans Badégisil : « Invitatus autem Bade-
gyselus Cenomannorum episcopus quodam loco diocesis suae ad
basilicam beati viri et nomiue et reliquiis consecrandam^ » Il n'y
a pas contradiction entre ce « quodam loco diocesis suae » et le
« infra mui'ania Cenomaunis » de la charte : Grégoire, répétant
un récit qu'il devait tenir d'autrui, pouvait n'avoir pas la notion
précise du lieu dont il parlait. Badégisil fut évèque du Mans de la
fin de 581 à la fin de 586. La fondation de l'oratoire de Saint-
Martin serait donc antérieure de plus de dix ans à la confirma-
tion de biens qui lui fut accordée par Théodebert.
Cette fondation, quelle qu'en soit la date précise, fut assez
durable. En 616, Bertrand, dans un autre article de son testa-
ment, la désigne toujours sous le nom d'oratoire de Saint-Martin,
au nombre des églises auxquelles il lègue une somme ou une
valeur de 5 sous d'or^. Auix"^ siècle, au temps d'Aldric, la « cella
sancti Martini infra murum civitatis » possédait un certain
nombre de domaines ruraux, villae ; un acte du 31 décembre 832,
de l'empereur Louis le Pieux, nomme ces villae parmi celles
dont les dîmes et nones doivent appartenir à la cathédrale du
Mans^. Avant ses biens à elle, la cella devait avoir aussi ses
archives : c'est là que l'auteur des Actus aura vu et copié (pour
la dénaturer) la charte du roi Théodebert IL
C'était le seul titre ancien qui subsistât alors dans ces archives,
car c'est le seul que le compilateur des Actus pontificum en ait
tiré. Il n'y a pas trouvé l'acte même de la donation d'Eoladius et
de Baudomalla au monastère fondé par eux, acte qui fait l'objet
1. Ci-après, Appendice I. n» 000. g 32.
2. De virtutibus S. Martini, III, 35; édit. Arndt et Krusch, p. 641. —Cf.
Longnon, Géographie de la Gaule au VI' siècle, p. 298.
3. a Ad oratoria domni Martini, domni Victorii vel sancti Pétri infra moros
dabis in aururn ia caballo» sol. v. s Appendice I, n° 00, g 107.
4. « Et de omnibus Yillis quç ad cellam sancti Martini infra murum civitatis
pertinent. » Gesta Aldrici, XI, p. 40 (Miihlbacher, n° 883).
20 QDESTrONS MÉROVINGI£\.\ES.
de la confirmation de Théodebert. Au contraire, pour chacun des
trois monastères de Notre-Dame, de Saint-Galais, de Saint-Lon-
gis, il donne deux actes privés émanés des fondateurs, actes qui
avaient, dit-il, précédé chacune des chartes royales et que
celles-ci avaient pour but de confirmer. Ces actes sont trois dona-
tions et trois précaires, consenties toutes les six à l'évêque et à
l'église du Mans. La donation de Notre-Dame émane de deux
époux, Hareyarius et Truda, et de leur fille Tenestina, qua-
lifiée Deo sacrala^; la précaire, postérieure de quelques années,
porte le nom de Ténestine seules Les donations et les précaires
de Saiut-Calais3 et de Saint-Longis'' sont présentées comme
l'œuvre des deux saints dont ces monastères ont pris les noms,
Carileffus et Lonegisilus.
Ces quatre derniers actes, mis sous les noms de saint Calais et
de saint Longis, sont des faux dont la grossièreté, touchant au
ridicules dispense de toute discussion. Il n'en est pas de même
des deux titres du monastère de Notre-Dame : la donation d'Ha-
régaire et la précaire de Ténestine. Ici le faux se mêle au vrai
d'une façon déconcertante, et on est assez embarrassé, à pre-
mière vue, pour former un jugement. La seule solution à laquelle
on puisse s'arrêter est qu'ici encore nous avons afiaire à des
documents authentiques, mais viciés par des interpolations con-
sidérables.
L'authenticité est attestée par l'emploi de tournures ou de
formules qui appartiennent au style des actes mérovingiens et
qui ont cessé d'être en usage après la première race. Ainsi
l'exorde de la donation d'Harégaire, « Dum fragilitas humani
generis pertimescit, » etc., se rencontre plusieurs fois dans les
1. Mabillon, Vel. Anal., in-8% III, p. 88; Pardessus, I, p. 72; Appendice,
n» 000.
2. Vet. Anal., III, p. 92; Pardessus, I, p. 94; Appendice, n» 000.
3. Vet. Anal., III, p. 80, 84; Pardessus, I, p. 96, 98; Appendice, n" 000.
4. Vel. Anal., 111, p. 151, 155; Pardessus, I, p. 222, 224; Appendice, n»' 00.
5. Les deux saints, oubliant complètement la différence qui doit séparer et
qui a séparé toujours le genre narratif du genre juridique, racontent en grand
détail, dans ces jtrétcndus contrats, l'histoire de leur vie, de leurs pérégrina-
tions, des commencements de leurs fondations religieuses. Ces récits sont natu-
rellement d'une conformité rigoureuse avec les traditions adoptées par l'auteur
des Actus ponlificum. — Entre autres redevances stipulées au profit de l'évé-
clié, Longis promet chaque année duo modia vini, Calais butliculas d^ias
paratas, plenas de opiimo vino, l'un et l'autre ad opus canonicorum!
Vir. — LES ACTES DES EVÊQUES DU MANS. 2-1
formules 1 et dans les actes ^ ; il présente des jBns de membres de
phrases conformes aux lois de la prose métrique des bas siècles ^.
Mais, dira-t-on, le faussaire a pu le copier sur une pièce authen-
tique. Sans doute; mais, s'il avait eu entre les mains une autre
pièce mérovingienne, aurait-il résisté à la tentation d'en grossir
son recueil? Je ne le pense pas. Après s'être servi de la charte de
Théodebert II en faveur de Saint-Martin pour fabriquer sur ce
modèle trois fausses chartes de Childebert P"" et de Clotaire II, il
a tenu à utiliser le modèle lui-même et lui a donné place dans son
livre, à côté des copies qu'il en aA^ait faites. Il nous aurait conservé
de même le modèle de l'exorde de la donation d'Harégaire, s'il
en avait eu un. Et, s'il n'en a pas eu, il faut que la pièce soit
authentique, car ce n'est pas lui qui aurait su, au ix* siècle,
écrire en bonne prose mérovingienne. — Plus loin, « pro reme-
dium animae nostrae et remissionem peccatorum nostrorum, ut
çternam in futurum apud Dominum consequi mereamur, » est
également conforme a une formule mérovingienne conservée par
le recueil de Marculfe^. Seulement, au lieu de l'adjectif aeter-
nam, qui, isolé, ne signifie rien^, Marculfe donne le substantif
veniam : aeterna^n dans notre texte ne peut donc être qu'une
faute de copie, faute facilitée par la forme de I'm, qui, en cursive
mérovingienne, ressemble à un a minuscule carolingien. La
même formule nous offre le modèle textuel des dix ou douze der-
nières lignes de notre acte, contenant la clause pénale, depuis
« Licet in cessionibus » jusqu'à « cum stipula tione subnixa. » —
Les noms des donateurs, Haregarius, Truda, Tenestina, sont
1 . Formulae Arvei'nenses, n" 3 ; Marculfe, II, 2 et 4 ; Formulae Turonenses,
Addit. 1 ; Formulae Merkelianae, i (E. de Rozière, n" 64, 175, 345, 195, 194;
Zeumer, p. 30, 74, 76, 159, 241).
2. Brandi, Die Reichenauer Urkundenfalschungen (1890, 111-4°), p. 89, 91.
3. 0 Dura fragilitatis (lisez fragilitas) humant generis pertimescit ultimum
vitae tempore [lisez ultima vilae tempora) subitanea transposiliône vèntûra,
oportet ut non inveniat unumquemque honiinem împàrâtum, ne sine ali-
quo boni operis respectura vïigrât de-[k5c]-sëcïilo, nisi dura suo jure el
polestâtë cônsistit, preparet sibi viam salutis per quani ad Çternam valeat
healUudinem përvënlre. » Pour la correction de de seculo en de hoc seculo,
voyez Brandi, ibid.
4. Marculfe, II, 4 (E. de Rozière, n» 345; Zeumer, p. 76).
5. Mabillon et les éditeurs qui l'ont suivi donnent xiernam mercedem, mais
ce dernier mot a été ajouté par conjecture; il n'est dans aucun des deux manus-
crits.
22
QUESTIONS MEROVINGIENNES.
rares, mais n'ont rien d'invraisemblable. On ne s'étonne pas de
les rencontrer dans un texte authentique, et on s'étonnerait qu'un
faussaire les eût inventés. Dira-t-on qu'il les a pris dans la tra-
dition? Ce n'est pas probable, car rien n'indique l'existence d'une
tradition à ce sujet. Les Gesta Aldrici prononcent une seule
fois le nom de Ténestine et ne font aucune mention de son père et
de sa mère*; les Acius pontifîcum ne leur consacrent à tous
trois que quelques lignes fort sèches, dont toute la substance
paraît tirée de la donation même^ Le nom de la mère de Ténes-
tine, écrit au commencement de l'acte, au nominatif, Truda,
devient, à la fin du même acte, au génitif, Trudane : « Signum
Trudane uxore ipsius. » C'est la déclinaison régulière des noms
de cette forme en latin mérovingien : un faussaire carolingien
n'aurait pas su décliner ainsi. — Enfin, l'avant-dernier para-
graphe de la donation, la clause qui précède immédiatement la
clause pénale, est encore la reproduction textuelle d'un passage
de Marculfe. Et l'on ne saurait imputer à l'auteur des Actus
d'être allé chercher ce passage, dans Marculfe ou ailleurs, pour
l'insérer ici : car, d'une part, il y a fait quelques fautes de copie,
dont l'une, rem data pour remota, rend toute la phrase inin-
telligible 3; et, d'autre part, cette clause, si l'on en rétablit le vrai
texte, a pour but d'interdire toute entreprise de l'évêque sur les
biens du monastère, c'est-à-dire de repousser à l'avance les pré-
tentions que notre écrivain s'attache précisément à soutenir. Il
est donc clair qu'il n'y a rien compris, et qu'il n'a fait que la
copier de son mieux telle qu'il l'a lue ou qu'il a cru la lire dans
le document original :
Marculfe : Ea scilicet ratione Harégaire : Ea scilicet ralione
alquc pretexto ul remota ponti- atquc prétexte ut rem data pon-
ficum simulque ecclesiasticoruni tificis simulque çcclesiasticorum
omnium offîcialium seu publico- om\\\\\m ponti ficalium seu publi-
1. « SanctÇ TencstinÇ precipue virginis quÇ et raonasteriolum sanctç Mariç
in rcbiis senioris '.'cclesiç una cum adjiilorio sancti Innocentis prefixÇ urbis
episcopi conslruxit » [Gesta Aldrici, XLIV, p. 124).
2. Vel. Anal., in-S-, 111, p. 78. — La Vie de saint Rigomer, publiée par
l'abbé Lebeuf, Dissertations sur l'hist. de Paris, I, p. 211, est évidemment
l)ostérieurc aux Actus et inspirée de leur récit. Si notre auteur avait pu la
connaître, il n'eût j)as manqué d'orner son ouvrage des détails merveilleux
qu'elle renferme.
3. 11, 4 (E. de llozière, n° 345; Zeumer, p. 76).
Vri. — LES ACTES DES EVEQUES DU MANS.
23
rum omnium potestale, nuUas
functiones vel exaclionis neque
exquesita et lauda convivia, neque
gratiosa vel insidiosa munu-
scola, neque etiam caballorum
pastus aut paraverida vel carra-
rum angaria, aut quodcuraque
functiones titulum dici potest de
ipsa facultate paenitus non requi-
ratur, sed sub intégra emuni-
tate facultaticola ipsa sicut a me
hucusque possessa est, in jure
oraturio sanctae Mariae et pre-
dictorum pauperum debeat Deo
protegente et opitulante persi-
sterez
corum omnium potestatc privan-
das nullas functiones vel exa-
ctiones neque exquisita et lauda
convivia, neque gratiosa vel in-
sidiosa munuscula, neque etiam
caballorum pastus atque parave-
reda vel angaria aut in quod-
cumque functiones lilulnmjudi-
ciaria potestate dici potest de
ipsa facultate paenitus non re-
quiratur, sed sub intégra emu-
nitate facultaticula sicut a nobis
hucusque possessa est, in jure
oratorio sanctae Mariae et pre-
dictorum sanctorum apostolorum
... debeat Deo protegente et opi-
tulante consistere.
L'interpolation est attestée par la contradiction qui existe entre
les diverses parties de la pièce. Au commencement d'une phrase,
les auteurs de l'acte font donation de tous leurs biens au monas-
tère qu'ils ont fondé, et, dans la suite de la même phrase, ils ins-
tituent héritiers l'évêque et la cathédrale du Mans; ainsi ils
donnent leurs biens à l'un et les lèguent à l'autre :
Et omnes res nostras atque mancipia quem ex légitima succes-
sione nobis obvenerint totum et ad integrum ad jamdictum mona-
sterium per hoc testamentum conditîonis tradidimus atque conflrma-
vimus, et post nostrum discessum jamdicta aecclesia sanctae Mariae
et sancti Gervasii et Prothasii Cçnomannis civitate constructa vel
ejusdem pontificis heredes instituimus et eos appellare volumus.
Ici il ne s'agit que des biens des fondateurs, donnés d'abord au
monastère, puis à l'évêché; plus loin, c'est le monastère lui-même
qui est donné à la cathédrale :
Ad partibus sanctae Mariae et sanctorum martyrum Gervasii et
Prothasii Cenomannis civitate vel ejusdem pontificis ipsum mona-
l. Marculfe, II, 1 (E. de Rozière, n" 571; Zeumer, p. 71). — Remarquer les
fins des membres de phrases, toutes correctes au point de vue de la métrique :
omnium potêstâte, laûdà convivia, insidiôsd mûnûscola, carrârum
âagària, paenitus nôn-rëquirâiur, hucusque pôssèssa-est , opilulântë
pêrslstêre.
24 QUESTIONS MÉROVINGIENNES.
steriolum cum omnes res ad se pertinentes... in vestram faciatis revo-
care polesLaLem vei dominalionem.
Il a été dit que le monastère posséderait ses biens en dehors de
tout pouvoir et de toute ingérence de l'évêque et de ses agents,
« rem[o]ta pontiâcis simulque çcclesiasticorura omnium ponti-
ficalium [pour officialium] seu publicorum omnium potestate, »
et avant la fin de la même phrase on trouve une incise qui subor-
donne la propriété du monastère à l'évêché :
sed sub intégra emunilate faculLaticula sicut a nobis hucusque
possessa est, in jure oratorio sanctae Mariae et predictorum sancto-
rum apostolorum, sub jure et potestate et dominatione sanctae
Mariae matris Domini nostri Ihesu Xpisti vel sanctorum martyrum
Gervasii et Prothasii et eorum rectoribus atque pontificis, debeat
Deo protegente et opitulante consistere.
La contradiction est dans la forme autant que dans le fond.
Tantôt la cathédrale et l'évêque sont nommés à la troisième per-
sonne :
apud domno ac venerabile sede apostolico Innocenti Cçnoman-
nicQ çcclesiae presule deprecavimus una cum sancta congregatione
in ipsa urbe consistentes ut per beneficium nobis concederet...
tantôt ils sont apostrophés à la seconde personne, comme si l'acte
leur était adressé :
et post nostrum Deo jubente de hac luce discessum, sicut superius
insertum est, vos aut rectores, presules, successoresque vestros in
vestram faciatis revocare potestatem vel dominationem...
Dans un des passages précédemment cités, les deux tournures
incompatibles sont réunies en une même phrase :
ad partibus sanctae Mariae et sanctorum martyrum Gervasii et
Prothasii Genomannis civitatevel ejusdem pontificis... quae de rébus
vcstris pcr vcstrum beneficium a vobis accepimus... in vestram
faciatis revocare potestatem...
Bien plus, dans une phrase du milieu de l'acte, les rôles sont
intervertis, et c'est l'évêque qui, à son tour, parle à la première
personne :
(iUjus petitionis libenter animo susccpimus et concessimus eis per
Vir. — LES ACTES DES e'vÊQUES DU MANS. 25
nostrum beneficium ipsam aream ad ipsum monasterium facien-
dum...
Tout cela est incohérent et trahit la main d'un interpolateur
maladroit. Cet interpolateur travaillant, nous le savons, dans
l'intérêt de l'évêché, on est autorisé à lui attribuer les clauses
favorables à l'évêché et à considérer comme des restes de l'acte
authentique celles qui consacrent la propriété indépendante du
monastère. Il faut mettre aussi sur son compte, tout au moins,
les passages où l'évêque est mal à propos nommé soit à la seconde,
soit à la troisième personne. Tout cela est à éliminer du texte
authentique. Malheureusement le faussaire, pour faire place à
ces diverses additions, a dû supprimer quelques-unes des clauses
primitives, en sorte qu'après l'éhmination des parties apocryphes,
il ne reste qu'un acte tronqué et imparfait. Il en reste assez,
cependant, pour juger que cet acte était une donation des époux
Harégaire et Trude et de leur fille Ténestine, religieuse, en faveur
du monastère fondé par eux sous le vocable de Notre-Dame et
des saints Pierre et Paul, et que cette donation avait été dressée
suivant une formule apparentée à celles que Marculfe a recueil-
lies sous les numéros 1 et 4 de son livre II.
Dans la précaire de Ténestine, la formule du début, rappelant
celles d'un grand nombre d'actes analogues du même temps, est
sans doute authentique :
Domino [lisez Domno] sancto ac venerabile sede apostolico Inno-
cente Genomannicç aecclesiç presule, una cum sancta congregatione
ex ipsa urbe consistentes, ego in Dei nomine Tenestina Deo sacrata
filia quondam Haregario et Trudanç peccatrix [lisez precatrix] a
vobis accède. Dum et mea fuitpetitioet veslradecrevit voluntas, ut...
L'interpolateur de la charte précédente paraît s'être inspiré de
ce début, quand il a écrit :
... quem apud domno ac venerabile sede apostolico Innocenti
Gçnomannicç çcclesiae presule deprecavimus, una cum sancta con-
gregatione in ipsa urbç consistentes, ut...
En effet, « domno ac venerabile sede apostolico » était un titre
qu'on plaçait volontiers devant le nom d'un évêque, au début
d'un acte, dans la formule de suscription destinée à indiquer que
26
QUESTIONS MEROVINGIENNES.
l'acte lui était adressés mais on ne l'employait guère dans le
corps d'une phrase, où l'évêque était nommé à la troisième per-
sonne. — Une autre phrase paraît avoir passé de la charte de
Ténestine à celle d'Harégaire :
Harégaire : Et censivimus an- Ténestine : Et censivimus vo-
nis singulis ad festivilatem sancti bis annis singulis ad feslivilatem
Gervasii et Prothasii , quod est sancti Gervasii et Prothasii, quod
XIII kl. julias, de argento libra i est xiii kl. juhas, vestitos duos
transsolvere faciamus. et cappas duas episcopales et de
argento libra i transsolvere facias
[sic] .
Le fond et la forme de cette clause sont mérovingiens. On la
trouve ordinairement, à l'époque mérovingienne, dans les actes
de précaire^ adressés par des particuliers, àdesévêques ou à des
abbés. Ces actes commencent régulièrement par l'adresse à
l'évêque ou à l'abbé en faveur de qui ils sont consentis : « Dorano
sancto ac venerabili... episcopo » ou « abbati... » Telle est la
forme sous laquelle se présente la charte de Ténestine, fille d'Ha-
régaire ; telle n'est pas celle de l'acte d'Harégaire lui-même, qui
n'est pas une précaire, mais une donation. C'est donc dans la
1. Marculfe, I, 6, 26; II, 5 (E. de Rozière, n" 518, 431, 345; Zeuraer, p. 46,
59, 77).
2. Form. Turon., 7 : « Unde censivi me annis singulis ad feslivilatem ipsius
sancli partibus veslris reddere argentum lantum » (E. de Rozière, n" 319 ; Zeu-
mer, p. 139). — Additamenla e codicibus formularum Turonensium, 3 : « Unde
censisli le a nobis annis singulis ad feslivilatem sancli illius in luminaribus
ipsius sancli vcl pro mercedis luae augmenlum argentum soledos tanlos »
(E. de Rozière, n' 327; Zeumer, p. 160). — Form. Lindenbrog., 3 : « Et pro
ipso usu censivi vobis annis singulis denarios seu solidos tanlos, ut ipsos ad
festivilatem sancti illius, diem illum mensis illius, exsolvcre faciam » (E. de
Rozière, n° 331 ; Zeumer, p. 269). — Addit. colledionis Flaviniacensis, 3 :
« Et censislis me annis singulis pro ipsis rébus festa sancti ill. argenlo vel
quodlibct solvere faciam » (E. de Rozière, n" 341 ; Zeumer, p. 490). — Ibid.,
4 : « El censivimus te annis singulis pro ipsis rébus festa sancti illi cera aut
argentum tantum partibus ipsius monaslerii solvere facias » (E. de Rozière,
n" 320: Zeumer, p. 491). — Cf. E. de Rozière, n" 321 et suivants. — Précaire
de Wademer et Ercamberle pour Sainl-Germain-dcs-Prés, du jeudi 20 août 683
ou du dimanche 20 août 730, aux Archives nationales, K 4, n* 5 : « Et cinso
annis singulis de feslivilate in fcstivitaiew s«nc/i Germani quod evenil ii kl.
junias solidus in argenlo xxx dare et adimplere sludeamus » (Tardif, Monu-
ments historiques, p. 19; Letronne, planche XLIV).
VII. — LES ACTES DES ÉVÊQOES DU MANS. 27
charte de la fille seulement, et non dans celle du père, que cette
disposition a pu figurer et qu'on doit la tenir pour authentique.
L'interpolateur, voulant modifier la donation d'Harégaire, pour
transformer ses dispositions au profit du monastère en disposi-
tions au profit de l'évêque, a emprunté et transporté dans cet
acte la clause en ce sens qu'il rencontrait dans l'acte voisin. —
Quant à l'objet de cette clause, il n'est pas formulé exactement
de même : d'un côté il est question seulement d'une livre d'ar-
gent, de l'autre on ajoute à cette somme des redevances en nature,
demandées au travail manuel des religieuses de Notre-Dame,
deux « vêtements (?) » et deux chapes épiscopales. Ce détail ne
semble pas ancien, et il est probable qu'on en trouverait difficile-
ment l'analogue dans les textes de la première race. C'est donc
une addition de l'interpolateur ; comme elle n'a pas passé avec le
reste de la clause dans la donation d'Harégaire, il faut qu'elle
ait été opérée dans la charte de Ténestine postérieurement aux
emprunts faits d'une pièce à l'autre. Ainsi la place authentique
de cette clause est dans l'acte de Ténestine, et son texte authen-
tique est dans l'acte d'Harégaire.
S'il est choquant, dans la donation d'Harégaire, de voir au
milieu de l'acte le discours du donateur s'interrompre et l'évêque
donataire prendre la parole « cujus petitionem libenter animo
suscepimus, et concessimus... » pour la rendre ensuite à l'auteur
de la charte et reparaître lui-même à la seconde personne « res. . .
quae de rébus vestris per vestrum beneficium a vobis accepimus, »
que dira-t-on de la précaire de Ténestine, où l'interlocuteur
change plusieurs fois de suite, tantôt d'une phrase à l'autre, tan-
tôt dans une même phrase?
Domino... Innocente Cenomannicç aecclesiç presule... ego in Dei
noniine Tcnesiina Deo sacrata fîlia quondam Haregario et Trudanç
p[re]catrix a vobis accedo... Genitor meus apud vos et vestram con-
f/regationern deprecalus fuit ut ipsis licentiam dédissent... Et pro
hac causa ego jamdictus pontifex... tibi ipsum inceptum monaste-
riolum una cum ipsas res... tam illas quem nos de rébus sanctae
Mariae vel saneti Gervasii et Prothasii in augmentum ad présent!
loco construendum per beneficium condonavimus, que et illas quem
genitor vel genitrix mea per strumenta cartarum ibidem legibus tra-
didero atque confirmavero , tempore vitae meae ad usufructuario
ordine per vestrum beneficium tenere permit tiinus , et censivimus
28 QDESTIOXS MÉROVIXGIENXES.
vobis annis slngulis... libra i transsolvere facias... Et posl tuu7n
quoque Deo jubente de hac luce discessum, absque [u]llius judicis
consignatione aut heredum nostrorum contradictione... in vestram
faciatis revocare poteslatem. Et ut haec precariç... una que in the-
sauro sancti Gervasii et Prothasii recondita sit et alia quam ego
Tenestina Deo sacrata a vobis accepero, firmam obtineant vigorem,
manus nostras... decrevimus roborare... Ego Innocens episcopus
hanc precariam a me faclam subscripsi.
Il est impossible d'imaginer un mélange plus incohérent de
tournures contradictoires. On ne peut l'expliquer que par le tra-
vail d'un rédacteur qui, voulant retoucher son oeuvre, aura
raturé et surchargé sa copie, sans prendre un soin suffisant de
mettre partout la première rédaction d'accord avec ses correc-
tions. Mais se livrer à un pareil travail sur un ancien document,
qu'on prétend publier à titre de pièce justificative, c'est faire
œuvre de faussaire. Toutes les phrases où s'observe ce mélange
sont donc des phrases falsifiées. Le début, qui paraît authentique,
indique un acte de Ténestine et non un acte de l'évêque : les
formes primitives et authentiques sont donc, en général, celles
où la sainte fille parle à la première personne ; les endroits du
texte où l'évêque prend la parole sont ou interpolés ou altérés.
Comme le faussaire voulait établir la sujétion ancienne du monas-
tère à l'évêché, il aura pensé qu'il imprimerait plus fortement
cette idée dans l'esprit de ses lecteurs, s'il leur montrait, à côté
de la donatrice disposant de son bien, l'évêque parlant en maître
et réglant à sa convenance le régime de la nouvelle fondation.
Seulement il a travaillé trop vite; comment s'en étonner, si l'on
considère le labeur considérable que représente l'ensemble de son
œuvre?
La donation d'Harégaire paraît, ai-je dit, avoir été consentie
en faveur du monastère seul, et il semble que tout ce qui y est
stipulé en faveur de l'évêque soit interpolé. Cette solution ne sau-
rait être étendue à l'acte de Ténestine. Ici, la mention de l'évêque
se rencontre dès la première ligne, dans l'adresse, qui a une cou-
leur bien mérovingienne. D'ailleurs, si l'on prétendait éhminer
toutes les clauses qui tendent à établir, entre la fondatrice de
Notre-Dame et l'évêque du Mans, le rapport de précariste à pro-
priétaire, on ne voit pas ce qui resterait. L'acte était donc déjà,
sous sa forme originale, une reconnaissance de précaire souscrite
VII. — LES ACTES DES EVEQCES DU MANS. 29
par Ténestine en faveur de levêque, c'est-à-dire l'aveu d'un
rapport de subordination du monastère à révêché. Le tort de
l'auteur des Actus a été de vouloir faire remonter aux parents
de Ténestine une situation qu'elle avait établie après eux. C'est
pourquoi il a transporté du second acte au premier la clause rela-
tive aux cens dus à la catliédrale, et il a introduit dans celui-ci
la phrase où l'évêque, parlant à la première personne, énonce
les concessions dont les fondateurs lui sont redevables. C'est
aussi la seule explication qu'on puisse donner d'une des incohé-
rences grammaticales les plus choquantes de la précaire de
Ténestine :
monasteriolum una cum ipsas res ad se pertinentes vel aspicien-
tes... illas quem genitor vel genitrix mea per strumenta cartarum
ibidem legibus tradidero atque confirmavero.
Ces deux derniers verbes au singulier prouvent que les mots
genit07' vel genitrix mea sont étrangers à la phrase. L'inter-
polateur les a ajoutés, afin de faire remonter au premier jour de
la fondation du monastère le contrat de précaire et le rapport de
subordination qui en résulte ; mais il a oublié de changer, pour
la mettre d'accord avec cette addition, la désinence des deux
verbes. — C'est là un exemple, remarquons-le en passant, qui
montre une fois de plus avec quelle rigueur un éditeur doit s'in-
terdire de faire aucune correction aux leçons d'un manuscrit,
sans en avertir ses lecteurs. Au lieu de « tradidero atque confir-
mavero, » Mabillon (dont le texte a été nécessairement suivi par
les autres éditeurs) a imprimé « tradiderunt atque confirmave-
runt. » Nulle correction ne pouvait sembler plus certaine et par-
tant plus inoffensive. En l'opérant, cependant, il a failli priver
la critique d'un indice précieux, qui contribue à préciser la vraie
portée et la valeur de deux des plus anciennes chartes publiées
par lui. Ténestine désigne ainsi le monastère de Notre-Dame :
illud raonasteriolum quod aedificare coeperat pater meus et mater
mea in honore sanctae Del genitricis Mariae et sanctorum aposlolo-
rum, et imperfectum dimiserunt, quod est situm in terralurio san-
ctae Mariae vel sanctorum marlyrum Gervasii et Prothasii, juxta
murum Genomannis civitate, supra fluvium Sartae.
Le « quod aedificare coeperat, » le « imperfectum dimise-
runt » sont des traits qui sentent plus la narration historique que
30 QUESTIONS MEROVINGIENNES.
le style notarial ; je ne serais pas disposé à les croire authen-
tiques, non plus que les mots « pater meus et mater mea, » non
accompagnés de quelque formule pieuse, bonae memoriae ou
autre. Au contraire, on reconnaît le style des actes mérovingiens
dans les deux incises qui désignent, l'une les patrons du monas-
tère, « in honore sanctae... Mariae et sanctorura apostolorum »
(c'est-à-dire saint Pierre et saint Paul), l'autre le droit supérieur
de la cathédrale, « in terraturio sanctae Mariae vel sanctorum
martyrum Gervasiiet Prothasii. » Dans une province voisine, en
Anjou, le recueil dit des Formulae Andecaveyises montre plu-
sieurs exemples de terrains situés « in terraturio sancti illius »
et vendus ou cédés par des particuliers à d'autres particuliers ^
Certaines églises avaient donc sur l'ensemble d'un territoire une
sorte de droit général de seigneurie, qui n'excluait pas, sur telle
ou telle parcelle du même territoire, l'existence du droit de pro-
priété privée : par conséquent, l'hypothèse qu'Harégaire avait pu
librement disposer, en faveur de sa fondation, du terrain où il
l'avait établi, n'empêcherait pas d'admettre que ce terrain fût
situé sur le territorium de la cathédrale. Cette dernière circons-
tance peut d'ailleurs aider à comprendre comment Ténestine aura
été amenée à resserrer le lien qui attachait son couvent à la
cathédrale et à transformer en tout ou en partie (sans doute en
échange de quelque concession d'une utilité plus immédiate) la
propriété de celui-ci en tenure précaire. — Les mêmes mots in
terraturium se retrouvent dans un passage de la donation d'Ha-
régaire, mais ici il semble impossible de leur attacher une signi-
fication raisonnable :
... ut aliqua cellula ac monasterium in terraturium sanctae Mariae
1. Formulae Andecavenses, 4 : « Constat me Tindedisse et ita vindedi ad
venerabile fratri illa viniola, plus menus jectus tantus, et residit in terratu-
rium sancti illius, in fimdo illa villa... ut de ab odiernum die, memoratus
emlor, quicquid de ipsa vinia facere volueris, liberam in omnibus babeas
polestatem facicndi » (E. de Uozière, III, p. 331 ; Zeumer, p. 6). — 8 : « Inci-
pit concamius... Hoc dedil illi ad racione illo campo ferente raodius tantus, et
est super terreturio sancti illius, et subjungat de unus latus campus illius;
similiter in alio loco dédit illi super ipso terreturio ad racione illo campello
ferente modius tantus, et subjungat de uno latere campus illius; ut quicquid
exinde facere voluerit, absque praejudicium sancti illius cujus terra esse vide-
tur, lii)eram in omnibus habeas potestatem » (E. de Rozière, n- 308; Zeumer,
p. 7). — Cf. ibld., n- 21, 22, 37, 40, 54; E. de Rozière, n"' 280, 375, 171, 227,
22G; Zeumer, p. 11, IG, 17, 23.
VII. — LES ACTES DES e'VÈQUES DU MANS. 3<
Dei genitricis et Domini nostri Ihesu Xpisti vel sanctorum apostolo-
rum Pétri et Pauli construere ac çdifîcare deberemus...
Peut-être faut-il lire « cellula ac monasteriura [vel ojraturium
[in lionorem] sanctae Mariae... » Il faut aussi supprimer, avant
et après genitricis, les deux mots Deiei et, car, si Jésus-Christ
avait été l'un des patrons du monastère, il aurait été nommé
avant sa mère et non après ; il faut donc lire : « sanctae Mariae
genitricis Domini nostri Ihesu Xpisti. »
Des emprunts de l'une des deux pièces à l'autre sont aussi à
signaler dans les clauses finales et dans les souscriptions. L'an-
nonce des signatures, dans les deux actes, est ainsi conçue :
Haréyaire : Et ut haec cessio Tènestine : Et ut haec prçca-
firmior habeatur et inviolabihter riç uno tenore conscripta... fîr-
conservetur, manus nostras sub- mam obtineant vigorem, manus
terfirmavimus et aliorum bono- nostras proprias subterfirmavi-
rum virorum decrevimus robo- mus et bonorum virorum decre-
rari. - vimus roborare.
« Subterfirmavimus » d'abord et « decrevimus roborari »
ensuite, cela fait deux verbes, là où un seul suffirait. En
revanche, il manque un substantif auquel puisse se rapporter le
génitif « bonorum virorum » . Il est donc probable que subterfir-
mavimus est une faute de copie pour suhscriptionibus : « manus
nostra[e] sub[scriptionib]us et aliorum bonorum virorum decre-
vimus roborari. » Comme une même faute de copie ne se produit
pas, en général, deux fois séparément, il faut en conclure qu'ici
le compilateur a transporté d'une pièce à l'autre la clause qu'il
avait, une première fois, mal copiée dans l'une ou l'autre : mais
il serait bien difficile de dire ici de quel côté est l'original, de quel
côté la copie.
Quant aux souscriptions, elles paraissent plus authentiques
dans la charte de Tènestine que dans celle d'Harégaire. L'une
des premières est celle de l'évêque du Mans :
Tènestine : Ego Innocens epi- Harégaire : Ego Innocens acsi
scopus banc precariam a me fa- indignus peccator episcopus a
ctam subs. me facta subscripsi.
L'évêque du Mans devait signer la précaire, dans laquelle il
était l'une des parties contractantes, et pouvait en dire : « hanc
precariam a me factam. » Il n'avait pas à signer la donation
32
QUESTIO.VS MEROVINGIENNES.
d'Harégaire au monastère, qui était pour lui, comme on dit en
droit, res inter alios acta, ni surtout à la donner pour son fait,
« a me facta. » L'interpolateur a donc emprunté cette souscrip-
tion au second acte pour l'incorporer au premier, sans en chan-
ger suffisamment la rédaction. — Les autres signataires sont,
dans la précaire, des prêtres, des diacres, des abbés, personnes
que leur rang appelait naturellement à entourer l'évêque et à
confirmer ses actes de leur signature; dans la donation, des
évêques, des comtes, dignitaires élevés, dont l'intervention dans
un acte privé est beaucoup moins vraisemblable. En outre, il n'est
pas un de ces prétendus évêques dont le nom se retrouve sur les
listes épiscopales des diocèses voisins du Mans , mais plusieurs
d'entre eux et des prétendus comtes ont des noms semblables à
ceux des clercs inférieurs qui ont signé la précaire de Ténestine :
Ténestine : Winitmundus le-
vita subs.
Hildemannus abbas subs.
Rolfredus archipresbiter subs.
Oslremundus presbiter subs.
Signum Winelmarco.
Signum Bernardo vicecomite.
Signum Oslruini.
Harégaire : Winimundus licet
indignus episcopus subscripsi.
In nomine Domini Hildeman-
nus indignus episcopus subscri-
psi.
FroLfridus indignus episcopus
subscripsi.
Signum Ostremundi comité.
Signum Winitmarci comité.
In Xpisli nomine Berhardus
indignus episcopus subscripsi.
Signum Ostrevini.
Il est clair que les noms de la seconde liste ont été copiés sur
ceux de la première. Il est inutile de chercher pour cette falsifi-
cation un motif compliqué. Sur les actes mérovingiens originaux
qui nous sont parvenus, les souscriptions sont quelquefois très
difficiles à lire ; c'est un travail qui demande beaucoup de soin et
de temps, et qui, pour le but poursuivi par l'auteur des Actus,
était à peu près inutile. Il était plus simple de composer une liste
de fantaisie, en empruntant des noms à une autre pièce. Pour
allonger cette liste, en outre, on a fait servir certains noms deux
fois : après «Winimundus licet indignus episcopus, » on trouve,
vingt lignes plus bas, « Ego Winitmundus scripsi et subscripsi, »
et, après le « Signum Winitmarci comité, » un « Signum Winit-
mari » sans qualification.
♦
vu. — LES ACTES DES ÉVÊQDES DU MANS. 33
La date des deux actes échappe à tout contrôle. Celle de la
donation d'Harégaire est : « v non. mai. anno II régnante
Childeberto rege; » celle de la précaire de Ténestine : « v kl.
mai. anno XIII régnante Childeberto rege. » Il est impossible
de dire si ces formules ont été fidèlement copiées ou falsifiées. Si
ce n'est pas aussi par l'effet d'une falsification que le nom de
l'évêque Innocent figure dans le second acte (dans le premier la
falsification ne me paraît pas douteuse), elles ne sauraient être rap-
portées qu'au règne de Childebert T'' et répondraient , la pre-
mière au vendredi 3 mai 513, la seconde au samedi 27 avril 524.
Ce n'est pas un résultat très vraisemblable, car ce seraient les
seules chartes aussi anciennes qui nous fussent parvenues. Mais,
sur un terrain aussi incertain, on ne peut rien affirmer : il faut
se borner à émettre des conjectures, à faire ressortir des vraisem-
blances et, en fin de compte, à exprimer des doutes.
Le seul point qui paraît assuré, c'est que les deux plus anciennes
chartes du monastère de Notre-Dame contiennent chacune un
fond véritable, mêlé avec des additions dues à l'industrie d'un
faussaire. En établissant le texte de l'une et de l'autre pour les
imprimer dans l'Appendice, j'ai essayé de distinguer, par l'em-
ploi de deux caractères différents, les parties qui m'ont paru
authentiques et celles qui m'ont paru fausses. J'ai à peine besoin
de dire que je présente le résultat de ce travail comme une hypo-
thèse provisoire et sous toutes réserves.
Les deux chartes, une fois interpolées et arrangées au gré du
faussaire, lui ont servi à leur tour de modèle pour la fabrication
de quatre pièces entièrement fausses, les deux prétendues dona-
tions et les deux prétendues précaires de saint Calais et de saint
Longis. L'opinion que je soutiens sur la fausseté de ces pièces ne
difierant pas de celle de tous les diplomatistes, on me dispensera
d'en donner une démonstration aussi facile que superflue. Disons
seulement : 1° que l'imitation des chartes de Notre-Dame se tra-
hit par l'emprunt de certaines fautes (comme rem data au lieu
de remota, qui se lit dans la donation de saint Calais et dans
celle de saint Longis comme dans celle d'Harégaire), par l'iden-
tité de certaines listes de témoins, etc.; 2° que la précaire de
Ténestine, au moment où elle a servi de modèle pour fabriquer
celle de saint Calais (d'où dérive à son tour celle de saint Lon-
gis), n'avait pas encore subi toutes les altérations signalées
4894 3
34 QUESTIONS MÉROVINGIENNES.
ci-dessus : témoin, par exemple, les phrases suivantes, où l'acte
attribué à Calais paraît nous avoir conservé, plus fidèlement que
l'acte de Ténestine, les leçons primitives de ce dernier :
Ténestine : Lempore vilae meae Calais : per vestrum benefi-
ad usufrucluario ordine per ve- cium sub usufructuario ordine
strum beneficium tenere ^jenmï- tempore vitç meç... tenere per-
ti7nus. misistis.
Et censivimus vobis annis sin- Et censivi annis singulis...
gulis...
Et si negllgens aut tarda de Et si negligens aut tardus de
ipso censu apparueris, fidem ipso censu apparuero, fidera
exinde facias et... monasterio- exinde faciam et... monasterio-
lum tempore vitae luae perdere lum lempore vitç me§ non per-
non debeas. dam.
Et alicubi nec vendere nec do- Et alicubi nec vendere nec do-
nare nec alienare pontificium non nare nec alienare pontificium non
habeas... habeam...
Et post tuum quoque Deo ju- Et post meum quoquc Deo ju-
bente de bac luce discessum... bente de bac luce discessum...
in vestram facialis revocare po- in vestram facialis revocare po-
lestatem... testa Lem...
La fausse donation de saint Calais est datée « viii id. janr.,
anno XIIII régnante Childeberto rege; » sa fausse précaire
« XV kl. febr., anno XIIII régnante Childeberto rege, » dates
qui répondraient au 6 et au 18 janvier 525. Les fausses chartes
de saint Longis portent des dates non moins absurdes que celle
de la fausse charte de Clotaire II qui est censée les confirmer :
« VIII kl. decembris anno LU régnante Chlothario rege » et
« kl. decembris anno LU™" régnante Chlothario rege; » Clotaire
ayant à peine commencé (vers septembre 629) sa 46* année de
règne, on ne pourrait leur assigner de place, dans un catalogue
chronologique, qu'à la dernière année complète de ce prince, la
45% c'est-à-dire au 24 novembre et au l^"" décembre 628.
Les autres chartes relatives à Saint-Calais sont également
fausses. 11 y en a dix : quatre précaires, sous les noms des abbés
Gall, Sigran, Ibbolen et Sichald; cinq cliartes royales mérovin-
giennes, et une prétendue cliarte de Charlemagne. Les premières
vit. — LES ACTES DES ÉVÊQUES DU MANS. 35
sont quatre copies de la fausse précaire de saint Calais : on n'a
changé, dans chacune, que le nom de l'abbé, celui de l'êvêque et
la date. — Trois des chartes royales, attribuées respectivement à
Chilpéric I", à Dagobert P"" et à Dagobert III, ont pour objet de
confirmer les fausses précaires de Gall , de Sigran et d'Ibbolen (ce
dernier appelé, dans la prétendue confirmation royale, Gundo-
lenus au lieu d' Ibbolenus) . Ce sont des faux exécutés avec peu
d'art ; on y a laissé passer, par exemple, un trait exclusivement
caractéristique des chartes postérieures à l'avènement de la
dynastie carolingienne, la notification de la volonté royale à
l'universalité des sujets ou à l'universalité des chrétiens :
Chilpericus. .. Omnibus fldelibus sanctae Del çcclesiae et nostris
presenLibus et futuris nolum esse volumus...
Dagobertus... Igitur compertum sit omnibus fîdelibus nostris pre-
sentibus et futuris. . .
Dagobertus... Igitur omnibus fidelibus sanctç Del aecclesiç et no-
stris presentlbus et futuris notum esse volumus...
Les deux autres chartes royales mérovingiennes portent le nom
de Chilpéric, qui est sûrement, d'après les autres indices chrono-
logiques, une faute pour celui de Childéric III. La première est à
la fois une confirmation d'immunité accordée à l'êvêque, pour
son monastère de Saint-Calais, et la confirmation d'une préten-
due précaire faite par un abbé Didonus; l'autre est la confirma-
tion de la précaire attribuée à l'abbé Sichald. La première offre,
du moins dans une bonne moitié de sa teneur, une rédaction
d'apparence bien mérovingienne; on serait tenté de la croire
authentique, si l'on ne s'apercevait qu'elle a été copiée à peu près
mot pour mot sur une autre pièce, la confirmation de l'immunité
du domaine d'Ardin en Poitou, dont il sera parlé ci-après*. La
seconde est une imitation abrégée de la première. La première
est sans date ; la seconde porte la mention de la douzième année
du roi, qui ne régna que huit ans. Ces neuf prétendues chartes
mérovingiennes ont en commun entre elles et avec la précaire
attribuée à saint Calais un trait qui suffirait à en faire sauter aux
yeux la fausseté, l'énumération des redevances en nature qui
1. [La partie du mémoire où il devait être question d'Ardin n'a pas été
rédigée.]
â6 QUESTIONS MEROVINGIENNES.
doivent, dit-on, constituer le cens annuel payé par l'abbaye de
Saint-Calais à l'évêché du Mans :
Et censivi annis singulis ad matrem civitatis aecclesiam persol-
vere ejusque pontificibus atque rectoribus, id est ad lumen çcclesiç
de cera lib. un, et ad opus episcopi cambutta i et subtalares ii, et
ad opus canonicorum inibi Deo degentium butticulas duas paratas
plenas de oplimo vino et in cçna Domini plénum modium de ovis.
La charte attribuée à Charlemagne est un acte par lequel
l'empereur, après enquête, reconnaît et attribue à l'évêque du
Mans, Francon, la possession de l'abbaye de Saint-Calais. M. de
Sickel, si bon connaisseur en ces matières, y a reconnu un style
et des tournures qui ne peuvent appartenir qu'à l'époque de Louis
le Pieux ^ Elle paraît avoir servi de modèle à la charte authen-
tique de Louis, rendue pour le même objet, le 7 septembre 838, à
la suite d'une enquête dirigée par l'archevêque Drogon, frère de
l'empereur 2. Elle a donc probablement été fabriquée en vue de
cette enquête.
Tout le dossier de Saint-Calais dans les Actus pontificum est
donc apocryphe, et les diplomatistes modernes, comme les juges
de 863, l'ont condamné à bon droit.
Le dossier du monastère des religieuses de Notre-Dame du
Mans, « intra raurum civitatis et fluvium Sartae, » dans les
Actus, comprend encore, — avec la fausse charte de Childebert
et les chartes interpolées d'Harégaire et de ïénestine, — cinq
pièces : quatre mérovingiennes (trois actes de l'évêque Aiglibert
et un attribué au roi Thierry III) et une carolingienne (précaire
de l'évêque Mérolus sous Charlemagne).
L'une des chartes de l'évêque Aiglibert ^ n'offre ni motif de
suspicion ni difficulté d'aucune sorte. Elle est courte, mais inté-
ressante, car elle appartient à une catégorie d'écrits dont nous
n'avons, surtout pour une époque aussi reculée, que bien peu
d'exemples : les correspondances échangées entre les chefs de
grandes propriétés (tels que les évêques) et les intendants, agen-
1. Acta Karolinorum, II, p. 399.
2. Gesta Aldrici, XXXIX, p. 112; Miihlbacher, n' 951.
3. Appendice, n° 000.
vu. — LES ACTES DES EVEQUES DU MANS. 37
tes, missi discurrentes, chargés de gérer leurs biens. Celle-ci
est une lettre de l'évêque aux agentes ou missi préposés à l'ex-
ploitation de dix villages ou grands domaines ruraux de la
cathédrale, villae sanctç aecclesi<;, la Quinte, Tresson, Launay,
Detas (?), Longuève, Loudon, Gennes ouGesnes (?), Trans, Vil-
laines et Thorigné. Il leur notifie qu'il a concédé au monastère
de Notre-Dame les dîmes de tous les produits agricoles de ces
domaines et qu'ils aient à livrer régulièrement ces dîmes, à l'ave-
nir, aux missi de l'abbesse. La lettre que l'évêque avait signée
de sa main est datée du 9 juillet de l'an 2 de Clovis III (mardi
9 juillet 692) ^ L'abbesse qui gouvernait alors le monastère est
appelée Ade, « Deo sacrata Ada abbatissa. »
Une des meilleures raisons pour affirmer que cette pièce est
authentique, c'est qu'elle n'établit aucun droit ou prérogative de
l'évêché du Mans, en faveur duquel seul ont été fabriqués tous les
faux des Actus. C'est donc simplement pour orner et amplifier
son ouvrage que l'écrivain nous en a conservé la copie.
Les deux autres pièces au nom d' Aiglibert ^ sont moins deux
actes distincts que deux expéditions du même acte, sous deux
dates et avec des signatures différentes. Ils débutent l'un et l'autre
par une adresse à l'abbesse de Notre-Dame, appelée Adrehilde et
qualifiée de parente de l'évêque, « dilectissime propinqu»? nostr§
Adrehilde abbatisse. » Le texte, qui se répète textuellement
d'une pièce à l'autre, est très verbeux, ce qui est la faute de
l'auteur, et aussi très incorrect et difficile à entendre, ce qui est
peut-être seulement la faute des copistes. Il y est dit que l'évêque
a institué sa parente , Adrehilde , abbesse du monastère ; qu'il
désire lui laisser toute liberté, à elle et aux religieuses qu'elle
gouverne, pour se consacrer uniquement à la vie monastique,
sous l'autorité de l'évêque du Mans ; que celui-ci aurait le droit,
aux termes des constitutions de ses prédécesseurs, de leur impo-
ser des redevances et des cens onéreux, « reddibitiones et censa
onerosa, » mais qu'il n'en veut rien faire ; qu'il entend au con-
traire les en dispenser, « ut non. . . onerosa censa aut aliqua gravia
injuncta... requirantur, sed opéra vestimentorum atque alia
1. Sur l'avènement de Thierry III, voyez Krusch, dans Neues Archiv, XVI,
p. 579, note.
2. Appendice, n<" 000.
38 QUESTIONS MÉROVINGIENNES.
quç ad sanctimoniales pertinet facieûdum vel vestimenta aeccle-
siastica sive pontificalia lavanda vel restauranda libenter facere
studeant ; » enfin, qu'il leur accorde pour l'avenir le droit d'élire
leurs abbesses. Il adjure ses successeurs, les rois et tous les dépo-
sitaires de l'autorité, de ne porter aucune atteinte à ces privilèges.
Le style diffus dans lequel ces idées sont exposées rappelle assez
bien celui des actes analogues du même temps'. On remarque
même, çà et là, telle formule dont on trouverait l'équivalent
exact dans d'autres chartes mérovingiennes". Rien ne s'oppose
donc à ce que chacune des deux chartes, prise en elle-même, soit
considérée comme authentique.
Le seul motif de suspicion qu'on ait fait valoir, c'est la bizar-
rerie qui nous a conservé cet acte en deux expéditions pareilles,
sauf la date et les souscriptions. L'un des exemplaires, daté du
mois de juin, l'an 11 de Thierry III (683), porte, avec la signa-
ture d'Aiglibert, celles de trente et un évêques et de quatre autres
personnes. L'autre, daté aussi de juin, mais de l'an 6 de Childe-
bert III (700), a été signé seulement par l'évêque Aiglibert et
par deux abbés, un prêtre, un archidiacre, un diacre et trois
personnes non qualifiées, en tout huit signataires autres que
l'évêque. Selon Bréquign}' et La Porte du Theil, cette seconde
forme de la pièce serait seule authentique, l'autre apocryphe :
Hanc autem discrepanliam indè manasse conjicimus, quôd ciim in
aliquo exemplari veleri deficerenl subscripliones el nolœ chronicae,
cas suc marie exscriplor supplevit, quod sœpiùs (?) accidisse norunl,
qui vêlera evolverunt inslrumenla. Prier Gharla dicilur emissa
anno xi Theodoricl Régis III (neque enim sub Theodorico IV vixit
Aigliberlus) -, poslerior, anno vi Ghildeberli III. Mabillonius, qui neu-
tram ignoravil, siquidem ulramquc edidil in aclis Cenomanensium
Episcoporum, unicam lamen in annalibus (t. I, p. 560) memoravil,
priorem sciiiccl-, de posleriorl vcrô sihiil, sanc quôd camdem esse
ulramquc arbilrabalur, mulalis lanlùm subscriplionibus et chro-
1. Pardessus, II, p. 123, 12G, 138, 23i, etc.
2. « Rogaiiius ergo ac conleslaimis coram Deo el augelis ejus...; » cf. la
tliaric de Tliéodéliude, 20 avril 627 (Queslions mérovingiennes, V, ou Bibl.
de l'Ecole des chartes, LI, p. 50) : « Proplerea rogo et coiilestor coram Dco et
angelis ejus... » Sur la clause : « Unde donmuruin episcoporum el nietropoli-
tanorum... », voir plus loin, p. 39-40.
Vir. — LES ACTES DES ÉVÊQUES DU MANS. 39
nicis notis, quas sinceriores in priori judicavil. Nos conlrà, quod
pace tanli viri dixerimus, priori temerè bas fuisse addilas conjici-
mus, et genuinas esse quse posteriori subjectœ sunt. Quorsùm enim
lîsec repetita concessio jàm ante annos quindecim concessse immu-
nitatis? An ut confirmaretur ? Sed tune prioris Gliartœ aliqua in
posteriori fuisset injecta mentio. Et quam confirmationem Gharta
posterior, paucis lantùmmodô Abbatum subscriptionibus munita,
importasse! priori privilégie plusquàm triginta Episcoporum sub-
scriptionibus vallato? Quin et tôt Episcoporum coacervata nomina
interpolationis suspicionem non lèvera afferunt. Adde hos plerosque
Episcopos, fatente Mabillonio, esse ignotos; adde quosdam cognitos
quidem, sed tune temporis non extitisse : sic Berarius ipsius Aigli-
berti decessor, Vindicianus Gameracensis Episcopus, Adalbertus
Suessionensis , Blideramnus Viennensis, Protasius Aquensis, dé-
mens Bellovacensis, Abbo seu Metensem volueris, seu Virdunensem
Episcopum. Deniquè subscriptio ipsius Aigliberti, qui Ghartam con-
didit, promiscuè intruditur inter testes ^...
« Pace tanti viri » était de mise, sous la plume de Bréquigny
et de La Porte du Theil, attaquant l'opinion d'un savant tel que
Mabillon ; il n'est sans doute pas besoin de la même précaution
oratoire pour combattre la leur. Celle des deux rédactions de
notre acte, qui porte la date de l'an 11 de Thierry III et les sous-
criptions d'un grand nombre d'évêques, offre plusieurs marques
d'authenticité.
Le texte de l'acte, pareil dans les deux rédactions, offre seule-
ment une clause en plus dans celle-ci ; elle est ajoutée tout à la
fin et ainsi conçue :
Unde domnorum episcoporum et metropohtanorum artium sedes
tenentiura suffragia possimus [pour poscimus], ut adhibeant merce-
dem et hoc sanctum privilegium cum societate beatitudinis et con-
sentire atque adfirmare una nobiscum non dedignentur.
Cette phrase est toute mérovingienne. Dans un fragment d'acte
du 6 mars 696 ou 697, qui est conservé en original aux Archives
nationales et qui est, comme celui-ci, un privilège accordé par
un évêque (celui de Chartres) à un monastère, on lit :
1. Bréquigny, p. 359, note; Pardessus, II, p. 253, note.
40 QUESTIONS MÉROVINGIENNES.
Unde domnis... [mjetropolitanis arcium sedes divinitatis suft'ragia
poscimus, ut adhibenda mercidem hoc sanclum privilegium societate
beatitudinis veslre adsentirealque... reuna nobiscum almeLas vestra
dignetur*.
La périphrase « metropolitanorum artium sedes tenentium » a
dû être imaginée en un temps où le mot archiepiscopus n'était
pas encore entré dans l'usage courant, c'est-à-dire avant l'époque
carolingienne.
En 683, l'évêque du Mans était bien Aiglibert : des actes dont
l'authenticité ne fait aucun doute le montrent revêtu de cette
dignité en 673 2, en 675 ^ et en 692^. En 700, au contraire, son
épiscopat avait pris fin (probablement par sa mort) : à la date du
3 mars 698 ou 699, on rencontre son successeur Herlemond^.
Ainsi, des deux rédactions de cette charte, celle que Bréquigny
rejette offre seule une date régulière, et celle qu'il accepte une
date suspecte.
Enfin, les souscriptions des évêques, loin de condamner la
pièce, témoignent en sa faveur. Sur trente et un évêques, nom-
més sans désignation de siège, on peut en identifier au moins
seize, résultat considérable, si l'on songe combien la chronologie
épiscopale de la Gaule mérovingienne est imparfaitement connue.
Hilbertus, qui a signé le premier après l'évêque du Mans, n'est
autre que son métropolitain, Bertus, qui fut évêque de Tours
de 674 à 690 environ^, et qui, par conséquent, occupait ce siège
à la date de notre acte, juin 683. Viennent ensuite Landehertus
de Lyon (680-690)', Landobertus de Sens (677-691), BU-
dramnus de Vienne, qui, quoi qu'en dise Bréquigny, pouvait
vivre en 683, puisqu'on le trouve mentionné vers 678, et son
successeur Agraius seulement en 691, enfin un Gosenus en qui
il est aisé de reconnaître Agolenus ou Agosenus de Bourges
(682-696). Plus loin on trouve Herliiigus, évêque de Meaux à
1. Pardessus, II, p. 235 ; Tardif, p. 30, n" 36; Lctronne, n° XXXI.
2. Ci-après, p. ... [Paragrapiie qui n'a pas été rédigé.]
3. Ci-aprùs, p. 44, 51.
4. Ci-dessus, p. 37.
5. Ci-après, p. 55.
G. Ducbesnc, les Anciens Catalogues, p. 28.
7. Pour cet évêque et les suivants, j'emprunte les noms et les dates, sous
toutes réserves, à Gams, Séries episcnponim.
VIT. — LES ACTES DES EVÊQUES DU MANS. 4i
partir de 680, Aigliberius, sans doute l'évêque d'Angers* (et
non celui du Mans, nommé une seconde fois, selon la supposition
ridicule de Bréquigny) ; puis des noms légèrement altérés, mais
faciles à rétablir, Aclaldus pour Ageradus ou Aidradus de
Chartres (682-696), Rigobertus pour Sigohertus d'Orléans
(670-693?); puis Adalbertus de Soissons (680-684)2, Herme-
7iarius d'Autun (678-690), Vindicianus pour Vindilianus^ de
Cambrai (669-693), Aquilinus d'Évreux (663-690), Theode-
fredus d'Amiens (dont la mort n'est fixée à 681, chez les auteurs
modernes, que par conjecture), Beyndfus pour S end fus de
Laon (dont le successeur Omotarius devint évêque vers 688) ^
enfin Clemens de Beauvais, que les modernes considèrent comme
ayant été évêque de cette ville depuis 666 et au moins jusque
« vers » 680. Les évêchés auxquels appartenaient les quinze
autres sont sans doute de ceux, — beaucoup plus nombreux que
nous ne le voudrions, — pour lesquels nos listes épiscopales sont
incomplètes. Il y a un ou deux de ces prélats dont l'existence,
sinon le siège, est connu d'ailleurs : par exemple Prothasius,
appelé Pî'otadius dans un jugement de Childebert III, du 28 fé-
vrier 694^, et Berarius (confondu à tort par Bréquigny avec
l'évêque du Mans du même nom), dont la signature, sous la
forme Beracha?nus, figure sur le privilège de l'évêque de
Chartres, de 696 ou 697^, et est placée, là comme ici, à côté de
celle d'Aiglibert d'Angers.
Parmi ceux dont le siège est connu, on remarquera que tous
les métropolitains figurent au commencement de la liste, aussitôt
après l'évêque Aiglibert, auteur de l'acte. C'est un usage cons-
tamment suivi à l'époque mérovingienne '^, et l'observation en est
ici d'autant plus remarquable qu'elle est latente, puisque les
1. On n'a pas sa date exacte, mais il est le troisième d'une série de neuf
évoques qui siégèrent de 627 à 756 (Duchesne, les Anciens Catalogues, p. 55).
2. [Entre Adalbertus et Hermenarius figure Abbo. M. Julien Havet, en marge
de sa copie du document, avait écrit au crayon Mettensis.]
3. [Le texte du document, tel que l'a noté M. Julien Havet, porte effective-
ment Vindilianus . Il a inscrit en marge, au crayon, Canieracensis.]
4. [Après Berulfus vient, dans le document, Hadegarius. En marge, au
crayon, avec un signe de doute : ? Autgarius Noviomensis.]
b. K. Pertz, p. 58, n" 66.
6. Ci-dessus, p. 40, note 1.
7. Maassen, Concilia aevi Merovingici, etc.
42 QUESTIONS MÉROVINGIENNES.
noms des évoques ne sont pas accompagnés de ceux de leurs dio-
cèses et qu'il faut un travail d'érudition pour les découvrir. Un
faussaire du ix® siècle n'aurait sûrement pas fait ce travail ; ce
trait suffit donc à garantir l'authenticité de la liste. Ajoutons qu'il
peut servir de point de départ à des conjectures complémentaires; .
ainsi Py^othasius ou Protadius, ici comme dans le jugement de
Childebert III, est nommé l'un des premiers ; c'était donc un
métropolitain, peut-être celui de Bordeaux?
Parmi les signataires ne figure aucun évêque de Rouen ; en
effet, M. Kruscli a montré^ que la mort de saint Ouen et l'élec-
tion de son successeur Ansbert eurent lieu en l'an 11 ou 12 de
Thierry III, 683-685 ; il est donc possible qu'à la date du privi-
lège d'Aiglibert, juin 683, le siège de Rouen fût déjà vacant.
Pour que trente et un évêques de toutes les parties de la
France aient signé un acte expédié au Mans, il faut qu'ils aient
eu une raison de se trouver réunis en cette ville ; cette raison n'a
pu être que la tenue d'un concile national. Ce concile du Mans
ne nous est connu par aucun autre indice ; mais rien non plus ne
nous dissuade d'y croire. Un autre concile, qui a laissé aussi peu
de traces, fut tenu à Rouen cinq ans plus tard, en 688 ou 689 ^
Nous l'ignorerions, sans une mention unique conservée dans un
texte hagiographique, la vie de saint Ansbert^.
La seconde expédition du privilège d'Aiglibert, datée de l'an 6
de Childebert et signée de huit abbés ou autres clercs, ne peut
pas plus être suspectée que celle de l'an 11 de Thierry III. Quel
intérêt un faussaire aurait-il eu à la fabriquer? Elle n'en dit pas
plus que la première, et elle est ou paraît moins vénérable, soit
par l'âge soit par la qualité des signataires. C'est le cas de répé-
ter les paroles de Bréquigny : « et quara confirmationem charta
posterior, paucis tantummodo abbatum subscriptionibus munita,
importasset priori privilegio plus quam triginta episcoporum
subscriptionibus vallato? » La date seule, qui répondrait, si on
la prenait telle quelle, au mois de juin 700, est sans doute alté-
rée. En effet :
1. Monntnenta Germaniae, in-k' \ Scriptores [rerum Merovingicarum, II;
Fredegarii et aliorum cronica, p. 322, noie 2.
2. Monumenta Germaniae, ibid.
3. Ni le concile (présumé) du Mans ni celui de Rouen ne sont mentionnés
dans le volume de M. Maassen, Concilia aevi Merovingici.
VII. — LES ACTES DES ÉVÊQDES DU MANS. 43
1° Il n'y aurait eu, comme le dit fort bien Bréquigny, aucune
utilité à faire confirmer par huit abbés et diacres du Mans un
décret de plus de trente évêques de France ; mais il pouvait y en
avoir beaucoup à faire approuver par trente évêques ce qui avait
été délibéré par huit abbés ou diacres. A priori, l'ordre chrono-
logique des deux actes est donc inverse de ce qu'il paraît être; la
prétendue seconde expédition est en réalité la première ;
2° Gomme je l'ai déjà fait remarquer, en 700, l'évêque du
Mans n'était plus Aiglibert, mais Herlemond;
3'' L'abbesse de Notre-Dame est appelée Adrehilde dans l'acte
de 683, Ada dans celui de 692, cité un peu plus haut. L'auteur
des G est a Aldrici, qui paraît avoir connu ces diverses pièces,
soit directement soit par ouï-dire, suppose que ce sont deux
variantes du même nom : « Sanctç Adç quç et Adrehildis alio
nomine nominatur'. » Mais l'hypothèse est gratuite. Cet auteur
se montre d'ailleurs bien mal informé, car il fait vivre sous
répiscopat de saint Innocent (après 511 et avant 559) cette con-
temporaine d' Aiglibert (vers 673-692). Pourquoi une même
abbesse dans les actes d'un même évêque aurait-elle été appelée
tantôt d'un nom et tantôt d'un autre? Pourquoi aurait-on tantôt
mentionné sa parenté av3c le prélat et tantôt l'aurait-on passée
sous silence? Or, si Adrehilde et Ada ne sont pas la même per-
sonne, et si celle-ci avait pris la place de celle-là dès 692, Adre-
hilde ne saurait être mentionnée dans un acte de l'an 700.
La seule hypothèse qui permette de résoudre ces difficultés,
c'est que la date est corrompue par l'effet d'une faute de copie.
Cette forme du privilège est celle sous laquelle il a dû être expé-
dié d'abord, à une époque comprise entre le début de l'épiscopat
d' Aiglibert (vers 673?) et 683. Plus tard, en juin 683, un concile
national ayant été réuni au Mans, Aiglibert en aura profité pour
faire ratifier son privilège par tous les évêques du royaume, en
soumettant à leur signature un second exemplaire de l'acte expé-
dié antérieurement.
En la forme, les deux expéditions de l'acte sont donc l'une et
l'autre autlientiques. Il est plus difficile de se prononcer sur le
fond, c'est-à-dire sur les dispositions qu'elles renferment et
qu'elles donnent toutes deux dans les mêmes termes. Notre auteur
1. Gesta Aldrici, XLIV, p. 124.
44 QUESTIONS MEROVINGIENNES.
nous a habitués à soupçonner facilement des interpolations, et ici
les clauses où l'évêque insiste sur la soumission du monastère à
la cathédrale peuvent paraître bien accentuées. Il y a donc peut-
être des altérations volontaires, mais il est à présumer qu'elles
ne portent pas sur l'acte tout entier, et celui-ci, dans l'ensemble,
paraît pouvoir être accepté.
La charte de Thierry III, pour le même monastère de Notre-
Dame, est encore une de ces pièces qui embarrassent la critique,
par le mélange intime du faux et du vrai. Bréquigny et La Porte
du Theil, dont le jugement a été suivi par Pardessus, puis par
K. Pertz, l'ont déclarée fausse, ainsi qu'une autre du même prince
pour Tuffé (voir ci-après [p. 51]), par une mauvaise raison. Leur
motif pour les condamner, c'est qu'elles sont datées, l'une et
l'autre, de l'an 3 du roi (675-676) et qu'elles nomment Aiglibert,
lequel, selon le bénédictin manceau dom Jean Bondonnet, ne
serait devenu évêque du Mans qu'en 680. Pour se tirer de cette
difficulté chronologique, il faudrait, disent-ils, corriger la date et
lire anno XIII au lieu d'anno III, mais ce serait une hypo-
thèse arbitraire; et, comme l'autorité des Actus pontificum,
seule source par laquelle nous connaissions ces deux actes, est
« très légère, » cum levissima fides deberi videatur Actis
episcoporum Cenomanensium, il est plus simple de les tenir
pour faux. Si légère que soit l'autorité des Actus pontificum,
voilà une argumentation plus légère encore. Elle constitue un
véritable cercle vicieux, car elle consiste à opposer l'autorité de
Bondonnet à celle des Actus; or, Bondonnet, qui écrivait en
1651 *, n'a eu d'autre source d'information que ces mêmes Actus,
et c'est sur leurs indications que reposent directement ou indi-
rectement ses calculs. Dans les Actus, il semble avoir consulté
surtout ce qui est proprement l'œuvre de l'auteur, la partie nar-
rative plutôt que les copies de chartes. Or, c'est précisément
parmi ces copies de chartes que se trouvent les seuls renseigne-
ments utiles de l'ouvrage, tandis que les évaluations chronolo-
1. [Ici se trouve, dans le manuscrit de M. Julien Havet, l'appel d'une note qui
n'a pas été écrite. Peut-être voulait-il faire remarquer que Bondonnet connaît
les Actus, encore inédits en 1651, par le manuscrit du Mans. Bondonnet {les
Vies des evesques du Mans, p. 341) cite à l'appui de ses vues chronologiques,
en l'arrangeant un peu, l'en-têle du chapitre des Aclits sur Aiglibert (Mabillon,
Vetera Analecta, in-8*, III, p. 188).]
Vir. — LES ACTES DES ÉVÈQDES DD MANS. 45
giques propres à l'écrivain sont (M. l'abbé Duchesne l'a démontré
péremptoirement*) dénuées de toute valeur. Le procédé critique
de Bréquigny revient donc à contrôler la partie des Actus dont
l'autorité est douteuse par celle dont l'autorité est sûrement nulle.
Ajoutons, pour faire juger d'un mot la valeur des théories chro-
nologiques de Bondonnet, que cet auteur trop justement oublié
met en 678 l'avènement de Thierry III, au lieu de 673, et sa
mort en 694, au lieu de 690 ou 691 . On voit ce qui reste du rai-
sonnement de Bréquigny. Il fallait noter ce point, car ces deux
chartes ne sont pas les seules qui aient été condamnées et qui
passent encore aujourd'hui pour fausses, sur la foi d'une argu-
mentation aussi futile.
C'est par les caractères internes du texte qu'il faut en faire la
critique. Ces caractères sont différents, selon qu'on examine,
d'une part, la forme, l'enveloppe extérieure de l'acte (protocole,
suscription , exorde , souscriptions , date) , de l'autre , le fond
même de la pièce, c'est-à-dire le dispositif.
Après la suscription, « Theodericus rex Francorum vir illu-
ster » (où les deux derniers mots doivent être, comme toujours,
corrigés en « viris inlustribus »), vient un exorde, arenga, qui
n'exprime que des idées courantes dans les formulaires mérovin-
giens, et qui les exprime en un langage assez exactement réglé
sur les lois de la prose métrique :
Si peticionlÔMs sàcêrdotum^ quod et ad eorum oportunitatem
pertinet llbenter prestâmûs aûgmentum, regi[am] in hoc exerce-
mus consuetudinem et hoc nobis ad laudem vel ad salutem aeter-
nam et stabilitatem regni nostri in Dei nomine pertiwêrê confîdî-
mus. Igitur apostolicus vir domnus Aigliberlus Genomannice urbis
episcopus missa peticione démentie regni nostri credîdit sUbgerën-
dum^ ut...
La souscription royale est ainsi conçue : « In Xpisti nomine
Theodericus rex féliciter. » Ce dernier mot est une faute de copie
pour subscripsi, faute facile à faire en transcrivant les origi-
naux mérovingiens, où ce mot, toujours abrégé et embarrassé de
1. [L. Duchesne, les Anciens Catalogues épiscopaux de la province de
Tours, p. 49.]
46 QUESTIONS MÉROVINGIENNES.
parafes, doit être deviné plutôt que lu. Cette correction faite, la
forme de la souscription est exactement celle que Thierry III
avait adoptée et que nous trouvons au bas de ses actes originaux :
« In Xpi nomene Theudericus rex subs.'. »
La souscription du référendaire n'offre également qu'une faute
facile à corriger : « Audofredus jussu subscripsi ; » il faut lire :
« Audofredus jussus optolit. » L'usage de mettre le mot jussus
à côté du mot optolit dans cette formule n'a pas été suivi d'une
manière constante à l'époque mérovingienne ; mais les deux seuls
actes de Thierry III qui nous soient parvenus complets, et où se
trouve le second de ces mots, nous l'offrent précisément accom-
pagné du premier^.
Enfin, dans la date, « datura quod fecit mensis mr. V ann.
regni nostri III in Conpendii palacio nostro liu nomine féliciter »
(mercredi 5 mars 676) , hu nomine n'est encore qu'une faute de
copie pour in Dei no^nine. Ces diverses fautes sont, il me semble,
autant de présomptions d'authenticité. Elles sont l'œuvre d'un
scribe qui a l'original même sous les yeux et qui le transcrit de
son mieux et sans malice 3. Un faussaire instruit, comme il fau-
drait le supposer d'après la correction du reste des formules^, ne
serait pas tombé dans de pareilles erreurs.
On ne saurait juger aussi favorablement du dispositif. Voici
une clause qui, telle qu'elle se présente à nous, n'offre guère
de sens :
Hoc preceptum fier! jussimus... ut... sanctemonialibus inibi degen-
tibus et pauperibus ac peregrniis stipendiarie disponente atquc ordi-
nante prefate urbis episcopo... sub régula existant...
1. Letronne, n" XVI, XVII, XX, et K. Pertz, p. 48, n» 53.
2. Letronne, n" XVI, XX.
3. Les raisons que j'ai alléguées, au paragraphe précédent, pour attribuer au
chorévêque David la rédaction des Acius et des fausses chartes qu'ils con-
tiennent, n'obligent pas à croire qu'il ail tout écrit et copié de sa main. Des
fautes comme celle qui a consisté à mêler, à l'intérieur d'une même phrase, des
tournures contradictoires (précaire de Ténestine, ci-dessus, p. 24), témoignent
plutôt de l'emploi d'un copiste qui aura mal compris les ratures et les sur-
charges de son modèle.
4. Et comme n'était pas le chorévêque David : car les faux dont il paraît
être l'auteur témoignent de sa facilité et de son audace plus que de sa science
diplomatique.
VII. — LES ACTES DES EVHQUES DU MANS. 47
Le mot stipendiarie est particulièrement embarrassant. Est-ce
un adjectif? est-ce un adverbe? et que veut-il dire? L'excellente
édition des formules, publiée par M. Zeumer dans les Monu-
menta Germaniae historica, étant pourvue d'un index com-
plet, il est tout indiqué d'y chercher s'il existe des exemples
analogues : on en trouve un seul, et le document qui le donne
n'est pas mérovingien. C'est une de ces formules dont le texte,
conservé en notes tironiennes dans un manuscrit de Paris, a été
révélé par dom Carpentier et revisé, il y a quelques années, par
M. W. Schmitz ; on les a connues longtemps sous le nom de
Formulae C arpenter ianae , auquel M. Zeuraer a substitué
celui de Formulae impériales. On sait que ces formules appar-
tiennent toutes au temps de Louis le Pieux et ont été copiées sur
des actes authentiques de ce prince. Celle-ci^ est un modèle de
charte par laquelle l'empereur confirme une constitution d'un
évêque, qui avait concédé à ses chanoines, pour la mense capi-
tulaire, certains domaines de l'évêché, ainsi que des dîmes et
noues à percevoir sur d'autres domaines. La plupart des clauses
actuellement incorporées à notre charte de Thierry III sont visi-
blement copiées sur celles de cette charte carolingienne :
Fonn. imp. 25 : Postulavit
etiam nobis ut haec constitutio,
quam propter amorem Dei el elee-
mosynam domni et genitoris no-
stri ac noslram constituerai, ob
firmitatis causam nostra impé-
rial! confirmaretur censura 2.
Gujus petitioni, quia justa et
ratione plena est, nobis adsen-
sum praebere et eandem consti-
tutionem nostra auctoritate pla-
cuit conflrmare.
Idcirco volumus et per hanc
Thierry III : ... Constitutio-
nem, quam propter amorem Dei
et elemosinam nostram consti-
tuerat. .. postulavit ut firmitatis
causa nostra regali confirmetur
censura.
Gujus peticioni nos assensum
prebentes et eandem suam con-
stitutionem nostra auctoritate
confirmantes.
hoc preceptum fieri jussimus
1. Carpentier, n» 7; E. de Rozière, n" 566; Formulae impériales, n° 25;
Zeumer, p. 304 ; Schmitz, Monumenta tachygraphica, I, p. 17.
2. Tous les éditeurs ont imprimé clementia, mais le manuscrit porte nette-
ment la note tironienne qui signifie censura; voyez les planches de M. Schmitz,
fol. 75 r% ligne 17.
48
QUESTIO\S MEROVINGIENNES.
nostram aucLoritatem praecipi-
mus ut ville et nonae ac décime,
sicut ab eodem illo episcopo con-
stiLutae sunt, ita deinceps nostris
et futuris temporibus eisdem ca-
nonicis stipendiarie, disponente
atque perordinante episcopo qui
praefatae sedis praefuerit, exi-
stant...
... Etnullusquibuslibetex suc-
cessoribus ejus easdem villas...
penitus auferre praesumat, sed
sicut in eadem constitutione, si-
cut ab illo constitutae et a nobis
confirmatae sunt, per diuluraa
tempora inviolabililer et incon-
vulse persistere sinat. Si vero
alicui successorum ejus animo
sederit ut et numerum canonico-
rum multiplicare et alias res illis
superaddere volueril, in suo jure
et poteslate, salva discretionis
ratione, id faciendi permaneat.
et per banc auctoritatis nostre
inscriptionem percipiraus ut, si-
cut a predicto venerabili et apo-
slolico viro Aigliberto Cenoman-
nice urbis episcopo est constitu-
tum vel sicut in ejus continetur
script[o, ita] deinceps nostris et
futuris temporibus . . . sancte-
monialibus inibi degentibus et
pauperibus ac peregrinis stipen-
diarie, disponenteatqueordinante
prefate urbis episcopo ac deces-
soribus suis et abbatisse quam
ipse sive successores sui in eodem
monasterio constituerunt, sub
régula existant...
Neque aliquo modo quicquam
auferre vel preterire présumât,
sed prefati episcopi constitutio-
nem sicut ab illo constitutum et
a nobis confirmatura est per diu-
turna tempora inviolabililer in
augmentum sancte Dei aecclesie
et inconvulse omnes reges et prin-
cipes vel exactores regni persi-
stere aut permanaere sive perdu-
rare omni tempore permaneat.
Entre ces deux textes, il n'y a pas simplement une parenté
plus ou moins éloignée ; il y a imitation, et imitation maladroite,
car certaines clauses, qui avaient un sens dans la charte caro-
lingienne, l'ont perdu en passant incomplètement dans la charte
mérovingienne. Chez Louis le Pieux, « propter... eleemosynam
donmi et genitoris nostri et nostram, » faisait allusion aux
libéralités impériales par lesquelles l'évêque avait été mis à
même de se montrer à son tour libéral envers son chapitre ; chez
Thierry III, qui ne confirme qu'un privilège général de constitu-
VII. — LES ACTES DES e'vÈQDES DU MANS. 49
tion du monastère et où aucune libéralité royale ni épiscopale
n'est relatée, les mots « propter... elemosinam nostrara » sont
vides de sens. Le mot qui nous embarrassait tout à l'heure,
« stipendiarie, » est dans la charte de Louis le Pieux un nomi-
natif pluriel {stipendiari[à\e) qui s'accorde avec « vill[a]e et
nonae ac decim[a]e; » dans la charte mérovingienne, on l'a
laissé subsister par mégarde, tout en supprimant les m.ots qui le
gouvernaient, et il en est résulté une confusion inextricable.
Enfin, le ridicule « persistere aut permanaere sive perdurare
omni tempore per7naneat , » qui termine une des dernières
clauses de notre charte, a été sans doute obtenu en amalgamant
inintelligemment les fins de deux phrases de la charte carolin-
gienne, « persistere siuat » et « id faciendi permaneat. »
On ignore à quelle église était accordée la charte de Louis le
Pieux, dont la copie (moins les noms propres et la date) nous a
été conservée parle recueil des Formulae impériales. Ce n'était
pas celle du Mans, car au Mans la réforme du chapitre et la
création de la mense canonicale furent l'œuvre d'Aldric'; or,
Aldric ne devint évêque qu'en 832, et le prélat visé dans la for-
mule était évêque dès le temps de Charlemagne. D'ailleurs nous
avons la charte par laquelle Louis le Pieux confirma les disposi-
tions d' Aldric en faveur de ses chanoines, le 18 juin 837, et elle
est rédigée selon un formulaire différente Mais il n'est guère
probable que notre faussaire soit ailé chercher son modèle en
dehors des archives qu'il avait sous les yeux. Il y eut donc pro-
1;; bablement une autre charte impériale rédigée à peu près sur le
'" même modèle que celle des Formulae i?7iperiales et adressée à
l'évêché du Mans. Peut-être était-ce celle qu Aldric, au rapport
de ses Gesta, obtint de Louis le Pieux pour confirmer la res-
tauration du monastère même qui nous occupe, celui de Notre-
Dame^; elle devait contenir aussi la confirmation des concessions
de domaines ecclésiastiques faites par Aldric à ce même monas-
tère ^ et, par conséquent, elle pouvait être conçue en termes
analogues à ceux de notre formule carolingienne.
1. Gesta Âldrici, II, IV, XXXIII; édition Charles et Froger, p. xi, 11, 17,86.
2. Gesta Aldrici, XXXIII, p. 86; Muhlbacher, n» 937.
3. « Auclorilate predicti irnperatoris Hludovici. » Gesta Aldrici, XXVI, p. 69.
4. « Ipsis quoque sanctimonialibus et monachis villas dédit, ut inde eorura
stipenditru [sic] et vestimenta atque cèlera supleraenta per singulos annos ple-
niter haberent... » Ibid.
^894 4
50 QCESTIOIVS MÉROVINGIENNES.
Les parties de la charte de Thierry III citées ci-dessus sont
donc clairement interpolées. Le reste est-il plus authentique ? Je
crains que non, et que tout n'ait été emprunté à la charte que je
suppose donnée par Louis le Pieux en fav^eur d'Aldric. On y
trouve, en effet, des dispositions réitérées, destinées à assurer la
sujétion du monastère à la cathédrale, qui avaient dû être faciles
à obtenir au temps d'Aldric et auxquelles le faussaire pouvait
trouver utile d'attribuer une origine plus ancienne :
in monasterio... quod ad matrem aecclesiç sanctç Mariç et sancti
Gervasii et Prothasii, cul preesse videtur, jure ecclesiastico pertinet,
et per scriptionis firmitatem predecessorum suorum temporibus sub
censu fîrmiler et le^aliter delegatum esse cognoscitur...
sub jure et dorainatione prefate Cenomannice senioris urbis
aecclesiç...
... ut neque... auferreaut alienare a jure et dominatione jamdicte
raatris Cenomannice urbis aecclesie... aut quan[bel] caliditate vel
malo injenio machinetur ut a juga prefate aecclesie ex hac nostra
benivolentia ipsum monasteriolum auferatur vel alienatur sive ali-
quo modo subtrabatur, sed in jure et potestate sepedicte matris
aecclesiç aut ponlificum inibi Deo degentium... perraaneat...
« Mater. ecclesia », « pontifices... degentes » sont des tour-
nures particulièrement familières à l'évêque Aldric et aux écri-
vains de son entourage. Enfin, la clause qui ordonne que les
religieuses
sub régula existant ac regulariter vivant et plena eis régula con-
servetur
rappelle les termes dans lesquels Aldric mentionne son décret
épiscopal, confirmé par l'empereur :
Et hoc decrevit atque sanxit pariter cum suo metropolitano et suis
conprovincialibus et aliis mullis episcopis, auctoritate predicti impe-
ratoris Hludowici, ut futurls temporibus semper monachas regula-
riter viventes et secuadum regulam sancti Benedicli degentes inibi
permanerent^
Conclusion : la prétendue charte de Thierry III pour Notre-
Dame du Mans est un composé factice, obtenu par la combinai-
l. Gesta Aldriciy ibid.
VII. — LES ACTES DES ÉVÈQUES DU MANS. 5-1
son d'un fragment plus ou moins altéré* du texte d'une charte
perdue et authentique de Louis le Pieux, avec le début, les sous-
criptions et la date d'une charte perdue et authentique de Thier-
ry III. — De cette dernière charte, ces parties seules nous ont
été conservées, et ni le texte ni même l'objet ne nous en sont
connus.
La dernière pièce du dossier de Notre- Dame^ est un contrat
de précaire, passé entre l'évêque Merolus et l'abbesse Arvina le
jour des calendes de mai, l'an 10 du roi Gharlemagne [778,
l®"" mai]. Il n'y a aucune raison d'en suspecter l'authenticité.
Quatre monastères du Maine font, dans les pièces conservées
par les Actus pontiflcum, chacun l'objet d'une seule charte :
Saint-Martin et Saint-Ouen au Mans, Tuffé et Châlons. On a vu
déjà la charte, authentique (sauf une légère interpolation), de
Théodebert II pour l'oratoire de Saint-Martin^. Les trois chartes
qui concernent respectivement Tuffé, Châlons et Saint-Ouen
paraissent également authentiques, au moins quant à la majeure
partie de leur texte.
Celle de Tuffé est un acte royal, de Thierry III, « datum
quod fecit mense decbr. d. vi ann. III regni nostri Compendio »
(jeudi 6 décembre 675). Bréquigny et La Porte du Theil l'ont
déclaré faux, pour la même mauvaise raison chronologique que
la charte de Notre-Dame. Ils n'ont indiqué aucun autre motif de
le rejeter.
Le monastère, dans la copie qui nous est parvenue, est appelé
Chusphiaco, mais, comme cette forme ne répond à aucun nom
de heu connu, il est probable qu'on a eu raison de restituer
Thusphiaco et de reconnaître dans ce nom celui de Tuffé
(Sarthe), appelé « monasterium Tufiaco » dans un acte de Louis
le Pieux du 31 décembre 832''. Ce fut plus tard le siège d'un
monastère d'hommes, puis d'un prieuré dépendant de l'abbaye
de Saint -Vincent du Mans^ D'après notre charte, c'était, à
1. Voici une incise tellement corrompue qu'il faut, semble-t-il, renoncer à
y chercher un sens : « aut propter benivolentiam vel leviorationem seu servi-
cii prefratres domini et apostolici viri Aiglibertus episcopus aliqua succédât
occasionem... »
2. Ci-après, p. ... [Paragraphe non rédigé.]
3. Ci-dessus, p. 10 et suivantes; appendice, n° 000.
4. Gesta Aldrici, XI, p. 36 ; Miihlbacher, n" 883.
5. Cauvin, p. 522.
52 QUESTIONS MEROVINGIENNES.
l'époque mérovingienne, un monastère de femmes, consacré en
l'honneur de Notre-Dame et de plusieurs saints : « in monasterio
puellarum, quod in honore sanct^ Marie vel ceterorum domno-
rum in loco nuncupante [Tjhusphiaco constructum. » Il avait
pour abbesse une femme de haut rang, illustris, Adidola ou
Odila; la mère de l'abbesse, Inga, était religieuse dans la même
maison.
Le texte expose que deux grands personnages, « Ulphaldus
et Ingobertus obtimates nostri, » avaient contraint l'abbesse, sa
mère et les autres religieuses à souscrire un acte par lequel
elles se mettaient sous les ordres de ces deux hommes et se
reconnaissaient obligées de se soumettre à tout ce qu'ils leur
commanderaient :
taie testamenfum facere coegisset, ut quodcumque predictl
viri ad ipsas ancillas Dei facere ordinabant, aliud nuUatenus pon-
tificium faclendi haberent, nisi presentaliter in perpetuum ut orani
tempore jussionem de qualibet causa facere et adimplere debe-
rent...
C'était un abus d'autorité ; Ulphald et Ingobert n'avaient
aucun droit sur Tuffé. Sur la réclamation de l'évêque Aiglibert,
qui prétend que le monastère dépend de lui seul, le roi déclare
que la charte souscrite en faveur de ces deux optimales est
nulle et assure contre leurs prétentions l'indépendance du monas-
tère et le droit de l'évêque.
Il n'y a rien là que de vraisemblable. Les grands personnages
de l'empire franc cherchaient volontiers à intervenir dans les
affaires des monastères et à les soumettre à leur pouvoir. Nous
verrons dans un moment, en étudiant l'acte relatif à Chàlons
(Mayenne), un duc exiger du fondateur d'un monastère, en
échange de ses services administratifs, une promesse de survi-
vance de la charge d'abbesse pour sa fille. Les rois, de leur côté,
ne se gênaient pas pour annuler, par acte d'autorité souveraine,
les conventions faites entre les particuliers. Un jugement origi-
nal de Clotaire 111 conservé aux Archives nationales, et relatif
précisément au Maine, nous en offre un exemple ^ Béraire, évêque
du Mans, était en procès avec l'abbé de Saint-Denis pour la pro-
priété de certaines terres ; il les tenait, disait-il, de son père
1. K. Pertz, p. 33, n" 35; Lelroniie, ii" XII.
Vri. — LES ACTES DES ÉVÊQDES DU MANS. 53
Béroald, qui lui-même les avait reçues en don du propriétaire,
Ermélénus. Le représentant de Saint-Denis répondit en produi-
sant une praeceptio de Clovis II, qui avait annulé d'une façon
générale les donations d' Ermélénus envers Béroald et avait
rendu au donateur le droit de disposer des biens donnés :
Qui Beracharius... dicebat eo quod ab ipso Ermeleno in geniture
suc exinde epistola donationis fuisse conscripta, et ob hoc ipsa
heredetas ad eodem pervenissit. Sed in presenti anlefati agentis
domni Dionense precepcione incliti recordationis domni et genituris
nostri Ghlodovici quondam régis protullerunt rec[ens]enda, ubi...
contenibat ut, ubi et ubi... Ermélénus in Beroaldo beredebusque
suis ficerat invinibantur, vacuas et inanis permanirent et nullum
sortirentur effeclum, sed ubicumque antedictus Ermélénus vel
filius suos Goddo eorum facultatem dare aut derelinquere vellibant,
liberum ex permisse praedicto princepe habirent arbitrium...
Ce texte permet de compléter par conjecture une phrase de la
charte de Tuffé, où se trouve un bourdon évidemment dû à la
négligence du copiste. Il faut lire sans doute cette phrase ainsi,
ou à peu près :
Ideoque presenti preceptione decernimus, et omnino jubemus,
ut si ullo umquam tempore ipsa carta aut alius qualiscunque
strumentus de nomine predictorum virorum, contra predictum
pontificem vel ejus abbatissa nomine Odilane vel génitrice sua Ingane
vel [ipsam congregationem predicti monasterii proferebanlur,
vacuas et inanis permanirent et nullum sortirentur effectum, sed
predicta abbatissa vel] ipsa congregatio omni tempore absque cujus-
libet impedimento vel supradictorum virorum , quietas in ipso
monasterio sito in pago Cenomannico [Tjhusphiaco constructo debeant
rësidere, vel sub sancta régula ibidem conversare, et pro statu
aecclesiç et salute patrie seu pro stabilitate regni nostri perhenniter
ibidem debeant exorare...
L'authenticité de l'ensemble de la pièce est attestée par la
régularité presque constante avec laquelle y sont observées les
lois de la prose métrique. Mais il y a, là aussi, quelques passages
interpolés. Certaines phrases renferment des expressions fami-
lières à l'entourage d'Aldric, d'autres peu usitées dans la langue
des chartes mérovingiennes : «préfixe monache », pour « prae-
54 QUESTIONS MÉROVINGIENNES.
dictae monachae^ » ; « quod et a nobis enucleatum est perscru-
tandum », qu'il faut lire, sans doute, « quod et a nobis enu-
cleat[i]m^ est perscruta[t]um >•> ; « suç sedis aecclesiç » ,
« memorata Cenomannica mater aecclesia », « sepedictwn
monasterium », etc. La phrase où se lisent les premières de ces
expressions est aussi celle où la sujétion du monastère envers
l'évêque est exprimée dans les termes les plus forts : « sub
ditione et regimine predicti pontiflcis », « sub potestate et domi-
na tione antedicti pontificis ». Celle où se lisent les dernières con-
tient un renseignement d'archéologie rehgieuse sur la cathédrale
du Mans, évidem^ment déplacé dans cet acte destiné à régler la
condition juridique d'un couvent du diocèse : « memorata Ceno-
mannica mater aecclesia, quç est constructa et dedicata in honore
sancte Marie et postea inmajorata in sanctorum martirum Ger-
vasii et Prothasii ». Il faut donc les marquer l'une et l'autre
comme apocryphes, et le reste de l'acte comme authentique.
La signature du référendaire est ainsi conçue : « Gundinus
jussus obtuht et subscripsit ». Les deux derniers mots sont à
supprimer ; c'est une lecture arbitraire de la masse de parafes
indistincts qui suivait cette signature dans l'original. Jussus
ohtulit est bon. Le référendaire Gundinus n'est pas connu; peut-
être est-ce le même que le Gundoinus duœ mentionné dans un
acte de Childéric II, du jeudi 6 septembre 669 3, ou le Gundui-
nus opthnas d'un jugement de Clovis III, du samedi 28 février
694^. L'un des deux optùncdes dont le roi réprime la tentative
d'usurpation sur le monastère, Ingobert, est peut-être le même
personnage dont la veuve, Angantrude, fille d'Ebrulfe, le l*"" no-
vembre 692, reconnut avoir donné le lieu de Noisy-sur-Oise à
l'abbaye de Saint-Denis^.
La pièce relative au monastère de femmes de Châlons (Mayenne)
est datée de « Marogilo villa, » probablement Mareil-en-Cham-
pagne(Sarthe), « in annoXVI régnante domino Childeberto rege
nostro, XII kl. novb. » (mardi 21 octobre 710). C'est un acte
1. Simson, die Enistehung der pseudo-lsidorischen Falscfmngen in Le Mans,
p. 65-67.
2. Ibid., p. 68, 69.
3. K. Pcrlz, p. 28, n" 29.
4. Ibid., p. 58, n' 66.
5. Ibid., p. 57, n" 64.
VII. — LES ACTES DES ÉVÉQUES DU MANS. 55
d'un évêque, qui se désigne en tête par ces mots : « Cum divi-
nitate propicia dono Dei acsi indignus ego Berarius vocor epi-
scopus..., » et qui a signé à la fin : « In Xpisti nomine Berarius
episcopus hanc epistolam a me factam subscripsi. » L'auteur des
Actus 2Jontiflcu7n a pensé qu'il s'agissait d'un évêque du Mans :
« Exeraplar testament! quod Berarius nobilis Cenomannice urbis
episcopus de monasterio Caledon... fecit...*, » et, comme l'évêque
de ce nom, connu par d'autres documents, a exercé ses fonctions
environ quarante ans plus tôt, sous Clotaire III et Chilpéric II,
il en a conclu à l'existence d'un évêque Béraire II, qui figure
dans son catalogue épiscopal? et dans un passage de son livret
mais auquel il a renoncé plus tard^. Plusieurs modernes sont
tombés dans la même erreur. En réalité, le Béraire auteur de la
charte de Châlons ne peut pas avoir été évêque du Mans, par la
raison qu'à la date de cette charte l'évêque du Mans s'appe-
lait Herlemond. Non seulement Herleraond est mentionné dans
diverses chartes authentiques de 698 ou 699 ^ de 713*^ et de 721 ',
mais, dans celle-ci même, il figure en qualité d'évêque du Mans :
« dum cognitum est quod domnus Herlemundus abbatias vel
beneficialia aecclesiastica superius nominate (Jublains, Saint-
Victur au Mans, etc.)... nobis concessit, » — « illa bénéficia
superius nominata quae pro beneficio domno Herlemundo vel
aecclesiç suç.. . tenemus, » — « et convenit nobis ut post nostrum
discessum domnus Herlemundus aut alius pontifex Cenoman-
nice... » D'ailleurs, l'auteur de la charte parle des abbayes et
autres biens qu'il tient en bénéfice de l'église du Mans : « abba-
tias vel bénéficia quç de ratione sancti Gervasii in beneficio
habeamus. » Il est clair que celui qui s'exprime ainsi n'est pas
lui-même le chef de cette église. Il faut donc chercher ailleurs le
siège épiscopal de notre Béraire.
1. Vetera Analecta, in-S", III, p. 213.
2. Gesta Aldrici, édit. Charles et Froger, p. xxi; Duchesne, les Anciens
Catalogues épiscopaux, p. 36.
3. Vetera Analecta, in-S", III, p. 211.
4. Ci-dessus, 1893, p. 673,
5. [Voir ci-dessus, Bibl. de l'École des chartes, 1893, p. 597, la liste des
textes préparés par M. Julien Havet, 4° et 5°.]
6. [Même liste, 6' et 7°. En outre, la charte relative à Saint-Ouen, ci-des-
sous, p. 57.]
7. [Liste susdite, 8°.]
56 QUESTIONS MÉROVI\GIE\NES.
Serait-ce un chorévêque manceau? J'ai dit plus haut* les rai-
sons pour lesquelles je ne crois pas qu'il ait existé un seul choré-
vêque sous les Mérovingiens, D'ailleurs ici Béraire se dit évêque,
« vocor episcopus, » et non chorévêque. C'était donc plus pro-
bablement le titulaire de quelque diocèse voisin. Reste à savoir
quel était ce diocèse et pourquoi, au lieu d'y résider, il était
venu chercher, à ce qu'il semble, un asile dans le Maine.
J'ai déjà eu l'occasion de signaler deux actes un peu antérieurs
à celui-ci, l'un de 683, l'autre de 696 ou 697, où, dans une série
de souscriptions épiscopales, le nom d'un évêque Berarius ou
Beracharius figure à côté de celui de l'évêque d'Angers, Aigli-
bert^. Cette circonstance donne lieu de présumer que son diocèse
était voisin de celui d'Angers ; ses possessions dans le Maine font
présumer qu'il était également voisin de celui du Mans. Or, deux
territoires diocésains seuls étaient à la fois contigus au Maine et
à l'Anjou, celui de Tours, au sud-est, et celui de Rennes, au
nord-ouest. Mais la série des évêques de Tours est parfaitement
connue, ei SMC\m Berarius ou Berachariusn y f^gwre. A Rennes,
au contraire, non seulement la série épiscopale offre ici une
lacune^, mais le peu que nous savons de l'histoire de ce siège
permet d'expliquer comment son titulaire put se trouver obligé
de vivre ailleurs. Un texte hagiographique nous apprend que le
pouvoir épiscopal fut usurpé dans les cités de Rennes et de Nantes
à la fois par un comte nommé Agathéus^ L'époque de cette
usurpation est approximativement fixée par les anciens cata-
logues des évêques de Nantes, où le nom de Salapius, évêque en
650, est suivi de deux mentions ainsi conçues :
Agatheus vocatus sed non episcopus.
Amito vocatus sed non episcopus^.
Si, comme le suppose avec vraisemblance M. l'abbé Duchesne^,
le second usurpateur, Amito, se maintint dans la même situation
qu' Agatheus, c'est-à-dire s'il exerça, lui aussi, son pouvoir
sur les deux sièges, la durée de la double usurpation put s'étendre
1. Ci-dessus, 1893, p. 665.
2. Ci-dessus, p. -il.
3. Ducliesiie, les Anciens Catalogues, p. 85, 80.
4. Vita S. Ilermelandi [cap. iv, g V (Acta sanctorummartii,lU, p. 582 b)j.
5. Duciiesne, les Anciens Catalogues, p. 66.
6. Ibid., p. 73.
Vir. — LES ACTES DES ÉVÊQUES DU MANS. 57
sur toute la fin du vii^ siècle et le commencement du viif ; le pre-
mier évêque légitime de Nantes mentionné après Amito est Déor-
raar, qui siégeait en 757. En 683, en 696, en 710, la cité de
Rennes était donc sans évêque légitime : mais était-ce parce
qu'aucun évêque légitime n'avait été consacré, ou parce que
l'évêque légitime était chassé de son siège et empêché d'exer-
cer ses fonctions? C'est ce que les auteurs ne disent pas, et la
seconde hypothèse est aussi vraisemblable que la première*.
On est donc en droit de faire cette hypothèse et de la compléter
par une autre, en supposant que cet évêque dépossédé s'appelait
Beracharius, que c'est lui qui a signé les actes épiscopaux de 683
et de 696, et de qui émane notre charte de 710 relative au monas-
tère de Châlons. Ce monastère qu'il avait fondé, et celui de
Jublains, dont l'évêque du Mans lui avait concédé la jouissance,
sont situés dans la partie du Maine la plus voisine du diocèse de
Rennes. Les bénéfices dont il jouissait au Maine lui auraient été
accordés par la charité de l'évêque du Mans pour le dédommager
dans une faible mesure de son diocèse perdu. Quant aux termes
assez insolites de sa suscription, « cum... dono Dei acsi indignus
ego Berarius vocor episcopus, » ils feraient allusion à la situation
particulière du prélat dépossédé, évêque de droit et non de fait.
Deux ans plus tard, vers 712 (?), un acte de l'évêque Herle-
mond^ pourvoyant à la dotation de l'oratoire de Saint-Ouen au
Mans, lui attrilDue un domaine possédé jusque-là par Béraire :
« vico ahquo qui vocatur Artinis... in pago Cenomannico,
quem Bertocarius sacerdos usque nunc tempore per nostrum
beneficium tenuit. » Faut-il en conclure que le bénéfice était
devenu vacant depuis peu par la mort du possesseur, et que par
conséquent la mort de Béraire, évêque de Rennes (?), doive être
fixée approximativement à l'an 712?
Quoi qu'il en soit, l'acte du 21 octobre 710 a pour but de
régler le gouvernement du monastère de femmes de Châlons, au
pays de Jublains, que Béraire avait fondé et doté. Il commence
par confirmer la donation qu'il a faite de ses biens personnels à
1. On peut citer à l'appui de l'une et de l'autre des faits analogues dans le
diocèse du Mans : à la fin du vi' siècle, l'évêque Bertrand fut chassé de son
siège par l'usurpateur Berthégisil ; au vm' siècle, entre l'épiscopat de Herle-
raond et celui de Gauziolen, se place l'usurpation de Charivius (voir ci-après).
[La discussion de ce fait n'a pas été rédigée.]
2. Ci-après, p. 58, et appendice.
58 QUESTIOXS MÉROVINGIENNES.
ce monastère, mais il prend soin d'en excepter* les domaines de
l'église du Mans, qui lui ont été concédés à titre de bénéfice tem-
poraire et dont il donne une énumération plus ou moins complète.
Puis il déclare qu'en raison des services qui lui ont été rendus
par un duc nommé Crodégaire, « dum cognitum est quod vir
illuster Grodegario (plus loin : Crodegarius) dux de inferendis
vel undicunque juvamen nobis prestare non cessât, vel adjuto-
rium tam nobis quam ipsi case facit et in antea facere disponit, »
il lui a promis de donner à sa fille Chrodéilde la succession de
l'abbesse actuelle, Cagliberte. Enfin, quand Cagliberte, Chro-
déilde et Béraire lui-même seront morts, il veut que le monas-
tère revienne sous la domination de l'évêque du Mans, qui le
gouvernera comme tous les monastères de son diocèse. Cet arran-
gement constitue entre Béraire, Chrodégaire et Herlemond un
contrat synallagmatique, dressé en trois expéditions semblables
pour les trois parties, et que celles-ci s'engagent réciproquement
à observer. — Voilà un ensemble de dispositions assez rares et
assez compliquées, qu'un faussaire n'aurait ni su inventer ni eu
intérêt à inventer. Je ne crois pas qu'on doive songer à émettre
le moindre soupçon sur l'authenticité de la pièce. Ce n'est ni le
moins curieux ni le moins instructif des textes dont nous devons
la conservation à l'auteur des Actus pontificum.
La charte relative à Saint-Ouen du Mans est celle que je viens
de citer comme fournissant peut-être la date approximative de
la mort de Béraire. C'est un acte par lequel l'évêque Herlemond
concède divers domaines de la cathédrale à un oratoire fondé par
lui en l'honneur de saint Ouen, évêque de Rouen et confesseur
(mort vers 683^), et construit à la porte de la ville du Mans, près
du mur d'enceinte, « oratorium in honore sancti Audoeni epi-
scopi et confessoris prope de muro Cenomannis civitate. » Il offre
tous les caractères de l'authenticité : entièrement libellé (sauf
une seule incise à suspecter d'interpolation 3) en faveur de l'ora-
1. C'est ainsi qu'à la différence de la plupart des modernes, je crois devoir
comprendre les clauses du début de l'acte : là où le texte porte prope, pro-
pter (« prope illas abbatias », « propter ista loca »), je pense qu'il l'aut entendre
praeter.
2. Ci-dessus, p. 42.
3. « Nisi parlibus predicti oralorii sancli Audoeni ejusque mona[colisJ seu
rectoribus ibidem consistentibus, sub jure acpoteslate sanctorum martirum
Gervasii et Prothasii, diu[tu]rno tempore valeat perdurarc. »
VII. — LES iCTES DES e'vÊQUES DU MANS. 59
toire, il n'assure aucun droit ni privilège à l'église du Mans, et
l'auteur des A dus n'aurait pas eu d'intérêt à le fabriquer. Il ne l'a
sans doute copié que pour en orner son recueil. On y remarque
un terme particulier à l'époque mérovingienne, evis [i^onr aevis)
te^nporibus, que le copiste postérieur, ainsi qu'il arrive presque
toujours, a mal compris et transformé en ejus^ : « ut haec volun-
tas et facta nostra ab ipsis inviolabiliter e[vi]s temporibus con-
servetur. » Les deux seuls passages qui puissent faire difficulté
sont le début (suscription) et la date finale, ainsi conçus :
Dagobertus rex Francorum vir illuster. Pipinus major domus. In
Dei nomine Herlemundus acsi peccator episcopus dominum ut precor
et supplico graliam vestram. Dum ego oratorium, etc.
Data die jovis kl. januarias anno II regni nostri Lupila in Dei
nomen.
C'est l'évêque seul qui parle d'un bout à l'autre de la pièce. Il
n'y est question de Pépin qu'à la troisième personne (« annuente
domino et seniore nostro Pipino majore domus, » « precces quam
pro me quam principe nostro Pipino »), de Dagobert en aucune
façon. Les mots « Dagobertus », etc., « Pipinus », etc.,
paraissent donc avoir été ajoutés à tort, peut-être d'après quelque
annotation mise en haut de l'acte par un archiviste qui aura
voulu noter les princes sous le gouvernement desquels il avait
été rendu 2 : il faut les supprimer. Quant à la date, avec les mots
« anno II regni nostri, » de deux choses l'une : ou elle est muti-
lée, et il faut restituer « anno II regni [domni] nostri [N. régis], »
ou elle a été empruntée à quelque acte royal et transportée mal à
propos à la fin de celui-ci. Dans un cas comme dans l'autre, elle
n'offre aucune certitude, le nom même du roi dont il s'agit
n'étant pas attesté. S'il était vrai que ce fCit Dagobert III, la
1. Questions mérovingiennes, VI (Bibl. de l'École des chartes, LI, 1890),
appendice I, n° 1, note e, et n° 2, note j.
2. Les mots « supplico gratiam vestram, » qui semblent s'adresser à un per-
sonnage puissant, pourraient suggérer l'idée de conserver une partie de ces
mots, en les mettant au datif au lieu du nominatif : « Viro illustri Pipino
majori domus. » Mais, outre que cette correction serait tout arbitraire, la for-
mule serait bien sèche; on attendrait plutôt quelque chose comme : « Domno
et seniori meo viro illustri, » etc. D'ailleurs « in Dei nomine » serait bien mal
placé entre « Pipino majore domus » et « Herlemundus acsi peccator epi-
scopus. »
60 QUESTIONS MEROVINGIENÎVES.
seconde année du règne répondrait à 712-713. « Die jovis » ne
peut être qu'une faute de copie, car les actes mérovingiens ne
sont jamais datés par les jours de la semaine ; le nwt jovis cache
donc un nombre mal lu se rapportant à « kl. januarias, ». et
l'acte est de la seconde moitié de décembre (712?). Le nom de
lieu Lupila avait été lu par Mabillon Jupila, et l'on avait pu
croire qu'il s'agissait du palais de [Jupilles, au pays de Liège],
résidence de Pépin* ; cette conjecture n'a plus de raison d'être 2.
§ 6. — Les chartes des « Actus pontiflcum » relatives aux
privilèges et aux domaines de Vévêchè.
[Le manuscrit de M. Julien Havet s'arrête à ce titre.]
1. Bréquigny, édit. Pardessus, II, p. 292, note.
2. C'est ce qu'a déjà reconnu Cauvin, qui, ayant restitué la vraie leçon Lupila,
s'est sagement abstenu de proposer aucune traduction de ce nom (p. 382).
( L Appendice au prochain numéro.)
NOUVELLES ACQUISITIONS
DU
DÉPARTEMENT DES MANUSCRITS
DE
LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE
PENDANT LES ANNÉES 1892-1893.
Les notices suivantes offriront un aperçu des accroissements
des fonds latin et français du Département des manuscrits de la
Bibliothèque nationale pendant les vingt et un mois qui viennent
de s'écouler, depuis le 1'''' avril 1892 jusqu'au 31 décembre 1893^
Au premier rang de ces nouvelles acquisitions doivent figurer les
manuscrits originaux et autographes des œuvresde Victor Hugo,
légués à la Bibliothèque nationale par son testament du 31 août
1881 . Ces volumes, au nombre de trente-quatre, déposés à la Biblio-
thèque au commencement de l'année 1889, n'ont été remis au
Département des manuscrits que le 12 octobre 1892, en vertu
d'un décret de M. le Président de la République, du 29 septembre
précédent, autorisant l'acceptation du legs^
Mais ils ne forment point l'ensemble des manuscrits de Victor
Hugo ; d'autres volumes, momentanément confiés par la volonté
1. Ces notices font suite à celles qui ont été publiées il y a deux ans dans
la Bibliothèque de l'École des chartes (1892), t. LUI, p. 333-382.
2. Ces volumes ont déjà été sommairement mentionnés dans les Manuscrits
latins et français ajoutés aux fonds des nouvelles acquisitions, de M. L. De-
lisle (Paris, Champion, 1891, 2 vol. in-8^), t. II, p. 695-696. —Plusieurs de ces
manuscrits ont aussi ligure à l'exposition faite dans le vestibule de la Biblio-
thèque nationale en mai 1889; voy. la Notice d'un choix de manuscrits, etc.
(Paris, 1889, in-16), p. 15-16.
62 XODVELLES ACQUISITIONS
du testateur aux éditeurs de ses œuvres, seront remis plus tard
à la Bibliothèque nationale. Aussi en a-t-on constitué provisoire-
ment une collection particulière (n°' 1-34), dont on trouvera plus
loin la liste à la suite des notices des manuscrits français des nou-
velles acquisitions.
On pourra juger des autres principaux accroissements des fonds
latin et français pendant les années 1892-1893 par la liste sui-
vante :
Adélard, Monita ad Astralahium filium^ iiv*^ s.-, n. a. lat. 564.
Académie des Inscriptions (Papiers de G. de Boze relatifs à 1'),
XVIII* s.-, n. a. fr. 6463.
Albi (Tableau des tailles du diocèse d'), 1537-, n. a. fr. 4704.
Aleandro (Notes autobiographiques du cardinal Girolamo), xvi* s.;
n. a. lat. 563.
Amérique (Matériaux de V Histoire de la participation de la France
à V établissement des États-Unis d') ; n. a. fr. 6464-6497. (Don de
M. H. Doniol, directeur de l'Imprimerie nationale.)
Athèives (Acte de l'un des premiers archevêques latins d'), V^ moi-
tié du XIII* s.; n. a. lat. 2357.
Autdn (Missel d'), xiv* s.; n. a. lat. 4689.
Avignon (Statuts des boulangers d'), xvi^-xviii" s.-, n. a. fr. 6544.
Baudot (Souvenirs du conventionnel); n. a. fr. 6526.
Bellevaux, en Franche-Gomté (Charles de l'abbaye de), xii«-xiii* s.-,
n. a. lat. 2363.
Bertin (Lettres adressées au contrôleur général) par différents
princes et grands personnages de la cour de Louis XV; n. a. fr. 6498.
Besançon, Gesta Chrysopolitanae ecclesiae^ auctore Guidone, mo-
nacho S. Pauli, xvi* s.; n. a. lat. 4404.
BÉZIERS (Missel de), xv* s.; n. a. lat. 4690.
Boufflers (Documents sur le maréchal de) ; n. a. fr. 5392, (Don
de M. le vicomte de Grouchy.)
Bourgogne (Suite de la Collection de). Dix-huit volumes (n°' 442-
429) de pièces originales et copies, xrv«-xix* s. (Don de M. Bernard
Prost.) — Voy. Dijon.
Bretagne (Lettres originales de rois, princes et princesses, prove-
nant de l'ancienne Chambre des comptes de), xv«-xvi* s.; n. a.
fr. 6525.
Brie (Nécrologc de Saint-Maurice-dc-Blandy, en), xvi^-xvii* s.;
n. a. fr. 6507.
DO DÉPARTEMENT DES MANUSCRITS. 63
Brienne (Mémoires autographes de H.-L. de Loménie de) ; n. a.
fr. 6450-6454 et 4698.
Bdchon, Voj'age en Grèce (^840-^84^), ms. autographe; n. a. fr.
4692-4693. (Don de M. le baron 0. de Wattcville.)
Calvados : Compte d'un receveur de la vicomte d'Auge pour la
duchesse d'Orléans (1 472-'! 480) ; n. a. fr. 5275-5276. — Dossier sur
la famille Le Valois d'Escoville (1568-^9^), contenant des lettres
de Henri IV, Henriette-Marie d'Angleterre, Louis XHl, le grand
Condé, Anne d'Autriche, Louis XIV, Gaston d'Orléans, Mazarin,
Louis XV, Louis XVI, etc.; n. a. fr. 5393. — Généalogie de la
famille Le Gentil, avec portraits peints à Lisieux, en < 588-1 594 et
iGi6, par Marin Le Bourgeoys, peintre de Henri IV; n. a. fr. 5400.
Celse, Traité de médecine, xv« s.; n. a. lat. -1706.
César, Guerre des Gaules^ xv' s.; n. a. lat. -1702.
Clermont-Ferrand (Missel de), xv« s.; n. a. lat. 2356.
Collège de France (Pièces relatives au), n'IO-'l757; n. a. fr. 5395.
Colonies : Projet d'expédition coloniale en Afrique sous Henri II;
n. a. fr. 5394. — Mémoires divers, n. a. fr. 5398. — Voy. aussi
Marine.
Dijon (Cartulaire de l'abbaye de Saint-Bénigne de), xiii' s.; n. a.
lat. 562.
DoNAT (Grammaire de), en français, 4483-, n. a. fr. 4690.
Duclos (Mss. autographes de Ch. Pineau-) ; n. a. fr. 6449.
DupiN (Jean), livre de Mandevie, xv^ s.; n. a. fr. 6368.
Espagne (Histoire d'), par R. Sanchez de Arevalo, xv« s.; n. a.
lat. n04.
FouRMONT (Documents relatifs aux voyages en Orient et en Grèce
de Sevin et), -1728-1730; n. a. fr. 5384.
Franche-Comté. — Voy. Bourgogne.
Gilbert (Notes de recettes et dépenses du poète) ; n. a. fr. 4696.
Hugo (Manuscrits originaux et autographes des œuvres de Victor) ,
34 volumes.
Jacquemont (Lettres de Victor) au capitaine de vaisseau de Mélay ;
n. a. fr. 6459.
Kreutzer (Papiers du compositeur Léon); n. a. fr. 5372-5381.
(Don de M. Arthur Rhône.)
La Luzerne (Cardinal de), Lettres à la comtesse de Brèves, -1814-
1820; n. a. fr. 4706-4707.
Louis VI (Charte de) en faveur de N.-D.-des-Ghamps (1132) ; n. a.
lat. 2372.
64 XOCVELLES ACQUISITIONS
Mandevie (Livre de), par Jean Dupin, xv^ s.; n. a. fr. (3368.
Marine (Pièces concernant la) et les Colonies, ^ 763- 1769; n. a.
fr. 3399.
Naude' (Lettres de G.) à M. de Grémonville, ambassadeur de France
à Venise, -1646-^647 5 n. a. fr. 6500.
Normandie. — Voy. Calvados.
Otter (Papiers et correspondance de Jean) relatifs au commerce
de la Perse, n39-n44; n. a. fr. 3383.
Ovide, Métamorphoses^ xiip s.; n. a. lat. 336.
Rethel (Cartulaire du comté de), xiv® s.; n. a. fr. 6366.
Roland (Mémoires de M'"''), fragments autographes : portraits de
Brissot, Gazaiès et Danton; n. a. fr. 4697.
RoMORANTiN (Charte des franchises de), 1249; n. a. lat. 2363.
RooERGDE (Chartes de Tabbaye de Belloc, en), ^^6^-^42^; n. a.
lat. -1698.
Servius, Commentaire sur Virgile, -1462; n. a. lat. -1703.
Sevin (Documents relatifs au voyage en Grèce et en Orient de
FouRMONT et), -1728-^730; n. a. fr. 3384.
Talleïrand (Mémoires de) ; n. a. fr. 6360-6363. (Don des exécu-
teurs testamentaires du prince, MM. le duc de Broglie et Châtelain.)
A ces différentes acquisitions, on doit joindre une collection de
cent quatre-vingt-deux volumes de Catalogues de bibliothèques
publiques de France^, rédigés par ordre de l'administration
centrale, la plupart pendant la Révolution ou sous le premier
Empire, et envoyés à Paris à l'époque de la Restauration. Il faut
rapprocher cette collection, qui provient d'un don de l'Institut de
France, d'une autre série de près de trois cents volumes (nouv.
acq. fr. 3705-4000)Me Catalogues de diverses bibliothèques des
départements, envoyés pour la plupart au ministère de l'Instruc-
tion publique sous les gouvernements de Louis-Philippe et de
Napoléon III.
On mentionnera enfin quatre cent quinze volumes, provenant
de l'ancien fonds des Catalogues, et insérés dans le fonds fran-
1. Ces volumes n'ont point été conservés en collection, mais ont été répartis,
suivant leur format, dans les diflérenles séries du fonds des nouvelles acquisi-
tions françaises sous les n- 5934-5940, 5277-5370, 6369-6446 et 4691, auxquels
il faut joindre le ms. nouv. acq. lat. 2353.
2. Voy. L. Delisle, Manuscrits latins et français ajoutés aux fonds des noU'
velles acquisitions, t. I, p. 109-113.
DD DÉPARTEMElVT DES MANUSCRITS. 6o
çais (n°^ 5401-5815), mais qui ne constituent pas à vrai dire de
nouvelles acquisitions. Ce sont d'anciens catalogues des différentes
collections qui sont venues successivement accroître, aux xvu",
xv!!!*" et xix*^ siècles, le Département des manuscrits de la Biblio-
thèque nationale.
Tous ces articles réunis forment un total de 860 manuscrits
ajoutés aux fonds latin et français des nouvelles acquisitions
pendant les années 1892-1893.
Liste des manuscrits de'crits.
Mss. latins nouv. acq.
549-564,
46 mss.
—
^689-^7^^,
23 —
—
2353-2364,
\2 —
2570-2572,
3 —
Mss. français nouv. acq.
4689-4722,
34 —
—
5274-58^5,
542 —
—
5934-5942,
9 —
6360-6528,
169 —
OEuvres de Victor Hugo, mss. \
-34,
34 —
Collection de Bourgogne, n°' ^^S
5-^29,
Total :
18 —
860 mss.
Manuscrits latins.
Petit format.
549. « Oratio Pétri Bosca,... rev™' D. D. CardinalisS. Marciaudi-
toris, Romœ habita, xi kal. novembris, ad sacrum cardinalium sena-
tum apostolicum, in celebritate victoriee Malachitanse, per serenis-
simos Ferdinandum et Helisabeth, Hyspaniarum principes cathoUcos
féliciter partse, anno Ghristi 4487. »
xv^ s. Pap. 6 feuillets.
550. Reconnaissances féodales pour la terre de Maymac, diocèse
de Rodez (1443-1623). Extraits collationnés.
xvii° s. Pap. 40 feuillets.
4894 3
66 NOUVELLES ACQUISITIONS
551. Anonymi « aréole medicinarum simplicium. » Incomplet du
premier feuillet. Début du texte : « Absintium quid est?... »
XI v^ s. Parch. 243 feuillets.
552. M. T. Cieeronis de Amicitia (fol. 3); — Prudentii Ditto-
chœon, vel Amœni enchiridion Veteds et Novi Testament!, seu « Eva
columba, » cum coramentario; à la fin (fol. 50), on lit : « Georgius,
filius Jacobi Isolini Francini de Meno de Ripparia, diocesis Nova-
riensis, grammatice professer in Rodobio, diocesis Vercellensis, hoc
totum finivit ac scripsit... M GCGG LKIIIP"- » (fol. 24); — Theodoli
Ecloga, cum commentario, scripto « per Georgium natum Jacobi de
Raspinis de Meno, districtus Ripparie, diocesis Novariensis, . . . -1 8 aug.
4469 » (fol. 35); — Accedunt : Versus : « Parce, precor, o care mio
thesari... » (fol. 2); — Precatio ad S. Bernardinum : « Barnardine
pater, qui Jesu nomen in omnes... » (fol. 2 v°) -, — « Ad faciendum
bonum atramentum » (fol. 2 -v"); — Precatio ad Virginem : « Ave,
regina cellorum..., » et versus de signo crucis : « Per crucis hoc
signum expelitur orane malignum... » (fol. 22 v°) ; — « Modo lo quale
fece papa Bonifatio. . . al uso de la cosse che tu voy saper »
(fol. 22 bis); — Salutationis angelicae paraphrasis : « Ave, Maria, de
li superni celi... » (fol. 22 bis v**) ; — De significationibus verbi facio
(fol. 23) : — Versus de creatione : « Qui manet eternus hic simul
omnia solus... » (fol. 23) ; — Versus de Manfredo, Sicilise rege (Dante,
Purgatoire, III, U2-i2B) (fol. 23 v°) ; — Gomputi tabula (fol. 50 v);
— Mundanse vitœ imprecatio : « Heu, heu, mondi vita, quare me
délectas ita?... » (fol. 52) ; — « Prophetia AnibaUs de Montorpheno »
(fol. 34) ; — Prophetia adversus Gallos : « Gallorum levitas Germa-
nos justificabit... » (fol. 54); — Versus de planetis et paradiso :
a Luna stat in primo, stat Mercuriusque secundo... » (fol. 54 v°) 5
— Qusestiones e « libro commentato Aristotilis de sensu et sensato, »
etc. (fol. i 37 v°) ; — De signis pluviœ et de tonitru (fol. •( 38) ; —
Expositio doclrinse Ghristi : « In nome de Dio et de la santa Trini-
tade... » (fol. -138 v"); — De communione peccalorum : « Dum com-
municaret sancLus Bernardus quadam vice suos monachos. . . »
(fol. i 39) ; — Notae généalogie» familiarum Isolini et Georgii de
Raspinis (fol. •139 \°).
XY" S. Pap. -140 feuillets. (Provient du « Gomes Donatus Silva. »)
553. Sermonum themata; initium et finis desiderantur.
xiv« s. Parch. Feuillets 20 à 295.
554. a Mémorial dels danys donats per lo comte de Foyx y bes-
DU DÉPARTEMENT DES MANUSCRITS. 67
comte de Gastelbo a la iglesia de Urgell, y a homens de aqueila y a
moites altres Iglesias de la dita diœ[ce]si de Urgell. » — Reproduc-
tion photographique d'un ms. latin des xrii^ et xiv« siècles, conservé
aux archives capitulaires d'Urgel.
XIX* s. Pap. \7 feuillets. (Don de M. Gh. Baudon de Mony.)
555. « Terrier de la baronnie d'Aurelle, diocèse de Riom, » « de
feudo domini de Ganilhiaco. »
xiii" s. Parch. 9 feuillets.
556. P. Ovidii Nasonis Metamorphoseon libri XV, cum glossis.
xiii'^ s. Parch. ^123 feuillets.
557. Manuale missarum, etc., ad usum Einensem (?).
xii« s. Parch. 6^ feuillets.
558. Bedse librorum de tabernaculo (II, 6-III, 5) et de templo
Salomonis (c. 8-^9) fragmenta.
xii** s. Parch. 26 feuillets.
559. « Spéculum peccatoris editum a beato Augustino » (<)-, —
« Liber de officio sacerdotum, » vel « summa sacerdotum, a beato
Thoma de Aquino » (4 v°) ; — « Liber de miseria hominis, compo-
situs a Lothario diacono cardinah » [Innocentio III] (^4) ; — « Regi-
men bonum et utile ad salvandas animas, per d. f. Vincentium
Ferrarii » (39) ; — Tractatus de confessione : « Gonvertimini ad
me in toto corde vestro... » (40) ; — « Sermo beati Augustin! contra
vitia, et specialiter contra miserabilem et detestabilem cohabitalio-
nem clericorum et muliercularum » (53) ; — Ejusdem sermo « ad
episcopos, presbiteros et clericos, et de eorum conditionibus » (55 v») -,
— Ejusdem sermo « ad sacerdotes, cujus vite debent esse » (57 v°) ;
— Ejusdem sermo « de pace » (58 v°) ; — « Liber beati Augustini
de miseria hominis » (60 v") ; — .« Gapitulum de honoribus, ex soli-
loquio beati Ysidori » (66 v°l ; — « Liber beati Johannis Grisostomi
quod nemo possit ledi ab alio nisi a se ipso » (68) \— « ] 2*=™ gradus
patientie » (78 v°) -, — « Feria 6« in Parasceve sermo 2"^ [Jacobi] de
Voragine » (79) ; — « Sermo beati Augustini de assumptione glo-
riose virginis Marie » (80 v°) ; — Isidori Hispalensis in libros veteris
ac novi Testament! proemia (83 v») ; — Ejusdem allegorise queedam
sacrae Scripturse (90 v»); — « Sermo 3"^ dominica i [2i] post Pen-
thecosten [Jacobi] de Voragine » (99) ; — « Ad Jo[annem] de G[ersono],
cancellarium Parisiensera, contra prelatos symoniacos... epistola.
Multa mihi in presulibus... » (^02) ; — Ejusdem « ad quosdam sco-
68 NOUVELLES ACQUISITIONS
lasticos, tlieologos, etc. , quod veram ac solidam pacem nisi emendatis
moribus assequi non possumus... » (^0D v); — «Dominica ^8. post
Trinitalem, sermo 3*^^ Jacobi de Voragine » (i08) ; — « Tractalus de
corpore Chrisli. Ad honorem gloriose etindividue... » (HO) ; — « Ser-
mo 3"s dominica in Quinquagesima [Jacobi] de Voragine » (J^3); —
« Dominica prima post Trinitatem » sermones i-iir ejusdem {^-le v°) ;
— « Sermo factus per mag. Johannem Parvi contra notorios forni-
catores presbileros » (^2^ v°) ; — Ejusdem sermo « de Eucharistie
sacramento » (^ 29) .
xve s. Pap. encarté de parch. 4 35 feuillets. (Provient du Collège
du Trésorier, puis des Récollets de Paris.)
560. Liber precum, cum figuris.
xiv^ s. Parch. 264 feuillets.
561. Joannis de Sacro Bosco tractatus de spheera (^) ; — Joannis
de Garlandia synonyma (^8); — Pétri Abaelardi monita ad Astrala-
bium filium (35 v°) ; — Anonymi collectanea de Deo, angelis, dé-
mentis, metallis, lapidibus, plantis, avibus, piscibus, animalibus et
homine : « In principio creavit Deus celum, etc. Videamus igitur
quid est Deus?... » (55). [Cf. le ms. Libri -1068 à la Laurentienne de
Florence; Notices et extraits des mss.^ t. XXXII, p. 35.]
xive s. Parch. ^05 feuillets.
562. Cartularium S. Benigni Divionensis.
xiii^ s. Parch. -HT feuillets.
563. Notes autobiographiques autographes du cardinal Girolamo
Aleandro, écrites en marge d' Ephemerides imprimées de Johann
Mùller, de Kœnigsberg (U92-45n), in-4o.
xvi" s. Pap. 377 feuillets.
564. Inscriptions latines antiques et du moyen âge, copiées par
P. Mérimée à Orléans, Saint-Benoit-sur-Loire, Blois, Tours, Poitiers,
Saintes, Bordeaux, Lectoure, Auch, Bagnères-de-Bigorre, Saint-
Bertrand-de-Comminges, Toulouse, Luchon, Périgueux et Amiens.
xrx^ s. Pap. 3i feuillets.
Moyen format.
1689. « Missale secundum usum Eduensem, » cum calendario.
XIV' s. Parch. 306 feuillets. Peintures.
DU DÉPARTEMENT DES MANUSCRITS. 69
1690. « Missale secundum usum Byterii ecclesie, » cum calen-
dario.
xv^ s. Parch. 362 feuillets. Peintures. (Provient du « CoUeg. Biter.
S. Ludovici, dono... D. D. de Bausset de Roquefort, épis. Biter. »)
1691. Roberti de Tumbalena, S. Vigoris abbatis, commentario-
rum in Canlica canticorum fragmentum (fol. -1). — Acte de « Hum-
bertus, dominus Morestelli, » en faveur de l'abbaye de Hautecombe,
1239, a in crastino oet. Epiphanie » (fol. 9). — « Ancienne déclara-
tion des livres appartenans au monastère de Saint-Estienne » : « Hii
sunt Sancti Stephani. II. Istorie,... » (fol. iO).
xii«-xiii^ s. Parch. ^0 feuillets.
1692-1693. Recueil de pièces relatives aux familles Audifred,
Moyssard, Charrier, de Bargeton et d'Espèrandieu, demeurant à Uzès
et à Bagnols-sur-Gèze (U65-1630). — On y a joint dix fragments de
registres de notaires des villes de Bollêne, Marnas, Piolenc et
Bagnols-sur-Gèze, concernant différents membres de la famille Char-
rier (U80-'I633).
xv«-xvii« s. Parch. et pap. 50 et 216 feuillets.
1694. Photographies de la charte de fondation et de cinq autres
documents relatifs à la chartreuse de Lugny. (xii« siècle.)
XIX" s. Pap. 6 feuillets. (Don de M. A. de Barthélémy.)
1695. « Recognitiones castri et mandamenti de Aurella facte
magnifico... domino Ludovico de Belloforti, comiti Alesti, dominoque
marquetiatus de Canilhaco... 1425. »
xv^ s. Parch. Feuillets i-lxxv et ciiii-vP^iiii.
1696. « Gesta Crisopolitanse ecclesise Bisuntinœ, » auctore Gui-
done, monacho S. Pauli Bisuntini, usque ad a. 1404.
xvi« s. Pap. 28 feuillets.
1697. Abrégé de la Bible, en vers latins : « Genesis. Astripotens
celum, terram, speram, mare, germen... Scriptum Hasnonii per
quendam religiosum ejusdem monasterii » (fol. 1); — Autre abrégé
de la Bible, en vers : « Verbum a principio procedens eterno... »
(fol. i 1 9) ; — Poème sur le Missus est anyelus Gabriel. « iMissus est de
celesUbus nuncius régis omnium... » (fol. 151) ; — « Epilogus fra-
tiis Mathie et religiosi Sancti Martini Tornacensis super quibusdam
punctis principalibus in régula sancti Benedicti contentis, « seu
« Medulla régule beati Benedicti » (fol. 172) ; — Vers mnémoniques
70 NOUVELLES ACQUISITIONS
sur la Bible : « Sex prohibet, peccant, Abel, Enoch, archa fit,
intrant... »
xv« s. Parch. 243 feuillets. (Provient du marquis d'Astorga.)
1698. Recueil de chartes originales, latines et provençales, en
faveur de l'abbaye de Belloc, en Rouergue. (•1161-1421.)
xii«-xve s, Parch. 25 pièces.
1699. a Extrait du Nécrologe de Pontlevoy, manuscrit de la
bibliothèque de Blois, » n° 2; copie de M. Tabbé Métais.
xix« s. Pap. 22 feuillets. (Don de M. l'abbé Métais.)
1700. Gonsilia jurisconsultorum : Bartholomœi de Sarciano (2),
— Baldi et Pétri de Perusio (40 v°), — Gasparis de Castello (43 v),
— Floriani de S. Petro de Bononia (45 v°), — Laurentii de Ridolfis
(47 v°), — Raphaelis Fulgosii (49 v°), — Pétri de Ancharano (50 v°),
— Dionysii de Bangianis (53), — Joannis de Imola (54), — Joannis
de Lignano (55 v"), — Francisci de Ramponibus (55 v»); — « Dicta
notabilissima... collecta per Matthseum de Matasclanis de Bononia... »
etc. (57) -, — Epistola « Salustii domini Guilielmi de Perusio »
(87 v") ; — Glossœ in Godicem et Digestum, auctore (?) Angelo de
Ubaldis (88).
xiv«-xv^ s. Pap. 364 feuillets.
1701. Constantini Africani Viaticum peregrinantium, cum glossis
Guiraudi.
xiv« s. Parch. iS\ feuillets.
1702. G. J. Csesaris commentariorum de bello Gallico libri VIII.
xv^ s. Parch. viii et -102 feuillets. (Provient de M. de Saint-Simon,
évêque d'Agde.)
1703. Pauli Orosii historiarum adversus Paganos libri Vil; copie
de l'édition de Vicence, Herm. Lichtcnstein, s. d. [Hain, n° 12099]
(14) ; — « Magni Basilii liber, per Leonardum Arelinum e greco in
latinum translatus, ad juvenes religiosos quibus studiis opéra danda
sit » (183); — S. Dionysii Areopagitse epistolae, « e greco in lati-
num translate per fratrem Ambrosium [Traversari ?] , eximium
sacre théologie magislrum » (191); — précmittuntur : « Homonea
ad preetereuntes » [Anlh. lut., éd. Burmann, IV, 142] (1 v**) -, —
Défense par le consul P. Valerius de traverser le Rubicon (2) ; —
a Anno Ghristi 1468-, ad papam Paulum » II, six vers de dédicace
d'une église : « Hecdelubra, pater... » (2) ; — a Hecuba reginadicit :
DU DÉPARTEMENT DES MANUSCRITS. 7^
Quicunque regno fidit... », 7 vers (2); — accedunl : xii abusiones
sœculi, VII humanitatis gradus, vu curialitales, etc. (194 v°)-, —
« Ypolite, illustrissimi Mediolani ducis filie pulcherrime, coram...
papa Pio II et sacro cardinalium collegio oratio Mantue habita »
(^95] • — pii II responsum, et « versus in Turcum » (195 v°).
xv^ s. Pap. encarté de parch. 202 feuillets. (Provient de Salva,
puis de Heredia.)
1704. « Brevis istoria Hispanie,.-- edicta a Roderico Sancii [de
Arevalo], episcopi Calagurrilani, S. D. N. Pauli II in Castro suo
S. Angeli prefecto. » — Aux armes « Pétri Ferrici, episcopi Tiraso-
nensis » (1464-'I468).
xv^ s. Pap. 130 feuillets. (Provient de « Gregorio de Miranda, col-
légial de S. Salvador de Ubiedo, » puis de Heredia.)
1705. Servii grammatici in Virgilium commentariorum libri
omnes.
Copié en 1462. Pap. 317 feuillets.
1706. A. G. Celsi artium liber VI, seu de medicina libri VIIÏ.
xv« s. Parch. 183 feuillets.
1707. Pontificale Romanum Augustini Patricii de Piccolominibus
(1488). — Cf. Hain, Repertorium, n° 13283.
xv^ s. Pap. 1 73 feuillets.
1708. « Magni Pompeii vita per Jacobum Angeli ex Plutarcho e
greco in latinum traducta » (1 ) ^ — « Jannozii Manetti laudatio Januen-
sium, ad... D. Thomam de Gampofregoso, Janue ducem » (41). —
Aux armes des Ruccellai de Florence.
xv^ s, Parch. 63 feuillets.
1709-1710. Catalogue des manuscrits latins de la Bibliothèque
du Roi, par Mabillon et autres Bénédictins. (N°^ 3361-4669 et
4671-6681.)
XVIII' s. Pap. 624 et 695 feuillets.
1711. Recueil d'inscriptions latines d'Italie. La plupart ont été
copiées à Rome, Vérone, etc.; il y a cinq inscriptions grecques de
Pantocrator au Mont-Athos, de Thasos, etc.
xvi« s. Pap. 100 feuillets. (Ex libris « di D. Benedetto Bissi Pia-
centino, 1794. »)
72 NOUVELLES ACQUISITIONS
Grand format.
2353. a Bibliotheca Sammiellana ad Mosam. »
xix« s. Pap. 235 pages.
2354. a Recensio manuscriplorum codicum, qui, ex universa
Bibliolheca Vaticana selecti, jussu domiiii nostri Pii VI, Pont. Max.,
prid. id. jul., procuratoribus Gallorum, jure belli, seu pactarum
induciarum ergo et initse pacis, traditi fuere. — A Rome, le 23 mes-
sidor an 5« (n97). »
xviii" s. Pap. 49 feuillets. (Provient de la bibliothèque de l'École
polytechnique).
2355. Recueil de pièces originales, copies et fragments divers,
(ix^-xviri* siècle.)
Bulle de Pascal II en faveur de l'abbaye de Vézelay, nov. \ \ 03
(copie) (fol. i)-, — Pièces relatives au prieuré de Notre-Dame de
Nonenque, diocèse de Lodève (^'l()2-J27C) (fol. 3, 4 et -13); — Pièces
relatives à Laçy, ou Lassy (Calvados), copies du xvi* siècle (fol. 5);
— Bulle de Clément IV et pièces diverses relatives à la commune de
Sarlat (xiir-xiv* siècles) (fol. -12, -14 et 4 5) ; — Gonflrmation par Jean
d'Armagnac de dons faits par son père à son conseiller Bérenger, dit
Mène, seigneur de Gaslel Pers, à Villeneuve-lez- Avignon, 6 mai 4 384
(fol. 4 7)-, — Pièces relatives à l'église collégiale de Saint-Nicolas-
dii-Louvrc (xvi*-xvii° siècles) (fol. 4 8, 49, 24, 23 et 24)-, —Lettre de
LamJjcrt Vossius à Henri Dupuy, 4 639 (fol. 20) ; — Lettre de Henri
de Valois à Isaac Vossius, 4 654 (fol. 25) ; — Acte d'association aux
prières des membres de la Compagnie de Jésus, en faveur de Etienne
de Silbouette (28 août 4 754) (fol. 27); — Fragments de manuscrits
(ix'=-xv'' siècle), parmi lesquels on citera des fragments des Pro-
phètes, des Évangiles, de la Cité de Dieu de saint Augustin, de plu-
sieurs Bréviaires et Missel, des Insiitutes de Justinien (fol. 281 ; —
Vidimiis d'une dispense accordée par le pape Urbain VIII pour le
mariage de Silvestre Cuxxino et de Porlia Gozza, du diocèse d'Avel-
lino, 4 639 (fol. 57)5 — Compte de la Cour des appels de Toulouse
(xive siècle) (fol. 59) ; — Obituaire du monastère de Montsalvy (Cantal)
(fol. 62) ; — Compte de dépenses d'un voyageur italien du xiv« siècle
(fol. 64).
ix^-xvii* s. Parch. et pap. 65 feuillets.
DU DÉPARTEMENT DES MANUSCRITS. 73
2356. Missale monaslicum « secundum usum ecclesise Claromon-
tensis, » cum calendario.
xv" s. Parch. 368 feuillets.
2357. Vidimus par G[onrad?], archevêque d'Athènes : -1° d'un
mandement de Pelage, évêque d'Albano (21 juin i2U)\ 2° d'une
bulle d'Innocent III (12 janvier 12^6); 3° d'une bulle d'Honorius III
(26 août -(223), relatifs à Livadie et à l'hommage prêté au saint-siège
pour le château de cette ville, par Othon de la Roche, sire de Ray, en
Franche-Comté.
xiiie s. Parch., avec fragment de sceau sur double queue.
2358. Manuale precum ad usum S. Gornelii Gompendiensis.
La couverture de ce volume, qui a été détachée, est déposée au
Cabinet des médailles et antiques ; elle se compose de deux plaques
d'ivoire sculpté formant le diptyque du consul Flavius Theodorus
Philoxenus Sotericus (525). Cf. Ghabouillet, Catalogue des camées,
etc. (^1858), n" 3266.
XHi** s. Parch. 54 feuillets oblongs.
2359-2362. Recueil de pièces originales relatives à lUe-sur-la-
Têt et autres lieux des diocèses d'Elne et de Perpignan.
I (2359). N°^ -1-55; années ^35'I-U6i. — II (2360). N°^ 56-4^5^
années -1463-^530. — III (2361). N"H^6-^^33; années I53f-'I599.
— IV (2362). N°' ^ 54-1 95; années 1600-1782.
xiv^-xviii^ s. Parch. et pap. -195 pièces.
2363. Recueil de chartes originales (1128-1563) : Charte de Manas-
ses, doyen de Saint- Jean de Besançon, en faveur de l'abbaye de Bel-
levaux, 1128 (1) ; — Charte de Thibaut, évêque d'Amiens, 1169 (2);
— Bulle de Grégoire VIII en faveur de l'abbaye de Bellevaux, 1188
(3); — Charte d'Amédée de Dramelay, archevêque de Besançon, en
jfaveur de la même abbaye, 1195 (4) ; — Charte de « Guifridus, dic-
tus Rabos de Verton, » en faveur du prieuré de Beaurain, 1231 (5);
— Charte des franchises de Romorantin , accordée par Mathilde,
comtesse de Chartres, en 1249 (6); — Charte de l'officialité d'Amiens
relative au prieuré de Buiencourt, 1288 (7) ; — Bail d'une vigne par
« Hugo Rogerii, dominus Balmetarum, » au diocèse de Vaison, à
« Guillelmus Desiderii de Falcone, » 1389 (8) ; — Donation par J.-F.
Summaripa à Etienne Gattalusio, évêque de Milet, de maisons sises
àNaxos, 1563 (9).
xii*-xvi* s. Parch. 9 pièces.
74 NOUVELLES ACQUISITIONS
2364. a Catalogus librorum Glaudii Gros de Boze. »
xviiie s. Pap. V et 'l 74 feuillets.
Très grand format.
2570. « Gomputus viri nobilis Hugonini Doyena, castellani Mon-
tis Diderii, de reddilibus et exitibus dicte castellanie, a die septima
inclusive mensis febmarii, anno Domini millesimo quatercentesimo
trigesimo primo usque ad diem septimam exclusive dicti mensis
februarii anno Domini millesimo quatercentesimo trigesimo secundo,
videlicet de uiio anno integro, receptus apud Ghamberiacum. »
XV* s. Parch. -JS feuillets.
2571. Charte de Henri IV, roi d'Angleterre, confirmant la dona-
tion faite du manoir de Ghesthunt (Herford) à John Norbury par Ralph
Nevill (^"juin U^2); avec sceau brisé. — Gharte de Henri YIII, roi
d'Angleterre, accordant à Robert Bocher et à Elisabeth, sa femme,
« Cruelfelde Grange, » qui appartenait précédemment au monastère
de Stoneley (U avril ^545) -, avec sceau.
xv«-xvi« s. Parch. 2 pièces. (Don de sir George Duckett.)
2572. Recueil de chartes et pièces originales (^05l•^547).
\ . « Noticia domni Ayrardi de molendino, quod in aquam Sancli
Martini jussit fieri » (Tours, 27 juillet 4 051). — 2. Gharte de
Louis VI, roi de France, accordant vingt sous de rente à l'église de
N.-D.-des-Ghamps (M 32). — 3. Cession par Arnould de « Weinse-
male, » aux religieuses de Maeghdendale (Vallis virginum), de diffé-
rentes terres et moulins, avec le consentement du duc de Lorraine et
Brabant (mars -1245). — 4. Bulle du pape Eugène IV déléguant à
l'abbé d'Aniane le pouvoir de conférer un bénéfice à Bertrand de
Brison, moine de la même abbaye (24 avril -1431). — 5. Mandement
de François de Rochechouart relatif aux moulins et papeteries de la
sénéchaussée de Toulouse (^4 févr. -1503). — 6. Consentement du
curé de Souzay à l'érection en cure de la chapelle de Glatigné, à la
demande de Martin du Bellay (27 oct. -1547). — 7. Acte de Jean
Brouillier, archidiacre de Passai et chanoine du .Mans, relatif à la
même érection (^2 nov. 1547).
xi*-xvi* s. Parch. 10 feuillets.
3
DD DÉPARTEMENT DES MANUSCRITS. 75
Manuscrits français.
Petit format.
4689. Copies de pièces relatives au mariage et à la séparation de
« ]\P Alexandre-François-Marie, vicomte de Beauharnais, » et à
« Marie-Josèphe-Rose de Tascher La Pagerie, son épouse » (1 779-
n94).
xix« s. Pap. 22 feuillets. (Don de M. le vicomte de Grouchy.)
4690. Donat, en français. — On lit à la fin : « Expliciunt acci-
dentia, Deo gratias, per me Michaellem Glareti, anno Domini U8S,
die ^3 mensis martii. »
xv^ s. Pap. -10 feuillets.
4691. « Copie du catalogue de la bibliothèque de Pontoise. —
KSI 7. »
XIX® s. Pap. 65 feuillets.
4692-4695. « 3Ianuscrit autographe du voyage en Grèce (^840-
iSU), par J. Alex. Buchon. » (Publié en 1843, in-12.)
XIX® s. Pap. 356, 356, 294 et 211 pages. (Don de M. le baron 0. de
Watteville).
4696. Notes de recettes et dépenses du poète Gilbert et de quelques
membres de sa famille (1779-1804).
xviii®-xix®s. Pap. 49 feuillets. (Don de M. Salmon, conseiller hono-
raire à la Cour de cassation.)
4697. Mémoires de Madame Roland.
Manuscrit autographe contenant le texte des portraits de Brissot,
Cazalès et Danton, et une lettre ou discours adressé à Jarry.
xviii« s. Pap. 13 feuillets.
4698. Mémoires de Henri-Louis de Loménie, comte de Brienne,
sur le règne de Louis XIV. (Copie.) — Cf. le n° 6450.
xviii® s. Pap. 453 pages.
4699. Notice du ms. grec 2108 (Nie-Alex. Maurocordato, Philo-
thei Parerga), par Jean Boivin (1719).
xviii® s. Pap. 10 feuillets.
4700. « Problème : Diviser un angle rectiligne en trois parties
76 NOUVELLES ACQUISITIONS
égales. Anallse de la solution de ce problème par une nouvelle mé-
thode. — n34. »
xviii^ s. Pap. \7 feuillets et figures.
4701. ce Traité sommaire des différentes espèces de droits qui se
perçoivent dans le royaume, avec la description topographique des
provinces sujettes aux tarifs de ^G64, 1667 et ^672, aux droits uni-
formes et aux droits locaux, comme provinces réputées étrangères. »
— On y a joint une « Carte des traités » et une « Carie des gabelles. »
xviii'^ s. Pap. i 09 pages et 2 cartes.
4702. « Catalogue des livres de M. de Villeneuve, conseiller au
Grand Conseil. — nss. »
xviii^ s. Pap. 87 et 40 pages.
4703. Inventaire du mobilier du château de M. de Villeneuve, à
Villoiseau (174^-^52).
xviii^ s. Pap. 88 pages.
4704. « Table des tailles royaulx au diocèse d'Alby, faict pour la
cité et ville dudit Alby, pour partir et distribuer à chacun dudit dio-
cèse sa quote porcion, le tout en suyvant l'ordonnance du roy nostre
sire au pays de Languedoc,... faicte... audit Alby, le vi«de décembre
l'an mil cinq cens trente sept. »
xvie s. Parch. -109 feuillets.
4705. « Explication des peintures, sculptures et gravures de mes-
sieurs de l'Académie royale.., » (n75.)
xviii'' s. Pap. 67 pages.
4706-4707. Lettres du cardinal de la Luzerne, évêque de Langres,
à la comtesse de Brèves (-I8i4-i820).
xix" s. Pap. 478 et 309 feuillets.
4708. Généalogies de différentes familles parlementaires pari-
siennes.
xviii^ s. Pap. <45 feuillets. (Provient deTurgot; ex-libris gravés
de a Charles de Baschi, marquis d'Aubais, » et de Ph.-L. de Jou-
bert.)
4709. Recueil de copies de pièces pour servir à l'histoire des xvii^
et xviii'= siècles. (« Mal-entendu d'Anvers, -JdSS, ms. \06. ») « Rela-
tion du voyage du duc d'Anjou aux Pays-Bas, » par « M. de La
Châtre » (p. -!)•, — « Recueil de plusieurs lettres concernant le pro-
jet du siège de Tbionville en -1639... » (p. 97); — « Mémoire sur la
DD DÉPiIlTEMEi\T DES MANCSCRITS. 77
généalogie de la famille de Boulainviller, ensemble des familles qui
y sont alliées » (p. 393); — « Généalogie de la maison des Rabots »
(p. 465); — Généalogie de la famille d'Ourches (p. 52i) ; — « Offi-
ciers de la maison de Rohan » (p. 523) -, — Généalogies des familles
Douglas, Desbarre, Brunot, Dubourg, Gavaignes, de Glermont-Ton-
nerre, Mesgrigny, Saumaize, de Mercy, Mallet de Cramenil (p. 543) ;
— a Relazione dell' origine e parentela délie p[r]imarie famiglie
nobili di Roma... ^734 » (p. 573); — « Table généalogique de la
maison de Grivel de Grossouve d'Auroy, » par Clairambauit, -1736
(p. 669) ; — Généalogies de différentes familles italiennes et de pays
d'Empire (p. 692) ; — « Réflexions historiques sur la mort du roi
Henry le Grand, extraites d'un ms. écrit de la main de M. Augustin
Le Petit, escuier, sieur de Canon, avocat au Parlement de Norman-
die » (p. 74^).
xviii^ s. Pap. 769 pages. (Ex-libris du marquis d'Aubaïs et de Ph.-L.
de Joubert.)
4710-4711. « Recherches généalogiques » sur différentes familles
françaises et étrangères (-1750 et -1758). — Il y aune table des généa-
logies à la fin de chaque volume.
xviii^ s. Pap. 81-1 et 820 pages. (Ex-hbris de Ph.-L. de Joubert.)
4712. Généalogies des maisons de Thibault et de Thibout.
xviii^ s. Pap. -10 feuillets.
4713. Recueil de diverses lettres historiques relatives au règne de
Louis XIII; copie partielle du ms. 28 de la bibliothèque de Salins.
xix^ s. Pap. -192 pages. (Don de M. B. Prost.)
4714. « Voyage des Indes orientalles par le vaisseau du roy le
Maurepas,... commandé par M. le chevalier de Fontenay... » (-1703-
d704).
xviiF s. Pap. 30 feuillets.
4715. « Eloge funèbre de Louis XV, prononcé dans l'église parois-
sialle de Saint-Germain par M. Thomas, recteur de l'hôpital de Vit-
teaux, à Vitteaux, le 21 juin 4 774. »
xviii^ s. Pap. 15 feuillets. (Don de M. le chanoine Haigneré.)
4716-4718. a La Pucelle d'Orléans, par M. de Voltaire. »
Trois exemplaires, provenant de la collection Beuchot.
xviii« s. Pap. 363, 289 pages et ^124 feuillets.
4719. Recueil de copies de lettres pour servir à l'histoire politique
et littéraire du xviii* siècle.
78 NOUVELLES ACQUISITIONS
Lettres de et à Voltaire, de Frédéric II, roi de Prusse, deM"'^ Geof-
frin, de M"« Clairon, de M"" Lecouvreur, de Grimm, de Catherine,
impératrice de Russie, de J.-J. Rousseau, etc.
xviiies. Pap. 255 pages. (Ex-libris de « M"« la comtesse de Bois-
gelin, dame de Remiremont. » — Provient de la collection Beuchot.)
4720. « Gaquire, parodie de Zayre, » de Voltaire.
xviri'' s. Pap. 32 feuillets. (Provient de la collection Beuchot.)
4721. a Table du Catalogue Méon,... rédigée par Auguste Vei-
nant. »
xix^ s. Pap. IX et 376 pages. (Provient de la collection Jullien.)
4722. Cahier de notes autographes de Charles Lenormant, parmi
lesquelles on remarque quelques croquis de monuments et des copies
d'inscriptions antiques, chrétiennes et du moyen âge de Lieusaint,
près Valognes, Tours, Angers, Falaise et Guibray.
xix« s. Pap. 63 feuillets.
Grand format.
5274. « Exercices d'une armée campée en temps de paix, conte-
nant ce qu'on y doit observer pour entretenir les troupes dans l'habi-
tude de leurs fonctions en temps de guerre, dédié au Roy par M. de
Guignard,. chevalier de Tordre militaire de Saint-Louis, lieutenant-
colonei du régiment d'infanterie du Thil réformé. — -1 732. »
xviii'' s. Pap. 64 pages.
5275-5276. Comptes de « Chariot Gasteliain, receveur en la
viconté d'Auge, pour... Madame Marie, ducesse d'Orléans,... aiant la
garde de Mons. Loys, son fiiz, » pour les années ^472-^48^.
Le ms. 5275 contient les comptes 43^-59° pour le terme de Saint-
Michel 1472-^480; le ms. 5276, les comptes 44«-60'= pour le terme de
Pâques ^473-^48'^. Ces comptes concernent différentes localités du
département actuel du Calvados.
xv« s. Parch. 388 et 323 feuillets.
5277-5278. « Catalogue général de la bibliothèque de la ville
d'Aix, département des Bouches-du-Rhône, au ^" décembre -18^9. »
xix"^ s. Pap. 236, 2^0 et 244 pages, et 352 feuillets.
5279. « Ville d'Alais. Bibliothèque publique. Catalogue par ordre
de matières. — ^8^6. »
xix" s. Pap. •15 feuillets.
DD DEPAHTtJIEJST DES MA.MSCRITS. 79
5280. « Catalogue supplémentaire des livres et ouvrages dont la
bibliothèque publique d'Albi a fait l'acquisition... depuis l'an XII
(1804). — Albi, S juillet 1813. »
xrx^ s. Pap. i I feuillets.
5281. « Catalogue de la bibliothèque d'Angoulème. — -1844. »
xix^ s. Pap. U6 feuillets.
5282. « Catalogue général des ouvrages et volumes composant la
bibliothèque près TÉcole centrale du département de la Creuse, » à
Aubusson, et transportés à Guéret. « An IX. » — Fol. 61. « État des
livres tirés de la bibliothèque dWubusson pour le lycée de Limoges.
An XIII. )) — Fol. 67. « État des livres de nouvelle acquisition par
dons » à la bibliothèque de la ville d'Aubusson (^816).
XIX® s. Pap. 67 feuillets.
5283. « Catalogue des livres de la bibliothèque de l'École centrale
du département du Gers, )) à Auch.
xix^ s. Pap. IH feuillets.
5284. « Catalogue méthodique des livres et ouvrages de la biblio-
thèque publique de la ville d'Auxonne,... par M. Cl. -Xavier Girault.
— 1806. »
XIX® s. Pap. ^45 pages.
5285-5288. « Catalogue de la bibliothèque publique de la ville
d'Avignon, par ordre de matières. »
Tome l (3283), Théologie; — tome II (3286), Jurisprudence,
Sciences et Arts, Belles-Lettres; — tome III (3287), Histoire et
xManuscrits; — tome IV (3288), Catalogue des livres achetés ou
donnés à la bibliothèque publique de la ville d'Avignon depuis 1806,
époque de l'ouverture de la bibliothèque, jusqu'au i " novembre 1 813.
xix« s. Pap. 396, 300, 296 et 43, et -18 pages.
5289. a Catalogue des livres de la bibliothèque de Bar-Ie-Duc. —
^82^. »
xix= s. Pap. ^9 feuillets.
5290. « Catalogue des ouvrages contenus dans la bibliothèque de
la ville de Bastia (isle de Corse). — ^8^7. »
XIX® s. Pap. 20 feuillets.
5291. « Catalogue des livres composant la bibliothèque de Baume.
— 1807. »
XIX® s. Pap. ^ 6 feuillets.
80 NOUVELLES ACQUISITIONS
5292. « Département du Doubs. Ville de Besançon. Catalogue des
livres remis à la disposition du maire de Besançon en exécution de
l'arrêté du gouvernement du 8 pluviôse an XL »
XIX* s. Pap. 871 feuillets.
5293. « Duplicata du catalogue des livres de la bibliothèque de la
ville de Blois. -1817. — Histoire, Mémoires et Voyages. »
xix« s. Pap. ^87 feuillets.
5294. a Catalogue général de la bibliothèque de la ville de Bou-
logne-sur-Mer. »
XIX* s. Pap. 147 feuillets.
5295. « Catalogue des ouvrages qui composent la bibliothèque
publique du département de l'Ain, » à Bourg.
XIX* s. Pap. 73 feuillets.
5296. « Catalogue ou état des livres de la bibliothèque publique
près l'École centrale du département du Cher, à Bourges, -1 0 brumaire
an XI. »
XIX* s. Pap. 258 feuillets.
5297. « Catalogue des livres de la bibliothèque publique de la ville
de Bruxelles, département de la Dyle. »
XIX* s. Pap. 378 feuillets.
5298-5299. « Livres et manuscrits qui se trouvent à la biblio-
thèque de Cambrai. — Mars 1821. »
xixe s. Pap. 436 et 338 feuillets.
5300. «■ Bibliothèque de Carcassonne. Catalogue divisé en [cinq]
classes... — 1820. «
XIX* s. Pap. 547 pages.
5301-5302. « Cathalogue des livres de la bibliothèque de la ville
de Castres. — 1807. » — « Cathalogue des livres de la bibliothèque
de la mairie de la ville de Castres. »
XIX* s. Pap. 42 et 32 feuillets.
5303. « Catalogue des livres composant la bibliothèque de la ville
de Charleville. — 1814. »
XIX* s. Pap. XVI et 928 pages.
5304-5305. Catalogue de la bibliothèque de la ville de Chartres.
20 brumaire an XIIL — Catalogue des livres réunis à la bibliothèque
DU DÉPiRTEMENT DES MANUSCRITS. i8^
de la ville de Chartres depuis l'arrêté du 29 brumaire an XIII [i 805)
jusqu'au V janvier -18-i3.
XIX* s. Pap. 8-17 pages et 6 feuillets.
5306. « Catalogue de la bibliothèque de la ville de Châtillon-sur-
Seine (Côte-d'Or). — 'i82^. »
XIX* s. Pap. 42 feuillets.
5307. « Bibliothèque de l'École centrale du département de la
Haute-Marne, à Chaumont. — -1809. »
xix* s. Pap. A6i feuillets.
5308. Catalogue de la bibliothèque de Clermont-Ferrand. — 4818-
^ 82 f .
XIX* s. Pap. 399 feuillets.
5309. « Catalogue des livres composant la bibliothèque de la ville
de Compiègne. — ■18'I9. »
XIX* s. Pap. U feuillets.
5310. Catalogue de la bibliothèque publique de la ville de Dijon,
xix^ s. Pap. 93^ pages.
5311. « Catalogue de la bibliothèque de la ville de Dunkerque.
— 18^8. »
XIX* s. Pap. 42 feuillets.
5312-5313. « Département de l'Ariège. Cathalogue de la biblio-
thèque départementale. » — « Catalogue de la bibliothèque de Foix,
département de l'Ariège, rétablie en iS\ 7 par les soins de M. de Ghas-
sepot, baron de Chaplaine,... dressé le 4*'' janvier 4818. »
xix^ s. Pap. \3 et 58 feuillets.
5314. a Catalogue des livres composant la bibliothèque de la
ville de Gray. — 1820. »
XIX* s. Pap. \0 feuillets.
5315. « Catalogue des livres composant la bibliothèque du dépar-
tement de la Creuse, établie à Guéret. — \S'2i. » ~ Cf. le n" 6397.
XIX* s. Pap. 27 feuillets.
5316. « Catalogue des livres de la bibliothèque d'Ivrée. — 1 806. »
XIX* s. Pap. 56 feuillets.
5317. « Catalogue des livres composant la bibliothèque du Havre
et venus des abbayes de Fécamp et du Vallasse, et des Capucins
d'Harfleur. — 1799. »
xviii« s. Pap. 64 feuillets.
1894 6
82 NOUVELLES ACQUISITIONS
5318-5319. « Catalogue des livres qui composent la bibliothèque
du département de la Sarthe. Tome I. UV2. — Catalogue des livres
qui sont classés dans la seconde salle de la bibliothèque du Mans.
Tome II. ^8U. » Suivi du Catalogue des manuscrits, par M. Re-
nouard.
xixe s. Pap. Tome I, 638, 20, xiv et 26 pages; tome II, 436, v, xi
et -158 pages.
5320-5323. Bibliothèque de Lille. Catalogue général. Tome IV,
Belles-lettres-, — tome V, Histoire, tomel; — tome VI, Histoire,
tome II; — tome VII, Table des auteurs.
XIX* s. Pap. -168, 2^2, 22^ et U6 feuillets.
5324. « Catalogue par ordre de matières de la bibliothèque de
Limoges. — 2-1 mai 4820. »
XIX* s. Pap. -158 pages.
5325. « Catalogue des livres existant dans la bibliothèque de
Lous-le-Saulnier, établie au collège. — -18-18. »
XIX* s. Pap. -1 0 feuillets.
5326. « Département de la Meuse-Inférieure. Catalogue des livres
composant la bibliothèque de la ville de Maestricht, chef-lieu. »
XIX* s. Pap. VIII et -183 pages.
5327. « État des hvres provenant de l'ancien dépôt du ci-devant
district de Marmande, mis à la disposition et sous la sauvegarde de
M. Ducomet, principal du collège de la même ville... — 4812. »
xrx^ s. Pap. 2 feuillets.
5328. « Catalogue de la bibliothèque publique communale de la
bonne ville de Montauban. — -1813. »
XIX* s. Pap. 70 feuillets.
5329. « État du catalogue des livres formant la bibliothèque du
collège de Montbéliard. »
XIX* s. Pap. -10 feuillets.
5330-5331. « Catalogue de la bibliothèque de la ville de Mou-
lins. — -1823. »
xix« s. Pap. 503 et 722 pages.
5332. « Catalogue des livres de la bibliothèque publique de la
ville de Neufchàtel. — -1819. » — Cf. le n° 6424.
XIX* s. Pap. -10 feuillets.
DU DÉPARTEMENT DES MANUSCRITS. 83
5333. « Catalogue de la bibliothèque de Nevers. — -J 8-1 0. »
XIX* s. Pap. i 32 pages.
5334. « Catalogue des livres de la bibliothèque de Nîmes, par
J.-E. de Thomas-Lavernède, » — et « Catalogue des médailles »
(fol. 203).
xixe s. Pap. 217 feuillets.
5335. « Catalogue des livres de la bibliothèque de la commune
de Niort (Ueux-Sèvres), disposé et mis en ordre par F.-J. Frigart. —
Niort, 4813. »
xix* s. Pap. -102 feuillets.
5336. « Catalogue de la bibliothèque de la ville d'Orléans, par
M. Fabbé Septier. — -18-18. »
xixe s. Pap. 839 feuillets.
5337. « Catalogue de la bibUothèque de Pamiers (rétablie en -1 8-1 8),
annexe de celle de Foix, département de l' Ariège, au -1 " janvier 4 8-1 9. »
XIX* s. Pap. 65 pages.
5338. « Catalogue de livres trouvés existants à la bibliothèque
de Périgueux, le -1" février -1 8-1-1 [jusqu'en -1816]. »
XIX* s. Pap. 78 feuillets.
5339. « Catalogue des livres de FÉcole centrale du département
des Pyrénées- Orientales, » à Perpignan.
XIX* s. Pap. 324 feuillets.
5340. « État général des livres qui composent la bibliothèque
publique de la commune de Poitiers (alias de l'École centrale), extrait
des catalogues des Dépôts littéraires. — -1806-1 8-1 6, »
xixe s. Pap, 265 pages.
5341. « Inventaire des livres composant la bibliothèque de l'École
secondaire de la ville de Pontaiiier. — -1-1 vendémiaire an XII. »
XIX* s. Pap. 52 feuillets.
5342. « Bibliothèque communale de la ville de Provins, départe-
ment de Seine-et-Marne. — -18-13. »
XIX* s. Pap. -100 feuillets.
5343. « État des livres extraits de la bibliothèque du Prytanée,
pendant le mois de messidor an X, par le citoyen Ripaull, bibliothé-
caire du Premier Consul, lesquels lui ont été remis en vertu d'un
ordre du Ministre de Fintérieur, déposé au secrétariat de l'adminis-
tration. »
XIX* s. Pap. 33 feuillets.
84 iNOCVELLES ACQUISITIONS
5344. a Manuscrits de la bibliothèque de la ville de Reims, » et
Catalogue des livres imprimés.
xix^ s. Pap. 38 et -1494 pages,
5345. « Bibliothèque publique de la ville de Rennes. » Catalogue
des manuscrits et imprimés. — •1843.
xix^ s. Pap. 433 feuillets.
5346. « Catalogue des livres composant la bibliothèque du col-
lège de la ville de Riom. — 4822. »
xixe s. Pap. 38 feuillets.
5347. « Catalogue de la bibliothèque de la commune de Roche-
fort. — 4 820. »
XIX® s. Pap. 24 feuillets.
5348. a Catalogue de la bibliothèque de la ville de Rodez. —
4848. »
xix^ s. Pap. 375 pages.
5349. « Copie du catalogue des livres de la bibliothèque publique
de la ville de Rouen. — 4 806-484 7. »
xixe s. Pap. 404, 88, 94 et 450 pages.
5350. « Copie du catalogue de la bibliothèque de la ville de Saint-
Quentin (Aisne). — 4 84 8. »
XIX® s. Pap. 342 pages.
5351. « Catalogue des livres de la bibliothèque de Senlis. —
4 84 9. »
xixe S. Pap. 50 feuillets.
5352. « Catalogue de la bibliothèque de Soissons. »
XIX® s. Pap. 544 pages.
5353. a Bibliothèque publique de Toulon. — 4 807. » Catalogue.
XIX® s. Pap. 89 feuillets.
5354-5367. Catalogue de la bibliothèque de Toulouse.
5354. tt Catalogue des mss. sur vélin et sur papier de la grande
bibliothèque de Toulouse. » 00 pages. — 5355-5357. « Catalogue
de la grande bibliothèque de la ville de Toulouse, » selon Tordre des
salles. 484 6. Dauza biljliolliécaire. 325, 362 feuillets et 544 pages.
— 5358-5367. <c Catalogue des livres de la bibliothèque publique,
dite du Clergé de Toulouse. » (4 0 volumes.) 370, 4 94, 323, 448, 463,
430, 405, 426, 245 et 324 pages.
XIX® s. Pap. 44 volumes.
DD DEPiRTEME'VT DES MANUSCRITS. 85
5368. Catalogue des livres de la bibliothèque publique de la ville
de Valenciennes.
XIX* s. Pap. 202 pages.
5369-5370. « Manuscrits de la bibliothèque de l'École centrale
du département de Loir-et-Cher, à Vendôme, l'an V®. « (-1797.) —
5370. « Catalogue des livres » imprimés de la même bibhothèque.
(Double exemplaire des deux catalogues.)
xviii^ s. Pap. -17 et -105 pages, et 47 feuillets.
5371. Recueil de pièces diverses, rangées chronologiquement;
originaux et copies (i 408-1 845). — Généalogie de « Jean de Greiliy
de Foix, vicomte de Castelbon » (fol. -I). — « La première intelli-
gence des cantons des ligues de Suisse avec Charles VII«, roy de
France, faite l'an U52 pour durer à perpétuité, » -1452-1453 (fol. 2).
— Lettres des « consuls de Perpignan [et du vicomte de Rode] à
Madame de Bourbon, luy mandent qu'ils veulent demeurer sujets
du Roy et ne se point rendre au roy d'Espagne, » 4 juin -1 493 ; copies
(fol. 6). — Lettre de Charles YIII à Pierre, duc de Bourbon, lui
ordonnant de remettre à Louis d'Amboise, évêque d'Albi, « le chas-
tel et place de Perpignan, pour après en faire la délivrance » au roi
d'Espagne (7 juillet -1493) ; copie (fol. 8). — Lettre de don Juan d'Au-
triche à Philippe, comte d'Egmont (30 oct. -1578); copie inachevée
(fol. 9). — Acte d'accusation de Louis de Marillac, maréchal de
France; original, signé : « Morel, de La Rochefoucaut » (fol. \0). —
a Extraict des registres de la Chambre souveraine establie par le
Roy à Rueil-en-Parisis, » relatif au procès et à l'exécution du maré-
chal de Marillac, en ^632 (fol. 32). — Érection par Louis XIV de la
ferme de « la Potterie, » près Évreux, en demi-fief noble de haubert,
en faveur de Mathurin Le Gousturier, lieutenant général au bailliage
d'Évreux (octobre -1647) ; photographies (fol. 34). — Deux lettres de
saint Vincent de Paul à M, Horcholle, curé de Neufchâtel (i" avril
et 2 sept. -1650); calques (fol. 36). — Lettre de Christine, reine de
Suède, à M. Ghanut, relative à son abdication (28 février -1654);
copie (fol. 40). — Contrat entre Matthieu Selle, maître tapissier de
haute-hsse, demeurant à Paris, rue Neuve-Saint-Merry, et Elisabeth
de Vendôme, duchesse de Nemours, pour la réparation de huit pièces
de tapisserie de Bruxelles; avec caution et acquit (1656 --1657)
(fol. 42). — Lettre de M'"^ de Sévigné au président de Moulceau
(7 janvier -1687); fac-similé (fol. 44). ~ Discours adressé au roi
Guillaume III, Tan I70^ , à propos de la reconnaissance par Louis XIV
86 NOUVELLES ACQUISITIONS
du prince de Galles, fils de Jacques II, comme roi d'Angleterre, sous
le nom de Jacques III; copie (fol. 46). — Harangue des seigneurs
anglais à Guillaume III, en janvier -1702, et réponse du roi; copie
(fol. 47). — Lettre de Louis XIV à Philippe V, roi d'Espagne (23 jan^
vier 'f702)-, « Décret du roy d'Espagne, du 2 février n02, sur son
voyage de Naples; » Lettre de Philippe V au marquis de Bedmar
(5 février 1702) sur le même sujet; copies (fol. 48). — « Chiffres
communs entre M. le prince de Monaco, ambassadeur extraordinaire
de S. M. à Rome, et M. le comte de Tallard, ambassadeur extraordi-
naire de S. M. en Angleterre, et M. de Bonrepaux, aussy ambassa-
deur extraordinaire de S. U. à la Haye; » copie (fol. 49). — Note
sur la manière dont les peintres chinois préparent le bleu et le vert
(fol. 53). — « Deux desseins du frère Attiret, » esquisses au crayon
destinées à être présentées à l'empereur de Chine (fol. 56). — « Copie
de la lettre que S. A. E. de Cologne a écrite au chapitre de Stras-
bourg [et de la résignation de la prébende du chapitre de Strasbourg] ;
Valenciennes, ce 2^ d'octobre '17'I7 » (fol. 58). — « Paritez réci-
proques de la livre numéraire ou de compte, instituée par l'empereur
Charlemagne, proportionnément à l'augmentation arrivée sur le prix
du marc d'argent depuis son règne jusqu'à celuy de Louis XV »
(fol. 62). — « État des tuez et blessez de la maison du Roy à l'affaire
de Detlingen, » 27 juin -1743 (fol. 63). — Lettre de « P. Saumaise-
Chasans » (^745); copie (fol. 64). — Lettre de Trudaine au sujet
d'un traité de commerce avec la Hollande (6 déc. -1754) (fol. 65). —
Lettre de Ph. de Changy à M. Truitat, notaire à Paris (3 févr. <756)
(fol. 67). — Déclarations de Tabbé d'Aydie, au sujet de ses ressources
(Périgueux, 28 février -1790); copies (fol. 69). — Liste de livres
composant la « bibliothèque d'un magistrat » (fol. 7^). — Lettre de
Genet-Campan à M'"= Joséphine Rogé, à Cambray (Écouen, -15 nov.
■18-13) (fol. 73). — Lettre de L. Aimé-Martin à Barbier, bibliothécaire
du Roi et du Conseil d'État (\2 mars -1813) (fol. 73). — Brouillon
de l'abdication de Napoléon I" à Fontainebleau ; photographie d'un
calque (fol. 76). — Lettre de Ed. Bignon au duc d'Otrante (13 juil-
let -18^3) (fol. 78); suivie d'une note relative à rechange de vues
entre Wellington, Bliicher et les commissaires français au sujet de
la garantie des propriétés publiques, musées, bibliothèques, etc.
(fol. 79). — Lettre du général Daumesnil à sa femme (fol. 83). —
Seize vers d'Alfred de Vigny : « Eloa. Son beau sein, comme un Ilot
qui sur la rive expire... » (avril -1834) (fol. 84). — Lettre de Guizot
à Jean Kolettis, ministre de Grèce (-17 avril -1843) (fol. 85).
xvi''-xix° s. Pap. 86 feuillets.
DU DÉPARTEMENT DES MANUSCRITS. 87
5372-5381. Papiers et notes du compositeur Léon Kreutzer
(^8^-^868).
xrxe s. Pap. ^64 feuillets, 375 pages, ^52, -150, 457, 156, 96, iSi,
48 et 539 feuillets. (Don de M. Arthur Rhône.)
5382. Recueil de pièces et fragments de pièces (xiiie-xviii^ siècles),
parmi lesquelles on remarque : Inventaire des biens de « Jehan de
Lelambe » (xiii^ s.) (fol. 2); — Quittance de « Jehans Escos, cha-
pelains monseigneur Mahieu de Roye » [i 8 sept, i 288) (fol. 3) ; —
Don par Charles V de droits de garde dus au vicomte de Caen pour
le fief d'Anisy (•14 août 1366) (fol. 5); — « Amendes et exploiz du
bailliage de Constantin, du siège de Coustances » {iA0i-HQ2) (fol. 7) ;
— État de réparations à faire au château de Pezenas (1455) (fol. U);
— Quittance d' « Ambroys Perret, maistre menuisier, demeurant à
Paris, » pour des « ouvraiges de menuiserie par luy faictz de neuf
pour le Roy... en son chasteau de Fontainebleau » (30 juillet -1559)
(fol. 16) ; — Trois pièces relatives à la bourse et chapelle fondées
par Martial Galichier, docteur régent en l'Université de Paris, dans
l'église collégiale de Saint-Nicolas-du-Louvre (1577-1650) (fol. 18);
— Arrêt relatif aux aliénations faites de « places et édifices sis sur
les remparts, fossés et contrescarpes » de Paris (7 avril 1 682) (fol. 21) ;
— Inventaire d'une église (fragment du xvi^-xvii^ s.) (fol. 25) ;
— « Déclaration des héritages appartenans à Martin Sinet, vigne-
ron, demeurant à Chenevières, paroisse de Conflans » (xvi^-xvii'' s.)
(fol. 27).
xiii^-xviii^ s. Parch. 31 feuillets.
5383. Recueil de pièces concernant le Mesnil-en-Vimeu, Saint-
André de Clarbec, Notre-Dame de Goustranville, Saint-Gabriel de
Valsemé, Saint-Clair en la vicomte de Pont-FÉvêque, le duché de
Gisors, le marquisat de Bizy, la forêt de Vernon, les Andelys et
Pacy-sur-Eure (1407-1762).
xv*-xviii« s. Parch. 20 feuillets.
5384. Recueil de pièces relatives à la mission des abbés Sevin et
Fourmont en Orient (1728-1730). — Correspondance, mémoires,
instructions, catalogues de manuscrits grecs et orientaux acquis pour
la Bibliothèque du roi. — Projet de voyage en Orient des Bénédic-
tins. — Lettres de M. de Bonnac, du marquis de Villcneufvc, de
Zaïd-Aga, Péleran (d'Alep), Guérin (de Srayrne), etc. (1719-1739).
xviii^ s. Pap. 296 feuillets.
88 NOUVELLES ACQUISITIONS
5385. Papiers et correspondance de Jean Otter, relatifs au com-
merce avec la Perse (-l 739-'! 744).
xviri^ s. Pap. ^3^ feuillets.
5386. Recueil de fragments de manuscrits (xiii^-xv^ siècles). —
Fragments d'une traduction française de la Bible (livre IV des Rois
et livre II des Macchabées), ayant appartenu à Nie. Bloussart, rec-
teur de Saint-Leonoc, au diocèse de Dol (xiv^ s.) (fol. -1) -, — Épitre
de saint Paul aux Romains, ch. v-ix (xiii« s.) (fol. ^12) ^ — Fragments
de la traduction des Éthiques d'Aristote par Nicole Oresme (xiv* s.)
(fol. -15); — Histoire universelle depuis Adam jusqu'à Louis XI,
dauphin (fol. -16); — Méraugis [Romania, XIX, 459-462] (xiii" s.)
(fol. 24) ; — Évangiles selon saint Matthieu (xxvi-xxviii) et saint
Marc (i) [Bomania, XVIII, 430-438] (xiv' s.), en provençal (fol. 31).
xiii'^-xv^ s. Parch. 3^ feuillets.
5387-5390. Notes généalogiques et historiques relatives aux
commissaires-examinateurs au Ghâtelet de Paris et à différents con-
seillers au Parlement et à la Chambre des comptes, etc.
xviii« s. Pap. 367, 309, 435 et 388 feuillets.
5391. Relation de la visite de la grotte de l'île d'Antiparos par le
marquis de Nointel (^673).
xvii^ s. Pap. 36 feuillets.
5392. Documents sur le maréchal de Boufflers et sur sa famille,
xviii^ s. Pap. 412 feuillets. (Don de M. le vicomte de Grouchy.)
5393. Recueil de pièces concernant la famille Le Valois d'Esco-
ville [Calvados] (4568-1791).
Originaux et copies; on y remarque des lettres de François de
Montmorency; Henri de Bourbon, duc de Montpensier; Henri IV; le
maréchal d'xVncre; Henri d'Orléans, marquis de Rothelin; Henriette-
Marie, reine d'Angleterre; Henri d'Orléans, duc de Longueville;
Louis XIII; Louis de Bourbon, prince de Condé; Anne d'Autriche;
Louis XIV; Gaston d'Orléans-, le cardinal Mazarin; César de Bour-
bon, duc de Vendôme ; le marquis de Montauzier ; Louis XV ; le duc
de Ghoiseul ; le duc de La Vallière ; le prince Camille de Rohan ;
Louis XVI, etc.
xvi''-xviii'' s. Pap. et parch. 250 feuillets.
5394. Recueil de pièces des xirr-xvi^ siècles.
On y remarque deux actes de vente de bourgeois de Salins, 1251
(fol. 1); — Enquête faite par Tordre de Mahaul, comtesse d'Artois,
DU DÉPiRTEMEM DES MANUSCRITS. 89
en la terre de Langle, près Saint-Omer, -1329 (fol. 3) ; — Compte de
serrurerie faite au château de Vie, pour Jean le Bon, comte d'Au-
vergne, vers ^350 (fol. 7); — Mémoire de André d'Albaigne, Luc-
quois, adressé au roi Henri II, lui proposant la conquête de « grand
estendue de terres et royaulmes abondans et riches en or, argent,
pierres, drogueries et espiceries, » en Afrique (fol. ■H); — enfin
trois pièces concernant des musiciens et orfèvres (1.569-^650).
xrii*-xvi^ s. Parch. et pap. ^o feuillets.
5395. Recueil de mémoires, lettres, règlements, etc., relatifs au
Collège de France (ITIO-nsT) ; et projet d'union du Collège avec la
Bibliothèque du roi.
xviii® s. Pap. •ITS feuillets.
5396. Recueil de chartes, en provençal, relatives à différentes
localités de l'arrondissement de A'^illefranche-de-Rouergue (•1264-
1370).
xiii«-xv^ s. Parch. 47 pièces.
5397. Correspondance, états, devis, papiers divers relatifs aux
marbres destinés aux constructions du château de Versailles sous
Louis XIV (J 683-4 698).
XVII® s. Pap. 424 feuillets.
5398. Recueil de pièces sur les Colonies françaises au xviri* siècle.
On y remarque différentes pièces sur les îles de France et Bour-
bon (4 772-1773) (fol. 4); — sur les Colonies françaises de l'Amé-
rique (fol. 24) ; — Canada (fol. 40) ; — Louisiane (fol. 48) ; — Saint-
Domingue (fol. 53) ; — La Martinique (fol. 66) ; — La Guyane, avec
plusieurs pièces relatives au chevaUer Turgot (fol. 404).
xFiii* s. Pap. 4 99 feuillets.
5399. Ordonnances, édits, lettres patentes, déclarations, arrêts
et règlements concernant la marine et les colonies françaises, sous
les règnes de Louis XIV et de Louis XV (4 663-4 769).
A la fin (fol. 306) : « Matériaux pour servir à l'histoire des finances
de la marine depuis l'année 4 678 jusqu'en 4 844. »
xvii^-xix« s. Pap. 349 feuillets.
5400. tt Chartrier pour Constant Le Gentil, écuyer, sieur de Pien-
court,... » avec... portraits de divers membres de la famille Le
Gentil, peints « par M^ Marin Le Bourgeoys,... painctre ordinaire du
roy Henry IV^.. » Lisieux, 4588-4594 et 4646.
xvi«-xvii« s. Parch. 44 feuillets. Peintures.
90 NOUVELLES ACQUISITIONS
5401-5815, Anciens catalogues de la Bibliothèque du Roi et de
différentes collections qui sont venues l'accroître aux xvii^, xvm^ et
xrx^ siècles.
4^5 volumes, sur papier, la plupart de format in-folio, provenant
de l'ancien fonds des Catalogues.
5401. « Godices manuscripti latini, gallici, italici, hispanici. » — Cata-
logue, de la main de Clément, de 721 manuscrits de la bibliothèque
du Roi, qui ne figuraient pas au catalogue de Dupuy. — 106 feuillets.
5402. « Catalogus librorum manuscriptorum hebraicorum, syriacorum,
arabicorum, turcicorum, persicorum, graecorum, latinorum, italico-
rum, gallicorum, etc., Bibliothecas Regiae, » par Clément (1680). —
Fol. 761. Concordances des anciens numéros des catalogues de 1645,
de Dupuy et de Mazarin, avec ceux du catalogue de Clément. —
803 feuillets.
5403. Catalogue des manuscrits arabes de la Bibliothèque du Roi, par
Pierre Dipy, d'Alep. (N°s 368-1228.) — Imprimé, en abrégé, par
Moutfaucon dans sa Bibliotheca bibliothecarum tnss. nova (II, 714 et
suiv.). —301 feuillets. (Ane. f. des Traductions, n- 121. — Arabe 4484.)
5404. Catalogue des manuscrits arabes et persans de la Bibliothèque du
Roi, par Pierre Dipy, d'Alep, et Pétis de la Croix. (N"' 368-1228 et
1472-1609.) — Copie abrégée, par François Barout, datée de 1718,
des mss. 5403 et 5405, ayant appartenu à Eusèbe Renaudot et léguée
par lui en 1720 à l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés. — 56 et 86 feuil-
lets. (Ane. f. des Traductions, n° 122. — Arabe 4485.)
5405. Catalogue des manuscrits turcs et persans de la Bibliothèque du
Roi, par Pierre Dipy, d'Alep, et Pétis de la Croix. (N°^ 1229-1471 et
1472-1610.) — 255 feuillets. (Ancien fonds des Traductions, n" 121 bis.)
5406. a Turcici [et Persici] Bibliothecae Regiee codices manuscripti, in
catalogum latina versione a Francisco La Croix Petis, Régis inter-
prète, redacti. » (N»» 1229-1471 et 1472-1610.) — 122 feuillets.
5407. « Catalogus manuscriptorum arabicorum, turcicorum et persico-
rum Bibliothecae Regipe,... opéra Fra. Barout, Bibliothecœ Regiœ
interprctis. » (N^^ 368-492 seulement des mss. arabes.) — 41 feuillets.
5408. Catalogue des manuscrits syriaques et arabes de la Bibliothèque
du Roi, par E. Renaudot. (N^^ 283-309 et 368-1228.) — 369 feuillets.
5409. « Catalogue par matières des manuscrits françois, italiens, espa-
gnols, allemans, etc., de la Bibliothèque du Roy, fait en l'année 1714
[par J. Boivin]. — Catalogue alphabétique des mêmes manuscrits. »
Copie de Buvat. — 178 feuillets.
5410. « Catalogus librorum manuscriptorum hebraicorum, syriacorum,
arabicorum, turcicorum, persicorum, graecorum, latinorum, italico-
rum, gallicorum, etc. Bibliothecœ Regiœ. » — (1729.)
DU DEPARTEMENT DES MANUSCRITS. 94
Les notices de plusieurs manuscrits entrés postérieurement à la
rédaction du catalogue ont été ajoutées au verso de différents feuillets,
suivant l'ordre méthodique.
Page 1120. « Manuscrits de Secousse et de Sainte-Palaye. » (Avec
une concordance des numéros de ces mss. aujourd'hui dans la collec-
tion Moreau.)
Page 1121. « Manuscrits de Brienne. j
Page 1135. « Mémoire des manuscrits et papiers trouvez dans le
cabinet de feu M. de Mézeray, et remis par ordre du Roy dans la
Bibliothèque de Sa Majesté entre les mains de M. l'abbé Galloys, par
M. Girardin, lieutenant civil, le 18 novembre 1683. » — 1137 pages.
5411. « Catalogue des manuscrits français, italiens, espagnols et en
autres langues modernes de la Bibliothèque royale. Ancien fonds.
Copié en 1835 et 1836... sur le Catalogue général dressé en 1729 et
1730. » — 234 feuillets.
5412. Concordances des anciens numéros des manuscrits grecs du cata-
logue de 1682 (Regii), et des fonds de Gaignières, Delamare, Baluze,
Colbert, de Mesmes, de Boze, de Targny et des Nouvelles acquisitions,
avec les numéros du catalogue imprimé de 1740 (et vice versa). —
58 feuillets.
5413-5414. Concordances des anciens numéros des manuscrits latins
du catalogue de 1682 {Regii) et des fonds de Gaignières, Delamare,
Baluze, Colbert, de Mesmes, Lancelot, Saint-Martial, de Boze, Cangé,
Drouin, de Targny, de Noailles et des Nouvelles acquisitions, avec
les numéros du catalogue imprimé de 1740. — Le second volume
contient la contre-partie des concordances précédentes. — 59 et
49 feuillets.
5415. Catalogue de manuscrits français et en langues modernes, qui
semblent avoir formé le noyau du Supplément français des manus-
crits de la Bibliothèque du Roi. Il est intitulé : « Manuscrits de dif-
férentes acquisitions et en différentes langues. Aoust 1756. » —
232 pages.
5416. Catalogue de manuscrits latins [et français] provenant des biblio-
thèques des Augustins déchaussés. Capucins de Saint-Honoré, Feuil-
lants, Jacobins de Saint-Honoré et de Saint-Jacques, Récollets. —
Les notices de ces mss. formant deux séries (latins et français) ont
été rédigées en latin par C.-B. Hase. — 399 feuillets.
5417. « Index alphabeticus codicum manuscriptorum ex monasteriis
PP. Fuliensium S. Bernardi, Jacobi ad S. Jacobi, Jacobi ad S. Hono-
rati, Augustinurum discalceatorum, RecoUectorum, Capucinorum in
vico Divi Honorati, in Bibliothecam Caesaream illatorum, [auctore
G.-B. Hase]. — Index double pour les mss. latins et français; on a
ajouté les numéros des mss. du Supplément français. — 35 feuillets.
92 NOUVELLES ACQUISITIONS
5418-5419. Catalogue des manuscrits de la bibliothèque des princes de
Gondé, transportés à la Bibliothèque nationale, rendus au prince de
Condé et aujourd'hui à Chantilly. — Tome I, n»» 1-363; tome II,
nos 364-731. — 182 et 206 feuillets.
5420. « Catalogue des manuscrits de la Belgique, du Dépôt national
littéraire aux ci-devant Cordeliers, par le cit. Poirier, membre du
Conseil de conservation des objets d'arts et de sciences, l'an IV de la
République.
Hébreux, arabes, chinois imprimés et mss. concernant la Chine,
slavon, grecs, latins [et français]. — Ces mss. ont été transportés
à la Bibliothèque nationale, le 2 floréal an IV de la République,
21 avril 1796, vieux style. »
Avec deux suppléments (fiches montées), l'un par La Porte du Theil,
Mouchet et Méon, l'autre de Parquoy. — 272 feuillets.
5421-5424. Catalogues de « manuscrits de la Belgique, » par Méon.
I. Notices de 353 mss. latins de la Belgique, du dépôt des Corde-
liers (357 fiches). — II-III. Notices de 366 et 352 mss. latins de la
Belgique, du dépôt de la rue Saint-Marc (162 et 359 fiches). —
IV. Notices de 608 mss. français et en langues modernes de la Bel-
gique (643 fiches).
5425. « Codices latini Vaticani. » Notes de Mouchet. — 56 feuillets.
5426. Catalogue de manuscrits des Suppléments grec, latin, français et
langues modernes de la Bibliothèque nationale. (1,063 numéros.) —
39 feuillets.
5427-5431. Catalogue des manuscrits de l'ancien Supplément de la
Bibliothèque nationale.
La plus grande partie des notices sont de La Porte du Theil ; il y
en a quelques-unes de Hase et de l'abbé Lespine.
I (5427). Nos 1.364. 302 feuillets. — II (5428). Nos 365-579. 392 feuil-
lets. — III (5429). Nos 580-899. 321 feuillets. — IV (5430). Nos 900-
1217. 354 feuillets. — V (5431). Nos 1218-1374. 335 feuillets.
5432, Tables alphabétiques du catalogue précédent, par C.-B. Hase.
Index rerum. I. Auctores latini. — IL Auctores linguarum recentio-
rum. — Pars II. — 282 feuillets.
5433. Catalogues de divers fonds orientaux, par M. Reinaud : « Manus-
crits orientaux provenant de feu M. Schultz (p. 1); — Livres et
manuscrits orientaux venus d'Alger (p. 5); — Manuscrits arabes,
persans et turcs de Du Caurroy (p. 13) ; — Manuscrits orientaux du
fonds Anquetil (p. 21 et 35); — Manuscrits persans du fonds Brueys
(p, 37); — Manuscrits persans du fonds Gentil (p. 43); — Manuscrits
du supplément arménien (p. 51 et 135); — Manuscrits géorgiens
(p. 59) ; — Manuscrits éthiopiens (p. 63) ; — Manuscrits coptes (p. 85) ;
DO DEPARTIÎMENT DES MANUSCaiTS. 93
— Manuscrits malays et javanais, par M. Éd. Dulaurier (p. 91) ; —
Manuscrits slaves, par le D"- Ritstich, de Belgrade » (p. 183). —
194 pages.
5434. « Catalogue des manuscrits hébreux, syriaques, arabes, persans,
turcs, coptes, éthiopiens et autres manuscrits orientaux, provenant
de la bibliothèque de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, par Sil-
vestre de Sacy. »
P. 113. « Catalogue des manuscrits orientaux provenant de l'an-
cienne maison de Sorbonne, par M. Reinaud. » — P. 157. « Cata-
logue des manuscrits orientaux provenant de l'ancien couvent de
l'Oratoire, par M. Reinaud. » — 214 pages.
5435. « Cathalogus librorum qui arabice manuscripti in bibliotheca
illustrissimi domini D. Pétri Seguier, supremi régis regnique Gal-
liae cancellarii, asservantur, » auctore Fr. Elzeario Sanxiensi, reli-
gioso ordinis Gapucinorum et missionario apostolico in Oriente. (1657.)
L'auteur a ajouté à la fin (fol. 98) un « Ordo librorum turcicè per-
sicèque mss. », et (fol. 102) un autre « Ordo librorum copticè, arabi-
copticèque mss. »
xvii« s. Pap. 103 feuillets, in-fol. Rel. mar. rouge, aux armes de
Séguier. (Prov. de Saint-Germain-des-Prés. — Ancien fonds des
Traductions, n" 124. ~ Arabe 4483.)
5436. « Catalogus manuseriptorum orientalium bibliothecae S. Germani
a Pratis, ab illustrissimis DD. Petro Seguier et Eusebio Renaudot
legatorum, in quo pro codicibus Seguierianis indicatur catalogus
alter specialis, rubra pelle compactus, necnon Seguierianis insigniis
distinctus. » — Cf. le ms. précédent.
(680 articles.) — A la fin : « Voir le Supplément dans le catalogue
du citoyen Sylvestre-Sacy. » — 18 feuillets. (Ancien fonds des Tra-
ductions, n» 125.)
5437. « Catalogue des manuscrits orientaux de la bibliothèque de Saint-
Germain-des-Prés, fait après l'incendie de la bibliothèque des impri-
més (au mois d'août 1794, v. st.), par le citoyen Sylvestre-Sacy...
1795. ,) _ 46 feuillets. (Ancien fonds des Traductions, n"^ 126.)
5438. Abrégé du précédent catalogue. — 14 feuillets.
5439. Minute du catalogue de Silvestre de Sacy. — 33 feuillets.
5440. « Catalogue of Books in the Sanscrita Language and Devanagari
Charactcr in the National Library of France, » par Alexandre Hamil-
ton. (Complété et publié en français par Langlès. Paris, 1807, in-8°.)
— Suivi des notices des mss. de l'Extrême-Orient entrés à la Biblio-
thèque de 1808 à 1816.
Fol. 13. « Manuscrits orientaux de feu M. Anquetil Du Perron,
acquis au mois de prairial an 13«. »
94 NOUVELLES ACQUISITIONS
Fol. 18. « Note des mss. orientaux achetés à M. Brueys, résident
francois à Surate, au mois de... »
Fol. 21. « Manuscrits envoyés de Faizabad, au nord du Bengale,
par M. Gentil, chevalier de Saint-Louis, chargé des affaires du Roy
auprès du Nabab de Oud, et déposés à la Bibliothèque du Roi
en 1777. »
Fol. 26. « Manuscrits de missionnaires en Chine, acquis par la
Bibliothèque du Roi en juillet 1820. »
Fol. 28. « Supplément au catalogue des mss. samskrits d'Hamil-
ton. Fonds Polier, » — et (fol. 28 V) « Fonds Anquetil. »
Fol. 28 v°. « Catalogue des manuscrits samskrits en caractères
telingas. »
Fol. 35. « Pièces relatives à l'histoire et à la littérature de l'Orient
faisant partie du Supplément placé dans la salle des Titres, » ou dans
le fonds de Saint-Germain et les divers petits fonds. — 49 feuillets.
(Ancien fonds des Traductions, n" 129.)
5441. Catalogues de divers fonds orientaux. « Notices sur quelques
manuscrits arabes, par M. Woepke (fol. 1) ; — Notices sur quelques
mss. sanscrits, par M. Fauriel (fol. 6); — Notices sur quelques mss.
sanscrits (fol. 40); — Notices sur quelques mss. sanscrits en carac-
tère bengali, par M. Loiseleur Deslongchamps (fol. 58); — Notices
sur quelques mss. arabes, par M. Hassler (fol. 94) ; — Notices sur
quelques mss. arabes, par M. Reinaud (fol. 99); — Catalogue des
mss. orientaux de l'ancienne maison de la Sorbonne, par M. Rei-
naud (fol. 126); — Catalogue des mss. orientaux de l'ancien couvent
de l'Oratoire, par M. Reinaud (fol. 136) ; — Catalogue des mss. orien-
taux des différentes bibliothèques publiques de Paris (fol. 146); —
Liste des livres et des mss. orientaux venus d'Alger et adressés à la
Bibliothèque royale, le 30 nov. 1832 (fol. 152); — Note de quelques
mss. orientaux appartenant à M. Wahl (fol. 156) ; — Mss. orientaux
provenant de feu M. Schultz (fol. 157 et 159); — Mss., papiers et
autres objets provenant de feu M. Schultz (fol. 163); — Collection
Asselin (fol. 165 et 270) ; — Lettres et pièces relatives au fonds Asse-
lin (fol. 263) ; — Mss. arabes, persans, samskrits et hindous tanys,
cédés à la Bibliothèque du Roi par M. de Polier (fol. 291 et 293) ; —
Évaluation de 47 mss. arabes, persans, maures, bengalis, etc., pro-
venant de feu Ouessant, interprète de la compagnie de Pondichéry
(fol. 295) ; — Mss. arabes, turcs et persans de M. Ducaurroy (fol. 298) ;
— Collection des mss. orientaux appartenant à la succession de feu
M. le baron Rousseau, consul général à Tripoly de Barbarie (fol. 303) ;
— Liste des mss. tamouls cédés à la Bibliothèque du Roi par M. Ducler
(fol. 309) ; — Liste des mss. tamouls donnés à la Bibliothèque du Roi
par M. Reydelet (fol. 311); — Mss. arabes et berbères de M. Dela-
porte père, 1848 (fol. 314); — État sommaire de quelques mss. repu-
DD DÉPARTEMENT DES MANDSCRITS. 95
tés venir de feu M. Huet,... trouvés dans la maison Kerbœuf (fol. 323);
— Mss. orientaux distraits du fonds Renaudot (fol. 324) ; — Mss.
arabes rapportés d'Egypte par le citoyen Raiye (fol. 325) ; — Cinq
volumes arabes mss. offerts à la Bibliothèque royale par S. A. R.
Mgr le duc de Nemours (fol. 326) ; — Liste des livres qu'on a envoyés
à M's de la Compagnie, en tamoul, 14 déc. 1729 (fol. 327); — Cata-
logue des mss. indiens de la Bibliothèque du Roi (fol. 328) ; —
0 Mémoire concernant l'acquisition des mss. persiens qu'il convien-
droit de faire aux Indes pour la Bibliothèque du Roy » (fol. 362) ;
— Mémoire de livres à rechercher dans le Levant pour la Biblio-
thèque du Roy (fol. 366) ; — État des mss. à rechercher à Constanti-
nople pour la Bibliothèque impériale (fol. 384) ; — Catalogue des
mss. orientaux appartenant à M. R. Johnson, 1806 (fol. 386); —
Liste des mss. orientaux de la bibliothèque de sir Thomas Phillipps
à Middlehill, 1829 (fol. 396); — Indication des mss. arabes les plus
importants de la bibliothèque d'Alger (fol. 398) ; — Liste des livres
et mss. venus d'Alger (fol. 402) ; — Liste des bibliothèques turques de
Gonstantinople, 1854 (fol. 404); — Bibliothèque du sultan AhmetlII,
au vieux sérail : catalogue des livres d'histoire, 1854 (fol. 408); —
Note des mss. orientaux extraits de la bibliothèque de Vienne, que
le conservatoire de la Bibliothèque impériale juge entièrement inu-
tiles (fol. 416); — Notice par Ascari de l'ancien ms. syriaque 13
(fol. 418); — Manuscrits persans historiques de l'Indoustan, et livres
en langue samscretam, apportés à la Bibliothèque du Roi en 1778 »
(fol. 420). — 422 feuillets.
5442. Mémoires de livres et mss. envoyés par les Jésuites de l'Inde pour
la Bibliothèque du Roi, en 1729-1735. — 13 feuillets.
5443. « Catalogue analytique des manuscrits tamouls de la Bibliothèque
royale rédigé par M. Velanguani Arokium, de Pondichéry. — Février
1845. » — 11 feuillets.
5444. « Notices sur des mss. cingalais, tamouls, palis, etc., ou relatifs
à ces langues (fonds Tolfrey), par M. Fauriel. » — 13 feuillets.
5445. « Notices sur des manuscrits en langue européenne, relatifs à
l'Inde : grammaires, dictionnaires, relations, etc., par M. Fauriel. »
— 48 feuillets.
5446. Catalogue des livres chinois et mantchoux de la Bibliothèque
royale, par Stanislas Julien. — 79 feuillets.
5447-5530. Catalogues des manuscrits de la Bibliothèque royale, in-4°.
Tome I (5447). Augustins (Grands-). N^^ 1-83.
— Barnabites. Nos i_24.
— Blancs-Manteaux. N»' 1-88.
Tome II (5448). Bouhier (président). No^ 1-183,
96
Tome II (5448).
Tome m (5449).
Tome lU bis (5450).
— IV (5451).
— V (5452).
— VI (5453).
— VII (5454).
— VIII (5455).
— IX (5456).
— X(5457).
— XI (5458).
— XII(5459).
— XIII (5460).
— XIV (5461).
— XV (5462).
— XVI (5463).
— XVII (5464).
— XVIII (5465).
— XIX (5466).
— XX (5467).
— XXI (5468).
— XXII (5469).
— XXIII (5470).
— XXIV (5471).
— XXV (5472).
— XXVI (5473).
XXVII (5474).
XXVIII (5475).
XXIX (5476).
XXX (5477).
XXXI (5478).
NOUVELLES ACQUISITIONS
Capucins de Saint-Honoré. N"» 1-4. (Cf.
t. XXXIV bis.)
Carmes déchaussés. N^^ 1-16.
Carmes de la place Maubert. N°» 1-15.
Célestins. N^^ 1-57.
Chapelle (Sainte-). N°s 1-3.
Compiègne. No^ 1-187.
Corbie. N^^ 1-403.
Feuillants. No= 1-9. (Cf. t. XXXIV èw.)
Cordeliers. N^^ 1-151.
St-Germain fr., t. I. N»^ 1-200.
— t. II. No^ 201-400.
— t. m. Nos 401-600.
— t. IV. Nos 601-800.
— t. V. Nos 801-1000.
— t. VI. Nos 1001-1200.
— t. VII. Nos 1201-1400.
— t. VIII. Nos 1401-1600.
— t. IX. Nos 1601-1800.
— t. X. Nos 1801-2048.
— t. XI, Gesvres. Nos 1.200.
— t. XII, Harlay, i. Nos 1.200.
— t. Xm, — II. Nos 201-400.
— t. XIV, — m. Nos 401-519.
St-Gcrmainlat.,t. I. N°s 1-200.
-- t. II. Nos 201-400.
— t. m. Nos 401-600.
— t. IV. Nos 601-800.
— t. V. Nos 801-1000.
— t. VI. Nos 1001-1200.
— t. VII. Nos 1201-1402.
— t. Vm. Nos 1403-1645.
Jacobins de Saint-Jacques. Nos 1.7. ^Qf,
t. XXXIV èw.)
Jacobins de St-Honoré. Nos 1.35. (Cf. ibid.)
St-Magloire. Nos 1-186.
St-Martin. Nos 1.1 is.
Merci. Nos 1.3,
Minimes. Nos 1.83.
Missions-Étrangères, t. I. Nos 1-200.
— t. II. Nos 201-380.
Mortemart. Nos 1.113 ; et Suite, n°s 1-44.
Mouchet. Nos 1.26.
Navarre. N»' 1-112.
i
DU DEPARTEMENT DES MANDSCRITS.
97
Tome XXXII (5479).
- XXXIII (5480).
— XXXIV (5481).
Notre-Dame. N^^ 1-284.
Oratoire. Nos 1.286.
Petits-Pères. N»^ 1-26. (Cf. t. XXXIV 6û.)
— Récollets. Nos 1.3. (Cf. iMd.)
— Sérilly. Nos 1429.
— XXXIV 6i5 (5482). Supplément aux mss. des Capucins de Saint-
Honoré, Feuillants, Jacobins de Saint-Ho-
noré et de Saint-Jacques, Petits-Pères et
Récollets. — 180 feuillets.
XXXV (5483).
XXXVI (5484).
XXXVII (5485).
XXXVm (5486).
XXXIX (5487).
XL (5488).
XLI (5489).
XLII(5490).
Xmi (5491).
XLIV (5492).
XLV (5493).
XLVI (5494).
XLVU (5495).
XL VIII (5496).
XLIX (5497).
L (5498).
LI (5499).
LU (5500).
LUI (5501).
LIV (5502).
LV (5503).
LVI (5504).
LVII (5505).
LVIII (5506).
LIX (5507).
LX (5508).
LXI (5509).
LXII (5510).
LXIII (5511).
LXIV (5512).
LXV (5513).
LXVI(5514).
LXVII (5515).
LXVIII(5516).
LXIX (5517).
4894
Sorbonne, t. I. Nos 1400.
— t. IL Nos 401-800.
— t. m. Nos 801-1100.
— t. IV. Nos 1101-1400.
— t. V. Nos 1401-1848.
St -Victor, t. I. Nos i_200.
— t. IL Nos 201-400.
— t. m. Nos 401-600.
— t. IV. Nos 601-800.
— t. V. Nos 801-1121.
Suppl. fr., t. I. Nos 1-200.
— t. IL Nos 201-400.
— t. III. Nos 401-600.
— t. IV. Nos 601-800.
— t. V. Nos 801-1000.
— t. VI. Nos 1001-1200.
— t. VIL Nos 1201-1400.
— t. VIII. Nos 1401-1600.
— t. IX. Nos 1601-1800.
— t. X. Nos 1801-2000.
— t. XL Nos 2001-2100.
— t. XII. Nos 2101-2300.
— t. XIII. Nos 2301-2500.
.— t. XIV. Nos 2501-2700.
— t. XV. Nos 2701-2900.
— t. XVI. Nos 2901-3100.
— t. XVII. Nos 3101-3300.
— t. XVIII. Nos 3301-3500.
— t. XIX. Nos 3501-3700.
— t. XX. Nos 3701-3900.
— t. XXL Nos 3901-4100.
— t. XXII. Nos 4101-4300.
-- t. XXm. Nos 4301-4500.
— t. XXIV. Nos 4501-4700.
— t. XXV. Nos 4701-4900.
98
Tome LXX (5518).
— LXXI (5519).
— LXXII(5520).
— LXXIII (5521).
— LXXIV (5522).
— LXXV(5523).
— LXXVI(5524).
— LXXVII (5525).
— LXXVIU (5526).
— LXXIX (5527).
— LXXX (5528).
— LXXXI (5529).
— LXXXU(5530).
NOUVELLES ACQUISITIONS
— t. XXVI. N05 4901-5100.
— t. XXVII. Nos 5101-5300.
— t. XXVIII. Nos 5301-5500.
— t. XXIX. Nos 5501-6260.
Suppl. lat., t. I. Nos 1.200.
— t. IL Nos 201-400.
— t. m. Nos 401-600.
— t. IV. Nos 601-800.
— t. V. Nos 801-1000.
— t. VI. Nos 1001-1200.
— t. VII. Nos 1201-1400.
— t. Vm. Nos 1401-1600.
Cartulaires. N»' 1-200.
5531-5534. « Manuscrits de la Bibliothèque royale. Petits catalogues, »
par GhampoUion-Figeac.
Tome I (5531). Acquisitions diverses (fol. 1) ; — Collections Baluze
(fol. 13); — Berthereau (fol. 78); — Bouhier (fol. 83); — Bréquigny
(fol. 102) ; — De Camps (fol. 201) ; — Colbert (fol. 221); — De Cotte
(fol. 291). —294 feuillets.
Tome II (5532). Collections Doat (fol. 1); — Ohiénart (fol. 19); —
Duchesne (fol. 47); — La Porte du Theil (fol. 197); — Galland
(fol. 211). — 244 feuillets.
Tome III (5533). Collections de La Mare (fol. 1); — Lancelot
(fol. 37) ; — La Vallière (fol. 65) ; — Le Grand (fol. 85) ; — Le Tel-
lier-Louvois (fol. 117) ; — Chambre syndicale de la librairie (fol. 133);
— Saint-Martial de Limoges (fol. 137); — Vieux Louvre (fol. 175).
— 179 feuillets.
Tome IV (5534). Collections Dom Malherbe (Languedoc) (fol. 1) ;
— De Mesmes (fol. 6); — Mézeray (fol. 29); — Millin (fol. 33); —
Notre-Dame de Paris (fol. 52) ; — Prunis (fol. 86) ; — Renaudot
(fol. 106); — Tersan (fol. 115); — Université de Paris (fol. 119); —
Versailles (fol. 124); — Dom Villevieille (fol. 164); — Villoison
(fol. 171). — 181 feuillets.
5535-5538. « Catalogue des manuscrits latins du nouveau fonds du Roi. »
10 Matières. Tome I (5535). Théologie, Droit. — Tome II (5536).
Géographie, Histoire, Sciences et arts. — 865 feuillets.
2o Auteurs. Tome I (5537), A-II. — Tome II (5538), I-Z. — 335 et
281 feuillets.
5539-5553. « Catalogue [méthodique] des manuscrits français et en
langues étrangères de la Bibliothèque royale. »
Tome I (5539). Théologie. — v-184 feuillets.
— II (5540). Jurisprudence. — 184 feuillets.
— III (5541). Sciences et arts. — 185 feuillets.
DD DEPARTEMENT DES MANDSCRITS. 99
Tome IV-VI (5542-5544). Belles-lettres. —191, 124 et 140 feuillets.
— VII-XIV (5545-5552). Histoire. — 169, 140, 163, 194, 228,
134, 170 et 93 feuillets.
5553. Table alphabétique des manuscrits des fonds français. — 160 feuil-
lets.
5554-5559. Catalogue méthodique des manuscrits français de la Biblio-
thèque royale. (Minute.)
Tome I (5554). Théologie, Jurisprudence. — 179 feuillets.
— II (5555). Sciences et arts, Belles-lettres. — 204 feuillets.
— III (5556). Belles-lettres (suite), Histoire. — 251 feuillets.
— IV (5557). Histoire de France (hist. générale). — 182 feuillets.
— V (5558). Histoire de France (généalogies, provinces). —
202 feuillets.
— VI (5559). Histoire étrangère. — 177 feuillets.
5560-5593. Catalogue des manuscrits français et en langues modernes
de la Bibliothèque royale. {Catalogue vert.) Table alphabétique des
auteurs et des matières.
Tome I (5560). A-AN. — 210 feuillets.
— II (5561). AP-AZ. — 168 feuillets.
— III (5562). BA-BEN. — 209 feuillets.
— IV (5563). BER-BOR. — 204 feuillets.
— V (5564). BOS-BY. — 234 feuillets.
— VI (5565). CA. — 188 feuillets.
— VII (5566). CE-CI. — 232 feuillets.
— VIII (5567). CL-CY. — 248 feuillets.
— IX (5568). DA-DR. — 185 feuillets.
— X (5569). DU-E. — 131 feuillets.
— XI (5570). F-FL. — 147 feuillets.
— XII (5571). FO-FY. — 125 feuillets.
— XIII (5572). G-GL. — 193 feuillets.
— XIV (5573). GO-GY. — 249 feuillets.
— XV (5574). H. — 189 feuillets.
— XVI (5575). I-JEF. — 123 feuillets.
— XVII (5576). JEH-K. — 134 feuillets.
— XVm (5577). L-LE. — 203 feuillets.
— XIX (5578). LH-LY. — 147 feuillets.
— XX (5579). M-MAR. — 231 feuillets.
— XXI (5580). MAS-MN. — 188 feuillets.
— XXII (5581). MO-MY. — 170 feuillets.
— XXm (5582). N. — 118 feuillets.
— XXIV (5583). O. — 95 feuillets.
— XXV (5584). P-PEN. — 148 feuillets.
— XXVI (5585). PEP-PI. — 173 feuillets.
iOO NODVELLES ACQUISITIONS
Tome XXVIl (5586). PL-PY. — 154 feuillets.
— XXVm (5587). Q-RH. — 168 feuillets.
— XXIX (5588). RH-RY. — 174 feuillets.
— XXX (5589). S-SEG. — 203 feuillets.
— XXXI (5590). SEI-SY. — 159 feuillets.
— XXXII (5591). T. — 237 feuillets.
— XXXIII (5592). U-VE. — 179 feuillets.
— XXXIV (5593). VI-Z. — 145 feuillets.
5594-5615. « Dépouillement chronologique des collections historiques
manuscrites de la Bibliothèque royale. »
Copie partielle des fiches de dépouillement des collections de Bré-
quigny, Brienne, Golbert (Flandre, Cinq-cents, Mélanges), Doat, Dela-
marre, Duchesne, Dupuy, Fontette, Saint-Germain-Harlay et Dom
Housseau (Touraine).
l>-e série. Tome I (5594). 200(?)-1000. — 149 feuillets.
— II (5595). 1001-1100. — 210 feuillets.
— III (5596). 1101-1150. — 203 feuillets.
— IV (5597). 1150-1200. — Feuillets 204-486.
— V (5598). 1201-1225. — 299 feuillets.
— VI (5599). 1226-1261. — Feuillets 300-624.
2« série. — I (5600). 1570-1572. — 173 feuillets.
— II (5601). 1573-1575. — 269 feuillets.
— m (5602). 1576-1578. — 156 feuillets.
— IV (5603). 1578-1582. — 275 feuillets.
— V (5604). 1583-1585. — 296 feuillets.
— VI (5605). 1586-1589. — 324 feuillets.
— VU (5606). 1590-1595. — 278 feuillets.
— VIII (5607). 1596-1600. — 239 feuillets.
— IX (5608). 1601-1603. — 258 feuillets.
— X (5609). 1604-1606. — 235 feuillets.
— XI (5610). 1607-1608. — 242 feuillets.
— XII (5611). 1609-1610. — 265 feuillets.
— XIII (5612). 1611-1612. — 265 feuillets.
— XIV (5613). 1613-1614. — 293 feuillets.
— XV (5614). 1615-1617. — 291 feuillets.
— XVI (5615). 1618-1620. — 327 feuillets.
5616. Recueil de concordances, notes, etc., sur différents fonds des
manuscrits de la Bibliothèque royale.
Ancien fonds français (fol. ii) ; — Grands-Augustins (fol. 142); —
Baluze (loi. 19, 138 v», 184); — Barnabitcs (fol. 143); — Béthune
(fol. 97, 192 bis) ; — Bigot (fol. 189) ; — Blancs-Manteaux (fol. 144) ;
— De Boze (fol. i, 18); — Brienne (fol. 180); — Cangé (fol. 86 V);
— Capucins de Saint -Honoré (fol. i v°); — Carmes déchaussés
I
DU DÉPARTEMENT DES MANUSCRITS. ^0^
(fol. 145); — Carmes de la place Maubert (fol. 146); — Célestins
(fol. 147); - Chambre haute (fol. 194); — Golbert (fol. 31, \93Ms)',
— Déficit (fol. 184) ; — Delamarre /fol. 75) ; — De Mesmes (fol. 185) ;
— Drouin (fol. i, 18, 83, 86 v, 184); — Duchesne (fol. 83, 87); —
Émigrés (fol. 1); — Haudiquier(fol.84, 87 v); — Lancelot(fol. 136 6w,
137); — La Vallière (fol. 4); — Le Tellier (fol. 84 v, 86); — Louvre
(fol. 91 v°) ; — Maugérard (fol. 1) ; — Minimes (fol. 150) ; - Missions-
Étrangères (fol. 151); — Oratoire (fol. 153); — Manuscrits précieux
(fol. 157) ; — Récolements (fol. 184) ; — Ripaud (fol. ii) ; — Romans
mss. (fol. 175); — Saint- Germain (fol. 183); — Saint -Magloire
(fol. 148); — Saint-Martial (fol. 84, 88); — Saint-Martin (fol. 149);
— Sorbonne (fol. 154); — Supplément ancien (fol. m, 2); — Sup-
plément français (fol. i, ii) ; — Tersan (fol. ii) ; — Thévenot (fol. ii,
91, 184) ; — Mss. des Troubadours (fol. 167) ; —Versailles (fol. 8, 12,
91 V, 184); — Morel de Vindé (fol. n). — v et 215 feuillets.
5617. Inventaire de la Collection Anisson-Duperron, sur l'imprimerie
et la librairie (mss. français 22061-22193). — 118 fiches montées in-4".
5618. « Catalogue des manuscrits de feu M. l'abbé Baluze, acquis par
le Roy et transportés en sa bibliothèque au mois de septembre de
l'année mil sept cens dix-neuf. » (957 n°^) — Fol. 305. « Catalogus
diplomatum manuscriptorum. » — Fol. 529. « Catalogus collecta-
neorum v. c. Stephani Baluzii... » Armoires 1-7. — 555 feuillets.
Rel. parchemin, aux armes du Roi.
5619. « Catalogus codicum manuscriptorum bibliothecae Baluzianœ. »
Ire partie, Manuscrits; avec la concordance des numéros du Cata-
logue de la Bibliothèque du Roi. — 183 pages.
5620. Copie de la seconde partie du Catalogue des manuscrits de Baluze.
« Catalogus diplomatum et manuscriptorum. » — Page 169. Armoires
de Baluze. — 183 pages.
5621. « Catalogue des volumes, portefeuilles et autres manuscrits con-
tenus dans les Armoires du feu s"" Baluze, dressé par M. Boivin, en
l'année 1721 et 1722. » — 96 et 67 feuillets.
5622. « Bibliotheca Baluziana, sive catalogus bibliothecœ Stephani
Baluzii Tutelensis, » — Catalogues des Armoires : 1° dans l'ordre du
catalogue imprimé ; 2° dans l'ordre établi par Boivin. — 78 feuillets.
5623. « Dénombrement et description des papiers de M. Baluze, conte-
nus en sept armoires d'oii ils ont été tirés. » Avec notes de Mou-
chet. — Page 77. « Dénombrement des manuscrits de M. Baluze sui-
vant l'ordre et les numéros qui leur ont été donnés parmy les mss.
de la Bibliothèque du Roy. » — 89 pages.
5624-5627. Catalogue de la Collection Baluze (Armoires), par Mouchet
-102 NOUVELLES ACQUISITIONS
et Lalande. — 379 feuillets, in-S». — Table alphabétique, t. I, A-D ;
t. II, E-M ; t. III, N-Y. — 297, 335 et 345 feuillets.
5628. « Liste générale des titres de la table alphabétique des matières
contenues dans les Armoires de Baluze. » — 20 feuillets.
5629. Catalogue des manuscrits de Béthune. — En regard de chaque
article on a ajouté le numéro qu'il a reçu dans le Catalogue de 1682
(et le numéro actuel du fonds français). — 836 feuillets.
5630. « Catalogue des manuscrits de M. le comte de Béthune. Tome I. »
— Provient de la bibliothèque de Le Pelletier [Rosanbo]. — En tête
une table de la main de Boivin. — 270 feuillets.
5631-5632. « Catalogue des lettres originales contenues dans les manus-
crits de Béthune, » par J. Boivin (1717). — Copie de Buvat.
Tome I (5631). Listes chronologiques des lettres écrites par des
rois et reines de France. — Fol. 91. Catalogue alphabétique des
auteurs des lettres (A-K). — 332 feuillets.
Tome II (5632). Catalogue alphabétique (L-Z). —Fol. 279. « Lettres
écrites par des corps ou compagnies, villes, républiques, etc. » —
Fol. 315. « Lettres écrites par des anonymes, » par ordre alphabé-
tique des destinataires ; lettres anonymes « indiquées par la matière, »
etc. — 335 feuillets.
5633. Table alphabétique des pièces sans nom d'auteur contenues dans
les manuscrits de Béthune {Abbrégé-Certificat). — 30 feuillets.
5634-5635. Table alphabétique des pièces sans nom d'auteur contenues
dans les manuscrits de Béthune. Tome I, A-D; tome II, E-L. —
Copie de Buvat, avec notes et additions de J. Boivin. — 252 et
172 feuillets.
5636. « Notices des mss. de Béthune, faites et copiées par M. Maudon-
net, depuis le no 8427 jusqu'au n° 8639. » — 438 feuillets.
5637. « État des manuscrits de Béthune, classés dans l'ancien fonds
français, » par J. Quicherat (1843). — 25 feuillets.
5638. « Inventaire du cabinet du chevalier Blondeau » (1754). — Fol. 12.
« Inventaire du second cabinet du chevalier Blondeau. » Double
exemplaire (1758). — 23 feuillets.
5639. « Table générale alphabétique des surnoms, qualités des personnes
et dattes des titres pour les vingt premiers volumes des titres origi-
naux du cabinet du chevalier Blondeau de Charnage. » — 152 feuillets.
5640. « Table alphabétique des noms de familles pour la partie des
titres du cabinet du chevalier Blondeau de Charnage, intitulée :
Originaux et contracts... » (A-F). — 48 l'euillels.
5641. « Table alphabétique des noms de familles et des noms des sei-
DU DEPARTEMEM DES MANUSCRITS. -103
gneuries et autres titres concernans des droits de diverses commu-
nautés religieuses, pour servir à la partie des titres du cabinet du che-
valier Blondeau, intitulée : Originaux et contracts... » — 149 feuillets.
5642. « Table alphabétique des noms des familles de la partie des titres
[du cabinet du chevalier Blondeau], intitulée : Quittances... » —
107 feuillets.
5643. Minute de la table précédente. — 56 feuillets.
5644. « Table des 24 volumes des Meslanges du chevalier Blondeau de
Gharnage. » — 267 feuillets.
5645. « Table des seigneuries pour lesquels {sic) il y a des homages et
autres titres dans la partie distribuée en 24 portefeuilles, intitulés :
Contrats... » — 284 feuillets.
5646. a Table alphabétique des noms des familles pour servir à la par-
tie des titres, cottée Originaux et distribuée en neuf portefeuilles. »
— 55 feuillets.
5647. « Table des noms de familles contenus dans les quatre porte-
feuils {sic), cottes : Contrats de mariages, 1234... » — 14 feuillets.
5648. « Table alphabétique des noms de familles pour la partie des
titres distribuée en trois portefeuilles et intitulée : Montres. » —
40 feuillets.
5649. « Table alphabétique des noms des familles pour servir aux
cinq portefeuils, intitulés : Homages et dénombremens de plusieurs
seigneuries, avec des arrêts qui en confirment des droits. » —
24 feuillets.
5650. « Table de la partie des titres intitulée : Suplément d'homages,
et distribuée en 3 portefeuils... » — 13 feuillets.
5651. « Table pour les deux portefeuils cottes : Supplément à la partie
des Meslanges. » — 10 feuillets.
5652. « Table alphabétique des noms des familles pour servir à la par-
tie des Meslanges distribués en 23 portefeuils... de 1362 jusqu'en
1684. » — 61 feuillets.
5653. « Table de la quatrième partie des titres du second cabinet du
chevalier Blondeau de Charnage. Cette partie est intitulée : Qui-
tances... » — 25 feuillets.
5654. « Inventaire de la septième partie des titres originaux du second
cabinet... distribuée en 73 portefeuils... » — 107 feuillets.
5655. « Table des matières contenues dans la neuvième partie du second
cabinet... intitulée : Titres originaux pour servir à la généalogie et
à l'histoire... » — 87 feuillets.
^04 NOUVELLES ACQUISITIONS
5656. « Table des noms de familles contenus dans les quatre portefeuils
cottes : Contrats de mariages, 1, 2, 3, 4... » — 21 feuillets.
5657. « Table [alphabétique], 3e volume, depuis 1 jusqu'à 242. » — A
la fin : « Généalogie de la maison d'Ancenis. » — 154 feuillets.
5658. « Table alphabétique des noms de familles contenus dans la par-
tie du cabinet du chevalier Blondeau de Charnage... distribuée en
61 boëtes... » — 146 feuillets.
5659. « Table alphabétique des noms de familles contenus dans la par-
tie de la grande collection du chevalier Blondeau de Charnage, inti-
tulée : Meslanges pour l'histoire et la généalogie... » — 474 feuillets.
5660. « Table alphabétique des matières, » pour la même partie de la
collection. — 217 feuillets.
5661. « Suplément de table alphabétique des noms de familles, » pour
la même collection. — 5 feuillets.
5662. « Table alphabétique des noms des seigneuries et des noms des
familles contenus dans la partie des fiefs... » — 211 feuillets.
5663. « Inventaire général sommaire des titres concernans les fiefs qui
sont dans le cabinet du chevalier Blondeau de Charnage... » —
255 pages.
5664. « Inventaire de la colection {sic) de titres, tant originaux que
copies cûllationnées... de la province de Languedoc..., par le cheva-
lier Blondeau de Charnage. » — 88 feuillets.
5665. « Religionaires du royaume de France. Recueil d'arrêts du
Conseil d'État,... lettres patentes,... » (1674-1690), par Blondeau de
Charnage. — 5 feuillets.
5666. Inventaire alphabétique de la correspondance du président Bou-
hier, par N. de Wailly. (Mss. français 24409-24420.) — 44 feuillets.
5667. Catalogue des mss. et portefeuilles de M. de Boze donnés par lui
à la Bibliothèque du Roi en échange de livres imprimés. (Double
copie.) — 35 feuillets.
5668. Inventaire des cartons de la collection de Bréquigny, par Lalande.
— 376 feuillets.
5669. Catalogue sommaire des manuscrits de Brienne, intitulé : « Inven-
taire des mémoires de M. de Loménie. » — Sur le feuillet de garde,
en tête, cette note de Boivin : « Je croy que cet inventaire est celuy
dont se servoit M. de Loménie, avant que P. Du Puy luy eust dressé
celuy qui fait partie des 359 volumes couverts de maroquin, reliez
aux armes de Brienne. » — 51 feuillets.
5670. Catalogue détaillé des manuscrits de Brienne. (N^^ 1-340.) —
DU DÉPARTEMENT DES MANUSCRITS. 105
489 feuillets. (Provient de Foucquet ; aux armes de Leragois de Bre-
tonvilliers.)
5671-5673. « Table des livres manuscrits de la bibliothèque de M. le
comte de B[rienne], dans laquelle se voit sommairement tout ce qui
est contenu dans chasque livre. » Même catalogue que le précédent.
Tome I, n°s 1-124. 438 feuillets. — Tome II, no= 125-243. 167 feuil-
lets. — Tome III, nos 243-340. 173 feuillets. (Aux armes de Béthune.)
5674-5675. Catalogue des manuscrits de Brienne. Tome I, n°^ 1-198.
1041 pages. — Tome II, no^ 199-340. 1017 pages. (Provient de Lan-
celot, 1741.)
5676. Le même, intitulé : « Table des mss. de Brienne. » — 557 pages.
(Provient de Secousse.)
5677. « Copie de la table des mss. de Brienne, faite sur celle de Mon-
sieur Secousse » [pour Sainte-Palaye (?)]. — 297 feuillets et 639 pages.
5678. « Inventaire des manuscriptz de M. de Brienne, vol. II. [N^^ 102-
170.] — Ce ms. vient de feu M. de la Maugrie, conseiller d'Estat;
achepté le 11^ septembre 1696. Fr. Léonard de Sainte-Catherine de
Sienne, Augustin deschaussé... » — 292 feuillets.
5679. Répertoire alphabétique des mss. de Brienne. — 570 feuillets.
(Provient des Archives nationales, MM 955.)
5680. Autre répertoire alphabétique des mss. de Brienne. — 419 feuil-
lets. (Provient des Archives nationales, MM 956.)
5681. Tables de différents volumes de la collection de Brienne, intitu-
lée : « Tables de négociations et procès criminels qui se trouvent
dans la suitte des manuscriptz de Brienne... » — 123 feuillets.
5681 bis. Catalogue détaillé des manuscrits de Brienne (n^^ 1-358), par
l'abbé Gonidec, — 333 feuillets.
5682. « Catalogue des mss. provenant de la bibliothèque de M. de Gange,
remis par M. l'abbé Sallier à M. l'abbé de Targny, le 17 février 1736. »
Avec notes de l'abbé de Targny. — 158 feuillets.
5683. « Notice des mss. provenant de Gange. » Dans l'ordre des numé-
ros de l'ancien fonds français. — 37 feuillets.
5684. « Catalogue des manuscrits de J. B. P. G. Châtre de Cangé.
'; ÛGCXXX. » — 26 feuillets.
5685. Inventaire du fonds des Gartulaires, par M. L. Delisle.
Fol. 13. « Concordance entre les numéros du fonds des Gartulaires
et les numéros du fonds latin et du fonds français (nouvelles séries). »
— 21 feuillets.
5686. « Jurisdiction et jurisprudence de la Chambre des comptes, ou
Collection des ordonnances, édits, déclarations, arrêts et règlemens
'lOe NOUVELLES ACQUISITIONS
tant sur sa juridiction que sur chacune des matières de sa compé-
tence, à l'égard : 1° des droits honorifiques dus au Roi; 2° des enre-
gistremens de ses volontés; 3° de la manutention des finances dud.
sgr. Roy. » — Tables de la collection Clément de Boissy, mss. fran-
çais 10991-11082. — 73 feuillets.
5687. « Archives du Clergé. — Inventaires. — Inventaire général des
titres et papiers estans aux archives du Clergé de France au grand
couvent des Augustins de cette ville de Paris... » 1695. — Copie
moderne. — 31 pages.
5688. « Troisième armoire des assemblées du Clergé. Chapitre i^"". Des
procès-verbaux des assemblées générales du Clergé de France. » —
27 feuillets.
5689. Récolement des archives du Clergé de France (8 août 1730). —
38 feuillets.
5690-5691. « Catalogue des manuscrits de Mgr. de Coislin, évêque de
Metz, » par D. Bouquet. — 223 et 628 feuillets.
5692. « Catalogus librorum mss. bibliothecse Colbertinag, » par Baluze.
(Nos 1-6648.) Autogr. — 484 feuillets.
5693. Inventaire de la Collection des Cinq cents de Colbert. « Recueil
de cinq cens volumes concernans l'histoire de France depuis 1278
jusqu'en 1665. » — 139 feuillets.
5694. Notice de mss. sur les finances, provenant de Colbert, entrés à la
Bibliothèque en 1734, maintenant insérés au fonds des nouvelles
acquisitions françaises, nos 163-210. — 3 feuillets.
5695. Inventaire de la collection Doat; « notices et copies collationnées
de titres, etc., des provinces de Guyenne, Languedoc et pays de
Foix, » faites par ordre de Colbert. (N^s 7-258.) — 158 feuillets.
5696. Inventaire de la Collection des 182 de Colbert, « formée de pièces
copiées dans les archives de Flandres et collationnées par Denis
Godefroy. » (N»» 1-195.) — 130 feuillets.
5697. Mélanges de Colbert. — « Description sommaire de 41 paquets
aportés à la Bibliothèque du Roy, avec les mss. de M. Colbert, les-
quels paquetz contiennent des mémoires, traités..., dont plusieurs se
trouvent dans le recueil des 500 volumes de l'histoire de France des
mss. de M. Colbert. » (Double exemplaire.) — 87 feuillets.
5698. « Catalogue des Mélamjcs de Colbert, » par A. Giry.
Fol. 52. <( Recueil de 84 volumes in-folio, concernant les tailles et
taillon, les gabelles et autres impositions, depuis l'année 1661 jus-
qu'en 1668. » {Nos 177-260 des Mélanges de Colbert.)
Fol. 70. Suite des Mélanges de Colbert : Exécution du traité de 1659
dans les Flandres (nos 261-263) ; Trésor royal (nos 264-310); Bâtiments
DU DÉPARTEMENT DES MANUSCRITS. ^07
du Roi (nos 311-317) ; Maison du Roi (nos 318-328) ; Marc d'or (n»' 329-
343).
Fol. 88. « Dernier fonds de Golbert. » (Ane. suite de Mortemart.)
— 93 feuillets.
5699. Catalogue (incomplet) de la Collection Dangeau, — 106 feuillets.
5700. « Catalogue raisonné des manuscrits ou cartulaires historiques
du cabinet de feu M. l'abbé de Camps, abbé de Signy. » — Remis à
la Bibliothèque impériale (1810-1811). — 66 feuillets.
5701. « Notice des portefeuilles, boîtes et cartons, qui, lors de la Révo-
lution, ont été transportés du cabinet du citoyen Delacroix, généalo-
giste de l'ordre de Malte, à la Bibliothèque nationale, » par Mouchet.
(Cette collection a été rendue au possesseur.) — 12 feuillets.
5702. Catalogue des manuscrits de Philibert de La Mare (1719) ; avec
l'indication des numéros qu'ils ont reçus dans l'ancien fonds des mss.
de la Bibliothèque du Roi. — 26 feuillets.
5703. « Manuscrits de M. de La Mare, conseiller au parlement de Dijon.»
— 57 pages.
5704. Concordance des numéros du catalogue des mss. de Philibert de
La Mare et de ceux qu'ils ont reçus dans l'ancien fonds des mss. de la
Bibliothèque du Roi. — 23 feuillets.
5705. Concordance des numéros des manuscrits grecs, latins, français,
etc., de de Mesmes et des anciens numéros de la Bibliothèque du Roi.
— 29 feuillets.
5706. « Concordance des anciens numéros des manuscrits français,
italiens, etc., du président de Mesmes, avec les nouveaux numéros
assignés à ces mêmes manuscrits dans le catalogue de la Bibliothèque
nationale rédigé en 1729 et 1730. » — 8 feuillets.
5707. Liste des manuscrits anciens et modernes de M. l'abbé Drouin
(1734). Double exemplaire. — 5 feuillets.
5708. « Catalogue des manuscrits de feu M. l'abbé Drouïn,... mort au
mois de mars 1733, » par l'abbé de Targny. — 49 feuillets.
5709. « Recueils et papiers de feu M. l'abbé Drouin et de M. de Fan-
nière, contenus en seize paquets... » — 4 feuillets.
5710. Catalogue de la collection Droz, sur la Franche-Comté.
Fol. 60. « Notice sommaire du recueil de titres et papiers envoyés
par M. Droz au dépôt des chartes et de là transférés à la Bibliothèque
nationale, » par Mouchet.
Fol. 64. « Table des pièces contenues dans la collection de Franche-
Comté,... » par Champollion-Figeac. — 65 feuillets.
^08 NOUVELLES ACQUISITIONS
5711. Inventaire des « cinquante-neuf volumes du s^Duchesne » et des
« vingt volumes du nommé Haudicquer. » — 14 pages.
5712. « Catalogue des cinquante-neuf volumes du s"- Du Chesne et des
vingt volumes du nommé Haudiquer, remis à la Bibliothèque du Roi. »
Fol. 10. Catalogue des lettres de la collection Duchesne, par Boi-
vin. — 21 feuillets.
5713. Catalogue alphabétique des vies de saints contenues dans la col-
lection Duchesne. — 551 fiches reliées en 1 vol.
5714. Catalogue des mss. de la collection Dupuy. — Exemplaire origi-
nal, contenant le détail des mss. 1-798. — 901 pages. (Provient des
Archives nationales, MM 938.)
5715. « Catalogue des manuscrits de Monsieur Dupuy. » — Exemplaire
ayant servi aux ventes de 1720 et 1754, et donnant le détail des
mss. 1-958. — vu et 923 pages.
5716. 0 Catalogue des manuscrits de Monsieur Dupuy. » Volume 1-958.
— 1483 et 73 pages.
5717. a Catalogue des manuscrits de Monsieur Dupuy. » (Nos 1-777.)
— 826 feuillets.
5718-5719. « Inventaire des tiltres, Chartres, mémoires, discours et
autres pièces, soit originaux ou copies, contenues en 600 volumes
mss. appartenant à Monsieur Dupuy. » (Nos 1-606.) Avec tables. —
2 vol. de 381 et 397 feuillets.
5720. Autre exemplaire. — 716 feuillets.
5721. Catalogue des mss. de la collection Dupuy. (Nos 1-531.)
Fol. 262. Tables diverses.
Fol. 316. « Table des matières plus notables contenues ez registres
du Conseil du Parlement de Paris, depuis l'an 1378 jusques en
l'an 1627. »
Fol. 376. « Le cérémonial de la cour de Parlement. » Tables de
quatre volumes.
Fol. 384. « Catalogue des livres de M. Stella. » — 385 feuillets.
5722. Catalogue de la Suite de la collection Dupuy, tomes I à L ; avec
la concordance des numéros (6367-6416) attribués à ces mss. dans le
fonds français. — 3 feuillets.
5723. « Inventaire des quatorze volumes contenants divers recueils et
mémoires que M. Luillier, conseiller du Roy au parlement de Metz,
m'a laissés par son testament, avec la table des principales matières. »
(A la suite do la collection Dupuy.) Original de la main de J. Dupuy.
— 58 et 13 pages.
5724-5727. Catalogue détaillé d'une partie des volumes de la collection
Dupuy. — 376, 373, 373 et 301 feuillets.
DD DÉPARTEMENT DES MANDSCBITS. ^09
5728. « Table alphabétique des manuscrits de M''^ Dupuy. » — 436 feuil-
lets.
5729. « Table alphabétique des manuscrits de M" Dupuy. » — 604 feuil-
lets.
5730. Autre exemplaire. — 615 feuillets.
5731. « Catalogue des manuscrits et des cartes de Falconnet. » — 8 pages.
5732. « Inventaire de la bibliothèque de M. de Fontanieu, acquise par
le Roy, par contract du 27 aoust 1765. » (1766.) — 509 pages.
5733. « Inventaire fait par nous Jean Gapperonnier, garde de la Biblio-
thèque du Roi, de la bibliothèque de M. de Fontanieu, vendue au
Roi,... le 27 août 1765. » — 18 feuillets.
5734. « Etat des manuscrits de la bibliothèque de M. de Fontanieu,...
divisé en quatre parties. » — 54 feuillets.
5735. Acte de vente et inventaire de la bibliothèque de M. de Fonta-
nieu, vendue au Roi le 27 août 1765. — 51 feuillets.
5736. « Table générale du recueil de titres concernant l'histoire de
France tirés tant des anciens manuscrits que des mémoires originaux
et pièces fugitives du temps, par M. de Fontanieu, conseiller d'État. »
(Nos 1-881.) — 18 feuillets.
5737. Manuscrits et portefeuilles de Gaignières ; cabinet de d'Hozier.
— Inventaires, récolements, correspondance et pièces diverses rela-
tives à leur acquisition pour la Bibliothèque du Roi (1716-179..). —
311 feuillets.
5738. « Extrait de l'inventaire du cabinet de M. de Gaignières, donné
au Roi par acte du 19 février 1711, contenant ce qui a été remis à la
Bibliothèque de Sa Majesté, en exécution de l'arrest du Conseil d'État
du 6 mars 1717. » (I^os 1-2896.) — 14 et 237 pages.
5739. « Extrait de l'inventaire du cabinet de M. de Gaignières, donné
au Roy par acte du 19 février 1711, contenant les mss. et titres qui
regardent la noblesse, les armoriaux, et plusieurs mss. qui y ont
rapport. » — 43 feuillets.
5740. « Catalogue des manuscrits de Gaignières, qui ont été ou étoient
destinés à être placés dans le Cabinet des titres. » — 170 feuillets.
5741. « Notices des manuscrits de Gagnières, faites par l'abbé Gonidec. »
— Notices des nos 303 à 559, 13. — 957 pages.
5742. « Inventaire et analyse de la collection sur les finances, » formée
par Gênée de Brochot. — vni et 86 pages. (Rel. mar. r., aux armes.)
5743. « Registres du Parlement vendus au Roi par les maîtres des
requêtes. — Manuscrits vendus au Roi par feu M. Gênée de Brochot.
1789. » — Correspondance relative à la vente des mss. de Gênée de
^^0 NOUVELLES ACQUISITIONS
Brochot et à la copie des Registres du Parlement, provenant des
maîtres des requêtes, qui était entre les mains de Bertrand de Molle-
ville (1783-1789). — 22 feuillets.
5744. « Catalogue des manuscrits de Monsieur ** [Ghauvelin], » précé-
demment de Harlay. — Page 169. « Supplementum catalogi mss.
codicum. » — 174 et 47 pages.
5745. « Supplementum catalogi mss. codicum... domini Germani-
Ludovici Ghauvelin, régis administri... » — vm et 178 pages.
5746. « Catalogue des mss. de la bibliothèque de feu M^e Achilles de
Harlay, premier président du Parlement de Paris, passés depuis dans
la bibliothèque de feu messire Louis-Germain Ghauvelin, ancien
garde des sceaux, et actuellement dans la bibliothèque de l'abbaye
de Saint-Germain-des-Prés, à Paris. 1762. » — 394 pages.
5747. « Catalogue des manuscrits qui ont esté envoyez de Grosbois. »
— Catalogue de quelques mss. du président de Harlay. — 63 pages.
5748. Table alphabétique, par noms de personnes, de lieux et de matières,
d'une partie des manuscrits du président de Harlay. — 254 feuillets.
5749. a Dictionnaire historique et généalogique, ou inventaire général
par ordre alphabétique des noms des familles de la collection de titres
originaux du s"" Jault, généalogiste, demeurant rue Montmartre,
prèz celle du Mail, maison du s. Geoffroy Chandelier. » — 470 et
26 feuillets.
5750. « Suplément de l'inventaire général de la collection de titres ori-
ginaux du S"" Jault, généalogiste. » — 101 feuillets.
5751. « Catalogue des manuscrits que Lancelot a donnez à la Biblio-
thèque du Roi. » (1732.)
Fol. 29. « Concordances des anciens numéros des mss. de Lance-
lot avec ceux de la Bibliothèque du Roi. » — 39 feuillets.
5752. « Catalogue des manuscrits que le s'' Lancelot a donnez à la
Bibliothèque du Roy. » (Nos 1-187.) — 11 feuillets.
5753. Inventaire des « manuscrits de M. Laporte Du Theil, acquis au
mois de juillet 1815. » — 18 feuillets.
5754. « Manuscrits acquis à la vente de M. le duc de La Vallière, en
1784. j — 12 feuillets.
5755. « Relevé des manuscrits du duc de La "Vallière, acquis pour la
Bibliothèque du Roi, en 1783,.., » par Muuchet. — 19 feuillets.
5756. « Catalogue des manuscrits de la collection de M. Léchaudé
d'Anisy. — Normandie. (1859.) » — 4 feuillets et 211 pages.
5757. « Inventaire abrégé des manuscrits de M. l'abbé Le Grand, dont
les principaux sont sur l'histoire du roi Louis XI. (Mss. français 6960-
6990.) — 18 feuillets.
DU DÉPARTEMEIVT DES MANUSCRITS. iU
5758. Inventaire des « recueils de l'abbé Léonard. » (Mss. franc. 6309-
6336.) - 19 feuillets.
5759. « Inventaire des manuscrits, papiers et portefeuilles de feu
M. l'abbé de Louvois, bibliothécaire du Roy. »
Page 49. Double du précédent.
Page 109. « Inventaire abrégé et sommaire des manuscrits, papiers
et portefeuilles trouvés dans le cabinet de feu M. l'abbé de Louvois,
bibliothécaire du Roy, 1719, » par l'abbé de Targny. — 143 pages.
5760. Double du premier des inventaires du volume précédent. —
79 feuillets.
5761. « Catalogue des volumes, registres et cartons remis aux conser-
vateurs des mss, de la Bibliothèque nationale, par le citoyen Camus,
garde des Archives nationales, le 12 germinal an IX de la Répu-
blique. » — Archives de la chambre syndicale de la Librairie et
Imprimerie de Paris; catalogue rédigé par Mouchet; avec une con-
cordance des anciens et nouveaux numéros. — ii et 21 feuillets.
5762. Catalogue des « volumes manuscrits apportés du Cabinet du vieux
Louvre en la Bibliothèque du Roy, en l'année 1726. » (Double exem-
plaire.) — 21 feuillets.
5763. « Catalogue des livres doubles donnez et eschangéz par le Roy
avec d'autres de la bibliothèque de feu Mgr le cardinal Mazarin, fait
par nous M<= Pierre de Garcavy et M'' François de la Poterie, en con-
séquence de l'arrest du Conseil d'Estat du 12* janvier 1668... »
Fol. 142. « Catalogue des manuscrits de la bibliothèque de feu
Mgr. le cardinal Mazarin..., » par les mêmes. — 241 feuillets.
5764. 1. « Premier volume de despence, ou registre tant de la recepte
que de la despence faicte pour la bibliothèque de Mgr. l'Éminentis-
sime cardinal Mazarin, depuis le xv aoust 1643. » (1643-1646.) —
36 feuillets.
2. « Inventaire des livres mis en la bibliothèque de Mgr. l'Emi-
nentissime cardinal Mazarini, depuis le v aoust M DG XLIII, qu'il
achepta celle de M* De Cordes, pour le prix de xxii"^ livres. » (1643-
1644.) — 62 feuillets.
3. « Estât des relieures depuis l'an 1643. » — Ces trois parties sont
tout entières de la main de G. Naudé. — 38 feuillets.
4. « Extraict du testament de M»" Naudé » (fol. 39).
5765. « Continuation des livres acheptez pour la bibliothèque » du
cardinal Mazarin, par G. Naudé.
Fol. 32. « Livres doubles... changez contre d'autres. »
Fol. 38. « Livres donnez depuis le commencement de l'année 1648. »
— Ces trois parties sont de la main de Naudé.
Fol. 41 et 57. « Livres rendus par Annet » Morlon (1654), etc.
U2 NOUVELLES ACQUISITIONS
Fol. 53. « Mémoire des livres les plus curieux que peut avoir
M"" Naudé de la bibliothèque de Son Éminence. » (Double ex.)
Fol. 58. « Pour le restablissement de la bibliothèque de Son Émi-
nence, » etc.
Fol. 62. « Rolle des manuscrits arabes et syriaques; » suivi de plu-
sieurs listes de livres imprimés et manuscrits de la bibliothèque du
cardinal Mazarin, dont la dernière est de la main de G. Naudé. —
81 feuillets.
5766. Catalogue d'une partie des chartes de la collection Maugérard. —
347 analyses de chartes rédigées par G.-B. Hase.
5767. Catalogue des mss. de la collection Meinières, aujourd'hui nos 7557.
7574 du fonds français. — 18 feuillets.
5768. « Collection de manuscrits précieux d'environ 2,000 volumes
provenant de la bibliothèque de M. le président de Meinières. » —
9 feuillets.
5769. « Catalogue des manuscrits des sieurs Mezeray et Le Fèvre de
Chantereau, avec lesquels se sont trouvé meslées plusieurs pièces
venues d'ailleurs. » — 36 feuillets.
5770. Catalogue de manuscrits de Morel de Vindé. — 29 feuillets.
5771. Catalogue des « manuscrits acquis de M. le duc de Mortemart,
en 1819, » et de la Suite de Mortemart. — 14 feuillets.
5772. Catalogue des n manuscrits du collège de Navarre, qui n'ont pas
été transportés à la Bibliothèque impériale, » par Parquoy. —
27 feuillets.
5773. « Catalogue des manuscrits de l'église [Notre-Dame] de Paris.
M DCC LI. » — 85 pages.
5774. Inventaire alphabétique de la correspondance d'Oberlin. (Mss.
allemands 192-204.) — 20 feuillets.
5775. Inventaire des cartons contenant les papiers et mss. théologiques
de Louis, duc d'Orléans, fils du Régent. (Mss. français 6278-6308.) —
49 feuillets.
5776. « Notice de la collection de Registres du Parlement provenant de
Lamoignon et acquise du libraire Magimel, en 1801, » par Mouchet.
— 32 feuillets.
5777. « Notes de Mouchet sur différentes collections d'extraits de
Registres du Parlement et de Registres des Conseils, transportées à
la Bibhothèque nationale. » — 53 feuillets.
5778. Catalogue analytique d'une partie de la correspondance de Peiresc,
par Lalande. (Mss. français 9535 et suiv.) — 294 feuillets.
5779-5786. Catalogue des manuscrits du Résidu Saint-Germain. Cata-
logue, tome I. Paquets 1-35. — II. 36-93. — III. 94-120. —IV. 121-
170. — 36G, 341, 367 et 366 feuillets.
DU DÉPARTEMENT DES MAXUSCRITS. -US
Table alphabétique, tome I. A-G. — II. D-J. — III. L-P. — IV.
Q-Z. — 359, 286, 313 et 310 feuillets.
5787. « Liste par ordre alphabétique des titres sous lesquels peuvent se
trouver les pièces contenues dans les manuscrits Résidu de Saint-
Germain. » — 24 feuillets.
5788. « Gatalogues du Résidu des manuscrits de l'abbaye de Saint-
Germain-des-Prés, rédigé d'après les feuilles détachées qui ont
accompagné l'envoi, » par Mouchet. — 48 feuillets.
5789. 1. « Gatalogue des livres reliés du Résidu de Saint-Germain. » —
16 feuillets. — 2. « Résidu de Saint- Germain. Concordance des
paquets avec les cartons. » — 12 feuillets,
5790. Catalogue des manuscrits grecs du Résidu de Saint-Germain. —
. 42 feuillets.
5791. « Concordance des numéros de Ripaut avec les numéros du Sup-
plément. » — 9 feuillets.
5792. « Catalogi manuscriptorum codicum qui in bibliotheca monasterii
S. Germani a Pratis anno Domini 1677 reperti sunt. — Primus mss.
codicum ordinem et omnia in eis contenta exhibet. Secundus eodem
omnia ordine alphabetico digesta représentât. Tertius mss. codicum
quantitatem seu amplitudinem, et scripturœ setatem indicat. » —
468 pages.
5793. « Saint-Germain-des-Prés. — Notice de plusieurs mss. du grand
fonds, par Lémerault, bibliothécaire, mort en 1756. » — 21 feuillets.
5794. Bordereau des manuscrits de Saint-Germain-des-Prés, transpor-
tés à la Bibliothèque nationale en l'an IV (1795-1796). — 51 feuillets.
5795-5796. « Gatalogue des manuscrits de la ci-devant abbaye de Saint-
Germain-des-Prés, » par Dom Poirier.
I. Mss. latins. (N^^ 1-1643.) — II. Mss. français. (N<>^ 1-2799.) —
100 et 165 feuillets.
5797. Catalogue des manuscrits du fonds français de Saint-Germain, dit
Découpures. — 143 feuillets.
5798. Gatalogues des « manuscrits de Saint-Germain-des-Prés, fonds
de Harlay, » et « fonds dit de Gesvres, » par Dom Poirier. —
69 feuillets.
5799. Concordances des numéros des trois catalogues des mss. de Saint-
Germain-des-Prés. (Incomplètes.) — 28 feuillets.
5800. « Inventaire des Portefeuilles de Secousse. » — 19 feuillets.
5801. Table alphabétique de la « Correspondance du chancelier Séguier. »
(Mss. français 17367-17412.) — 45 feuillets.
5802. « Catalogue des manuscripts vendus au Roy par M. Mégret de
Sérilly, au mois d'avril 1748. » — 154 feuillets.
^894 8
UÂ NOUVELLES ACQDISITIONS DES MANUSCRITS.
5803. « Inventaire sommaire des manuscrits composant le Supplément
français. » (N^^ 1-2319.) — 70 feuillets.
5804. « Notices des liasses, cartons, portefeuilles, manuscrits reliés,
etc., » provenant de l'abbé de Targny. — 67 feuillets.
5805. Catalogue des manuscrits et papiers de l'abbé de Targny. —
20 feuillets.
5806. « Gatalogus manuscriptorum domini de Targny. » — 12 feuillets.
5807. Catalogue de « livres apportés du palais des Tuilleries en la
Bibliothèque du Roy en l'année 17[29] ; » par l'abbé de Targny. —
16 feuillets.
5808. Catalogue de « volumes manuscrits apportez de Versailles en la
grande Bibliothèque du Roy à Paris, en l'année 1729, » par l'abbé
de Targny. — 50 feuillets.
5809. Doubles, mis au net, des deux catalogues précédents de Versailles
et des Tuileries. — Feuillets 20-45.
5810. Table chronologique des titres recueillis par Dom Villevieille.
(xie-xvni" siècles.)
Fol. 114. « Table alphabétique et chronologique des noms men-
tionnés dans la collection de titres originaux étant au Cabinet de
l'abbé de Villevieille à Paris. » — 147 feuillets.
5811-5812. « Relevé des manuscrits à peintures et ornements des anciens
fonds latins et français de la Bibliothèque nationale, » par le comte
de Bastard. — « Mss. ayant appartenu à des souverains français et
étrangers, » princes, abbayes, etc. — « Manuscrits datés. » —
Reliures remarquables. — 288 et 371 feuillets.
5813-5814. « Catalogue des miniatures des manuscrits latins de Paris, »
par Henri Bordier. (18G3.) — xxxni-677 et 315 pages.
Nos 1-2005 seulement des mss. du fonds latin de la Bibliothèque
nationale. — Le second volume est en grande partie composé de
notes diverses plus étendues sur des mss. à peintures de Paris et
d'autres bibliothèques. — Calques et reproductions de peintures dans
les deux volumes.
5815. « Spécimen d'une table alphabétique de l'ornementation des
manuscrits, comprenant le dépoLiilleraent des deux mille premiers
numéros du fonds latin de la Bibliothèque nationale, par II.-L. Bor-
dier. » (1870.) — 89 feuillets.
H. Omont.
fA suivre.)
LA
CHAMBRE DES COMPTES
DE PARIS.
NOTICE ET ÉTAT SOMMAIRE DE 3363 REGISTRES DE COMPTABILITÉ
DES XVIle ET XYIII^ SIÈCLES
VERSÉS AUX ARCHIVES NATIONALES EN 1889.
Au commencement de l'année 1889, un heureux hasard me
permit d'avertir M. le garde général des Archives nationales que
la Gourdes comptes se proposait, faute de place, de réformer, me
disait-on, un certain nombre d'anciens registres pourvus de signa-
tures royales. Sur la recommandation de M. Servois, j'obtins de
M. le premier président de la Cour des comptes l'autorisation de
pénétrer dans le pavillon de Marsan, où s'entassent les dossiers
de la comptabilité moderne. Quel ne fut pas mon étonnement, en
me trouvant en face d'une masse considérable de registres qui
provenaient tous de l'ancienne Chambre des comptes ! Après avoir
procédé sur place, avec l'aide de M. E. Lelong, archiviste à la
section administrative, à la reconnaissance sommaire de quelques
centaines de registres, l'importance de ce fonds ayant été démon-
trée, le transport aux Archives nationales fut décidé d'accord
avec la Cour des comptes, qui voulait bien s'en dessaisir en notre
faveur. Il s'opéra au mois de mai et n'exigea pas moins de quatre
grandes voitures.
Quelques mots sur l'origine de cette collection. Des déclarations
tant de M. Corneille, greffier en chef de la Cour des comptes, que
de MM. Aniéré, garde des archives, et Lamotte, son successeur,
il résulte que ces registres faisaient partie des épaves sauvées de
l'incendie des archives de la Cour des comptes, rue de Lille, en
1871. Ces documents, conservés avant 1870 dans l'étage en
Uiy LA CHAMBRE DES COMPTES DE PARIS.
attique du bâtiment des archives de la Cour, ont été jetés par les
fenêtres lors de l'incendie allumé par les hommes de la Commune
et couverts d'eau par les pompes, ce qui exphque que beaucoup
de ces registres sont en partie moisis ou détériorés. Recueillis
après le désastre, ils passèrent quelque temps dans les caves du
Palais-Royal, où siégeait alors la Cour, puis ils furent transpor-
tés au pavillon de Marsan.
L'examen et le classement de ces registres faits en 1889 et 1890,
conformément à l'engagement qui avait été pris vis-à-vis de la
Cour des comptes, ont montré que tous concernent l'ancienne
comptabilité de la France. Sauf un registre du xvf siècle, ils
sont tous des xvn'' et xyiii*^ siècles. Ils concernent toutes les pro-
vinces de France et furent remis jadis par les administrations
financières du royaume à l'ancienne Chambre des comptes, qui
était chargée de vérifier leur comptabilité.
Mais, avant de faire connaître les éléments divers de cette col-
lection et le classement que nous avons cru devoir lui donner,
il n'est pas hors de propos de rechercher comment ces registres
ont été conservés jusqu'à nos jours et comment ils ont été sépa-
rés du reste des archives de la Chambre des comptes.
Ces documents, qui peuvent être considérés comme les derniers
restes de la comptabilité de l'ancienne monarchie, ont été signa-
lés il y a quelques années par un érudit à qui rien n'échappe de
l'histoire financière de la France. A la fin de la savante notice
qui précède les Pièces justificatives pour servir à l'histoire des
P. P. de la Chambre des comptes (p. cxlii), M. de Boislisle men-
tionne comme sauvés de l'incendie de 1871 quelques centaines de
registres des parties casuelles et du contrôle général des finances.
Ces volumes, entrevus parle savant chercheur, forment bien une
partie de ceux que les Archives viennent de recueillir.
Eu examinant les dates initiales de plusieurs séries de registres,
on peut se demander comment il se fait que ces registres com-
mencent presque tous en 1759 ^ La raison s'en trouve dans les
suppressions opérées à la fin de l'ancien régime et pendant la
période révolutionnaire. Dès avant 1789, pour remédier à l'en-
combrement de ses dépôts, la Chambre des comptes avait obtenu
des lettres patentes du 9 juin 177G qui l'autorisaient à faire le
1. Voyez notamment les étals de finances et les états au vrai, ceux des maré-
chaussées et du tailloii, le contrôle du prêt et annuel, etc.
7.
LA CHAMBRE DES COMPTES DE PARIS. ^^7
triage des acquits antérieurs à 1720. Après l'enregistrement de
ces lettres patentes en 1778, la commission chargée par la Chambre
de surveiller ces opérations reçut l'ordre de porter jusqu'en 1750
la suppression des comptes jugés inutiles et de toutes les quit-
tances et pièces accessoires ^ Le Bureau de comptabilité, défini-
tivement organisé par décret des 8-12 février 1792, continua les
suppressions déjà commencées. Parmi elles, on mentionne « des
états au vrai, des états de finances, 3,612 registres du contrôle
général antérieurs à 1759 2. » Les autres furent conservés pro-
bablement parce que l'examen de cette comptabilité n'était pas
encore terminé.
M. de Boislislea expliqué comment beaucoup de ces documents
sauvés par le Bureau du triage des titres arrivèrent aux Archives
nationales. En l'an VIT, notamment, les Mémoriaux et presque
toutes les collections du grefi'e sont reçus par le garde Cheyré,
tandis que les documents de pure comptabilité périssaient. En
1808, la Cour des comptes rendit aux archives de l'Empire les
comptes des domaines et bois, qui, après triage, forment aujour-
d'hui les n°^ P 291 4-2997^
Les registres dont nous nous occupons aujourd'hui forment la
suite nécessaire et le complément de ceux qui sont depuis l'an VII
conservés au palais Soubise.
Il nous reste à faire connaître l'importance de ce nouveau fonds,
à indiquer brièvement les différentes catégories de documents qui
le composent et l'utilité que chacune d'elles peut présenter aux
travailleurs.
La plupart de ces documents provenant du Contrôle général
des finances, nous avons pensé qu'il était naturel de prendre
pour cadre de classement les attributions mêmes du Contrôleur
général^. Or, d'après les lettres de commissions de Contrôleur
1. De Boislisle, loc. cit., p. cxxviii.
2. Ibidem, p. cxxxvii.
3. Voir, aux Arch. nat., un état spécial dans M 719, n" 25.
4. Il ne faudrait pas se méprendre sur le sens de ces mois Contrôle général
et Contrôleur général des finances. On sait que, depuis 1661, la charge de
surintendant général ayant été supprimée, ses attributions furent données à
Colbert, qui prit le titre de Contrôleur général des finances, dont il avait acquis
roûice. Ce titre fut conservé par tous ceux qui dirigèrent l'administration de
nos finances jusqu'en 1789. Mais il y eut, depuis 1631, au-dessous du contrô-
leur, d'abord quatre, puis deux commis, sous le nom de « gardes des registres
du Contrôle général des finances. » Ils subsistèrent, sauf quelques intervalles,
^-18 LA CHAMBRE DES COMPTES DE PARIS.
général des finances accordées à Claude Le Pelletier eu 1683,
cet officier avait pour mission de contrôler :
1° Toutes les quittances, mandements, rescriptions du Trésor
royal ;
2° Du trésorier des revenus casuels ;
3" Le prêt des officiers ;
4° Le droit annuel et autres deniers dont ils font la recette ;
5° Le marc d'or ;
6^ Les quittances de finance pour les ventes du domaine ;
T Les offices domaniaux ;
8° Les taxes et restitutions, et toutes autres quittances;
9° Les commissions pour la levée des tailles et autres imposi-
tions, lettres patentes, octrois, dons, acquits-patents, rembour-
sements, etc.^
C'est pourquoi les registres portent généralement ce titre :
« Registre du Contrôle général des finances des quittances du
trésorier des parties casuelles, » ou « des mandements et quit-
tances de l'épargne, » ou bien « des acquits-patents, pen-
sions, etc. » Un double et quelquefois un triple de ces divers
registres était établi pour être envoyé à la Chambre des comptes.
C'est en suivant ce cadre que nous avons classé les 3,363 re-
gistres ou liasses dont se compose le versement fait par la Cour
des comptes, dans un ordre dont nous allons maintenant essayer
de donner une idée.
Après un inventaire des quittances des offices expédiées aux
parties casuelles, daté de 1579 (le seul registre du xvi^ siècle que
renferme notre fonds), viennent les registres des quittances du
trésorier des parties casuelles, au nombre de 249; puis les
registres des revenus casuels perçus pour les nouvelles créations
jusqu'en 1788. (Voir l'Almanach royal.) C'est à ces officiers que fut remis le
coiilrole des quittances qui était dans les attributions primitives du Contrôleur
général; ils avaient sur ce point les mêmes droits qu'avait eus le Contrôleur
lui-même. C'est chez eux que l'on portait les quittances k vérifier, et ils devaient
fournira la Chambre des comptes les doubles des registres qu'ils avaient tenus.
(Voir Arch. nat., P2il7, p. 741.) Ce sont ces registres dont nous avons à nous
occuper ici. On trouve dans les Mémoriaux les arrêts et lettres patentes rela-
tifs à l'établissement et aux fonctions des gardes des registres du Contrôle.
Voir notamment P 2374, p. 8G7, 809; 2336, p. 121; 2420, p. 745; 2502, p. 65;
2366, p. 157 ; 2418, p. 185; 2514, p. 4 et 7.
1. De Roislisie, Correspondance des contrôleurs généraux des finances, t. I,
1874, App., p. 542.
LA CHAMBRE DES COMPTES DE PARIS. M9
OU les suppressions d'offices, etc. (48 reg.) ; les augmentatioiis
de gages et leur contrôle (87 reg.) ; les acquits-patents et pen-
sions {\.d reg.) ; les mande7nents et quittances du trésorier
de l'Épargne (69 reg.) ; les quittances de son successeur le garde
du Trésor royal, importante suite de 169 registres, mentionnant
toutes les recettes effectuées par le comptable et indiquant quel-
quefois les dépenses sous forme de mandements.
Nous passons aux taxes diverses et d'abord aux taxes sur les
offices. Tous les offices royaux y sont représentés (notaires, huis-
siers, greffiers, maires, etc.). A la suite viennent les Finances
d'offices classées dans l'ordre alphabétique des noms des offices
(auditeurs des comptes, arpenteurs, artillerie, avocats du roi, etc.)
(127 reg.); ils sont suivis des registres des Finances d'offices
municipaux, relatifs surtout à la ville de Paris, à la Lorraine
et enfin aux greniers à sel (61 reg.). On y trouvera des rensei-
gnements certains pour l'entrée en fonctions d'un grand nombre
de possesseurs d'offices. Nous avons réservé pour la fin les Offices
des tailles, ceux de greffiers des rôles des tailles, commissaires-
contrôleurs, trésoriers des tailles, etc. (162 reg.).
Nous arrivons aux taxations des officiers. Les registres du
contrôle du Prêt et de l'Annuel, au nombre de 299, renferment
une multitude de noms de magistrats. Le contrôle du Centième
denier fait suite chronologiquement à celui de l'annuel, auquel
il donne son nom vers 1780. Les quittances de cette taxe ne rem-
plissent pas moins de 317 registres, dans lesquels abondent les
noms de personne. Il faut encore ajouter à cette catégorie les
quittances du Marc d'or, autre taxe sur les offices qui était aussi
payée pour dispense d'âge et d'alliance en vue du mariage
(17 reg.).
Les Arts et inétiers fournissent un contingent de 93 registres.
Ce sont des finances de maîtrises ; des droits payés pour entrer
dans les six corps de métiers; des droits annuels, des finances
d'offices des maîtrises (inspecteurs, contrôleurs, auditeurs des
comptes), et enfin des taxes pour l'hérédité des offices des arts et
métiers, etc.
Les produits du Domaine sont consignés dans 15 registres,
qui concernent la vente et revente du domaine royal, les nouveaux
acquêts, la taxe des boutiques du Palais à Paris, etc.
Enfin, sous le nom de Revenus divers, nous avons groupé
40 registres, parmi lesquels nous signalerons les quittances des
^20 LA CHAMBRE DES COMPTES DE PARIS.
revenants-bons, les droits de quittances et levées de deniers extra-
ordinaires ; et nous terminerons cette longue nomenclature par
la mention de 14 registres fort intéressants, qui, sous le nom de
Contrats, renferment la copie des actes et titres translatifs de
propriété et des contrats d'échange soumis au contrôleur géné-
ral des domaines de la généralité de Paris, de 1706 à 1738.
Une seconde partie, et non la moins importante de la collec-
tion, se compose d'une suite de 800 registres intitulés : États
des finances, et quelquefois États du roi, classés par généra-
lités. Ce sont les états signés par le roi, au Conseil royal des
finances, et qui donnent exactement, année par année, le compte
des recettes et des dépenses de chaque généralité depuis 1759
(1750 pour celle de Paris) jusqu'en 1790, Les états des finances
servaient aussi à dresser les Etats au vrai, qui étaient présentés
au roi par les receveurs généraux des finances de la généralité.
Ceux-ci contenaient en plus les recettes et dépenses extraordi-
naires. A partir de l'année 1781, les états de finances ne com-
mencent plus qu'à la partie de l'état consacrée aux charges et
portent le titre de : État de distribution des gages. Quelle que
soit leur désignation, ces états offrent le plus grand intérêt pour
l'histoire financière de la France pendant la seconde moitié du
xv!!!*-' siècle ; c'est là seulement qu'on peut trouver les renseigne-
ments officiels sur les revenus et les charges de chaque province
et par suite du royaume presque entier. Ce genre de documents,
sauf quelques états relatifs à la Lorraine qui se trouvaient dans
la série H et que nous avons réunis à la série P, manquaient
totalement aux Archives nationales ' . A la suite de chaque géné-
ralité, on trouvera des états et des rôles relatifs à la taille, aux
vingtièmes et à la capitation, qui peuvent servir à résoudre
diverses questions sur la population et la richesse de la France.
Nous avons joint à cette partie du nouveau fonds (parce qu'ils
sont rédigés dans la même forme que les précédents), 17 registres
des Etats des maréchaussées et 16 registres des États du tail-
lon ou ordinaire des guerres, établis également par recette et
dépense pour cliaque généralité.
1. Sauf doux états de 1787 et 1788 (Z"" 1068). Des collections plus ou moins
complètes de ces états se trouveut, sous la série C, dans les archives des
départements qui ont eu autrefois des Bureaux des finances et notamment dans
les suivants : Cher, Côte-d'Or, Gironde, ludre-ct-Loire, Moselle, Rhône, Seine-
Inférieure, Vienne, Haute- Vienne.
LA CHAMBRE DES COMPTES DE PARIS. ^ 21
Enfin la troisième et dernière partie de notre collection se
compose des registres des Rentes qui devaient aussi être présen-
tés à la Chambre des comptes. Ces registres, au nombre de 515,
renferment les quittances qui constataient le versement du capital
de la rente et créaient un titre au rentier. Ils se divisent en rentes
de la Tontine, qui étaient naturellement viagères; en rentes
viagères proprement dites, soit sur la ville de Paris, soit sur les
tailles, et enfin en rentes perpétuelles. On y trouve également
les reconstitutions de rentes, qui consistent dans l'établisse-
ment « d'un titre nouvel » correspondant à ce que nous appelle-
rions aujourd'hui une mutation ou un transfert ; enfin les inté-
rêts pour remboursement d'offices, c'est-à-dire les rentes que
l'État s'engageait à servir pour n'avoir pas à rembourser le capi-
tal des oflîces supprimés. Il n'est pas inutile de faire remarquer
que, dans les titres des tontines, on a transcrit les noms des titu-
laires de la rente, de leur femme, de leurs enfants et petits-
enfants, avec l'âge des enfants. Pour les rentes viagères, l'acte
énonce l'âge de la partie prenante, et, si c'est une femme, la plu-
part du temps l'acte indique le nom du mari. Pour les rentes de
la loterie et les autres, il n'y a pas l'âge, mais seulement les noms,
qui font totalement défaut dans les registres de rentes au porteur.
Les détails que nous venons de donner permettent d'apprécier le
degré d'utihté de ces diverses catégories de registres et le parti
qu'on en peut tirer. Sauf deux registres relatifs à des rentes per-
pétuelles du xvif siècle, tous les autres sont du xvni" siècle.
Tel est l'ensemble, telles sont les diverses parties de cette
importante collection dont les Archives nationales viennent de
s'enrichir. Elle a trouvé naturellement sa place à la suite de
l'ancien fonds de la Chambre des comptes, à laquelle elle a man-
qué trop longtemps. Inutiles depuis longues années pour la comp-
tabilité publique, exposés même à être égarés et détruits parmi
les papiers modernes, comme ils ont failli l'être en 1871, ces
documents, réunis à nos Archives nationales, pourront servir à
éclairer non seulement l'histoire financière du xviii® siècle, mais
bien des points encore obscurs de l'organisation administrative
de la monarchie à la même époque ; tous ceux qui s'occupent de
la biographie des diverses classes de la société française pendant
la même période, noblesse, magistrature, bourgeoisie, gens de
commerce ou de finance, les consulteront avec profit. Nous nous
estimons heureux d'avoir pu contribuer à leur conservation, et nous
122 LA CHAMBRE DES COMPTES DE PARIS.
devons le succès de nos efforts à la haute intervention de M. Beth-
raont, alors premier président de la Cour des comptes, et de son
successeur M. Humbert, qui, sur la demande de M. Servois, garde
général des Archives nationales, ont bien voulu consentir que ces
documents fussent versés au palais Soubise, où, étant classés et
inventoriés, ils seront accessibles à tous les travailleurs*. En
attendant la publication du Répertoire numérique de la Chambre
des comptes, actuellement sous presse, nous avons pensé qu'il
serait utile d'attirer l'attention des érudits sur ce supplément
notable ajouté à la série P des Archives nationales, et, pour faci-
liter les recherches, nous donnons ci-dessous l'état sommaire de
nos 3,363 articles.
A. Bruel.
Registres de comptabilité verse's aux Arcdives x\atioxales par la
Cour des comptes, et place's dans la série P. (3,3()3 articles, dont
3,'f03 registres et 260 liasses.)
I. Registres provenant du Contrôle général des finances.
3027-3271). Quittances du trésorier des parties casuelles, -1579-1668.
3280-3328. Quittances du receveur des revenus casuels, -1660-1700.
3329-3417. Quittances des taxes pour augmentations de gages, 1635-
1788.
3418-3437. Acquits-patents et pensions, 1629-1774.
3438-3309. Mandements et quittances du trésorier de l'Épargne,
1629-1665.
3510-3358. Quittances du garde du trésor royal, 1663-1701.
3359-3570. Quittances du garde du trésor royal pour les débets,
1701-1713.
3571-3574. Quittances du garde du trésor royal pour les amendes,
1667-1679.
3575-3666. Quittances du garde du trésor royal (suite), 1702-1791.
1. Nous devons adresser ici nos respectueux remerciements à M. Corneille,
greffier en clicf de la Cour, MM. Lamotte, garde des archives, et Liénarl, sous-
ciiet', pour la courtoisie et la bienveillance avec laquelle ils ont facilité notre
tâche. Nous n'aurions garde d'oublier le concours empressé qui nous a été
donné, dès le début de cette négociation, par notre sympathique et dévoué
confrère et ami M. G. de Senneville, conseiller référendaire à la Cour des
comptes.
LA CHAMBRE DES COMPTES DE PARIS. ^ 23
3667-3747. Quittances du garde du trésor royal et ensuite du tré-
sorier des revenus casuels intitulées : Affaires de différentes
natures, etc., ^03-4789.
3748-3858. Quittances de taxes sur les offices et places, ^ 628-1 7^1 3.
3859-3999. Finances d'offices, ^628-^782.
4 000-4 06^. Finances d'offices municipaux, 'i63^-^79^.
4062-4'! 76. Finances d'offices des receveurs et des greffiers des rôles
des tailles, 'l 629-^1 79^
4177-4206. Rachat des boues et lanternes de Paris, n08-n90.
4207-4213. Don gratuit des villes, 1760-1784.
4214-4216. Taxations diverses des offices de finance et autres, 1696-
1 757.
4217-4228. Sixième et huitième deniers, 1685-1790.
4229-4253. Annuel et prêt (Quittances du rachat), 1634-1780.
4254-4554. Contrôle de l'annuel et du prêt par généralités, 1 759-1 771 .
4555-4871. Contrôle du Centième denier établi en 1772, 1773-1791.
4872-4888. Quittances du Marc d'or, 1629-1787.
4889-4977. Arts et métiers. Finances d'offices; contrôle des trois
quarts des maîtrises; taxes diverses, 1691-1790.
4978-5029. Domaine. Quittances de taxes sur le domaine, sur les
nouveaux acquêts; pour confirmation et aliénation de domaines,
etc. Revenus divers : levées de deniers extraordinaires, etc., 1629-
1773.
5030-5043. Contrats. Contrôle des actes et titres translatifs de pro-
priété pour le contrôleur général du domaine de la généralité de
Paris, 1706-1738.
5044-5051. Contrôle général des quittances des receveurs généraux
des Domaines et bois de la généralité de Paris, 1708-1739.
II. États des finances par généralités.
5052-5074. I. Alençon, 1759-1790.
5075-5105. II. Amiens, 1759-1790.
5106-5133. m. Auch, 1759-1790.
5134-5135. IV. Rayonne (Pau et), 1770-1790,
5136-5170. V. Rordeaux, 1759-1790.
5171-5195. VI. Rourges, 1759-1790.
5196-5224. VIL Rourgogne (comté), 1759-1790.
5225-5238. VIII. Rretagne, 1759-1787.
5239-5271. IX. Caen, 1759-1790.
^24 LA CHAMBRE DES COMPTES DE PARIS.
5272-3298. X. Châlons ou Champagne, nSQ-nOO.
S299-5327. XL Dijon, n59-'l 790.
5328-5367. XII. Flandre, Hainaut et Artois, -1759-1790.
5368-5393. XIII. Grenoble, ^59-^79^.
5394-54 ^ 7. XIV. Limoges, -1759-^89.
54^ 8-5442. XV. Lorraine, n59-'l 790.
5443-5463. XVI. Lyon, 'l 759- 1790.
3464-5488. XVII. Metz et Alsace, -1 759-'! 79-1 .
5489•55^8. XVIII. Montauban, 1759•^79^ .
53^9-5538. XIX. Montpellier, -1759-1790.
5539-5557. XX. Moulins, ^1 760-1 790.
5558-5565. XXL Navarre et Béarn, -1770-1783.
5366-5591. XXII. Orléans, -1739-1789.
3592-5669. XXIII. Paris, -1 750-1 790.
5670-3688. XXIV. Poitiers, -1739-1789.
5689-5706. XXV. Provence, -1739-1789.
5707-5723. XXVI. Riom, 1739-1789.
5726-5744. XXVII. Rochelle (la), 1759-1789.
5745-3763. XXVIII. Rouen, 1759-1786.
3766. XXIX. Roussillon, 1771-1790.
5767-5785. XXX. Soissons, 1759-1785.
5786-5817. XXXI. Toulouse, 1759-1791.
5818-5838. XXXIL Tours, 1760-1791 .
5839-5841 . Diverses généralités, tailles, domaines et bois, 1 766-1 790.
5842-5858. Étals de la recette et dépense des maréchaussées, 1759-
1787.
5859-5874. États de la recette et dépense du taillon ou ordinaire des
guerres, 1759-1790.
III. Rentes.
5875-5932. Rentes de la tontine ou renies viagères, par classes, 1733-
1759.
5933-6110. Renies viagères sur la ville de Paris, à divers taux, sur
une ou plusieurs têtes; rentes sur les tailles, 1714-1787.
6111-6113. Loterie en rente perpétuelle, 1777.
6114-6313. Rentes perpétuelles, 1681-1789.
6314-6363. Rcconslilulions de rentes, 1713-1786.
6366-6389. Intérêts pour remboursement d'offices, 1720-1780.
LE STYLE GOTHIQUE
ET
LE DÉAMBULATOIRE DE MORIENVAL
A PROPOS DE DEUX ARTICLES DE M. ANTHYME SAINT-PAUL.
L'apparition d'un article de M. Anthyme Saint-Paul est tou-
jours une bonne fortune pour les archéologues, assurés qu'ils sont
d'y trouver à la fois des documents solides, d'ingénieuses déduc-
tions et des conclusions d'une grande portée scientifique.
La publication simultanée, au début de cette année, de deux
importants articles de l'éminent érudit ne peut qu'être très remar-
quée de tous ceux qui s'intéressent à notre art du moyen âge.
L'un de ces articles, publié dans le Bulletin monumental^,
porte un titre énigmatique : l'Innomée; l'autre est une Dis-
cussion archéologique sur les dates de V église de Morien-
val, donnée sous forme de lettre à M. le chanoine Miiller dans
les Mémoires du Comité archéologique de Sentis^, et éclaire
singulièrement la pensée qui a dicté le premier.
UInnomée, pour M. Anthyme Saint-Paul, n'est autre que
l'architecture gothique. Cette désignation, évidemment impropre
et qui a été une injure dans la pensée de ceux qui l'ont trouvée,
lui paraît inacceptable. Le terme ogival, au contraire, contre
lequel Quicherat protestait, lui semble très juste.
Il est vrai que l'adjectif « gothique » a été une injure, mais
cette idée défavorable a disparu, et le mot ogival, de son côté,
procède d'une double idée fausse. M. de Caumont, qui l'a popula-
risé, prétendait en effet trouver dans l'arc brisé la caractéristique
1. 6» série, t. VIII, 1893, a» 5.
2. T. VII, 3° série, année 1892, p. 49-58.
^26 LE STYLE GOTHIQUE
du stjle gothique, et, par le plus fâcheux des contresens, il don-
nait à cet arc le nom de l'arc ogive.
Ce n'est pas sans un sincère plaisir que l'on verra M. Anthyme
Saint-Paul renoncer enfin publiquement aujourd'hui à maintenir
cette dangereuse erreur de mots. Quant au critérium tiré de l'arc
aigu, on sait qu'il ne l'a jamais considéré comme absolu.
C'est pour cette raison même qu'il voudrait faire prévaloir le
mot ogival en le rapportant à la croisée d'ogives qui caractérise
selon lui le style gothique.
Il appartenait à une plume beaucoup plus autorisée que la
mienne de répondre à M. Anthyme Saint-Paul. Au moment où
ces lignes paraîtront, le comte R. de Lasteyrie aura déjà livré
à la publicité une apologie éloquente et bien difficilement réfu-
table de cet enseignement de Quicherat, qu'il continue en y
apportant sa grande part d'autorité et de découvertes nouvelles.
On ne saurait ajouter à cette réponse et l'on ne pourrait que répé-
ter moins bien ce qu'elle contient. Ceux qui ne l'auraient pas lue
conviendront du reste, sans peine, que le terme ogival s'applique
peu à bien des monuments gothiques, dépourvus d'ogives, et
moins encore à la sculpture, sur laquelle on ne sait quelle
influence aurait pu exercer l'ogive, et que le mot nervures n'est
qu'un terme générique s'appliquant à toutes sortes d'arcs ou
même de simples saillies.
M. Anthyme Saint-Paul propose le mot gallican pour rem-
placer le mot gothique. Ce mot, il est vrai, a le mérite d'indiquer
une origine française, mais un nouveau terme est-il nécessaire^?
1. L'adoption d'une nouvelle acception de mot, fût-elle graranialicaleraent
exacte, peut ùire désastreuse en matière scientilique. Par exemple le sens (un
peu conventionnel dans son exclusivisme) du mot Renaissance est très clair et
compris de tous; n'a-t-on pas tenté d'en changer l'acception par une fantaisie
qui, si elle était adoptée, emi)êcherait désormais ceux qui traitent de la Renais-
sance de se comprendre et ferait naître une foule de discussions ne portant au
fond que sur des mois? On pourrait aussi bien, d'accord avec la grammaire,
mais non sans nuire à la clarté de l'enseignement historique, détourner ou
étendre le sens de Révolution française, la France ayant eu bien des révolu-
tions politiques. Où seraient les bienfaits de cette révolution du langage?
Pour ne parler que d'architecture gothique, un éminent archéologue améri-
cain, M. Moore, a proposé en 1890 de réserver ce terme à un style gothique
parfait, absolu, très rare hors de l'Ile-de-France {Gothic architecture. Londres,
Macmillan, 1890, in-8"). Sa distinction est juste, sagace, scientifique et serait
digne de tout éloge s'il s'était borné à ajouter au même mot gothique divers
ET LE DÉAMBULATOIRE DE MORIEIVVAL. ^ 27
Il est vrai qu'il y a là une désignation ethnographique inexacte,
mais, si quelqu'un avait l'irrévérence de traiter cette objection
de chinoiserie, le sens de ce terme serait-il ambigu ?
Cependant les préoccupations de M. Anthyme Saint-Paul visent
plus haut qu'à cette question de terminologie : s'il approuve le
mot ogival, c'est que, selon lui, tout édifice pourvu d'ogives est
du style ogival ou gothique, et il rappelle que Quicherat a reconnu
que ce style « résulte » de l'emploi de la croisée d'ogives.
Cette proposition est parfaitement juste, mais, entre les expres-
sions résulter de et consister en, il y a un abîme. La première
exprime la doctrine de Quicherat, la seconde représente, je crois,
celle de M. Anthyme Saint-Paul.
Sans doute, la croisée d'ogives est une caractéristique essen-
tielle du style gothique, mais il semble excessif d'y voir sa carac-
téristique unique. L'auteur insiste sur la date relativement
récente des croisées d'ogives de Saint- Victor de Marseille et de
Moissac. Quant aux ogives plus archaïques de Morienval, il leur
consacre un article spécial et très intéressant.
Ce déambulatoire que Viollet-le-Duc a signalé, mais dont
Quicherat ne s'est pas occupé, a attiré l'attention depuis que le
comte de Lasteyrie l'a décrit et étudié dans son cours de l'École
des chartes comme le plus ancien exemple connu de voûtes sur
croisée d'ogives. M. Moore* et M. L. Gonse^ l'ont attribué
sans hésitation au xi® siècle dans leurs livres sur l'architecture
gothique.
Ce n'est pas au xi® siècle, selon M. Anthyme Saint-Paul, qu'il
faudrait rapporter ce célèbre morceau d'architecture. En effet,
ainsi qu'il l'établit très judicieusement, la nef et le bas de la tour
occidentale de Morienval, de même que les absidioles du tran-
sept, sont d'une date voisine de 1020 à 1040 ; les deux tours du
transept sont un peu postérieures (1060 à 1100), et le sanctuaire
adjectifs, tandis qu'une simple reslriclion au sens d'un mot connu gêne et
déconcerte.
1. C'est dans le livre que je citais plus haut que M. Charles-Herbert Moore,
professeur à l'Université de Cambridge (Massachussetts), a le premier publié
une étude écrite et une étude graphique également intéressantes du déambu-
latoire de Morienval. Je suis heureux de réparer ici l'erreur que j'ai commise
dans un récent article {V Architecture gothique en Italie, Revue archéologique,
décembre 1893), en citant l'ouvrage de M. Moore (1890) comme postérieur à
celui de M. Gonse (1891).
2. L'Art gothique. Paris, Quantin, 1890, ia-4°.
^28 LE STILE GOTQIQDE
avec son déambulatoire a été rebâti plus tard, comme à Notre-
Dame de Cliàlons ou à Saint -Germain -des -Prés. Seulement,
comme cette addition a été faite plus anciennement et dans un
monument moins solide, le constructeur du déambulatoire n^a
pas osé le faire passer à travers la base des tours pour le relier
au transept. Les raccords d'appareil rendent cette chronologie
indiscutable. L'inspection d'une petite fenêtre haute qui subsiste
de l'ancien sanctuaire semble démontrer aussi que ce sanctuaire
était couvert d'une demi-coupole. Elle peut avoir été contempo-
raine des voûtes d'ogives du déambulatoire'.
Reste une question seule sujette à discussion : à quelle époque
le déambulatoire a-t-il été pratiqué? Selon M. Gonse, il daterait
de 1080; selon M. Anthyme Saint-Paul, il faut l'attribuer à la
date de 1115 à 1140, et l'on voit par le début de l'article que,
dans sa pensée, cet agrandissement a dû coïncider avec le trans-
fert à Morienval des reliques vénérées de saint Annobert en 1 122.
Les raisons qui le portent à proposer une telle date sont le
caractère de la construction et de la décoration, les tracés rela-
tivement sûrs, les joints relativement minces, des arcades légère-
ment brisées, des bases à griffes, des baies encadrées de moulures
en quart de rond et d'archivoltes à billettes rappelant un peu
l'ornementation des ogives de la première travée du chœur, qui
manifestement ne sont pas antérieures à 1135; enfin des chapi-
teaux ornés de reliefs assez bien dégagés et couronnés de tailloirs
dont quelques-uns appartiennent à un style relativement avancé.
Une figure très exacte d'un groupe de ces chapiteaux appuie
cette assertion, et l'auteur compare le caractère de l'édifice à
celui des églises de Villers-Saint-Paul, de Bury et de Cambronne,
au porche de Saint-Denis et à la nef de Saint-Étienne de Beau-
vais, dont l'archaïsme n'a jamais frappé personne.
A ce dernier argument, il existe peut-être une bonne raison :
c'est que l'archaïsme est moins frappant dans les exemples cités;
les voûtes des bas-côtés de Saint-Etienne de Beauvais sont plus
larges que celles de Morienval, portées sur des ogives moins
l. En effet, deux culs-de-fours, dont un porté sur branches d'ogives, coexistent
avec des croisées d'ogives dans le sanctuaire do l'église de Saint-Julien de
Marollcs (Seine-et-Oise), dont le style est un peu plus avancé que celui du
déambulatoire de Morienval. On peut espérer avoir bientôt une intéressante
étude sur celte église dans la thèse que mon jeune confrère M. de Crèvecœur
se prépare à soutenir sur VArchitechire romane dans le diocèse de Paris.
ET LE DÉAMBULATOIRE DE MORIENVAL. ^29
massives et sur des piliers plus élancés ; les chapiteaux y sont
bien galbés et les moulures des tailloirs offrent un style sensible-
ment plus avancé. Entre les deux édifices, il existe presque la
distance d'une génération d'artistes, et dans cette distance s'éche-
lonnent Villers-Saint-Paul et Bury ; quant au porche de Saint-
Denis, son style est peut-être plus avancé encore.
Sans quitter Beauvais, nous trouverons un autre argument
dans un édifice dont la date reculée n'est pas mise en doute : la
façade de la Basse-Œuvre a une fenêtre encadrée d'un cordon de
billettes assez analogue à celui dans lequel M. Anthyme Saint-
Paul a vu une preuve de la date relativement récente du déam-
bulatoire de Morienval ^ .
Si, d'autre part, on voulait trouver un morceau d'architecture
qui rappelle davantage ce déambulatoire, il existe, dans le chœur
de l'église du prieuré de Lucheux, en Artois, les mêmes encadre-
ments de fenêtres profilés en quart de rond s'y rencontrant avec
un groupe de chapiteaux ornés l'un d'un gros oiseau, l'autre de
godrons évidés, deux motifs semblables à ceux de Morienval.
Les ogives y sont également tracées en simple boudin, les som-
miers sont ornés de sculptures en haut-relief, comme à Cam-
bronne, et la date de l'éghse est vraisemblablement le second
quart du xif siècle ; mais, quoiqu'elle soit bien plus éloignée du
centre de l'école, cette église est d'un style sensiblement plus
avancé que le chevet de Morienval : les proportions, les profils,
la sculpture, l'appareil, tout y est moins lourd.
Dans la même région, existe un édifice appartenant à peu près
à la date que M. Anthyme Saint-Paul voudrait assigner à Morien-
val : c'est l'église fondée en 1117 et élevée dans le second quart
du xii'^ siècle à Airaines, en Ponthieu, par les moines de Saint-
Martin-des-Champs^ Là encore, l'aspect est bien moins archaïque :
les arcades et doubleaux sont en tiers-point ; les supports, sinon
encore les ogives, ont une légèreté relative,
1. Il est toutefois juste de reconnaître que la forme des billettes diffère un
peu dans ces deux exemples, mais il n'en reste pas moins dilBcile de prouver
qu'on n'ait pu faire, dès le xi° siècle, des archivoltes à billettes semblables à
celles de Morienval, d'autant plus que, dans cette église même, la tour du sud,
que M. A. S. -P. reconnaît comme appartenant bien à la fin du xi' siècle, a un
cordon à deux rangs de billettes presque identique à celui du déambulatoire.
2. Voir l'acte de fondation dans l'histoire de ce prieuré par D. Martin Mar-
rier.
^894 9
^30 LE STYLE GOTHIQUE
Si nous nous éloignons davantage encore du centre de l'école,
nous trouvons tout au nord des églises qui ont le rare avantage
d'être datées par un texte contemporain de leur construction* :
de l'église Saint- Vulmer de Boulogne, fondée par sainte Ide en
1090 2, il subsiste des ruines d'un caractère très archaïque, où
l'on voit, à côté d'un chapiteau à godrons évidés, un arc de
fenêtre très légèrement brisé, peut-être par maladresse pure et
simple du constructeur ; cet arc, orné d'un boudin sur l'angle,
ressemble assez aux arcades du déambulatoire de Morienval.
Tout près de là, au prieuré clunisien duWast^ sont les ruines
d'une église fondée presque en même temps et que le même texte
nous montre avoir été terminée avant 1113. Le portail subsiste :
ses voussures sont ornées de deux très gros boudins et d'une
série de zigzags très peu saillants, qui rappellent les ogives et un
tailloir de Morienval ; l'arc est surhaussé un peu comme les dou-
bleaux de Morienval ; les tailloirs, par une disposition archaïque,
n'ont de moulures que sur une face, et, parmi leurs profils, se
voit celui que montre le bois qui accompagne la notice de M. An-
thjme Saint-Paul. J'ai emprunté à dessein ces exemples à une
région notoirement en retard sur les environs de Senlis. Cette
région n'a pas, il est vrai, connu la croisée d'ogives avant une
date voisine du milieu du xii" siècle, mais, tout auprès de Morien-
val, existe un autre exemple bien archaïque de croisées d'ogives,
dans l'église de Rhuis, près Verberie. Par sa construction à gros
joints, ses piliers dépourvus d'impostes sur deux faces, sa nef et
ses bas-côtés sans voûte, sa décoration toute en méplat et son
1. Vie de sainte Ide, comtesse de Boulogne, mère de Godefroy de Bouillon,
par un moine du Wast, son contemporain. Cette vie est publiée par les BoUan-
distes [A. S. April., t. II, 13 apr.) d'après le ms. 1773 de la Bibliothèque royale
de Bruxelles. Cette édition, due à Henschen, est très défectueuse. Voir à ce
sujet : les Origines cl le nom primitif du bourg du Wast, communication
faite à la Société académique de Boulogne (séance du 2 juillet 1890) par le
savant et regretté abbé Haigneré,
2. Mém. cité. — Notice historique du môme auteur dans le Dictionnaire
historique et archéologique du Pas-de-Calais. Boulogne, t. 1, et aussi Scolté
de Vélinghen, Description de Boulogne et du pays et comté de Boulognois.
Bibl. Boul., ms. 163.
3. Sur ce prieuré, voir l'article cité à la note 1. Quant à la date d'achève-
ment, elle est établie par le récit du moine du Wast (Vie citée), qui nous
montre sainte Ide faisant construire le prieuré, puis celui de la Capelle, qu'elle
vit aussi achever, et mourant en 1113. Elle fut enterrée au Wast.
i
ET LE DÉAMBDLATOIRE DE MORfENVAL. 434
clocher semblable à ceux du transept de Morienval, cette église
appartient manifestement au xi" siècle. Elle n'a que trois travées
voûtées : l'abside à cul-de-four et les extrémités des bas-côtés
couvertes d'une voûte d'arêtes au nord et d'une voûte d'ogives au
sud. Cette croisée d'ogives, d'aspect peut-être plus lourd encore
que celle de Morienval, est formée de la juxtaposition maladroite
de trois tores mal tracés et peu saillants ; c'est peut-être la partie
la plus récente de l'église, mais, si une différence de date existe,
elle ne peut être que minime.
L'architecture gothique n'existe à coup sûr qu'à l'état d'em-
bryon dans de tels monuments à ogives, et, s'il fallait appeler
ogival tout édifice contenant un germe d'art gothique, le style
roman entier serait ogival.
Une vérité dégagée par Quicherat et remarquablement mise en
lumière par M. de Lasteyrie dans ses cours de l'Ecole des chartes,
c'est que toute l'architecture gothique résulte de l'architecture
romane ; donc, celle-ci peut et doit contenir en germe tout l'art
gothique, y compris la croisée d'ogives, mais peut et doit néan-
moins s'en distinguer. Et c'est ce que MM. Quicherat et Lasteyrie
ont trop bien démontré pour qu'il soit nécessaire de reprendre
cette démonstration.
Morienval et Rhuis suffisent à prouver que la croisée d'ogives
seule ne constitue pas l'art gothique ; quant à l'arc aigu qui se
voit à Morienval, on sait de reste qu'il existait dès le xi*^ siècle.
L'ordonnance du déambulatoire de Morienval, divisé en quatre
travées, ne paraît pas une gaucherie à M. Anthyme Saint-Paul,
car cette ordonnance était la plus convenable, étant donnée la
mesure de l'espace dans lequel il fallait rebâtir. N'est-il pas
cependant intéressant de rapprocher cette disposition de celle du
déambulatoire de Vignory, et des architectes du début du xii' siècle
eussent-ils craint de donner à leurs travées trop d'étroitesse ou
de largeur? Le monument dont il s'agit ne montre pas, quoi qu'il
en soit, beaucoup de préoccupation des proportions.
L'architecte du déambulatoire de Morienval a pu ne construire
ce monument qu'au xif siècle, mais c'était à coup sûr au début
de cette période, et l'artiste appartenait à une génération qui
travaillait déjà dans les dernières années du xi" siècle. L'art
était alors avancé dans la région et l'église n'est pas une pauvre
paroisse rurale, mais une abbatiale de quelque importance ; l'ar-
chitecte ne devait donc pas être un ignorant et un retardataire.
^32 LE STYLE GOTHIQUE ET LE DEAMBULATOIRE DE MORIEXVAL.
Ces considérations sont celles qui importent le plus à l'histoire de
l'art, au point de vue de laquelle les divisions des siècles et les
différences de dates qui n'excèdent pas la durée de la carrière
d'un même artiste n'ont qu'un intérêt de second ordre.
En résumé, je ne saurais considérer le déambulatoire en ques-
tion que comme appartenant à une date très voisine de 1100; en
deçà ou au delà peu importe, car la limite est à coup sûr étroite*,
et je ne saurais le rapporter qu'au style gothique encore à l'état
embryonnaire, autrement dit au style roman. Tout au plus cora-
prendrais-je qu'on le rattachât à cette architecture nécessaire-
ment mal définie, qui est dite transition, et qui formerait un
excellent territoire-tampon entre les archéologues qui répugnent
à appeler roman un édifice pourvu d'ogives et ceux qui n'ad-
mettent pas un monument du genre de Saint-Évremond de Creil
dans la catégorie des édifices gothiques.
C. Enlart.
P.-S. — M. A. Saint-Paul vient d'avoir l'aimable attention
de me communiquer les épreuves d'un nouvel article prêt à
paraître dans les Mémoires de la Société archéologique de
Pontoise. L'auteur y étudie successivement les églises de Morien-
val et de Poissy : au sujet de la première, il répète ses précédentes
observations ; au sujet de la seconde, il ajoute à de précieux ren-
seignements et à des remarques pleines de sagacité des hypothèses
ingénieuses et séduisantes, mais destinées malheureusement à
rester hypothèses. Au sujet deMorienval, l'auteur remarque que
l'architecture des abbajes de femmes n'est guère généralement
en avance, mais cela est-il une règle? Sans sortir de l'Ile-de-
France, nous avons l'abbatiale de Montmartre qui ne confirme
pas cette assertion. C. E.
l. 1095 à 1110 probablement. C'est ce que nous dira bientôt avec certitude
mon confrère M. E. Lefèvre-Pontalis dans le bel ouvrage qu'il va publier sur
l'arcbitecture romane du Soissonuais, qu'il connaît mieux que personne.
ESSAI
D'ÉTUDE DÉMOGRAPHIQUE
SUR CORDES (TARN).
Les documents qui peuvent être utilisés en vue de recherches
statistiques sur la population, depuis le moj'en âge, sont surtout
les réparations de feux, les cadastres et les actes de baptêmes,
mariages et sépultures.
I.
Un feu est un ménage. C'est ainsi qu'un subside est réparti
« par nombre de belugues et chiefs d'hostel*; » que l'on compte
les « fuox tantbos que mals^ » etc. Mais, dans le langage admi-
nistratif, on désigne plus particulièrement par le terme de feu un
ménage dont les revenus atteignent une valeur déterminée, La
part contributive d'une localité est proportionnelle au nombre de
ces feux, unités imposables, dont il n'est plus tenu compte dans
la cotisation des habitants, chacun étant taxé selon ses ressources.
Les ménages possédant la fortune minima de 10 livres en revenu
ne sont pas en effet les seuls contribuables : tout chef de famille
est tenu de concourir de ses deniers à fournir la somme imposée
à la communauté.
Il ne serait pas exact de considérer le feu, « unité imposable, »
comme ime certaine portion de territoire capable de sup-
porter la part d'imposition qui devait être levée par chaque
1. Bibl. nat., ms. lat. 9177 : Ord. de 1426-1427. Cf. Annales du Midi, 1890,
p. 375 et suiv,, article de M. Spont.
2. Archives de Cordes, CC 52,
-f34 ESSAI D ETUDE DEMOGRAPHIQUE
feu^, car, dans le Midi, on ne trouve nulle part de groupements
d'individus ou de ménages jusqu'à concurrence d'une superficie
de propriété foncière. On peut même afiirmer que, si la posses-
sion de la terre sert d'assiette à l'impôt et tend, aux termes des
ordonnances royales, à jouer le principal rôle^ elle n'est cepen-
dant pas seule estimée pour le calcul des allivrements : la pro-
priété bâtie, les rentes, les marchandises, quoique n'étant pas
des « fonds de terre, » continuent à être évaluées. Or ce sont
ces diverses évaluations qui sont consultées lorsqu'on répare
les feux d'une localité ou d'une circonscription quelconque.
En voici un exemple qui est inédit. Le 13 août 1363, le roi
Jean, à Villeneuve -lès -Avignon, fait rédiger des instructions
très détaillées sur les formalités à observer pour réparer les
feux des trois sénéchaussées de Toulouse, Carcassonne et Beau-
caire. Trois ans après^, le juge d'Albigeois procède à ce dénom-
brement, à Cordes, assisté du procureur du roi, des consuls
et de gens notables. Il se fait montrer d'abord un registre ou
cahier contenant les noms de tous les habitants, puis l'état des
allivrements d'après lequel on avait récemment perçu un subside,
des listes des personnes possédant plus ou moins de 10 livres
tournois, enfin les cahiers des confessions de l'année précédente.
De ces documents les uns ne peuvent servir qu'à établir le chiffre
total de la population (noms des habitants et confessions), les
autres sont un élément d'appréciation delà fortune des ménages,
appréciation basée sur l'allivrement individuel. Or, dans ce der-
nier calcul, il est tenu compte de toutes les ressources, quelle que
soit leur nature, et, par suite, dans la réparation des feux, la
propriété foncière ne joue pas un rôle exclusif. Mais ceci n'est
qu'une digression. Le juge d'Albigeois, après enquête et consul-
tation de titres, conclut que le nombre des feux de Cordes est égal
à 309. Les jours suivants, ces opérations continuent pour les
vingt-huit villages composant le consulat dont l'ensemble est dit
1. Moreau de Beaumont, cité par M. Spont, loc. cit.
1. Ordonnances, IV, 181 : Ordonnance de 1356, entre autres. — Le a moble, »
dans les plus anciens livres d'eslinic, figure ordinairement à la suite du « pos-
sessori » (Albi, CC. 2) ; il en est parfois de mCme dans les compoix (arch. du
Tarn, E. 3563).
3. En vertu d'une ordonnance du roi Charles V (Senlis, 23 juin 1366), man-
datée par le duc d'Anjou, son lieutenant en Languedoc, et vidimée, avec les
instructions du roi Jean, par le juge d'Albigeois (28 août. Cordes, CC. 35).
SUR CORDES (tARN). ^35
représenter 419 feux. Après l'énumération de ceux-ci, on trouve
1181 autres noms, dont 612 pour la ville de Cordes; ces derniers,
correspondant à des revenus inférieurs à 10 livres, ne sont plus
considérés comme des feux et ne participent pas au calcul du
coeflficient d'imposition, bien que, dans les sous-réparations
locales, il soit d'usage d'en « tirer ce que l'on peut pour le dégrè-
vement des premiers*. » On taxe alors, en effet, tout le monde
« omnes et singulos domicilium et focum tenentes, » disent les
instructions du roi Jean, selon ses biens quels qu'ils soient. De là,
sans doute, ces moitiés et ces quarts de feu qui, une fois adoptés
dans des répartitions de ce genre, ont dû être admis par les offi-
ciers royaux et reproduits dans des réparations ultérieures.
Quoi qu'il en soit, le consulat de Cordes (29 localités) est
censé représenter 100 feux en 1319, 419 en 1366 (après
la fameuse épidémie du milieu de ce siècle), 53 en 1389 et
en 1412^. De telles données sont donc, d'une façon générale,
insuffisantes pour apprécier la densité d'une population, et, par
quelque coefficient qu'on multiplie la plupart de ces chiffi'es on
peut être certain d'obtenir un résultat inexact. Un seul cas fera
exception, celui du dénombrement de 1366, qui donne le chiffre
approximatif des ménages : les riches (les feux, au sens fiscal du
mot) sont au nombre de 309, les pauvres de 620, au total 929
pour la ville. Si la première de ces listes a été, selon toute vrai-
semblance, un peu ou beaucoup trop allongée par des agents sou-
cieux de faire rendre à l'impôt tout ce qu'il pouvait donner, sinon
plus, cette majoration n'aura pa être faite qu'au détriment de la
seconde énumération qu'il n'y avait pas intérêt à abréger, et par
suite le total restera constant. Il faut considérer, d'autre part,
que, dans une région où la taille est surtout réelle, les détenteurs
de terres privilégiées possèdent aussi, le plus souvent, des fonds
roturiers et figurent de ce chef parmi les taillables. Enfin, dans
une petite ville, les indigents ne sauraient être bien nombreux.
Pour ces raisons, le chiffre de 929 ménages paraît admissible.
Pour connaître celui de la population, on multiplie d'ordinaire
un tel chiffre par 5 ou par 4 et demi, en augmentant le produit
de un dixième représentant les privilégiés et les indigents , ou
1. « ... ab ipsis habere quod possunt (consules) pro relevamine aliorum. »
(CC. 35.)
2. CC. 28, 35, 38 et 40.
136 ESSAI d'étude DEMOGRAPHIQUE
même par 5 et demi, en ajoutant l'évaluation des individus non
compris dans le calcul. Le coefficient 5 offre l'avantage de sup-
primer des appréciations très problématiques et de n'être pas exa-
géré. On aura donc 929 X 5 = 4645 habitants pour la popula-
tion de Cordes en 1366. Ce nombre, loin d'être invraisemblable,
est celui que d'autres considérations permettraient de supposer.
Ainsi, en 1416, il fut fait une enquête en vue d'obtenir, pour la
ville, une dispense de contribution aux tailles et subsides*; les
témoins affirment que la place est de première importance, d'où
il suit que le roi a tout intérêt à favoriser sa prospérité. Ils
décrivent sommairement ses fortifications et, dans leur patrio-
tisme local, vont jusqu'à les comparer à celles de la cité de Car-
cassonne; « on y pourrait loger, disent-ils, 6000 gens d'armes; »
l'un d'eux dit même 7000. Sans doute, il faut tenir compte de
l'exagération intéressée des déposants, et l'on peut rabattre
quelque chose du nombre indiqué par la plupart d'entre eux. Or,
une population de 5000 à 5500 âmes est bien celle qu'a dû ren-
fermer la ville au temps le plus heureux de son histoire, c'est-à-
dire à la fin du xiii'' siècle et avant la peste de 1348. Cette époque
a été marquée par une aisance générale en France et particuliè-
rement à Cordes : alors ont été construites ces belles et riches
maisons en grès dont la décoration extérieure dénote presque
toujours un certain luxe. Il en reste aujourd'hui encore un assez
grand nombre pour pouvoir retracer sans difficulté le périmètre
du « château » vers les années 1290 à 1340. Les habitations
englobées dans cette ligne seraient suffisantes et nécessaires à
une population de 5500 âmes environ, et, si les derniers recen-
sements ne portent qu'un chiffre inférieur à celui-là, c'est parce
que les logements sont inoccupés dans la même proportion.
D'autre part, si l'on admet que la peste de 1348 a réduit le
chiffre de la population d'un quart ou d'un cinquième, le nombre
proposé pour 1366 augmenté de un cinquième concordera avec
la précédente évaluation : 4640 + 928 = 5568.
IL
On a vu qu'en 1412 l'imposition par feux était encore en usage.
Toutefois, dès le dernier quart du xiv" siècle, à cette pratique
1. ce. 41.
SUR CORDES (tARN). ^37
tendait à se substituer un mode nouveau de répartition par dio-
cèse et suivant un tarif. Les archives de Cordes et d'Albi four-
nissent sur ce sujet des renseignements qui n'ont pas encore été
utilisés. Elles permettent de reporter à l'année 1391 , au plus tard,
l'existence du diocèse civil d'Albi^; elles nous donnent, pour la
fin de l'année 1404 et les premiers mois de 1405, le compte des
recettes effectuées dans la jugerie d'Albigeois et la partie du comté
de Castres englobée dans le diocèse dont il s'agit 2; enfin, elles
indiquent que la formation de cette circonscription financière
était déjà ébauchée dès 1380, époque où l'évêque « mandet los
comus d'Albeges, et de la vigaria [d'Alby], e del comtat de Cas-
tras » pour voter les fonds nécessaires à la continuation du siège
du château de Thuriès^ occupé par les Anglais. Les consuls de
Castres refusèrent leur concours et le subside fut accordé par le
commun de la jugerie et de la viguerie^. A quelle époque précise
le diocèse eut-il une représentation régulière ? On l'ignore ; mais
on est peut-être fondé à supposer que les deux institutions sont à
peu près contemporaines l'une de l'autre, vu leur corrélation
même^.
On ne sait pas davantage comment fut établi le tarif qui prit
la place des feux. L'alternance des deux modes de répartition
1. ce. 38. Mandement des généraux sur le fait des aides ordonnées pour la
guerre, en Languedoc et Guienne, aux élus du diocèse d'Albi et lettres d'at-
tache de ces derniers adressées au baile de Cordes.
•2. ce. 40. La viguerie d'Albi et la Terre-Basse d'Albigeois sont absentes, par
suite de lacérations du document.
3. Thuriès, château aujourd'hui ruiné, sur les bords du Viaur, près Pampe-
lonne, arr. d'Albi.
4. Albi, ce. 155, fol. 85.
5. Toutefois il faut provisoirement se garder de prendre cette hypothèse pour
une certitude. Si l'on a convoqué à l'Assiette diocésaine de 1505 « ceux qui ont
coutume d'y être appelés » (Arch. du Tarn, C. 223), d'autre part, une aide
de 42,000 fr., imposée par le roi sur le Languedoc (31 août et 16 septembre
1406 (Cordes, CC. 40), fut répartie par les élus, dans le diocèse d'Albi. Ceux-ci
durent sans doute s'adjoindre quelques notables, comme cela se pratiqua en
1424 (id., CC. 43 « ... laquelle somme fut partie et divisée par les consuls d'Alby
sur les lieux et paroisses dudit diocèse... »). Durant cet intervalle, il n'est
nullement question d'assemblées, et, si l'on ne peut pas affirmer qu'il ne s'en
soit pas tenu, on n'est pas fondé à admettre leur convocation et leur organisa-
lion régulières, dans le premier tiers au moins du xv" siècle. — Cf. Hist. de
Languedoc, XII, p. 322 et p. 349, note de M. Aug. Molinier, et /es Petits États
d'Albigeois, par M. Rossignol.
^38 ESSAI d'étude démographique
jusqu'en 1412 ferait croire que le nouveau a été primitivement
une sorte de traduction en deniers du coefficient que représentait
le précédent.
Quoi qu'il en soit de ces questions d'origine, l'évolution
de la manière d'attribuer à chaque localité la part d'impôt
direct lui incombant eut pour conséquence immédiate la con-
fection de livres terriers ou terriers et cabalistes à la fois. Les
livres d'estime devinrent des compoiœ où la fortune immobi-
lière fut déterminée avec plus de soin ; la somme des allivrements
servit à apprécier l'importance relative des localités et à taxer
chacune d'elles en proportion de ses facultés. Cordes dut avoir un
compoix dès 1475 au plus tard ; on y trouvait énumérés les fonds
de terre, les propriétés bâties, le mobilier, les cabaux et les mar-
chandises ^
Il résulte de la nature même de ces registres qu'on y doit pou-
voir puiser les éléments d'une statistique de la population, puisque
tout possesseur d'un bien roturier, c'est-à-dire taillable, y est men-
tionné et que la plupart des personnes ayant des terres ou rentes
nobles en détiennent ordinairement de non nobles. Si bien que les
compoix présentent, par rapport aux listes de feux riches ou
pauvres, cet avantage de fournir (dans le Midi) les noms de la plu-
part des privilégiés, sinon tous. On pourra donc, connaissant le
nombre des contribuables, supputer celui des habitants.
En 1511, le conseil communal de Cordes fit dresser un com-
poix (le second, sans doute) qui contient les noms d'environ
660 chefs de ménage. Une trentaine d'années plus tard, il fut
nécessaire d'avoir un registre de mutations, et 644 noms furent
inscrits en tête de paragraphes qui devaient être remplis par l'in-
dication des aliénations et des acquisitions à partir de 1545.
En 1606, nouveau compoix, avec 467 noms^ Puis, tous les vingt-
cinq ou trente ans on commence un registre de mutations ; les
surcharges et les ratures y sont tellement abondantes qu'il est à
peu près impossible d'en tirer parti. Les premiers seront donc
seuls utilisés et donneront :
Pour 1511, une population de 660 X 4,5 = 2970 habitants.
~ 1545, — 644 X 4,5 = 2898 —
— 1606, — 467 X 4,5 = 2101 —
1. II n'en subsiste que le préambule. CC. 51.
2. CC. 2, 3 et 14.
SOR CORDES (tarn). 439
Nous adoptons ici le coeiScient 4,5, au lieu de 5, à cause des
nombreuses mentions de privilégiés possesseurs de terres rotu-
rières, contenues dans les compoix^ On remarquera combien le
chiffre de la population a diminué depuis la première moitié du
XIV® siècle, époque de prospérité : cela est dû d'abord à la guerre
de Cent ans, qui a engendré la misère dans les campagnes en
enlevant toute sécurité au laboureur, paralysant l'industrie et
interrompant le commerce. Les agglomérations importantes ont
ensuite reconquis le bien-être, mais aux dépens des petites loca-
lités, dont plusieurs avaient été ruinées à jamais. Des impôts plus
nombreux et plus lourds ont été exigés, dans l'intervalle, de villes
comme Cordes, qui auparavant jouissaient d'exemptions effec-
tives, privilèges que le fisc besogneux a battus en brèche, discu-
tant sans cesse leur authenticité, et qu'il a en fait supprimés sou-
vent en imposant, par py^omsion, les taxes contestées. Dès lors,
il n'y a plus eu aucun avantage réel à résider dans cette petite
ville, et les cités voisines, qui offraient plus de ressources, se sont
accrues à ses dépens.
m.
La dépopulation de Cordes est constante durant le xvif siècle.
La peste de 1631-1632 chassa de la ville les habitants qu'elle
épargna ; quiconque eut la ressource de « se retirer aux champs »
abandonna sa maison. Les délibérations communales ne laissent
aucun doute à cet égard ; les murailles des diverses enceintes
tombaient en ruines, et leur chute entraînait celle des habitations
désertées, pillées par les maraudeurs. Si les guerres de religion
et la révocation de l'Edit de Nantes n'ont pas eu, dans cette par-
tie de l'Albigeois, les conséquences désastreuses que l'on constate
ailleurs, elles n'en ont pas moins créé des charges nouvelles,
aggravé et hâté la décadence d'une petite ville déjà si peu pros-
père. Enfin l'extraordinaire mortalité de 1693-1694 a abaissé
encore le chiffre de la population. Les registres paroissiaux' en
1. L'intendant Bàville donne en 1698 les chiffres des familles et de la popu-
lation totale du Languedoc; il en résulte que chaque ménage représente un peu
plus que quatre personnes et demie, exactement 4,56... {Mémoires pour servir
à l'hist. de Languedoc^ 1734, p. 39).
2. GG. 1.
^40 ESSAI d'étude démographique
fournissent un témoignage certain et montrent dans quelle
mesure l'épidémie fut meurtrière' :
En 1692, on compte 85 naissances et 84 sépultures.
En 1693, — 60 — 218 —
En 1694, — 60 — 124 —
Mais ce n'est pas là la seule utilité que présentent ces docu-
ments. On sait qu'il fut fait un relevé des naissances et des
mariages pendant les années 1770, 1771 et 1772 et que la
moyenne des naissances fut multipliée par 25 1/4 pour évaluer
la population de la France. Parmi les divers économistes qui ont
émis une opinion sur ce calcul, on doit citer particulièrement
Necker^. Hésitant entre 25 1/2 et 26, il adopte le multiplicateur
intermédiaire 25 3/4. Or, les habitants de Cordes étaient au
nombre de : 2347 en 1791 , 2284 en germinal an IP, et la
moyenne des naissances de 1785 à 1790 = 90, ou, si on ajoute
la natalité de 1791 et 1792, = 92. Il en résulte une naissance
pour 26 ou pour 24, 8 personnes. Le calcul de Necker se rappro-
chait donc un peu plus de l'exactitude que le calcul officiel, et l'on
peut considérer comme suffisamment approximatif le multiplica-
teur 25 1/2 dont il va être fait usage. Toutefois, il faut prendre
en considération la critique que Jean-Baptiste Say^ a faite de ce
procédé d'évaluation. Etablissant que les naissances sont plus
nombreuses lorsque la production des richesses augmente que
lorsqu'elle diminue, cet auteur conclut, avec raison, qu'un même
total de naissances peut correspondre à des chiffres différents de
population. Cette remarque n'a pas ici la valeur d'une objection,
car, si l'on tient compte, en outre des naissances, des mariages et
des sépultures, on constate que ces trois données varient dans un
rapjiort proportionnel, abstraction faite, bien entendu, des années
d'épidémie.
Pour la fin du xvii" siècle et le commencement du xviii* (1692-
1704)^, la moyenne des naissances est égale à 76, d'où 76 X 25,5
= 1938 habitants. Ce résultat surprendra peu si l'on parcourt
1. Cf. de Boislisie, Mémoires des intendants sur l'état des généralités. Géné-
ralité de Paris, p. 150.
2. Neciier, De l'administration des finances, 1785, p. 160.
3. Archives du Tarn. L. Clergé et District de Gailiac.
4. J.-B. Say, Traité d'économie politique, 4° éd , II, 195.
5. Sauf les années 1695, 1097 à 1699 et 1703, dont les cahiers sont égarés.
SDR CORDES (tARN). ^4-^
les délibérations communales de cette époque où Cordes n'était
(en 1693) qu'une « fort petite ville composée d'environ trois cens
maisons habitées ^ » Un État de la paroisse, dressé en 1752,
indique une population d'environ 2450 personnes S et, pour les
années 1758-17593, la moyenne des naissances est de 99, don-
nant un chiffre de 2524 individus, selon le système d'évaluation
précédent.
Dans le dernier tiers du xviii^ siècle, une prospérité relative
fait place, un peu partout, à la profonde misère du début. La série
des registres paroissiaux recommence avec l'année 1775 et
donne :
Pour 1775-1784, 2193 habitants (86 X 25,5).
— 1785-1790, 2346 — (92 X 25,5).
En germinal an II, on compte 2284 habitants. Cette diminu-
tion légère doit résulter, au moins en partie, de l'application des
lois révolutionnaires, de l'émigration de quelques familles nobles
et de prêtres réfractaires.
Après la période troublée, on retrouve le même chiffre de popu-
lation qu'au début de la Révolution, 2330 habitants, en 1801.
Puis l'accroissement ne cesse pas jusqu'en 1856 ; à cette date,
Cordes contient 2859 âmes, nombre qui diminue, dès lors, à
chaque recensement. Il n'est plus égal qu'à 1995 en 1891 ; c'est
à fort peu de chose près la population de la fin du règne de
Louis XIV.
L'opinion de Bureau de la Malle, d'après laquelle la France
aurait été plus peuplée au xiv'' siècle que de nos jours, a été
depuis longtemps réfutée; d'ailleurs les constatations et hypo-
thèses qui précèdent ne seraient pas de nature à autoriser une
conclusion d'une portée aussi générale. Des documents qui n'in-
téressent qu'une localité ne peuvent servir qu'à noter les fluctua-
tions de la fortune locale; mais, comme le sort de Cordes a été
1. BB. 77. La délibération dont il s'agit a pour but de faire alléger les charges
de la communauté; par suite, on a pu indiquer un chiffre inférieur à la réalité.
Soit 350, au lieu de 300, le nombre des maisons habitées par ces 1,938 per-
sonnes : chaque maison abritera 5 à 6 individus, ce qui paraît très admissible.
2. Soit 1,379 communiants, 500 ou 600 enfants (au lieu de 3,000 !), 3 nobles,
50 laboureurs, 400 ou 500 manouvriers, 12 à 15 avocats, 4 procureurs et
4 notaires (GG. 58).
3. GG. 43. Simple nomenclature des baptisés.
142 ESSAI d'Étude de'mographique sor cordes (tarn).
celui de bien d'autres petites villes jadis plus ou moins impor-
tantes dans telle ou telle région, il n'est pas indifférent de suivre
de siècle en siècle les phases de cette décadence. Peut-être même
d'autres études de ce genre pèrraettraient-elles de déterminer avec
plus de précision qu'on ne l'a fait jusqu'ici les causes anciennes de
l'amoindrissement constant des petites cités au profit des grandes
et l'époque précise à partir de laquelle cette évolution a com-
mencé.
Ces recherches n'auront quelque chance d' aboutir à un résul-
tat que si l'on consulte, non pas seulement les ouvrages d'histo-
riens et de littérateurs qui ont écrit à une époque où, de l'avis
même de Necker, un recensement sérieux était impossible, mais
surtout les fonds d'archives. Outre les dénombrements de feux
( dans certains cas ) , les cadastres , les registres paroissiaux
peuvent fournir des données précieuses. Ces documents ne sau-
raient servir de base à des preuves certaines et indiscutables et
néanmoins on arrivera, en les utilisant, à des probabilités très
vraisemblables. Aussi paraîtrait -il bon que, dans les inventaires
sommaires d'archives, le nombre des contribuables fût indiqué à
la suite de la mention d'un cadastre et que les renseignements
généalogiques, recueillis dans les registres paroissiaux, fussent
complétés par un exposé du mouvement de la population, année
par année.
Ch. Port AL.
LETTRE DE CHARLES VIII
CONCERNANT LA VICTOIRE DE RAPALLO
(10 septembre 1494).
» '<jS> ♦
Pendant l'expédition de Charles VIII en Italie, on eut recours
h l'imprimerie pour répandre rapidement dans le public les nou-
velles apportées du théâtre de la guerre. Les lettres que le roi
adressait à Pierre de Bourbon, lieutenant général du royaume,
étaient imprimées et envoyées sous forme de circulaires aux prin-
cipaux corps de l'Etat. Une intéressante série de ces « bulletins »
a été publiée, en 1866, par J. delà Pilorgerie, mais le début de
la campagne ne se trouve pas représenté dans ce recueil, dont la
pièce la plus ancienne est du mois de novembre 1494. La lettre
que nous reproduisons ici comble cette lacune, puisqu'elle a été
écrite par le roi quelques jours seulement après son entrée en
Italie, le surlendemain de la bataille de Rapallo.
La Bibliothèque nationale ne possède pas ce document, dont
le texte ne figure pas non plus dans la collection des lettres
écrites au Parlement ; mais deux exemplaires de cet incunable se
sont trouvés conservés dans la reliure d'un registre des Assises
royaulœ du Mans, placé aux Archives nationales sous la cote
ZM301 (xvi'' siècle) ^ Semblable aux plaquettes du même genre
réunies dans un recueil de la Bibliothèque nationale (Réserve,
Lb^* 1), cette pièce est un petit in-4° de 4 pages non numérotées,
imprimé en caractères gothiques, sans aucune mention de date,
de lieu, ni de nom d'imprimeur. La première page est occupée
parle titre, au-dessus duquel se voit une vignette, qui représente
1. Ces deux exemplaires, dont l'un est fort endommagé, sont déposés aujour-
d'hui à la bibliothèque des Archives.
HÂ LETTRE DE CHARLES VIII
le roi assis sur un trône et entouré de six personnages. Les trois
autres pages renferment le récit de la bataille de Rapallo et de la
réception de Ciiarles VIII à la cour de Savoie.
La relation de la victoire du duc d'Orléans confirme l'exacti-
tude des autres narrations contemporaines ' et apporte quelques
détails plus précis, notamment sur la phase de l'action qui suivit
la prise du pont de Rapallo. Quant au passage de la lettre qui
concerne l'entrée du roi en Piémont, on y trouve l'écho de l'en-
thousiasme avec lequel les Français furent reçus dans ce pays.
Charles VIII se montre charmé de cet accueil et raconte même
que le jeune duc de Savoie et sa sœur lui ont paru si « beaux
enfants » qu'il a fait faire leur portrait.
Après la reproduction de la missive du roi, la plaquette se ter-
mine par quelques lignes destinées à rappeler les cérémonies qui
furent célébrées à Paris à l'occasion de la victoire de Rapallo.
Le 18 septembre^, en effet, les chanoines de la Sainte-Chapelle
avaient sollicité et obtenu du chapitre de Notre-Dame l'autorisa-
tion de se rendre processionnellement à la cathédrale et d'y chan-
ter la messe au grand autel. Le lendemain^, vendredi, les gens
du Parlement, delà Chambre des comptes, de la Ville, de la Chan-
cellerie, du Châtelet et les généraux des finances se réunirent au
Palais. De là le cortège se mit en marche, portant la « croix de vic-
toire, » c'est-à-dire le précieux reliquaire contenant un fragment
de la vraie croix ; on traversa le Pont-au-Change et on gagna
Notre-Dame, où la messe fut célébrée.
Le même jour^ 19 septembre, les chanoines de Notre-Dame,
1. Voyez H. -F. Delaborde, l'Expédilion de Charles VIII en Italie.
2. Arcli. nat., registres capilulaires, LL 126, p. 116 ; « Jovis xviiia septem-
bris, anno predicto nonagesimo quarto, Doniini supra cupam congregati, audita
suplicatione ex parte thesaurarii et canonicorum sacre Capellc regalis Parisius
et aliorum dominorum ville Parisiensis eisdem dorninis facta, permissum fuit,
de gralia spcciali, in favorem dornini nostri régis, quod processio dicte sacre
Capelle die craslinaad ecclesiara Parisiensem accédât, missaque in choro ejus-
dem alta voce ad majus altare celebretur. »
3. Arcli. nat., LL 630 {Mémoires pour servir à l'histoire de la Sainte-Cha-
pelle, par Gille Dongois), p. 384 : « En l'année 1494, on lit six processions :
... la seconde le 19 septembre à Notre-Dame de Paris pour la prospérité du roy
et pour avoir victoire sur ses ennemis. On y porta la vraye croix que l'on garde
dans la sacristie, couverte de pierreries. La messe y fut chantée par un prélat.
On passa sur le pont aux Changeurs ; le Parlement, la Chambre des comptes,
la Ville, la Chancellerie, le Châtelet et les généraux y assistèrent. »
4. Arch. nat., LL 126, p. 117 : a Anno M CCCG nonagesimo quarto, veneris
CONCERNANT LA VICTOIRE DE RAPALLO. 145
réunis dans la sacristie, reçurent la notification officielle de la
lettre royale annonçant la victoire et décidèrent que, le dimanche
21 septembre, une procession générale se rendrait à l'église des
Frères Prêcheurs pour rendre grâces à Dieu.
Léon Le Grand.
Les lettres envoyées du rot nostre sire a nosseigneurs de parle-
ment, DES COMPTES ET DE l'hOSTEL DE LA VILLE DE PaRIS, DATÉES DU
.X. JOUR DE SEPTEMBRE [l^AN] DE GRACE MIL CCCC IIII VINGTZ ET
QUATORZE.
Mon frère \ présentement ay esté adverty que^ le seigneur de The-
nay^ que mon frère le duc d'Orléans m'a envoyé à diligence pour
me compter au vray la victoire qu'il a pieu à Dieu me donner contre
le prince de Tharente^ avoit^ au gouffre de Rapello, qui estoyent de
six à sept mille hommes logiez et fortifiez dedenz le bourg dudit
lieu. Et, après que mondit frère eut donné la chasse audit prince par
mer, s'en vint rentrer dedens ledit gouffre avec toutes ses dicts navires
et gallées, et se logier audit gouffre, le plus près de terre qu'il peut,
xixa septembris. — Hodie immédiate post capitulum comparuerunt in reves-
liario ecclesie domini Decanus, Caiitor, Ceusay, Samxoii, Chasteaupers, Louet,
Haqueville, Legay, Michel, Poncher et plures alii, quibus presentate fuerunt,
per quemdam nuntium vocatum Forest Le Hérault, littere missive domini ducis
de Borbonio cum quadam copia litterarum missivarnra per dominum nostrum
regem dicto domino de Borbonio nuper transmissarum in litteris ejusdem domini
de Borbonio inlerclusa, que mencionem faciebat de certa Victoria per dictum
dominum nostrum regem et ejus exercitum contra principem de Tarente habita.
Quibusquidem litteris visis et lectis ordinatura fuit prout alias quod dominica
proxima fient processiones générales ad ecclesiam Fratrura Predicatorum Pari-
sius, ad exorandum Altissimum pro eodem domino nostro regeetejus consilio,
necnon ad gratias reddendum Deo de hujusraodi Victoria, et ulterius quod
preces continuarentur in ecclesia Parisiens! pro eodem domino nostro rege.
« Item ordinatura est tradi dicto nuncio duo scula auri, que de mandato dic-
torura dominorum eidem tradita fuerunt per me notarium de peccuniis hodie
per magistrum Cosmam Guymier in capitulo traditis. »
1. Pierre de Bourbon, mari d'Anne de France, lieutenant général du royaume
pendant l'expédition de Charles VIII.
2. Il y a évidemment là une faute d'impression ; le sens demande par.
3. Jean de Tenay.
4. Frédéric d'Aragon, prince de Tarente.
5. L'imprimeur a dû oublier quelques mots; la copie portait sans doute une
phrase dans le genre de celle-ci : « ... contre les gens que le prince de Tarente
avoit, etc. »
>I894 <0
-146 LETTRE DE CHARLES VIII
et ce pour plus aiséement faire sa descente en attendant le seigneur
de Piennes' et le baillif de Digon^, qui marchèrent par terre avec
les Suysses. Et, incontinent qu'ilz furent approuciiiez dudit lieu de
RapelJo et que mondit frère eust de leurs nouvelles, fist à encomraen-
cer à faire descendre les gens desdits navires et galées, et fut alors
commencée l'escarmouche par laquays et aucuns Suysses qui estoient
marchez devant pour gaignier ung pont que les ennemys avoyent
fortifié et guidoient^, et pour gaignier icellui pont fut l'escarmouche
fort belle et renfforcée de tous coustez, et gaignié ledit pont, et perdu,
d'un costé et d'autre, et beaucop de tuez. Et à la fin y demoura mon-
dit frère victorieux. Et furent lesd. ennemys repuisez dedens ledit
village de Rapello en leur fort. Et en ce faisant en y eut beaucop de
bleciez et de tuez entre ledit villaige et le pont, et en une praerie où
en ung coing d'icelle y avoit une grosse flote^ de dix-huyl cens à deux
mille hommes, dont messire Biote^ et le fîlz du cardinal de Fré-
gonce^ estoient chiefz. Et en laquelle praerie se leva Tescarmouche
plus grande que elle n'avoit esté audit pont et renforcée de tous cos-
tez. Et alors ledit seigneur de Piennes et ledit seigneur de Digon, qui
avoient la grosse flote des Suysses, marchèrent pour passer le pont et
gaignèrent la praerie; et mondit frère, qui pareillement fist marcher
les gens lesquelz il avoit fait getter à terre, pour d'un costé et d'autre
donner sur ladicle flote, qui avoient semblablement grant quantité
de gens, parmy le bois et les montaignes. Lesquelz ennemys, quant
ilz veirent marcher vers eulx, firent semblablement marcher à ren-
contre et tindrent bonne contenance jusques à l'approuchier. Mais
tout à coup tournèrent en fuyte lesditz ennemys, pour gaigner les
montaignes de tous coustez. Et là, en fuyant, furent prins et tuez de
leur cousté de sept à huyt cens. Entre lesquelz fut prins le filz du
cardinal et ung autre capitaine, filz de Biote, et autres capitaines
dont on ne scet encores les noms. Et, ce fait, mondit frère se retira
et logea la nuyt dedens le villaige, qui esloit fourny de vivres et de
bons vins. Et y fut l'armée bientost rafreschie. Et le lendemain au
matin, qui fut le ix. jour de septembre, mondit frère fist retirer ses
1. Louis de Ilalwin.
2. Antoine de Bessey, bailli de Dijon.
3. Il faut probablement lire gardaient.
4. Ce mot est pris ici dans son acception primitive : troupe nombreuse,
agglomération.
5. Obietto de Fiesque.
6. Fregosino, (ils naturel du cardinal Campo-Fregoso.
CONCERNANT LA VICTOIRE DE EAPALLO. -147
gens dedens les navires et galées et faire voile affm de garder et
empeschier que ledit prince de Tharante ne peust recueillir aucuns de
ses gens le long de la coste. Car ilz esloient en fuytte, et aussi pour
essayer s'il les pourra enclorre. Et, ce fait, mondit frère s'en doit
retourner à Gennes.
S'enswjt la rescription du roy.
En passant par Thourin, j'ay veu mon cousin \ et ma cousine la
duchesse de Savoye^, et sa seur^; et vous asseure qu'il m'est advis
que je pense estre encore en France, veu la bonne chière que l'en me
fait, car jamais je ne fus en pays où je fusse mieulx recueilly et tout
plain de gens de bien venir au-devant de moy, clefz me présenter et
joyaulx, les rues tendues. Et en effect on me fait ce que l'en sçauroit
faire, et si vous asseure que mondit cousin et sa seur sont très
beaulx enfans : je les ay fait paindre et les vous envoyé. Et adieu,
mon frère, qui vous ait en sa garde. Escript à Ast, le .x. jour de
septembre, par le tout vostre,
Charles.
Ainsi signé : Do Bois.
Et à Toccasion des choses dessusdictes furent faictes processions
en la ville de Paris le vendredi xix. jour de septembre. Et fut la croix
de victoire de la Saincte- Chapelle descendue et portée à grant soUen-
nité à Nostre-Dame de Paris.
Et de rechief processions généralles le dimenche ensuivant pour
remercier Dieu de ladicte victoire. Priez Dieu pour le roy, la royne,
monseigneur le daulphin, les seigneurs de son sang et de son
royaume.
1. Charles-Jean-Amédée, duc de Savoie, né en 1488.
2. Blanche de Montferrat, veuve de Charles, duc de Savoie.
3. Yolande, sœur de Charles-Jean-Amédée, née en 1487.
BIBLIOGRAPHIE.
Les Premiers habitants de l'Europe d'après les écrivains de Vanti-
quité et les travaux des linguistes, par H. d'Arbois de Jdbainville,
membre de l'Institut. Seconde édition, corrigée et considérable-
ment augmentée par l'auteur. Tome II : les Indo-Européens, suite
[Ligures, Hellènes, Italiotes, Celtes). Paris, Thorin et fds, 4894.
In-S**, xxvi-426 pages.
Le courage et la sincérité sont parmi les qualités qui distinguent les
travaux de M. d'Arbois de Jubainville. L'auteur ne cherche point à
dissimuler ses opinions sous des réticences savamment calculées et
pousse ses théories jusqu'au bout. Si cette robuste franchise mérite notre
estime et notre respect, elle appelle aussi de notre part une appréciation
sincère.
Nous n'insisterons point sur les chapitres qui traitent des Hellènes
et des Italiotes. Ils sont, à peu de choses près, la reproduction de la
première édition (1877). Nous admirons, sans la partager, la confiance
qu'inspirent à l'auteur les fabrications ethnologiques et chronologiques
des Anciens. Il est persuadé que les Ombro-Latins sont arrivés en Ita-
lie au xiie siècle avant notre ère, parce que, selon un fragment de Gaton
l'Ancien conservé par Pline l'Ancien, les Ombriens ont fondé la ville
d'Ameria 964 ans avant la guerre contre Persée ; or, celle-ci a com-
mencé en 171. La fondation d'Ameria remonte donc à 1135 avant J.-C,
et l'arrivée des Ombro-Latins en Italie au xn^ siècle. Toute la chrono-
logie de M. d'A. de J. se base sur deux ou trois autres synchronismes
aussi curieux. Ce serait vers l'an 1330 av. J.-C, selon la chronique
d'Eusèbe (mort au iv^ siècle ap. J.-C), que lôn, petit-fils d'Hellên, se
serait établi en Attique (voy. p. 252). Quant à l'arrivée des Étrusques
en Italie, elle eut lieu entre 972 et 949 avant notre ère. Les arguments
sont empruntés à la durée donnée au siècle étrusque par Dion Gassius
et Plutarque (cf. t. I, p. xvni et 150). On frémit en songeant que des
esprits sceptiques pourraient n'avoir pas foi dans les chiffres fournis
par Gaton, Eusèbe, etc., car toute la chronologie de l'ouvrage croule-
rait du coup.
Abordons la partie la plus neuve et la plus originale du livre, celle
qui concerne les Ligures et les Celtes. La thèse fondamentale de M. d'A.
de J. est que la valeur de l'élément gaulois dans la formation de la race
BIBLIOGRAPHIE. H9
française a été inQniment exagérée. Avant l'arrivée dos Celtes, il a
existé une période où les Ligures ont couvert toute l'Europe occidentale,
aussi bien l'Espagne, la Gaule, la Grande-Bretagne que la Suisse et
l'Italie. Ces idées étaient déjà exprimées dans un article de la Revue
celtique (1893, p. 1-21) sous le titre : wi Préjugé. Voilà une théorie hardie,
intéressante, séduisante par certains côtés. Mais, à l'examiner de près,
on s'aperçoit qu'elle repose sur les bases les plus fragiles.
Je résume la série de raisonnements par lesquels M. d'A. de J. arrive
à conclure (p. xvii) que « les Gaulois ne peuvent pas probablement
compter même pour un vingtième parmi les facteurs physiques aux-
quels nous devons la vie matérielle. » César nous apprend qu'il n'y
avait en Gaule que deux classes d'hommes qui comptaient, les druides
et les chevaliers. La plèbe était réduite à une condition presque ser-
vile. Si les chevaliers étaient une aristocratie et traitaient si durement
la plèbe, c'est qu'ils étaient une race conquérante. Ils n'étaient point
très nombreux : lors de la grande insurrection Vercingétorix évalua
les cavaliers à 15,000, ce qui, en y joignant les femmes, enfants et
vieillards, constituerait une aristocratie de 60,000 personnes. Que la
population de la Gaule fût de trois ou de six millions d'habitants, selon
les évaluations, cette aristocratie ne constituait qu'une petite minorité.
Ces chevaliers, ce sont les Gaulois conquérants; nous descendons, nous
Français, de la plèbe assujettie et sommes d'une autre race. En effet,
la majorité des Français est brune et de taille moyenne. Les Gaulois
étaient grands et blonds ou roux. Ils ont du reste été exterminés pour
la plus grande partie dans la guerre des Gaules. Quand Caligula, vou-
lant triompher des Germains, qu'il n'avait pas vaincus, fit choisir des
Gaulois de grande taille pour figurer des Germains, il leur fit teindre
les cheveux en rouge, selon Suétone. Les habitants de la Gaule n'avaient
donc plus alors les cheveux de cette couleur.
On se rend compte facilement que le point de départ de ce raisonne-
ment n'est qu'une pure hypothèse. Rien absolument ne nous autorise
à croire que la plèbe était d'une autre race que les chevaliers. César ne
dit rien de pareil. L'explication qu'il donne de son triste état écarte môme
cette hypothèse (VI, 13) : Plerique, cum aul acre alieno aut magnitu-
dine tributorum, aut injuria potentiorum premuntur, sese in servitutem
dicant nobilibus. Si les hommes libres deviennent ainsi clients des
nobles, ce n'est point parce qu'ils sont d'une autre race, c'est parce
qu'ils sont réduits à l'indigence par leurs dettes, les impôts ou la vio-
lence. Au livre I (chap. iv), César nous montre Orgétorix usurpant un
pouvoir tyrannique chez les Helvètes grâce à sa clientèle de débiteurs.
Il y a là un fait social qui s'est reproduit à Rome et dans la monarchie
franque, et partout où l'État est troublé et impuissant à protéger l'indi-
vidu contre la tyrannie d'une aristocratie. Le Franc qui se commende
au vir polens et devient son gazindus, plus tard son vassal, ne diffère
450 BIBLIOGRAPHIE.
point de race avec son seigneur. Il est pauvre, ou même simplement
recherche un protecteur. Remarquons, en outre, que, les Gaulois étant
installés entre la Garonne et le Rhin déjà depuis plusieurs siècles
avant la conquête de César, il est impossible de comprendre comment
ils auraient pu conserver un type physique aussi distinct au milieu de
la population vaincue. Ce serait un phénomène unique dans l'histoire.
Il faudrait supposer qu'ils formaient des castes, et encore cette explica-
tion serait-elle à peine suffisante. Pourquoi se lancer à corps perdus
dans un océan d'hypothèses? Il est si simple de s'en tenir aux textes.
Les déductions tirées du chiffre de la cavalerie de Vercingétorix sont
aussi peu fondées. M. d'A. de J. interprète mal le passage de César
(liv. "VII, chap. Lxiv). Vercingétorix décide de ne pas livrer de bataille
rangée aux Romains. Il déclare inutile de lever de nouvelles troupes
d'infanterie, mais garde toute sa cavalerie, 15,000 hommes, pour har-
celer l'ennemi et l'empêcher de faire du fourrage et d'enlever les
récoltes : quoniam abundet equitatu perfacile esse factu frumentationi-
bus pabulationibusquc Romanos [se] prohibere. Cela ne signifie pas qu'il
n'y a que 15,000 cavaliers en Gaule et que ces cavaliers sont des che-
valiers. Cette assimilation que fait M. d'A. de J. n'est pas justifiée.
Certains peuples, tels les Nerviens, qui ont une aristocratie, n'ont pas
de cavalerie. Chez d'autres, un seigneur riche, tel l'Éduen Dumnorix
(I, 18), entretenait des cavaliers : magnum mimerum equitatus suo
sumptu semper alere et circum se habere. Ces cavaliers sont évidemment
de petites gens, les clients et vassaux de Dumnorix, et non des cheva-
liers. Ceux-ci étaient de grands personnages, et on n'en aurait peut-être
pas trouvé 15,000 en Gaule. Au reste, comment peut-on s'imaginer
que l'armée gauloise de Vercingétorix fût ainsi composée : d'un côté
tous les nobles gaulois groupés en un seul corps de 15,000 cavaliers, de
l'autre des hordes innombrables de fantassins formés unicjuement des
populations vaincues par les Gaulois? Cela ne se comprend pas.
Il est facile de dire que la noblesse gauloise a été à peu près exter-
minée dans la lutte. On cite l'exemple des Nerviens et des Vénètes,
mais on oublie que César a toujours favorisé l'aristocratie d'un nombre
de peuples beaucoup plus important, les Rèmes, les Éduens, les
Séquanes, les Arvernes, les Lingons. Même après Alésia, il rend
20,000 captifs aux Éduens et aux Arvernes (VII, xc). Ce qu'il a
exterminé, c'est le pauvre bétail humain composant l'infanterie des
armées Helvètes, des Germains (Usipètes et Tenctères), etc. Quant à
l'aristocratie, il l'a toujours ménagée.
Venons-en au fameux argument sur la grandeur et la couleur des
cheveux. Les Gaulois, dit-on, étaient grands et blonds. Pour grands, il
faut s'entendre. Ils étaient grands comparés aux Italiens du Sud. Les
Français sont petits par rapport aux Anglais et aux Allemands. Le
point de comparaison des Anciens étant différent, on ne peut rien
1
BIBLIOGRAPHIE. i^i
tirer de là. Les Gaulois étaient blonds? Qu'en savons-nous? M. d'A.
de J. cite à l'appui deux passages, l'un de Virgile, qui, parlant des
Gaulois, dit que leur chevelure est dorée (Enéide, VIII, 658, aurea
cxsaries), l'autre de Silius Italiens (IV, v. 200, 201, flavam... cxsa-
riem). C'est là une épithète banale, exigée peut-être pour la mesure,
et qui ne prouve rien. Les Anciens (surtout les poètes) distinguaient
peu ou pas les Gaulois et les Germains; toutes leurs descriptions
des barbares se ressemblent, et ils ne recherchent point une exacti-
tude rigoureuse. La vérité, c'est que les Gaulois étaient en majorité
comme les Français modernes, les cheveux châtains. En la lavant
avec du lait de chaux, ils donnaient à leur chevelure une teinte de
roux ardent. Poseidonios, qui visita la Gaule vers l'an 100 avant J.-G.,
nous rapporte ce procédé, et ce passage est conservé par Diodore de
Sicile (liv. V, chap. xxviii, § 1) : Taîç 8k x6[i,atç; où [aovov Êx cpOaewç |av9o\,
à>,>^à xa\ 8ià xyi; xaTaaxeuriç, etc. Il est évident que les Gaulois, tout en
étant ?av9oî par rapport aux Italiens et aux Grecs, qui ont les cheveux
noirs, n'étaient pourtant ni blonds ni roux naturellement, car ils n'au-
raient pas eu besoin d'employer le lait de chaux pour obtenir cette
nuance artificiellement. De même, Tite-Live dit, en parlant de la che-
velure gauloise, rutilatse comx (liv. XXXVIII, cap. xvn), « cheveux
rougis, » et non rutilx cornm (la remarque est de M. d'A. de J. lui-
même, page 6, note 3). On a vu plus haut qu'en l'an 40 de notre ère
Caligula déguisa un certain nombre de Gaulois en Germains. Pour cela,
il fit chercher en Gaule les hommes les plus grands « coegitque ruti-
lare et submittere comam » (Suétone, Catilina, c. XLvn). C'est le même
procédé qu'employaient les Gaulois, mais librement, un siècle aupara-
vant. En réalité, le « préjugé, » c'est de se représenter les Gaulois
comme très grands et naturellement blonds. Cette idée fausse a égaré
la plupart des archéologues et des anthropologistes et suscité les théo-
ries les plus bizarres. On a même avancé que les Celtes étaient diffé-
rents des Gaulois, ce qui reviendrait à dire que les Deutschen sont diffé-
rents des Allemands, parce que deux mots aussi dissemblables ne
peuvent désigner un même peuple. Une autre idée fausse, pour le dire
en passant, c'est de croire que les Celtes formaient une race unique.
Actuellement, on sait qu'aucune nation de l'Europe n'a d'unité de race,
mais nous aimons à nous imaginer qu'il n'en était pas ainsi dans l'an-
tiquité. C'est là une erreur de perspective. Quand les Celtes apparaissent
dans l'histoire, vers le vi« siècle avant notre ère, l'humanité était déjà
bien vieille, et les tribus celtiques, pour avoir l'unité de langue et sans
doute de mœurs, n'en étaient pas moins la fusion de bien des races
préexistantes à jamais indiscernables.
M. d'A. de J., qui supprime, ou à peu près, les Gaulois de nos
ancêtres, les remplace par les Ligures. Ce peuple aurait, selon lui, cou-
vert l'Europe occidentale avant la venue des Celtes et des Ombro-La-
^52 BIBLIOGRAPHIE.
tins. Ses arguments sont à la fois historiques et linguistiques. Nous
n'insisterons pas sur les premiers. L'auteur ne donne pas une preuve
positive dans son second volume. Dans le premier, pour arriver à éta-
blir que les Ligures sont arrivés dans l'Europe occidentale vingt siècles (1)
avant J.-C, l'auteur est obligé de proposer une série d'hypothèses qui
nous paraissent singulièrement fragiles. Arrivons aux arguments philo-
logiques, qui sont le grand intérêt du livre.
L'examen de la toponomastique des contrées certainement ligures
nous révèle un suffixe -se- dans les noms de lieux, qui apparaît sous les
formes -asco, -asca, -usco, -osco. Ces noms existent non seulement dans
la Ligurie classique (la IX^ régfon d'Auguste), c'est-à-dire le pays com-
pris entre le Pô et la Méditerranée, allant de Nice à Pise environ, de
l'ouest à l'est; ils se retrouvent en nombre considérable dans toute l'Ita-
lie du Nord. C'est ainsi que, sur 271 noms terminés en -asca, -asco, 90
seulement appartiennent à la Ligurie d'Auguste, 181, c'est-à-dire les
deux tiers, sont en dehors (Piémont, Lombardie, Plaisance, Emilie,
etc.; voy. p. 60). On les retrouve également en grand nombre en
Corse et en Suisse. La France continentale en offre 70 exemples, presque
tous compris dans les régions occupées certainement par les Ligures
entre le Rhône et les Alpes; quelques-uns atteignent au nord la Marne
(voy. p. 115). Enfin l'Espagne en offre une vingtaine d'exemples dissé-
minés au nord et au centre.
Jusqu'ici rien de mieux. M. d'A. de J. a considérablement complété
et amélioré le travail de M. Flechia paru, il y a plus de vingt ans, dans
les Mémoires de l'Académie de Turin, et sa thèse, en son ensemble,
serait séduisante et très acceptable. Pourquoi faut-il qu'il ait cédé à
l'esprit de système? Les noms de lieux énumérés de la page 124 à la
page 205 sont rangés dans la catégorie des mots ligures de la façon
la plus arbitraire et expliqués au moyen des étymologies les plus con-
testables. Nous ne pouvons naturellement songer à les discuter tous.
Deux exemples suffiront : l'Isère [Islira) coule dans une région occupée
il est vrai par les Gaulois, mais où l'on trouve des noms en -osco. L'au-
teur swppose que ce mot est ligure, et, comme il se termine en -ra, il
induit de là qu'une foule de mots terminés de même sont ligures, tels
Oscara, Avara, Sevara, Jura, etc., etc. On croit retrouver le thème alisa
dans un grand nombre de noms de rivières de France, Allemagne,
Italie. Ce thème est ligure, car l'aune s'appelait en gaulois vernos, et
l'auteur suppose que alisa veut dire « aune » en ligure, et « ces rivières
semblent tirer leurs noms des aunes qui croissaient sur leurs bords »
(p. 201-205). — En se laissant ainsi entraîner, on peut aller loin, et
M. d'A. de J. retrouve les Ligures jusque dans le Schleswig-IIolstein
(p. 145) et l'Ecosse (p. 200).
Ces exagérations ne peuvent que compromettre sa thèse et pro-
voquent les contradictions. On se demande si nous avons un critérium
BIBLIOGRAPHIE. ^53
bien sûr pour distinguer les mots ligures des mots gaulois. M. Alfred
Maury, en 1878, avait pris le contre-pied de la thèse de M. d'A. de J.
et soutenu que le ligure était une langue celtique (voy. Mélanges de
l'École des hautes-études pour le dixième anniversaire de sa fondation).
En tout cas, il semble bien qu'il y ait une étroite parenté entre ces
langues. En Corse, oii les Gaulois ne paraissent pas avoir pénétré, on
retrouve des noms terminés par le suffixe celtique -aco. L'auteur est
obligé alors de déclarer (p. 98) que ce suffixe est à la fois ligure et gau-
lois. Gela ne laisse pas d'être inquiétant; on se demande si, récipro-
quement, les suffixes en -sca, -sco ne seraient pas, eux, aussi bien gau-
lois que ligures? On le retrouve à coup sûr dans le nom d'un peuple
gaulois de la vallée du Danube, les Scordisci, et l'auteur est obligé de
reconnaître (p. 113) que plusieurs des noms de lieux terminés en-oscu5
dérivent de noms d'hommes gaulois, tels Branoscus, Camaloscus, Cam-
boscus, Camuloscus. Il suppose alors que ces noms de lieux remontent
à une époque où l'on parlait à la fois ligure et gaulois : mais cette
explication est visiblement donnée en désespoir de cause.
En outre, l'auteur se voit obligé de reconnaître que bien des mots
qu'il donne comme ligures sont certainement gaulois ; tels eburos, ron-
dos, multos (p. 198-199), lemos (p. 188); le suffixe ligure -ati se
retrouve en latin et en gaulois (p. 188); la racine kar serait à la fois
gauloise et ligure (p. 196). Le mot ligure qui signifie « seigle, » sasia,
représente exactement le mot primitif gallois désignant le seigle. M. d'A.
de J. suppose, après K. MùUenhoff, que Kebenna, « les Cévennes, »
serait gaulois et aurait remplacé Kemnienon (graphie de Strabon), qui
serait ligure. Il paraît bien difficile de ne pas admettre l'identité de ces
deux mots. Quant à décider quelle est la vraie forme, c'est assez embar-
rassant, le moyen-gallois cefyn, « dos, » représentant aussi bien un
vieux-gallois Kebyn que Kemyn. En ce dernier cas, cependant, il fau-
drait admettre que la graphie de Strabon est fautive. Le mot aurait dû
être écrit par un seul m ; Kemenon.
Le chapitre intitulé la Nation celtique (m du liv. III) est allongé déme-
surément par des explications de philologie celtique et de grammaire
comparée. Elles sont trop longues pour les spécialistes et, quoi que fasse
l'auteur, trop incomplètes et forcément obscures pour le reste des lec-
teurs. Faute d'une grammaire celtique en français, l'auteur est obligé
de répéter ces explications dans chacun de ses ouvrages. Cela ne sup-
plée point à la grammaire celtique qu'il nous doit depuis longtemps.
— Le paragraphe sur l'empire celtique et le roi Ambicatos (p. 297-305)
est la reproduction d'une idée chère à l'auteur et qu'il a émise déjà il y
a une dizaine d'années. Il croit que les Celtes possédaient, aux v« et
vi« siècles, une sorte d'unité politique et que l'empire sur lequel régnait
Ambicatos vers l'an 400 avant J.-G. comprenait la plus grande partie de
la Germanie, de la Gaule et de l'Espagne (p. 303). Cette unité se serait
-154 BIBLIOGRAPHIE.
brisée au iii« siècle. Les Celtes fournissent alors des mercenaires aux
Carthaginois, ce qui est « antipatriotique; » ils font trembler la Grèce
et fondent un royaume en Asie-Mineure, ce qui est, selon l'auteur,
« un acte insensé. » En conséquence, « le troisième siècle est pour les
Celtes, une époque de confusion, d'extravagance et de honte où les
grandes traditions politiques des siècles précédents sont abandonnées. »
Voilà des affirmations bien graves. Nous voudrions savoir sur quoi l'au-
teur les appuie. Sur le texte suivant de Tite-Live (liv. V, chap. xxxiv,
§ 1-2) : « Prisco Tarquinio régnante, Geltarum, quse pars Gallise tertia
est, pênes Bituriges summa imperii fuit, ii regem Geltico dabant.
Ambigatus is fuit. » Gela ne concorde point du tout. Mais, selon M. d'A.
de J., il y a dans ce texte deux erreurs évidentes : 1° synchronisme
avec le règne de Tarquin l'Ancien ; 2° identification de la Celtique
d'Ambicatus avec celle de César (p. 303, note 2). Soit! mais j'admire
comment on peut tirer tant de choses d'un texte de deux lignes dont
la moitié serait erronée. Voilà un latin qui ressemble trop au turc de
M. Jourdain, qui disait beaucoup en peu de mots.
Une autre idée chère à l'auteur et qui découle de la précédente, c'est
que les Germains ont vécu plusieurs siècles sous la domination des
Gaulois. Les arguments à l'appui sont uniquement philologiques. Ils
portent sur seize mots qui seraient communs aux langues celtiques et
germaniques et empruntés par celles-ci aux premières. Nous ne pou-
vons songera discuter chacun d'eux faute de place. Qu'il suffise de dire
que nous n'admettons comme vraisemblable que l'emprunt parles Ger-
mains des trois mots celtiques r^îx, « roi, » r'igion, « royauté, w lêgis,
« médecin. » Pour les autres, la phonétique des langues germaniques
nous forcerait à admettre qu'ils ont été empruntés à une époque extrê-
mement ancienne, au moins dix siècles avant notre ère, lorsque le p
initial existait encore en celtique, ainsi que r et Z voyelles, que ei indo-
européen n'était pas encore devenu ë en celtique, ni les aspirées sonores
changées en b, d, g, etc., en un mot, lorsque le celtique n'avait pas les
caractéristiques qui le distinguent des autres langues indo-européennes.
Cela revient à dire que le germanique a fait des emprunts au celte à une
époque où il n'y avait ni celtique ni germanique. Au reste, le système
inverse aurait autant de valeur au point de vue phonétique, et ces mots
pourraient s'expliquer aussi bien et mieux par un emprunt des Celtes
aux Germains, du moins avant la Lautverscliïebung. Cette explication
est du reste inutile ; les mots en question remontent simplement à
l'unité indo-européenne.
Si les Germains avaient été pendant tant de siècles soumis aux Gau-
lois, on s'expliquerait difficilement qu'ils n'aient point été absorbés par
ces derniers. M. d'A. de J. suppose donc (p. 373 et suiv.) qu'une oppo-
sition religieuse a sauvegardé leur autonomie. Comme nous n'admet-
tons pas le premier point, nous ne pouvons accepter cette hypothèse.
BIBLIOGRAPHIE. 4 55
Les raisonnements (p. 388 et suiv.) pour expliquer chez les Celtes du
continent une soi-disant unité dialectale, dont nous n'avons aucune
preuve certaine, sont également dépourvus de solidité.
L'ouvrage se termine par un examen de l'emploi des mots qui ont
désigné les diverses branches de la race celtique, Keltos, Galatès, Gal-
lus, Gallia, Walah. L'auteur y déploie un sens historique et critique
très fin.
En réfléchissant à la somme de travail et d'érudition dépensée dans
ces deux importants volumes, on ne peut s'empêcher d'admirer chez
l'auteur une connaissance des sources antiques extrêmement rare et
précieuse, une attention toujours en éveil des moindres progrès de la
grammaire comparée, une ingéniosité infatigable. Je ne crois pas cepen-
dant, je le dis franchement, que son livre puisse entraîner la convic-
tion sur aucun point. Pour résoudre ces difficiles problèmes d'origine,
ce n'est pas trop des secours combinés des textes historiques, de la lin-
guistique, de l'archéologie et de l'anthropologie. Pour ces deux dernières
sciences, l'auteur se récuse. Leur témoignage est pourtant capital, et
on ne doit pas se dissimuler que, sans elles, on n'arrivera qu'à pro-
duire des hypothèses inconsistantes, changeant perpétuellement, selon
les interprétations que tirent les érudits des fragments de textes légen-
daires et contradictoires que nous a laissés l'antiquité. C'est l'anthro-
pologie qui devrait avoir le dernier mot. Jusqu'ici, malheureusement,
les travaux ont été conduits, du moins chez nous, sans méthode cri-
tique et sous l'empire d'idées préconçues. Tout est à refaire. Du train
dont vont les choses en France, il est à craindre qu'on ne s'y mette pas
sérieusement avant le xxi^ siècle.
Ferdinand Lot,
Atlas de monnaies gauloises, préparé par la Commission de topogra-
phie des Gaules et publié sous les auspices du Ministère de l'ins-
truction publique par Henri de la Tour, sous-bibliothécaire au
département des médailles et antiques de la Bibliothèque natio-
nale. Paris, Pion, Nourrit et G*% i 892. In-fol. , iv-i 2 pages et 55 pi.
Ce recueil est le complément d'un volume de texte édité en 1889
sous le titre de Catalogue des médailles gauloises de la Bibliothèque natio-
nale. M. de la Tour avait été chargé de faire la table de ce livre, et il
s'était acquitté de cette mission difficile avec un plein succès.
On lui doit de nouveau une grande reconnaissance pour n'avoir pas
reculé devant le rude travail qui consistait à fournir aux numisma-
tistes un fil conducteur dans l'Atlas, ouvrage très curieux, très utile,
mais établi sans plan arrêté et sans méthode ; il s'agissait de guider les
lecteurs et de leur permettre de recourir de VAtlas au Catalogue. Ce
désordre est expliqué par l'histoire même du livre ; ceux qui y ont tra-
^56 BIBLIOGRAPHIE.
vaille ne soat guère coupables. Chacun a fait de son mieux, travaillant
isolément; la direction a fait défaut.
En 1876, le ministre de l'Instruction publique décida d'entreprendre
un catalogue général des monnaies gauloises. A ce moment, on vou-
lait réunir en un Corpus la description de toutes les pièces de cette
série conservées dans les musées publics et dans les collections parti-
culières; le texte devait être accompagné d'un atlas. Il était tout natu-
rel de commencer par mettre à contribution le Cabinet de France, le
plus riche en monnaies gauloises.
La Commission de topographie des Gaules, qui comptait parmi ses
membres Saulcy et Ch. Robert, les deux savants les plus versés dans
l'étude de la numismatique gauloise, fut chargée de mènera bien cette
œuvre; elle désira avoir pour collaborateurs MM. Chabouillet et Muret,
du Cabinet de France.
On commença aussitôt à réunir les documents nécessaires et à faire
exécuter par Dardel de superbes planches, au nombre de quarante-cinq,
qui furent payées sur les fonds alloués à la Commission pour les
recherches d'antiquités nationales. Ce plan primitif eut pour résultat
de réunir, dans les planches, un très grand nombre de pièces étran-
gères au Cabinet de France. Les monnaies de la Bretagne insulaire
sont, en grande partie, empruntées au bel ouvrage de sir John Evans;
les collections du Musée de Saint-Germain, de Ch. Robert, de Dani-
court, la découverte de Jersey, etc., furent mises à contribution.
En 1883, par suite de la dissolution de la Commission de topographie
des Gaules, ses membres cessèrent de s'occuper du Catalogue et de
l'Atlas. MM. Chabouillet et Muret en restèrent exclusivement chargés
et purent réaliser une idée déjà soumise à leurs collègues qu'ils n'avaient
pu convaincre; le Catalogue général des monnaies gauloises devint le
Catalogue des monnaies gauloises de la Bibliothèque nationale; on laissa
de côté V Atlas, qui ne concordait plus avec le nouveau plan ; on décida
que, lorsque ce serait possible, on publierait un second volume de cata-
logue consacré aux pièces étrangères au Cabinet de France. Ce projet
risque fort, faute de travailleurs de bonne volonté, de ne pas être réa-
lisé de longtemps.
En résumé, le Cabinet des médailles de France y a gagné d'avoir un
Catalogue de ses richesses, augmenté de nombreuses pièces qui ne font
pas partie de ses collections, et cela sans qu'il lui coûtât de sacrifices
pécuniaires. Ensuite, il fut reconnu que l'Atlas était le complément
nécessaire du Catalogue, et on se décida à le mettre à la disposition du
public, qui peut ainsi se servir d'un ensemble de planches telles qu'il
n'en avait pas rêvé jusqu'à ce jour.
Il n'était pas inutile, je crois, de faire l'histoire de cet ouvrage, si
facile à consulter aujourd'hui grâce à M. de la Tour, et d'expliquer
l'incohérence qu'il présente et à laquelle il fallait apporter remède.
BIBLIOGRAPHIE. ^57
Je m'empresse de reconnaître que M. de la Tour a réussi au delà de
toute espérance.
Muret, qui connaissait mieux que personne, par suite d'une longue
pratique, la numismatique ancienne, manquait de l'expérience néces-
saire pour rétablissement d'un livre. Dans le Catalogue comme dans
V Atlas, les divisions et les subdivisions manquent de méthode; les titres
des chapitres et leur distribution laissent le lecteur dans un vague
regrettable ; l'ordre même des matières est absent ; on n'a suivi ni un
plan historique ni un plan géographique. Il semble que, cédant à une
illusion qui égarait les curieux il y a quelques années, on ait tenu à
attribuer toutes les monnaies connues à chacun des peuples cités par
les textes. Hélas! à cette heure encore, nous ne devons pas tenter une
pareille tâche. Quelque nombreuse que soit l'énumération des peuples
gaulois mentionnés par les historiens et par les géographes, nous sommes
loin de les connaître tous, et, si nous savions leurs noms, il faudrait,
au préalable, écarter ceux qui avaient disparu lorsque l'usage de la
monnaie s'établit en Gaule. Entre le Rhin, l'Océan et les Pyrénées, il
y eut, pendant plusieurs siècles, un mouvement de peuples et de tri-
bus comparable aux vagues de la marée montante; je crains fort que
parmi toutes ces attributions il n'y en ait plus d'une qui soit proposée
en faveur de peuplades qui, ayant depuis longtemps reculé devant l'in-
vasion, étaient disparues ou absorbées par les nouveaux venus lorsque
le monnayage apparut.
J'ai insisté sur les critiques à faire au Catalogue et à l'Atlas des mon-
naies gauloises afin de prémunir le lecteur à l'occasion de certains
détails qui pourraient lui faire oublier que ce recueil a une grande
valeur scientifique comme instrument de travail, surtout depuis que
M. de la Tour a fourni les moyens de le consulter utilement.
A. DE Barthélémy.
BcEHMER. Regesta imperii. II. Die Regesten des Kaiserreichs unter
den Herrschern aus dem sxchsischen Hause (9l9-i02iJ, nach
Johann Friedrich Bœhmer, neu bearbeitet von Emil von Otten-
THAL. Erste Lieferung. Innsbruck, Wagner, 4 893. In-/*", 252 pages.
Le fascicule des Regesta publié par M. E. von Ottenthal comprend les
règnes de Henri I" (919-936) et d'Otton I" (936-973). Il suffit de l'an-
noncer, car les lecteurs de la Bibliothèque de l'École des chartes con-
naissent le plan de la nouvelle édition des Regesta, à la fois catalogue
d'actes et itinéraire annalistique des empereurs.il est superflu de démon-
trer l'utilité de pareilles publications, ce serait prêcher des convertis.
Nous ferons cependant remarquer que, tandis que ce fascicule com-
prend 252 pages, la partie correspondante de la première édition, don-
née en 1831, n'en comptait que 19 : c'est marquer l'importance de
•158 BIBLIOGRAPHIE.
l'œuvre de M. E. von Ottenthal. On ne diminuera pas son mérite en
constatant le puissant secours qu'il a reçu de la publication, dans les
Monumenla, des diplômes d'Otton I^"", car lui-même a collaboré à cette
publication. Même pour ceux qui limitent leurs recherches à l'histoire
de France, ce fascicule des Regesta sera un instrument indispensable :
un grand nombre de paragraphes sont relatifs à la Lorraine, sans
compter qu'au x« siècle les nationalités française et germanique s'étaient
trop récemment dégagées de l'unité de l'empire franc pour que les rela-
tions entre elles ne fussent pas étroites et continuelles, si bien qu'au
regard des événements politiques comme au regard des institutions
l'on ne saurait séparer l'histoire des derniers Carolingiens de celle des
princes de la maison de Saxe. M. E. von Ottenthal et M. Ferdinand
Lot se sont donc rencontrés à plusieurs reprises sur le même terrain.
Et, comme le livre de notre confrère, les Derniers Carolingiens, est le
résultat d'une étude approfondie et critique des documents, nous
n'avons pas été surpris de voir le savant allemand adopter la plupart
de ses conclusions, j'entends celles qui sont relatives à la chronologie,
car, juger les hommes et les choses, l'auteur des Begesla n'avait point à
le faire. Comparez § 274 des Regesta et Lot, p. 26 ; § 289 d. et p. 31 ;
§ 317 et p. 39, etc. Maurice Prou.
Le Compte du clos des galées de Rouen au XfV^ siècle (1382-1384),
recueilli par René Le Bodrdellès, docteur en droit, procureur de
la République à Redon, publié et annoté par Charles Bréard.
Rouen, Gagniard, -1893. In-8°, U9 pages. (Extrait de la deuxième
série des Mélanges, publiés par la Société de l'histoire de Nor-
mandie; Rouen, ^893. In-S", 403 pages.)
Au commencement de l'année dernière, M. Le Bourdellès avait la
bonne fortune de découvrir au greffe du tribunal civil de Redon et dans
diverses mairies de l'arrondissement, entre autres pièces d'archives
anciennes, 16 feuillets de parchemin, qui servaient de couvertures à
des cahiers d'état civil de l'an III et dont il eut vite fait de reconnaître
l'importance historique exceptionnelle. Ces feuillets renfermaient, en
effet, un compte du « clos des galées du Roy lez Rouen, » rendu par le
maître et gouverneur dudit clos, Jehan Champenois, de 1382 à 1384.
C'est ce document que vient de publier M. Charles Bréard, avec la
science d'un érudit et la compétence d'un spécialiste.
Une excellente introduction de M. Bréard résume avec clarté et met
bien en relief les principaux points du compte, lequel comprend deux
parties : 1' les recettes et dépenses, de 1382 à 1384; 2° une suite d'in-
ventaires, faisant mention des navires et des approvisionnements qui
se trouvaient réunis à Rouen, à Ilarfleur et à Honfleur, en 1384, lors
de la clôture de la gestion de Jehan Champenois.
BIBLIOG&APHIE. -159
« Cette seconde partie, dit M. Bréard, offrira des renseignements
nouveaux sur le personnel et l'organisation des services de l'arsenal de
Rouen, sur son chantier de constructions navales, sur la voilure, la
mâture, les agrès, les manœuvres de toute espèce qui servaient aux
galères et aux barges, sur les bois, les mâts, fers, toiles, cordages,
engins, munitions que les navires y recevaient des magasins du roi,
sur les armes de jet (arbalètes) destinées aux équipages et sur les traits
(viretons) employés pour ces armes, en un mot sur les ressources du
clos des galées pour construire, caréner, radouber, armer et équiper
une division navale composée de bâtiments de guerre, de bâtiments de
transport et de barques légères chargées de la police du littoral. »
Grâce au dépôt que M. Le Bourdellès a bien voulu faire de sa précieuse
trouvaille aux Archives départementales d'Ille-et- Vilaine, nous avons
pu collationner la copie de M. Bréard avec les feuillets originaux, et
nous nous plaisons à reconnaître que la lecture en a été généralement
très bonne. La sagacité de l'éditeur a su rétablir nombre de mots quasi-
effacés ou rognés par la main barbare du relieur et corriger plus d'une
bévue échappée au rédacteur du compte.
Après un examen minutieux, nous proposerions les quelques recti-
fications suivantes :
Page 17, note 1, au lieu de curate apporlata, lire curie apportata,
comme à la page 43.
Page 20, ligne 5, au lieu de fourny, lire fouy. Il s'agit d'un pionnier
qui creuse un siège pour une barge.
Page 50, ligne 6 (bas), au lieu de madrets, lire madiers, nom ancien
des varangues (Jal, Glossaire nautique).
Page 59, ligne 10, au lieu de pentons à poullies, lire pentoirs à poullies.
Page 63, ligne 5 (bas), au lieu de pies de chienne de fer, lire pies de
chièvre de fer, comme à la page 100.
Page 67, ligne 7, au lieu de bones tarelles, lire loncs tarelles, par oppo-
sition aux petites tarelles mentionnées immédiatement après.
Page 75, ligne 4 (bas), au lieu de pouques de la calengue, lire porques
de la calengue.
Page 82, ligne 10 (bas) et page 84, ligne 6 (bas), au lieu de coites,
lire coués, sans doute pour couets, escouets (amures).
Pages 97, 98, 100, notes, au lieu de Jehennequus, lire Jehennequinus;
forme latine du prénom de J. Champenois.
Plusieurs autres mots nous semblent douteux : guches (p. 96), caril-
lons (p. 100), abomrée (p. 106), etc.?
Enfin, soit oubli, soit système, l'apostrophe et l'accent aigu ont été
omis plusieurs fois, ce qui pourrait donner lieu à fausse interprétation :
Taîine sur Carente, pour Tanné ou Tonnay (p. 38), darain pour d'arain
(p. 62), tambres pour tambrés ou étambrais (p. 76), etc.
Ces légères imperfections, hâtons-nous de le dire, n'enlèvent rien au
460 BIBLIOGRAPHIE.
mérite et à l'intérêt d'une publication qui fait grand honneur à M. Le
Bourdellès et à M. Bréard. Un appendice de 32 pièces inédites, tirées
de la Bibliothèque nationale, complète heureusement le compte du
clos des galées. Mais on nous permettra de regretter l'absence d'un
glossaire, qui eût singulièrement facilité l'intelligence d'une foule de
termes de la vieille langue nautique, à physionomie souvent normande,
dont ce texte est rempli.
Paul Parfouru.
V Armée anglaise vaincue par Jeanne (VArc sous les murs cTOrléans^
par M. Boucher de Molandox et le baron Adalbert de Beadcorps.
Orléans, H. Herluison; Paris, L. Baudoin, 4 892. In-S^SU pages.
(Extrait des Mémoires de la Société archéologique et historique
de l'Orléanais, t. XXIII.)
L'œuvre que M. Boucher de Molandon, avec l'association dévouée
de M. Adalbert de Beaucorps, a pu voir achevée avant la fin d'une car-
rière vouée au culte du plus haut épisode de l'histoire ancienne de la
France', est le résultat de patientes recherches, entreprises de longue
date et depuis lors toujours poursuivies sans relâche. Les documents
édités dans ce recueil étaient déjà réunis dès 1876 et communiqués à la
Société dont ils composent aujourd'hui une des plus importantes publi-
cations2; l'étude qui les précède faisait dès 1878 l'objet d'une lecture
au congrès annuel des Sociétés savantes 3. Des scrupules aussi hono-
rables que peut-être excessifs en avaient seuls retardé jusqu'ici la mise
au point définitive. Tout désignait cependant l'érudit historien Orléa-
nais pour l'exécution intégrale d'une œuvre devenue sienne.
Le blocus d'Orléans, — ou, pour parler plus exactement, les opéra-
tions engagées autour d'Orléans, — d'octobre 1428 à mai 1429, offrent
une de ces importances qu'il serait oiseux de définir. L'organisation de
l'armée assiégeante en représente un des sujets d'étude les plus essen-
tiels et l'un de ceux autour desquels la critique s'est depuis le plus
1. La dernière publicatioo de M. Boucher de Molandon était encore consa-
crée à un point de l'histoire de la délivrance d'Orléans. {Inauguration d'une
croix commémorative du passage et du séjour de Jeanne d'Arc à Chécy,
24 avril 1892. — Bulletin de la Société archéologique et historique de l'Orléa-
nais, t. X, n° 148, 2= trim. de 1892, p. 203-207.)
2. Séance de la Société archéologique et historique de l'Orléanais du 24 no-
vembre 1876. {Bulletin de la Société archéologique et historique de l'Orléanais,
t. VI, n" 91, 4= trim. de 1876, p. 364.)
3. Seizième réunion des délégués des Sociétés savantes à la Sorbonne, séance
du 27 avril 1878, compte-rendu des lectures faites à la section d'histoire et de
philologie dans sa séance du 26 avril. {Revue des Sociétés savantes des dépar-
tements, 6' série, t. VU, l" sem. de 1878, p. 227-229.)
BIBLIOGRAPHIE. •(6'i
longtemps exercée. C'est à dégager ce point que se sont attachés les
auteurs, sans entrer dans le détail d'opérations connues sur lesquelles
bien peu de faits nouveaux semblent encore à découvrir. Le corps de
documents qu'ils présentent aujourd'hui au public, avec l'étude qui le
résume et l'éclairé, contient certainement tous les renseignements et tous
les résultats dont puisse s'enrichir l'histoire sur ce complexe et capti-
vant chapitre.
Les cent quatorze documents publiés par MM. de Molandon et de
Beaucorps (p. 209-301) sont tirés presque en entier de ces anciennes
archives de la Chambre des comptes, dont les épaves, actuellement
disséminées parmi tant de classements divers de nos grands dépôts
pubUcs, composent encore le principal aliment des ventes et des trou-
vailles particulières. Les dépôts d'Angleterre en ont ainsi recueilli une
certaine quantité, directement ou par la voie des collections dont ils se
sont enrichis. Il convient toutefois de ne s'en exagérer ni le nombre ni
la valeur. Loin d'avoir conservé, par voie de versements administratifs
remontant à l'époque de la conquête ou de l'expulsion, la masse princi-
pale des pièces composant la comptabilité officielle de l'époque, — comme
le veut encore de nos jours la légende persistante en tant de villes de nos
provinces françaises, où la mystérieuse Tour de Londres passe généra-
lement pour receler tous les documents relatifs à l'occupation, — les
archives anglaises n'en détiennent qu'une proportion relativement
faible, réunie au hasard des acquisitions partielles ou des accroisse-
ments provenant de l'assimilation de certaines grandes collections pri-
vées. M. Baguenault de Puchesse avait récemment signalé une quinzaine
d'actes de ce genre se rapportant aux événements d'Orléans, contenus
dans divers fonds du British Muséum ^. Les auteurs du présent ouvrage
(voy. pièce 7, p. 220, n. 1) en ont, en outre, recueilli plusieurs autres.
Leur total équivaut à peine au nombre des pièces tirées de la collection
personnelle de M. de Molandon. Quoi qu'il en soit d'ailleurs, et quelle
qu'ait été leur provenance actuelle, les documents qui font l'objet de
cette publication sortent tous du même groupement initial, qui, jadis, en
eût si singulièrement facilité la consultation, devenue actuellement
œuvre de pénibles recherches et de spéciale patience.
Ils consistent en montres d'armes, contrôles, quittances, endentures,
lettres de garant, identiques aux documents publiés en corps par
M. Siméon Luce sur l'invasion étrangère en basse Normandie, et dont
il n'est pas un, ainsi que le formulait si exactement la préface de la
Chronique du Mont-Saint-Michel, « qui n'apporte quelque fait nouveau
ou ne rectifie quelque erreur accréditée ». La plupart se rapportent aux
événements d'Orléans même, et représentent le contrôle permanent,
1. Bulletin de la Société archéologique et historique de l'Orléanais, t. IX,
n" 137, 3" et 4« trim. de 1888, p. 307-308.
4894 44
^&2 BIBLIOGRAPHIE.
le commentaire détaillé du chapitre spécialement consacré au siège
dans le compte septième de Pierre Surreau, receveur général des
finances de Normandie, compte conservé comme l'on sait et savamment
analysé par M. Gti. de Beaurepaire, dans son étude de l'Administration
de la Normandie sous la domination anglaise aux années ik2k, ik2o et
1^29. Un certain nombre d'autres pièces ont trait à l'organisation géné-
rale de l'armée et de l'administration civile dans le pays conquis. Je
veux bien que ces dernières soient choisies comme type; mais devaient-
elles figurer dans une publication exclusivement consacrée à l'histoire
orléanaise? Est-ce avec quelques actes détachés qu'on peut espérer
tracer un tableau complet de ce que fut l'occupation anglo-saxonne en
Normandie? On serait donc en droit d'estimer, sous ce rapport, que c'est
trop ou trop peu. Quant aux documents uniquement relatifs aux opé-
rations engagées sous Orléans, le fait d'avoir réussi à les grouper presque
tous donne à chacun d'eux un intérêt extrême. Chaque corps de troupe
est ainsi suivi pas à pas, avec ses diminutions et ses accroissements
d'effectif, ses mutations dans le commandement et dans les cadres. L'ori-
gine de chaque détachement est exactement établie, et l'enverra tout à
l'heure quelle curieuse observation il y a lieu d'en tirer. Une somme
considérable de notions précises et indiscutables est acquise sur tous
les capitaines de cette armée si bizarrement morcelée. Enfin, il est
vraiment émouvant de trouver ainsi recueillis en bloc, en dépit de leur
sécheresse, de leur style administratif et de leur technique financière,
les actes et les pièces dont la teneur fit agir et se mouvoir une armée
« historique » entre toutes, et sur laquelle les conditions de sa défaite
doivent attirer plus spécialement l'observation et l'analyse.
L'étude à laquelle ces documents servent de base (p. 1-208) comprend
une introduction (p. 3-19) et sept chapitres.
Le premier {État général des forces atiglaises), et le septième {Finances
et administration)^ qui pourraient plutôt se faire suite, sont consacrés à
l'examen de l'organisation implantée par le gouvernement anglais dans
le pays occupé.
MM. de Molandon et de Beaucorps en relèvent les principaux traits,
qui se rapportent à l'administration militaire, à la levée et à l'entretien
des troupes. Ils signalent l'incroyable instabilité du commandement
supérieur, je ne veux pas parler du commandement des places, où la
fixité est au contraire beaucoup plus exactement observée. Une autre
très juste observation porte sur cet étonnant cumul des fonctions rélri-
buables, qui fait qu' « un Anglais de marque semble partout à la fois »
(p. 35), capitaine d'une grande ville, de quatre ou cinq forteresses de
moindre importance, membre du Grand Conseil ou du Conseil de Nor-
mandie, pourvu de charges auprès du roi ou du régent, investi par-dessus
le tout de quelque grand commandement régional. Un commentaire
judicieux est également consacré à la proportion relative des hommes
BIBLIOGRAPHIE. -163
d'armes, montés ou à pied, et des archers, presque toujours employés
dans le rapport de 1 à 3. Il est absolument exact que l'expression cons-
tamment usitée dans les documents anglais : « et les archers », ou bien
encore : « les archers à l'afférent », désigne, sans besoin d'autre indica-
tion complémentaire, le nombre de trois archers pour un homme d'armes.
Quant à la composition de la lance, au moins dans la troupe anglaise,
les auteurs auraient pu se montrer plus affirmatifs encore. Il ressort
évidemment de l'alinéa intitulé : « Composition de la lance et de l'ar-
cher étoffé » (§ 4 du chap. i), que l'homme d'armes d'outre-Manche
n'entretenait pas « d'autre auxiliaire qu'un page », qu'il faut d'ailleurs
considérer comme un non-combattant. Mais l'occasion était bonne pour
poser définitivement en principe que le mot lance, à cheval ou à pied,
dans la troupe anglaise, signifie simplement un individu, une unité
humaine de combat, et qu'en employant par exemple l'expression de
cent lances, les contemporains entendent signifier cent hommes, tous
armés d'une lance, quantité valide et effective, au sens où l'on dirait
aujourd'hui cent sabres ou cent fusils. Les dénombrements plus ou
moins fantastiques auxquels a pu prêter une certaine confusion qui
semble inhérente à cette question, — dénombrements auxquels MM, de
Molandon et de Beaucorps ne se sont, il faut le reconnaître, nullement
prêtés, — ont fait leur temps. Et même dans la troupe française, jus-
qu'à l'époque de l'application des ordonnances de 1439 et de 1446, nous
permettra-t-on le plus extrême scepticisme sur le chiffre des servants
effectifs de la légendaire la?ice fournie.
Les chapitres ii à v sont consacrés à la discussion de la composition
et de l'effectif total de l'armée dirigée contre Orléans. [Armée de Salis-
bury; Première phase du siège d'Orléans; Deuxième phase du siège d'Or-
léans; Détachements et contingents féodaux tirés de la Normandie et du
pays de conquête.)
La base de cette armée était constituée par le corps de troupes amené
d'Angleterre sous la conduite du comte de Salisbury, lequel devait
comprendre, en principe, 600 hommes d'armes et 1,800 archers, avec
faculté de remplacer, jusqu'à concurrence de 200 hommes d'armes, un
de ces derniers par trois archers, ce qui, en réalité, en amena l'effectif
combattant au chiffre de 450 lances et 2,250 archers. Vendenture rela-
tive au rassemblement de ces troupes, connue depuis longtemps par
Rymer et rééditée par Stevenson, est datée du 24 mars 1428, et l'em-
barquement de ce premier corps d'armée, le 30 juin, auprès de Douvres,
ne prête à aucune discussion. A ce fond primitif vient s'ajouter, en
exécution de lettres au nom de Henry YI, en date du 24 juin, un autre
corps de 400 lances et de 1,200 archers correspondants, rassemblement
important, dont les travaux de M. Gh. de Beaurepaire, toujours exacte-
ment consultés par les auteurs, ont vérifié l'existence. MM. de Molan-
164 BIBLIOGRAPHIE.
don et de Beaucorps caractérisent avec raison cette seconde armée, en
remarquant qu'elle ne consistait point en « une grosse unité », mais
en « plusieurs corps avec divers capitaines n'ayant d'autre lien que
d'être ensemble sous le commandement supérieur de Salisbury » (p. 54)«
Un des documents les plus intéressants de la publication est celui
(Pièces justif., n° 3) qui contient le texte même des lettres de Henry VI,
relatives à la formation de cette colonne, et dont moitié devait être
payée sur les finances de Normandie, moitié sur celles de France. Ce
second corps de troupes, passé en revue, selon la provenance de ses
contingents, à Yernon et à Poissy, le 15 juillet, prit part, avec les
levées amenées d'Angleterre par le comte de Salisbury, à toutes les
premières opérations de la campagne. L'armée d'invasion qui se mit
en marche vers la Loire, en août 1428, comptait donc sur le papier, en
tenant compte des interversions facultatives opérées par Salisbury,
850 lances et 3,450 archers, en tout 4,300 combattants.
Je ne pense pas qu'il faille ajouter à ce chiffre les petits détachements
tirés des places de Normandie, qu'on voit apparaître, vers novembre
ou décembre seulement, dans les rangs de l'armée assiégeante (Pièces
justif., nos 19 à 24, 56 à 59, 64, 66, 82). MM. de Molandon et de Beau-
corps estiment qu'ils ne servirent qu'à convoyer les vivres, les finances
et les munitions (p. 94-96, 107-110, 131-132), si ce n'est à combler les
vides, hypothèse qui justifierait amplement leur présence sous les murs
d'Orléans. Ces détachements isolés, dont les documents publiés par les
auteurs établissent avec précision l'origine, tirés, entre bien d'autres,
de Rouen, Château-Gaillard, Pont-de-l'Arche, Pontorson, Saint-Lô,
Coutances, comptant depuis un homme d'armes et trois archers jusqu'à
vingt hommes d'armes et soixante archers, représentent autant de pré-
lèvements opérés sur les garnisons anglaises. Sur celle de Pontorson,
par exemple, place démolie, il est vrai, quelques mois plus tard, en juil-
let 1429, et peut-être déjà moins bien gardée, cette formation de marche
(Pièces justif., n» 82, 20 hommes d'armes et les archers) atteint jusqu'au
quart de la garnison normale (80 hommes d'armes et les archers^). Ce
qu'il faut remarquer en outre, c'est que ce système des « petits paquets »,
comme on le définirait de nos jours, ne fut pas une exception réservée
au siège d'Orléans. Le procédé paraît au contraire avoir été d'emploi
méthodique et courant dans la tactique anglaise, non seulement pour
les entreprises de quelque durée et de quelque importance, comme le
siège de Pontorson en 1427, de Ghàteau-Gaillard en 1430, de Louviers
en 1431, de Saint-Denis en 1435, mais encore pour des opérations de
bien moindre intérêt, dont les chroniques ont à peine conservé trace :
1. Siméoa Luce, Chronique du Mont-Saint- Michel, t. 1, p. 283-284, Pièces
juslif., n° 105.
BIBLIOGRAPHIE. ^65
tel , entre autres , ce siège de la bicoque de Farcheville auprès
d'Étampes^, en janvier 1428, auquel figurent des détachements tirés des
garnisons de Vire et de Falaise 2.
S'il ne convient pas de faire entrer en ligne de compte ces groupements
singuliers, il y a lieu toutefois de joindre aux 4,300 combattants qui
viennent d'être spécifiés le montant d'un renfort spécial, qui, sur la
durée de près d'un mois de service, en avril 1429, rallia quelque temps
les bords de la Loire. Il se composait des contingents féodaux du duché
de Normandie et du pays de conquête, convoqués à Vernon, le 29 mars
1429 : ce corps, dont les études de M. Gh. de Beaurepaire ont reconnu
l'identité, et sur lequel les auteurs publient d'intéressants documents
(Pièces justif., no^98 à 104), put s'élever jusqu'à 200 lances et 600 archers.
Resterait à déterminer le contingent fourni par le duc de Bourgogne,
signalé et évalué, seulement à l'occasion du départ de ces troupes, par
le Journal du siège : ce dernier texte mentionne, à la date du 17 avril
1429, la retraite d'environ 1,500 Bourguignons, dont l'absence affaiblit
d'autant l'armée assiégeante. Cet effectif n'étant pas spécifié plus exac-
tement, on se voit obligé de s'en tenir à cette appréciation assez vague.
Le total de tous ces corps de troupes réunis porte le nombre des sol-
dats expédiés par le gouvernement anglais vers les rives de la Loire,
au plus fort des opérations sous Orléans, à 6,600 hommes environ, en
compensant les morts et les blessés par les renforts dont l'origine vient
d'être établie, et dans la catégorie desquels il faut comprendre cette
colonne de 500 Anglais formant l'escorte du célèbre convoi des Harengs,
qui vint s'encadrer dans les rangs de l'armée assiégeante, au témoi-
gnage combiné de Monstrelet et du Bourgeois de Paris. Des considéra-
tions techniques amènent les auteurs à penser que la simple garde des
bastilles comportait au moins 5,000 hommes. Après le départ des Bour-
guignons, l'armée d'investissement ne compta guère davantage.
On se trouve ainsi loin des évaluations auxquelles avait prêté la Chro-
nique de la Pucelle, demeurée si longtemps le principal élément d'appré-
ciation connu, et qui portait la force de l'armée anglaise à 10,000 hommes
à la fin de l'année 1428. Sans se fier à cette affirmation, des supputations
ingénieuses avaient déjà plus d'une fois essayé de reconstituer l'effectif
réel des troupes assiégeantes. Le premier historien critique du Siège,
Jollois, dont les sagaces conclusions ont fixé tant de points douteux de
cette campagne décisive 3, avait ainsi relevé les arrivées successives de
1. Farcheville, sur le plateau entre l'Essonne et la Juine, sur le territoire de
la commune de Bouville, Seine et-Oise, cant. d'Élampes.
2. Bibl. nat., ms. fr. 25768, n»' 269 et 270.
3. Histoire du siège d'Orléans, 1833. — Lettre à MM. les membres de la
Société des Antiquaires de France sur l'emplacement du fort des Tourelles de
l'ancien pont d'Orléans, 1834.
^66 BIBLIOGRAPHIE.
colonnes anglaises signalées par le Journal, et, le contingent bourgui-
gnon mis à part, était parvenu au chiffre de 9,440 combattants *, qu'a
depuis adopté M. Wallon, dans son Histoire de Jeanne d'Arc^.
Dans un mémoire plus récent, M. Vergnaud-Romagnesi^, partant
d'un mode d'évaluation différent, celui des pertes subies par les assié-
geants, arrivait à réduire le total du corps de blocus à 4,000 hommes,
au moment de l'apparition de Jeanne d'Arc*. Depuis, dans une autre
étude, M. Mantellier^ a le premier reconnu et publié des pièces origi-
nales relatives aux contingents expédiés devant Orléans, qui mettaient
sur la voie de tout un travail nouveau à établir sur ces bases ^. Il sera
désormais établi que l'armée anglaise, au fort des opérations, ne compta
pas plus de 6 à 7,000 combattants effectifs présents sous les murs
d'Orléans.
Après avoir relevé que le choix primitif d'Angers comme point d'at-
taque de la ligne de la Loire, et l'abandon de ce projet, resteront toujours
sans doute énigmatiques (p. 25, 50, 55, 59 et 62), MM. de Molandon et
de Beaucorps relatent sommairement la marche enveloppante de Salis-
bury et les événements principaux du siège : les combats d'artillerie,
les effets du tir anglais, les travaux de mine, sont l'objet d'un commen-
taire approfondi auquel la compétence technique de l'un des collabora-
teurs ajoute un indiscutable intérêt. Ajoutons que la question contro-
versée du commandement supérieur des opérations du siège après la
mort de Salisbury, le 23 octobre, est définitivement tranchée (chap. iv,
§ 2, p. 111-116). 11 résulte absolument de deux des documents publiés
(Pièces justif., n°s 60 et 61) que cette direction suprême fut exercée
simultanément par Suffolk, Talbot et Scales. Jeanne d'Arc avait donc
une raison péremptoire de leur adresser spécialement, à tous trois, l'in-
jonction finale de la célèbre lettre par laquelle elle sommait les envahis-
seurs d'avoir à vider la terre de France.
Le chapitre vi (Dépenses pour le siège d'Orléans) est un court exposé
des frais nécessités par la levée de l'armée du siège, d'après les chiffres
indiqués dans le compte analysé par M. de Beaurepaire, ainsi que des
expédients financiers du gouvernement anglais, obligé de retenir un
trimestre du traitement de tous ses fonctionnaires pour en affecter le
1. Jollois, Histoire du siège d'Orléans, chap. i, par. vi, p. 41-46. Des forces
relatives des assiégés et des assiégeants.
2. Jeanne d'Arc, t. I, livre II, \y.\xi. ni, p. 173, et App. XXII, p. 399-400.
3. Siège d'Orléans de 1429. Mémoire sur les dépenses faites par les Orléa-
nais en prévision du siège et pendant sa durée, 1861. (Extrait du Bulletin du
Bouquiniste, n" 96, 98, 99, t. VIII et IX, déc. 1860 à févr. 1861.)
4. Vergnaud-Romagnesi, Mémoire sur les dépenses..., p. 12.
5. Histoire du siège d'Orléans, 1867.
6. Mantellier, Histoire du siège d'Orléans, p. 218-240, Pièces justif., n" 7,
8, n.
BIBLIOGRAPHIE. ^ 67
montant au budget militaire de l'année. A cette occasion sont publiés
quelques curieux exemplaires de ces mandements individuels de rete-
nue (Pièces justif., n°^ 105 et 106).
Il serait improbable qu'au cours d'une étude aussi complexe et tou-
chant à tant de détails et d'individualités, il ne se rencontrât ni erreurs
ni inexactitudes.
D'abord MM. de Molandon et de Beaucorps sont-ils bien certains que
les documents qu'ils publient, avant d'avoir été versés à la Chambre des
comptes de Paris, aient jamais passé par celle de Rouen, que ce soit en
1762 seulement, à la suppression de cette dernière, qu'ait eu lieu ce
versement, et que ce ne soit pas l'incendie trop célèbre de 1737, mais
un triage méthodique exécuté en 1776, qui ait amené la dilapidation de
ces précieuses collections (Introd., § 1, p. 5-7) ? Mais, après la suppres-
sion de la Chambre des comptes éphémère de Caen, le 15 juillet 1424,
et à la suite de l'absorption de cette juridiction par celle de Paris, —
ordonnance dont les auteurs citent cependant le texte original (p. 183),
— n'est-ce pas de la Chambre de Paris que relèvent tous les comptes
du gouvernement anglais, comme celui de Pierre Surreau, et toutes les
pièces comptables, comme celles qui font l'objet de cette publication
méme^? Il ne peut y avoir sur ce point de doute ni de contestation pos-
sible. Après la reprise de Paris et jusqu'à l'expulsion définitive des
Anglais, il se peut qu'il leur ait fallu une Chambre des comptes pour
leurs possessions de Normandie, besoin auquel répondait celle instituée
à Caen au début de la conquête; mais, en tout cas, les pièces qui eussent
été de son ressort se rapporteraient seulement à l'époque comprise entre
1436 et 1449, et il est évident qu'elles durent ensuite se trouver reversées
dans le cadre des classements de Paris. La fondation d'une Chambre des
comptes spéciale à Rouen ne remonte qu'à 1580, et, quant à sa suppres-
sion, ce n'est pas en 1762 qu'elle fut prononcée, mais à la suite des évé-
nements qui amenèrent la création du parlement Maupeou, en 1771.
Cette fusion ne dura du reste que trois ans, et les quatre dépôts qui
constituaient les archives de cette cour, expédiés à Paris, se trouvèrent
retransportés en Normandie. Ils n'auraient donc pu se trouver exposés
à la dilapidation méthodique indiquée par les auteurs comme ayant eu
lieu à partir de 1776, dilapidation qui en réalité s'exerçait, depuis l'édit
de 1741, sur tous ces titres échappés à l'incendie de 1737, véritable et
unique destructeur des collections où sont compris tous les documents
édités dans l'œuvre de MM. de Molandon et de Beaucorps^.
1. Voir le texte même de cette ordonnance, en se référant au passage cité
(p. 183). Cf. Ch. de Beaurepaire, De l'administration de la Normandie,
p. 14-15.
2. De Boislisle, Histoire de la maison de Nicolay, t. II, Pièces justif., Notice
préliminaire sur la Chambre des comptes de Paris, p. xxni-xxv, cxi-cxii,
cxxvii-cxxvin.
^68 BIBLIOGRAPHIE.
On ne voit pas, en outre, que les auteurs aient suffisamment utilisé
les travaux de M. Longnon sur l'étendue de la domination anglaise à
l'époque de l'apparition de Jeanne d'Arc, qui contiennent cependant, et
avec quelle richesse ! les renseignements de la valeur que l'on sait, et
notamment l'identification lumineuse de presque toutes les quarante
places fortes enlevées par Salisbury dans sa campagne d'approche de la
Loiret villes et châteaux dont la plupart des noms relevaient jusqu'a-
lors de la plus pure fantaisie 2. On ne voit pas non plus qu'ils aient pris
connaissance de l'étude de M. Robert Triger sur l'invasion du Maine, ovi
sont pourtant dressées des notices inédites et documentées sur maint
capitaine anglais ayant pris part à la campagne de la Loire, entre
autres sur Nicolas Burdett, William Glasdali, Robert Harling, Richard
Wideville, qui eussent été dans l'espèce d'une précieuse consultation'.
Un reproche général qu'on serait en droit d'adresser au corps de la
publication porterait certainement sur la façon dont les noms de person-
nages anglais se trouvent relevés. Ainsi pourquoi ces formes compliquées
ou incorrectes, comme Standyssh (p. 54), Nessefied (p. 41), Ouverton
(p. 121), Kyrell (p. 54), Goghe (p. 129), etc., etc.? Quelques-unes en
deviennent inexactes, comme Scrocher pour Strother (p. 125), Wivre
pour Wever (p. 126). En outre, s'il est délicat de se fixer une méthode
de notation pour les noms de famille de souche normande déformés en
Angleterre, au moins est-il nécessaire d'en adopter une et de choisir,
par exemple, entre Bourdct et Burdett, Neville, Neufville ou Nevil.
En revanche, ce dont il faut être reconnaissant aux auteurs, c'est d'avoir
presque partout rompu avec la déplorable tradition qui consiste à affu-
bler de particules françaises les noms propres anglais, et souvent les
plus rebelles à ce genre d'adaptation. Il y a vraiment plaisir à lire, par
exemple, Robert Hungerford, Richard Grey, William Pôle, comte de
Suffolk, et à ne plus entendre parler du seigneur de Talbot.
Dans le détail, un certain nombre d'inexactitudes seraient à relever. —
Ainsi Jacques do Ûynen (p. 206) est simplement Jacques de Dinan, sire
de Beaumanoir. — C'est Auvillars, dans le pays d'Auge '', et non une loca-
lité quelconque du nom de Villers (p. 106), qui représente la seigneurie
échue au capitaine danois Andrew Ogard, au service de l'Angleterre.
— Pourquoi identifier Eustache Gandin (p. 130), le chef de corps bour-
1 . Les Limites de la France et l'étendue de la domination anglaise à l'époque
de la mission de Jeanne d'Arc. {Revue des Questions historiques, t. XVIII,
ocl. 1875.)
2. Découverte aux archives de Guildhall et publiée pour la première fois par
M. Jules Deli)it, Documents français en Angleterre, n° 376, p. 236-237.
3. Une Forteresse du Maine pendant l'occupation anglaise. Fresnay-le-
Vicomte de 1417 à 1450. {Revue historique et archéologique du Maine, t. XX,
1" sem. de 1886.)
4. Auvillars, Calvados, canl. de Cambremer.
BIBLIOGRAPHIE. 469
guignon dont les chroniques signalent la présence devant Orléans, et
dont les documents récemment découverts à Vienne par M. Bougenot^
semblent mentionner la mort à Patay^, le 18 juin, avec cet autre offi-
cier danois « Eustache de Grandyn », signalé sous cette forme par Ste-
venson comme servant dans l'armée anglaise ? — La place de Béthencourt
(p. 64), enlevée par Salisbury en approchant d'Orléans, dans l'été de
1428, est Bretencourt, à la naissance du plateau de Beauce, aux sources
de l'Orge, lieu fort dont M. Longnon a fixé l'identification 3. — Le bailli
de Rouen qui présida au supplice de Jeanne d'Arc n'était pas ce John
Salvayn qui parut devant Orléans (p. 204). Celui-là était Raoul Bou-
teiller, dont la nationalité demanderait à être éclaircie, et qui remplit
à Rouen l'intérim de Salvayn pendant le séjour de Henry VI, d'oc-
tobre 1430 jusque vers la fin de 1431.
Quant au bailli d'Évreux présent au siège, et sur son rôle (p. 57-
58, 90, 129), MM. de Molandon et de Beaucorps ont absolument
raison (p. 129) d'émettre des doutes, qu'ils auraient pu même
changer en affirmations plus positives. En effet, le bailli d'Évreux,
on peut considérer le fait comme acquis, arrive le 12 octobre avec
Salisbury sous les murs d'Orléans et sert pendant la durée du siège :
en outre, Monstrelet, à tort certainement, le désignant seulement par
son titre, sans mentionner son nom, le fait périr à la défense des Tou-
relles, aux côtés de Glasdall, le 7 mai''. D'après les notes du fragment
de Perceval de Cagny et du texte du Journal du siège publiées dans le
Procès^, ce personnage a souvent été identifié avec l'officier gallois
Richard Gethyn, qui exerça incontestablement, quant à lui, les fonc-
tions de commandant de Beaugency, place qu'il rendit lui-même à
Jeanne d'Arc le 15 juin. Or, en fait, Richard Gethyn, — qui d'ail-
leurs survécut après l'événement du 7 mai, ce qui ne permet pas de le
faire périr aux Tourelles, — ne paraît jamais avoir figuré parmi les
baillis d'Évreux, dont nous avons eu occasion de dresser la liste. Il
n'exerce les fonctions de bailli qu'à Mantes, oii il était déjà commandant
de la place, de 1433 jusqu'au commencement de 1437. Le bailli d'Évreux,
alors effectivement en exercice, est en réalité Richard Wallcr, en charge
depuis 1426, et qu'on retrouve en fonctions, de retour à son poste, à la
1. Notices et extraits de manuscrits intéressant l'histoire de France conser-
vés à la Bibliothèque impériale de Vienne. (Bulletin du Comité des travaux
historiques et scientifiques, section d'histoire et de philologie, année 1892.)
2. Lettre de Jacques de Bourbon, comte de la Marche, à Guillaume de Cham-
peaux, évêque de Laon, du 24 juillet 1429 (Ibid., toc. cit.).
3. Fraction de la commune de Saint-Martin- de-Brétencourt, Seine-et-Oise,
cant. de Dourdan.
4. Monstrelet, livre II, chap. lix, édit. Douët-d'Arcq, t. IV, p. 321.
5. Procès, t. IV, p. 14, n. 1, et p. 97, n. 2.
i70 BIBLIOGRAPHIE.
date du 16 juin, où le document qui le mentionne signale sa participa-
tion récente et déjà passée à la campagne de la Loire, à la suite de
laquelle, soit dans le dernier mois de 1429, soit dans le courant de 1430,
on le voit passer bailli de Caen. Si donc les indications concernant le baillî
d'Évreux présent au siège doivent certainement se rapporter à ce per-
sonnage, on ne peut néanmoins pas encore lui appliquer le récit de
Monstrelet. Mais pourquoi n'inclinerait-on pas à croire que le capitaine
anglais, -- demeuré inconnu, qui trouva la mort aux Tourelles, et que
Monstrelet désigne seulement sous son titre de bailli d'Évreux, — ne
fait qu'un avec celui que le Journal du siège mentionne sous le nom du
bailli de Mantes, et que ce dernier texte, sans parler cette fois du bailli
d'Évreux, signale comme ayant péri dans ce même assaut ^? En admet-
tant une confusion bien aisément compréhensible commise par Mons-
trelet, il resterait avéré que le bailli d'Évreux, Richard Waller, arrivé
devant Orléans avec Salisbury, fit toute la campagne et revint à son
poste, et que ce fut uniquement le bailli de Mantes qui perdit la vie
sur la brèche des Tourelles, dans les conditions qui viennent d'être
rappelées. Ce bailli de Mantes serait alors Thomas Giffart, que l'on sait
avoir occupé ces fonctions au moins depuis 1428, qui les exerce au cours
du siège et dont on ne rencontre plus trace depuis. MM. de Molandon
et de Beaucorps le mentionnent d'ailleurs sous son nom comme présent
devant Orléans et commandant aux Tourelles (p. 40, 55, 98, 118), et
l'identifient, non sans raison (p. 98), avec le bailli non désigné de
Mantes dont le Journal du siège signale la mort aux Tourelles. Les
auteurs avaient donc entre les mains les moyens suffisants pour éclair-
cir cette triple incarnation de l'anonyme bailli d'Évreux, que les
remarques formulées ici nous semblent à présent dégager de toute
incertitude.
Ces quelques imperfections de forme et de détail n'enlèvent rien,
comme il est aisé de s'en rendre compte, à la valeur fondamentale de
l'œuvre de MM. de Molandon et de Beaucorps. Le nombre et l'impor-
tance des documents qu'elle révèle, les résultats qu'elle fixe, les conclu-
sions qu'elle permet de poser sur l'événement capital qui marque le
tournant le plus critique de notre histoire nationale, en font un élément
indispensable de tout essai de connaissance de cette époque sinistre
et grandiose, dont il semble que tout soit dit et autour de laquelle il
reste encore tant à faire. MM. de Molandon et de Beaucorps en auront,
en tout cas, définitivement élucidé l'une des questions les plus passion-
nantes et les plus controversées.
Germain Lefèvre-Pontalis.
1. Journal du siège, dans Procès, i. IV, p. 162.
BIBLIOGRAPHIE. -171
Campagnes des Anglais dans V Orléanais, la Beauce chartraine et le
Gâtinais (^42^•^428). V Armée sous Wanvick et Suffolk au siège
de Montargis. Campagnes de Jeanne d'Arc sur la Loire posté-
rieures au siège d'Orléans, par AmicieDE Villaret. Orléans, -1893.
In- 8°, v-l 68 pages,
M"" A. de Villaret, qui est l'auteur de plusieurs livres remarquables
sur l'histoire d'Orléans % aurait failli à son devoir de bonne Orléanaise
si elle n'avait consacré une partie de son activité scientifique à la libé-
ratrice d'Orléans. Déjà elle avait écrit un intéressant mémoire sur le
page de Jeanne d'Arc^. Cette fois, elle a choisi un sujet d'un plus haut
intérêt. Il s'agit des opérations militaires qui précédèrent le siège d'Or-
léans et de celles qui le suivirent. Sur le siège même d'Orléans, il res-
tait peu de choses à dire. La marche envahissante des Anglais, resser-
rant toujours leurs lignes jusqu'à envelopper complètement le cœur de
la France, n'était pas moins connue, surtout depuis les remarquables
travaux de Siméon Luce et de M. Longnon. Mais il restait à préciser
les efforts faits par les Anglais pour se créer dans la Beauce et l'Orléa-
nais une nouvelle base d'opérations. M'ie de Villaret a mis en lumière
les entreprises de l'ennemi contre Vendôme, qui probablement ne
furent pas couronnées de succès; elle a raconté le siège de Montargis,
prélude de celui d'Orléans, et la campagne courte, mais méthodique,
qui amena Salisbury sous les murs de cette dernière ville. Par l'étude
critique des documents, spécialement des pièces de comptabilité, elle
rétablit dans leur exactitude les faits souvent altérés par les chroni-
queurs contemporains, et détermine l'effectif réel des troupes. Enfin, la
participation des Orléanais aux campagnes de Jeanne d'Arc sur la
Loire, après la levée du siège, n'avait jamais été indiquée avec autant
de précision. Les pièces justificatives imprimées à la fin du volume
sont pour la plupart extraites du compte d'André d'Épernon, trésorier
des guerres, déjà utihsé par Siméon Luce, et aussi des comptes com-
munaux d'Orléans. Parmi ces pièces, il en est une que je veux citer,
éloquente dans son laconisme administratif, et qu'on ne lira pas sans
émotion : « Recepte faicte par Michelet Filleul, commis et ordonné en
la Chambre de la ville d'Orléans par les devant diz procureurs à rece-
voir certains emprumpz et aides mis sus en ladicte ville d'Orléans pour
convertir à la deffense d'icelle ville à rencontre des Angloys, et aussi
de certains dons faiz à ladicte ville, desquelx cy-après sera faicte men-
cion, commençant icelle recepte le ix^ jour du moys de septembre, l'an
mil lUIc vint et huit. Et premièrement, recepte d'argent blanc : de
1. Entre autres les Antiquités de Saint-Paul d'Orléans (cf. Bibl. de l'École
des cfiartes, t. XLV [1884], p. 550).
2. Louis de Coules, page de Jeanne d'Arc. Orléans, 1890, in-8°.
172 BIBLIOGRAPHIE.
Jehan Mahy, tenneur, une tasse d'argent, pesant vi onces d'argent,
signée du poinçon de Paris, et toute neufve... » A la suite de Jean
Mahy défilent un certain nombre de ses concitoyens apportant leur
vaisselle d'argent à la fonte et sacrifiant leur luxe à la défense de la
patrie.
Maurice Pbou.
N.-E. DroNNE. Jacques Cartier. Québec, impr. L. Brousseau, ^889.
In-'i2, xii-332 pages.
Jacques Cartier, his life and voyages^ by Joseph Pope. Ottawa, impr.
Woodburn, ^889. In-8°, -168 pages.
N.-E. DioxNE. La Nouvelle-France, de Cartier à Champlain, -1540-
4 603. Québec, typ. G. Darveau, ■1891. In-8o, 396 pages.
Samuel Champlain, fondateur de Québec et père de la Nouvelle-
France. Histoire de sa vie et de ses voyages, par N.-E. Dioxne.
Tome I. Québec, A. Côté, ^891. In-8°, xvin-430 pages.
Les ouvrages dont nous offrons le compte-rendu peuvent donner une
excellente idée du mouvement bibliographique et littéraire dans le
Canada français, ce pays trois fois grand comme la France et dont les
productions intellectuelles, déjà nombreuses, ont gardé toute la saveur
de l'ancienne littérature française.
Jacques Cartier, le « Découvreur, » comme se plaisent à l'appeler les
écrivains canadiens, a déjà été l'objet de différents travaux ^ Pendant
toute la seconde moitié du xvi« siècle, les expéditions françaises au
Canada furent nombreuses; elles font l'objet de la Nouvelle-France de
1. Les recherches provoquées parles Sociétés savantes du Canada donnèrent
lieu aux publications suivantes : Documents sur Jacques Cartier, publiés par
C. Desraazières de Séchelles dans les Transactions de la Société historique et
littéraire de Québec, t. V, p. 81-146; — Harvut (H"), Jacques Cartier, recherches
sur sa personne et sur sa famille. Nantes, impr. Forest et Grirnaud, 1884, in-8%
14 p. (Extrait de la Revue de Bretagne et de Vendée). — Rappelons ici que
plusieurs de nos confrères ont contribué par quelques appoints à l'histoire des
origines du Canada : Joùon des Longrais (F.), Jacques Cartier, documents
nouveaux. Paris, A. Picard, 1888, in-8», 222 p.; — Documents inédits sur
Samuel de Champlain, fondateur de Québec, publiés par Etienne Charavay.
Paris, Charavay, 1875, 1 vol. in-S"; — Histoire des relations des Hurons et des
Abnaquis du Canada avec Notre-Dame de Chartres, par M. Merlet. Chartres,
1858, in-8°; faisant suite à la publication de M. Doublet de Boistbibault, les
Vœux des /Jurons et des Abnaquis à Notre-Dame de Chartres publiés pour fa
première fois. Chartres, 1857, in-8°. — Jaccjues Cartier a été encore l'objet
d'une autre publication anglaise, que nous n'avons pas eue entre les mains pour
l'examiner : Stephens, Jacques Cartier and his four voyages to Canada.
Montréal, 1889, in-8«.
BIBLIOGRAPHIE. 'i 73
M. Dionne. Ghamplain fut le véritable organisateur de la colonie :
M. Dionne lui consacrera trois volumes (Samuel Ghamplain, Introd.,
p. xvi). Les explorations et la colonisation de l'Amérique étaient suivies
avec autant d'intérêt, au xvi« et au xvn« siècle, que celles de l'Afrique
de nos jours. La cause première du courant qui porta les Européens
vers l'Amérique septentrionale, la partie la moins productive du Nou-
veau-Monde, ce fut la pêche « aux terres neuves » [Nouvelle- France,
ch. vm), puis le commerce des fourrures sur le continent américain
[Ibid., ch. xiii). En abordant à l'ile de Terre-Neuve, la première impres-
sion de Jacques Cartier, qui avait été au Brésil, fut que « c'est la
terre que Dieu donna à Gayn^ » Aussi les quatre voyages de Jacques
Cartier, pas plus que ceux de ses prédécesseurs Sébastien Cabot, Jean
de Léry, etc., ne furent-ils suivis d'aucun essai de colonisation immé-
diat. Cartier ne remonta le Saint -Laurent que jusqu'à Hochelaga
(Montréal) et ramena quelques Indiens pour les montrer au roi de
France. Jean-François de la Roque, sieur de Roberval, gentilhomme
picard, succéda à Jacques Cartier en 1540 et donna plus d'extension à
l'exploration continentale^. C'est Roberval qui fit déposer sa propre
nièce dans l'île déserte de la « Demoiselle Marguerite » avec son amant
et une duègne^. Jehan Alfonce, Saintongeois , pilote de Roberval,
s'avança dans les régions arctiques (1542). Il faut aller ensuite jusqu'à
la fin du xvi« siècle, avec Troïlus du Mesgouez, marquis de la Roche,
Breton (1598), et Pierre de Chauvin, sieur de Tontuit, marchand de
Ronfleur (1600), précurseurs immédiats de Champlain, pour voir la
colonisation reprendre et faire quelques progrès. Champlain, né à
Brouage vers 1570, se prépara, par de nombreux voyages en Espagne,
aux îles Canaries, au Mexique, aux Antilles et sur les côtes du nord du
Brésil, à l'exploration du Canada, qu'il commença en 1603. Québec fut
fondé sur un rocher escarpé du Saint-Laurent, en 1608, et les mission-
naires récollets arrivèrent en 1614.
M. Dionne, qui a été pendant dix années directeur d'un des princi-
paux journaux du Canada, a donné à ses livres une forme très attrayante,
d'autant plus que l'auteur, comme tous ses compatriotes canadiens,
manie remarquablement la langue française. Il s'est tenu également au
courant des derniers travaux sur la matière. Gomme l'avait indiqué
1. Relation originale... publiée par Michelant et Ramé. Paris, 1867, p. 11.
2. Suivant une communication qui nous a été faite, la découverte récente de
cinq estocs ou grandes épées du xv° ou xvi° siècle dans le lac Saint-Jean, au
nord de Québec (appartenant à la collection de M. Faucher de Saint-Maurice à
Québec), donnerait une nouvelle trace du passage de Roberval dans cette
région.
3. Anecdote qui a été reproduite dans VHeptaméron de la reine de Navarre,
publié en 1559 (lxvii° nouvelle), et qui figure dans les pièces justificatives de la
Nouvelle-France de M. Dionne.
-174 BIBLIOGRAPHIE.
M. Joûon des Loiigrais% il a placé la date de la naissance de Jacques
Cartier entre le 6 juin et le 23 décembre 1491, puisqu'on lui donne
l'âge de soixante-quatre ans dans des pièces de procédure de 1556,
tandis que, par suite d'une fausse interprétation d'un nom trouvé dans
les registres d'état civil de Saint- Malo, on l'avait d'abord placée en 1494.
M. Joiion des Longrais a proposé un certain nombre de corrections
très vraisemblables aux noms de la liste d'équipage de Jacques Cartier
conservée aux archives de Saint-Malo. M. Dionne, qui n'a pu corriger
cette liste que sur un fac-similé lithographique très défectueux, publié
par l'abbé Laverdière en 1859, a proposé quelques nouvelles correc-
tions (Jacques Cartier, p. 126). Il s'est montré là paléographe assez
exercé dans les écritures du xvi^ et du xvn^ siècle. Il a dressé une inté-
ressante bibliographie des cartes géographiques du xvi= siècle faisant
mention du Canada, depuis la carte de Juan de la Gosa en 1500 (Nou-
velle-France, p. 213-255). Beaucoup de notes explicatives accom-
pagnent chacun des ouvrages de M. Dionne. Un certain nombre de
documents des archives de Honfleur lui ont été fournis par M. Bréard.
M. Dionne nous renseigne sur l'étymologie de Canada, qui n'est pas
l'espagnol aca nada (rien ici) ou capo de nada, mais le mot huron ka7i-
nata, qui signifie une ville [Jacques Cartier, p. 237).
L'ouvrage de M. Pope sur Jacques Cartier, sans présenter autant de
recherches d'érudition que les ouvrages de M. Dionne, est un résumé
très exact et très attachant.
Un certain nombre de questions relatives à Jacques Cartier ont donné
lieu à plusieurs publications d'autres érudits canadiens. Nous n'avons
pas de compétence pour nous prononcer sur l'itinéraire de Jacques Car-
tier de Terre-Neuve à Québec, sur la durée de son quatrième voyage,
etc., et nous nous bornons à mentionner ces quelques travaux à titre
de curiosité 2.
1. Jacques Cartier, documents nouveaux, p. 5-7.
2. Voici les principales publications canadiennes relatives à la polémique sur
Jacques Cartier : De Gazes (Paul), Deux points d'histoire [Quatrième voyage
de Jacques Cartier ; — Expédition du marquis de la Roche], dans les Mémoires
de la Société royale du Canada, 1884, in-4'', sect. I, p. 1-6. Le quatrième
voyage de Jacques Cartier aurait eu lieu du printemps à l'automne de l'année
1543 et non de l'auloinnc de 1543 au printemps de 1544 ; — De Gazes (Paul), les
Points obscurs des voyages de Jacques Cartier, dans les Mémoires de la Société
royale du Canada, 1890, 10-4°, sect. I, p. 25-34. La question de l'itinéraire dans
les voyages de Jacques Carller avait déjà été l'objet d'un mémoire de M. Ganong,
en 1887, tlansle.SiVeHioi;es de la même Société (secl. II, p. 121); — Dionne (N.-E.),
Etude archéologique. Le Fort Jacques-Cartier et la « Petite-Hermine ». Mont-
réal, 1891, in-8', 34 p. Lieu d'hivernage de Jacques Cartier dans ses premiers
voyages et dccouverle des débris d'un de ses trois navires, dont une partie fut
envoyée en France au musée de Saiul-Malo; — De Gazes (Paul), Observations sur
BIBLIOGRAPHIE. ^75
Jacques Cartier et Ghamplain ont laissé le récit de leurs voyages.
Jacques Cartier a fait quatre voyages au Canada (1534, 1535-36,
1541-42, 1543), dont nous nous permettons de donner en détail dans
la note suivante la bibliographie assez compliquée ^ Les relations
l Étude archéologique du D' Dionne. Montréal, impr. de « FÉtendard, » 1891,
in-8'',8 p. — Citons encore quelques études du domaine de la littérature pure :
Myrand (Ernest), Une Fête de Noël sous Jacques Cartier, 2" édit. Québec, irapr.
Deniers, 1890, in-8°, 296 p.; — Œuvre du monument Jacques-Cartier. Québec,
lyp. Léger Brousseau, 1888, in-8°, 74 p.; — Chauveau, Discours prononcés
lors de l'inauguration du monument Cartier-Brébeuf, 24 juin 1889. Montréal,
1889, in-8'', 26 p. Monument élevé à Jacques Cartier et au jésuite missionnaire
Brébeuf, qui vivait au commencement du xvii' siècle.
1. La première édition complète des voyages de Jacques Cartier est due au
Canada : Voyages de découverte au Canada, entre les années 1534 et 1542,
par Jacques Quartier, le sieur de Roberval, Jean Alphonse de Xanctoigne,
etc., suivis de la description de Québec et de ses environs en 1608 et de divers
extraits relativement au lieu de l'hivernement de Jacques Quartier en 1535-
1536 (avec gravures, fac-similés), réimprimés sur d'anciennes relations et
publiés sous la direction de la Société littéraire et historique de Québec.
Québec, impr. W. Cowan et fils, 1843, in-8'', iv-130 p. Réimpression de l'édit.
de 1598, pour le premier voyage de Jacques Cartier, p. 1-23; texte du manus-
crit de la Bibliothèque nationale 5644, coUalionné avec les manuscrits 5589
et 5653, pour le deuxième voyage de Jacques Cartier, p. 24-69; traduction du
texte anglais fragmentaire de la collection Hackluyt [Collection of early
voyages, Londres, 1810), pour le troisième voyage de Jacques Cartier, p. 70-78;
Routier de Jean Alphonse, traduit de la même collection, p. 79-88 ; Voyage du
sieur de Roberval, traduit de la même collection, p. 89-96; deux lettres de
Jacques Noël, de Saint-Malo, sur la découverte des Saults (rapides ou chutes)
du Saint-Laurent, en Canada (1587), traduites de la même collection, p. 97-101).
— La réimpression de l'édition de 1598 contient un certain nombre d'inexacti-
tudes de transcription : équipâmes, appareillâmes (p. 1), au lieu de équipasmes,
appareillasmes, etc. L'orthographe Quartier provenait de la fausse identifica-
tion du nom donnée dans les registres d'état civil de Saint-Malo et rectifiée par
M. Jouon des Longrais.
Premier voyage de Jacques Cartier : Relation originale du voyage de Jacques
Cartier au Canada en 1534. Documents inédits sur Jacques Cartier et le
Canada (nouv. série), publiés par H. Michelant et A. Ramé... Paris, Tross,
1867, in-8°, vin-76 et 54 p. Texle du ms. du milieu du xvi^ siècle contenu dans
la collection Fontetle, portefeuille LVII, n° 5, à la Bibliothèque nationale, décou-
vert par M. Michelant après sa publication du texte de l'édit. de 1598, men-
tionnée ci-après. — Voyage de Jaques Cartier au Canada en 1534. Nouv. édit.,
publiée, d'après l'édit. de 1598 et d'après Ramusio, par M. H. Michelant, avec
deux cartes. Documents inédits sur Jacques Cartier et le Canada, communiqués
par M. Alfred Ramé. Paris, Tross, 1865, in-8°, vin-72 et iv-54 p. Réimpression
de l'édit. de Rouen, par Raphaël du Petit- Val, 1598, in-8'', dont il n'existe qu'un
seul exemplaire conservé à la Bibliothèque nationale. Deux traductions du
premier voyage de Jacques Cartier ont été faites au xvi" siècle, en italien, dans
^76 BIBLIOGEAPfllE.
de Jacques Cartier sont très courtes et lui avaient été demandées offi-
ciellement par le roi de France. Champlain a écrit des récits de voyage
beaucoup plus étendus, depuis son voyage aux Indes occidentales (dont
le manuscrit est aujourd'hui à la bibliothèque de Dieppe) jusqu'à ses
ouvrages sur le Canada. Ils ont été publiés par l'abbé Laverdière
en 1870 *. — Le style de Jacques Cartier est beaucoup plus archaïque
que celui de Champlain. Cartier emploie couramment la préposition o
(avec), liucher (crier), byevre (castor), esme (estime), leise (large), orée
(rivage), à no (à la nage), etc. Le manuscrit de la Bibliothèque natio-
nale (publié par Michelant en 1867) contient un certain nombre de par-
ticularités graphiques, intéressantes pour la prononciation du xvi« siècle :
Ouaist, Surrouaist, Norouaist (O., S.-O., N.-O., p. 2, 10, 17, etc.),
aesles pour ailes (p. 3), ouaiseaulx pour oiseaux (p. 3), poiiair pour
pouvoir (p. 5), boays ou bouays (bois), ouays (oies), sollail (soleil) 2.
Après la part des éloges, il faut bien donner quelque place à la cri-
tique. Le grand reproche à faire aux écrivains canadiens en général,
la collection de Ramusio (1556 et édit. ultérieures), et en anglais, dans celle de
Ilackluyt (1600). Le premier voyage de Jacques Cartier a été également publié
par Ternaux-Compans {Archives des voyages, 1840) et par Pinkerton {Voyages
and Travels). — Premier voyage de Jacques Cartier au Canada. Édit. cana-
dienne du « Discours du voyage fait par le capitaine Jacques Cartier, » publiée
par Uaoul de Tilly. Lévis [Québec), impr. du Travailleur de Lévis, 1890, viii-
11-72 p. Nouv. réimpr. de l'édit. de 1598.
Deuxième voyage de Jacques Cartier : Bref récit et succincte narration de la
navigation faite en MDXXXV et MDXXXVI par le capitaine Jacques Car-
tier aux des de Canada, Hochelaga, Saguenay et autres. Réimpr. figurée de
l'édit. orig. rarissime de MDXL V avec les variantes des manuscrits de la Biblio-
thèque impériale, précédée d'une brève et succincte introduction historique,
par M. d'Avezac. Paris, Tross, 1863, in-8", vi-68 feuillets. Réimpr. page pour
page de ledit, de Paris, par Ponce Roflet, dict Faucheur, et Anthoine le Clerc
frères, 1545, petit in-S", dont un exemplaire unique est conservé au British
Muséum.
1. Une bibliographie détaillée des cinq éditions de Champlain (trois de 1632,
1640, 1870) se trouve dans Pilling, Bibliography of the Algonquian languages
(Washington, 1891, in-8% x-614 p., publication de la Smithsonian Institution),
p. 79-81.
2. Le manuscrit de la Bibliothèque nationale (coll. Fontette, portef. LVII,
n' 5) présente des traces de graphie italienne ou méridionale : faczon (édit.
Michelant, p. 12), commanczames (p. 24), danczoint (p. 33), alla pour à la
(p. 23), alleur pour à leur (p. 31); on y trouve presque toujours, pour la dési-
nence oient, la forme oint [estoint, venoint, fessoint pour faisoient, abooint
pour avoient), que je suis d'autant plus porté à considérer comme une parti-
cularité de graphie méridionale ({ue je l'ai retrouvée, à une date plus moderne,
mais d'une façon courante, dans des documents de Montpellier de l'époque de
la Révolution (voir Lettres de Cambon, publiées par E.-D. Grand et L, de la
Pijardière. Montpellier, 1889, in-S", p. 23, n. 2).
BiBLIOGIlAPflIfi. \71
c'est une ignorance ou une inexpérience trop souvent complète des pro-
cédés de l'érudition moderne et en particulier de la bibliographie. Les
Canadiens anglais encourent peut-être un peu moins ce reproche :
M. Pope a donné dans ses notes quelques spécimens bibliographiques
très corrects. Les excellents modèles bibliographiques qu'offrent les
bib'iographes américains, et oii ils atteignent quelquefois presque à la
perfection, comme M. Harrisse, devraient être imités davantage au
Canada. M. Dionne ne nous indique pas spécialement, ce qui aurait
intéressé et instruit particulièrement le lecteur français, les grandes
publications officielles de documents sur les origines de l'histoire du
Canada ^. Il ne nous donne, à part quelques notes sur les diverses édi-
tions de Cartier et de Champlain, aucune bibliographie d'ensemble de
son sujet. Outre la bibliographie méthodique des travaux relatifs à
Jacques Cartier, dont nous avons indiqué quelques-uns ci-dessus^, il
aurait fallu relever tous les ouvrages d'histoire canadienne faisant men-
tion du xvie et du xvii® siècle 3, sans oublier non plus les ouvrages pure-
ment littéraires et romanesques qui ont pris souvent comme matière
1. Ces recueils de documents sont, pour la période de Jacques Cartier et du
xvi" siècle : Collection de documents relatifs à l'histoire de la Nouvelle-
France. Québec, 1883-1885, 4 vol. in-4° (1492-1789); — et, pour la période de
Champlain : Eclations des Jésuites (Québec, 1858, 3 vol. in-8" à 2 col.).
2. Il faut y joindre l'ouvrage fondamental de l'érudil américain Parkman,
France and England in North America, a séries of historical narratives
(Boston, 1865-1884, 9 vol. in-S"), dont la première partie est intitulée : The
pioneers of France in the Neiv World.
3. On nous pardonnera peut-être de donner, à ce propos, une courte liste des
principaux ouvrages sur l'histoire du Canada : Lescarbot, Hist. de la Nouvelle'
France, 1612, publiée par Tross. Paris, 1866, 3 vol. in-8°; — Creuxius [Du
Creux], Historias Canadensis seu Novx Francise libri decem. Paris, 1664, in-4''
— Sagard Théodat, Hist. du Canada, publiée par Tross. Paris, 1866, 4 vol
in-8»; — Charlevoix, Hist. et descr. générale de la Nouvelle-France. Paris.
1744, 6 vol. in-12 ou 3 vol. in-4' ; — Brasseur de Bourbourg, Hist. du Canada
Paris, 1852, 2 vol. in-8° ; — Garneau, Hist. du Canada. Québec, 1859, 4 vol
in-4°; — Ferland, Cours d'histoire du Canada. Québec, 1861-1865, 2 vol. in-8°
— Suite, Hist. des Canadiens français, 1608-1880, Montréal, 1882-1884, 8 vol
in-4° ; — De Gourmont, les Français au Canada et en Acadie. Paris, 1889
in-S». — Parmi les écrivains anglais : Andrew Bell, Hist. of Canada. Montréal
1862, 2 vol. in-8°; — Miles, Hist. of Canada. Montréal, 1872; — Tuttle, The
comprehensive history of the Dominion of Canada. Montréal, 1877-1879
2 vol. in-4'>; — Withrow, Popular hist. of the Dominion of Canada. Toronto
1885; — Kingsford, Hist. of Canada. Toronto, 1887-1893, 6 vol. in-8' ; —Mer
cier Mac Mullen, Hist. of Canada. Brockville, 1892, 2 vol. in-S" ; — ainsi que
les dictionnaires biographiques : Bibaud, Dict. hist. des hommes illustres du
Canada. Montréal, 1857, in-S", et les autres dictionnaires de biographie cana-
dienne, Men of Canada, etc.
1894 42
^78 BIBLIOGRAPHIE.
les origines du Canada <• Dans les documents des pièces justificatives,
l'indication des sources devrait suivre chaque document séparément.
Les fac-similés, réduits dans les ouvrages de M. Dionne à quelques
signatures, auraient pu être plus nombreux. M. Pope (p. 80) a repror
duit une vue d'Hochelaga d'après Ramusio. Il n'y a que peu de fautes
d'impression à relever. Fijac [Jacques Cartier, p. 278) est Figeac. Les
écrivains du Canada sont évidemment moins à l'aise dans les choses
du domaine historique que dans les ouvrages nombreux et variés de
description ou de sport où ils excellent à décrire leur vaste et beau pays.
Une dernière critique à faire aux publications de M. Dionne, mais
dont il parait qu'il ne peut pas être rendu responsable, concerne le papier
d'impression et les caractères d'imprimerie, qui sont de condition et
qualité très inférieures, mais qui semblent imposés sans exception à
tous les auteurs qui sont publiés au Canada. Le contraste est particu-
lièrement choquant pour la réimpression de Jacques Cartier faite par
M. Raoul de Tilly, lorsqu'elle est placée à côté des jolies éditions de
d'Avezac et de Michelant. Dans le livre de M. Pope, comme dans les
publications du Canada anglais en général, le papier et les caractères
sont bien meilleurs.
E. -Daniel Grand.
Description analytique du Cartulaire du chapitre de Saint-Maurice
de Vienne, suivie d'un appendice de chartes, et Chronique inédite
des évêques de Valence et de Die, publiées par le chanoine Ulysse
Chevalier, correspondant de l'Instilut. Valence, J. Géas, ■^89^.
In-8°, 88 pages. [Collection de cartulaires dauphinois, tome II,
2* livraison.)
Au milieu de ses beaux travaux de bibliographie, M. le chanoine
Chevalier trouve encore le temps de continuer la série de ses cartu-
laires dauphinois, commencée dès 1869 par celui de Saint- André-le-
Bas. Nous avons à faire connaître aujourd'hui à nos lecteurs les deux
derniers qui ont paru. La première livraison du tome II comprenait
les Actes capitulaires de l'église de Saint- Maurice de Vienne; la deuxième,
dont nous annonçons la publication, renferme l'analyse détaillée du
cartulaire du même chapitre, l'original de ce précieux document ayant
disparu. Dans son introduction (pages 1-10), l'éditeur, passant en revue
les sources dont se sont servis les historiens du Dauphiné, Chorier,
Valbonnais et autres, dresse une liste de 81 numéros, dont 4 ont été
publiés avant la Révolution et 19 depuis. Les n^^ 21-47 de cette liste
sont ainsi désignés : « Chartularium Sancti Mauritii Viennensis scrip-
1. Ouvrages tels que Chevalier (Emile), les Grands coureurs d'aventures.
Jacques Cartier. Paris, Lebigre-Duquesae, 18G8, in-8°.
BIBLIOGRAPHIE. 179
tum sœculo xi exeunte, cui recentiores aliquot chartat? secunda manu
subjunctœ sunt » (p. 3). Ce cartulaire n'est pas resté inconnu ; Du Bou-
chet en a transcrit 48 pièces ; la Bibliothèque nationale possède deux
volumes d'extraits de ce manuscrit; le premier renferme 46 chartes, le
second 70 (mss. lat. 5214 et 11743). Ce dernier provient de Saint-Ger-
main-des-Prés. Différents auteurs ont publié ou fait copier des chartes
de ce cartulaire; tels sont : Chorier, Baluze, Jacques Petit en son
Theodori pœnitentiale, Du Gange, Gaignières, Bouquet, Charvet et Pierre
de Rivaz, l'érudit valaisan.
En vertu d'un arrêt de la Chambre des comptes de Dauphiné, le
manuscrit avait été reporté à Grenoble à la fin de 1770. C'est là que
l'expert Molinet le vit et en fit une description en 21 feuillets, qui fut
achetée en 1845 par M. P.-E. Giraud et confiée par lui à M. le cha-
noine Chevalier, avec autorisation de la publier.
D'après Molinet, c'était un « registre ou cartulaire in-folio carta
major, écrit sur parchemin, en deux colonnes, couvert de basane jaune
sur bois, contenant 90 feuillets, » paginé en chiffres romains jusqu'au
folio 70, et en chiffres arabes du folio 71 au folio 90. L'expert décrit
avec soin chaque acte, indique le numéro, le folio, la colonne, toutes
les notes et signes quelconques se trouvant en marge, les notes tiro-
niennes, le titre de l'acte, sa date. Souvent il donne in extenso les der-
nières lignes de l'acte. Toujours il en fait connaître l'objet. A ces ren-
seignements, le chanoine Chevalier a ajouté pour chaque acte la date
en chiffres arabes et en style moderne et, quand il a été publié, la
principale source ou la plus accessible et le renvoi aux régestes (Bôh-
mer-Mulhbacher, Bréquigny et de Rivaz) qui indiquent les autres.
D'après l'expert, dont l'opinion diffère de celle de Du Cange indiquée
ci-dessus, le ms. original était du xiii^ siècle, sauf quelques feuillets
dont un côté seulement était du xiv^ siècle. Les actes, dans lesquels
l'ordre des dates n'est pas suivi, ne sont guère que des notes, sauf les
bulles (lisez diplômes) et quelques autres pièces qui sont transcrites
tout au long. L'éditeur a ajouté en appendice quatorze actes ou frag-
ments d'actes du cartulaire des années 880 à 1059, dont cinq tirés de
Chorier, Miscellanea, et neuf de Chifflet, Collectanea Burgundica. Il a
joint à ces documents sur Saint-Maurice de Vienne une Chronique
inédite des évêques de Valence et de Die. Ce document, tiré du ms. 502
du cabinet de Peiresc (aujourd'hui à la bibliothèque de Carpentras,
ms. XLiv, t. n, 18 feuillets), porte à la fin le titre général de : Mémoire
des évêchés de Valence et de Die. Cette chronique renferme à peu près
exclusivement le récit des vicissitudes du domaine temporel des évoques
de Valence et de Die après leur réunion. La rareté des documents qui
concernent ces évêques était un motif suffisant de publier un récit qui
s'appuie fréquemment sur les chartes de l'évêché de Valence.
Enfin, le volume se termine par un document, en date du 15 juillet
^80 BIBLIOGRAPHIE.
1306, provenant du cabinet de M. de Bouffier, et qui n'est autre que la
charte des usages et coutumes que le chapelain de Saint-Pierre inter
Judeos promettait au seigneur-abbé de Saint-André de Vienne d'obser-
ver quand il prenait possession de la cure de ladite église.
A. Bruel.
Codex diplomaticus ordinis Sancti Bufi Valentix, publié, d'après les
chartes originales conservées aux Archives départementales de la
Drôme et divers recueils manuscrits, par le chanoine Ulysse
Chevalier. Valence, J. Géas, MDGCG XGI. In-S", ^128 pages.
Sous ce titre, l'éditeur a réuni dans l'ordre chronologique cent sept
chartes de l'année 1039 à l'année 1220. On sait que la congrégation des
chanoines réguliers de Saint-Ruf, de l'ordre de Saint-Augustin, fut
fondée en 1039. et avait pour chef d'ordre une abbaye située près
d'Avignon. Cette abbaye ayant été détruite au milieu du xii« siècle, le
chef-lieu fut transféré en l'île d'Éparvière, en face de Valence, aujour-
d'hui les Iles, commune de Valence (Drôme). Ce fut Eudes, évèque de
cette ville (et non pas Falque, comme l'avance M. Brun-Durand dans
son Dict. topogr. de la Drôme, v'^ les lies et Saint-Ruf)^ qui, ayant
« cédé en 1158 ce quartier à la congrégation de Saint-Ruf, celle-ci y
établit l'abbaye de son nom, qui, ruinée en 1562, fut rétablie dans
Valence trente ans après et supprimée définitivement en 1771. » Le
Codex diplomaticus renferme, en effet, l'acte de vente par Eudes, évêque
de Valence, à l'ordre de Saint-Ruf, de l'ile d'Esparvière, pour 200 marcs
d'argent fin (n° 32) ; cette vente fut confirmée par privilège du pape
Adrien IV le 14 mars 1159 (n*» 35) et encore par l'empereur Frédéric I"
la même année (n^ 36). C'est seulement en 1190 que Falco ou Falque
abandonna à son tour à l'ordre de Saint-Ruf tout le droit qu'il pouvait
avoir sur l'île d'Éparvière et sur la pêche dans le Rhône (n» 65).
Le Codex diplomaticus n'étant accompagné jusqu'à présent ni d'intro-
duction ni de table, nous devons nous borner ici à quelques indica-
tions. Les actes réunis sont, comme nous l'avons dit, au nombre de 107,
dont 48 sont tirés directement des originaux. Les sources de ce recueil
sont, outre les archives de la Drôme, celles du Rhône (fonds de la Pla-
tière), les mss. d'Estiennot, de Peiresc, de Baluze, d'OUivier (cartu-
laire de Saint-Ruf à la bibliothèque de Grenoble), les Archives histo-
riques du Dauphiné, tome XV, les mss. de Fontanieu, de Doat, etc.,
Eusebi de Sospello, Repertorium et summarium (aux archives de la
Drôme), etc. L'éditeur a publié ces textes avec l'exactitude et la science
qu'il met dans tous ses travaux et a relevé avec soin les variantes des
divers textes. Qu'il nous permette cependant d'ajouter au n° 15, « Bulla
Calixli secundi in favorera ordinis S. Rufi, » la mention suivante :
BIBLIOGRAPHIE, i8\
Imprimé dans U. Robert, Bullaire du pape Calixte 77. Paris, 1891, n" 402
(t. II, p. 200). Analysé dans Gallia christ., t. XVI, c. 359.
A. Bruel.
L'Union historique et littéraire du Maine, recueil mensuel, sous la
direction des abbés A. Ledru, Ern.-L. Ddbois et H. Brdneau; t. I.
Le Mans, -1893. In-8°, 4-12 pages, orné de ^2 planches et de
•12 vignettes.
Le Maine vient de donner un exemple qu'il n'est pas sans utilité de
signaler aux autres provinces : les trois savants ecclésiastiques, dont les
noms ont été transcrits plus haut, ont eu la hardiesse de transformer
l'organe d'un patronage en un recueil mensuel dans lequel, à côté du
Bulletin littéraire de l'œuvre, ils ne donnent place qu'aux notices basées
sur des monuments nouveaux et qui, soit en les publiant in extenso,
soit en les analysant seulement, sont susceptibles de faire faire un pro-
grès aux sciences historiques. Le succès est venu couronner leurs efforts,
et le tome !«•' de l'Union fait grand honneur à l'érudition locale.
Nous nous bornerons à indiquer les travaux suivants :
Inventaire de la sacristie de la cathédrale du Mans au xv^ siècle.
Le cordelier Olivier Maillard au Mans et à Laval (1490).
Une journée du sergent d'Anthenaise (lor octobre 1499).
Jacques de la Mothe et Luc Monchastre, valets de chambre des rois
depuis François I^' jusqu'à Henri IV.
Une émeute au Mans en 1659.
Le grand doyen du Mans et le seigneur des Ecotais (1709).
L'assassinat du gouverneur du Mont- Saint-Michel par Le Mocqueur
(22 mai 1596).
Un bronze du xv* siècle au château du Lude.
Gilles de Retz, sa jeunesse (1404-1424).
Les empoisonneurs de fontaines en 1390.
Lettre du futur cardinal de Cheverus (1802).
Assassinat d'un prieur de Notre-Dame-des-Bois, près de la Suze (1393).
Philippe VI de Valois dans le Maine (1293-1350).
La paroisse de Gourgains d'après ses comptes de fabrique (1417-1426).
Parmi les planches, nous citerons :
Sceau de Martin Berruyer.
Gharte de l'abbaye de Champagne, de 1244.
Ange en bronze du Lude.
Nul ne peut plus s'occuper de l'histoire du Maine sans recourir à ce
livre, dont la possession est d'autant plus indispensable que la plu-
part dos articles qu'il renferme n'ont été l'objet d'aucun tirage à part.
Ajoutons qu'il est couronné par une bonne table où figurent tous les
noms de personnes et de lieux contenus dans le volume.
Bertrand de Broussillon.
-182 BIBLIOGRAPHIE.
Archives historiques du Poitou; t. XXIII. Poitiers, •ISOS. \ vol.
in-8°. [Maintenues de noblesse prononcées par MM. Quentin de
Richebourg et Desgalois de Latour, intendants de la généralité de
Poitiers, -^7^4-l7^8, publiées par M. A. de la Bouralière, t. II.)
Nous avons signalé ici, quand il a paru, le premier tome de cette
intéressante publication ; nous en avons indiqué le plan, les sources et
l'intérêt. Il ne nous reste donc qu'à en annoncer l'achèvement et à louer
une fois de plus l'éditeur du soin et de la peine qu'il a pris d'en rendre
l'usage facile aux chercheurs.
Ce copieux volume comprend d'abord la fin du texte des Maintenues
(Lettres H-V), puis diverses pièces annexes : les « rôles de tous les
nobles réservés en la généralité de Poitou » avec leurs blasons (liste de
Pierre de Sauzay), qui complètent le catalogue des Maintenues; l'état
alphabétique des condamnations d'amende rendues par Barentin. . .
Enfin, deux bonnes tables complètent cet ensemble : celle des noms
de famille compris dans les deux volumes, et celle des noms de lieux.
Elles sont appelées à rendre de fréquents services à tous ceux qui s'in-
téressent à l'histoire du Poitou.
H. DE G.
Une Saisie de navires marchands anglais à Nantes en 1587, docu-
ments inédits pul)liés par Paul Parfourd, archiviste du départe-
ment d'IUe-et-Vilaine. Rennes, Oberthur, ^893. In-S», 48 pages.
(Extrait des Annales de Bretagne.)
Les documents publiés par M. Parfouru, avec introduction analy-
tique, permettent de retracer complètement une saisie de navires étran-
gers en Bretagne : ordre de saisie délivré sur exprès commandement
du roi par le gouverneur de Bretagne et signifié au capitaine du châ-
teau de Nantes, procès-verbaux de séquestre, requêtes des parties inté-
ressées, des victimes ou des détenteurs de lettres de représailles,
enquête du parlement de Rennes. Dans toute cette affaire, on est étonné
de ne voir agir que le gouverneur de la province, le duc de Mercœur :
lui seul donne des ordres, lui seul reçoit les réclamations. C'est qu'il
tenait pour lettre morte le traité passé le 5 avril 1584 avec l'amiral de
France et de Bretagne, Anne de Joyeuse ^ Déjà nous savions que
Mercœur s'occupait de l'armement des vaisseaux de guerre bretons
(mars 1586)2; igg présents documents prouvent qu'il faisait aussi exé-
1. Mémoires pour servir de preuves à l'histoire de Bretagne, par Dom Morice,
t. III, col. Ii77-l/i79.
2. Parfouru, une Saisie de navires..., p. 4.
BJBLIOGRÂPeiE. 483
cuter les lettres de représailles, au détriment de l'amiral*. En attri-
buant les droits de l'amirauté de Bretagne à Mercœur (17 août 1588),
Henri III ne faisait donc que consacrer un fait accompli2.
L'un des vaisseaux séquestrés, le Don-Dieu de Londres, était aussi
appelé le Feiibot. Felibot n'est pas un nom propre, mais un terme géné-
rique. Les fly-boat (bateaux-mouches) étaient de petites flûtes jaugeant
moins de cent tonneaux, selon Guillet^. Le Don-Dieu devait être un
géant dans cette famille de vaisseaux, car il jaugeait cent soixante-deux
tonneaux et il fut armé en guerre par des corsaires nantais.
Je relève, en terminant, cette phrase fort intéressante pour l'histoire
du commerce au xvi' siècle (p. 47) : « Le traficq qui se faisoict avecq
les Anglois aportoict des grands profitz aux marchans qui traficquoient
avecq eulx; lesquelz Anglois venoint ordinairement chargez de plomb,
d'estain, draps de laynes, haran et aultre poisson. »
Gh. DE LA RONGIÈRE.
N. JoRGA. Tho7nas III, marquis de Saluées. Étude historique et lit-
téraire. Thèse présentée à V Université de Leipzig. Saint-Denis,
impr. Bouillant, ^893. In-8% vIII-22^ pages.
Comme l'indique le sous-titre, la thèse de M. Jorga est à la fois une
étude historique sur Thomas III, marquis de Saluées de 1394 à 1416,
et sur ses prédécesseurs, et une étude littéraire sur le Chevalier Errant,
œuvre de ce prince. La meilleure des deux nous paraît être la partie
littéraire contenue dans le chapitre iv; elle a été placée à l'ordre chro-
nologique de composition du roman, le chapitre m se terminant, en
mai 1396, avec la captivité dont le marquis avait charmé l'ennui en
écrivant le Chevalier Errant. M. Jorga a exposé la substance de l'œuvre
dans un style assez vif, entremêlant son récit d'un nombre modéré de
citations et l'annotant, sauf de rares exceptions^, avec exactitude. La
conclusion de l'auteur paraît mériter l'adhésion : « Tel est ce livre,
souvent ennuyeux, toujours mal ordonné, comme d'habitude au moyen
1. Cf., sur les droits de l'amiral en matière de représailles, René de Mas-
Latrie, du Droit de marque ou droit de représailles au moyen âge, dans la
Bibliothèque de VÉcole des chartes, t. XXVIl, p. 556; et le traité de l'Anglais
Nicolas Upton, fol. 31, Quo ordine conceduntur represalie (ms. de la bibl. Vat.,
Regin. 1528, xv^ siècle).
2. Mémoires... de Bretagne, t. III, col. 1487.
3. Guiliet de Saint-Georges, les Arts de l'homme d'épée. Paris, 1670, in-12.
4. Pourquoi, p. 117 par exemple, M. Jorga rejelte-t-il le nom donné par son
auteur, qui semble généralement exact à ce point de vue? « Le dernier duc
d'Orléans, qui laissa son héritage au roi de France, » est bien Philippe P"",
duc d'Orléans, frère du roi Jean, mort le 1" septembre 1375. Son apanage
revint à la couronne par défaut d'hoir. Il était le dernier due par rapport à
Louis P', frère de Charles VI, alors vivant.
^84 BIBLIOGRAPHIE.
âge. En dehors des inutiles récits romanesques, on y trouve cependant
une œuvre originale, qui consiste dans les descriptions historiques et
les parties purement poétiques de l'ouvrage; or, cette partie est assez
importante pour fixer à son auteur un rang honorable parmi les écri--
vains français de cette époque » (p. 132). A la fin du volume, un appen-
dice offre trente-deux passages saillants du Chevalier Errant.
La partie historique présente quelques défauts. On peut se demander
pourquoi, dans « l'impossibilité » alléguée par lui à la page vi de con-
sulter les sources originales qu'il savait exister à Grenoble et à Turin,
M. Jorga, non content de donner, avec les matériaux dont il disposait,
la biographie de l'auteur du Chevalier Errant, a voulu élargir son cadre
et écrire sur les prédécesseurs de Thomas III des pages trop nombreuses
et trop détaillées pour un précis historique, trop peu solidement étayées
pour une étude critique. En consultant seulement l'excellent volume
de M. Blanchi sur le Materie politiche relative alV estera degli archivi di
stato piemontesi (Turin, 1876, gr. in-S»), par exemple aux catégories
Satuzzo, Protocolli et autres, et en faisant appel à l'inépuisable obli-
geance de M. le baron de Saint-Pierre, surintendant des Archives Pié-
montaises, M. Jorga aurait pu compléter ou rectifier bien des choses,
donner, par exemple, p. 79, la date exacte du traité d'Avigliana,
importante dans la vie de Thomas de Saluces : 15 octobre 1395 <. On
s'étonne davantage encore de voir M. Jorga prendre parti dans des
questions aussi délicates que l'authenticité de pièces conservées dans
des dépôts aussi respectables que les Archives de Turin, sans avoir
jamais vu l'original de ces actes (p. 12, n. 13).
Une introduction sur les origines de la maison de Saluces, ses voisins
et sa politique; un chapitre i sur Thomas II et Frédéric de Saluces;
un chapitre ii sur la jeunesse de Thomas III; un chapitre m sur l'in-
fluence française en Italie, plus nettement écrit que les précédents, et,
après le chapitre iv consacré à l'étude littéraire du Chevalier Errant,
un chapitre v sur le règne de Thomas III, constituent la partie histo-
rique du travail, qui se termine par une bonne table alphabétique 2.
En somme, et les réserves qui précèdent étant faites, la partie histo-
rique de la thèse de M. Jorga a droit à l'estime due à un bon travail de
seconde main qui met en œuvre la plupart des ouvrages importants
relatifs à son sujet. Jointe à l'étude littéraire, elle forme un travail très
honorable, qui peut servir de base à une excellente monographie de
Thomas III, à la condition indispensable de mettre ses données à
l'épreuve de sources originales, en somme faciles à atteindre.
E. Jarry.
1. Archives d'État de Turin. Categoria Saluzzo, mazzo V, n° 26.
2. Mais pourquoi, dans cette table composée exclusivement de noms français
ou italiens, trouvons-nous le nom latin Arc/iia pour désigner une localité depuis
longtemps française, notre commune de Larche, dans les Basses-Alpes? / 1
BIBLIOGRAPHIE. 485
Documents inédits pour servir à Vhistoire ecclésiastique de la Bel~
gique, publiés par le R. P. dom Ursmer Berlière. T. I. Maredsous,
<894. Gr. in-80, vii-325 pages.
Les Bénédictins de l'abbaye de Maredsous au diocèse de Namur sont
des plus actifs. Ils éditaient déjà la Revue bénédictine, un Monasticon
belge et des Anecdota Maredsolana, et voici qu'ils entreprennent encore
une autre publication. C'est un savant distingué, le R. P. Berlière, qui
en est chargé, en même temps que du Monasticon belge.
Le premier volume de la nouvelle collection bénédictine contient des
chroniques (de Saint-Jacques de Liège et d'Éname), des chartes (de Flo-
rennes, de Lobbes, de Brogne), des procès-verbaux des chapitres géné-
raux des monastères bénédictins des provinces de Reims et de Sens,
aux xine et xiv^ siècles, et un nécrologe de l'abbaye de Saint-Martin de
Tournai.
Ce dernier document, à lui tout seul, occupe à peu près la moitié du
volume que nous annonçons. Cependant, il ne présente qu'un intérêt
très mince, et, parmi les centaines de noms qu'il nous livre, il n'en est
pas vingt peut-être de vraiment utiles à l'histoire. Ceux des évêques de
Tournai sont même à peu près les seuls intéressants. Il semble, par
conséquent, que dom Berlière aurait dû s'y attacher spécialement. Pour-
quoi donc alors, et puisqu'il consacrait tant de notes pleines d'érudition
à des personnages insignifiants, a-t-il cru pouvoir négliger d'en consa-
crer une à l'évêque Radbod, par exemple (p. 166)? Et pourquoi a-t-il
identifié (p. 170) l'évêque Jean, que le scribe du Nécrologe a pris soin
d'appeler le treizième évêque de Tournai, avec Jean Buchiau? Le
P. Berlière aurait dû remarquer que dans le Nécrologe de Saint-Martin
les évêques de Tournai sont numérotés à partir de la séparation du
siège d'avec celui de Noyon en 1146. Il se serait alors aperçu aisément
que le treizième évêque de Tournai ce n'est pas Jean Buchiau (1261-
1266), mais bien Jean de Yassoigne (1292-1300). Quant au onzième
évêque, dom Berlière l'appelle encore (p. 140) Philippe Mousket.
Cependant, tout le monde doit savoir maintenant que le ménestrel
Ph, Mousquet n'a jamais été évêque de Tournai.
Nous ne voulons pas multiplier les observations à propos des évêques
de Tournai. Mais, dans un autre ordre d'idées, on nous permettra de
remarquer que le P. Berlière n'a pas réussi à identifier le nom Fontis
Somene. A la page 136, c'est par deux fois qu'il imprime ces mots en
italiques. L'endroit pourtant n'est pas du tout inconnu, puisqu'il s'agit
de Fontsomme, autrement dit Fervacques, important monastère de
Cisterciennes au diocèse de Noyon. Quant au prior Hamaticus de la
page 158, ce n'est pas le prieur d'Hamay, mais bien le prieur d'Hamage,
près de Marchiennes (Nord).
'1 86 BIBLIOGRAPHIE.
Ces légères imperfections proviennent sans aucun doute de la trop
grande hâte avec laquelle a travaillé le P. Berlière. Le premier volume
des Documents inédits 'pour servir à l'histoire ecclésiastique de la Belgique
n'en est pas moins un ouvrage de valeur, appelé à rendre des services
aux érudits, en Belgique et dans le nord de la France surtout. Nous
espérons que, dans les futurs volumes de la collection qu'il vient d'en-
treprendre, dom Berlière saura nous donner des textes plus intéressants
et mieux étudiés encore que ceux qu'il vient de mettre au jour.
Armand d'Herbomez.
Histoire de la latinité de Constantinople^ par M. A. Belix. 2« édit.,
revue, augmentée et continuée jusqu'à notre temps par le R. P.
Arsène de Ghatel, Paris, A. Picard, -1894. In-8°, 547 pages, figures
et plans.
L'Histoire de l'Église latine à Constantinople, de M. Belin, consul
général de France à Constantinople, publiée d'abord sous forme d'ar-
ticles parus dans le Contemporain, puis réunis en brochure en 1872 avec
de nombreuses notes complémentaires, était depuis longtemps épuisée;
elle reparaît aujourd'hui, mise à jour par le R. P. Arsène de Ghâtel et
considérablement augmentée, sous la forme d'un gros volume in-8° de
plus de 500 pages, accompagnée de deux plans anciens de Constanti-
nople et de plusieurs reproductions en phototypie de monuments et
d'inscriptions de la même ville.
Après un rapide exposé de l'histoire de la communauté latine de
Constantinople au moyen âge, sous le règne des empereurs byzantins
et pendant la domination franque, c'est l'histoire de l'influence française
à Constantinople qu'on trouvera dans ce livre, la longue énumération
des églises, des communautés religieuses, des confréries, des écoles, des
hôpitaux, des œuvres charitables de tout genre que la France y a fondées
et n'a cessé d'y entretenir et d'y protéger depuis le xvii' siècle. L'his-
toire de l'Église latine à Constantinople et celle de l'influence française
en Orient sont en effet intimement liées, et le nouveau livre du R. P.
Arsène de Châtel est à la fois l'œuvre d'un savant religieux et d'un
ardent patriote.
H. O.
Anecdota Maredsolana. Vol. //. Sancti démentis Romani ad Corin-
thios epistulœ versio latina anliquissima. Edidit D. Germanus
MoRiN. Maredsoli, apud edilorem; Oxoniae, apud J. Parker, ^894.
In-4°, XVII et 75 pages.
La série bénédictine des Anecdota va s'enrichir d'une collection nou-
velle, qui, sous le titre de Anecdota Maredsolana, est appelée à prendre
une place très honorable à la suite des célèbres recueils inaugurés au
BIBLIOGRAPHIE. ^87
xviie siècle par d'Achcry et par Mabillon. Elle est due à un religieux de
l'abbaye de Maredsous en Belgique, dom Germain Morin, dont nos lec-
teurs connaissent déjà plusieurs découvertes très intéressantes dans le
domaine de la littérature ecclésiastique.
Le premier volume des Anecdota MaredsoJana, paru en 1893, était
consacré à la reproduction d'un texte liturgique que la Bibliothèque
nationale a recueilli dans les débris de la bibliothèque de l'abbaye de
Silos : Liber comicus sive Lectionarius Misses quo Toletana ecclesia ante
annos 7niUe et ducentos utehatur. Les juges les plus autorisés ont reconnu
l'importance du document et le mérite de l'édition.
Le second volume de la collection n'aura pas un moindre succès. II
met sous nos yeux un monument de la plus vénérable antiquité, dont
l'existence même pouvait jusqu'ici être révoquée en doute. On connais-
sait depuis le xvn« siècle, d'après un manuscrit défectueux, le texte grec
d'une lettre adressée par saint Clément à l'église de Gorinthe. De nos
jours, on a découvert une copie plus complète du texte grec et un
exemplaire d'une version syriaque. Mais on ignorait qu'il en existât ou
qu'il en eût existé une ancienne version latine.
Dom Germain Morin a eu la bonne fortune de rencontrer la version
latine de la lettre de saint Clément aux Corinthiens dans un manuscrit
du xi« ou du commencement du xn^ siècle, qui, jadis conservé à l'ab-
baye de Florennes, appartient aujourd'hui au grand séminaire de
Namur. La version paraît dater des premiers siècles de l'Église ; elle
dérive d'un texte grec appartenant à une autre famille que les deux
manuscrits jusqu'ici connus. L'éditeur a fidèlement reproduit l'exem-
plaire de Namur; mais il a eu grand soin d'en comparer les leçons aux
passages correspondants du texte grec et du texte syriaque. Il a terminé
sa publication par un relevé de toutes les particularités orthographiques,
lexicographiques et grammaticales.
Le fac-similé phototypique d'une page du manuscrit de Namur est
joint à la préface, dans laquelle dom Germain Morin a très convenable-
ment exposé la nature et la portée de sa découverte.
L. Delisle.
Xenia Bernardina. Sancti Bernardi, prîmi abbatis Claravallensis,
octavos natales sœculares pia mente célébrantes, ediderunt anti'
stites et conventus Cistercienses provinciœ Austriaco-Hungaricœ .
Vindobonae, A. Hôlder, ^89^. 6 vol. in-S".
Les religieux cisterciens de l'Autriche et de la Hongrie ont célébré
le huitième centenaire de la naissance de saint Bernard par une publi-
cation qui mérite d'être signalée et qui sera consultée pour différents
genres d'études. Les Xenia Bernardina, dont l'édition a été dirigée par
deux moines cisterciens, le docteur Benoît Gsell et le docteur Léopold
i88 BIBLIOGRAPHIE.
Janauschek, sont divisés en quatre parties et se composent de six
volumes.
La première partie, qui est peut-être la moins importante, est une
réimpression des sermons de saint Bernard, tels que Mabillon les a
publiés dans sa troisième édition des œuvres de saint Bernard. On s'est
contenté d'y ajouter le résultat de la collation de vingt-quatre manus-
crits conservés dans les monastères cisterciens de Heiligenkreuz, de
Hohenfurt, de Lilienfeld, d'Ossegg, de Reun, de Wilhering et de Zwettl.
La seconde partie consiste en deux volumes intitulés : Die Handschrif-
ten-Verzeichnisse cler Cistercienser-Stifte : Reun in Steiermark ; Heiligen-
kreuz-, NeuMoster, Zwettl, Lilienfeld in Nieder-[Oester?'eich] ; Wilhering
und Schlierhach in Ober-Oesterreich; Ossegg und Hohenfurt in Boehmen;
Stams in Tirol. On y trouve la notice d'environ 3,200 manuscrits con-
servés dans les bibliothèques de ces dix abbayes. Les descriptions sont
assez détaillées pour permettre d'identifier les textes du moyen âge.
Nous regrettons l'absence d'une table générale ; mais on a cru devoir
former des manuscrits de chaque abbaye un groupe indépendant, avec
des préfaces et des tables particulières dont le plan rappelle à certains
égards celui qu'ont adopté les rédacteurs du dernier catalogue des
manuscrits de la Bibliothèque impériale de Vienne.
Il ne faut pas s'attendre à rencontrer dans des bibliothèques cister-
ciennes beaucoup de textes copiés avant le xn^ siècle, mais les collec-
tions que nous ont fait connaître les collaborateurs du docteur Léopold
Janauschek sont très riches en livres du xii'' au xv^ siècle. Un assez
grand nombre renferment des œuvres ihéologiques d'écrivains français.
Le n» 150 de l'abbaye de Sainte-Croix nous offre une table des épîtres
de Sénèque qui fut rédigée à Paris au mois de juillet 1358 pendant que
la ville était assiégée par le régent : « Explicit tabula in epistolas
Senece ad Lucillum, ordinata tempore obsessionis Parisius, anno 1358,
die 15 julii, in Sancto Bernardo. » Dans le même volume sont deux
autres tables dressées par Jean de Fait, moine de Saint-Amand, et par
Jean Calderini.
La troisième partie (Beitraege zur Geschichte der Cistercienser-Stifte
Reun, Heiligenkreuz, Neukloster, Zwettl, Lilienfeld, Wilhering, Schlier-
hach, Ossegg, Hohenfurt, Mogila bei Krakau, Szczyrzic und Stams, und
der Cistercienserinnen-Abteien Marienthal und Marienstern) est consa-
crée à l'histoire des quatorze établissements cisterciens dont les noms
viennent d'être transcrits. Les auteurs des notices se sont principale-
ment attachés adonner la bibliographie du sujet, le catalogue des abbés
ou (les abbesses et la liste des religieux qui se sont fait connaître par
des travaux littéraires ou artistiques. Plusieurs notices renferment le
texte d'anciens catalogues de manuscrits conservés dans les monastères
do Heiligenkreuz, de Zwettl, de Lilienfeld et de Hohenfurt.
La quatrième et dernière partie, Bibliographia Bernardina, comprend
BIBLIOGRAPHIE. ^ 89
la notice des livres imprimés contenant, soit le texte, la traduction ou
l'arrangement des écrits authentiques ou supposés de saint Bernard, soit
les travaux relatifs à la vie et aux ouvrages du célèbre abbé de Glair-
■vaux. Les uns et les autres, confondus dans une série unique, sont
enregistrés suivant l'ordre chronologique de publication. Les éditions
dépourvues de dates n'ont point été mises à part et ont été rangées à
une date hypothétiquement déterminée. 11 n'y a pas moins de 2,761 nu-
méros; mais une certaine quantité sont de simples renvois aux articles
consacrés à saint Bernard dans des livres de genres divers ou dans les
grands répertoires de biographie et de bibliographie, tels que ceux de
Brunet, Fabricius, Hain, Moréri, Michaud, etc.
L'usage de la Bibliographia Dernardina aurait été beaucoup plus com-
mode si le compilateur, au lieu d'adopter le système d'une série unique,
avait énuméré d'abord les éditions collectives des œuvres de saint Ber-
nard, puis les éditions particulières de chacun des écrits authentiques
ou supposés du même auteur, enfin les ouvrages ou les articles dont
saint Bernard a été l'objet; les traductions en diverses langues auraient
été indiquées à la suite des textes originaux.
Les tables ajoutées à la fin du volume corrigent dans une certaine
mesure les inconvénients du système adopté pour le rangement des
notices, lesquelles ont été le plus souvent rédigées sur le vu des volumes
et sont généralement très exactes. ^ ^
L. Delisle.
VInnomée, par M. Anthïme Sai.nt-Paul. Gaen, H. Delesques, 1893.
In-S", 2\ pages.
M. Anthyme Saint-Paul vient de publier sous ce titre, dans le Bulle-
tin monumental, un article qui tend à faire prévaloir l'épithète à.'ogivale
ou de gallicane sur celle de gothique, pour désigner l'architecture en
usage du xm^ au xvi« siècle. Après avoir rappelé la définition exacte
du mot à^ogive, qui doit s'appliquer uniquement aux nervures des
Yoùtes, comme Lassus et Jules Quicherat l'avaient déjà démontré,
il en conclut que le terme d'ogival pourrait remplacer sans inconvénient
celui de gothique, puisque la croisée d'ogives est le caractère essentiel
des monuments gothiques. Il suffirait donc de faire accepter définitive-
ment le mot A-'ogive comme synonyme de nervure pour que l'expres-
sion d'arc/uïeciwre og^im^e cesse de mériter la défaveur des archéologues.
Telle est la première conclusion de l'article de M. Anthyme Saint-
Paul, qui laisse à ses lecteurs le choix des épithètes, pourvu que le
mot de gothique soit rayé du vocabulaire archéologique. Est-il vrai que
ce terme prête à de regrettables confusions? Personne n'a plus cepen-
dant l'idée de considérer les Goths comme les inventeurs de l'art
gothique. Les opinions de Millin, de Chateaubriand et de l'abbé Lécar-
latte, qui faisait remonter la découverte de l'architecture gothique à
190 BIBLIOGRAPHIE.
Bertrand de Goth, élu pape sous le nom de Clément V, ne peuvent
plus être mentionnées qu'à titre de curiosité. En réalité, cette épithète
n'est ni meilleure ni plus mauvaise qu'une autre, mais elle a le grand
avantage d'être comprise par tous les archéologues et par tous ceux"
qui ne possèdent aucune notion sur l'art du moyen âge. C'est un mot
consacré par le temps, et, si l'étymologie ne suffit pas à le justifier, il
a du moins un sens assez large qui correspond au terme à' archaïque
dans l'esprit d'un grand nombre de personnes. L'écriture anguleuse
qui fut adoptée depuis le xm« siècle jusqu'au xvi^ a toujours été dési-
gnée sous le nom de gothique. Il est donc tout naturel de donner une
qualification analogue à l'architecture de la même période.
La thèse de M. Anthyme Saint-Paul soulève de nombreuses objec-
tions. Remarquons d'abord que les articles si judicieux de Jules Qui-
cherat sur le sens du mot ogive n'ont pas suffi à en faire réserver
l'usage pour désigner les nervures d'une voûte. On lit encore dans des
études monumentales très récentes les expressions « fenêtre en ogive,
portail en ogive, » ce qui prouve bien que les mots à'ogive et d'arc
brisé sont trop souvent regardés comme synonymes. Si l'épithète à'ogi'
vale appliquée à l'architecture gothique finissait par s'imposer, certains
auteurs continueraient à croire que l'arc brisé est le seul caractère
essentiel du style gothique. En outre, la voûte d'ogives se rencontre
dans certaines églises purement romanes. Peut-on dire que le porche
de Moissac est un monument ogival parce qu'il est recouvert de ner-
vures entrecroisées? Faudra-t-il appliquer la même épithète à toutes
les églises romanes de la Normandie surmontées de voûtes d'ogives
primitives ou rajoutées après coup? Ce serait une source de malenten-
dus. Si la présence de quelques croisées d'ogives ne suffit pas à modi-
fier l'aspect d'un édifice roman, pourquoi supprimer le mot de gothique,
qui s'applique à des églises caractérisées par l'emploi simultané de la
nervure, de l'arc brisé et de l'arc-boutant? C'est la fusion de ces trois
éléments qui constitue le style gothique. En donnant la préférence à
l'arc ogive pour qualifier d'un nouveau nom l'architecture gothique, on
s'expose à des critiques d'autant plus justifiées que l'arc-boutant pour-
rait être considéré comme un caractère aussi essentiel des églises bâties
entre le xin^ et le xvi* siècle.
Après avoir reconnu de bonne grâce que les dénominations d'archi-
tecture française, parisienne ou catholique n'arriveraient pas à rempla-
cer le nom de gothique, M. Anthyme Saint-Paul propose l'épithète de
gallicane pour satisfaire les archéologues qui ne voudraient pas se ser-
vir du mot iVogival. 11 fait observer que les expressions de clocher gal-
lican, à'égiise gallicane seraient aussi naturelles que celles de coupole
byzantine ou d'église syrienne. Si ce langage nouveau passait de la théo-
rie dans la pratique, les moindres inconvénients qui pourraient en
résulter seraient de faire naître immédiatement une architecture ita-
BIBLIOGRAPHIE. ^ 9^
lienne, allemande ou anglaise. Tandis que les archéologues étrangers
admettent fort bien le mot de gothique, qui ne froisse aucune natio-
nalité, ils seraient tentés de recommencer la discussion sur l'origine
de l'art gothique pour revendiquer le droit de lui donner un nouveau
nom. Or, il est toujours dangereux de faire intervenir le patriotisme
dans les questions scientifiques, et le principal défaut de la dénomina-
tion proposée par M. Anthyme Saint-Paul est de convenir exclusive-
ment à des archéologues français. Du reste, l'architecture romane
pourrait aussi bien mériter l'épithète de gallicane que l'auteur entend,
réserver à l'art gothique. Le rôle des écoles monumentales de la France
à l'époque romane n'est pas moins important que le développement de
l'art gothique dans notre pays. Les constructeurs français produisirent
des œuvres d'architecture gallicane au xi^ siècle de même qu'au xni^ et
au XVII8 siècle. Il est donc inutile d'affaiblir au profit de l'art gothique
l'originalité nationale de l'art roman ou de l'architecture du siècle de
Louis XIV.
M. Anthyme Saint-Paul avoue lui-même que les expressions à''église
française, de château français ne sauraient éveiller l'idée d'un édifice
bâti dans une période déterminée. Pourquoi les mots ([''église gallicane
et de château gallican auraient-ils le privilège de faire deviner à tel ou
tel archéologue que cette épithète désigne un monument des derniers
siècles du moyen âge ? Ce mot n'a jamais été appliqué à l'histoire de
l'art, et il serait facile de lui donner un sens restreint et précis, répond
M. Anthyme Saint-Paul. C'est justement parce que les mots de con-
vention prêtent à des confusions incessantes qu'il vaut mieux se dis-
penser de les employer. Le mot de gallican servira toujours à désigner
l'esprit d'indépendance du clergé français vis-à-vis de la papauté.
Faut-il le détourner de son sens classique pour le faire entrer dans le
domaine de l'archéologie, où personne ne comprendra sa nouvelle
signification? Nous n'en saisissons pas l'utilité. Si le mot de gothique
est médiocre, celui de gallican est à la fois obscur et inexact.
Jules Quicherat ne s'était pas mépris sur la valeur très relative du
terme de gothique appliqué à l'architecture d'une certaine période du
moyen âge, mais il avait démontré que l'emploi d'une autre épithète
entraînerait de fâcheuses conséquences. Il a réfuté d'avance en quelque
sorte plusieurs arguments de M. Anthyme Saint-Paul dans ses deux
études sur l'ogive et sur l'âge de la cathédrale d'Embrun. La dénomi-
nation d'architecture gothique a pour elle la force de l'usage et les
avantages de la clarté. C'est un terme qui ne prête à aucune équivoque
et qui ne consacre aucune prétention nationale. La nomenclature archéo-
logique n'a pas besoin de s'enrichir d'un mot nouveau qui ne fera
jamais partie de la langue usuelle, et l'article de M. Anthyme Saint-
Paul n'est pas de nature à modifier sur ce point l'enseignement tradi-
tionnel de l'École des chartes.
Eugène Lefèvre-Pontalis.
192 BIBLIOGRAPHIE.
Essai sur l'histoire du théâtre, la mise en scène, le décor, le cos-
tume, l'architecture, l'éclairage, l'hygiène, par Germain Bapst.
Paris, Hachette et G'% -1893. In-4°. Ouvrage orné de 85 gravures.
« Ce livre est le rapport officiel du jury de la classe des Arts décora-
tifs sur les théâtres.
« Jusqu'à présent, aucun rapport sur les théâtres n'a été présenté
par le jury d'examen des expositions universelles. Aussi avons-nous
cru que pour faire comprendre l'état matériel du théâtre moderne il
convenait d'exposer au public l'histoire de l'architecture théâtrale, de
la décoration, du costume, de l'hygiène. L'étude de ces différentes
branches pourrait seule nous amener à montrer l'état actuel de la ques-
tion et les progrès qu'on est en droit d'exiger en matière de théâtre. »
Gomme on le voit par cette entrée dans le sujet, M. Germain Bapst
s'est réservé de l'embrasser dans toute son ampleur; il le pouvait mieux
que personne, eu égard à la sagacité vraiment remarquable employée
par lui à débrouiller d'autres écheveaux. Son ouvrage, divisé en trois
parties, relève de notre critique au moins pour la première, celle rela-
tive au théâtre du moyen âge. Peut-être n'est-elle pas la plus origi-
nale; on a tant écrit sur cette question qu'il lui eût été difficile de
noter rien de très particulier ; mais il a su grouper excellemment ses
recherches, coordonner les documents et tirer d'eux bien des choses
que l'on n'y avait peut-être pas remarquées dès l'abord. Une qualité
spéciale de l'auteur, c'est de saisir tout aussi bien le terme original et
topique d'un texte que la synthèse graphique d'une miniature ou d'un
dessin. Sur ce point, nombre de ses prédécesseurs ont échoué, lesquels
ne possédaient très bien que l'un ou l'autre de ces deux sens essen-
tiellement différents.
M. Germain Bapst a une façon tout à fait lumineuse et vulgarisa-
trice de rendre claires les conceptions alambiquées et frustes rencon-
trées chez les anciens auteurs. Il a le bon sens qui réduit à une formule
intelligible les descriptions compliquées et leur communique une allure
contemporaine. Il résume en deux pages à peine la matière de plusieurs
livres, et il en exprime les notes utiles. Ses comparaisons même, peu
habituelles en érudition, entre les gens du moyen âge et nous autres
donnent une physionomie palpable et coutumière à de menus faits,
restés nuageux et peu compréhensibles lorsqu'on les prend à leur terme
strict. Qu'est le mystère de sainte Agnès ? Un peu avec ses brutalités
et ses réalismes ce que sont nos drames du boulevard ; la lettre du
drame a seule varié, le public est resté pareil. Un simple mot précise
la philosophie et la portée de ces représentations d'autrefois ; décrites
par un savant moins documenté dans le sens moderne, ces féeries d'il
y a six ou sept siècles fussent restées lettre close pour le plus grand
nombre de lecteurs ; les voici expliquées à tout le monde.
BIBLIOGRAPHIE. ^ 93
Le plus grand mérite du livre de M. Germain Bapst est d'avoir établi
l'origine indiscutable de notre théâtre et ses transformations. Ses cha-
pitres aident merveilleusement à ses déductions logiques. Il prend à
travers le moyen âge, et jusqu'à la fin du xvi« siècle successivement, la
disposition du théâtre, la scène, la machinerie et les décors, les cos-
tumes et la mise en scène, les femmes au théâtre, la peinture décora-
tive, les pièces religieuses et les profanes, les mystères mimés aux
entrées de souverains. Chemin faisant, il jette çà et là quelques idées
neuves ou rectifie scientifiquement des erreurs de très vieille date. Il a
été surpris de rencontrer aux estampes de la Bibliothèque nationale
une entrée à Paris non citée dans les ouvrages de bibliographie. Patiem-
ment, il note des erreurs et des inadvertances et conclut à une imagerie
faussée, — faussée au xvn° siècle par Fevret de Fontette, qui n'y avait
point cherché malice et se voulait tout bonnement créer je ne sais quelle
approximation graphique d'une entrée royale. — M. Germain Bapst a
prouvé que cette prétendue fête en l'honneur du roi François était en
réalité celle offerte par la ville de Bruges à Charles-Quint. Je cite ceci
entre autres choses pour montrer la conscience de l'auteur et son envie
de dire le vrai. Il met d'ailleurs en ses affirmations la plus grande
modestie, citant en note la moindre explication fournie par un confrère
et réservant son opinion s'il ne la peut asseoir sur de fortes et indiscu-
tables preuves.
Il y aurait donc mauvaise foi à traiter ce livre d'œuvre de vulgarisa-
tion; on aime aujourd'hui volontiers à lancer ce mot. Lisible certes,
mais est-ce en vérité un si grand défaut? Toute la partie moderne,
qui nous intéresse moins, offre le tableau le plus complet et le plus
fouillé de l'histoire du théâtre sous Louis XIV, au xvni^ et au
xix« siècle. Le grand reproche, le seul à formuler, c'est l'insuffisance
absolue des gravures. M. Germain Bapst base certaines théories
sur des figurations dessinées que le lecteur ne voit pas, et celles
qu'on voit sont en majorité de qualité médiocre et banale. Une
œuvre de cette portée eût nécessité la documentation graphique la plus
soignée et la plus définitive. Il est certain, par exemple, que la femme
de Louis XI reproduite à la page 49 comme spécimen du costume
« que revêtaient les saintes femmes dans les mystères » n'est qu'une
cheville inutile et d'ailleurs fort mal gravée. La maison Hachette eût
dû tenir à honneur de ne pas jeter dans la librairie un travail aussi
remarquable par le fond que naïf et enfantin dans l'illustration. Mais
cette querelle de costume n'empêchera point le livre de faire son che-
min ; il résume, il précise et il détermine tant de points admis et obs-
curs qu'on ne saurait le recommander de trop à ceux qui, tout en ché-
rissant l'érudition, admettent chez elle un côté aimable.
Henri Bouchot.
1894 i3
'194 BIBLIOGRAPHIE.
Galerie illustrée de la Compagnie de Jésus. Album de 400 portraits
choisis parmi les plus beaux, les plus rares ou les plus importants
et reproduits en héliogravure, par les soins el sous la direction
du P. Alfred Hamy, de la même Compagnie. Paris, chez l'auteur,
H bis, rue Lhomond, -1893. 8 vol. in-fol.
Peut-être ne suis-je point le critique qu'il faudrait pour vanter à sa
valeur la grande et fort ingrate besogne à laquelle le R. P. Hamy vient
de mettre la dernière main. La plupart des hommes dont il nous
donne les traits ont joué un rôle éminent. Qu'on les juge à sa façon,
ils ont été, ils ont vécu, et on ne les empêchera pas d'avoir vécu. Que
par eux la France et l'Europe aient été encombrées d'un art lourd et
médiocre extrêmement, le fait n'est plus discutable. Ni l'architecture
ni l'Université ne se sont encore débarrassées de leurs théories, mais
que nous importe! Bonnes ou mauvaises, ils ont fait beaucoup de
choses; plusieurs ont laissé un nom, et les adversaires loyaux ne brû-
leront pas plus leur figure que les gens sages ne casseront les N ou
les fleurs de lis au fronton des monuments.
Ce qu'a cherché avant tout le P. Hamy, c'est de faire œuvre d'his-
toire, abstraction faite des esthétiques et des arts. Tout portrait de
Jésuite célèbre, fût-ce la pire horreur du monde, a été pieusement
recueilli par lui, livré à un photograveur habile et inséré dans .son
album. C'est donc un dictionnaire biographique spécial qu'il nous
montre, une sorte d'encyclopédie figurée de la célèbre Compagnie depuis
son origine jusqu'à ces derniers temps. Les ouvrages de ce genre sont
rares; ils nécessitent un éveil constant, une orientation et une étude
particulières, une connaissance avisée des moindres faits pour ne laisser
jamais rien échapper d'essentiel. Publiés, ils fournissent aux travail-
leurs la source de renseignements la plus sûre et la plus épurée. Et,
comme les Pères de la Compagnie ont toujours été de près ou de loin
mêlés à toutes les affaires politiques de trois siècles, le livre du P. Hamy
devient pour l'historien un guide nécessaire et indispensable.
Sans doute, les personnes étrangères aux études de ce genre, et seu-
lement préoccupées d'esthétique, auront une surprise en ouvrant le
livre. Si l'on en juge par les reproductions, les Pères de la Compagnie
ont rarement trouvé l'artiste courtisan et flatteur. Sauf de rares, de
trop rares exceptions, nous les voyons livrés, — on dirait par humilité
chrétienne, — à des artistes infimes qui se sont donné la tâche de
ridiculiser ou d'enlaidir leurs modèles. Peut-être d'ailleurs le P. Hamy,
surpris par sa piété filiale! n'a-t-il pas cherché à éliminer certaines
ligures dont la touche un peu forcée peut nuire à l'ensemble. En rédui-
sant à 400 le nombre de ses reproductions, le savant auteur se réser-
vait donc un choix à faire; on eût souhaité qu'il le fit plus radical.
Bien plus, nous le voyons parfois dédaigner une portraiture excellente
BIBLIOGRAPHIE. ^195
comme celle de Charles de Lorraine (crayon unique conservé au Cabi-
net des Estampes) pour la remplacer par des tailles-douces médiocres
et absolument banales.
Je ne m'étendrai pas outre mesure sur ces critiques faciles ; ceux qui
ont entrepris de semblables travaux savent quelle somme de difficultés
ils présentent, combien il se faut abstraire d'idées préconçues et démo-
lir de sièges tout faits. Il ne se pouvait pas que le R. P. Hamy admît
dans son encyclopédie certaines pièces satiriques dont peut-être la qua-
lité eût paru supérieure aux profanes. Même il s'est ingénié à ne
prendre dans nos collections publiques que les portraits rarissimes ou
tirés à petit nombre. Bon nombre de ceux qu'il nous présente repro-
duisent des originaux conservés en divers lieux, et dont les clichés lui ont
été fournis par des correspondants. C'est par ce côté surtout que l'ico-
nographie du P. Hamy prend un bon rang parmi les œuvres similaires;
elle devient comme un recueil de documents inédits, et je n'en fournirai
pour exemple que le portrait d'Ignace de Loyola obtenu directement
d'après le tableau de Madrid, avant les retouches d'un artiste mal-
habile. Sans doute on ne verra point dans cette tête maladive ce que
le savant auteur y rencontre, mais on est en face d'une œuvre sincère,
naïve, absolument authentique et jusqu'à ce jour ignorée des historiens
sérieux.
Le P. Hamy a joint à ses portraits une suite de notices classées par
ordre alphabétique, un peu volontairement tenues dans les termes
vagues. Il est certain que plusieurs mentions utiles ont été écartées
comme il convenait. L'auteur, qui sait quelle respectueuse considération
nous professons à l'égard de sa personne et de sa merveilleuse faculté
de travail, nous pardonnera cette nouvelle critique; il passe un peu vite
sur des faits connus.
En dépit de ces petites imperfections de détail, sensibles seulement
pour les gens du siècle, la Galerie illustrée de la Compagnie de Jésus
témoigne d'un considérable effort et d'une persévérance jamais lassée
ni rebutée. Je laisse à part le côté technique de l'œuvre, la mise en
œuvre de ces reproductions soignées également; je ne garde que la
partie documentaire et historique, la seule dont je puisse parler ici en
franchise. Elle est digne de tout intérêt. Elle va se joindre tantôt aux
autres travaux du P. Hamy, l'Essai sur l'iconographie de la Compagnie
de Jésus, les Documents pour servir à Vhistoire des domiciles de la Com-
pagnie de Jésus, deux livres aujourd'hui rares, et dont le dernier surtout
est venu combler une lacune dans la terminologie des noms de lieux.
La Galerie illustrée est comme ces livres un ouvrage de bibliothèque
indispensable, même aux historiens les moins orientés dans le sens de
ces études.
H. BODCHOT.
196 BIBLIOGRAPHIE.
Les Fables de Phèdre. Édition paléographique publiée d'après le
manuscrit Rosanbo, par Ulysse Robert. Paris, Imprimerie natio-
nale, ^893. In-8° de XLVI-^88 pages, avec deux planches.
Le manuscrit d'après lequel Pierre Pithou fit connaître en 1596 les
Fables de Phèdre et qui appartient aujourd'hui à M. le marquis de
Rosanbo jouit d'une grande et légitime réputation depuis trois siècles.
Quoiqu'il eût été collationné à différentes reprises, il était loin d'avoir
fourni tout ce qu'on en pouvait tirer pour établir le texte des vers du
fabuliste latin. C'est à notre confrère M. Ulysse Robert qu'est échue
l'honorable tâche de le mettre en pleine lumière. Il s'en est acquitté
avec le soin et la critique dont il avait fait preuve en 1881 quand il
avait eu à publier l'antique version du Pentateuque conservée dans le
célèbre manuscrit de la bibliothèque de Lyon.
La publication de notre confrère contient un double texte des Fables
de Phèdre : 1° un texte paléographique, où sont reproduites toutes les
particularités du manuscrit : les signes d'abréviation et de ponctuation,
la disposition des rubriques et des grandes lettres, la coupure des pages
et des lignes ; 2° un texte courant, où l'on trouve chaque vers mis à la
ligne, les abréviations remplies, les grandes lettres et la ponctuation
marquées d'une façon logique et régulière.
Le manuscrit Pithou-Rosanbo contient à la suite des Fables de Phèdre
un traité tératologique qui a pu être intitulé : De monstris, belluis et ser-
pentibus liber. M. Ulysse Robert en a donné une édition fidèle, en com-
blant une lacune du manuscrit Pithou-Rosanbo à l'aide d'un manuscrit
de Wolfenbuttel.
Le volume que nous annonçons n'a pas seulement le mérite de repro-
duire avec la plus rigoureuse et la plus minutieuse exactitude des textes
précieux à plus d'un titre. L'éditeur, dans la préface qu'il a mise en
tête du volume, a décrit le manuscrit Pithou-Rosanbo et en a retracé
les vicissitudes. Ce n'est pas la partie la moins intéressante du livre, et
nous recommandons à nos lecteurs les pages dans lesquelles est dis-
cutée la question de l'origine du manuscrit.
M. Ulysse Robert, après avoir comparé le Phèdre avec beaucoup de
manuscrits du ix^ siècle, a cru pouvoir l'attribuer à un scribe de la ville
ou du pays de Reims. Au cours de la discussion, il a insisté sur deux
particularités qu'il considère comme signes caractéristiques des manus-
crits rémois du ix'' siècle : 1° l'emploi d'un i allongé, assez semblable à
la lettre i, au commencement des mots dans le cours des phrases;
1" l'usage de figurer la conjonction que par un q suivi d'un seul point.
Si cette règle était bien établie, elle nous révélerait l'origine, jusqu'ici
incertaine, de quelques-uns des plus célèbres manuscrits carlovingiens.
Ainsi, nous trouvons dans la bible de Saint-Paul hors les murs les ï
I
BIBLIOGRAPHIE. 197
allongés au commencement des mots, dans le corps des phrases, et la
conjonction que figurée par un q suivi d'un seul point.
Le travail très délicat et très méritoire auquel s'est livré M. Ulysse
Robert aura des conséquences importantes. II a servi de base à une édi-
tion critique que va publier M. Louis Havet et dans laquelle le texte de
Phèdre a reçu de très notables améliorations, comme l'ont fait entrevoir
des communications faites à l'Académie des inscriptions.
L. Delisle.
LIVRES NOUVEAUX.
SOMMAIRE DES MATIÈRES.
Généralités, 182, 232, 285.
Sciences auxiliaires. — Épigraphie, 142, 164, 185. — Paléographie,
82. — Bibliographie, 12, 85, 194, 206, 215, 276; bibliothèques, 71, 72,
151, 207, 230; manuscrits, 72, 151, 230; imprimés, typographie, 71,
92, 157, 173, 207, 302.
Sources, 41, 251, 282, 304. — Légendes, Hl, 165. — Chroniques,
89, 122, 216. — Correspondances, 249. — Archives, H, 14, 58, 94, 126,
130, 136, 217, 235, 284. — Cartulaires, buUaires, etc., 36, 62, 67, 69,
84, 154, 198, 203, 223, 254, 283, 292-295. — Chartes, 40, 208, 281, 288.
— Régestes, 255, 256. — Comptes, 161. —Inventaires, 80, 170, 171, 215.
Biographie, généalogie, 38. — Albert V d'Autriche, 53; Anjou, 296;
Anne de Russie, 65; Ariscola, 236; Arpades, 238; Benoît IX, 40; Ben-
venuto da Imola, 268; Berchtold de Falkenstein, 60; Bernard (saint)
de Menthon, 109; Berry, 171; Boccace, 300; Boucard (Jean), 245; Bou-
tillier (Jean), 8; Casimir III de Pologne, 70; Catherine (sainte) d'Ale-
xandrie, 111; Cerchiari, 141 ; Célestin V, 269; Chabannes, 75; Charle-
magne, 172; Charles IV, empereur, 309; Chartier (Alain), 261; Craon,
36; Gima, 49; Colomb (Christophe), 231; Dante, 19, 186, 205, 250;
Durer (Albert), 110; Dlugosz (Jean), 42; Edouard I*"" d'Angleterre, 254 ;
Eudes, 118; Ferjeux (saint), 229 ; Ferréol (saint), 229 ; Flach, 276; Fon-
tay (Jean de), 261 ; François (saint) d'Assise, 51, 169 ; Grégoire VII, 219 ;
Grégoire XI, 104; Guglielmo da Saliceto, 6; Hervé (saint), 247; Hohen-
stauffen, 175 ; Hupfuff, 276 ; Hus, 291 ; Jacques I^^- d'Aragon, 286 ; Jeanne
d'Arc, 98, 192, 220,228, 308 ; —des Armoises, 191, 273; — de Flandre,
93; Langland, 180; Louis (saint) IX, 196; Louis XH, 15, 201, 240;
Lunaire (saint), 270; Lusignan, 66; Martial (saint), 278 ; Mathieu II de
n
198 BIBLIOGRAPHIE.
Lorraine, 198; Mélaine (saint), 103; Mellerio, 214; Min, 248; OttonlII,
292 ; Pétrarque, 253 ; Piacentino, 6; Philibert de Savoie, 240; Pliilippe
le Hardi, 196; Pierre (saint) Damien, 13 ; Richard de Gornouailles, 305 ;
Rudel, 237; Salisbury, 102 ; Salvien, 244; Savoie, 81; Savonarole, 17,
297 ; Scala, 104 ; Sforza, 34 ; Théophile, 277 ; Thomas d'Aquin (saint),
222; Thomas III de Saluées, 177 ; Visconti, 95; Walfroy (saint), 239;
Walther von der Vogelweide, 149.
Droit, 73, 91, 99.
Institutions : politiques et sociales, 5, 14, 67, 74, 84, 105, 128, 146,
159, 168, 187, 267, 289, 291, 310; provinciales, 10; communales, 63,
208, 281; judiciaires, 28, 31, 167, 258; financières, 274.
Moeurs, histoire économique, 4, 58, 59, 64, 120, 123, 139, 150, 182,
183, 212, 265, 280, 283.
Enseignement, 3, 7, 70, 130, 257, 279.
Sciences, médecine, 123, 124, 144, 160, 193.
Géographie, 39, 299.
Religions, 221. — Catholicisme, 54, 97, 143; lipsanographie, 20, 24,
241; ordres religieux, monastères, 2, 12, 69, 94, 121, 154, 163, 174, 272,
290, 303, 306; liturgie, 125.
Archéologie, 10, 26, 29, 55, 80, 89, 96, 107, 108, 110, 113, 116, 131,
197, 2H, 225, 226, 242, 261. — Architecture, 61, 79, 115, 134, 140,
147, 148, 157, 158, 189, 202, 204, 262, 266, 303. — Sculpture, 178. —
Mosaïques, 83. — Émaillerie, 25. — Verrerie, 264. — Céramique, 47. —
Tapisserie, 119. — Musique, 78, 166. — Numismatique, 21, 23, 44, 90,
114, 129, 133, 305. — Sigillographie, 46. — Héraldique, 260.
Langues et littératures. — Hébreu, 155, 179, 259. — Latin, 68. —
Langues romanes, 218; français, 102,103, 111, 127, 277; provençal, 57,
227 ; wallon, 307 ; italien, 9, 78, 104, 243; espagnol, 162, 195. — Langues
germaniques : allemand, 43, 48, 68, 101; anglais, 76, 165, 181. —
Langues Scandinaves, 176, 233.
SOMMAIRE GÉOGRAPHIQUE.
Allemagne, 5, 21, 29, 44, 63, 77, 105, 113, 120, 128, 147, 151, 153,
158, 168, 175, 184, 185, 197, 224, 230, 234, 249, 251, 255, 256, 275, 276,
280, 293, 294, 304.
Autriche-Hongrie, 53, 138, 149, 163, 188, 238, 274.
Belgique et Pays-Bas, 62, 73, 90, 136, 137, 161, 258, 298.
Espagne, 50, 94, 271, 286.
Frange, 142, 275, 298, — Angoumois, 134; Anjou, 32, 36, 262; Aqui-
taine, 12, 39 ; Beauce, 301 ; Bretagne, 145 ; Couserans, 288 ; Flandre, 298;
BIBLIOGRAPHIE. •lOO
Gâtinais, 301 ; Guienne et Gascogne, 54, 58, 72; Languedoc, 12; Lor-
raine, 198; Maine, 32; Marche, 287; Normandie, 31,41, 89; Orléanais,
301; Picardie, 290; Provence, 2, 12, 72, 108; Roussillon, 99; Sain-
tonge, 69; Touraine, 47; Valois, 65; Vexin, 1; Vivarais, 213. —
Aisne, 112, 131; Alpes (Basses-), 203; Alpes (Hautes-), 266; Avey-
ron, 50; Bouches-du-Rhône, 116, 299; Calvados, 119, 252, 263;
Cher, 61 ; Gôte-d'Or, 37 ; Creuse, 287; Doubs, 71, 126; Eure, 107; Eure-
et-Loir, 87, 217; Gard, 27, 208; Garonne (Haute-), 50; Gironde, 58;
Hérault, 57, 117; llle-et- Vilaine, 204; Indre-et-Loire, 140; Loir-et-
Cher, 69, 281; Loire-Inférieure, 100; Loiret, 102, 174, 199,284; Manche,
11 ; Mayenne, 223; Meurthe-et-Moselle, 96, 210; Oise, 22, 226, 242
Orne, 85; Pas-de-Calais, 132; Puy-de-Dôme, 79; Pyrénées (Basses-)
189; Rhône, 83; Saône (Haute-), 144; Saône-et-Loire, 202; Sarthe, 30
86, 170; Savoie, 59, 135, 206; Seine, 14, 28, 52, 123, 164; Seine-et
Oise, 121; Seine-Inférieure, 125, 209; Var, 220; Vendée, 56, 204
Vienne, 13; Vienne (Haute-), 26; Vosges, 146.
Grande-Bretagne, 180, 254, 303, 310. — Grèce, 154.
Italie, 18, 33, 35, 45, 74, 91, 95, 115, 122, 130, 133, 156, 167, 177,
200, 201, 206, 225, 246.
Pologne, 3, 257. — Suisse, 23, 88, 148, 295.
Orient, 66, 97, 129, 190, 211, 248, 285. — Amérique, 106.
1. AcHENBACH -Wahl (G.). Histolre du Vexin français -normand.
Magny-en- Vexin, impr. F. Nain, 1894, In-S", 131 p., 3 cartes et plans
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card ; Toulouse, E. Privât, 1894. In-8o, cxx-481 p. 20 fr.
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In-8°, 236 p. (Romanische Bibliothek, X.) 5 m,
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1893. In-4', 209 p.
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12. Apollinaire de Valence (le R. P.). Bibliotheca fratrum minorum
capuccinorum provinciarum Occitaniœ et Aquitaniœ. Romœ, apud prce-
fectum archivi generalis capuccinorum; Nemausi, D. Gervais-Bedot,
1894. In-4o, viii-171 p.
13. Arbellot (abbé). Saint Pierre Damien à Limoges. Limoges,
H. Ducourtieux; Paris, Haton, 1893. In-8°, 7 p.
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Brièle. Avec notice, appendice et table par Ernest Coyecque. Paris,
Hachette, 1894. In-4«», lxi-640 p. (Collection de documents inédits sur
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Laurens, 1893. In-8% 410 p. 9 fr.
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Didot et Ci% 1894. In-8°, xvi-348 et 384 p.
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Saint- Yrieix (Haute- Vienne). Brive, impr. M. Roche, s. d. In-S», 40 p.
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juridictions de l'Anjou et du Maine pendant la période féodale, t. III,
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202 BIBLIOGRIPHIE.
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Magistretti. Mediolani, typ. Boniardi-Pogliani, 1894. In-8o, liiii-240 p.
36. Bertrand de Broussillon. La Maison de Graon (1050-1480), étude
historique, accompagnée du cartulaire de Graon, illustrée de nombreux
sceaux et monuments funéraires et suivie de la table alphabétique des
noms par Paul de Farcy. Paris, Picard et fils, 1893. In-8', xiv-392 et
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Gonibertaut. Beaune, impr. Batault, 1893. In-8% vii-91 p., grav.
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Dair Acqua, 1893. In-S", 434 p. (Gollezione di opère inédite e rare dei
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Gaule depuis la fin de la domination romaine jusqu'à la création du
royaume d'Aquitaine. Paris, E. Leroux, 1893. In-8°, 41 p. (Extrait des
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40. Blancard (Louis). Sur la charte marseillaise de Benoît IX (1040).
Paris, Leroux, 1893. In-8°, 8 p. (Extrait du Bulletin du Comité des tra-
vaux historiques et scientifiques, section d'histoire et de philologie, 1893.)
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Publiées d'après les manuscrits originaux, avec introduction, notes,
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papier 13 m. 50.
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rum pontificum erga Americse populos curam ac studia tum ante tum
post insulas a Ghristophoro Golumbo repertas testantur phototypia des-
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drinské. Vydal Jan Urban Jarnik. [Deux versions en ancien français
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V
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cura et studio monachorum s. Benedicti archicœnobii Montis Gasini. I.
Montis Gasini, typ. Archicœnobii, 1888 (1893). In-4°, cxmi-466 p. et 5 pi.
283. Statuta artis merciariorum et ponticariorum Urbis. Testo ine-
dito del secolo xiv tratto dal codice Gasanatense G. II 22 (n. 166), pre-
ceduto da una dissertazione suUe corporazioni délie arti in Roma nel
medio evo, a cura del dott. Giovanni Bresciano. Fasc. I. Roma, tip.
la Gooperativa, 1892. In-S", 16 p. 1 1.
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Gonqueror, King of Aragon, Valencia and Majorca. Oxford, Glarendou
Press, 1894. In-8°, xix-311 p., carte.
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gique et biographique de la Haute-Marche (département de la Creuse).
Herment (Puy-de-Dôme), l'auteur, 1894. Gr. in-4% 439 p., grav.
288. Texte roman des coutumes municipales de Seix-en-Gouserans,
confirmées par Philippe le Hardi, et reconnaissance des privilèges de
cette ville par Henri II en 1547. Documents inédits publiés par Félix
Pasquier. Foix, impr. veuve Pomiès, 1893. In-8°, 12 p. (Extrait du
Bulletin de la Société ariégeoise des sciences, lettres et arts, IV« vol., n° 10.)
289. TiERENTEYN (Louis). Histoirc des institutions. Les comtes francs
depuis Clovis jusqu'au traité de "Verdun. Gand, Vuylsteke; Paris,
Picard, 1893. In-8°, 151 p. (Extrait des Mémoires couronnés et autres
mémoires publiés par l'Académie royale de Belgique.) 2 fr. 50 c.
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Temple en Picardie. Amiens, impr. Yvert et Tellier, 1893. In-8o, 309 p.
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im Mittolalter. Halle a. S., G. -A. Kaemmerer, 1894. In-8o, 88 p. (Hal-
lische Beitràge zur Geschichtsforschung, V.)
292. Urkunden (die) der deutschen Kônige und Kaiser. Herausgege-
ben von der Gesellschaft fiir altère deutsche Geschicbtskunde. II.
Bandes 2. Theil. Die Urkunden Otto des III. Hannover, Hahn, 1893.
In-4», p. i-ix et 385-995. (Monumenta Germaniae historica. Diplomatum
regum et imperatorum Germaniae, 11,2.) 20 m., en grand papier 30 m.
293. Urkundenbuch der Pfarrei Bcrgheim (Ober-Elsass), herausge-
geben von Pfarrer Eug. Hans. Strassburg, F.-X. Le Roux, 1894. In-8'»,
vn-355 p. (Quellenschriften der elsàssischen Kirchengeschichte, I.) 6 m.
294. Urkundenbuch der Stadt Lûbeck. Herausgegeben von dem
Vereine fiir Lùbeckische Geschichte, IX. 13 (Schluss). Liibeck,
E. Schmersahl, 1894. In-4o, p. 965-1,023. 4 m.
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und Anderen. Berlin, J.-A. Stargardt, 1894. In-4o, 8 p. et 20 pi. 5 m.
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tecture. 2d édition revised. Edinburgh, Douglas, 1894. In-S", 200 p.
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England. Berlin, A. Hertz und H. Siissenguth, 1894. In-8o, 61 p.
0 m. 80 pf.
CHRONIQUE ET MÉLANGES.
Dans la séance du 26 avril 1894, la Société de l'École des chartes a
procédé au renouvellement annuel de son Conseil, qui se trouve ainsi
constitué pour l'année 1894-1895 :
Président : M. Lemonnier.
Vice-président : M. Giry.
Secrétaire : M. Guilhiermoz.
Secrétaire-adjoint : M. Teulet.
Commission de publication : membres ordinaires, MM. Delisle, de Las-
teyrie et Omont ; membres suppléants, MM. Ledos et Valois.
Commission de comptabilité : MM. de Barthélémy, Bruel et Morel-
Fatio.
Archiviste-trésorier : M. Eugène Lefèvre-Pontalis.
— Les thèses des élèves de l'École des chartes ont été soutenues le
29 et le 30 janvier 1894. Voici les sujets que les candidats avaient
traités :
Jules Ghavanon : Renaud VI, sire de Pons, lieutenant du roi en
Poitou, Saintonge et Angoumois, conservateur des trêves de Guyenne
(1348?-1427).
Alphonse Dunoyer : un Conseiller de Charles VIII, Guillaume Bri-
çonnet (1445-1514).
Albert Gérard : Essai sur le siège de Paris par Henri IV.
Octave Join-Lambert : Étude sur l'architecture religieuse aux xi« et
xu» siècles dans l'ancien diocèse de Meaux.
Ernest Laurain : Essai sur les présidiaux (1552-1790).
Jean Lemoine : les Préliminaires du règne de Jean IV, duc de Bre-
tagne (1338-1362).
Abel Maisonobe : Étude sur les biens nationaux de la Haute-Garonne.
Léon Mirot : Essai sur la crise financière de 1380-1383.
Max Prinet : Étude historique sur l'industrie du sel en Franche-
Comté.
Henri Vautier : Caen et l'état du bailliage de Gaen sous la domina-
tion anglaise (1417-1450).
Robert Villepelet : Histoire de Périgueux et de ses institutions
municipales jusqu'en 1360.
4894 45
226 CHRONIQUE ET MÉLANGES.
— Par arrêté ministériel du 7 février 1894, ont été nommés archivistes
paléographes, dans l'ordre de mérite suivant :
MM. MiROT,
Vautier,
Join-Lambert,
Laurain,
DuNOYER,
ViLLEPELET,
Ghavanon.
— Ont été nommés archivistes paléographes hors rang, comme appar-
tenant à des promotions antérieures :
MM. Gérard,
Lemoine,
Maisonobe,
Prinet.
— Notre confrère M. Paul Bataillard, archiviste de la Faculté de
médecine de Paris, est décédé à Paris le i^" mars 1894, à l'âge de
soixante-dix-huit ans.
Né à Paris le 23 mars 1816, Paul Bataillard était entré à l'École des
chartes en 1839 et avait obtenu son diplôme d'archiviste paléographe
le 16 juillet 1841. Il a publié dans la Bibliothèque de l'École des chartes
les articles suivants :
De l'apparition et de la dispersion des Bohémiens en Europe (l'^ série,
t. V, p. 438-475 et 521-539).
Nouvelles recherches sur l'apparition et la disparition des Bohémiens
en Europe (3« série, t. I, p. 14-55).
— Par arrêté du 23 avril 1894, nos confrères MM. Enlart et E. Lefèvre-
Pontalis ont été chargés, pendant le second semestre de l'année scolaire
1893-1894, d'un cours d'archéologie du moyen âge à l'École des chartes,
pendant l'absence de M. de Lasteyrie, député.
— Par arrêté du 1" mai 1894, notre confrère M. Alphonse Dunoyer
a été nommé rédacteur au bureau des archives du ministère de l'ins-
truction publique.
— Par arrêté du 14 février 1894, notre confrère M. Jules Ghavanon
a été nommé attaché non rétribué à la bibliothèque de l'Arsenal.
— Par arrêté du 5 avril 1894, notre confrère M. Jean Passy a été
nommé archiviste du département des Basses-Pyrénées, en remplace-
ment de M. Flourac, admis à la retraite.
— Par arrêté du 23 janvier 1894, notre confrère M. Marcel Poète a
été nommé bibliothécaire adjoint de la ville de Besançon.
CHRONIQUE ET MÉLANGES. 227
— Par arrêté du 30 mars 1894, nos confrères MM. Lex, Loriquet et
Musset ont été nommés officiers de l'instruction publique.
— L'Académie des inscriptions et belles-lettres, dans sa séance du
21 mars 1894, a décerné le prix de numismatique fondé par Duchalais
à notre confrère M. Maurice Prou, pour le Catalogue des monnaies méro-
vingiennes de la Bibliothèque nationale.
— L'Académie des inscriptions et belles-lettres, dans sa séance du
27 avril 1894, a décerné le prix de La Grange à notre confrère M. Bon-
nardot, pour le Glossaire des Miracles de Notre-Dame, publié par la
Société des anciens textes français.
— L'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Rouen décernera
en 1896 le prix Bouctot (500 fr.) à l'auteur du meilleur travail sur le
sujet suivant : « Étude sur Nicolas Mesnager et sur son rôle dans les
affaires diplomatiques ou d'ordre économique auxquelles il a pris part,
d'après les archives publiques. » Les ouvrages adressés au concours
devront être envoyés francs de port avant le l^r mai 1896 (terme de
rigueur) soit à M. Barbier de la Serre, soit à M. Pierre Le Bidier,
secrétaires de l'Académie.
— Le conseil municipal de Paris, à la date du 26 décembre 1893, a
chargé nos confrères MM. Fr. Funck-Brentano et Fernand Bournon de
publier, le premier un volume ayant pour titre : « Documents pour servir
à l'histoire des lettres de cachet à Paris au xvii^ et au xvui^ siècle ; » le
second, les tomes VII et VIII de la Topographie historique du vieux
Paris, consacrés le tome VII à la région orientale de l'Université et le
tome VIII aux faubourgs Saint-Marcel, Saint- Victor et Saint-Jacques.
— Le rapport que notre confrère M. A. Prudhomme a présenté le
10 juillet 1893 sur les archives de l'Isère nous apprend que M. Henry
Morin-Pons, le collectionneur lyonnais bien connu, a partagé entre les
archives des départements dauphinois et la bibliothèque de la ville de
Lyon les séries de documents historiques qu'il avait formées et dont
une partie a été l'objet d'un catalogue publié en 1878 par MM. Ulysse
Chevalier et André Lacroix.
DOCUMENTS BORDELAIS
DE LA BIBLIOTHÈQUE DE SIR THOMAS PHILLIPPS'.
Le conseil général de la Gironde fut saisi, en 1889, par M. Dezeime-
1. La note qu'on va lire nous a été communiquée par notre confrère M. Bru-
tails, qui s'est discrètement abstenu de signaler la part qui lui revient dans le
succès d'une très délicate négociation.
228 CHRONIQUE ET Me'LANGES.
ris, l'un de ses membres, correspondant de l'Académie des inscriptions,
d'une proposition ayant pour objet l'achat des documents bordelais de
la collection formée par sir Thomas PbiUipps. La proposition, soutenue
avec talent et autorité, rallia les suffrages de l'assemblée départemen-
tale, qui mit généreusement à la disposition de l'administration les
fonds jugés nécessaires à la réalisation de ce projet.
De premiers pourparlers échouèrent; mais, comme les crédits ne pou-
vaient pas être indéfiniment immobilisés et reconduits sur les exercices
ultérieurs, on a repris dernièrement les négociations, qui viennent
d'aboutir. Le département et, pour une part, la ville de Bordeaux ont
donc conclu l'acquisition de 28 registres et de 2,068 chartes.
Ces documents ont été pour la plupart la propriété d'A. Monteil. Ils
proviennent, les chartes détachées surtout, de fonds nombreux : arche-
vêché, chapitre métropolitain, Saiut-Seurin et Saint-Pierre de Bor-
deaux, abbaye de Sainte-Croix, de la même ville, abbayes de La
Sauve, de Bonlieu, Dominicains, Franciscains, Glarisses, hôpital Saint-
James de Bordeaux, seigneurie de Castelnau-en-Médoc, intendance, etc.
Il convient d'ajouter que les archives de La Sauve, de Saint-Seurin et
de Saint-James sont celles qui ont fourni le plus de documents.
Ces différentes pièces répondent à la partie bordelaise du catalogue
que M. Omont a publié en 1889, dans la Bibliothèque de l'École des
chartes. Les deux articles 4069 et 4412 ont toutefois été retenus à
Cheltenham.
A^oici des principaux volumes un tableau sommaire, où ils sont grou-
pés par fonds. Les numéros sont ceux qui leur étaient attribués à Chel-
tenham et que M. Omont a conservés dans son catalogue.
Archevêché, 113. Revenus de l'archevêché, xni« s.
2855. Idem.
1314. Terrier, xv* s.
Chapitre métropolitain, 82 et 16902. Gensier, obituaire et cartulaire,
xme s.
3003. Acquisition de dîmes de Montferrand, xv s.
1316. Terrier, xv" s.
Saint-Seurin de Bordeaux, 71. Cartulaire, xh«-xiv® s.
1327. Livre des statuts, xiv^-xvii» s.
1315. Terrier, xv« s.
1315 bis. Id.
1340. Id.
1319. Procès entre l'archevêque de Bordeaux et les chapitres de
Saint- André et de Saint-Seurin, xv« s.
20290. Recueil factice de titres de la confrérie du Saint-Esprit,
xiir-xv" s.
3507. Dons faits à la confrérie du Saint-Esprit, xiv«-xv« s.
9718. Terrier de ladite confrérie, xv* s.
CHRONIQUE ET MELANGES. 229
Abbaye de La Sauve, 69. Petit cartulaire, xiii» s.
1069. Recueil de seize bulles, xii*-xm' s.
1318. Terrier, xv' s.
1334. Id.
4364. Id.
2859. Id.
2857. Terrier, xv°-xvi« s.
Abbaye de Sainte-Croix, 4371. Huit premiers feuillets de l'obituaire de
Sainte-Croix, xiv* s. (Le reste de l'obituaire, qui se trouvait
aux archives de la Gironde, a été publié, l'année dernière,
dans le tome XXVII des Archives historiques, p. 293 et suiv.)
Dominicains de Bordeaux, 2854. Terrier, xvi« s.
1331. Procès avec les Franciscains, xv" s.
Hôpital Saint- Jaynes, 1341. Terrier, xv'-xvi" s.
Seigneurie de Castelnau, 2858. Terrier, xv^-xvi' s.
231. Terrier, xv* s.
Intendance, 6432. Copie de lettres reçues de la cour par l'intendant
Boutin.
AUGUSTIN CHASSAING.
M. Francisque Mège, dont le nom est connu de tous ceux qui s'oc-
cupent de l'histoire d'Auvergne, a consacré à notre regretté confrère
quelques pages dans le Bulletin historique et scientifique de l'Auvergne :
Augustin Chassaing, ancien élève de VÉcole des chartes. Notice biogra-
phique (tiré à part, Clermont-Ferrand , Louis Bellet, 1893, in-S" de
23 p.). Lié pendant cinquante ans avec A. Chassaing, M. Mège se trou-
vait plus à même que beaucoup de retracer la vie et les travaux du
consciencieux érudit. La liste chronologique des publications de notre
confrère, par laquelle se termine l'opuscule de M. F. Mège, étant infi-
niment plus complète que celle qui a été donnée ici (tome LUI, 1892,
page 315-316), nous la reproduisons :
Liste chronologique des publications d'Augustin Chassaing.
1. Notice sur un tiers de sol d'or mérovingien frappé à Anicium (Le
Puy). [Annales de la Société d'agriculture, sciences, arts et commerce du
Puy, tome XXVI, 1863, page 58-69.)
2. Rapport lu le 5 juillet 1866 sur une trouvaille de pièces d'or du
xive siècle qui avait eu lieu près du Puy. [Annales, tome XXVIII,
1866-7, page 112-114.)
3. Notice sur un denier carlovingien frappé au Puy et portant le
nom du roi Raoul. Le Puy, Marchessou, 1868. (Extrait des Annales,
tome XXVm, 1866-7, p. 485-496.)
230
CHRONIQUE ET MELANGES.
4. Inventaire du mobilier du château d'Espaly dressé après le décès
de Pierre Gorgueil, évêque du Puy (février 1527). — Quittance d'un
trousseau constitué en dot à une fille noble (1377). (Extrait des Annales
de la Société, etc., tome XXVIII, 1866-7, page 565-598.)
5. Lettre de rémission du roi Charles "VII concernant le nommé
Jehan Baratier, de Chomélix, faux monnayeur (1447). (Annales de la
Société, etc., tome XXIX, 1868, page 12-22.)
6. Relation lue le 4 mars 1868 de la visite faite au Puy les 7 et 8 fé-
vrier 1868, par le R. P. Raphaël Garrucci, le célèbre archéologue romain.
{Annales, etc., tome XXIX, 1868, page 48-54.)
7. Note sur les billets de confiance émis en 1792 par les municipali-
tés de la Haute-Loire. {Annales, etc., tome XXIX, 1868, p. 147-8.)
8. L'ex-voto de la délivrance de la peste de 1629 à la cathédrale du
Puy. (Annuaire de la Haute-Loire, 1869, 2" partie, p. 59-68.)
9. Le livre de Podio ou Chroniques d'Etienne Médicis, bourgeois du
Puy. Le Puy, Marchessou, 1869-1874, 2 vol. in-4°, lvi-564, 664 p.
10. Lettre de rémission pour Pierre Mondonnier, receveur des aides
au bas-pays d'Auvergne. (Annales, etc., tome XXX, 1869, page 83-91.)
11. Inventaire du trésor de l'église collégiale et paroissiale de Saint-
Georges du Puy (juillet 1352). (Revue des sociétés savantes, 1873, II,
p. 112-119.)
12. Notice historique sur un sceau de Jeanne de Jambes, dame du
Luguet, veuve de Jean de Polignac, seigneur de Beaumont. Le Puy,
1874. (Annales, etc., tome XXXI, 1870-1871, l'-e partie, page 265-273.)
13. Notes sur l'orfèvrerie du Puy au moyen âge et à la Renaissance.
Le Puy, 1874. (Annales, etc., tome XXXI, 2^ partie, p. 41-58.)
14. Procès-verbal de l'élection par les états du Velay de trois députés
aux États généraux d'Orléans (27 mars 1649). (Annuaire de la Haute"
Loire, 1874, p. 418-425.)
15. Procès -verbaux des élections consulaires de la ville du Puy
en 1696, 1697 et 1698. (Annuaire de la Haute-Loire, 1875, p. 451-464.)
16. Lettres de Louis XI portant donation à Charles des Astars, con-
nétable de Bordeaux et bailli de Vivarais, de la seigneurie de Pierre-
latte-en-Valentinois, confisquée sur Gabriel de Bernes, ancien maître
d'hôtel du roi (21 juin 1461). (Revue des sociétés savantes, 1875.)
17. Mémoires de Jean Burel, bourgeois du Puy. Le Puy, Marchessou,
1875, in-4", xxxvi-584 p.
18. Rôle du reinage de la confrérie de Saint-Jacques des villageois de
Vais, près le Puy-en-Velay. (Revue des sociétés savantes, 1875, I, p. 557-
560.)
19. Traité passé le 4 avril 1364 entre les états d'Auvergne et Seguin
de Badefol pour l'évacuation des montagnes d'Auvergne et du Velay.
(Revue des sociétés savantes, 1876, II, p. 163-173.)
CHRONIQUE ET MÉLANGES. 23^
20. Ancien catalogue des prieurs de la chartreuse du Glandier, au
Bas-Limousin. {Revue des sociétés savantes, 1877, p. 314-315.)
21. Inventaire du mobilier du château d'Ozon-en-Vivarais (juin-juil-
let 1361). {Revue des sociétés savantes, 1880, p. 163-168.)
22. Calendrier de l'église du Puy au moyen âge. Paris, Champion,
1882. {Annales, etc., tome XXXIII, 2" partie, p. 265-293.)
23. Cartulaire des Templiers du Puy-en-Yelay. Paris, Champion,
1882. [Annales, etc., tome XXXIII, 2« partie, p. 139-263.)
24. Chartes de coutumes seigneuriales de Chapteuil et de Léotoing
(Haute-Loire) (1253-1264). [Nouvelle revue historique du droit français.
Paris, Larose et Forcel, 1882, p. 76-88.)
25. Nécrologie. Pierre-Marie- Henry Vinay, ancien député de la Haute-
Loire. Le Puy, Freydier, 1882, in-8°.
26. Baux à ferme de la monnaie du Puy, par les évêques du Puy à
Raymond Touchebœuf, bourgeois de Montpellier (2 décembre 1269), et
à Guillaume de la Ferté, bourgeois de Saint-Pourçain (11 août 1318).
Paris, Rollin et Feuardent, 1882. [Mélanges de nuynismatique, tome III,
p. 440-452.)
27. Association monétaire entre Yves, prieur de Souvigny, et Agnès,
dame de Bourbon (16 janvier 1272). {Revue numismatique, 1884, p. 446-
451.)
28. Ordonnances de Louis XI sanctionnant des articles arrêtés entre
les consuls et les habitants du Puy pour l'administration de cette ville
(novembre 1469). (Extrait de la Nouvelle revue historique du droit fran-
çais et étranger. Paris, Larose et Forcel, 1884, p. 87-99.)
29. Trois documents historiques relatifs à la Haute-Loire : Cahier du
tiers état (1789); Démarcation et division du département (1790); Déno-
minations révolutionnaires (1793). Le Puy, Marchessou, 1884. (Extrait
de VAnnuaire de la Haute-Loire, p. 431-459.)
30. Les méreaux de la collégiale de Langeac (Haute-Loire) (août 1375).
[Revue numismatique, 1885, p. 179-182.)
31. Mémoires d'Antoine Jacmon, bourgeois du Puy. Le Puy, Mar-
chessou, 1885, in-4°, xiv-xii-308 p.
32. Spicilegium Brivatense, recueil de documents historiques relatifs
au Brivadois et à l'Auvergne. Paris, Imprimerie nationale, 1886, in-4',
xvn-751 pages.
33. Cartulaire des hospitaliers (ordre de Saint-Jean de Jérusalem) du
Velay. Paris, Picard, 1888, grand in-8°, lxviii-278 p.
34. Inventaire du mobilier de la maison forte de Bonneville dressé
après le décès de Gonet de Chapteuil, seigneur de Bonneville, 16 no-
vembre, 11 et 16 décembre 1454. Lille, Desclée, de Brouwer et C'e, 1889.
35. Le Velay en 1771. Remarques sur le pays du Velay par M. de
Fages, commissaire principal à l'assiette du Puy, tenue le 17 avril 1771.
Le Puy, Marchessou, 1890, in-12.
232
CHRONIQUE ET MELANGES.
36. Catalogue des manuscrits de la bibliothèque du Puy. (Extrait du
Catalogue général des manuscrits des bibliothèques publiques de France.)
Paris, Pion, 1890, grand in-8°, 20 pages.
37. Velay et Auvergne. Sous ce titre VAlmanach de la Haute-Loire
pour 1893 publie six pièces historiques recueillies par Augustin Chas-
saing, savoir : Requête de M. de Saint- Vidal aux états du Velay du
23 janvier 1563. — Requête de l'abbé du grand clocher de la cathédrale
du Puy aux états du Velay de 1570. — Prix fait du pont en bois de la
Voûte-sur- Loire, 7 février 1693. — Prix fait de la maçonnerie du pont
de la Voùte-sur-Loire, du 20 février 1693. — Prix fait de la reconstruc-
tion de l'abbaye des Ghazes, du 30 septembre 1666. — Prix fait donné
à Gabriel Grouzet, sculpteur au Puy, d'un tabernacle pour le maître-
autel de Saint- Victor-Malescours, du 1" mai 1669.
INSTRUCTIONS DONNEES A UN COPISTE DU X V^ SIECLE.
MM. S. Berger et P. Durrieu ont signalé récemment, dans un très
curieux mémoire', l'intérêt que présentaient les notes mises en marge
de certains manuscrits pour guider l'enlumineur dans son travail.
Pareille précaution a été prise quelquefois pour de simples copistes,
même lorsque le manuscrit ne devait pas être l'objet d'une ornementa-
tion luxueuse. Ainsi, on trouve une note de ce genre dans le manus-
crit 572 des Nouvelles acquisitions latines ^ de la Bibliothèque natio-
nale acheté récemment à la vente Le Cavelier^. Cette note nous a paru
assez intéressante pour mériter d'être reproduite ici :
« Explicit tabula brevis hujus operis ; sequitur ordo scribendi hoc opus
sccundum artem. — Ut autem clarius innotescat in hoc opère ordo
intelligendi, talis in eo scribendi servetur modus, videlicet quod majo-
ribus litteris rubeis vel azureis, que sunt in ipsorum sermonum exordio,
proporcionaliter detur spacium sex linearum ; articulorum vero iniciis
quatuor liniarum spacium sufficiens est; capitulorum vero principiis
due Unie sufficere possunt. Ex tali quidem scribendi ordine atque modo,
distinctio sermonum ab articulis et articulorum a capitulis legentibus
clarius apparebit, quemadmodum, in sequenti opère, exemple et expe-
ricntia patcre potest. »
G. G.
1. Les notes pour Venlumineur dans les mss. du moyen âge. Paris, 1893,
in-8°. Extrait du t. LUI des Mémoires de la Société des Antiquaires de France.
2. Fol. 1 V".
3. Première partie, 26 février-9 mars 1894, n° 67. « Tractatus de cbristiana
rcligione edilus per S. Bernardinum de Senis. »
CHRONIQUE ET MÉLANGES. 233
UNE PRÉTENDUE BIBLE LYONNAISE DE L'ANNÉE 1500.
M. Gopinger, sous le n» 122 de sa Bibliographie des Bibles latines du
xv® siècle, intitulée : Incunabula biblica, enregistre, dans les termes
suivants, une édition lyonnaise de la Bible, à laquelle il assigne la date
de 1500 :
« Biblia latina, cum summariorum apparatu pleno quadruplicique
répertorie insignita. Lugduni, in officina Jacobi Saconi. Quarto. »
Le savant bibliographe anglais n'avait point rencontré d'exemplaire
de cette bible ; il l'a citée sur la foi d'auteurs qui n'en ont jamais donné
une description détaillée et qui l'indiquent les uns comme un volume
in-quarto, les autres comme un volume in-octavo.
Un exemplaire de cette bible a récemment figuré sous le n» 3824
dans le Catalogue de la quatrième partie de la bibliothèque de M. Ri-
cardo Heredia, vendue à Paris, du 12 avril au 11 mai 1894. Il était ainsi
annoncé : « Biblia cum summariorum, etc. Lugduni, in officina Jacobi
Saconi, 1500; fort volume in-8o. »
Vérification faite, cette bible, aujourd'hui classée à la Bibliothèque
nationale sous la cote A. 17960, appartient à l'année 1515 et non point
à l'année 1500. On y lit, à la fin de l'Apocalypse : « Explicit Biblia...;
Lugduni, in officina Jacobi Saconi, anno Domini decimo quinto supra
millesimum, duodecimo kalendas octobris. » Il est évident que le com-
positeur a omis le mot quingentesimo après le mot Domini. L'omission
serait évidente lors même que nous n'aurions pas une autre bible impri-
mée par le même Jacques Sacon en 1511, avec une souscription por-
tant : « Impressa per magistrum Jacobum Sachon, anno Domini quin-
gentesimo undecimo supra millesimum, die xni januarii. » (Bibl. nat.,
A. 5650.)
Il est assez remarquable que le mot quingentesimo ait été omis dans
la souscription d'une autre bible lyonnaise de l'année 1514 : « ... Lug-
duni, in officina Jacobi Mareschal, anno Domini decimo quarto supra
millesimum, duodecimo kalendas aprilis. » (Bibl. nat., A. 5652.)
L'omission du mot quingentesimo a trompé les bibliographes et leur
a fait attribuer à l'année 1500 une bible dont la date véritable est le
20 septembre 1515. La bible lyonnaise de 1500 semble donc être un
livre imaginaire, comme on avait pu le conjecturer dans le Journal des
Savants (1893, p. 213), même avant d'avoir constaté à la vente de la
bibliothèque de M. Heredia que la bible annoncée comme publiée à
Lyon en 1500 portait expressément la date du 20 septembre 1515.
234
CHBONIQUE ET MELANGES.
LE CHANSONNIER ALLEMAND DE LA BIBLIOTHÈQUE
D'IÉNA.
Parmi les collections de poésies des Minnesânger, il en est peu d'aussi
célèbres que celle que nous a conservée le fameux manuscrit de la
bibliothèque d'Heideiberg. Ce manuscrit est surtout remarquable par
les figures qui accompagnent le texte. La bibliothèque universitaire
d'Iéna possède actuellement un manuscrit non moins intéressant, jadis
propriété de la bibliothèque électorale de Saxe de Wittenberg. Ce
manuscrit se distingue parce que les poésies sont accompagnées de
notations musicales ajoutées par une main contemporaine. Il offre donc
une importance capitale pour la connaissance de la musique laïque du
moyen âge. M. K.-K. MûUer, bibliothécaire d'Iéna, entreprend aujour-
d'hui la publication de ce manuscrit en une reproduction photogra-
phique, accompagnée d'une transcription et de renseignements histo-
riques. Nous venons un peu tard pour annoncer la souscription ouverte
seulement jusqu'à la Pentecôte. Quatre éditions différentes en seront
données : la première se composera de 266 feuilles anopistographes ; la
deuxième de 133 feuilles imprimées des deux côtés; la souscription pour
ces deux éditions est de 150 marks. La troisième édition (180 marks),
imprimée des deux côtés, aura une reliure ancienne en cuir avec fer-
moirs gothiques; la quatrième (200 marks), une reliure ancienne en
véritable peau de truie, avec fermoirs gothiques. La publication est faite
par la maison Fr. Strobel à léna.
REVUE NÉO-SCOLASTIQUE.
Depuis plusieurs années déjà se manifeste chez les philosophes
catholiques un retour à la philosophie scolastique, adaptée aux idées
modernes; Léon XIII, en conviant, par son encyclique Mterni Patris,
les penseurs à l'étude des écrits de saint Thomas d'Aquin, a contribué
puissamment à créer et à développer ce mouvement. Le néo-thomisme
a trouvé déjà des organes : en Italie, le Divus Thomas, le Vessillo di
santo Tommaso, la Favilla scolastica, sans compter des revues d'un
caractère plus général, comme la Civiltà catlolica; en Allemagne, le
Jahrbuch fur PIMosophie und spéculative Théologie et, plus récemment,
le Philosophisches Jahrbuch, édité par la Gôrresgescllschaft ; dans la
France, qui a été l'un des premiers pays à se mettre à la tète du mou-
vement, l'Académie de Saint-Thomas de Coutances, les Annales de phi-
losophie chrétienne et, tout récemment, la Revue thomiste, commune à
notre pays et à la Suisse. Bien que les études scolastiques n'aient point
été jusqu'ici négligées en Belgique, elles n'y avaient aucun organe propre.
CHRONIQUE ET MÉLANGES. 235
La Société philosophique de Louvain, présidée par Mgr Mercier, a voulu
combler cette lacune, et c'est à quoi tend la Revue néoscolastique (Lou-
vain, A. Uystpruyst-Dieudonné ; Paris, Félix Alcan. Trimestriel. 10 fr.
par an pour la Belgique, 12 fr. pour l'étranger). Cette revue aidera
naturellement à la connaissance du moyen âge par des articles comme
celui où M. Forget, l'éditeur d'Avicenne, donne la traduction d'un cha-
pitre du philosophe arabe sur « l'Ame terrestre et l'âme céleste, » ou
comme l'étude de M. de Wulf sur « l'Exemplarisme et la théorie de
l'illumination spéciale dans la philosophie de Henri de Gand, » que
contient le premier numéro (janvier 1894).
REGISTRE DES LETTRES DU ROI DE CHYPRE.
Dans une des notes que le savant éditeur du Liber censuum de l'église
romaine a données sur quelques manuscrits de la reine de Suède, à la fin
du dernier numéro de la Bibliothèque de l'École des chartes (novembre-
décembre 1893, p. 786), il exprime le regret (p. 789) d'avoir vainement
recherché au Vatican le volume que le catalogue de Montfaucon inti-
tule : Registre des lettres du roi de Chypre.
J'ai été plus heureux que M. Fabre. Après l'avoir cherché longtemps,
j'ai fini par retrouver ce curieux registre parmi les manuscrits du Vati-
can provenant du baron Stosch. C'est un petit volume in-4o, en papier
oriental gommé et satiné, que nous ne pouvons plus qualifier de papier
de coton, puisqu'il est chimiquement démontré aujourd'hui que tous
les anciens papiers dits papiers de coton ont été fabriqués avec des chif-
fons, en Orient comme en Occident.
Il répond bien au n" 509 de Montfaucon et porte le n» ccxxxi (231)
du fonds Ottoboni.
Nous avons là un registre original de la Secrète royale de Nicosie,
renfermant, en cinq livres ou chapitres différents, les actes royaux
enregistrés à la Secrète pendant l'année financière 1468-1469, du mois
de mars 1468 à la fin de février 1469.
J'en ai publié la plus grande partie dans le tome III de V Histoire de
Vile de Chypre sous le règne des princes de la maison de Lusignan,
p. 189-309.
L. DE Mas-Latrie.
COMPTES DE TOURNAI DU XIII^ SIÈCLE.
Notre confrère M. Armand d'Herbomez vient de publier, dans le
Compte-rendu de la Commission royale d'histoire de Belgique (5* série,
t. III, n° 5), une note très curieuse, mais malheureusement trop courte,
236
CHRONIQDE ET MELANGES.
dans laquelle il signale l'existence aux archives de Tournai de comptes
des années 1240-1243 et 1276-1277.
Parmi les articles de dépense que cite notre confrère, on remarque
les suivants :
En 1241 : « Famulo régis qui adtulit litteras ut essent [Tornacenses]
paraturi ad arma. »
En 1242, au commencement de l'année : « Ad viam ad regem quando
iverunt redimere trecentos pedites, viii Ib. et mi s. » — Philippe Mous-
ket a mentionné « cil de Tournai, li trois cens, » qui prirent part à la
campagne de saint Louis contre le comte de la Marche.
En mai ou juin 1242 : « Garconi ballivi qui adtulit litteras quod rex
Francie habebat Touars, n solides. »
LA MORT DE JEANNE II,
REINE DE JÉRUSALEM ET DE SICILE, EN 1382.
Un très intéressant travail de notre confrère M. Noël Valois sur
r Expédition et la mort de Louis /«■■ d'Anjou en Italie^ vient d'attirer de
nouveau l'attention sur la triste fin de Jeanne U, reine de Naples. Les
données des chroniques sur la date de cet événement oscillent entre le
12 mai et le 12 juillet 1382. M. Valois lui-même n'a pas osé préciser;
il note seulement ce fait qu'un service commandé par Charles de
Durazzo pour le repos de l'âme de la reine fut célébré le 31 juillet dans
l'église de Santa Chiara.
Le document inédit que nous publions ici, tout en soulevant plusieurs
problèmes, semblerait fixer la date exacte de la mort de l'infortunée
princesse au 27 juillet 1382 : date qui s'accorde fort bien avec la célé-
bration d'un service quatre jours plus tard. C'est une lettre de la sei-
gneurie de Florence à Pietro Gambacorti, capitaine général de Pise et
ami des Florentins. Il n'y a pas lieu de douter de son authenticité :
elle est copiée dans un recueil italien de la fin du xiv siècle ou du
commencement du xv° siècle^, au milieu d'une foule d'autres lettres
émanées de la chancellerie florentine et, celles-ci, d'une authenticité
prouvée. En voici le texte :
« Idem [Florentini] ad Petrum de Gambacurtis.
« Magnifico domine, amice carissime. Ex instinctu carnis et sanguinis
quo illustri domine Johanne, Jérusalem et Gicilie regine, nos natura
conjunxit, non sine mentis amaricatione referimus, quod ipsa, divino
1. Revue des Questions historiques, t. LV, année 1894, p. 84-153, et spécia-
lement, pour le fait qui nous occupe, p. 119 et 120.
2. Bibl. nat., nouv. acq. iat. 1151, fol. 9.
CHRONIQUE ET ME'lANGES. 237
beneplacito, quodam gravi morbo depressa, infirmitatis sue lectum
pluribus diebus incoluit, ac, ex divine inspiratione gratie mentalibus
oculis ad lucem veritatis appertis, ad cor suum reversa cognoscensque
se falsis sismaticorum suggestionibus fuisse delusam, assumpsit peni-
tudinis spiritum, verumque pastorem ecclesie dominum nostrum Urba-
num papam VI ore et corde in confessione et contrictione professa
extitit. Et receptis per eam sacrosanctis ecclesiasticis sacramentis, die
XXVII julii nuper elapsi, sicut domino placuit, ab hac vita decessit. Et
quanquam ipsa dicto erroris devio fuisset obducta, speramus tamen
quod, cum lapsum suum ex aliorum sismatibus cognovit in ultimis
ipsaque in aliis suis catolice et exemplariter vixit, ad eternam gloriam
Christi domini miseratione migravit. Gumque, ex amoris zelo et devo-
tionis afîectu quem semper gesistis et geritis ad regiam domum, vos
presuponamus de ipsius obitu exinde dolere, nos, vobiscum perinde
condolentes, vobis talia significantes providimus, ut de ipsius ab hoc
seculo laudabilis exitus certes vos exinde ad consolationis spiritum
faciamus. »
On s'étonnera, en premier lieu, qu'il ne soit point question ici de
mort violente. Car, si l'on hésite sur le genre de supplice infligé à
Jeanne II, jamais on n'a mis en doute qu'elle n'ait été la victime de
Charles de Durazzo. Voici, d'autre part, une bien singulière nouvelle :
la reine de Naples aurait, avant d'expirer, abjuré l'obédience de Clé-
ment VII et reconnu la légitimité d'Urbain VI. Elle ne serait donc pas
morte impénitente le 22 mai, comme le rapporte Raynaldi'.
Une abjuration in extremis est dans les choses vraisemblables. Entou-
rée certainement de prêtres urbanistes, Jeanne put craindre de mourir
privée des derniers sacrements si elle persistait à renier Urbain VI.
On peut s'étonner, il est vrai, si l'abjuration eut vraiment lieu, que les
urbanistes n'aient pas exploité cette nouvelle favorable à leur cause.
Mais toute cette fin est enveloppée de mystères, et les documents
nous manquent pour une critique approfondie des problèmes que sou-
lève la lettre de Florence à Gambacorti. Nous la donnons telle qu'elle
est, n'ayant aucune raison d'en suspecter l'authenticité. Rappelons, en
terminant, que Florence avait partout, au xiv^ siècle, des agents bien
informés.
E. Jarry.
POÈME NÉERLANDAIS SUR LA BATAILLE DE GUINEGATE
OU DE TÉROUANNE.
On vient de retrouver à la bibliothèque de l'Université de Gœttingue,
sur un feuillet de garde d'un Lactance (imprimé à Bâle en 1521), un
1. Annales Ecclesiastici [Baronius], année 1382, g 1.
238
CHRONIQUE ET MELANGES.
fragment de quatre-vingt-huit vers néerlandais. Il est intitulé : Van
den Pransoysen die gefangen j| vnd doit sint vmbtrent Terewain. Il s'agit
de la journée des Éperons, ou bataille de Guinegate (16 août 1513).
M. Otto Heinemann a édité ce texte et l'a fait suivre d'une traduction
allemande et d'une identification des seigneurs français qui y sont men-
tionnés, dans la Sammlung bibliotliekswissenschaftlicher Arbeiten\ diri-
gée par M. Karl Dziatzko, professeur de bibliothéconomie à l'Univer-
sité de Gœttingue, fascicule 6, p. 74-85.
F. L.
SERVICE DES PESTIFERES A SAINT-OMER EN 1625.
M. Pagart d'Hermansart a pensé qu'il était intéressant de rechercher
les mesures prises autrefois en cas de peste. Les archives communales
lui ont fourni quelques renseignements précis sur l'Organisation du
service des pestiférés à Saint-Omer en 1625 (Saint-Omer, impr. H. d'Ho-
mont^ 1893, in-8° de 22 p. Extrait du Bulleti?i historique de la Société
des antiquaires de la Morinie). Il a pu nous faire connaître ainsi les
mesures arrêtées pour le transport des corps morts, dont on chargeait
une personne spéciale; les précautions prises pour empêcher la conta-
gion du mal; l'organisation du service médical et chirurgical ; les saints
invoqués dans le nord de la France contre le fléau (saint Omer, saint
Bertin, saint Adrien, Notre-Dame des Miracles).
L'ARTILLERIE DE GRAY EN 1638.
Grâce à un inventaire dressé en 1638 par l'auditeur des comptes
Daniel Privé et conservé aux archives du Doubs, notre confrère M. Jules
Gauthier a pu reconstituer l'Artillerie de la place de Gray pendant les
guerres du XVlh siècle (Vesoul, impr. A. Suchaux, in-8° de 20 p.). Les
descriptions de Daniel Privé sont si précises et si complètes que
M. J. Gauthier, qui a servi jadis dans l'artillerie, est parvenu à rendre
par le dessin quatre des soixante-quatorze pièces qui servaient à la
défense de la forte place de Gray au milieu du xvn^ siècle.
LA TROUVAILLE DE VALLEYRES.
Une découverte de pièces anciennes, la première de ce genre dans le
district d'Orbe (canton de Vaud en Suisse), a été faite le 18 mars 1893
en pratiquant un minage dans une vigne au lieu dit « sur le Moulin, »
1. Leipziji, Spirgatis, in-8«
CHRONIQUE ET MELANGES. 239
près de Valleyres. M. Maurice Barbey, qui a pu réunir cinquante-une
de ces pièces (50 de levêciié de Lausanne, dont 49 au même type, et
une de révêché de Saint-Maurice-d'Agaune en Ghablais), en donne la
description dans une petite brochure portant le titre ci-dessus (Orbe,
impr. A. BoUat, 1893, in-8° de 6 p., avec une planche).
NOMS VULGAIRES D'OISEAUX ET DE POISSONS
AU XVI« SIÈCLE.
Dans la Réserve du Département des imprimés de la Bibliothèque
nationale, on trouve, sous la cote Tc^^ 8, un exemplaire du traité inti-
tulé : Claudii Galeni Pergameni de alimentorum facultatibus libri très
(Paris, Ghr. Wechel, 1541, in-folio), à la suite duquel est relié un com-
mentaire manuscrit, datant évidemment du milieu du xvi' siècle. Ce
commentaire mérite d'être signalé, en raison d'un assez grand nombre
de noms vulgaires d'oiseaux et de poissons qu'il renferme. En voici
quelques exemples :
Aves aquaticsB.
Ardeola, les Aigrettes, quasi Heronnettes.
Platyramphoi, les Poches ou Trubletz.
Ganzœ, Oyes petites de Hollande.
Chenalopax, des Grevantz Northmannis.
Cheneros, des Beccanes Northmannis.
Tetrao, des Canes d'Inde.
Himantopodes, des Chevaliers Northmannis.
Porphyriones, des Flamans Monpiessulanis.
Onocrotali, Cygnes d'AUemaigne.
GavisB, des Mauves et des Gourmandz Northmanis.
Aves terrestres.
Ibis, la Gente.
Numidaca affricana, la Poulie d'Inde.
Perdix, la Perdrix rouge ; altéra rustica, la grise, quod ruri in sege-
tibus vivat.
Huic genus finitimum Galinula, la Gelinote de mons. de Sainct Valier.
Galgulus, Glauge Monpessulanis.
Lagopus, la Gelinote de Savoye.
Pluvius, un Piouvier Northmannis.
Pusillx, des Petites Northmannis.
Holitor, Lugduni un Ortolan ; hune putant esse Viridarios Gallorum,
les Verdiers.
Atricapilla, la Roussete Northmanis.
Rubellia, la Rouge gorge Northmanis.
240
CHRONIQUE ET MELANGES.
Rostrata, la Bécasse, Videcoq.
Nucifrayus, Cache avellana Gratianopolittanis.
Regulus, la Rebette Northmanis.
Varia piscium nomma.
Scarus, une sorte de Socquena Monpessulanis.
Mcrula, Turdus, Fuca, Perça, Julia (?), Saxahiles pisces, Pes rochartz
Monpessulanis, Pavon, Rossigneol, Perrocquet, Merle.
Lupus, Loup Monpessulanis ; Dars Northmannis.
Sperlencus, de l'Espellenc Northmannis.
Squilla, de l'Esquille Northmannis.
Coracinus, Pez re Monpessulanis; de la Maigre, Burdegals ; Graculus
Lalinis.
Duri [pisces].
Passer, la Plie Northmannis; la Plane Monpessulanis; le Carrelet,
Lutetix.
Acus, les Esguilles Monpessulanis; Orphis Northmannis.
Ohartilaginei.
Rana, un Martin pescheret Monpessulanis.
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594!
NOUVELLES ACQUISITIONS
DU
DÉPARTEMENT DES MANUSCRITS
DE
LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE
PENDANT LES ANNÉES 1892-1893.
(Suite et fin.)
Très grand format.
5934. « Catalogue des livres imprimés et manuscrits de la biblio-
thèque publique de la ville d'Alençon. »
xix^ s, Pap. -i 09 feuillets.
5935-5939. « Bibliothèque de Nantes. I, Belles -Lettres; II,
Sciences et Arts; III, Histoire; IV, Théologie; Y, Jurisprudence. »
xix^ s. Pap. ^00, -103, 88, 99 et 39 feuillets.
5940. « Catalogue de la bibliothèque de la ville de SaHns (Jura),
4849. ))
xix« s. Pap. 20 feuillets.
5941. Aveu et dénombrement du sieur de Vielz-Maisons au sieur
de Louviers pour Vielz-Champaigne. (4625.) — Incomplet du com-
mencement et de la fin.
xvii« s. Parch. 8 feuillets. (Don de M. E. Petit, de Vausse.)
5942. Recueil de chartes et pièces originales (4263-4695), parmi
lesquelles on remarque une charte de Jean, sire de Joinville (4 6 août
4263); —Quatre mandements de Charles VI (4385 et 4442)-, —
« Lettre d'état » du duc Antoine de Lorraine, confirmant les octrois
4894 46
242 NOUVELLES ACQUISITIONS
faits par les ducs ses prédécesseurs (Nancy, -I" février -^5^3); —
Lettres d'anoblissement du même duc en faveur de Louis de Lescut
(^3'I7)•, — Quatre lettres concernant différents offices du duché de
Vendùmois et du château de Blois (4 529-'l695).
xiii''-xvii^ s. Parch. U feuillets.
Moyen format.
6360-6363. « Mémoires de M'' le prince de Talleyrand. » —
Copie de M. Ad. de Bacourt, déposée le 'H avril ^892 à la Biblio-
thèque nationale par les exécuteurs testamentaires du prince, MM. le
duc de Broglie et Châtelain.
xixe s. Pap. 250, 238, 250 et 257 feuillets.
6364. Recueil de pièces relatives à la Bibliothèque nationale
(xyii^-xii*^ siècles).
Quatre contrats de vente originaux par Nicolas et Louis Colbert à
Ph.-J. Mazarini-Mancini, duc de Nivernois, de terrains occupés
aujourd'hui par la Bibliothèque nationale (-1688 et ^702) (fol. i). —
Estimation des manuscrits de Colbert (fol. 40). — Arrêt du Conseil
d'État relatif aux estampes du Cabinet du Roi détournées par l'abbé
de Chancey (43 octobre 4736) (fol. 42). — Lettre de Turlot à Real,
directeur général de la police, pour réclamer la réintégration à la
Bibhothèque nationale des Mémoires du cardinal de Retz (9 février
4803) (fol. 45).
xvii<=-xix^ s. Pap. 46 feuillets.
6365. Recueil de pièces concernant l'Artois, la Bretagne et la Brie
(4344-4542).
« Compotus Johannis le Vaasseur, baillivi de Bonnieres « (4342-
434 3) (fol. 4). — Rule des hommes liges ou demi-liges de Sens,
Beuvry, Wiulennes (vers 4324) (fol. 3). — Compte de « Jakemon
Cornillc » pour travaux faits à Hesdin (4324-4 322) (fol. 5). —
« Mymc et declaracion des heritaiges, fiez, rentes... que Pierre de
Villcl)lanche,... curateur... de demoiselle Katherine du Chastelier,
tient des compte et contesse de Laval,... en la parouesse d'Evrac... »
(fol. 45). — a Rolles des deffaulx, amendes... en la prevosté de la
Grandie en Brie » (4540-4 544) (fol. 22).
xiv«-xvi« s. Parch. 27 feuillets.
6366. Cartulaire du comté de Réthel.
Voy. la Notice sur le cartulaire du comté de lîéthel, publiée par
DU DÉPARTEMENT DES MANUSCRITS. 243
M. L. Delisle dans V Annuaire-Bulletin de la Société de Vhisioire de
France, -1867, 2« partie, p. ■l-'feo.
xiv«-xviii'' s. Parch. ^86 feuillets.
6367. Valère Maxime, traduction de Simon de Hesdin; fragments
des livres I-III.
xve s. Pap. 30 feuillets.
6368. « Les Merancolies Jehan Du Pin sur les condicions de cest
monde.,., lequel livre il mist nom Mandevie, qui vault aultant à
dire, comme saige de bonne vie. » — Fol. 234 : « Blason de armes
à la mode de Bretaigne. »
xv« s. Pap. 239 feuillets.
6369. « Catalogue des livres qui composent la bibliothèque de la
ville d'Agen. — -1818. »
xix^ s. Pap. .50 et \yA pages.
6370. Catalogue des livres de la bibliothèque d'Ajaccio. — iSIT.
xix^ s. Pap. 292 pages.
6371. « Catalogue des livres de la bibliothèque centrale d'Albi. «
xix« s. Pap. XX et 317 pages.
6372. « Inventaire des livres déposés dans une des salles de
l'hôtel de ville, à Arles. — Septembre 1816. »
xix<= s. Pap. 13 feuillets.
6373. « Dépôt littéraire d'Arras. Catalogue des livres de la biblio-
thèque d'Abraham, condamné, 1806 » (fol. A). — « Catalogue des
livres de la bibliothèque de Bourel de Vitry, émigré, 1806 » (fol. C).
— « Catalogue des livres de la bibliothèque de M. de Conzié, évêque
d'Arras, émigré, 1806 » (fol. G). — « Catalogue d^une partie des
livres de la bibliothèque du séminaire d'Arras, trouvés chez M. Le
Garde, chanoine d'Arras, 1807 » (fol. A). — « Catalogue des manus-
crits sur vélin, sur parchemin et sur papier du dépôt littéraire de la
ville d'Arras, 1806 » (fol. E).
Bibliothèque d'Arras. Catalogue, par ordre numérique, des manus-
crits sur vélin, sur parchemin et sur papier de la ville d'Arras,
1806 (fol. A). — Catalogue, par ordre alphabétique, des ouvrages du
xv« siècle qui n'ont point été repris dans le catalogue des livres de
la bibliothèque d'Arras, 1806 (p. 67).
xix« s. Pap. 40, 24 et 72 pages.
6374. « Catalogue, par ordre alphabétique, des livres de la biblio-
thèque des ci-devant religieux de Saint- Vaast d'Arras. »
XIX' s. Pap. 387, 431 et 282 pages.
244 NOUVELLES ACQUISITIONS
6375. « Catalogue des livres composant la bibliothèque de Baume.
— ^1806. »
xix'^ s. Pap. 23 feuillets.
6376-6377. « Catalogue des livres de la bibliothèque de Beaune
(Côte-d'Or). »
6376. Catalogue de la bibliothèque de Beaune, et supplément.
6377. « Bibliothèques des ci-devant religieuses Ursulines de Beaune »
(fol. 1); — des Gordeliers (fol. 86); — des Dominicains (fol. 160); —
des rehgieuses de Sainte-Marie (fol. 179); — des Capucins (fol. 188);
— des Chartreux (fol. 210).
xix'' s. Pap. 469 et 264 feuillets.
6378. « Département du Haut-Rhin... Catalogue des ouvrages
composant la bibliothèque de la ville de Belfort. — 4822. »
xrx" s. Pap. 38 pages.
6379. « État sommaire des livres contenus dans la bibliothèque
du (Collège de Belley. — -IS'ie. »
XIX* s. Pap. 56 feuillets.
6380. c( Catalogue des livres appartenant à la ville de Bergues et
déposés en la bibliothèque de la mairie dudit lieu. — -1817. »
xix^ s. Pap. -18 feuillets.
6381. « Catalogue de la bibliothèque du Collège de Bourmont
(Haute-Marne). »
XIX* s. Pap. 8 feuillets.
6382. « Catalogue de tous les livres composant la bibliothèque
de la ville de Brignoles. — 4 819. »
xix^ s. Pap. 6 feuillets.
6383. « Catalogue des livres de la bibliothèque du ci-devant
Collège de Brive-la-Gaillardc, département de la Corrèze. — 4807. «
xix* s. Pap. 24 feuillets.
6384. a Catalogue des manuscrits de la bibliothèque de l'École
centrale de la Lys, » à Bruges, « en 4 808. »
XIX* s. Pap. 27 feuillets.
6385. « Catalogue des livres de la bibliothèque de Cahors. »
xix*^ s. Pap. 82 feuillets.
6386. « Inventaire général des livres de la bibliothèque de la
ville de Calais. — 4 849. »
xix* s. Pap. 8 feuillets.
DU DEPARTEMENT DES MANUSCRITS. 243
6387. « Catalogue des livres composant la bibliothèque de la ville
de Ghâteaudun. — -1820. »
xix« s. Pap. 26 feuillets.
6388. « Catalogue des livres de la bibliothèque de la ville de Cor-
beil, dressé en l'an VI, avec les additions et changemens survenus
jusqu'à ce jour, \2 nov. -1820. »
xix« s. Pap. J03 feuillets.
6389. « Catalogue des livres composant la bibliothèque de la
ville de Crépy (Oise). »
XIX* s. Pap. -18 feuillets.
6390. « Catalogue des livres déposés au Collège de la ville de
Dieppe. — 18-17. »
XIX' s. Pap. 33 feuillets.
6391. « Catalogue de la bibliothèque départementale des Basses-
Alpes, » à Digne.
xix" s. Pap. 2-1 feuillets.
6392. a Catalogue des livres de la bibliothèque communale et
publique de la ville de Draguignan, chef-lieu du département
du Var. »
xix*' s. Pap. XII et 428 pages.
6393. « Catalogue de la bibliothèque de la ville d'Évreux (Eure). »
XIX* s. Pap. 9 feuillets.
6394. « Catalogue de la bibliothèque de Gap. »
xixe s. Pap. 1 8 feuillets.
6395. « Catalogue de la bibliothèque de la ville de Gournay.
— \82h »
XIX* s. Pap. 8 feuillets.
6396. « Catalogue des livres qui se trouvent à la bibliothèque de
Grasse (Var). — -1819. »
xix« s. Pap, 3-1 feuillets.
6397. « Premier [et deuxième] catalogue des ouvrages et volumes
que contient le dépôt littéraire existant au chef-lieu du département
de la Creuse. — Guéret, 30 prairial an X. » — Cf. le n" 33-13.
xrx* s. Pap. 39 feuillets.
6398. « Cathalogue des livres de la bibhothèque de la ville de
Langres. — 181 2-1 8-1 3. »
xixe s. Pap. 28 feuillets.
246 NOUVELLES ACQUISITIONS
6399. « Catalogue de la bibliothèque de la ville de Laon. — 18i8. »
xix« s. Pap. 206, 'Id, 6, 69 et 20 pages.
6400. « État des livres de la bibliothèque départementale de la
Mayenne, » à Laval. — « -1820. «
xix'^ s. Pap. 34 feuillets.
6401. « Catalogue des livres formant le dépôt Uttéraire de la ville
de Lavaur, département du Tarn. — i 806-1 807, «
xix'' s. Pap. 97 pages.
6402. « Catalogue des livres de la bibliothèque de la ville de
Libourne. — ^8•^7. «
xix« s. Pap. 42 pages.
6403. « Catalogue de la bibliothèque de Mantes. »
xix*' s. Pap. 38 feuillets.
6404-6416 ter. Catalogue de la bibholhèque de Marseille. — ^ 8i 2.
Les n°' 0413 bis-êUn ter contiennent la Uste des livres reçus ou
achetés de ^sn à 1828.
xix« s. Pap. -lo volumes. ^195, 209, 207, 139, 205, ^3^, ^96, ^86,
127, 52, 6-1, -106, 48, 37 et 42 feuillets.
6417. « Catalogue des livres de la bibliothèque publique de la
ville de Meaux. »
XIX® s. Pap. 286 pages.
6418. « Catalogue des livres de la bibliothèque de la ville de
Melun, département de Seine-et-Marne, dressé par Claude Simon,
bibliothécaire. — i8i3. »
XIX® s. Pap. i 72 pages.
6419-6420. « Copie du catalogue de la bibliothèque de Mclz, »
et « Catalogue supplémentaire contenant les acquisitions faites par
la bibliothèque depuis ^804. — Certifié en iSiS. »
xix'^ s. Pap. 22^ et 203 feuillets.
6421. « Bibliothèque du Collège de la ville de Nantua. — -18^). »
XIX' s. Pap. V) feuillets.
6422. tt Catalogue de la bibliothèque de la ville de Nemours. »
xix'^ s. Pap. U feuillets.
6423. « Catalogue des livres de la bibliotlièque de la ville de
Neufchâteau (Vosges). «
xix" s. Pap. -H6 feuillets.
DU DÉPARTEMENT DES MANUSCRITS. 247
6424. « Catalogue des livres qui se trouvent à la sous-préfecture
de Neufchâtel. » — Cf. le n° 5332.
xix» s. Pap. 5 feuillets.
6425. « Catalogue des livres composant la bibliothèque dont
l'usage a été provisoirement cédé à la ville d'Ornans. — -1 807. »
xix« s. Pap. 97 feuillets.
6426. « Catalogue des livres de la bibliothèque de la ville de
Pont-de-Vaux. — 48^6. »
xix« s. Pap. i7 feuillets.
6427. « Catalogue des livres de la bibliothèque du Collège de Saint-
Flour. — 4818. J)
xix« s. Pap. 8 feuillets.
6428. « Catalogue des livres de la bibliothèque de la commune
de Saint-Maximin (Var). — 48-19. »
XIX* s. Pap. 23 feuillets.
6429. « Catalogue des livres de la bibliothèque de la ville de
Saint-Omer. »
xix« s. Pap. 268 feuillets.
6430. « Catalogue des ouvrages qui composent la bibliothèque de
Sedan, dressé par M. Cherest. — Octobre 4846. »
xix" s. Pap. 4 59 et -19 pages.
6431. « Catalogue des livres de la bibliothèque de la ville de
Semur (Côte-d'Or). — -18-17. »
xix^ s. Pap. 4 32 pages.
6432-6437. « Bibliothèque centrale de Strasbourg. » Catalogue.
— 4 806.
Tome I, Histoire-, tome II, Littérature ; tome III, Sciences; tome IV,
Théologie, Jurisprudence, Manuscrits. — Supplément, tomes I et II.
xix« s. Pap. 326, 446, 280, 404 et 90, 660 et 345 pages.
6438. « Catalogue des livres contenus dans la bibliothèque des
ci-devant Doctrinaires, Capucins, etc., » de Tarascon. — 4846.
XIX* s. Pap. 26 feuillets.
6439. « Bibliothèque de la ville de Tarbes (Hautes-Pyrénées). »
XIX* s. Pap. 298 feuillets.
6440. « Ville de Trévoux. Bibliothèque de la mairie, au 4" fé-
vrier 4 846. »
XIX* s. Pap. 2 feuillets.
248 NOUVELLES ACQUISITIOXS
6441. te Organisation de la bibliotiièque de l'École centrale du
département de la Corrèze, à Tulle, selon l'instruction du xv floréal
an Â" Rép. » (1796). Catalogue.
xviii^ s. Pap. 32 pages.
6442. « Catalogue des livres de la bibliothèque accordée par le
gouvernement à la ville de Verdun. »
xix« s. Pap. iS-l feuillets.
6443-6444. « Catalogue des livres extraits du dépôt littéraire de
Versailles pour la bibliothèque de TÉcole centrale du département
de Seine-et-Oise. »
xix« s. Pap. ^83 feuillets et ^7^ pages.
6445. (' Cathalogue des livres composant la bibliothèque du Col-
lège des ci-devant Pères de la Doctrine chrétienne de Villefranche
d'Aveiron, fait par le s^ Fabri,... terminé le 20 août iSiS. » —
« Cathalogue des livres qui ont appartenu aux corporations religieuses
supprimées dans l'arrondissement de Villefranche d'Aveiron, » par
le même, HU (fol. ^9).
xrx-^ s. Pap. 60 feuillets.
6446. « Catalogue des livres de la bibliothèque publique de la
ville de Villeneuve-lez-Avignon (Gard). — -18^8. »
xixe s. Pap. -154 feuillets.
6447-6448. « Travaux de M. le baron de Lamardelle, commis-
saire de justice à la Martinique, sur Porganisation judiciaire et sur
la législation propres à celte colonie et à celle de la Guadeloupe, »
XIX* s. Pap. 784 et 9i5 pages.
6449. OEuvres diverses de Charles Pineau- Duclos. Mémoires
autographes sur sa vie. — Mémoires secrets sur le règne de Louis XIV.
Histoire des causes de la guerre de 1756. — Mss. autographes.
XVIII* s. Pap. 32, 66 et 69 pages.
6450. a Mémoires de messire Louis-Henry de Loménie, comte de
Briennc, cy-devant secrétaire d'Estat et maintenant prisonnier à
Saint-Lazare. » (^ 643-'! 682.) — Cf. le n» 4698.
Ms. autographe de la première partie de ces Mémoires, « contenant
les affaires de la régence d'Anne d'Austriche, mère du Roy. »
xvii« s. Pap. 359 feuillets.
6451-6454. Matériaux de l'édition par F. Barrière des Mé?noircs
précédents (Paris, 1828, 2 vol. in-8°).
xix*^ s. Pap. 361, 37!>, 202 et 217 feuillets.
on DÉPARTEMENT DES MANUSCRITS. 249
6455. « Inventaire général des tiltres et papiers de la chartreuse
de Lugny. Second cayet. » (^ -190- 174 2.)
xviii« s. Pap. 48 feuillets. (Don de M. H. Gaidoz.)
6456. Lettres et poésies de Pierre-François Isnard, officier de dra-
gons en retraite à Strasbourg (-1 799-1 805).
xviii«-xix^ s. Pap. 80 feuillets.
6457. Recueil de pièces concernant la Normandie et le Poitou
(^ 364-^408).
-i . Don d'une rente de 300 livres par Charles V à « Thiebaut de
La Rivere, » qui lui avait apporté le premier la nouvelle de la victoire
de Gocherel (22 mai ^364 ; copie de -1372). — 2. Don par Bertran Du
Guesclin à « Perrot Gedoin, autrement Barbaste, » après la prise du
« Ghastel d'Engle d (Vienne), des biens de « Perrochon Gouanne,
autrement Darnac, demorent en Limozin, et Guillemette Normende,
demorant à Poitiers » (3-1 mai -1372). — 3. Quittance pour des tra-
vaux faits au pont et à la poterne du château de Falaise (-10 juin
-1387). — 4. Acte de vente aux enchères d'épaves venues à la côte
de Garteret et Avarreville (-1" mars -1408 [-1409]).
xiv^ et xve s. Parch. 4 pièces.
6458. Ghristine de Pisan, Épître d'Othéa à Hector, avec un pro-
logue différent de celui qu'on rencontre d'ordinaire; incomplète de
la fin. — Fol. 95. Xénophon, Dits mémorables de Socrate; incom-
plets du commencement et de la fin.
xv^ s. Pap. 106 feuillets. (Don de M. le duc de la Trémoille.)
6459. Lettres de Victor Jacquemont au capitaine de vaisseau de
Mélay, gouverneur des établissements français dans l'Inde (-1829-
1832). *
Vingt-neuf lettres autographes, publiées par P. Mérimée dans son
édition de la Correspondance de V. Jacquemont (Paris, -1867, 2 vol.
in- 8").
xixe S. Pap. \\\ feuillets. (Legs de M. Baudin.)
6460-6461. Sermons de Jean de Lingendes, évêque de Sarlat et
deMàcon (1643-1655).
XVII' s. Pap. 394 feuillets et 796 pages. (Don de M. Grellet-Bal-
guerie.)
6462. Gomptes de Jehan des Gambres pour la terre d'Avesnes-
sur-Helpe et du Sart-du-Nouvion. (Saint Jean-Baptiste-Noël, -1358.)
xiv^ s. Parch. 48 feuillets. (Provient de la « Bibliothèque de Bois-
Robin. )))
250
NOUVELLES ACQUISITIONS
6463. Comptes -rendus de plusieurs séances de l'Académie des
Inscriptions (i 703-1 706) adressés par Gros de Boze à l'abbé Bignon ;
suivis de quelques mémoires adressés à la même Académie par
M. Henrion, en nOT, « sur la livre romaine,... jusqu'à l'an UiS de
J.-C. » (fol. 67); — par Fr. Ficoroni, en 17-14, « sur les marques
d'honneur accordées aux enfans des Romains » (fol. 85) ; — par Dom
Bernard de Montfaucon, en 1726, « sur le nimbus... des dieux et des
empereurs romains » (fol. 108) ; — par M. l'abbé de Rothelin « sur
quelques anciens monuments que l'on a découverts en creusant la fon-
taine de Nismes, au mois d'août 1 738 » (fol. 1 1 5) -, — enfin de quelques
lettres (originaux et copies) de G. Cuper, Leibnitz, Eccard, l'abbé
Bignon, etc., la plupart à de Boze (fol. 118). — Épitaphes de diffé-
rents membres de la famille de Beauvau (fol. 135).
xviii» s. Pap. 164 feuillets.
6464-6497. « Histoire de la participation de la France à l'établis-
sement des États-Unis de l'iVmérique septentrionale, » par M. H.
Doniol (1774-178.5).
Copies et épreuves de4'imprimé (Paris, Impr. nationale, 1888-1892,
5 vol. in-4'>).
I (6464). Affaires étrangères, Angleterre (1774-1775). 238 feuillets.
II (6465). Aff. étrang., Angleterre (1776, janv.-mai). 307 ff.
III (6466). Aff. étrang., Angleterre (1776, juin-déc). 187 ff.
IV (6467). Aff. étrang., Angleterre (1777). 294 ff.
V (6468). Aff. étrang., Angleterre (1778-1781). 256 ff.
VI (6469). Aff. étrang., Angleterre (1782-1783). 527 ff.
VII (0470). Bibliothèques et Archives anglaises (1773-1782). 237 ff.
VIII (6471). Affaires étrangères, États-Unis (1773-1777). 134 ff.
IX (6472). Aff. étrang., États-Unis (1778). 367 ff.
X (6473). Aff. étrang., États-Unis (1779, janv.-juin). 239 ff.
XI (6474). Aff. étrang., États-Unis (1779, juill.-déc). 362 ff.
XII (647;i). Aff. étrang., États-Unis (1780, janv.-juin). 241 ff.
XIII (6476). Aff. étrang., États-Unis (1780, juill.-déc). 311 ff.
XIV (6477). Aff. étrang., États-Unis (1781, janv.-mai). 243 ff.
XV (6478). Aff. étrang., États-Unis (1781, juin-déc). 302 ff.
XVI (6479). Aff. étrang., Étals-Unis (1782). 378 fT.
XVII (6480). Aff. étrang., États-Unis (1783-1785). 341 ff.
XVIII (6481). Aff. étrang., États-Unis (Suppl., 1765-1789). 241 ff.
XIX (6482). Affaires étrangères, Espagne (1774-1775). 182 ff.
XX (6483). Aff. étrang., Espagne (1776). 307 ff.
DIT DÉPARTEMENT DES MANUSCRITS. 251
XXI (G484). Aff. étrang., Espagne (^777, janv.-juin). 231 ff.
XXII (6485). Aff. étrang., Espagne (1777, juill.-déc). 282 ff.
XXIII (6486). Aff. étrang., Espagne (1778, janv.-juin). 254 ff.
XXIV (6487). Aff. étrang., Espagne (1778, juill.-déc). 245 ff.
XXV (6488). Aff. étrang., Espagne (1779, janv.-juill.) 349 ff.
XXVI (6489). Aff. étrang., Espagne (1779, août-déc). 231 ff.
XXVII (6490). Aff. étrang., Espagne (1780, janv.-avril). 306 ff.
XXVIII (6491). Aff. étrang., Espagne (1780, avril-déc). 401 ff.
XXIX (6492). Aff. étrang., Espagne (1781-1782). 435 ff.
XXX (6493). Affaires étrangères, Prusse, Vienne, Russie, Hollande
et Suède (1776-1782). — 125 feuillets.
XXXI (6494). Affaires étrangères. Archives et Bibliothèques natio-
nales, documents divers (1774-1795). — 166 feuillets.
XXXII (6495). Archives de la Marine (1776-1782). — 503 feuillets.
XXXIII-XXXIV (6496-6497). Archives de la Guerre, Correspon-
dance de Rochambeau (1779-1781). — 307 et 144 feuillets.
xix" s. Pap. 34 volumes. (Don de M. H. Doniol.)
6498. Recueil de lettres et billets autographes adressés au contrô-
leur général Bertin (1760-1783), par M™« Berryer (fol. 2), — le duc
et la duchesse de Choiseul (fol. 12), — la duchesse de Grammont
(fol. 67), — Joly de Fleury (fol. 80), — le marquis de La Borde
(fol. 85), — Gh.-G. Lambert (fol. 132), — Louis, dauphin, fils de
Louis XV (fol. 148), — Louise-Marie de France, fille de Louis XV
(fol. 157), —Marie-Adélaïde, fille de Louis XV (fol. 178), — Sophie-
Phihppine-Élisabeth-Justine, fille de Louis XV (fol. 1 82), — Louis XV
(fol. 187), — Machaut d'Arnouville (fol. 194), — Maupeou (fol. 203),
— Hue de Miromesnil (fol. 208), — le premier président Mole
(fol. 219), — la marquise de Pompadour (fol. 224), — Louise de
Rohan (fol. 277), — le comte de Saint-Florentin (fol. 281), — Stanis-
las Leczinski, roi de Pologne (fol. 284), — Trudaine (fol. 287), — le
comte de Vergennes (fol. 298).
xviii« s. Pap. 303 feuifiets.
6499. Recueil de chartes originales, dont quelques-unes latines,
relatives à Fhistoire de la Franche-Comté (1254-1315).
xiii^-xiv" s. Parch. 53 pièces.
6500. Lettres autographes de Gabriel Naudé àM. de Grémonville,
ambassadeur de France à Venise (1646-1647).
xvii« s. Pap. 20 feuillets.
252 NOUVELLES ACQUISITIONS
6501. « Charlrier de Thouars. Cartulaire des sires de Rays »
(^^6^^449). — Copie.
XIX* s. Pap. XXXVII et 980 pages.
6502-6503. « Papiers géographiques de d'Anville. » Notes et
extraits divers relatifs à la géographie ancienne et moderne de l'Ar-
ménie, de la Grèce, de la Turquie d'Europe et d'Asie (Syrie, Palestine
et Arabie), de l'Egypte et de l'Ethiopie (voyages de Granger et de Le
Noir du Roule; extraits de mémoires de M. de Maillet). — Mesures
itinéraires des Romains, des Chinois et des Arméniens (fol. 652) .
xviii'^ s. Pap. 672 feuillets. (Don de M. L. Hachette.)
6504. Jacques de Voragine, Légende dorée, traduction en proven-
çal; incomplète du commencement. — A la suite (fol. ^180), traités
des sept péchés mortels et des dix commandements de la loi et de
l'Église, etc.; incomplet de la fin.
XV* s. Pap. 226 feuillets.
6505. Pamphlet contre le cardinal de Fleury, sous forme de con-
seils posthumes de Louis XIV à Louis XV.
xviii* s. Pap. U feuillets.
6506. Compte-rendu des receveurs et distributeurs des vivres et
munitions de l'armée du Roi, commandée par le maréchal de Damp-
ville, au siège de Nîmes (^573-^574). — Incomplet.
XVI* s. Parch. 86 feuillets.
6507. Nécrologe de Saint-Maurice de Blandy, en Brie.
XVI* et xviie s. Parch. 91 (96) feuillets.
6508. « Extrait de l'inventaire des meubles, effets, titres, papiers
et documents de la succession de Mgr. Arman de Bourbon, marquis
de Malause, fait en -1744... »
XVIII* s. Pap. -159 feuillets.
6509. Cérémonial pour les prévôts des marchands et échevins de
Paris dans différentes fêtes, entrées, publications de traités de paix,
etc.; copies (4502-^739).
xviii* s. Pap. 38 feuillets.
6510. Recueil de pièces concernant l'administration des Pays-Bas
(^ 543-^570).
Copies de lettres de Philippe II, Emmanuel-Philibert, duc de Savoie,
Henri II; lettres de Marguerite d'Autriche, duchesse de Parme, et du
duc d'Albe, gouverneur des Pays-Bas.
XVI* s. Pap. 230 feuillets.
DD DÉPARTEMENT DES MANDSCRITS. 253
6511. « Statuts du corps des maîtres fourniers et boulangers
d'Avignon. 4526. » — 4 778.
xvi'^-xviii^ s. Parch. 44 feuillets.
6512. Journal d'un voyage à Gonstantinople et en Syrie (4730-
4735).
xviii^ s. Pap. 44 pages.
6513. Boccace, Théséide, traduction en vers français par Anne de
Graville; incomplet de la fin.
xvr« s. Pap. 48 feuillets.
6514. Moralité, en vers ; incomplète du commencement et de la fin.
xv^ s. Pap. 37 feuillets.
6515. « Eclaircissement pour les reflexions en forme de disserta-
tion, imprimées en 4763, à la tête des Deux livres de saint Augus-
tin,... pour servir de réplique à la Réponse qu'y a faite en 4765...
Tauteur d'un écrit de 4 5 pages in-4°, intitulé : Dissertation où l'on
prouve que saint Paul, dans le 7* chapitre de la P^ aux Corinthiens.,
n'enseigne pas que le mariage est rompu lorsque Vune des parties
embrasse la religion chrétienne. » — A la fin (p. 69), lettre de l'au-
teur anonyme à « Tabbé Dinouart, chanoine... de Saint-Benoît à
Paris )) (4774).
xviii^ s. Pap. 72 pages.
6516. Journal de l'abbé Jourdain, secrétaire de la Bibliothèque
du roi (474 8-4736).
xviii^ s. Pap. 60 feuillets.
6517. Fragments de l'histoire des comtes de Chalon-sur-Saône,
par le P. Louis-Jacob de Saint- Charles.
xvip s. Pap. 70 feuillets. (Don du R. P. C. Sommervogel.)
6518. Lettres de J.-P.-Abel Rémusat à François Jeandet (4806-
4 828) . — On a relié en tête deux notices nécrologiques imprimées sur
leD'F. Jeandet (4 788-4860).
XIX' s. Pap. 4 04 feuillets. (Don de M. Abel Jeandet.)
6519. « Recherches sur les langues tartares, » par J.-P.-Abel
Rémusat. (Autographe.)
XIX* s. Pap. 4 8 feuillets.
6520. Inventaire des titres et état des biens du collège de Bayeux,
ou de AP Gervais Chrétien, en l'Université de Paris (4 708).
xviii" s. Pap. 230 feuillets. (Don de M. le vicomte de Grouchy.)
254 NOUVELLES ACQUISITIONS
6521. « Catalogue des ouvrages composant la bibliothèque de
M, Lamblardie. — ^836. »
xix'^ s. Pap. 25 feuillets. (Provient de la collection Jullien.)
6522. Généalogie des seigneurs de Montmorin ; avec blasons des-
sinés.
xviii^ s. Pap. 38 feuillets.
6523. Généalogie de la maison de Parfaict.
xvii*-xvrii^ s. Pap. -i 9 feuillets.
6524. Recueil historique et littéraire.
a La Mythologie, en vers et en prose. » « Dist la Fable que les Iroix
Déesses... » (fol. 2)-, — « La Pais de Gant, » ^453 (fol. 53); — « Du
Seigneur et de ses proprietez. Aussi comme le bœuf... » (fol. 64) ; —
« La Vision de Tondal. L'an de grâce UA9... » (fol. 66); — Ordon-
nance du roi Jean, 28 déc. 4355 (fol. 94) ; — Mandement du duc de
Normandie, depuis Charles V, s. d. (fol. U2); — « Advis et prop-
potz pour l'appaisement de ce royaume » de France (fol. 426); —
(c Traitié de Mgr. le Doffin aveuc le roy » Charles VII, en -1440
(fol. -1 28) ; — « Le Pourparlé de pais entre lez royaulmez de France
et d'Engleterre en la ville dWrras [Tours], » en •1444 (fol. -134) ; —
Documents relatifs au traité d'Arras en J435 (fol. 144); — Docu-
ments relatifs aux conférences de Gravelines, en 4439 (fol. 448); —
« Le Roman du Dict du Clievalier. » « Pour venir à moralité... y>
(fol. 4 53); — « Les Dix commandemens d'Amours. Dix commande-
mens fait Amours... » (fol. 464) ; — « La Pais du roy [Charles VII]
et de Mgr. de Bourguongne, faitte en la ville d'Arras, l'an [44]35 »
(fol. 465); — « L'Ennortement des gens d'armes à la prinse de
Luxembourg [4 443]. Or avant, avant, compaingnons... » (fol. 477).
xv'' s. Pap. 490 feuillets. (Provient de Du Gange.)
6525. Recueil de lettres originales de rois, princes et princesses
des XV" et xvi^ siècles.
4. Renouvellement d'un traité entre les ducs d'Orléans et de Bre-
tagne par Valentinc de Milan, duchesse d'Orléans, avec confirmation
de Charles d'Orléans (47 mai 4408). — 2. Jeanne de France, femme
de Jean V, duc de Bretagne (9 sept. 4420). — 3. Jean, bâtard d'Or-
léans, comte de Dunois (26 août 4455). — 4. Lettre de Charles VII
à Arthur, duc de Bretagne (2 juin [4456]). — 5. Traité d'alliance
de Jean, duc de Calabre et de Lorraine, avec François II, duc de Bre-
tagne (34 déc. 4 464). — 6. Lettre de Louis XI à François II, duc de
Bretagne (6 avril [4469]). — 7. Louis de Luxembourg, comte de
DD DEPARTEMENT DES MANDSCRITS. 255
Sainl-Pol; promesse d'observer le traité dePéronne (9 mai -1469). —
8. Lettre de Marie, duciiesse de Bourgogne, à François II, duc de
Bretagne (^3 févr. U80 [1481]). — 9. Lettre de Giiarles VIII à Fran-
çois II, duc de Bretagne (24 nov. [1483]). — -10. Manifeste de l'em-
pereur Maximilien à François II, duc de Bretagne, contre le gouver-
nement d'Anne de Beaujeu (43 juillet 4486). — M. Lettre d'Anne de
Beaujeu à Marguerite d'Autriche, duchesse de Savoie (8 déc. [4502]).
— 42. Lettre de Jacques de Willinger à Marguerite d'Autriche
(26 mars 4 509 [4 54 0]). — Cf. Bibliothèque de l'École des chartes,
4893, p. 443-447.
xv^-xvi® s. Parch. et pap. 42 pièces.
6526. « Souvenirs, remarques et objets divers, 4828^ » par le
conventionnel Marc-Antoine Baudot. (Ms. autographe.)
xix^ s. Pap. 238 feuillets. (Don de M""" veuve Edgard Quinet.)
6527. « L'Instruction d'ung josne prince pour se bien gouverner
envers Dieu et le monde. — Prologue. Pour acquérir honeur et bonne
renommée... »
xv*" s. Pap. 22 feuillets.
6528. Dépositions de témoins accusant d'hérésie, devant le Par-
lement de Paris, Guillaume Briçonnet, évêque de Meaux (24 juillet-
4" septembre 4525).
xvi^ s. Pap. 268 feuillets. (Ex-libris gravé de « Charles de Baschi,
marquis d'Aubaïs, » et de Ph.-L. de Joubert.)
OEUVRES DE VICTOR HUGO.
1. Les Orientales, suivies de lettres d'Ernest Pouinet, ayant servi
à l'annotation de Nourmahal la Rousse (fol. 82). — 404 feuillets.
2. Les Chants du Crépuscule. — 435 feuillets.
3. Les Voix intérieures. — 445 feuillets.
4. Les Châtiments. — 302 feuillets.
5. Les Contemplations. I, Autrefois (fol. 6); II, Aujourd'hui
(fol. 237). — 507 feuillets.
6. La Légende des siècles. — 545 feuillets.
Qhis. Le Retour de V empereur (partie de la Légende des siècles).
— 26 feuillets.
7. Chansons des rues et des bois. — 263 feuillets.
256 NOUVELLES ACQUISITIONS
8. L'Année terrible. — 372 feuillets.
9. VArt d'être grand-père, —La Forêt (fol. 255). — 256 feuillets.
10. La Pitié suprême. — 68 feuillets.
11. Religions et religion. — HS feuillets.
12. VAne. — i25 feuillets.
13. William Shakespeare. — 394 feuillets.
14. Cromwell. — 224 feuillets.
15. Marion de Lorme. — 88 feuillets.
16. Le Roi s'amuse. — 88 feuillets.
17. Lucrèce Borgia. — 94 feuillets.
18. Angelo. — -107 feuillets.
19. Ruy-Blas. — 78 feuillets.
20. Les Burgraves. — 68 feuillets.
21. Bug-Jargal. — -104 feuillets.
22. Les Derniers jours d'un condamné. — 60 feuillets,
23. Claude Gueux. — 38 feuillets.
24. Notre-Dame-de-Paris. — 398 feuillets.
25-26. Les Misérables.
Tome l:\. Faniine (fol. 4) ; — 2. Cosette (fol. 370) ; — 3. Marins
(fol. 667) ; — Variantes de Cosette (fol. 885). — 945 feuillets.
Tome II : 4. V Idylle rue Plumet et V Épopée rue Saint-Denis
(fol. 2) ; — 5. Jean Valjean (fol. 329). — 828 feuillets.
27. Les Travailleurs de la mer. — 472 feuillets.
28. L'Homme gui rit. — Portrait d'Eugène Devéria par lui-même
(fol. ^85). — 601 feuillets.
29. Quatre-vingt-treize. — 4^6 feuillets.
30. Introduction à la traduction de Shakespeare, par François-
Victor Hugo. — -15 feuillets.
31. Napoléon le Petit. — 402 feuillets.
32. Mes Fils. — 24 feuillets.
33. Le Théâtre en liberté : Prologue (fol. \)\ — I. La Grand-
raere (fol. 7); — IL L'Épée, ou Slagistri (fol. 4 31); — III. Mangeront-
ils? (fol. 424); — IV. Sur la lisière d'un bois (fol. 242); — Être
aimé (fol. 229) ; — La Forêt mouillée (fol. 234). — 253 feuillets.
34. La Fin de Satan. — 282 feuillets.
DU DÉPARTEMENT DES MANUSCRITS. 257
COLLECTION DE BOURGOGNE.
(Suite^.)
112. « Délibérations des Estais généraulx de la Franche-Comté. »
(U84-i606.)
xvii« s. Pap. 353 feuillets.
113. « Notes sur la Coutume du comté de Bourgogne, par Jobelot,
premier président au parlement de Besançon. »
XVIII'' s. Pap. 84-^ pages.
114. « Délibérations et règlements intérieurs du palais de Besan-
çon, par ordre alphabétique, » par « Poupon, avocat au Parlement. »
XVIII* s. Pap. 206 feuillets.
115. « Recueil des arrêts de M. Terrier, conseiller au parlement
de Dole, es années -1639, -1640, 'I64'l et suivantes. »
xvni« s. Pap. 203 feuillets.
116. « Bibliothèque de la Bourgogne séquanoise, par dom Basile
Payen, bénédictin. »
xvine s. Pap. 322 et -16 pages.
117. Souverains de Bourgogne et de Franche-Comté; recueil de
pièces originales de 1403 à -1664.
xve-xvii® s. Parch. 45 feuillets.
118. Remontrances du parlement de Besançon et mémoire sur les
impositions de Franche-Comté (1782-1783).
xviii* s. Pap. 99 feuillets.
119. Abbayes et prieurés de Franche - Comté ; recueil de pièces
originales concernant les abbayes et prieurés d'Acey (fol. 2), — Bel-
levaux (fol. 6), — Bonnevaux (fol. 8), — Cherlieu (fol. 40), — Migette
(fol. 126), — Ounans (fol. 225).
xvi^-xvrii® s. Parch. et pap. 303 feuillets.
1. On a placé à la suite de la Collection de Bourgogne, sous les n"' 112-129,
une série de dix-huit volumes, ofl'erts par M. Bernard Prosl, sous-chef du
bureau des Archives au ministère de l'Instruction publique. — Nous rappelle-
rons qu'un inventaire sommaire de la Collection de Bourgogne (n"' 1-111) a été
publié par M. L. DelisJe dans la Bibliothèque de l^ École des chartes, t. XXXII
(1871), p. 238-241, et tirage à part, p. 2-5.
4894 47
258 NOUVELLES ACQUISITIONS DES MANUSCRITS.
120-124. Localités de Franche-Comté; recueil de pièces originales.
I (^20). Baignes-Dole. — 67 feuillets.
II {V2\]. Foucherans (^337-^523). — 70 feuillets.
III (^22). Foucherans (i 528-^724). — 99 feuillets.
IV (123). Gray-SeUières. — \]3 feuillets.
V (124). Servigney-Vesoul. — 145 feuillets,
xiv^-xvrii' s. Pap. et parch. 5 volumes.
125-127. Familles de Franche-Comté; recueil de pièces origi-
nales.
I (125). Achey-Palletans. — 226 feuillets.
II (126). Gauthiot d'Ancier-Moussard. — 146 feuillets.
III (127). Petremand-Voisey. — 236 feuillets.
xv®-xviii^ s. Parch. et pap. 3 volumes.
128. Papiers de l'abbé Mermet.
xix" s. Pap. 161 feuillets.
129. Papiers de Désiré Monnier.
xix^ s. Pap. 269 feuillets.
H. Omont.
11%
feéres
11.'
EPISODES DE L'INVASION ANGLAISE
LA GUERRE DE PARTISANS
DANS
LA HAUTE NORMANDIE.
(1424-1429.)
( Suites )
Le Vexin. Le pays de Bray.
De l'autre côté de la Seine, dans la direction Picarde, toute
une région se déploie, qui sert d'abri, de réserve et de réduit à des
compagnies dispersées, irréductibles, scellées à la terre où elles
germent et s'enracinent. Là, partant du niveau même du fleuve,
des plans montueux vont rejoindre le sauvage massif de la forêt
de Lyons, d'où, par gradins échelonnés, une chaîne de couverts
naturels conduit à la vaste étendue des bois d'Eu. Au dedans de ces
replis, les partisans se meuvent et circulent invisibles. Le Vexin
normand, une partie du Vexin français, le pays de Bray jusqu'aux
lisières de Picardie et du Beauvaisis, toute cette contrée, tantôt
accidentée, tantôt revêtue de bois épais, que strient l'Andelle, les
rivières qui débouchent dans la vallée d'Arqués, la haute Bresie,
l'Epte et ses affluents, devient en ces années un grand refuge tou-
jours ouvert aux irréguliers qui cherchent des armes et veulent
encore des combats ^
1. Voyez le volume précédent, p. 475.
2. La plupart des documents inédits cités au cours de cette étude et de la
260
LA GUERRE DE PARTISANS
En travers du pays, et le taillant en écharpe, s'espace un
alignement rectiligne de places fortes, qui, de la côte normande
jusqu'aux approches de Paris, gardent le grand chemin naturel qui
suit l'orientation des vallées. Dieppe et Arques <, formidablement
défendues, en marquent le point de départ. Les bicoques avoisi-
nantes, Pontrancard^ et Hautot^, paraissent désemparées. Puis,
dans l'intérieur des terres, s'échelonnent Torcy^ et NeufchâteP,
qui observent seuls, depuis le désarmement de Bellencombre*', le
plateau qui s'étale entre la rivière d'Arqués et la Béthune'. Sur-
gissent ensuite Gournay, Gisors, qui tiennent le haut cours de
précédente font partie des Pièces justificatives de l'ouvrage, qui seront publiées
en leur lieu.
1. Ces deux places sont constamment mentionnées dans les comptes de Nor-
mandie.
2. Pontrancârd, sur l'Aulne, vers son débouché dans la plaine d'Arqués
(Seine-Inférieure, cant. de Dieppe, connu. d'Ancourt). Capitulation le 10 février
1419. (Râles norni. et franc., n" 1362; cf. n" 1217.) Démolition dans l'été de
1433. (De Beaurepaire, Recherches sur le Procès de condamnation de Jeanne
d'Arc, p. 41, n. 2.)
3. Haulot-sur-Mer, sur les plateaux qui se terminent au cap d'Ailly (Seine-
Inférieure, cant. d'OlTranville). Capitulation le 3 février 1419. (Rymer, Fœdera,
t. IV, part. 3, p. 89.)
4. Le château de Torcy était situé dans une île de la rivière d'Arqués, à un
peu plus de deux lieues d'Arqués (Seine-Inférieure, cant. de Longueville, comra.
de Torcy-le-Grand).
5. Neufchâtel — dont le commandement est joint alors à celui de Torcy, —
Gournay, Gisors et Pontoise, sont mentionnés sans interruption dans les comptes
de Normandie de 1424 à 1429.
6. Bellencoinbrc, sur l'Arques, au débouché de la forêt d'Eavy, vers la direc-
tion de Rouen (Seine-Inférieure, ch.-l. de cant., arr. de Dieppe). Le château est
au parti d'Armagnac en 1418. (De Beaurepaire, Accord conclu, loc. cit.) Lors
de l'invasion, c'est évidemment ce lieu fort qui ligure dans lénumération de
Monstrelet, avec Néville en Caux (Seine-Inférieure, cant. de Saint-Valery en
Caux), place qu'on voit mentionnée aux premiers temps de la conquête [Rôles
norm. et franc., n" 299, 994), sous le nom défiguré de Neufville-de-l'Encombre
{Monstrelet, éd. Douët d'Arcq, t. III, p. 309). Bellencombre compte alors un
commandant anglais. [Rôles norm. et franc., n- 1359.)
7. Noter qu'on laisse en dehors de cette étude toute la région du pays
de Caux en deçà de la ligne de l'Arques, et toute la contrée avoisinant Rouen
entre la rivière de Cailly et l'Andelle. Châteaux et places y étaient nombreux
au temps de la guerre civile et de l'invasion, depuis les Loges, auprès d'Étre-
tat, jusqu'à Logempré, voisin de Fleury-sur-Andelle, qui appartint à Talbot.
C'est surtout dans cette région que se développe le grand soulèvement de 1435-
143G, où les Cauchois enlèvent une à une et « remparent » toutes ces petites
forteresses.
DANS LA HAUTE NORMANDIE.' 261
l'Epte, jusqu'au brusque tournant vers le sud qui l'infléchit à
angle droit vers la Seine. Autour de Gisors, Sérifontaine*, Chau-
mont-en-Vexin^ la Villetertre^ disparaissent depuis l'invasion.
Trie-Château, nid de partisans, qu'une compagnie aidera sous peu
à mettre en état de défense, ne semble pas alors utilisé comme lieu
fort^ Bouconvilliers^ commandait naguères la haute vallée de la
1. Sérifontaine, sur l'Epte, entre Gisors et Gournay (Oise, cant. du Coudray-
Saint-Genner). C'est certainement le « Ferry-Fontaines » de l'énumération de
Monstrelet (Monstrelet, éd. Douët d'Arcq, t. III, p. 309), mentionné comme pris
vers février 1419. Dans les premiers jours d'avril 1419 y campait un corps d'un
millier d'Anglais. Les capitaines bourguignons de Pontoise, de la ville et du
château de Gisors, le sire de l'Isle-Adam, Lionel de Bournonville et David
de Gouy, pénétrant de nuit, par des sentiers détournés, dans les rues de Séri-
fontaine, y exécutèrent un des carnages les plus sanglants de la campagne.
(Livre des trahisons, éd. K. de Lettenhove, p. 141 ; Pierre de Fenin, éd. de
M"' Dupont, p. 106-107; Monstrelet, éd. Douët d'Arcq, t. III, p. 315-316.)
2. Cliauraont-en-Vexin, sur la Troësne, affluent de l'Epte, à deux lieues de
Gisors (Oise, ch.-l. de cant., arr. de Beauvais). Capitulation à la suite de la
chute de Gisors (Chron. de Norm., éd. Hellot, p. 55, et notes, n. 155), après le
17 septen\bre 1419 (voir ci-dessous, note sur Bouconvilliers). Réoccupation par un
parti français de 143-2 à 1433. (Longnon, les Limites de la France et l'étendue
de la domination anglaise à l'époque de la mission de Jeanne d'Arc, p. 40,
n. 2. — Revue des Questions historiques, octobre 1875.)
3. La Villetertre, sur les plateaux entre la Troësne et la Viosne (Oise, cant.
de Chaumont-en-Vexin). C'est certainement la « Villeterre » de Monstrelet,
dont la prise est mentionnée après celle des places de la ligne de l'Epte (Mons-
trelet, éd. Douët d'Arcq, t. III, p. 309), vers février 1419. Au début de 1419, ou
même dès septembre 1417, la place était au parti bourguignon, sous le seigneur
de Cohem. (Arch. nat., JJ 171, n" 501.)
4. Trie-Château, à la jonction de l'Aunette, venue de la forêt de la Thelle, et
de la Troësne, à une lieue de Gisors (Oise, cant. de Chaumont-en-Vexin). Lors
de la marche de Henry V de Pontoise sur Gisors, mentionnée dans la note
sur Bouconvilliers, Trie ne paraît pas avoir été armé ni avoir opposé de
défense. Le roi dAngleterre y campe au moins dès le 3 septembre, et pro-
bablement jusqu'à la chute de Gisors, le 17. {Chron. de Norm., éd. Hellot,
p. 54, n. 155.) On voit Trie occupé par un parti français qui s'y fortifie au
commencement de 1432. (Bibl. nat., ms. fr. 26055, n" 1751.) Les partisans (voir
ci-dessous) y sont maîtres du pays en 1426.
5. Bouconvilliers, sur la rive droite de la vallée de la Viosne (Oise, cant. de
Chaumont-en-Vexin). C'est le « Vauconvillier-le-Chastel » des Chroniques de
Normandie (éd. Hellot, p. 55), le « Bokonvelers » des chroniques anglaises
(voir ci-après), le « Bosquenvillers », le « Boscherville » près Rouen, « Bosquen-
tin », en lisière de la forêt de Lyons, « Bouchevilliers », plus haut sur l'Epie,
des éditeurs des Rôles. [Rôles norm. et franc., \V' 1261, 69, 675, 983, 1014.) —
Mentionnée en 1418 comme important lieu fort français [Livre des trahisons,
éd. K. de Lettenhove, p. 140), la place capitule pendant la marche de Henry V
262
Li GUERRE DE PARTISANS
Viosne, qui descend droit à l'Oise; la place n'est plus armée
maintenant. A Pontoise seulement stationne une garnison de
quelque importance, pour surveiller le seul point de contact du
pays de Caux et du Vexin avec la région parisienne, le seul pont
de la route directe qui joigne Paris à Rouen. Ainsi se trouve sou-
dée cette longue chaîne parallèle à la direction de la Seine, qui se
continue de la mer jusqu'à l'Oise, et qui a fixé un par un les
jalons de la conquête étrangère.
Aux deux extrémités de cette ligne, le long de la Rresle et en
bordure de la basse Epte, se groupent des postes, plus ou moins
gardés, selon l'heure et le lieu.
Le long de la Bresle, Eu* ne possède pas, à cette époque % de gar-
de Pontoise sur Gisors, entre le 18 et le 31 août 1419. (Voir sur ce point : Bcn-
rici Quinti Angliae régis Gesta, auctore capellano in exercitu regio, 1413-
1422, éd. Benjamin Williams, dans les publications de YEnglish historical
Society. Londres, 1850, p. 131 ; — Elmham, Vita et gesta Henrici Quinti Anglo-
rum régis, éd. Ilearne, Oxford, 1727, chap. lxxxi et lxxxii, p. 232-235. —
Cf. Rotes norm. et franc., n° 1261, 69, acte daté « apud castrum de Bosquen-
villers », le 28 août. ) Les Chroniques de Normandie , pour cette marche,
semblent faire partir Henry V de Mantes. {Chron. de Norm., éd. Hellot, p. 54,
et notes, n. 155.) Cette hypothèse serait très compréhensible, mais se trouve
formellement contredite par le récit très serré des chroniques anglaises qui
Tiennent d'être citées, et qui font séjourner Henry V à Pontoise, après la sur-
prise de cette place, opérée le 30 juillet, sur le corps bourguignon commandé
par le sire de l'Isle-Adam.
1. Eu, vers l'embouchure de la Bresle, et alors bien moins éloigné de la
mer qu'aujourd'hui (Seine-Inférieure, ch.-l. de cant., arr. de Dieppe).
2. La ville d'Eu capitule le 15 février 1419. {Rôles norm. et franc., n» 443.)
En 1419, la place est relevée comme pourvue d'un commandant anglais. [Ibid.,
n"' 648, 675, 1457. — Monstrelet, éd. Douët d'Arcq, t. III, p. 337.) En avril
1421, octobre 1422, de même encore. (Bibl. nat., ms. fr. 25766, n" 799, et Cabi-
net des titres, Pièces orig., Bouteiller, n" 102, 103.) De la fin de 1423 Jusqu'au
terme de septembre 1429, on ne semble pas trouver mention d'Eu dans
les comptes de Normandie. Dans la seconde moitié de juin 1431, Saintrailles,
dans une brillante expédition, partie sans doute de la région de Bcauvais,
enlève la place, mais sans s'y maintenir. (Chronique de la maison d'Eu, Bibl.
nat., coll. Duchesne, t. 48, fol. 181, citée par Vallct de Viriville. Hist. de
Charles VU et de son époque, t. II, p. 246, n. 1. — Mention tirée du Livre
Rouge, aux archives municipales de la ville d'Eu (communication de M. de
Kermaingant), fol. 174 v°.) C'est sans doute à la suite de cette entreprise que
fut décidé, au moins en principe, le démantèlement de l'enceinte en même
temps que celui des lieux forts voisins de Longroy, en Normandie, et de Beau-
champs, en Ponthieu. (Document en date du 7 juillet 1431, Bibl. nat., ms.
fr. 20054, n° 1612, cité par M. de Beaiirc|iaire, Recherches sur le Procès, p. 41,
n. 2.) Eu reparait définitivement français à partir du printemps de 1426.
{Richemont, éd. Achille Le Vavasseur, p. 125-126.)
DANS LA HAUTE NORMANDIE. 263
nison domaniale. Le massif de Monchaux*, Blangy^ Aumale^,
qui, avec Gamaclles^ Rambures^ et Beaucamps^ va former' un
bloc de places^ si furieusement disputé depuis le grand entraî-
1. Monchaux, sur la rive gauche de la Bresle, entre Eu et Blangy. Dénomi-
nation actuelle : Monchaux-Soreng (Seine- Inférieure, cant. de Blangy-sur-
Bresle).
2. Blangy-sur-Bresle, sur la rive gauche de la Bresle (Seine-Inférieure, ch.-l.
de cant., arr. de Neufchâtel).
3. Aumale, sur la Bresle (Seine-Inférieure, ch.-l. de cant., arr. de Neuf-
châtel).
4. Gamaches, sur la rive droite de la Bresle, en Ponthieu, entre le travers
d'Eu et celui de Blangy (Somme, ch.-l. de cant., arr. d'Abbeville).
5. Rambures, à peu de distance de la rive droite de la Bresle, en Ponthieu,
à la hauteur de Blangy; imposante forteresse qui subsiste encore presque
intacte (Somme, cant. de Gamaches).
6. On a beaucoup discuté sur la situation exacte de ce lieu fort, que Pierre
Cochon, le seul chroniqueur qui semble en faire mention, désigne sous le nom
de Baucent ou Baucen. {Pierre Cochon, éd. V. de Viriville, p. 459, et éd. de
Beaurepaire, p. 303.) MM. V. de Viriville {loc. cit. et Hist. de Charles VII, t. II,
p. 237), et de Beaurepaire {loc. cit. et Recherches sur le Procès, p. 41, n. 2), l'ont
identifié avec Beaucamps, groupe de localités (Beaucamp-le-Jeune et Beaucamp-
le- Vieux) situé en Ponthieu, sur les plateaux qui dominent la rive droite de la
Bresle, entre le travers d'Aumale et celui de Sénarpont (Somme, cant. d'Hor-
noy). M. Longnon {les Limites de la France, p. 29, n, 4) croit cependant avec
plus de raison qu'il s'agit plutôt de Beauchamps, également en Ponthieu, sur
la rive droite de la Bresle, mais plus près de la côte, entre le travers de
Gamaches et celui d'Eu (Somme, cant. de Gamaches). Le document en date du
7 juillet 1431, cité par M. de Beaurepaire {Recherches sur le Procès, p. 41,
n. 2), et qui se retrouve dans le n" 1612 du ms. fr. 26054 de la Bibl. nat.,
paraît lui-même, en raison des places qui y sont citées comme immédiatement
voisines (Eu et Longroy), désigner assez nettement Beauchamps.
7. On ne rencontre pas dans les comptes de Normandie ni ailleurs les noms
de Longroy ni de Sénarpont. — Longroy, lieu fort du territoire normand, se
trouve situé sur la rive gauche de la Bresle, un peu au-dessous du travers de
Gamaches (Seine-Inférieure, cant. d'Eu). On ne le voit guère mentionner qu'à
l'occasion de la démolition de la place, ordonnée en même temps que celle
d'Eu et de Beauchamps, en juillet 1431. (Document en date du 7 juillet 1431,
Bibl. nat., ms. fr. 26054, n* 1612, cité par M. de Beaurepaire, Recherches sur
le Procès, p. 41, n. 2.) — Sénarpont, au confluent du Liger et de la Bresle,
entre Aumale et Blangy, se trouve en Ponthieu (Somme, cant. d'Oisemont),
La forteresse est signalée comme remparée par un parti français à l'automne
de 1433. (Arch. nat., JJ 175, n" 276.)
8. Monchaux a capitulé en même temps qu'Eu, le 15 février 1419. (Ilellot,
notes des Chron. de Norm., a. 131.) La place est citée comme pourvue de
garnison en 1419 {Rôles norm. et franc., n" 675, 1359), et signalée comme
jouant un rôle au début de l'invasion {Monstrelef, éd. Douët d'Arcq, t. III,
p. 309, 314, 317). Prise en 1432 par les Français {Ibid., t. V, p. 35), elle fut
264
LA GUERRE DE PiRTISAXS
nement de 1429*, ne paraît pas alors armé pour l'offensive^.
En bordure de la basse Epte, sur l'ancienne lisière normande
et française qui scindait autrefois le Vexin, bien peu de forteresses
Neaufles- Saint -Martin^, Dangu^ Saint-
sont restées garnies
rasée en 1433, de commun accord (Ibid., t. V, p. 94). On ne voit signaler le
moustier fortifié de Blangy qu'en 1429. {Pierre Cochon, éd. de Beaurepaire,
p. 303.) — Aumale avait résisté jusqu'aux derniers jours de 1419, une des der-
nières places de Normandie. {Chron. de Norm., éd. Hellot, p. 55, n. 159.) La
place est pourvue d'un capitaine au début de la conquête. {Rôles norm. et
franc., n° 1359.) — Gamaches, Rambures, Beaucharaps, Sénarpont se trouvent,
comme on vient de le voir, en Ponthieu ; leur histoire se rattache étroitement
à la défense de cette région.
1. Entre 1429 et 1436, ces places, dont les unes (Aumale, Blangy, Beau-
champs) tombent avec Torcy, pour quelque temps, aux mains des Français,
dès la fin de 1429 {Pieire Cochon, éd. de Beaurepaire, p. 302-304, 307, 308; —
Monstrelet, éd. Douët d'Arcq, t. IV, p. 350 ; — De Beaurepaire, Recherches
sur le Procès), dont les autres (Rambures, Monchaux, Gamaches) ne seront
disputées qu'un peu plus tard {Monstrelet, éd. Douët d'Arcq, t. IV, p. 433;
t. V, p. 35-36, 71-72, 228; — Hellot, notes des Chron. de Norm., n. 268), sont
l'objet de continuels assauts. M. Hellot a parfaitement démontré le rôle capi-
tal de la place de Rambures, reprise en février 1432 par Charles Desmarets.
2. On ne voit plus depuis le début de l'invasion mentionner deux places de
l'intérieur du Petit-Caux : Guilmécourt, entre l'Aulne et l'Yères (cant. d'En-
verraeu), et Saint-Martin-le-Gailiard, sur l'Yères (cant. d'Eu). Ces deux places
avaient été comprises dans la capitulation d'Eu, le 15 février 1419. {Rôles
norm. et franc., a" 443.) On a vu la reprise passagère de Saint-Martin et le
combat livré sous ces murs, en août 1419. Guilmécourt est peut-être le « Galin-
court » (Galnicourt) mentionné par Monstrelet au milieu d'autres places de la
région. {Monstrelet, éd. Douët d'Arcq, t. III, p. 309.) — Quelques autres places
fermant la région d'Eu vers le sud, entre Aumale et JVeufchâtel, et disputées
au temps de la guerre civile, ne sont plus mentionnées depuis. Entre autres
Mortemer et Beaussault, aux sources de l'Aulne et de la Béthune (cant. de
Neufchâtel et de Forges), qui étaient, en 1418, aux mains du parti d'Armagnac.
(De Beaurepaire, Accord conclu, loc. cit.) Beaussault est démoli dans l'hiver
de 1433. (De Beaurepaire, Recherches sur le Procès, p. 41, n. 2.)
3. Neaufles-Saint-Marlin, sur la rive gauche de la Levrière, près de son con-
fluent avec l'Epte, entre Gisors et Étrépagny (Eure, cant. de Gisors). La place,
mentionnée! par Monstrelet avec les autres forteresses de la ligne de l'Epte,
capitule cependant le 23 février 1419. {Rôles norm. et franc., n° 307. — Cf.
Chron. de Norm., éd. Hellot, p. 55, et notes, n. 131, 155, 157.) Comme l'a mar-
qué l'éditeur, le texte des Chroniques de Normandie, qui fait tomber Neaudes
à la suite de la chute de Gisors, en septembre, doit être corrigé sur ce point.
Neaulles a été pourvu d'un commandant anglais en août et octobre de celte
année, le comte de Worcester. {Ibid., n"» 648, 1359.)
4. Dangu, sur la rive gauche de l'Epte (Eure, cant. de Gisor.s). Capitulation
à la suite de la chute de Gisors, en septembre 1419. {Chron. de Norm., éd.
Hellot, p. 55, et notes, n. 155.) Cependant la terre est distribuée dès le 1"" fé-
DANS Li HAUTE NORMANDIE. 265
Clair-sur-Epte S l'île de Bray^ la tour de Baudemont^ ont capi-
tulé à la fin de l'invasion, entraînées parla chute de Gisors, mais
n'ont pas gardé de soldats. Au centre du Vexin normand, Étré-
pagny seul reste en état de défense et conserve peut-être quelques
forces mobiles ^
Entre les mailles lâches de ce réseau, des compagnies dissémi-
vrier 1419. (Rôles norm. et franc., n' 281.) Au 4 octobre 1419, Dangu compte
un commandant anglais. (Ibid., n°' 675, 1359.) En juillet 1425, de même. (Arch.
nat., JJ 173, n° 193.) Lors de la reconquête, Dangu donne lieu à une capitu-
lation dans les premiers jours d'août 1449. (De Beaucourt, Bist. de Charles VII,
t. V, Pièces justif., I.) — La terre de Dangu, confisquée sur Pierre de Bour-
bon, appartenait, en même temps que la capitainerie {Rôles, n" 1359), à Richard
Wideville {Rôles, n°* 281, 534), le grand sénéchal anglais de Normandie qui
épousa plus tard Jacqueline de Luxembourg, veuve du duc de Bedford, et joua
un si grand rôle dans la guerre des Deux-Roses. — Sur l'expédition qui aurait
été tentée, en août 1422, par les capitaines français du Maine sous Jean d"Har-
court, comte d'Aumale, en vue de débloquer Dangu, qu'il faudrait alors sup-
poser avoir été réoccupé par le parti national, voir ci-dessus, Sur la Seine, et
ci-dessous, Annexe 2.
1. Saint-Clair-sur-Epte, sur la rive droite de l'Epte (Seine-et-Oise, cant. de
Magny-en- Vexin), en face Château-sur-Epte, qui commande l'autre bord (Eure,
cant. d'Ecos), au point de passage de la route directe de Rouen à Pontoise.
Saint-Clair fut pris avec les autres places de l'Epte, vers février 1419, ou à la
suite de la chute de Gisors, en septembre, mais ne figure ni dans la liste de
Monstrelet ni dans celle des Chroniques de Normandie. La place est mention-
née comme armée au début de l'invasion, ayant pour commandant William
Basset. {Rôles norm. et franc., n° 1359.) Saint-Clair fut réoccupé par un parti
français en 1432. (Bibl. nat., ms. fr. 26055, n" 1751.)
2. Bray, dans une île de l'Epte (actuellement comm. de Bray-et-Lu, Seine-et-
Oise, cant. de Magny-en- Vexin). Cette place figure sous son nom, avec d'autres
de la région, dans l'énumération de Monstrelet {Monstrelet, éd. Douët d'Arcq,
t. III, p. 309), comme prise, par suite, vers février 1419.
3. Baudemont, sur la rive gauche de l'Epte (actuellement fraction de la com-
mune de Bus-Saint-Rémy, Eure, cant. d'Ecos). Cette position inaccessible, qui
commande si fortement la vallée de l'Epte, fut attaquée par le duc de Clarence,
aussitôt après la capitulation de Mantes, le 5 février 1419. (Durand et Grave, la
Chronique de Mantes, p. 270.) C'est le « Bewmant », le « Bawdemont », des
chroniques anglaises, qui marquent sur cette campagne de sièges une cer-
taine précision. {Henrici Quinti G esta, auctore capellano, éd. Benjamin Wil-
liams, p. 129. — Elmham, Vita Henrici Quinti, éd. Hearne, chap. lxxi, p. 205.)
Baudemont figure sous son nom réel dans la liste de Monstrelet {Monstrelet,
éd. Douët d'Arcq, t. III, p. 309), avec les autres places de la ligne de l'Epte
prises vers cette môme époque. En 1435-1436, la place sera vivement disputée.
4. Étrépagny, au centre des routes du Vexin normand. La place avait capi-
tulé le 1" février 1419. (Rymer, Fœdera, t. IV, part. 3, p. 87.) Au début de
l'invasion, elle a un capitaine anglais qui porte le nom de Richard Abraham
266
lA GUERRE DE PARTISANS
nées circulent à couvert. Elles sont moins groupées, moins cohé-
rentes que dans le pays d'Auge et le Lieuvin, mais plus insaisis-
sables, plus nuisibles encore. Entre Rouen, Yernon, Gisors,
Gournay, Aumale, les représentants du gouvernement anglais ne
communiquent plus sans escortes spéciales ; toute administration
est entravée, toute vie sociale interrompue. La contrée tout
entière apparaît comme un réceptacle inépuisable d'ennemis,
traîtres, brigands, réserve sans cesse alimentée à des sources
nouvelles, qui ne se dépeuple ni ne s'épuise, malgré la surveil-
lance, les colonnes volantes qui sillonnent le pays, la chasse en
règle et les battues à l'homme.
Dans les cantons du Petit-Caux, entre l'Aulne et la Bresle, sur
ces lisières de la Picardie maritime où vient de se prolonger si
longtemps la défense acharnée de Jacques d'Harcourt^ les par-
tisans semblent ne rien craindre ^ Près d'Arqués, en 1423, ils
attaquaient des traînards anglais^. En 1425, on constate dans
une compagnie la présence de gens de Saint-Pierre-en-Val, de
Douvrend"*. En mars, les Anglais d'Eu en prennent quelques-uns.
{Rôles norm. et franc., n" 1359), (jui y commande encore au commencement
de 1424 (Bibl. nat., ms. fr. 26046, n" 185). Elle ne figure pas dans les comptes
de Normandie analysés par M. de Beaurepaire, mais y est indiquée comme
recevant un détachement de « crue » en 1429. Entre cette date et 1436, Étré-
pagny fut l'objet de nombreuses surprises et conspirations. (De Beaurepaire,
Recherches sur le Procès, Notices sur les Juges (II. ce), et Note sur Jean de
Saini-Avit, évêque d'Avranches, dans le Bulletin de la Conwiission des anti-
quités et des arts de la Seine-Infërieure, t, IX, années 1891-1893.)
1. Le Crotoy, dernière position française de la baie de la Somme, capitule
au terme du 1" mars 1424. Les comptes de Normandie ne mentionnent pas cette
place, mais, en revanche, signalent celle voisine de Rue (Somme, ch.-l. de
canl. de l'arr. d'Abbeville), comme armée jusqu'à la fin de 1424.
2. Les noms de lieu cités pour cette région sont tous compris dans une
région contiguë (Seine-Inférieure, cant. d'Eu et d'Envermeu, dans l'arr. de
Dieppe; cant. de Londiniôres, dans l'arr. de Neufchâlel; — Somme, cant. de
Gamaches et de Moyenneville, dans l'arr. d'Abbeville).
3. Regnault Ilallcy, de Bacqueville-la-Martel (Seine-Inférieure, arr. de Dieppe);
Jean de Saint-Pol, dit Lemaitre, de Harcourt (Eure, cant. de Brionne); Tho-
mas Houdet, barbier, de Haucourt (Seine-Inférieure, cant. de Forges), mis à
mort sous formes diverses, à Arques, pour crime de lèse-majesté et meurtre
d'un Anglais nommé Bouteiller. Mandement de taxation de Raoul Bouteiller,
chevalier, bailli de Caux, au vicomte d'Arqués pour frais d'exécution, en date
du 11 mars 1423. Bibl. nat., ms. fr. 26046, n° 46.
4. Rémissions pour Jeannot Louvel, de Sainl-Picrrc-cn-Val, pour Jean Dela-
mare, de Douvrend. Doc. en date d'août 1425 : faits récents. Arch. nat., JJ 173,
n»' 328, 330, 334.
DANS lA HAUTE NORMANDIE, 267
après combat en vue de Bailly-en-Rivière*. Aux environs de
Garaaches, dans le courant de mai, la compagnie de Fremiuofc
Le Vasseur se fait ravitailler par des paysans de Tilloy-sur-Ry ;
l'un d'eux, arrêté et emmené par les Anglais de Gamaches, est
enlevé par un groupe de partisans qui tend à l'escorte une embus-
cade au tournant d'un chemin, près du village de Tours ^.
Une autre bande, celle de Robin Crevin, se signale à la fin de
l'été vers Fresnoy^ Melleville, Millebosc^ entre la Bresle et
l'Yères^. Dans les premiers jours d'octobre, des compagnies se
montrent en force entre les forêts d'Eu et celles de Lyons ; leurs
démonstrations inquiètent sérieusement la place de Rouen ^. Il
faut en référer au duc de Bedford jusqu'à Paris, où le régent se
voit obligé d'instituer un commissaire spécial, Raoul Le Sage,
seigneur de Saint-Pierre, l'un des conseillers les plus écoutés du
gouvernement anglais''', qui détient la seigneurie de Gamaches et
possède la connaissance nécessaire du terrain*. Les trois baillis
1. Mandement de taxation du bailli de Caux au vicomte de Neufchâtel pour
paiement d'un messager porteur de lettres relatives à ce fait, en date du
2 mars 1425. Bibl. nat., Cab. des Titres, P. or., Maistresson, n" 2.
2. Rémissions pour Fremin Garet aîné, cultivateur, de Tilloy-sur-Ry; Fre-
min Garet cadet, charpentier, de Gamaches; Jean de Cahon, apprenti charpen-
tier, pour faits de participation. Doc. en date de juillet 1425 : faits remon-
tant à deux mois. Arch. nat., JJ 173, n"' 322, 699.
3. Fresnoy-la- Campagne, dénomination actuelle : Fresnoy-Folny.
4. « La Ville emmi le Bosc », dénomination actuelle : Millebosc.
5. Rémission pour Jean Le Cras, de « Veilly » (Vesly (?), Eure, cant. de
Gisors), pour fait de complicité, de concert avec Perrin Alleaume et avec Jean-
not Louvel, de Saint-Pierre-en-Val. Doc. en date de janvier 1426 : faits remon-
tant à cinq et quatre mois. Arch. nat., JJ 273, n" 334 ; cf. n° 328.
6. Pour ce qui suit : lettre de garant du duc de Bedford à Richard Beau,
commandant de Rue en Ponthieu, en date de Paris, le 3 novembre 1425, men-
tionnant des lettres aux baillis de Rouen, Caux et Gisors, et au seigneur de
Saint-Pierre, et faisant allusion à des faits en date du 8 octobre. Bibl. nat.,
ms. fr. 26048, n" 501 ; cf. n° 507.
7. Trace de la commission donnée en charge par le régent au seigneur de
Saint-Pierre se rencontre dans une mention de comptes du salaire payé à un
messager, le 30 octobre, pour avoir apporté, de Paris à Gamaches, où se trouve
alors Raoul Le Sage, des ordres du Conseil du roi. Bibl. nat., ms, fr. 4491,
fol. 35.
8. Raoul Le Sage, l'un des plus importants personnages du gouvernement de
la conquête. Voir sur lui les renseignements recueillis dans la notice biogra-
phique (p. 16-24) donnée dans l'élude intitulée : Note pour servir à l'histoire
de la famille Saige ou Sage... [par M. Gustave Saige]. Paris, 1874, in-4°.
Il sortait d'une race normande du Cotenlin, à laquelle appartenait une fraction
268
LA GUERRE DE PARTISANS
de Rouen, Caux, Gisors* reçoivent l'ordre de se mettre à sa dis-
position pour les mesures à prendre contre ces « brigands » , qui
de la seigneurie de Saint-Pierre-Église (Manche, ch.-l. de cant., arr. de Cher-
bourg), et, par sa mère, issue de la famille cauchoise de Pelletot (Seine-Infé-
rieure, cant. de Longroy, comm. de le Catelier), il se trouvait possesseur de la
seigneurie de Laviers, en Ponthieu, dans la vallée de la Somme (Laviers-le-
Grand, Somme, cant. d'Abbeville). Comme Guy Le Bouteiller, il venait aux
Anglais du parti bourguignon, dont il suivait la fortune depuis les événements
de 1407. A l'heure de la descente de Henry V, il avait fait immédiatement,
pour ses domaines du Cotentin, sa soumission à la conquête, mais paraît avoir
attendu le traité de Troyes pour entrer au service de l'Angleterre, où il devait
faire une rapide fortune et auquel il reste attaché jusqu'à sa fin, vers 1438.
Il était membre du Conseil dès 1421. Cette même année, il avait reçu, comme
part de dépouille, plusieurs terres autour de Lisieux. {Rôles norm. et franc.,
n" 1005, 1017.) C'étaient Livet-sur-Authou (Eure, cant. de Brionne), dont on se
rappelle l'assaut par la compagnie de Roger Christophe; l'Eau-Partie, dans le
massif accidenté entre Touques et Dives (Calvados, cant. de Cambremer); la
baronnie de Roncheville, dans la vallée de la Touques (Calvados, cant. de Pont-
l'Évêque, comm. de Saint-Martin-aux-Chartrains), la première baronnie de Nor-
mandie selon certains auteurs, cette dernière confisquée sur Perrette Bureau
de la Rivière, la vaillante héro'i'ne de la défense de la Roche-Guyon (Siméon
Luce, Perrette de la Rivière, dame de la Roche-Guyon, p. 170, dansZa France
pendant la guerre de Cent ans, 1' série). Du titre de Roncheville dépendait
un hôtel à Honfleur (Siméon Luce, Chron. du Mont-Saint-Michel, t. I, p. 314,
n. 1), et un atterrage, actuellement disparu et curieux à signaler, situé à Pen-
nedepie (Calvados, cant. de Honfleur), entre les repères bien connus de la
Falaise-Basse de Honfleur et de la Fosse de Villerville ; c'est là que vient
débarquer le duc d'York, en juin 1436, pour achever la réduction de la grande
insurrection cauchoise (De Beaucourt, Hist. de Charles Vil, t. III, p. 8, n. 5).
La terre de Gamaches, en Ponthieu, lui était échue en décembre 1424. (Cf.
Bibl. nat., ms. fr. 4485, fol. 425.) Dans le cours de cette année 1425, où il
avait mission de diriger les opérations contre les partisans, on l'y trouve pré-
sent en mai et en octobre. (Arch. nat., JJ 173, n" 322, et Bibl. nat., ms.
fr. 4491, fol. 35.)
Il est spécialement intéressant de le voir chargé d'exterminer les partisans
des bois d'Eu, tandis qu'un chef de partisans portant le même nom, Per-
rot Le Saige, resté fidèle à la cause nationale, combattait, comme il a été
dit, à la tête d'une compagnie d'irréguliers, sur les lisières du pays d'Auge.
C'est lui qu'on a vu livrer aux Anglais de Bonsmoulins, en 1424, le sanglant
combat de Planches. (Voir ci-dessus, le Pays d'Auge.)
1. A cette date, le bailliage de Gisors (cf. Rôles norm. et franc., passim)
était encore tlistinct. Le 25 avril 1426, on voit John Salvayn, bailli de Rouen,
porter le titre de « bailli de Rouen et de Gisors », ([u'il gardera sous une
forme plus ou moins diflérentc, ainsi que ses successeurs. Bibl. nat.. Cabinet
des litres, Pièces orig., Salvain, n° 9. A la date du 25 novembre précédent,
il porte seulement le litre de bailli de Rouen (Ibid., id., n" 8).
DANS LA HAUTE NORMANDIE. 269
alignent de la cavaleries et qui circulent sur quinze lieues de
pajs^
Aux alentours de Gournay, entre la forêt de Bray et la forêt
de la Thelle, dans les hautes vallées de l'Epte et du Thérain, sont
cantonnées d'autres bandes encore. On en signale en 1424, aux
environs de Fontenay^ vers les sources du Thérain, où les par-
tisans tiennent la campagne depuis longtemps déjà^ On les revoit
autour de Gerberoy^ en 1425, dans les bois, où ils embauchent
des recrues et d'où ils viennent attaquer la ville, devenue presque
inhabitable^. A Songeons', en 1426, la garnison de Gournay
leur livre un combat : l'un d'eux tombe sur le terrain, et son
cadavre, ramené dans la place, subit au lieu de justice une exé-
cution posthume destinée à servir d'épouvantail et d'exemple*.
Dans cette direction , ils rayonnent jusqu'aux approches de
Beauvais. Là, depuis longtemps, au pied de la haute falaise du
Bray, des groupes d'irréguliers survivent, soutenus naguères
par les garnisons françaises de la Neuville-en-Hez ^ et des bico-
1. « Pour ce que plusieurs brigans, ennemis et malveillans de mondit sei-
gneur le roy et de nous, tant à pie comme à cheval, s'estoient, dès environ le
viii" jour du mois d'octobre darrenement passé, venus tenir et converser es
forests d'Eu, de Lions et autres circonvoisines. » Bibl. nat., ms. fr. 26048,
n» 501.
2. Du milieu de la région forestière de Lyons jusqu'au centre de la contrée
entourée par les forêts d'Eu, on compte en ligne droite au moins 60 kilomètres.
3. « Fontenay près Gerberoy. » Actuellement fraction principale de la com-
mune dénommée Fontenay-Torcy (Oise, cant. de Songeons).
4. Rémission pour Guillot Molain, dit Bourgain, de Fontenay, pour faits de
participation. Doc. en date de novembre 1424 ; faits remontant à un an, habi-
tuels encore. Arch. nat., JJ 173, n° 50.
5. Gerberoy, dans la vallée du Thérain, théâtre de la rencontre célèbre de
mai 1435, où périt le comte d'Arundel (Oise, cant. de Songeons).
6. Rémission pour Willemot Petrix, de Gerberoy, partisan. Doc. en date
du 24 mars 1427 : faits remontant à deux ans. Arch. nat., JJ 173, n" 671
et 673.
7. Songeons, dans la vallée du Thérain (Oise, ch.-l. de cant., arr. de Beau-
vais).
8. Quittance collective de soldats de Gournay, pour la capture de Colin Rose,
partisan, tué dans une rencontre en date du 9 mars 1426. Bibl. nat., ms.
fr. 26049, n" 558.
9. La Neuville-en-Hez (Oise, cant. de Clermont), sur la lisière nord des pentes
de la forêt de Hez, plus près de Clermont que de Beauvais. La place, occupée
par une garnison entreprenante (Arch. nat., JJ 173, n"' 407, 454), ne capitule
qu'au terme du 28 juin 1422, en même temps que Compiègne et les autres for-
teresses entre l'Oise et la Bresche, à la suite de la reddition de Meaux. La Neu-
270 LA GUERRE DE PARTISANS
ques avoisinantes, qui ont tenu bon jusqu'à la reddition de Com-
piègne, dans l'été de 1422 ^ Le chef de bandes Jeannin Galet^
supérieurement retranché dans le bois du Parc^, entre Beauvais
et Gournay, pousse des courses vers Goincourt, dans la direction
de l'abrupt escarpement du Bray^ jusqu'à Milly, à mi-chemin de
Beauvais à Songeons^. Vide ou désarmée, dans le voisinage, est
encore la forte maison de Milly, où quelque temps plus tard se
maintiendra insaisissable un des frères de LaHire, Pierre-Renaud,
bâtard de Vignoles, qui s'y cantonnera trois années entières ^
ville- en-Hez redevient française, avec Beauvais, en août 1429. [Monstrelet, éd.
Douët d'Arcq, t. III, p. 97 et 354.) — Le lieu fort de Bresles (Oise, cant. de
Nivillers), sur la route de la Neuville à Beauvais, était armé en 1417 et occupé
par un parti armagnac, sous Lestendard de Milly. (Arch. nat., JJ 173, n' 454.)
On ne le voit plus signalé depuis.
1. On ne voit plus alors citer Fontaines-Lavaganne, un peu plus à l'ouest, vers
les frontières du Bray (Oise, cant. de Marseille-le-Petit). Ce lieu fort, longtemps
la terreur du voisinage, sous le commandement du Dauphinois Guillaume de
Moussures (Arch. nat., JJ 171, n° 295; JJ 173, n" 407, 454, 497, 498, 545), avait
été pris par un corps anglais, à la fin de 1419, et démoli. (Monstrelet, éd. Douët
d'Arcq, t. III, p. 372, et Chastellain, éd. K. de Lettenhovc, t. I, p. 102.) Ce
fait de guerre est le premier accompli de concert entre Anglais et Bourgui-
gnons, après l'assassinat de Jean Sans-Peur et avant l'ouverture des négocia-
tions de Troyes. — On n'entend plus non plus parler de Breteuil ni de la tour
de Vendeuil, un peu plus au nord, dans la direction de la Picardie (Oise, ch.-l.
de cant., arr. de Clerraont, et Vendeuil-Caply, cant. de Breteuil). Ces lieux
forts, bourguignons depuis longtemps, avaient été saccagés par les Anglais de
Gournay, en août 1419, pendant l'alliance épliémère des Bourguignons et des
Dauphinois réunis [Monstrelet, éd. Douët d'Arcq, t. III, p. 337), et, après le
traité de Troyes, avaient naturellement passé, en 1420, à la coalition anglo-
bourguignonne. Ces deux places redeviennent françaises en octobre 1430, après
la levée du siège de Compiègne, avec celles entre l'Oise et la Bresche. {Ibid.,
t. IV, p. 419.)
2. Pour ce qui suit. Rémission pour Jean Dorly, du pays de Brie, verdier
et garde des bois épiscopaux, pour faits de participation, de concert avec Jean
Bailleul, sergent desdits bois. Doc. en date de décembre 1425 : faits se con-
tinuant depuis quatre ans. Arch. nat., JJ 173, n* 677.
3. Le bois du Parc, sur le plateau triangulaire séparant les vallées du Thé-
rain et de l'Avelon, qui se réunissent sous Beauvais.
4. Goincourt, sur l'Avelon, entre Beauvais et Saint-Léger-en-Bray (Oise,
cant. de Beauvais).
5. Milly, vers la jonction du Grand et du Petit-Thérain (Oise, cant. de Mar-
seille-le-Petit). Il est fait mention à plusieurs reprises des « compaignons de
Milly », dans un sens évident d'association locale.
G. De 1440 ù 1443. [Monstrelet, éd. Douët d'Arcq, t. V, p. 426-428, et t. VI,
p. 61-64.)
DANS LA HAUTE NORMANDIE. 271
avec deux cents hommes d'armes, « tous forts sacquemans, raides
et vigoureux*. » Pour rinstant, Jeannin Galet, en 1425, a des
intelligences jusque dans la cité épiscopale de Cauchon^ dont les
sergents et verdiers lui servent d'indicateurs et de complices. Pré-
venus par eux, ses hommes vont surprendre, jusque sur le chemin
de ronde du rempart de Beauvais, un des guetteurs bourguignons,
un bourgeois apeuré de la ville, qui porte sur lui tout son bien,
tellement bardé de sacs d'argent sous son harnais qu'il ne peut
se remuer sans sonner comme un trésor 3. Une autre fois, ils
attaquent l'escorte d'un écuyer anglo-normand^ qui s'en retourne
dans le pays de Bray : le petit convoi, assailli en chemin, est
vivement enlevé^. Jeannin Galet devient l'autorité de la région.
On lui dépêche des négociateurs dans les bois ; on traite de pair
avec lui; hors des murs de Beauvais, il est seule puissance recon-
nue, consultée, agissante et obéie.
Il a fait école. En 1425, au delà de Beauvais, près de Saint-
Just-en-Chaussée^, le paysan Le Roy, de Valescourt', et son
lieutenant Pierre Vendôme commandent une compagnie nom-
breuse , toute formée de gens des villages d'alentour. Elle a
recueilli des débris de la garnison de la Neuville-en-Hez, qui sont
entrés dans ses rangs, elle fait des prisonniers, possède des dépôts
de poudre, compte des intelligences dans les villages et jusque
dans Amiens^. Plus bas, vers l'Oise, sur les limites du pays de
1. /ôtd., t. VI, p. 61.
2. Sur les intelligences françaises paraissant avoir été nouées à Beauvais,
notamment au couvent des Cordeliers, voir la lettre de rémission accordée à
Étiennot Le Flameng, barbier du couvent, en juin 1427. Arch. nat., JJ 173,
n» 691.
3. « Quant il estoit sur les murs de Beauvès, où il faisoit le guet, il rompoit
tout le doz et espaules de ses compaignons des saches et bourses plaines d'es-
cuz qu'il avoit. » Arch. nat., JJ 173, n" 677.
4. a Le bastard de Valans. » Ibid., id.
5. Noms de partisans de la compagnie : Jean Lebarbier, le grand Hennequin,
Henri, Hue, Douchet.
6. « Saint-Just, en Beauvaisis. » Malgré l'existence du village de Saint-Just-
en-Marais (Oise, cant. de Beauvais), à une demi-lieue au sud de Beauvais,
dans la région môme où viennent d'être signalés les faits qui précèdent, il faut
reconnaître dans cette localité Saint-Just-en-Chaussée, sur la route de Beau-
vais à Montdidier (Oise, ch.-l. de cant. de l'arr. de Clermout).
7. « Balescourt. » Valescourt, Oise, cant. de Saint-Just-en-Chaussée.
8. Rémission pour Drouet de Duremort, journalier, marchand de mercerie et
de poisson, de Saint-Just, pour faits de participation. Doc. en date d'août 1425 :
faits récents. Arch. nat., JJ 173, n" 203, 407.
272
LA GUERRE DE PARTISANS
la Thelle, qui sert de lisière au Vexin, des partisans sont signa-
lés, cette même année, aux Fontaines*, entre Clermont et CreiP,
autour de Saint-Félix ^ de Mouchy-le-Châtel ^ Là aussi se sont
réfugiés d'anciens combattants de la Neuville, qui continuent la
guerre pour leur compte et n'ont pas voulu désarmer^. En ce coin
de région, presque déjà picard, l'insurrection atteint vers l'est
l'extrémité de son terrain d'expansion. Aussi Lien s'appuie-t-elle,
en arrière, sur de solides réserves, comme sur une région qui con-
serve aux partisans encore en armes de toujours vivaces et iné-
puisables ressources.
Les voici dans le Vexin.
En abordant le pays par la lisière de la Thelle, on les rencontre
aux premiers pas dans la zone indéfinie, accidentée et difficile
d'accès, où naissent les rivières qui tombent dans l'Epte, aux
environs de Gisors, et les petits affluents de la droite de l'Oise,
entre Beaumont et Pontoise. Dans ce petit massif des Buttes de
Bonne, bossue de collines, strié de courts vallons, si bien cons-
truit pour la guerre individuelle, ils ont des abris ménagés, des
retraites sûres au fond desquelles ils survivent. La petite place de
Méru*'', sur la bordure de la Thelle et du Vexin, prise et reprise
tant de fois, les a soutenus jusqu'au milieu de 1422'. Méru s'est
1. « Auffontaines. » Les Fontaines, à gauche de la vallée de la Bresche (Oise,
coram. de Clermont).
2. Rémission pour Pierre Deleplanque, vigneron de les Fontaines. Doc. en
date du 16 novembre 1426 : faits récents. Arch. nat., JJ 173, n° 570.
3. Mouchy-le-Châtel, Oise, cant. de Noailles.
4. Saint-Félix, Oise, cant. de Mouy.
5. Meurtre de Jean Mate, partisan, ancien soldat de la garnison française de
la Neuville-en-IIez. Doc. en date d'avril 1427 : faits remontant aux vendanges
de l'an 1425. Arch. nat., JJ 173, n° 633.
6. Méru, souvent appelé alors Méru-en-Thelle, sur l'Esches (Oise, ch.-l. de
cant., arr. de Bcauvais).
7. Méru, sans doute enlevé rapidement par Jean Sans-Peur dans sa marche
sur l'Oise en septembre 1417, avait été presque immédiatement repris par le
parti d'Armagnac, le 30 novembre. {Religieux de Saint-Denis, éd. Bellaguet,
t. VI, p. 154.) A la fin de 1418 ou vers le début de 1419, Méru est aux mains du
parti bourguignon : David de Gouy en est capitaine en même temps que com-
mandant du château de Gisors. {Livre des trahisons, éd. K. de Lettenhove,
p. 141, et Arch. nat., JJ 171, n" 501.) Méru, encore anglo-bourguignon en mars
1421 (Arch. nat., JJ 171% n" 327), appartient aux Français dans les derniers
jours de 1421 et est encore entre leurs mains en 1422. (Arch. nat., JJ 171, n° 501.)
Un document en date de juin 1426 parle du recouvrement de la place par les
Anglais quatre ans auparavant, vers l'été de 1422. (Arch. nat., JJ 173, n" 443.)
DiNS LA HAUTE NORMANDIE. 273
quelque temps appuyé sur le lieu fort voisin de Fresneaux*, qu'on
trouve occupé par un parti français en février 1422^. Ghambly^
plus bas dans la vallée de l'Esche, l'ancien quartier général de
Jean Sans-Peur, lorsqu'il épiait les ponts de l'Oise, au fort de la
guerre civile, en septembre 1417 ^ armé peut-être encore en
141 9 ^ Chambly, qu'on retrouve occupé par un poste anglo-
bourguignon après l'ébranlement de 1429 ^ ne paraît pas alors
utilisé comme place forte convoitée ou à défendre. Plus avant
vers le Vexin, Jouy-sous-Thelle', MontchevreuiP, Fresnes-
l'Eguillon^ Jouy- le -Temple**^, toutes ces fortes maisons, ces
forteresses improvisées dans les églises, que le soulèvement natio-
nal rendra bientôt l'objet de sanglants combats, ne sont encore
ni attaqués ni pourvus de forces défensives". Mais, à l'autre
extrémité du canton *^ comment expliquer autrement que parle
1. Fresneaux, vers les sources de la Troësne, actuellement dénommé Fres-
neaux-Montchevreuil (Oise, cant. de Méru).
2. Arch. nat., JJ 171, n" 327.
3. Chambly, souvent appelé alors Chambly- le -Hauberger, Oise, cant. de
Neuilly-en-Thelle.
4. Monstrelei, éd. Douët d'Arcq, t. III, p. 210.
5. Arch. nat., JJ 171, n» 147.
6. Sous le sire de l'Isle-Adam, cité capitaine du lieu à la fin de 1432. (Arch.
nat., JJ 174, n" 181, 182.)
7. Jouy-sous-Thelle, Oise, cant. d'Auneuil.
8. Montchevreuil, actuellement fraction de la commune de Fresneaux-Mont-
chevreuil, Oise, cant. de Méru.
9. Fresnes-l'Éguillon, Oise, cant. de Chaumont-en- Vexin.
10. Jouy-le-Temple, Oise, cant. de Méru.
11. Les lieux forts de Jouy-sous-Thelle et de Montchevreuil, en 1432, sont
occupés par un parti français qui fortifie en même temps les églises de Fresnes-
l'Eguillon et d'Ivry-le-Temple. (Longnon, les Limites de la France, p. 40, n. 2,
et Bibl. nat., ms. fr. 26055, n" 1751.) Jouy-sous-Thelle est la seule de ces for-
teresses non classées qui soit signalée comme armée pendant les guerres du
siècle précédent. (Siméon Luce, Hist. de Bertrand du Guesclin, tableau des
lieux forts.) Il n'est alors question ni de Montchevreuil ni des clochers-tours
de Fresnes et d'Ivry. Jouy-sous-Thelle, pris et repris, est évidemment le même
château que ce « fort de Joingny séant entre Beauvais et Gisors », dont Tal-
bot fait pendre toute la garnison, après l'avoir enlevé sur son trajet, dans sa
campagne entre Rouen et Paris, en mai 1434. [Monstrelet, éd. Douët d'Arcq,
t. V, p. 91, dans de Beaucourt, Hist. de Charles Vil, t. II, p. 49.) Jouy-sous-
Thelle se trouve, en effet, à peu près exactement à moitié route de Beauvais
à Gisors, à quatre lieues environ de l'un comme de l'autre.
12. Pour les autres lieux forts de ce district, notamment la Villetertre, Chau-
mont-en-Vexin, Trie-Château, voir ci-dessus, aux notes concernant ces places.
4894 48
274 LA GUERRE DE PARTISANS
fait des irréguliers en armes, leur concours ou leur complicité,
cette passagère et extraordinaire réoccupation de Bouconvilliers*,
qu'il faut constater avec surprise dans les premiers mois de 1422^?-
Dans le cours même de l'été suivant, Méru, cependant, s'est rendu;
les débris du parti vaincu ont suivi l'exemple des combattants
de la Neuville-en-Hez ; les épaves de la garnison se sont dis-
persées, et les gens de guerre, de soldats, se sont faits partisans.
Dans le courant de 1424, une compagnie est traquée par la
troupe anglaise de Pontoise dans les bois de Neuvillebosc^, aux
sources de la Troësne. Des gens de Neuvillebosc, d'autres encore,
d' Ybouvillers \ sachant le péril des « brigands », viennent les ravi-
tailler en secret avec des ruses ingénieuses. Des petits engage-
ments ont lieu entre eux et les Anglais de Pontoise, occupés à de
continuelles et stériles sorties contre leurs bandes, qu'ils pour-
chassent en vain sans les pouvoir exterminer ni réduire^.
Dans l'hiver de 1426, une autre compagnie, peut-être la même,
où figurent d'anciens soldats de Méru, est cantonnée dans les
environs de Monneville^, où son installation dans les bois est
présentée comme un fait datant de longue main et de notoriété
1. On a vu (ci-dessus, note sur la place) que Bouconvilliers apparaît aux
mains d'un parti français au commencement de 1422. (Arch. nat., JJ 173,
n° 501.)
2. On a exposé (ci-dessus, note sur la place) les raisons pour lesquelles il
est impossible de croire, vers la même époque, à la rentrée des Français
dans la place de Dangu, évidemment confondue avec Dangeul, place forte du
Maine. A défaut de celte démonstration, comme l'occupation réelle de Bou-
convilliers survient à peu près vers la même époque que le moment attribué
à la i»rétendue occupation de Dangu, on eût été d'autant plus exposé à recon-
naître dans ces deux faits de guerre l'œuvre commune des partisans de la
région, et à tomber ainsi dans une regrettable exagération.
3. « Neuville au Dose. » Neuvillebosc, Oise, cant. de Méru.
4. Ybouvillers, à la croisée des chemins menant de Pontoise à Beauvais et
de Méru à Jouy-en-Thelle, actuellement fraction de la commune de Sainl-Cré-
pin-Ybouvillers (Oise, cant. de Méru).
5. Rémissions pour Jean Ilavcron, journalier, de Neuvillebosc, et Pierre
Molincl, journalier, d'Ybouvillers, pour faits de complicité. Doc. en date d'oc-
tobre, novembre 1425 : faits remontant à dix-huit mois. Arch. nat., JJ 173,
n" 25G, 2G9.
G. « Mongneville », indiqué dans ce document comme distant de trois lieues
de Trie-Château. Ce ne peut être que Monneville, sur la Troësne, à douze kilo-
mètres environ de Trie, au pied d'abruptes collines recouvertes de bois (Oise,
cant. de Cliaumont-en-Vexin, naguères fraction de l'ancienne commune de Mar-
quemont).
DA\S LA HAUTE NORMANDIE. 275
publique. Elle compte de nombreuses intelligences dans le district ;
à Trie-Château*, où d'anciens soldats de Méru, rentrés dans leur
village et revenus au travail de la terre, hébergent et cachent
leurs anciens compagnons d'armes; àMonneville, où les femmes
du pays servent d'espions et circulent sans éveiller défiance pour
porter les messages; au hameau des Groux, vers Liancourt-
Saint-Pierre^ où les cultivateurs de vignes, en lisière des taillis
qui couvrent les pentes, en travaillant à leurs champs, corres-
pondent avec les brigands voisins 2. Le partisan qui paraît leur
chef, Raoulin de Bruneval"^, vient s'attabler dans le bourg de
Trie, chez un de ses anciens compagnons de Méru, et y prépare
l'enlèvement du prévôt de Chaumont, le prochain jour d'audience
où il se rendra de Gisors à son siège pour aller tenir les plaids^.
Rien d'étonnant, par suite, à ce que l'élu des aides de Gisors
1. Trie-Château, où se rejoignent la Troësne et l'Aunette, venue de la forêt
de la Thelle (Oise, cant. de Chaumont-en-Vexin). On a vu (ci-dessus, note sur
la place) que Trie fut occupé par les Français au commencement de 1432.
(Bibl. nat., ms. fr. 26055, n° 1751.)
2. « La ville des Grous près dudit Mongneville. » Le nom de « les Groues »,
« les Groux », est assez fréquemment employé dans ce district, sur divers
terroirs, pour désigner des emplacements en friche. Cette dénomination se
rencontre notamment dans les environs de Monneville et de Marquemont (aujour-
d'hui fraction de la commune actuelle de Monneville), sur le plateau que
limitent jusqu'à Gisors les vallées parallèles de la Troësne et du Réveillon.
(Graves, Précis statistique du canton de Chaumont-en-Vexin, dans Annuaire
du département de l'Oise, 1827, p. 309-311. — Graves, Notice archéologique
sur le département de VOise, dans Annuaire du département de l'Oise, 1856,
p. 129.) La désignation de « la ville des Grous », qui se rencontre dans le pré-
sent texte, ne permet d'identifier ce lieu qu'avec le groupe d'habitations por-
tant le nom de Les Groux, au bord des pentes de la Troësne, entre Monne-
ville et Liancourt-Saint-Pierre, sur le territoire de cette dernière commune
(Oise, cant. de Chaumont-en-Vexin), dans la direction de Trie et de Gisors.
3. « Et de là (de Monneville) s'en ala après ladicte damoiselle (Jeanne de
Ver), laquelle il trouva avec ledit Henry son mari (Henriet Chouart), qui labou-
roit en une sienne vigne assise au terroir de la ville des Grous, près dudit
Mongneville ; lequel Henry laissa sa besongne environ l'anuytiée et mena ledit
Jehan Pierre en son hostel audit Mongneville et de là en un petit bois près
d'ilec où ilz trouvèrent lesdis brigans. » Arch. nat., JJ 173, n° 443.
4. Avec ses compagnons Jean Ladvisé, Robin Hostel, Gautier Fouasse, anciens
soldats de Méru, renseignés par Henriet Chouart, de Monneville, et demoiselle
Jeanne de Ver sa femme.
5. Rémission pour Jean Pierre, cultivateur de Trie-Chàteau, ancien soldat
de Méru, pour faits de complicité. Doc. en date de juin 1426 : faits remon-
tant aux premiers jours du carême (14 février). Arch. nat., JJ 173, n" 443.
276
LA GUERRE DE PARTISANS
demande et obtienne des archers d'escorte pour protéger sa per-
sonne dans ses tournées, « pour les périls des brigands qui ont
esté et sont sur les chemins' ». En effet, le secrétaire de l'arche-
vêque de Rouen et l'archidiacre de Châlons, allant de compagnie
de Rouen vers Paris, se font enlever en route-. L'archevêque de
Rouen, Jean de la Rochetaillée, toujours en mouvement, s'est fait
fortement escorter pour éviter le même sort^. Entre Ecos et la
forêt de Vernon, dans ce même été de 1426, une compagnie hante
les bois et donne fort à faire à la garnison de Vernon. Au hameau
de Goupigny^ elle se fait ravitailler par les cultivateurs, qui
gardent la nuit, en lisière des jeunes tailles^, leurs moissons
raiires contre les dégâts du gibier, et rançonne fortement un
notable du pays qui a aidé les Anglais à les traquer sans relâche^.
De l'autre côté de la Seine, entre Vernon et Mantes, c'est le par-
tisan Pierre Le Bascon, Navarrais d'origine, qui se tient vers
Bréval" et Villiers-en-Désœuvre^. Le château de Rosny^, der-
rière les murs duquel, comme Perrette de la Rivière à la Roche-
Guyon, la veuve de Jean d'Ivry, seigneur du lieu, Ide de Sac-
quenville***, a fait une courageuse défense, les lieux forts voisins
de Blaru' ' et de la Villeneuve-en-Chevrie *^ ont capitulé en février
1. Lettres de garant en date du 30 août 1425. Bibl. nat., ms. fr. 26048,
n' 457.
2. Archives de ia Seine-Inférieure. (De Beaurepaire, Inventaire, G 28.)
3. Ibid. [Id., G 27.)
4. Coupigny, fraction de la commune d'Heubécourt (Eure, cant. d'Écos).
5. « Ou hamel de Coupigny, assiz près des bois et forests dudit lieu ou bail-
liage de Gisors, en un hostel et manoir à lui appartenant. »
6. Rémission pour Jean Mouchet, cultivateur, de Coupigny, « en la paroisse
d'IIaubercourt », pour faits de prétendue complicité. Doc. en date d'août 142G :
faits tout récents. Arch. nat., JJ 173, n" 596.
7. Bréval, sur les plateaux entre la Seine et l'Eure (Seine-et-Oise, cant. de
Bonnières).
8. Villiers-en-Désœuvre, sur les plateaux qui dominent l'Eure (Eure, cant. de
Pacy-sur-Eure).
9. Rosny-sur-Seine, sur la rive gauche de la Seine, un peu au-dessous de
Mantes {Seine-et-Oise, canl. de Mantes).
10. Documents en date de la (in du xv° siècle, dans l'ouvrage de M. l'abbé
Thomas, Rosny-sur-Seine. Paris, Pion, 1889, in-8° de 413 p., p. 23-24 et 73.
11. Blaru, sur un petit alllueat de la Seine, un peu au-dessus de Vernon
(Seiiie-el-Oise, canl. de Bonnières).
12. Les Chroniques de Normandie signalent Rosny, Blaru « et autres » comme
se rendant à celte époque. [Cliron. de Nonn., éd. Heilot, p. 47.) Les Rôles
normands et franiiais mentionnent la Villeneuve-en-Chevrie comme forteresse,
DANS LA HAUTE NORMANDIE. 277
1419, à la suite de la reddition de Vernon* et de Mantes ^ Pierre
Le Bascon, dont le nom et l'origine évoquent d'une façon si pré-
cise le souvenir de ce redouté Le Bascon de Mareuil, autrefois
associé, avec la race des Sacquenville, dans ce pays même, à
toutes les plus coupables entreprises des compagnies navar-
raises à la solde de Charles le Mauvais^, représente seul à pré-
sent dans la contrée, à sa manière, la résistance à l'ennemi natio-
nal "*. Sa compagnie est maîtresse des cantons entre la Seine et
l'Eure; lui-même a galante réputation : les femmes du pays
viennent le trouver au fond des bois et partager sa vie d'aven-
tures ; il est devenu célèbre et tient tout le pays sous sa coupe ^.
Dans un district voisin, entre Vernon etLouviers, en ce même
an 1426, les communications apparaissent comme profondément
troublées. Un commis du receveur de l'archevêché de Rouen se
rendant de Couches à Gaillon est enlevé par les partisans et taxé
avec les deux précédentes, en 1419. — Au moment du soulèvement de 1435-
1436, qui eut un tel contre-coup dans le Vexin, des partis français venus de
Mantes menacent les environs, en décembre 1436, avec l'intention de relever
les défenses ruinées du château, selon la tactique alors en usage. (Briefve Chro-
nique de Saint-Wandrille, dans abbé Thomas, Rosny-sur-Seine, p. 23-24, 73,
95-97 et 271-273.) — Les châteaux de Rosny (appelé dauli ce document Boni),
Blaru, la Villeneuve-en-Chevrie, avec les terres voisines de Rolleboise, Apre-
mont (comm. de Perdreauville), Buchelay (Seine-et-Oise, cant. de Bonnières et
de Mantes), confisquées sur divers membres des familles d'Ivry, de Sacquen-
ville, Mauvoisin, de Trie et de Corneuil, furent donnés à Philip Branch,
futur bailli anglais de Mantes, par lettres de Henry V, en date de Vernon, le
22 avril 1419. [Rôles norm. et franc., n" 449.)
t. La reddition de Vernon a lieu le 3 février 1415. (Ryraer, Fœdera, t. IV,
part. 3, p. 88.)
2. La reddition de Mantes, dont aucun recueil ne donne la date, a lieu le
5 février 1419. (E. Grave et Alph. Durand, la Chronique de Mantes. Mantes,
impr. du Petit- Mantais, 1883, in-8'' de 596 p., p. 270.)
3. Siméon Luce, Hist. de Bertrand du Guesclin, p. 276 et suiv., 298 et suiv.,
435 et suiv. — E. Grave et Alph. Durand, la Chronique de Mantes, p. 234.
4. On ne voit plus mentionner à cette époque les lieux forts de Bréval, de
Rolleboise, de Vétheuil, ce dernier sur la rive droite de la Seine, au-dessous
de Rosny (Seine-et-Oise, cant. de Magny-en-Vexin), si violemment disputés au
temps de la Grande-Compagnie, comme Rosny et Blaru. (Siméon Luce, Hist.
de Bertrand du Guesclin, p. 410, 417-420, 427, 435, et Tableau des lieux forts.)
5. Rémission pour Jean Droulin, cultivateur, de Bréval, pour meurtre de sa
femme Perrette, âgée de dix-sept ans, demeurée un an et demi avec Pierre
Le Bascon, « du pays de Navarre, qui est un brigant et espieur de chemins et
homme de très mauvaise vie et renommée. » Doc. en date de juin 1426 : faits
tout récents. Arch. nat., JJ 173, n° 549.
(
278 LA GUERRE DE PARTISANS '
à six écus d'or ^ Un autre, parti de Louviers, ne peut davantage '
arriver à destination. Quoique bien monté sur un cheval qui vaut
dix livres, il est arrêté en route, retenu captif et rançonné-. Les
geôles de Louviers, où l'on essaye d'enfermer ceux des partisans
qu'on peut saisir, sont d'ailleurs trouées de brèches propices par
où les prisonniers s'évadent à plaisir^.
Mais la forteresse naturelle des partisans, leur terrain préféré
de retraite, reste toujours la grande forêt de Lyons, qui barre
tout le Vexin, de l'Andelle jusque vers l'Epte.
Au début de l'invasion, elle a servi d'abri à un partisan célèbre,
le seul qui ait acquis droit de mention dans les chroniques oflS-
cielles, ce petit boiteux Tabary, routier d'instinct, auquel ne man-
qua peut-être qu'une heure de chance pour fournir la carrière
d'un des grands aventuriers de l'époque'^. Sorti de quelque village
entre l'Oise et l'Epte, Bourguignon passionné, comme toute la
population du pays, il s'est tenu dans la forêt de Lyons, pendant
tout le siège de Rouen et depuis encore, prêtant son concours aux
Bourguignons de Gisors comme aux Armagnacs de Château-
Gaillard, et exterminant tout ce qu'il peut rencontrer d'Anglais.
Ses courses se sont étendues plus tard jusqu'aux bords de l'Oise,
entre Gisors, Pontoise et l'Isle-Adam. Après le drame du pont de
Montereau, quand Anglais et Bourguignons ont cessé de s'entre-
tuer sur les frontières du Vexin et du Bray, il s'est trouvé à
Crépy en Laonnais, en février 1420, au rendez-vous des forces
bourguignonnes, au milieu desquelles il a déjà combattu avec ses
paysans sous les murs de Senlis, et a suivi l'armée de Philippe le
Bon en marche vers Troyes. Au cours de cette campagne,
quelques semaines plus tard, il est tombé mortellement frappé, le
troisième jour de l'assaut de Toucy en Auxerrois^. Deux chro-
1. Archives de la Seine-Inférieure. (De Bcaurepaire, Inventaire, G 585.)
2. Ibid. {Id., G 585.)
3. Ibid. {Id., G 639, 30.)
4. Sur Tabary cl son extraordinaire carrière, «fu'on voudrait pouvoir un jour,
avec quelques autres, retracer plus au long, voir Monstrelet, éd. Douët d'Arcq,
t. III, p. 28-2-283, 376-377, 387 ; — Pierre de Fenin, éd. de M"' Dupont, p. 87-
88, 134; — Livre des trahisons, éd. K. de Lettenhove, p. 140, 154; — Chas-
tellain, éd. K. de Lettenhove, t. I, p. 104, 128. — Malgré lasserlion du savant
éditeur de Chastellain (p. 104, n. 2), aucun texte ne signale en aucun moment
la présence de Tabary à Paris, pas plus que la grande influence qu'il y aurait
exercée sur le parti bourguignon.
5. Toucy, entre l'Yonne et le Loing (Yonne, ch.-l. de canl., arr. d'Auxerre).
DANS LA HADTE NORMA.NDIE. 279
niques ont laissé de pittoresques portraits de ce chef de bandes et
de ses troupes improvisées. « Quarante ou cinquante paysans »,
les peint Monstrelet, « une fois plus, une autre fois moins, armés
et habillés de vieux haubergeons, Jacques vieilles, haches et demi-
lances où il y avait massues au bout, à tout lesquels s'en allaient,
les uns sur méchants chevaux ou juments et les autres à pied,
embùcher es bois où se tenaient les Anglais' »; « là », continue
l'écuyer de fortune qui a rédigé le Livre des trahisons de France,
« où il avait ses gens tout prêts qui leur jouaient de couper gorge,
mais tant étaient grand nombre qu'il n'y paraissait^. »
« Ce vaillant chevalier^ », comme l'appelle, conquis par tant
d'instinct de la guerre, Monstrelet en personne, le chroniqueur
attitré de tous les blasons de Picardie, si dédaigneux d'habitude
pour la « merdaille » paysanne, a laissé dans la région d'anciens
combattants de ses redoutables bandes. On a vu, en octobre 1425,
d'inquiétants rassemblements de partisans se mouvoir entre la
forêt de Lyons et les bois d'Eu, et menacer tout le pays jusqu'à
la lisière de Picardie'^. Cette situation, loin de disparaître, se
maintient avec persistance et continue à alarmer gravement l'oc-
cupation étrangère.
A présent, derrière les hautes collines boisées dont l'Andelle et
la Lieure creusent les fossés, se défend avec énergie une solide
compagnie^. Commandée par un écuyer du pays, Jeannequin de
Villers*^, signalé rebelle dès le début de l'invasion", on la voit
tenir la campagne au moins pendant trois ans, de la tin de 1426
aux derniers mois de 1429.
1. Monstrelet, loc. cit., p. 283.
2. Livre des trahisons, loc. cit., p. 140.
3. Monstrelet, loc. cit., p. 376-377.
4. Voir ci-dessus, au début de ce chapitre.
5. Pour ce qui suit. Rémission pour frère Laurent Anquetil, religieux de
l'abbaye de Mortemer, pour faits de complicité. Doc. en date du 5 juin 1427 :
faits remontant à six mois. Arch. nat., JJ 173, n" 692.
G. On rencontre dans la région : Villers-en-Vexin (cant. d'Étrépagny), Villers
(comm. des Andelys), Villers-sur-le-RouIe (cant. do Gaillon). — Villers-en-Vexin,
entre l'Epie et la forêt de Lyons, serait le plus vraisemblable.
7. Par lettres de Henry V, en date de Vernon, le 12 avril 1419, Thomas Mers-
ton, écuyer anglais, obtient la concession de tous les biens ayant appartenu à
Robert de Villers, écuyer, supposé mort, ainsi qu'à sa femme, et revenant à
Jean de Villers, son fils, et aux frères de celui-ci. {Rôles norm. et franc.,
n" 386.) Fiefs situés en diverses localités dans lesquelles on peut reconnaître :
280 LA GUERRE DE PARTISANS
De cet impénétrable abri, les courses des partisans s'étendent
jusqu'aux portes de Rouen. Entre Fleury-sur-Andelle et la direc-
tion du faubourg de Martainville, dans l'été de 1426, le pays
tremble devant eux. Le nouveau possesseur de la terre de Fran-
queville' doit solliciter un délai^ pour l'aveu et dénombrement de
son ûeP, en considération de ce que « les brigands se tiennent et
conversent de jour en jour à l'entour et à l'environ^ ». A l'autre
extrémité de la forêt, vers le Bray, à la même époque, des enga-
gements ont lieu dans les cimetières d'Argueil^ et de Brémontier^,
à la suite desquels il faut procéder à la purification du terrain
consacré'^. Dans l'hiver de 1426-1427, la compagnie de Jeanne-
quin de Villers livre un combat en forêt ; son chef y est grièvement
blessé, et ses compagnons l'emportent à grand'peine. En retraite
avec son page et une douzaine d'hommes qui ont gardé leurs
armes, il est recueilli auprès de Lyons^, dans la ferme isolée de
Noyers-près-Vesly, Forêt-Ia-Folie, Hennezis, Porfmort, le Buquet (comm. de
Mézières), dans le Vexin (Eure, canl. de Gisors, Écos, les Andelys); Bourg-Beau-
doin, de l'autre côté de l'Andelle (Eure, cant. de Fleury-sur-Andelle).
1. Saint-Pierre-de-Franqueville et Nolre-Dame-de-Franqueville, sur les pla-
teaux entre l'Andelle, la Seine, l'Aubette et le Robec (Seine-Inférieure, cant.
de Boos).
2. Mandement au bailli de Rouen, en date du 2 juillet 1426, accordant délai
à Jean Vins, écuyer, pour l'aveu et dénombrement de sa terre de Franque-
ville. Bibl. nat., ms. fr. 26049, n" 594.
3. Les actes de ce genre, qui deviendront si nombreux, presque de droit
commun, une dizaine d'années plus tard, sont encore rares à celte époque, et
leurs termes doivent être pris, non pas dans un sens de formule, mais dans
celui de leur valeur réelle. Dans un très grand nombre de dossiers des Pièces
originales, où il s'en rencontre tant à partir de 1435, nous croyons n'en avoir
reconnu qu'un seul donnant comme motif un fait de ce genre, pour la période
antérieure à 1429. — Mandement aux baillis de Rouen, Caux et Cotentin, accor-
dant délai à Colin de la Porte, écuyer, « pour ce qu'il n'a encore peu avoir la
vraye congnoissance de ses dictes terres pour les brigans et ennemis du roy
qui souvent sont et conversent sur icelles, » dans un vidimus sous le sceau de
la vicomte de Montivilliers, en date du 14 janvier 1422. Bibl. nat., ms. fr. 26044,
n° 5696.
4. Bibl. nat., ms. fr. 26049, n" 594.
5. Argucil, dans la liante vallée de l'Andelle, entre la forêt de Lyons et celle
de Bray (Seine-Inférieure, arr. de Neufchâtel).
6. Brémonticr, dans un district accidenté de la haute vallée de l'Epte,
acluelleincnl dénommé Bréinonlicr-Merval (Seine-Inférieure, cant. de Gournay).
7. Arch. de la Seine-Inférieure. (De Bcaurepaire, Inventaire, G 251.)
8. Lyons-la-Forél, sur la Lieure, au centre de la région boisée du même
nom (Eure, arr. des Andelys).
DANS LA HAUTE NORMANDIE. 281
la Lande*, par un religieux de l'abbaye voisine de Mortemer^.
On se rappelle le récit de cette scène, où le dévouement de frère
Laurent Anquetil présente, en son genre, un héroïque pen'dant aux
exploits de dom Jean de Guiseville, le moine légendaire de Préaulx^.
Rerais sur pied, en état de combattre encore, Jeannequin de
Villers a repris la campagne. L'an suivant, ces parages sont tou-
jours aussi dangereux et inspirent une sorte de terreur classique.
Dans le cours de cette année 1427, un sergent de la châtellenie
de Lyons, Robinet Le Doyen, est enlevé dans un coup de main
vivement mené. C'est un enfant du pays, Bourguignon militant,
le puîné de trois frères, dont l'un a été capitaine dans les troupes de
Jean Sans-Peur. Lui-mêmevient de rentrerau pays, après quelques
années de campagne, et s'est fait pourvoir de ce poste lucratif.
Prise de choix, il est entraîné bien loin de la région, en lieu sûr,
où se débat sa rançon^. Vers la même époque, à Fleury-sur-
Andelle^ aux Andelys, à Fresne-l' Archevêque S un courrier de
l'archevêque de Rouen est également enlevé en route'. Ceux qu'on
1. « La Lende sur Lions. » Les écarts et hameaux de ce nom abondent dans
la région forestière avoisinante : la Lande, les Landes, les Hautes-Landes, les.
Basses-Landes, le Landel, la Lande-Pellerin, la Lande-Saint-Omer, etc., etc.
Il peut être question de l'écart de la Lande, le plus rapproché de Lyons, sur le
terroir même duquel il est situé, et de Mortemer, à gauche du chemin actuel
de Lyons à la Neuve-Grange. En voici la description : « Un hostel avec plu-
sieurs terres labourables et autres choses, nommé icellui hostel la Lende sur
Lions ; lequel hostel est un hostel plat assis en ladicte forest de Lions, séparé
et loing de toutes autres villes et hostels. »
2. Mortemer, abbaye de l'ordre de Cîteaux, au diocèse de Rouen, aujour-
d'hui ruinée, située sur une des branches de la Lieure, dans une vallée boisée
profondément encaissée, l'une des plus reculées de la forêt de Lyons (Eure,
cant. de Lyons, comm. de Lisors). Les Anglais s'y établissent un instant, en
juillet 1418, après avoir exécuté le passage de la Seine devant Pont-de-l'Arche.
{Monsirelet, éd. Douët d'Arcq, t. III, p. 277.)
3. L'abbé de Mortemer était alors Guillaume d'Autun, en charge depuis
1405, qui quitta la direction de ce monastère pour celle bien plus importante
de Clairvaux, après le 5 mai 1428. {Gall. christ., t. XI, col. 310.) Il eut pour
successeur Guillaume Théroude, l'un des juges de Jeanne d'Arc (De Beaure-
paire. Notes sur les Juges, loc. cit.), qu'il déclara relapse, en se rangeant à
l'avis relativement modéré de Gilles de Duremort, abbé de Fécarap. (Quicherat,
Procès, t. I, p. 463, 465.)
4. Arch. nat., JJ 175, n* 57. Doc. en date du 26 décembre 1431 : faits remon-
tant au courant de l'année 1427.
5. Fleury-sur-Andelle, Eure, ch.-I. de cant., arr. des Andelys.
6. Fresne-l'Archevêque, Eure, cant. des Andelys.
7. Arch. de la Seine-Inférieure. (De Beaurepaire, Inventaire, G 29.)
282 LA GDERRE DE PiRTISAXS
veut faire absolument arriver jusqu'à Paris doivent être escortés
en règle'. Le chancelier du chapitre, devant faire cette même
route à son tour, fait ses conditions pour le voyage et, par acte
officiel, décline toute responsabilité en cas de rencontre ^ L'état
du pays est presque aussi troublé qu'on le verra deux ans plus
tard, quand l'archevêque sera obligé de transférer de Déville à
Rouen même le siège de sa juridiction, par crainte des partisans
qui tiennent la campagne jusques sous les murs de la ville 3. A ce
moment, vers la fin de 1429, à l'époque du grand mouvement
qui ébranle toute la Normandie, à l'heure où le parti français
complote encore une fois de surprendre la capitale anglaise,
Jeannequin de Villers se retrouvera prisonnier dans les cachots
de Rouen, au fond desquels un mystère plane sur sa fîn^.
Plus avant encore dans le Vexin, sous la forteresse de la
Roche-Guyon, se passe vers mai 1428 un singulier fait de guerre^.
Une compagnie française serai -régulière, sortie des places du
pays chartrain, vient tenter un coup de main bizarre aux appro-
ches de l'imprenable rocher. Elle a pour guide un habitant du
village voisin, Sainte-Geneviève-lez-Gasny^, ancien valet de
Guillaume Cailleau, marchand de Paris, revenu depuis peu au
pays. La bande ne compte qu'une dizaine d'hommes, dont un
autre marchand de Paris, Jean Le Chéron, soldat improvisé, en
fuite depuis un an. Mené par son guide, ce parti se dissimule sur
la rive opposée, sous les couverts de la forêt de Moisson, attend
le soir, et, la nuit tombée, attaque résolument les deux embarca-
tions chargées d'Anglais qui se tiennent sur la rivière et gardent
le pied de l'escarpement. Un combat a lieu dans l'obscurité, où
1. Arch. (le la Seine-Inférieure. (De Beaurepaire, Inventaire, G 19.)
2. Ibid. [Id., G 2125.)
3. De Beaurepaire, Recherches sur le Procès.
4. Mandement du bailli de Rouen au vicomte de Rouen, en date du 2 jan-
vier 1430, signalant, à cette date, « Jeannequin de Villers » comme prisonnier
à Rouen. Document faisant partie des Pièces justificatives de cette étude. Bibl.
nat., ms. fr. 26052, n" 1222.
5. Pour ce qui suit. Rémission pour Perrin Musart, commis de marchand,
de Sainte-Gencviève-lez-Gasny, pour faits de participation, relatant l'afl'aire de
la Roche-Guyon. Doc. en date du 31 octobre 1428 : faits remontant aux mois
de mai ou juin. (Cf. Rémission pour Jean Le Chéron, marchand de Paris,
de même date, dans Longnon, Paris sous la domination anglaise, n° 139.)
Arch. nat., JJ 173, n" 253.
6. « Sainte Geneviève. » Sainfe-Geneviève-lez-Gasny, dans la vallée de
l'Epte, derrière la Roche-Guyon (Eure, canl. d'Écos).
DANS LA HADTE NORMANDIE. 283
tombent plusieurs blessés. Le lendemain , le gros de la troupe,
sans être poursuivi, regagne sa garnison après cette pointe aven-
tureuse.
On ne voit pas que les irréguliers de la région aient cette fois
entrepris davantage contre le donjon célèbre, tombé depuis la
conquête aux mains de Guy Le Bouteiller; il faut attendre le
contre-coup du grand soulèvement de 1435 pour que ce comman-
dement du Vexin devienne l'objet de tentatives inquiétantes'.
L'inégal combat, le hasardeux assaut des partisans de 1428,
dont les péripéties sont ici relatées, demeure isolé dans son des-
sein comme dans son exécution. Fait qui vaut toutefois d'être tiré
de l'ombre, trait saillant et expressif de cette guerre sans trêve et
sans merci qui persiste sur toute la surface du territoire envahi,
ingénieuse, infatigable, sans espoir comme sans défaillances.
Contre cette insurrection partout présente, insaisissable dans sa
dispersion même, le gouvernement de la conquête, sur toute la
superficie du pays dont les limites viennent d'être posées, est
obligé d'entretenir constamment sur le pied de guerre une série
de petits corps mobiles, chargés spécialement de battre les routes
et les bois, de traquer les partisans dans leurs retraites et de les
traîner captifs aux centres de justice les plus proches. Dans le
grand carré irrégulier de terrain compris entre Rouen, Vernon,
Gisors et la région d'Eu, ces colonnes volantes, en résidence çà
et là, en bourg ouvert ou en château fermé, circulent sans cesse,
sillonnant la contrée, mais ne s'aventurant guère hors des routes,
dans les enceintes impraticables où se maintiennent leurs adver-
saires. L'ensemble des comptes de la Normandie, pour les trop
rares années où ils se trouvent conservés ^ représente en fait la
mesure comme localisée dans la région et ne s'appliquant pas à
d'autres districts du pays conquis. Dans leCotentin, par exemple,
le Val de Saire^, les alentours de Carentan et de Saint-LôS où
1. Documents en date de 1436 et de 1438, dans Emile Rousse, la Roche-
Guyon, châtelains, château et bourg. Paris, Hachette, 1892, in-l6 de 495 p.,
p. 82.
2. De Beaurepaire, De Vadm. de la Normandie. Comme il a déjà été dit,
ces comptes comprennent l'époque comprise entre novembre 1423 et sep-
tembre 1425, et celle qui s'écoule de septembre 1428 à septembre 1429. L'exis-
tence de la plupart de ces détachements s'y trouve constatée pour la période
qui s'étend du 28 septembre 1428 au 28 septembre 1429.
3. Siméon Luce, Philippe Le Cat, loc. cit.
4. Siméon Luce, Chron. du Mont-Saint-Michel, Pièces justif., t. I, p. 267, n. 1.
284 LA GUERRE DE PARTISANS
des bandes irrêgulières ont si longtemps bravé l'invasion, en
paraissent exempts ; de même aussi, toute la contrée sauvage et
protectrice dont Vire, Mortain, Falaise et Domfront marquent
les angles, terre féconde en partisans résolus, où l'esprit de résis-
tance a conservé des racines toujours prêtes à renaître*. Il faut
estimer que les abords de Rouen se trouvaient autrement mena-
cés. A de certains moments, en effet, on ne compte pas moins de
six corps autonomes comprenant une centaine d'archers, autant
que pour toute la garnison de Rouen, par exemple, en l'an 1425^
ayant chacun leur terrain d'opérations et leur zone de surveil-
lance. De quittance en mandat, on en suit la création, la paye et
le contrôle jusqu'à la grande transposition de 1429, où les forces
neuves qui entrent en jeu les absorbent et les rendent illusoires.
De 1423 à 1425, ne s'en révèle pas encore trace 5. Une sorte
de réserve indépendante existe seulement, sous le commandement
de Thomas Scales, avec charge, à ce qu'il résulte des termes de
sa commission, de renforcer, selon les circonstances, les garni-
sons des places de la Seine entre Rouen et Paris ^ ; un de ses déta-
chements, sous l'écuyerWalterCharleton^ est plus particulière-
ment affecté à la surveillance de la route fluviale aux abords de
Rouent
Mais, dès les premiers mois de 1425, sur la ligne de la Rresle,
il devient nécessaire d'organiser une première compagnie mobile ;
elle a pour commandant l'écuyer Thomas Palmer et opère dans
la direction des frontières de Picardie, entre Aumale et la ville
1. Ibid., /d., n" 19, 24, et t. I, p. 230, n. 1.
2. Sous Robert Willughby, en 1425, la garnison de la place, du château et
du pont de Seine de Rouen compte 90 archers et 20 hommes d'armes. (De
Beaurepaire, loc. cit.)
3. Voir les deux premiers comptes cités ci-dessus. (De Beaurepaire, loc. cit.)
4. Thomas Scales, seigneur de Nucelles, futur grand sénéchal de Normandie,
est retenu avec 20 hommes d'armes et 60 archers, pour six mois, du l""^ no-
vembre 1423 au 1" mai 1424, « capitaine et garde des villes, châteaux et forte-
resses sur la rivière de Saine et à l'environ entre Rouen et Paris. » Quittances
en date du 11 janvier et du 7 septembre 1424. Bibl. nat., ms. fr. 26046, n" 192,
193, 310.
5. Waller Charleton, écuyer, tué à Verneuil, le 17 avril 1424. {Wavrin, éd.
William Hardy, ad. ann. 1424, p. 116.)
0. Walter Charleton, écuyer, est retenu avec 7 hommes d'armes et 21 archers,
pour le mois de février 1424, « pour la garde de la rivière de Seine autour
de Rouen. » Lettres de garant, en date du 30 janvier 1424. Bibl. nat., ms.
fr. 26047, n" 209.
DANS LA HACTE NORMANDIE. 283
d'Eu*. En octobre, à la suite de la démonstration inquiétante des
partisans du Vexin et du Bray, il faut la reconstituer au plus
vite. Raoul Le Sage, sire de Saint-Pierre, commissaire spécial,
muni de pouvoirs à cet effet^, mande à Gamaches Richard Beau,
le capitaine anglais qui commande à Rue, de l'autre côté de la
baie de Somme, et le délègue à la garde du pays^. En même
temps, le bailli de Gaux, Thomas Maistresson ^ reçoit aussi la
direction d'une colonne volante destinée au même objet ^. Les
cadres de la première de ces troupes paraissent avoir persisté ;
on les retrouve presque sans modification, sous différents com-
mandements subalternes, pendant quatre années consécutives^.
De 1426 à 1428, dans les pièces isolées qui représentent seules,
1. Du 13 mars au 13 avril 1425. (De Beaurepaire, loc. cit.)
2. Sur cet événement et ce personnage, voir ci-dessus.
3. Richard Beau, commandant anglais de Rue, est retenu avec une lance et
15 archers, pour six mois, du 25 octobre 1425 au 25 avril 1426, pour servir
« es forests d'Eu, de Lions et autres circonvoisines. » Lettres de garant en
date du 3 novembre 1425. Bibl. nat., ms. fr. 26048, n" 501 ; cf. n" 507.
4. « Jorge Cler », écuyer, est employé, sous sa direction, avec 4 hommes
d'armes et 20 archers, pour dix jours, à partir du 15 octobre 1425, « pour qué-
rir et prendre plusieurs brigans et autres annemis du roi vers Eu, Âumale
et le pays de Viraeu. » Lettres de garant, en date du 15 octobre 1415. Bibl.
nat., ms. fr. 26048, n» 480.
5. Ce « Jorge Cler » paraît pouvoir facilement s'identifler avec un membre
de la race nornaande des barons de Clères (Seine-Inférieure, ch.-l. de cant.,
arr. de Rouen), famille où le prénom de Georges est à cette époque hérédi-
taire (Bibl. nat., Cab. des Titres, P. or., Clère, n" 7 à 21, 24 à 27, 30, 32
à 36, 38 à 40; — Coll. ClairambauU, vol. 31, p. 2415 à 2417, n- 173 à 177).
Serait-ce Georges de Clère, dit Georget, qui semble sortir de minorité au
commencement de 1425 (P. or., Clère, n" 35 et 36), et qu'on semble retrouver
rallié à la cause nationale en 1448, avant la fin de l'occupation étrangère
(Ibid., n" 29)?
6. William Driby, simple lance à cheval, est retenu avec 4 autres hommes
d'armes à cheval et 10 archers, pour six mois, du milieu de septembre 1426
jusqu'au milieu de mars 1427, pour garder les chemins « estans depuis le pais
de Vymeu en la forest d'Eu et environ jusques vers le Neufchastel. » (Lettres
de garant en date du 11 septembre 1426. Arch. nat., K 62, n°' 29 et 29 bis.) —
Guillaume de la Barre, également simple lance à cheval, paraît dans de nom-
breuses montres, avec 11 archers, du 24 octobre 1427 au 25 mai 1428, « lesdis
archiers garnis souffisamment d'ars, trousses, cappelaines et gros pourpoins,
qui tous ont juré faire leur devoir de quérir et prendre les brigans en la forest
d'Eu et environ. » (Montres et quittances comprises entre ces dates : Arch. nat.,
K 62, n" 38», 39 bis, 38&; — Bibl. nat., Cab. des Titres, P. or., de la Barre,
n°' 10, 11; ras. fr. 25768, n» 276; — Arch. nat., K 62, n"" 38 i^ 38*3; k 63,-
n» 1 2.)
286 LA GUERRE DE PAETISAIVS
à défaut de recueil d'ensemble, la comptabilité de cette période,
on constate la création et la permanence d'une autre compagnie
sur un point tout différent. Formée dans le cours de 1426 pour
tenir en sûreté les chemins de terre entre Rouen, Gisors, Dangu
et Vernon, elle réside habituellemeot aux Andelj^s, au pied de
Château-Gaillard, d'où elle rayonne par les routes du Vexin^
William Appilby, qui va commander en chef toute l'artillerie
anglaise, la mène jusqu'à la fin de 1427^.
A cet instant lui succède l'écuyer Thomas Winstringhàm^,
immigré dont les confiscations ont implanté la famille dans le
pays *. En avril suivant, on le voit requis par ordre exprès de faire
bonne garde contre les partisans qui veulent franchir la Seine
vers l'embouchure de l'Eure^, et de surveiller la rivière jour et
nuit, « si diligemment qu'aucun préjudice n'en advienne'^ ». Dans
l'été de 1428, il est encore au même poste et garde toujours
« l'eau de Seine », sous les escarpements de Château-Gaillard'.
Dès le début de la campagne de la Loire et du blocus d'Orléans,
il faut augmenter ces forces devenues trop faibles. A ce moment,
cinq compagnies sont sur pied, de quinze à vingt archers chacune
1. William Appilby, écuyer, est prolongé dans son commandement déjà exis-
tant, avec 16 archers, pour six mois, du 30 janvier au 30 juin 1427, « pour
tenir en seurté le chemin par terre d'entre Mante et Vernon selon la rivière de
Seine, deçà lesdictes villes, à l'encontre des briguans. » Lettres de garant en
date du 30 janvier 1427. Bibl. nat., ms. fr. 26049, n° 679.
2. On le voit porter ce titre à la date du 6 juin 1428. (Bibl. nat., Cab. des
Titres, P. or., Appilbi/, n» 2.)
3. Thomas W'instringham, écuyer, est retenu avec 16 archers, pour six mois,
du 8 décembre 1427 au 8 juin 1428, « pour la garde de la rivière de Seine
entre Rouen et Vernon et des chemins par terre entre ladicte ville de Rouen,
Gisors et Vernon, à rencontre des brigans. » Lettres de garant en date du
8 décembre 1427, visées dans une de ses quittances en date du 6 mars 1428.
Bibl. nal., Cab. des Titres, P. or., Winstringham, n' 2.
4. Par lettres de Henry V, en date de Vernon, le 12 avril 1419, Robert Wins-
tringham, écuyer, reçoit les biens de Léon Boudart, écuyer. (Rôles norm. et
franc., n° 383.) Fiefs dont on peut reconnaître la situation à Verclives et au
Mesnil, vers la vallée de la Lieure (Eure, cant. de Fleury-sur-Andelle, comra.
du Mesnil-Verclivcs).
5. Sur cet événement, voir ci-dessus : Sur la Seine.
6. Bibl. nat., ms. fr. 2G050, n* 893.
7. Il (levait avoir été prolongé de nouveau pour six mois. Quittances de
juin et septembre 1428 « pour la garde des chemins et de l'eaue de Seine
entre Rouen et Vernon ». Bibl. nal., Cab. des Titres, P. or., Winstringham,
n° 3, et coll. Clairambault, vol. 208, p. 9033, n- 16.
DANS LA HAUTE \OKMAXDIE. 287
en moyenne, avec un nombre variable d'hommes d'armes mon-
tés*. Celle des Andelys se dédouble : sous Winstringham, pour le
Vexin normand, entre Gisors, Dangu, Rouen ^; sous l'écuyer
Richard Brinkley ^, pour le Vexin français, entre Saint-Glair-sur-
Epte, Chaumont-en- Vexin et Pontoise^.
Dans le Bray, d'autres colonnes opèrent, l'une entre Arques et
la ville d'Eu, sous l'écuyer Maykyn Saclier°, en 1429^, sous
Guillaume delà Barre''', toujours au même poste; l'autre entre
1. L'existence de ces cinq compagnies est sommairement mentionnée dans
les comptes de 1424-1429. (De Beaurepaire, loc. cit.)
2. Montre d'armes, une lance et 16 archers, à Gisors, le 12 février 1429,
« pour tenir en seurté les chemins par terre d'entre Rouen, Gisors et Dangu ».
Bibl. nat., ms. fr. 2576, n" 348.
3. On trouve dans les armées anglaises, en ce temps, portant le nom de
Brinkley, deux personnages diflérents, semble-t-il. L'un, John Brinkley, écuyer,
longtemps lieutenant du commandant de Caen, engagé pour le siège d'Orléans
(L. Jarry, le Compte de l'armée anglaise, art. 54), qui paraît n'avoir occupé
de postes qu'en basse Normandie. L'autre, dont on ne voit pas le prénom, se
tient dans le comté d'Eu : en 1431, il est capitaine de Monchaux (Arch. nat.,
JJ 175, n" 40); en 1432, encore (Monstrelet, éd. Douët d'Arcq, t. V, p. 35); en
1434, il commande à Eu (Ibid., p. 93-94; cf. Arch. nat., JJ 175, n" 276). Il est
vraisemblable que ce dernier est le même que Richard Brinkley, écuyer, qu'on
rencontre ici, en Vexin et sur les routes du Bray, en 1428 et 1429.
4. Montre d'armes, une lance et 18 archers, sur les champs entre Gisors et
Dangu, le 2 octobre 1428, « pour extirpper les brigans et autres noz ennemis
estans et fréquentans de jour en jour en plusieurs lieux es parties de Norman-
die et environs, iceulx prendre et amener à justice... pour estre à Chaumont
en Veulquesin, Sainl-Cler et environ. » Bibl. nat., ms. fr. 25768, n' 301 ; cf.
n" 304.
5. Ce personnage, dont le nom est souvent reproduit sous des formes
diverses, « messire Sachère » (Boucher de Molandon et de Beaucorps, V Armée
anglaise, Pièces justif., n" 86), « Mayequin Fleschier » (De Beaurepaire, De
l'Administration de la Normandie), se trouve inscrit sous les formes : « Mes-
quin Sachere » (Bibl. nat., ms. fr. 25768, n" 407, cité dans l'Armée anglaise,
loc. cit.), et « Maiequin Chassiere » (Arch. nat., K 62, n" 182*). Un capitaine
anglais du même prénom, Maykyn of Langworth, figure à plusieurs reprises
parmi les assiégeants du Mont-Saint-Michel. (Siméon Luce, Chron. du Mont-
Saint-Michel.) — Maykyn Sacher commandait, en février 1426, la petite place
d'Hibouville (Seine-Inférieure, cant. et comm. d'Envermeu), près d'Arqués, et
y passait en revue l'escorte du bailli de Caux. (Arch. nat., K 62, 18'-*.)
G. Montre d'armes, une lance et 16 archers, à Rouen, le 1" août 1429, « pour
la garde des chemins et quérir les brigands en la forest d'Eu et ou païs d'en-
viron. » Boucher de Molandon et de Beaucorps, l'Armée anglaise, chap. y,
part. I, et Pièces justif., n" 86.
7. De Beaurepaire, loc. cit.
288 LA GUERRE DE PARTISANS
Gournay, Gaillefontaine S Neufchâtel, la forêt d'Eavy, sous
William Lynos^, régulier anglais qui revient du siège de
Guise 3. Enfin, depuis trois ans, pour escorter les marchands
qui se rendent au Landit^ une petite division de quatre lances
et vingt-six archers court à cheval du pays de Caux jusqu'à
l'Oise. Le bailli de Caux en a eu quelque temps la charge^.
Dans l'été de 1429^, elle est conduite par un Français du pays
passé depuis longtemps au parti de la conquête, Guillaume de
Gaillarbois^ connu sous le nom de Perce vaP, qu'on trouvera l'an
1. Gaillefontaine, aux sources de la Béthune, entre Neufchâtel et Gournay
(Seine-Inférieure, cant. de Forges-les-Eaux).
2. William Lynos, écuyer, est retenu, avec 16 archers à cheval, pour un an,
du 16 septembre 1428 au 28 septembre 1429, « pour tenir en sûreté les che-
mins de la forest d'Yomville (Eavy) et les chemins tendans vers Gournay on
tirant vers le chemin d'Amiens. » (Lettres de retenue en date du 16 septembre
1428. Bibl. nat., ms. fr. 26051, n" 945.) — Montre d'armes du même, le l^"" dé-
cembre 1428, « pour tenir en seurté le pays es parties de Gueillefontaines. b (Bibl.
nat., ms. fr. 25768, n'SlO.) — Quittances et montres d'armes du même, de jan-
vier et juin 1429. (Bibl. nat., ms. fr. 25768, n'-SSO, 331; Boucher de Molandon
et de Beaucorps, l'Armée anglaise, loc. cit., et Pièces justif., n° 85; Bibl. nat.,
ms. fr. 25768, n° 398.) — Montre d'armes et mandement de taxation relatif au
même, en 1429, « pour tenir en seureté les chemins devant le Neufchastel et
Gournay et extirper les brigans qui y fréquentent ». (Catalogue des livres et
documents historiques de la bibliothèque de M. de Courcellts. Paris, 1834, p. 95.)
3. William Lynos ligure au siège de Guise, qui dure d'avril à septembre 1424.
(Stevenson, Letters and papers illustrative of the wars of the English in
France during the reigns of Henry VI, t. II, part. 2, p, 395.) En 1432, on le
retrouve encore dans les mêmes parages du Vexin. (Bibl. nat., ms. fr. 26055,
n" 1769.)
4. La foire célèbre du Landit s'ouvrait le 11 juin, dans la plaine Saint-Denis.
5. Thomas Maistresson, bailli de Caux, est retenu, avec une lance et 12 ar-
chers à cheval, le 31 mars 1426, « pour la garde des chemins du Lendit. »
Lettres de retenue, en date du 31 mars 1426, visées dans un mandement de
taxation en date du 1" juin 1426. Bibl. nat., Cab. des Titres, P. or., Maistres-
son, n' 7.
6. Montre d'armes de Perceval de Gaillarbois, 4 lances et 26 archers, le
2 aoiit 1429, rapprochée d'une mention des comptes de 1424-1429. De Beaure-
paire, loc. cit.; Bibl. nat., ms. fr. 257G8, n» 408.
7. « Gaillarbos, Gaillardbosc. » Gaillarbois, vers la vallée de la Lieure, actuel-
lement dénommé Gaillarbois-Cressenville (Eure, cant. de Fleury-sur-Andelie).
8. Par lettres de Henry V, en date de Rouen, le 4 avril 1420, Guillaume de
Gaillarbois, dit Perceval, reçoit les biens d'Hémon de Falaise, dans la vicomte
de Falaise. (Koles norm. et franc., n' 802.) Jacques de Gaillarbois, signataire
de la capitulation de Château- Gaillard, est confirmé dans la possession de ses
biens, en 1420. {Ibid., n» 776.) Robert de Gaillarbois est l'objet d'une mesure
DiNS LA HAUTE NORMANDIE. 28i)
suivant sur la flottille anglaise armée pour la reprise de Château-
Gaillard*.
C'est par des mesures de cet ordre, insuffisants palliatifs à l'état
d'esprit dont les profondes racines tiennent au sol même, que le
gouvernement de l'occupation cherche à remédier au mal, dont
la ténacité vivace est bien faite pour le surprendre autant que
pour l'irriter. Mais, en dépit des postes et des colonnes, des exé-
cutions et des battues, l'esprit de combat persiste, sur ce coin de
terre, avec une singulière outrance. Même à l'heure triomphale
de la domination étrangère, les derniers insurgés du Vexin ne
désarment pas. Ils conduisent toujours la lutte sans témoins,
ignorée des chroniqueurs officiels, à laquelle ils ont voué leur
désespoir, obscure et morne, sourde et féroce, sans scrupules
comme sans faiblesses, aussi furieuse que patiente.
Les partisans et les lignes françaises.
Toutes ces précautions demeurent cependant vaines contre un
état général dont les indices multipliés se révèlent sur tant
de points à la fois. Les compagnies de partisans, les rassemble-
ments d'irréguliers, en bataille de tous les jours avec les gar-
nisons ou les colonnes anglaises, du pays d'Auge au pays de
Bray, ne font pas seulement la guerre de buissons sur leur propre
terrain. Entre les « brigands » de Normandie et la lisière chan-
geante des dernières places françaises, il existe en effet, malgré
la distance et les dangers, un incroyable jeu de communications,
d'allées et venues réciproques, d'intelligence et de coopération
occultes.
Une autre partie de cet aperçu fera connaître tout ce que l'in-
génieuse hardiesse d'un groupe de Rouennais saura hasarder de
plans fondés sur ces transmissions secrètes. Il suffit de constater
pour l'instant que, de la Picardie à la Loire, du Pays Chartrain
à la mer, les partisans circulent, isolés ou par groupes, des pri-
sonniers s'expédient sous escorte, des messages vont et viennent,
toute une organisation latente agit et se manifeste, en dépit de
l'occupation étrangère, de ses fonctionnaires et de ses soldats.
analogue en 1419. {Ibid., n" 420.) En 1430, Jacques de Gaiilarbois, écuyer,
frère de Perceval, passe pour deux ans au parti français. (Arch. nat., JJ 175,
n« 160.)
1. Cette curieuse opération de guerre fera l'objet d'une prochaine étude.
-1894 \9
290 LA GUERRE DE PARTISANS
Comment admettre, par exemple, qu'il n'y ait ni complicité ni
participation des partisans du Yexin dans l'enlèvement du châ-
teau de Gaillon en avril 1 424 ?
Gaillon, à peu de distance de la rive normande de la Seine,
entre Vernon etLouviers, est surpris et escaladé, le 16 avril, par
les débris de la garnison française qui vient de capituler dans
Compiègne * .
Compiègne, anglo-bourguignon depuis l'été de 1422, a été
« pris d'eschielle » par une troupe française agile et hardiment
commandée^, le matin du 2 janvier 1424, entre huit et neuf
heures, sous un de ces brouillards opaques et glacés qui viennent
murer la vallée de l'Oise. Pendant huit semaines, ce petit corps a
pu tenir contre toutes les forces anglaises et bourguignonnes,
appuyées par les gens des communes d'alentour, puis a dû enfin
capituler à terme, avec promesse de rendre la place dans le délai
d'un mois 3. Au mardi 4 avril, les Français n'ont certainement
pas encore évacué Compiègne^. Treize jours après, le dimanche
des Rameaux, 16 avril, à l'heure de la grand'messe, le parti
chassé de Compiègne entre d'assaut dans le château de Gaillon ^
1. Sur Gaillon, voir ci-dessous, Annexe 1.
2. Un certain nombre de chroniques mentionnent, vers cette époque, l'oc-
cupation passagère de Compiègne par un parti français. La date exacte, les
détails de l'heure et du temps régnant sont donnés par la seule Chronique
dite des Cordeliers. (Bibl. nat., ms. fr. 23018, fol. 447.)
3. Sur ce siège de Compiègne, conduit en chef, successivement par le sire de
risle-Adam avec les bandes indisciplinables des communes des environs, puis
par Philippe de Saveuse avec des contingents anglais, voir Livre des trahisons,
éd. K. de Lettenhove, p. 176; — Monstrelet, éd. Douët d'Arcq, t. IV, p. 174
et suiv.; — Pierre de Fenin, éd. de M"° Dupont, p. 210; — Chronique dite
des Cordeliers, Bibi. nat., ms. fr. 23018, fol. 447.
4. Au moins, à ce jour, des lettres de rémission, en date du 4 avril 1424,
sont-elles octroyées aux habitants de Compiègne, en faisant allusion au traité de
capitulation conclu avec les capitaines français « estans présentement en nostre
ville de Compiengne ». Arch. nat., JJ 172, n" 448.
5. La date exacte de la surprise de Gaillon est donnée par Pierre Cochon :
ff Et, en che temps, le jour de Pasques Hories (Pilques, le 23 avril 1424),
pristrent les Franchois le chaslel de Gaillon. » {Pierre Cochon, éd. de Beau-
repaire, p. 293.) L'heure, indi(|uée par la petite Chronique Rouennaise, publiée
à la suite du texte de Pierre Cochon : « Dimence de Pasques flories, à heure
de la grant messe. » [Chronique Rouennaise, loc. cit., p. 348.) Le nMe joué
par la garnison expulsée de Compiègne, quelques jours plus lot, dans l'exéculion
de ce coup de main, est signalé par la seule Chronique dite des Cordeliers:
« El quant il s'en furent partis (de Compiègne), il allèrent prendre de fait le
DANS LA HAUTE NORMANDIE. 29^
Il a dû traverser tout le bas du Beauvaisis, errer dans la Thelle
et le Yexin, passer forcément la Seine, comment, par quels
moyens, sinon grâce au dévouement des irréguliers qui tiennent
le pays, savent les passages et les canots cachés sous les berges * ?
Ainsi secondée, la compagnie de Compiègne est entrée dans Gail-
lon, pointe audacieuse s'il en fut, qui la jette en pleine Norman-
die anglaise, comme un coin menaçant-.
Isolés de la sorte, exposés sans retraite, le fossé de la Seine
derrière eux, les Français de Gaillon ne s'en tiennent pas à cet
exploit. Devant leurs sorties et leurs courses, toutes les places en
bordure du fleuve, Pont-de-l' Arche dans la direction de Rouen,
Vernon, Mantes, Meulan, Poissy, sur la route de Paris, sont
obligés de se garder et de se clore ^ Vers les derniers jours d'avril,
au retour d'une course heureuse dirigée sur Louviers, ils sont
attaqués par la garnison anglaise, sortie précipitamment, en
désordre, pour reprendre le bétail des gens de la ville, qu'ils ont
capturé dans les prés, sous les remparts, et qu'ils entraînent
vivement. Le capitaine anglais Godfrey Hatton ^ tombe dans une
embuscade et se fait prendre avec presque tous ses gens^ Quelques
jours durant, Louviers est dégarni, objet de convoitise et d'espé-
rance ouverte^. Le chef de bandes Pierre LeBigourdais, dans le voi-
sinage, tient les bois de Saint-Dizier, de la Saussaye, entre Elbeuf
et Louviers ; il a dans Louviers des intelligences à l'épreuve de tous
les risques'. Trace d'aucun essai de complot ne se révèle cepen-
chastel de Gaillon sur Saine sans nulle deffense. » (Bibl. nat., ms. fr. 23018,
fol. 447.)
1. Sur les conjectures touchant ce point de passage, voir ci-dessus : Sur la
Seine.
2. Sur la communication hâtive de la nouvelle de la surprise de Louviers,
voir de Beaurepaire, De l'Administraiion de la Normandie, p. 45-46, et Bibl.
nat., ms. fr. 4485, fol. 400, 402-403.
3. Ordre expédié à la date du 20 avril. (Bibl. nat., ms. fr. 4485, fol. 403-404.)
4. Sur Godfrey Hatton, voir l'Annexe 1.
5. Le fait est relaté dans l'étude de M. de Beaurepaire {De l'Administration
de la Normandie, p. 45-46), d'après le compte dont le détail est cité ci-après.
La date exacte se place en tout cas après le 18 avril, où Hatton est encore
cité en fonctions et délivre comme tel des quittances (Bibl. nat., ms. fr. 4485,
fol. 211), et un ou deux jours avant le 30 avril, où, après reçu de la nouvelle,
les premiers renforts sont expédiés de Rouen à Louviers. (Ibid., fol. 429-430.)
6. « Et par ce ladicte ville demeurée sans capitaine ne gens d'armes, qui
povoit estre la perdicion d'icelle. » (Ibid., fol. 429-430.)
7. Sur Pierre Le Bigourdais, voir ci-dessus : Sur la Seine.
292 LA GUERRE DE PARTISA>fS
dant. Dès le 30 avril, Louviers, gardé quelques jours par ses
seuls habitants, est muni d'un petit poste provisoire*, et, le 9 mai,
le nouveau commandant de place, l'anglo-gascon Guillotin de
Lansac^, garde l'enceinte contre toute surprise^. Le lendemain,
c'est le réduit de Gaillon qui se trouve investi à son tour^ Cette
poignée d'hommes résolus y tient encore deux mois, jusqu'au
8 juillet ^ obstinée dans sa défense, isolée et perdue en pays
ennemi, sans faiblesse comme sans espoir de survivre''.
Sur une foule d'autres points du territoire conquis, dans les dis-
tricts où se meuvent les compagnies de partisans, on peut signaler
des faits d'intelligence secrète, de circulation continue, entre les
groupes de combattants indigènes et les troupes régulières des
places frontières, des tnarches, dont la ligne oscille selon l'heure
et le temps, mais où se maintiennent encore les débris des armées
nationales.
Vers les frontières du pays de Bray , à Fontenay ', près de Ger-
beroy, où l'on a vu les partisans fortement établis en 1424, une
compagnie communique avec le château d'Ivry^, réoccupé
naguères par un parti gascon-français, commandé par Géraud
de la Pallière, et dont le siège, comme on sait, devient l'oc-
casion du choc de VerneuiP. Dans les rangs de la garnison
de fortune qui tient la place, il se trouve des partisans du pays
de Gaux, un journalier de Goderville*^ échoué dans la contrée",
1. Bibl. nat., ms. fr. 4485, fol. 429-430, le 30 avril; fol. 403, le 2 mai.
2. Sur Guillotin de Lansac, voir Y Annexe 1.
3. Bibl. nat., ms. fr. 4485, fol. 212.
4. Cette date du 10 mai résulte de l'analyse donnée par M. de Beaurepaire
(De l'Administration de la Normandie, p. 45-46).
5. La date exacte de la reprise de Gaillon est donnée par Pierre Cochon :
« Et le tindrent jusques o viii" jour de jullct CCCC X.XIIII ensuiant, qu'i le
rendirent audit régent, et se mistrenl en sa grâce et merchy. b {Pierre Cochon,
éd. de Beaurepaire, p. 293.)
6. La Chronique dite des Cordeliers, dans sa sécheresse, est naïvement élo-
quente sur ce point. Il ne faut pas oublier que la garnison était composée de
réguliers de l'armée nationale française : « Fu Gaillon reprin de Françoix et
d'Engloix (d'Anglo-Courguignons), et furent tous mis à l'espée ceulx de dedens
en grand nombre. » (Bibl. nat., ms. fr. 23018, fol. 448 v°.)
7. Fontenay-Torcy, Oise, cant. de Songeons.
8. Ivry-la-Bataille, Eure, cant. de Saint-André.
9. Sur les circonstances de la reprise d'Ivry, voir ci-dessous, Annexe 4.
10. Goderville, Seine-Inférieure, ch.-I. de cant., arr. du Havre.
11. « Voyant aussi que audit lieu de Goderville, qui n'est que un simple vil-
DANS LA HAUTE NORMANDIE, 293
d'irrégulier passé soldat, qui retourne ensuite à son labour et au
travail de la terre, dans son village ruiné par l'invasion ^ Les par-
tisans des bois de Fontenay, malgré la distance et l'isolement,
savent l'enlèvement d'Ivry par Géraud de la Pallière. Ils ont avec
eux un prisonnier dont on espère une rançon de choix. Pour s'as-
surer la conservation de ce précieux captif, on l'expédie en sûreté
jusqu'au château qui marque le point le plus avancé des postes
français. De Gerberoy à Ivry, des sources du Thérain jusqu'à la
vallée de l'Eure, la troupe qui l'escorte fait ainsi au moins une
trentaine de Heues de pays, à couvert, d'abri en abri, jusqu'à la
place fameuse, dont l'escalade a jeté un tel désarroi dans le camp des
envahisseurs, qui vient de repousser un premier siège et qui défie
la Normandie 2.
Dans le pays d'Auge, pendant la préparation du grand effort
de 1424, en avril, Robert de Carrouges a passé sans encombre,
suivi de quelques hommes à lui, de Fontaine-la-Soret^, aux envi-
rons de Serquigny, jusqu'à Montfarville^ à l'extrémité du Coten-
tin, d'où il est reparti pour gagner par Carrouges^ la lisière dis-
putée du Perche et les places françaises du Maine ^. C'est sur le
même point que se dirige son compagnon d'armes, Guillaume de
Brèvedent, qui vers la même époque manœuvre avec sa compa-
gnie autour de Lisieux. Du pays entre Touques etDives, du Tor-
quesne'^, où il a conduit sa dernière opération, il passe jusqu'au
Mans, emmenant avec lui un prisonnier de marque et livrant
combat tout le long de la route aux Anglais qui le j^oursuivent^
lage et où il n'y a que xii raesnages ou environ, il ne povoit bonnement ne
seurement demourer. »
1. Rémission pour Robin Desioges, journalier, de Goderville. Doc. en date
d'août 1425 : faits remontant à deux ans. Arcb. nat., JJ 178, n» 218.
2. Rémission pour Guillot Molain, dit Bourgain, de Fontenay, caution de
Willemot de la Fontaine, lequel avait été emmené prisonnier à Ivry et taxé à
deux cents écus d'or. Doc. en date de novembre 1424 : faits remontant à un an.
Arch. nat., JJ 173, n" 50.
3. Fontaines-la-Sorel, Eure, cant. de Beaumont-le-Roger.
4. Montfarville, Manche, cant. de Quettehou.
5. Carrouges, Orne, ch.-l. de cant., arr. d'Alençon.
6. Rémissions pour Jean Lemonnier, clerc de procureur, de Serquigny ; Jean
Lebret, maréchal-ferrant, de Carsix, pour faits de participation. Doc. en date de
novembre 1424 : faits remontant à Pâques (23 avril), puis au temps compris
entre la Trinité et la Saint-Jean (18-24 juin). Arch. nat., JJ 173, n" 18, 30.
7. Le Torquesne, Calvados, cant. de Blangy.
8. Rémissions pour Guillaume Dunel et Pierre Dunel, cultivateurs, du Tor-
294 LA GDERRE DE PARTISANS
Leur tradition survit. C'est un de leurs émules, ce bâtard de
Douville\ prisonnier à la Ferté-Fresnel en septembre 1436, qu'on
envoie sous escorte jusqu'aux geôles de Lisieux, et « par lequel
pourraient être connues », dit la quittance qui mentionne le fait, i
« plusieurs trahisons et ventes faites aux brigands par plusieurs I
personnes, leurs réconforteurs^ ». Un de leurs héritiers encore,
cet intrépide Le Borgne de Nocé^ le redoutable chef de partisans
dont les incursions jettent la terreur de Pont-Audemer jusqu'à
Caen. Capturé en 1438 par l'écuyer "William Herdson, sa rançon
se marchande jusqu'à trois mille saluts d'or, une fortune de sol-
dat. Mais la hache du bourreau termine à Lisieux sa carrière
aventureuse ^ qui force l'admiration de ses ennemis et lui con-
quiert une légende^.
De semblables exemples de cheminements secrets, de transports
de troupes invisibles à de longues et périlleuses distances, se pro-
duisent et se multiplient vers l'heure même où va se livrer le choc
décisif de Verneuil.
Dans le pays virois, les partisans de la forêt l'Evêque^ sont
en communication avec les garnisons françaises du Parc-l'Evêque,
près d'Avranches, et de Mausson, à l'extrémité du Maine".
quesne, pour faits de participation. Doc. en date de mai 142G : faits remon-
tant à deux ans. Arch. nat., JJ 173, n" 520.
1. Douville, Calvados, cant. de Dozulé.
2. Quittance des frais de voyage du messager ayant porté l'ordre de transfert,
délivrée par le vicomte d'Auge, en date du 25 septembre 143G. Bibl. nat., ms.
fr. 26061, n° 2941.
3. Noce, Orne, ch.-l. de cant., arr. de Morlagne.
4. Lettres de Henri VI, en date du 13 décembre 1438, accordant à William
Herdson, écuyer, 600 livres tournois en compensation de la rançon, non touchée
par lui, de son prisonnier, « Le Borgne de Nossey », jugé et exécuté à Lisieux
par ordre supérieur du grand séiiéclial de Normandie, « lequel estoit homme
de grant entrcprinsc et couraige et qui très souvent venoit et se tenoit k grant
compaignie de gens en plusieurs parties de nostre pais de Normendie et mes-
mcment es vicontcz d'Auge, d'Orbcc, de Pont-Audemer, Caen, Falaise ctArgcn-
then. » Bibl. nat., ms. fr. 2G0G5, n" 3647.
5. L'existence et le rolc du b;Uard de Douville et du Borgne de Noce en 1436
et 1438 viennent d'être récemment signalés dans une étude de M. le vicomte
Louis Bioult de Neuville, parue au cours de l'impression de ce travail. {De la
résistance à l'occupation anglaise dans le pays de Lisieux de 1424 à 1444,
p. 16 et 21. — Bulletin de la Société des Ant. de Normandie, t. .\VI, 1893.)
6. La fonU rÉv<^([ue, dont la superdcie actuelle ne parait pas très étendue,
est située à droite de la Soulcuvrc, alllucnl de la Vire, en bordure de la roule
d'Avranches à Caen jtar Villedieu et Villers-Bocage.
7. Pour les faits qui suivent, rémission pour Colin Le Vaillant, écuyer, de
DANS LA DAUTE NORMANDIE. 295
Le Parc* est cette résidence fortifiée des évêques d'Avranches,
sur le chemin d'Avranches à Villedieu, que les comptes de Nor-
mandie mentionnent pendant une certaine période comme régu-
lièrement armée, et qu'on ne voit pas sans surprise, à ce moment
même, entre les mains d'un parti français 2. Mausson^est cette
forteresse, sentinelle perdue des dernières places du Maine, près
du point de trisection des frontières normandes, bretonnes et
raancelles, qui marquera bientôt le dernier jalon du territoire
national^. Elle se plante au coin le plus avancé de la chaîne de
lieux forts : Montaudin^ la Gravelle^ et Craon', qui garderont
toujours, tout contre les marches de Bretagne, une mince bande
de terre française, même au fort de l'invasion du Maine^, et dont
elle fixe ainsi l'échelon extrême et le plus aventuré. C'est par
cette étroite lisière, long chemin couvert abrité du côté breton,
que les hardis commandants des dernières places du Loir et de
la Sarthe filent avec leur cavalerie vers la basse marche de Nor-
mandie, comme on le constate si souvent depuis 1428, pour
mener ces courses aventureuses, ces raids étonnants d'audace
poussés jusque sous les murs d'Avranches et de Saint-Lô^. Maus-
Ferrière - Hareng , pour faits de complicité. Doc. en date de mars 1425 :
faits remontant à l'époque de la bataille de Verneuil (17 août 1424). Arch. nat.,
JJ 173, n» 115.
1. Le Parc-I'Évêque, sur le territoire de Sainte-Pience (Manche, cant. de la
Haye-Pesnel).
2. Sur le Parc-l'Évêque, voir ci-dessous, Annexe 3.
3. Mausson, sur la Futaie, branche occidentale de l'Airon, affluent de la
Sélune, très près de la lisière de Bretagne, marquée par la Glaine, branche
orientale de l'Airon, et de celle de Normandie, marquée par un cours d'eau,
affluent de l'Airon, qui passe près de l'abbaye fortifiée de Savigny, théâtre
d'importants faits de guerre en 1434. Le lieu où s'élevait Mausson, encore dési-
gné sur les cartes de Cassini, est actuellement compris dans le territoire com-
munal de Landivy (Mayenne, ch.-l. de cant., arr. de Mayenne). Voir Léon Maître,
Dictionnaire topographique du département de la Mayenne.
4. Sur Mausson, voir Annexe 3.
5. Montaudin, un peu plus au sud, sur la route de Laval par Ercée (Mayenne,
cant. de Landivy).
6. La Gravelle, le lieu de la rencontre célèbre du 26 septembre 1423 (Mayenne,
cant. de Loiron).
7. Craon, sur l'Oudon (Mayenne, ch.-l. de cant., arr. de Château-Gonlier).
8. Sur ces trois places, voir Annexe 3.
9. Ch. Le Breton, l'Avranchin pendant la guerre de Cent ans, ch. ix
[Mém. de la Soc. des Ant. de Normandie, t. XXX, 1880). — Annexe 3, ci-
dessous, pour la reprise du Parc. — Siméon Luce, Cfiron. du Mont-Saint-
296 LA GUERRE DE PARTISANS
son, en 1424, est occupé par une garnison entreprenante. Une
centaine d'hommes, détachés de la place et de celle du Parc, se
trouvent en août, au moment de l'anxieuse attente de la rencontre
qui se prépare sur la lisière du Perche, rassemblés avec les par-
tisans dans la forêt l'Évêque, exposés en pleine Normandie entre
les deux villes fortes de Vire et de Bayeux^ On les voit concer-
ter avec les irréguliers du pays l'escalade prochaine de l'abbaye
de Torigny^, sur le chemin de Saint-Lô^ Ils ont avec eux des
échelles de siège et se font renseigner par un vieux gentilhomme
du pays, du village voisin de Ferrière-Hareng^ sur les nouvelles
Michel, t. I, p. 272, n. 1, et Pièces justif., a" 94, 95, 175, 205. - Arch. nat.,
JJ 173, n» 695.
1. « ... Ainsi que sa demeure soit et habite en pays et contrée de bois et
forests, comme à la forest l'Évesque et autres bois de la viconté de Bayeux,
csquelz bois les brigands et nos ennemis ont fréquenté souventes fois,... et tant
que nagaires, environ le temps que la bataille fut falote à Verneuil,... vlndrent à
son hostel, de nuyt, plusieurs brigans et nos ennemis lesquels par contralncle
le menèrent de fait en un bois assez près de sa maison, ouquel avolt de lx à
iiii'^'^ hommes armez des forteresses du Parc et de Mauson nos adversaires, et,
luy ylec arrivé,... le firent jurer qu'il dlroit vérité en lui demandant s'il savoit
aucune chose de nouvel, qui leur dit qu'il avolt oy dire que nosdis ennemis
avoient esté desconfiz à Vernuel, dont ils furent très courrouciez. Et après ce
sciournerent longuement esdls bois,... et le contraignirent à leur montrer le
chemin et les mener à Thorigny et tout de nuyt... » Arch. nat., JJ 173, n' 115.
2. Torigny-sur-Vire, aux deux tiers environ de la route de Vire à Salnt-Lô
(Manche, ch.-l. de cant., arr. de Saint-Lô).
3. Torigny, qui en 1417 avait donné lieu à un siège (Arch. nat., JJ 173, n» 71),
est mentionné comme armé en octobre 1419. (Rôles nonn. et franc., n" 675,
1359.) On voit la place munie d'une garnison française en septembre 1433.
{Chron. du Mont-Haint-Michel, t. II, n" 144.) En 1437, un parti français entré
par l'Avranchin enlève les halles fortifiées de la ville. (Ibid., n° 202.) Il y avait
d'ailleurs de nombreux partisans dans la région, à cette époque même. (Bibl.
nat., ms. fr. 26063, n" 3326.) Lors de la reconquête, Torigny capitule entre le
15 et le 29 septembre 1449. (Chron. du Mont-Saint-Michel, éd. Slméon Luce,
t. I, p. 49) — La terre de Torigny, confisquée sur Olivier de Mauny, avait
été concédée, par lettres du 5 mai 1418, ;\ John Popham, premier bailli anglais
de Caen. (Rôles norm. et franc., n°' 132, cf. n" 804.) — L'abbaye bénédictine
de Torigny, au diocèse de Bayeux, était alors gouvernée par l'abbé Nicolas,
qu'on voit en charge en 1415 ft en 1451, et sur la vie duquel on ne semble
guère connaître de détails. (Gall. christ., t. XI, col. 456-458.) — Torigny est sur
le chemin de Vire à Saint-Gilles, le célèbre pèlerinage voisin de Salnt-Lô
(Manche, cant. de Marigny), fréquenté, comme l'on sait, par Olivier Bassclin,
Jeun Uoschicr et les patriotes du Val-dc-Vire, comme un moyen d'incessantes
relations avec la foule. C'est cette particularité qui a engagé à réunir ces notes
incomplètes sur ce lieu.
4. Ferrière-IIareng, Calvados, cant. de Bény-Bocage.
DANS LA HAUTE NORMAiNDIE. 297
de l'armée. Des fuyards ont appris que le grand choc est déjà
commencé, que la bataille qui se livre à vingt-cinq lieues de là
est engagée à fond. Mais nul n'en sait encore l'issue, et, fiévreu-
sement, soldats et partisans en attendent le résultat, qui va vio-
lemment annuler leurs plans et leur espoir.
On se souvient de l'heureux coup de main risqué par la gar-
nison française de Dreux, en 1421, contre l'abbaye fortifiée du
Bec-Hellouin. Deux ans auparavant, l'enlèvement de Saint-Mar-
tin-le-Gaillard, dans le pays de Caux, dû à quelque parti sorti
des lisières de la Picardie et du pays de Bray, avait donné
l'exemple. Le chef-d'œuvre du genre aurait été certainement,
s'il fallait adopter la version acquise, le projet de marche ima-
giné sur Dangu par les capitaines manceaux, à la fin de 1424.
S'il faut désormais rayer de la réalité cette entreprise, pourtant
digne de leur courage, la course en Normandie, dirigée en août
1422 par Jean d'Harcourt, comte d'Aumale, parti des alentours du
Mans, n'en reste pas moins le type de ces entreprises audacieuses,
où des corps de cavalerie régulière, passant par les forêts et les
chemins détournés, s'appuient sur les partisans qui les guident et
grossissent leur masse au passage. Les frontières du Maine et le
Pays Chartrain ofirent sous ce rapport une réserve inépuisable
d'initiatives aventureuses ^
La compagnie de Jean Havage, qui hante en 1425 les bois
entre Laigle et Verneuil, vers Dampierre-sur-Avre ^ dispose de
moyens suffisants pour faire parvenir jusqu'à Fécamp un message
de reconnaissance, peut-être un signe conventionnel, au chirur-
gien de campagne qui a guéri son chef blessé dans un combat^.
Bien plus avant encore en Normandie, la même année, Pierre
LeBigourdais, le redoutable compagnon de guerre qui tient depuis
sept ans les bois de Saint-Didier'*, près d'EIbeuf, relâché après cap-
ture et courant en liberté la campagne, fait aller et venir des émis-
saires de Louviers à Vendôme. Dans Vendôme, à plus de trente
lieues du pays ennemi, le chef de bandes entretient des relations
avec les Français de la place^. 11 en reçoit des communications,
1. On ne revient pas ici sur ces faits, qui ont été exposés ci-dessus.
2. Danipierre-sur-Avre, Eure-et-Loir, cant. de Brezolles.
3. Rémission pour Chardot Honfroy, cliirurgien-barbier, de Breteuii, pour faits
de complicité. Doc. en date de juillet 1425 : faits remontant à Pâques (8 avril).
Arch. nat., JJ 173, n° 201.
4. Saint-Didicr-des-Bois, Eure, cant. d'Amfrevillc-la-Campagne.
5. Vendôme, avec Châteaudun, plus avant encore dans la vallée du Loir,
298 LA GDERRE DE PARTISANS
des signaux, de l'argent, qui lui parviennent jusque dans sa
demeura toujours ville française. Quelques Parisiens y entretenaient néanmoins
des relations. (Arch. nat., JJ 173, n' 575.) — Vendôme avait été l'objet d'une
démonstration inquiétante de la part de Henry V en personne vers la fln d'août
1421, après la chute de Dreux (Vallet de Virivilie, Hist. de Charles VII, t. I,
p. 275-276), et depuis avait vu reparaître, en 1422, une armée anglaise comman-
dée par le comte de Salisbury. (Geste des nobles, éd. V. de Virivilie, p. 190.)
Coupée d'Orléans par la perle de Marcheuoir, forteresse enlevée par les Anglo-
Bourguignons à la fin de 1423 (voir ci-dessous), la place de Vendôme n'était pas
encore, à cette époque de 1425, menacée de front par la perte de la Chartre-sur-
Loir, de Saint-Calais et de Savigny-sur-Braye, conquis par l'armée anglaise du
Maine seulement dans l'hiver de 1425-1426 {Raoulet, éd. V. de Virivilie, t. III,
p. 190 ; Grafton's Chronicle, éd. Ellis, Londres, 1809, t. I, p. 559), ni presque
complètement cernée, comme elle le fut depuis la prise de Montdoubleau, effec-
tuée en septembre 1426 par l'armée anglaise du Vendômois, encore conduite
par Salisbury. (Documents cités par M. de Beaucourt, Hist, de Charles VII,
t. II, p. 24, n. 6.) — A ce moment, pendant un an (1426-1427), Vendôme ne
communiquait plus qu'avec Châteaudun, qui, par les bicoques de Beauce, con-
servait encore sa route libre vers Orléans et la ligne de la Loire. C'est en mai
1427 que se prononça la plus sérieuse menace dirigée contre la place. L'armée
anglaise des comtes de Warwick et de Suffolk, qui vint, comme on sait, assié-
ger en vain Montargis, était en effet destinée à opérer auparavant contre Ven-
dôme. Mais les colonnes d'invasion ne semblent pas s'être montrées en vue et
paraissent avoir été directement dirigées de Verneuil, où avait lieu leur con-
centration, sur Montargis et le Câlinais, où elles devaient être si rudement mal-
traitées. La date du 26 mai, souvent assignée comme correspondant au siège mis
devant Vendôme (Longnon, les Limites de la France, p. 42 ; — de Beaucourt,
IHst. de Charles VU, t. II, p. 27; — L. Jarry, le Compte de l'armée anglaise,
ch. v), ne peut s'appliquer qu'à l'ordre de préparation d'un convoi, concentré
à Évreux et expédié ensuite jusqu'à Verneuil seulement, lieu qu'il ne dépasse
pas. En tout cas, on ne peut conclure que celte démonstration ait amené une
occupation même temporaire de Vendôme par les forces anglaises. (Voir sur la
préparation de ce siège de Vendôme le très exact chapitre de l'élude récente de
M"' Amicie de Villaret, Campagnes des Anglais dans VOrléanais, la Beauce
chartraine et le Gâtinais (1421-1428). Orléans, 1893, p. 7-8, 10-16, 22-23, et
Pièces justif., n°' 1 et 4.) — En juillet 1427, les abords de la place de Vendôme
étaient d'ailleurs entièrement nettoyés, et la garnison française, sous Renaud-
Guilhcm de Vignolcs, l'un des frères de La Ilire, opérait librement des courses
contre les Anglais de la Charlre-sur-Loir. (Abbé Bourrasse, les Miracles de
Madayne sainte Katherine de Fierboijs en Touraine, p. 11-14.) La réoccupation
passagère de Marchenoir par les Français (voir ci-dessous), et la reprise, qui
parait définitive, de Montdoubleau, o|)ôr6es toutes deux dans les derniers jours
d'août ou l(ïs premiers de septembre (Documents cités par M. de Beaucourt,
Hist. de Charles VII, t. II, p. 291, n. 2), assurent alors pour quelque temps le
dégagement de Vendôme. — A la suite de la campagne préparatoire au siège
d'Orléans, menée par Salisbury dans l'été de 1428, Vendôme se trouve plus
élroilement pressé que jamais par suite de la perte nouvelle de Marchenoir,
DiNS LA HADTE NORMANDIE. 299
retraite, presque à la vue des remparts convoités de Rouen*.
De la forêt de Lyons , de cette région légendaire qui sert de
forteresse naturelle aux partisans du Yexin, les compagnies
solides et bien armées qui s'y maintiennent, avec l'énergie dont on
a saisi tant de preuves sur le fait, communiquent avec les places
françaises des bords de la Loire. Dans le cours de l'an 1427, l'un
de ces groupes d'irréguliers a mis la main sur un prisonnier de
marque. C'est un sergent de la châtellenie de Lyons S Robinet Le
Doyen, dont la capture a été relatée en son lieu. Sorte d'otage
fructueux et productif, dont Pierre Le Bigourdais gardait aussi
précieusement un représentant dans les bois d'entre Louviers et
Elbeuf, comme garantie de sa tête mise à prix 3. Les Vexinois,
comme leurs compagnons du pays de Bray, qu'on vient de voir
convoyer leurs captifs, en 1424, jusqu'au château d'Ivry, tiennent
à préserver soigneusement ce dépôt, qui vaut une fortune. C'est
à Beaugency^ sur la Loire, à cinquante lieues des bois qui leur
servent d'abri, que les partisans expédient le sergent de la châ-
tellenie de Lyons. Par quelles étapes, par quels chemins couverts
gagnent-ils ainsi cette place du val de Loire qui va bientôt tom-
ber aux mains des assiégeants d'Orléans^? Il serait aventuré de
conquise avant le 21 septembre (voir ci-dessous), et de la chute de Beaugency
le 25 septembre (voir ci-dessous). Deux petites places situées entre Vendôme et
Châteaudun, Montigny-le-Ganelon, sur le Loir, et la Ferté-Villeneuil, sur l'Aigre
(Eure-et-Loir, cant. de Cloyes), encore occupées pair des combattants français,
sont même enlevées, à cette époque, par des colonnes de l'armée de Salisbury,
avant le 5 septembre. (Jules Delpit, Documents français en Angleterre, p. 236-
237, rectifié dans Longnon, les Limites de la France, p. 44, n. 1.) Vendôme et
Châteaudun sont alors entièrement cernés jusqu'aux événements de mai 1429,
qui libèrent définitivement ces deux capitales positions.
1. Rémission pour Guillaume Ravenier, cultivateur, de Louviers, pour faits de
complicité. Doc. en date de février 1426 : faits remontant à la rai-novembre. Arch.
nat., JJ 173, n" 355.
2. Lyons-la-Forét, Eure, ch.-l. de cant., arr. des Andelys.
3. Voir ci-dessus : Sur la Seine.
4. Beaugency, Loiret, ch.-l. de cant., arr. d'Orléans.
5. Beaugency, menacé, ou même occupé quelque temps par Henri V après la
prise de Dreux, en septembre 1421, et redevenu français immédiatement après
(Vallet de Virivillc, Hist. de Charles VU, t. I, p. 276), capitule le 25 septembre
1428 entre les mains de Salisbury. (Extrait d'un registre des minutes de Michel
de Berry, à la suite de Chartier, éd. V. de Viriville, t. III, p. 208-209.) La ville
redevient fran(;aise dans la matinée du 18 juin 1429, quelques heures avant la
rencontre de Pafay. (Wallon, Jeanne d'Arc, t. I, p. 201, et de Beaucourl, Hist.
de Charles VII, t. II, p. 220.)
300 LA GUERRE DE PARTISANS
vouloir le préjuger^ : le fait, indéniable dans sa réalité, rencontré
au hasard d'une allusion dans un texte désintéressé, sans nulle
prétention de chronique, n'en subsiste pas moins avec toutes
ses conséquences et dans toute sa portée ^
Un regard encore sur l'origine du rassemblement de partisans
qui prononce sur la Roche-Guyon^, en mai 1428, l'attaque
désespérée dont on a suivi le récit. Ce petit parti, ainsi aventuré
au pied de l'inaccessible réduit, a pour guide, on s'en souvient,
un habitant du pays, un Parisien, ancien commis de marchand
rentré dans son village natal, à Sainte-Geneviève-lez-Gasny,
dans la vallée de l'Epte, sur le revers des pentes qui portent
la forteresse^.
Or, la troupe qu'il pilote jusqu'à la berge de la Seine, sous
les escarpements du donjon, sort de la place de Nogent-le-Roi,
dans la moyenne vallée de l'Eure, entre Dreux et Chartres. Ce
point précieux du passage de l'Eure a été enlevé, l'automne pré-
1. A partir des derniers jours d'août ou des premiers jours de septembre
1427, la réoccupatioii passagère de Marcheiioir, place située entre Beaugency et
Vendôme (Loir-cl-Clier, ch.-l. de cant., arr. de Blois), enlevée par les Français
au moment de la délivrance de Monlargis {Geste des nobles, éd. V. de Viriville,
p. 202 ; date exacte dans de Beaucourt, Uist. de Charles Vil, t. II, p. 29, a' 2),
dégage considérablement les approches de Beaugency vers le Dunois et le Pays
Chartrain. — Marchenoir, commandé par Pierre de Téligny et Jean Roseilles,
avait été conquis pour la première fois par les Anglais dans les dernières
semaines de 1423. {Fragment relatif aux dommages causes par les Bourgiù-
gnons sur les terres du duc d'Orléans en 1422 et 1423, à la suite de la Chron.
de la Pucelle, éd. V. de Viriville, p. 473. — Cf. Arch, nat., JJ 173, n»' 69,
132 : la place anglo-bourguignonne en janvier-avril 1425, sous le commandement
de Jean des Mazis, personnage marquant du parti bourguignon dans la région
chartraine; cf. aussi fragment cité, p. 472, la place encore anglaise en avril
1426.) — Marchenoir, après avoir été réoccupé quelques mois par les Français
en 1427-1428, comme on vient de le voir, fut repris par Salisbury dans sa cam-
pagne d'ai)proche d'Orléans à la lin de l'été de 1428, un peu avant Beaugency,
et au moins à la date du 21 septembre. {Chron. de la Pucelle, éd. V. de Vi-
riville, p. 258, et L. Jarry, le Compte de l'armée anglaise, ch. v, p. 82.) — La
place redevient définitivement française en juin 1429, quelques jours après la
rencontre du 18 à Patay. {Chron. de la Pucelle, p. 309.)
2. Rémission pour Robinet Le Doyen, natif de la forêt de Lyons, sergent de
la chiltellenic de Lyons, emmené prisonnier A Beaugency on 1427, puis délivré
moyennant rançon. Doc. en date du 2G décembre 1431 : faits remontant à l'an-
née 1427. Arch. nat., JJ 175, n" 57.
3. La Roclie-Guyon, sur la rive droite de la Seine, au sommet de la longue boucle
qui s'étend entre Mantes et Vcrnon (Scine-ct-Oise, cant. de Magny-cn-Vexin).
4. Sainte-Geneviève-lez-Gasny, Eure, cant. d'Ecos.
DANS LA HAUTE NORMANDIE. 301
cèdent, dans le retour éphémère de fortune qui a suivi le dèblo-
quement de Montargis, par le Français Gèraud de la Pallière,
l'ancien « eschielleur » d'Ivry, coureur consommé des marches
de Beauce. Nogent-le-Roi* vient de tomber entre ses mains,
avec Châteauneuf-en-Thimerais^ de l'autre côté de l'Eure, sur
la route de Verneuil, avec, bien plus avant vers le sud de Paris,
Rochefort-en- Yveline ^ Bretencourt^ et très probablement Ram-
bouillet ^, dans ce fugitif et décevant rappel de chance que marque
l'automne de 1427, à l'heure du succès sans lendemain remporté
devant les fossés de Montargis ^.
De Nogent-le-Roi jusqu'à la Roche-Guyon, l'entreprenante
compagnie se dissimule pendant plus de quinze lieues. Elle fait
route par les plateaux déserts que raye la Vesgre, par les bois de
Villiers-en-Désœuvre' et de BrévaP : c'est le pays où règne
Pierre Le Bascon, le partisan qu'on a vu à l'œuvre dans ce dis-
trict peu gardé^. Un des hommes déterminés qui la composent,
partisan d'occasion, marchand à Paris de son métier, sort de la
garnison de Montpipeau*", bicoque orléanaise voisine de Beau-
1. Nogent-le-Roi, Eure-et-Loir, ch.-I. de caat., arr. de Dreux.
2. Ciiàteauneuf-en-Thimerais, au centre du petit pays de ce nom, lisière étroite
entre les vallées parallèles de l'Avre et du haut cours de l'Eure (Eure-et-Loir,
ch.-l. de cant., arr. de Dreux).
3. Rochefort-en-Yveline, sur l'une des rivières qui vont courir à l'Orge, dans
la région de la forêt de Rambouillet (Seine-et-Oise, cant. de Dourdan).
4. La place nommée « Béthencourt, Berthencourt, » dans les deux seules chro-
niques qui la mentionnent {Geste des nobles, Chron. de la Pucelle, éd. V. de
Yiriville, p. 202 et 256), « Brutecourt » dans la lettre de Salisbury à la commune
de Londres (Delpit, Documents français en Angleterre, p. 237), et restée long-
temps inconnue, est en réalité Bretencourt, aux sources de l'Orge, à la naissance
du plateau de Beauce (actuellement fraction de la comm. de Saint-Martin-de-
Bretencourt, Seine-et-Oise, cant. de Dourdan). Cette identification a été déter-
minée d'une façon détinitive par M. Longnon [les Limites de la France, p. 43
et 44). Bretencourt se trouve ainsi, bien plus avant que Rochefort-en-Yveline,
la plus exposée des positions occupées à cet instant par les forces françaises.
5. Rambouillet se trouve en somme entre Nogent-le-Roi et Rochefort-en-
Yveline, à cinq lieues à peine de la ligne de lEure, occupée, comme il est
hors de doute, par Géraud de la Pallière.
6. Sur ces cinq places, Nogent, Chàteauneuf, Rochefort, Bretencourt et Ram-
bouillet, voir ci-dessous, Annexe 5.
7. Villiers-en-Désœuvre, Eure, cant. de Pacy-sur-Eure.
8. Bréval, Seine-et-Oise, cant. de Bonnières.
9. Voir ci-dessus : le Vexin.
10. Le château de Montpipeau, non loin de la Mauve, petit affluent de droite
de la Loire, au-dessous d'Orléans (Loiret, cant. de Meung, comm. d'Huisseau-
sur-Mauve).
302 LA GUERRE DE PARTISANS
gency*. La surprise reste sans effet, comme on sait. Mais trois
compagnons de guerre, le marchand parisien, le guide et un sol-
dat gascon, au lieu de battre en retraite vers leur point de départ,
continuent leur marche en avant. Ils réussissent à passer la Seine,
abordent sous la falaise abrupte en surplomb de la rivière, tra-
versent en armes tout le Vexin, toute la Picardie, atteignent les
Flandres. L'un d'entre eux, au moins, parti du val de la Loire,
va gagner pour un temps la protection lointaine du sûr asile de
Bruges 2.
Vers la même époque, les partisans qui hantent la lisière du
Perche, entre Verneuil et Châteauneuf-en-Thimerais, imaginent
un audacieux projet, qui rappelle étrangement tel épisode de plus
modernes guerres, dont un des conteurs les plus puissants et les
plus originaux de notre temps a gravé dans toute mémoire l'épique
et incomparable récit ^.
Il ne s'agit de rien moins que de l'enlèvement des prisonniers
français de la prison de Verneuil S plan concerté entre deux chefs
de bandes des alentours et une cinquantaine d'hommes appelés
d'une garnison voisine, très probablement Chàteauneuf, pendant
la courte occupation de cette forteresse qui vient d'être signalée^
1. Montpipeau, français jusque-là, capitule devant Salisbury, au cours de la
campagne d'été de 1429. [Chron. de la Pucelle, éd. V. de Viriville, p. 257.)
2. Rémissions pour Jean Le Chéron, marchand de Paris, ayant pris du service
dans la troupe française, et Perrin Musart, commis de marchand, de Sainte-
Geneviève-lez-Gasny, partisan. Doc. en date d'octobre 1428 : faits remontant au
mois de mai ou juin. Longnon, Paris sous la domination anglaise, n" 139, et
Arch. nat., JJ 173, n" 253.
3. Sans rechercher en rien, au cours de cette étude, de trop faciles compa-
raisons, il est impossible de ne pas être vivement frappé des analogies que
présente cet épisode, — l'échec final à part, — avec l'événement qui a servi de
fonds à l'une des œuvres les plus saisissantes de la littérature contemporaine.
Tous les caractères d'indiscutable vérité historique du récit de Barbey d'Aure-
villy, la réalité de la double attaque de la prison d'Avranches, puis de la pri-
son de Coutances, par les seize compagnons de Jacques Destouches de la Fres-
naye, le 11 janvier 1799, ont été définitivement établis, en dernier ressort,
par M. de la Sicotière, dans sa magistrale étude sur les Insurrections nor-
mandes (t. II, liv. 6, p. 251-258).
4. Une curieuse description de la prison de Verneuil et de ses défenses à
cette époque est donnée dans un texte qui relate une évasion individuelle,
accomplie sans secours extérieur, quoique temps auparavant. (Abbé Bourrasse,
les Miracles de M"" sainte Katherine de Fierboys, p. 7-8.)
5. Tous les détails qui suivent sont scrupuleusement extraits des lettres de
rémission délivrées à l'une des complices, Jeanne, femme de Godefroy Deles-
pine, Agée de trente-cinq ans, de Verneuil. Doc. en date du 17 janvier 1429 :
DANS LA HAUTE NORMANDIE. 303
Verneuil est alors commandé par John Falstafff, l'intrépide
meneur d'hommes, le conducteur éprouvé de tant de campagnes,
le chef de guerre aussi vaillant qu'avisé, dont une légende sans
source a si étrangement dénaturé la figure, la plus martiale, avec
celle de Talbot son rival, que puisse alors faire surgir l'Angle-
terre.
Présent ou absent, Falstaff a dû mettre sa marque sur l'orga-
nisation du service de garde, et le château, sous sa responsabilité,
ne peut être demeuré qu'en mains sûres ^ Cependant, un complot
s'ourdit, de concert entre quelques habitants de Verneuil et les
partisans d'alentour, que n'effrayent ni les dangers ni les risques.
L'époque en paraît malheureusement difficile à préciser, mais
semble néanmoins se rapporter au milieu de l'an 1428, à l'instant
où les places de la Beauce et de l'Orléanais sont toutes intactes,
où les forteresses éparses, enlevées l'été précédent sur les lisières
du Perche et du pays chartrain, se trouvent encore aux mains
du parti français 3.
Une aventure passionnelle a provoqué la périlleuse entreprise.
La « chambrière » du geôlier anglais de Verneuil, Jeanne Dela-
mare, Normande des environs immédiats de Rouen ^ aimait
aucune allusion à l'époque récente ou ancienne des faits. Arch. nat., JJ 174,
n° 262.
1. Falstaff ne se rencontre avec certitude absolue, comme capitaine de Ver-
neuil, qu'à partir du terme du 28 septembre 1428 (De Beaurepaire, De l'admi-
nistration de la Normandie), fonctions qu'il cumule du reste, au moins pen-
dant un an, avec celles de commandant de Honfleur et d'Alençon, (Ibid.) Mais
rien n'empêche (il existe, comme on sait, une lacune dans les comptes de Nor-
mandie entre septembre 1425 et septembre 1428) qu'il n'exerçât le comman-
dement de Verneuil depuis une époque antérieure. Il devait occuper encore
cette charge au 28 novembre 1429. (Bibl. nat., ms. fr. 26052, n» 1134.)
2. Il n'a pas été possible de retrouver l'identité du lieutenant qu'on voit en
charge à la date de cet événement.
3. Le document qui sert de base à ce récit, daté, comme on vient de le voir,
du 17 janvier 1429, ne contient aucune de ces indications, généralement cou-
rantes dans les pièces de cette nature, qui puisse aider à attribuer une époque
aux faits qu'il contient. L'intervention des habitants de Chàteauneuf, qui
semble avoir procuré, au moins en partie, les cinquante hommes nécessaires à
l'entreprise, porterait à croire que l'événement se produisit vers la période
qu'on croit pouvoir ici lui assigner. Sur les prises et reprises de Chàteauneuf,
voir ci-dessus, et Annexe 5.
4. « Saint-Martin-des-Autels », lieu que le document signale comme tout
voisin de Rouen. Serait-ce Saint-Martin-du- Vivier, sur le Robec (Seine-Infé-
rieure, cant. de Darnétal)?
304 LA GUERRE DE PARTISANS
un des prisonniers français captifs au château, le soldat gascon
Bertran, avec lequel ses fonctions au service du porte-clefs lui
facilitaient sans doute plus d'une entrevue dérobée. Songeant à le
faire évader, et les autres avec lui, elle s'en ouvre à deux femmes
mariées deVerneuil, Agnès Le Prévost et Jeanne Delespine, toutes
deux de plus ou moins galant renom, chacune pourvue d'un
amant, et disposées à la comprendre. Des chefs de partisans
rôdent aux alentours : Martin Dubosc et son compagnon Frisot.
On va leur parler au bois. On s'entend aussi avec des gens de
Châteauneuf-en-Thimerais, avec la femme de Jean Trayneau,
habitant de la place. Sans qu'on puisse reconnaître s'il s'agit de
partisans ou de réguliers, on convient avec Dubosc et Frisot de
grouper cinquante ou soixante hommes, qui au jour dit se tien-
dront aux abords du château, prêts à tout, l'œil et l'oreille au
guet, tandis que la chambrière, avec les clefs surprises à son
maître, aura fait évader les captifs.
Un bavardage de femme fait manquer ce premier projet. Agnès
Le Prévost ayant laissé échapper quelques imprudents propos,
le lieutenant de Falstaff, qui en reçoit avis, retire à Tliomas Près-
tout, le trop confiant geôlier, la garde des clefs, condition pre-
mière de tout le complot, anéanti par ce brusque éveil d'un soup-
çon imprévu.
Sans se décourager, les affidés remanient immédiatement leur
plan. La petite troupe se retrouve et se compte à nouveau. Une
attaque de vive force, qui n'effraie pas cette poignée d'hommes
résolus, est décidée contre l'enceinte. Une embuscade doit se tapir
près de la chaussée : au premier matin, vers l'heure des allées et
venues habituelles du personnel servant du château, on attaquera
le pont et tentera d'enlever les captifs. Pour signal, un sifflement
convenu, un appel sonore envoyé dans le creux des mains ' , légen-
daire et traditionnel ralliement, qui depuis, presque sur le même
sol, a baptisé d'autres sanglants combats^.
1. Le texte porte que les affldés aux aguets comptaient, pour signal : « sif-
fler en la paume ». 11 n'est pas besoin d'insister sur le très curieux rapproche-
ment que ce fait autorise ;\ exécuter, pour la première fois à ce qu'il semble.
2. La question du surnom générique, historiquement acquis aux insurgés de
l'Ouest pendant les guerres de la Révolution, a été définitivement traitée par
M. de la Sicotière, toc. cit., t. II, liv. 10, p. 578-579, et dans l'étude du regretté
Victor Dudiemin, publiée par M. Robert Triger, les Premiers troubles dans la
Mayenne, cliap. vi, p. 190-193 {Revue historique et archéologique du Maine,
l. XXll et XXIII, années 1887, 2° semestre, et 1888, 1" semestre).
DANS LA HAUTE NORMANDIE. 305
Là encore le courage aventureux des conjurés vint échouer
contre quelque hasard. On n'en voit pas davantage sur cette
entreprise de Verneuil, qui se présentée l'histoire avec on ne sait
quoi d'original et d'émouvant dans le détail qui fait un instant
oublier la dure férocité de cette guerre sans quartier. On revient
vite aux visions plus sombres avec l'évocation du supplice de
Jeanne Delamare, arrêtée sur le soupçon de son rôle et qui paya
de sa vie sa vaillance et sa tendresse. Condamnée à mort, elle ne
put guère périr, selon le droit commun, autrement qu'enfouie
toute vive, au pied de ce gibet de Verneuil, où, par une posthume
et sauvage représaille des vainqueurs, s'était naguère balancé,
quatre ans auparavant, le lendemain de la suprême défaite fran-
çaise, le cadavre dépecé du dernier vicomte de Narbonne.
Telles sont les traces qui aient pu être relevées de l'entente des
insurgés en armes avec les derniers débris des armées régulières.
Le rôle de ces obscurs, simples et tenaces combattants de l'indé-
pendance ne peut s'en trouver qu'élargi, transformé, ennobli,
haussé jusqu'à la conception du sentiment national le plus pur et
le plus vrai.
Faits isolés sans doute, et n'impliquant, par eux-mêmes, ni
régularité ni permanence de ces relations hasardeuses entre régu-
liers et partisans. Leur examen n'en mérite ni moins d'attention,
ni moins d'intérêt. De leur apparente dispersion, de leurs mani-
festations d'abord déconcertantes, se dégage une impression, qui
persiste, d' œuvre commune et d'occulte coopération, toujours
prêtes à s'affirmer, entre les deux éléments de la défense du sol.
Ces combattants indigènes, sans forteresses et sans abris, qui
courent la campagne et les bois, qui s'y dispersent et s'y refor-
ment, ces dernières compagnies de l'armée, à peine mieux enca-
drées elles-mêmes, qui défendent encore les enceintes démantelées
et croulantes des frontières intérieures, se pénètrent mutuellement,
communiquent, savent se chercher et se rejoindre. L'esprit natio-
nal s'entretient à ce contact, et, quand le grand événement que
porte en elle la prodigieuse année 1429 va fondre toutes ces éner-
gies éparses dans une irrésistible poussée d'espérance, la secousse
les trouvera prêtes à l'action, familières du sacrifice, entraînées
au mépris de la mort, à la jouissance du péril, à la haine de
l'étranger.
Germain Lefèvre-Pontalis.
XH-CX
^894 20
QUESTIONS MÉROVINGIENNES
VII.
LES ACTES DES ÉVÊQUES DU MANS.
APPENDICE.
Les documents copiés par M. Julien Havet et destinés à figurer dans
l'Appendice (Bibl. de l'Éc. des ch., 1893, p. 601) n'étaient pas matériel-
lement préparés pour l'impression. Ils ne portaient pas de numéros
d'ordre : ceux d'entre eux qui forment le présent article sont ceux
dont il avait fait la critique dans la partie rédigée de son travail, et ils
sont rangés ici dans l'ordre où il en a parlé. Les variantes des diverses
sources avaient été indiquées par lui au moyen d'une disposition inter-
linéaire ; elles sont réduites ici à la forme d'un apparat critique, avec
renvois par des lettrines ; le choix à faire entre elles est rarement indi-
qué dans les copies de l'auteur, et il a fallu interpréter son silence, au
risque de ne pas rencontrer toujours son opinion. — Les portions de
texte que l'auteur considérait comme apocryphes ou suspectes sont en
italiques : voir p. 33.
[CHARTE DE L'ÉVÊQUE DOMNOLE.]
572 mart. 0 domin.
[Voir Bibl. de l'Éc. des ch., 1893, p. 634 et suiv., 1894, p. 6.]
Gesta Aldrici, p. 22. [{A.)]
Cod. 224, fol. 32 in Actis Domnoli (orthographica non euro). (C.)
Ibid., fol. 89 m Actis Aldrici. (B.)
Domino venerabili vcclesit,- Cenomannicc clero Domnoius episcopus.
Gon^ruum nobis fuit ul volum desidcrabile in caritalis veslrç noti-
vu. — LES ACTES DES ÉVÊQDES DD MAXS. 307
ciam poneremus, quia si consensus vester desiderium cordis noslri
décréta» adneclerlt* credimus nullius ullo umquam terapore contra-
rietate a nobis pariter firmata posse convelli. Gum pro salulem'^ populi
vel cuslodiara'^ civitalis reliquias domini« ac venerabilis sancti Vin-
centii martiris intercedente presumpUone ausi fuerimus déferre cum
Dei adjutorio, vel/' vestro eidem loco^ dignitatis ereximus in culmine,
ita petimus ut nostro'' pariter ditetur et munere, et si sensus' vester
in nosi contulerit clarilatem, banc paginolam donationes^' vestro que-
sumus ut firmetur robore'^"'. Dono^ ergo in»* ipsius domni Vincentii
honorem" donatumque esse volumus villa'' cognominante^ Tri-
cione*?, quem'" Abundantius^ quondara visus est tenuisse, per loca
designata, de confluentes-* usque Brivas^*' defluit in [Vijdua'*" usque^'
termino'^ Proliacense-^'y, subjungenteadse adjacentia Saturniacinse^-,
Inde per via** Saturniacinse* pervenit ad Wacta<^ usque Campo<^
Daulfo«, deinde ad/ broialo Censurio usque ad domum Mère, inde
adf^ carapum^ Locogiacinse*' pervenit ad ipso-^ Tricione^-, cum id
quicquid Mallaricus diaconus noster terapore vitç suç usu fructuario
possidere videtur, cum agris, pratis, pascuis, silvis, aquis aqua-
rumve decursibus, cum mancipiis his nominibus, Leudomado^ cum
uxore"* nomine Leudomalla et infantulum", Litomeri, Leudulfo^,
i. Tresson (Sarthe), sur l'Étangsort, affluent de la Veuve.
2. Brives (Sarthe, communes de Courdemanche et de Saiat-Pierre-du-Lorouër),
au confluent de l'Étangsort et de la Veuve.
3. L'Étangsort, cours d'eau qui passe à Tresson et se jette dans la Veuve à
Brives.
4. La Veuve, affluent du Loir.
5. Pruillé-l'Éguillé (Sarthe, au nord-ouest de Brives).
6. Lieu inconnu, ainsi que les suivants.
a. décréta A et décréta B et décréta nostra C. b. adnecterit AB adnectere
se voluerit C. c. sainte C. d. custodia C. e. domni C. f. correction
proposée en marge : u[t]. g. eisdem locum C. h. vestro C. i. consensus C.
j. in nos AB nobis C. k. donationis C donaciones corrigé en -nis B. k'. sur
cette fin de phrase, voir Bibl. de l'École des chartes, 1893, p. 643, n. 2.
l. Damus C. m. in om. C. n. honorem AB çcclesiç C. o. villam BC.
p. cognominatam C. q. Tricionera B Tritionem C. r. quam C. s. abun-
dancius B habundantius C. t. de continentes AB sicut Tritio C. u. bruias B.
V. Indua A induam B uiduam C. ic. usque AB : et usque C. x. termino
AB terminum B corr., C. y. Proliacensem B corr., C. s. Saturniacense C.
ab. viam Saturniacensem C. c. uuacta B uuaota C. de. campum daul-
fum C. f. a C. g. i C. ht. carapo locogiacensi C campum logiacinsc B.
jk. ipsum Tritionem C. l. leudomadura C m. uxore AB uxore sua C.
n. infantulam Litomeri {sans pond, intermédiaire) C. o. leudulfum C.
308 QUESTIONS MÉROVINGIENIVES.
item LeudulfoP, Chariobaudi* , Vinoflede'' et Mogiane, gregi equinos
quem Allomeris intra termino' ipso" commanens custodire \idetur5
idemque" et villa''' FraxenetO'^, quem bonç memoriçv Aper presbiter
tenuit, cum broialos Mareelliacensis- , cum viiieis, silvis, pralis,
pascuis, aquis aquarumque» decursibus, cum accolas* X commanen-
tes<^ in rem'^ ecclesiç'^, Quicumque^' oporluni ad domum ipsam/^ fue-
rint, quos per adsignationes' Leudorico'' defensorem^ ecclesiç^ perce-
perit^" possldendos^, cum mancipiis bis nominibus, Launoveto'",
Foedulo" cum uxore Taligia, Sesulfo^, Gastino^ cum uxore Leudo-
malla et filio, Leudogbisilo cum filia Ghildegunde? , Pupa cum filios'",
Ppopulonio^ cum porcus*, Leudomado'% Mundofçda" et Leudo-
raanda*", cum^^ libertos omnes prédictif presbiteri; pari modo et
locello^ Ad Bucus, quem de Eutelio» presbitero accepimus, cum
mancipia* qui ibidem excolere videntur; pratum intra vivario*^ supra
ripa'^ Sartç secum«, quem Abundantius/' vel auclores" çcclesiç visi
sunt tenuisse, Ghyldigisilo'' puero' cum armenlum^ peccorum^" quem
ipse custodire videtur, et campo^ adjacentem ad raemorato'" prato"
quem nostro opère fecimus, Sescimundo^ cum uxore sua Wiliare?.
Hçc omnia-/ quod'' per banc paginam donationes% quem' Aunulfo
diacono prof." unanimiter rogavimus conscribcnda", constat'" dele-
1. [L'origiaal devait porter dignilate; voir Bibl. de l'École des chartes, 1893,
p. 644, n. 1.]
p. leudulfum C. g. chariobaudum C. r. uinofrede C. s. gregi equino AB
Damus etiam gregem aequinum C. tu. terminos ipsos C. v. ilemque C.
w. villam C. x. fraxnetum C. y. menioriç om. B. s. raarcelliacenses C.
a. aquarumue C h. accolis C. c. comraaneiites ^46 ia ea coniinanentes C.
d. in rem AB Haec oinnia damus in rébus C. e. çcclesiç A aecclesiç B
çcclesiç et usu eoruin C. e le q corr. en Q dans l'autographe de l'au-
teur, f. ipsara AB ipsam seruiendum C ; voir Bibl. de l'Éc. des chartes,
1893, p. 636, n. 3. g. adsignacione B adsignationem C. h. ieuderici C.
i. defensoris C. j. aecclesit^ B uestr»; ecclesiç C. kl. perceperit possiden-
dos AB possidendos precipimus C. m. launoveco B iaunouethum C. n. foe-
dulum C. o. sesulfum C. p. cartinum C. q. childegunda C r. filiis C.
s. po|)uloni() B pupilonio G. t. porcus AB porcis quos custodit C ; voir
Bibl. de l'Éc. des chartes, 1893, p. 63G, n. 3. w. leudoniadum C. v. mundo
feda B mundofoedam C. w. leudoniandam C. x. corn C. y. jamdicti C.
z. locellum C. a. eutlierio C. b. mancipiis C. c. uiuarium C.
d. ripam C. e. silum C. f. habundantius C. g. adores C. h. childigi-
silo B chiidigisilum C. i. i)ucrulum C. j. armento C. k. pecorum C.
l. campum C. mn. memoratum pratum C. 0. sesciraundum G. p. uiuliare B.
qr. omnia quod AB coma' C (a tilde). s. donaciones B donationis C.
t. quam C. u. prof. A p/'of B (pro abrégé, f tildée) om. G ; voir Bibl.
de l'Éc. des chartes, 1893, p. 637, n. 1. v. conscribendam C.
i
VII. — LES ACTES DES EVEQUES DU MANS.
309
gasse^, nuncupata basilica habeat, teneat, possideal?/; quicumque
loci ipsius dignitatem^ perceperit, jure hereditario perpetualiler sibi-
met vindicet possidendum. Si" ullo umquam tempore aut ponlifex
civitatum'* aut quilibet* persona a nobis donata vel Iradila de domi-
nationem'^ basilicç*^ ipsius^ abstrahere voluerit', indual/ maledicUo-
nem pro benedictione et Domini nostri Ihesu Xpisti vel omnium
sanctorum martirum iiicurrat offensa^, et voluntas nostra perpelim
auxiliante Domino capiat fîrmitatem Ausuiliani^ legis' indeta^ men-
lione^.
Actum Genomannis in^ civitate anno XI régnante"* domni nostri
Ghilperici régis pridie nonas marcias2.
A: B
[7]
[8]
[9]
[\0] iO
[^2] i-2
[^3] 'la
G : f" Domnolus peccator subscripsit.
Germanus peccator rogante clero Genomannis sub-
scripsi.
Dinamius peccator consensi*' et subscripsi.
Drauscio? presbiter subscripsi.
Injuriosus pecë? subscripsi.
Meterius presbiter consensum'' nostrum subscripsi.
^o Populonius presbiter consensi et subscripsi.
i 6 AUoveus presbiter concensum* nostrum subscripsi.
i 7 Setrius peccator' consensi et subscripsi.
i 8 Leudoneus" presbiter subscripsi" .
49 Dauvaredus*" presbiter concensum* nostrum sub-
scripsi.
om. Prigimodusz' presbiter.
om. Ursicinus" diaconus consensum nostrum subscripsi.
7 Geusus* diaconus consensum* nostrum subscripsi.
1. [Sur le mètre de cette fia d'incise, voir Bibl. de VÉcole des chartes, 1893,
p. 644, n. 2.]
2. [Sur la place de la date, voir Bibl. de l'École des chartes, 1893, p. 638.1
3. [Sur l'ordre des souscriptions, voir Bibl. de l'École des ch., 1893, p. 637.]
wx. constat delegasse AB (voir Bibliothèque de l'École des chartes, 1893,
p. 643, n. 3) volumus ut C. y. possideat AB possideat et C. z. Si AB
Si vero C. a. ciuitatis C. b. quçlibet C. c. dorainatione C. de. basi-
licç ipsius AC ipsius basilice B. f. inducat C. g. oft'ensa A offensam C
om. B. hijk. ausiuliani legis indetam' tion' B om. C ; voir Bibliothèque
de l'École des chartes, 1893, p. 637, n. 1. l. \n om. C. m. regni C.
n. j om. C. 0. concessi B. p. drautio C. q. pece' A pecem B pecca-
tor C. r. concensum B. s. consensum C. t. peco' B. u. leunoneus B
leudoueus C. v. subscripsi om. C. w. dauuaredis B dauradus C. jc. con-
sensum C. y. frigimodis £. z. ursicius B. a. caeunus C. b. concensum B.
3^o
-15] om.
8
;I6] o?n.
9
[il] -15
^0
[^8] ^6
U
[om.][om.]
V2
[om.Jlom.]
i3
[om.][om.]
14
QUESTIONS merovl\gie:xnes.
Romolus diaconns consens! et subscripsi.
Daddus*^ diaconus consensu*^ noslrum subscripsi.
Noxus« diaconus subscripsi.
Sennovechus diaconus consensi et subscripsi.
Teodulfus peccator consensi et subscripsi.
Affar presbiler consensi et subscripsi.
Dorus presbiler consensum noslrum subscripsi.
[IL]
[CHARTE DE L'ÉVÊQUE DOMNOLE.]
581 sept, h fer. V.
[Voir Bihl. de l'Éc. des ch., 1893, p. 634 et suiv.; 1894, p. 6.]
[Mômes sources que pour la charte précédente, ci-dessus, p. 306. A :
Gesta Aldrici, p. 26. B : cod. 224, fol. 89 v». G : cod. 224, fol. 32.]
Anno^ XX regni domini« nostri Ghiiperici* gloriosissimi'^ régis,
prid.'^ non.*? seplbr./, ego Domnolus in Xpisli nomine episcopus
cum evocassem domno;' et fralri^ meo'' Audoveoi episcopo^" Ande-
cavç^ civilalis visilarc sanclis'" liminibus" patron!" pecculiaris mei
Victor!?' cpiscopi, immo et sollempnilalem ipsius cçlebrassem?, cum
consensu omnium fralrum meorum presbilerorum, quia anle tem-
pus testamentum meum condidi et in ipsum voiuntalem meam adbuc
non complevi, quod in eum*" conscriplum videlur*' volo' in omnibus
conscrvelur et hçc paginola plenani capiat"opto robore". Dono'"basi-
1. [Sur la place de la date Anno... ego Domnolus.
des chartes, 1893, p. 638-639.]
l'oir BiOl. de l'École
c. daldus C. d. consensum C. e. nox' B nox C.
a. dornni C. b. Ililperici C. c. gloriosi C. def. pridic nonas seplembris
B; sur le membre de phrase Anno... septembr. dans les Actus, voir Bibl. de
VÉc. des ch., 1893, p. 638, n. 2. g. doinnura C. hijk. fratrem meum Audo-
ueuni episcopum C. l. andegaue BC. mn. sancta limina C. o. patronis C.
p. Vicloris C. q. celebrarc C ; sur celebrasseni {et non celebravisscin),
voir Bibl. de l'Éc. des ch., 1893, p. 64i, n. 3. /•. eo C. s. vidclur : videlur
bonum C; voir Bibl. de l'Éc. des ch., 1893, p. 636, n. 3. /. volo : volo ul C.
u. accipiat C. ii. roborem C; sur celte fin de phrase, voir Bibl. de l'Éc.
des ch., p. 643, n. 2, et p. 644, n. 4. w. Dono : Dono igitur C. x. salua-
VII. — LES ACTES DES ÉVKQUES DU MiNS. 3 H
licç sanctorum Vincentii et Laurentii, quem meo opère construxi et
edificavi pro salvalionem* civitatis et populi conlocaviv, coloneca-
cognominante'» Ganonno**, cum agris, pralis«, pascuis, silvis'^, aquis
aquarumve decursibus, et mancipiola^ duo/, Waldardo^' cum uxore
sua, vel infantibus eorum, qui ibidem nunc commanere videntur.
Ab'' hodierno' die predictus^' abba^' antedicti loci ad stipendia fra-
Irum nuiieupante^ basilicç faciat revocare"*, et» tamen» ut post
meumP, quando Deus jusserit, obitum, qui presens fuerit? ordina-
tus de'" loco prefato commemorationem meam annis singulis adim-
plere procuret. Ideo tibi, Niviarde diacone ac defensor^ nostrç çccle-
siç, indico atque jubeo ut* hoc tua traditione, sicuti" nunc ab ecclesia
possidetur, cum omni soliditate vel adjacentia sua Leuso abbate"
facias consignari. Hoc vero inserendum rogavi ut, qui voluntati mee
obvius esse voluerit, maledictionem illam incurrat quam propheta
in psalmo GVIIII"' decantavit'^, et presens pagina maneat inconvulsa,
quam pro rei firmita^ manu propria subscripsi et domnis et fratri-
bus meis minuendam- rogavi.
-f Domnolus peccator subscripsi.
Audoveus peccator rogante domno Domnolo episcopo subscripsi.
Teodulfus* peccator subscripsi.
Aunulfus* presbiter subscripsi.
Leudoricus presbiter scripsi*^ et subscripsi^.
1. Coulongé (Sarthe), sur le ruisseau de Ciienon (Cauvin, p. 103).
lione C. y. conlocavi : pater C. s. colonitam C. ab. cognominatam pon-
tificini canon C. cd. pratis pascuis silvis : siivis pratis pascuis C. ef. man-
cipiola duo : mancipiis C. g. uuadardum C. h. Ab : ut ab C. i. hodierna C.
j. predictus om. C. k. abbas C. l. nuncupate C. mno. reuocare, et
lanaen : remplacé dans C par et sub jure menioratÇ cenomannensi çcclesiae
juste et légitime esse debere censeo {voir Bibl. de l'Éc. des ch., 1893, p. 637),
et pelo; sur la fin de phrase faciat revocare, voir ibid., p. 644, n. 5.
pq. raeum... fuerit : remplace' dans C par obitum meura qui abbas fuerit.
r. de : in C. s. defensore C. t. ut oin. C. u. sicut C. v. abbati C.
wx. CVIIII decantavit : remplacé dans C par CVIII iude cantavit fiant dies
ejus pauci et episcopatum ejus accipiat alius [voir Bibl. de l'Éc. des ch., 1893,
p. 636, n. 3, et p. 644, n. G), y. lirmitate C. s. muniendam C. a. Theo-
dulfus G. b. annulfus C. cd. scripsit et subscripsit B.
3^2 QUESTIONS MÉROVINGIENNES.
[IIL]
THEODEBERTI PRO S. MARTINO.
Genuinum. Interpolatum.
[Vendredi 8juin596<?]
[Voir ci-dessus, p. 7 et suiv., p. 15 et suiv.]
Cod. Genom. 224, fol. 33 v°.
Theodebertus rex Prancorum vir inluster^.
Si petitionibus ancillarum Dei vel sacerdotibus, in quod nostris
auribus fuerint prolala ad affectum perducimus, hoc nobis ad
aeternae salute vel stabilitate regni nostri in Dei nomen pertinere
confidimus. Igitur vir inluster Eoladius^ presbiler et Baudomalla
Deo devota direcli petitione [cljementiae ^ regni nostri detulerunl in
notitia eo quod ante hos dies in area ipsorum infra murania Gçno-
mannis oratorio in honore sancti Martini construxerunt, et loceila
noncupantes sitas in pago Gaenomannico, Moliniaco, Villa, Levaste,
Popiliaco, Aciaco, Verriciaco, Potius, Gipidus^, cum omnes adjacen-
tias earum vel appendiciis, cum omni re inexquisita vel ipso orato-
rio ad çcclesiam sancti Gervasii et Prothasii martijris vel domno
Domnolo episcopo qui ibidem ad presens custos preesse videtur^
ipsas res per eorum strumenta deiegaverunt. Ideo petierunt celsi-
tudinis nostrae ut per hoc per nostram auctoritatem plenius confîr-
mare deberemus cujus petitione gratanter animo prestitisse et in
omnibus confirmasse cognoscitur, precipientes enim ut sicut con-
stat jamdictus Eoladius et Baudomalla ipsa loca Moliniaco, Villa,
Levaste, Popiliaco, Aciaco, Vericiaco, Potius, Gipido^, una cum ter-
1. |Sur la date, voir ci-dessus, p. 18.J
2. [Dans l'autographe de l'auteur, corr. au crayon is : lire viris inlttsiribus ;
voir ci-dessous, p. 329, n. 4.J
3. [Sur Eoladius, voir ci-dessus, p. 18. J
4. [En note : denientiae C]
5. [Dans le ms. de M. Julien Havet, les noms latins sont accompagnés de
quelques identifications, peut-être provisoires, écrites au crayon. Moliniaco :
Morignéï Levaste : Livet (M""). Popiliaco : Poillé? ou Sainl-G (illisible :
peut-être l'auteur a-t-il voulu écrire Saint-Gemmes {Saint ou Sainte-Gemines-
le-Robert, Mayenne). Aciaco : Assé-le-Bérenger. Cipidus : Spay.]
6. [Sur le passage en italiques, voir ci-dessus, p. 15.)
7. [Idenlilications au crayon, comme ci-dessus : Morigné, Livel, Poillé, Assé-
le-B", Spay.]
VII. — LES ACTES DES e'VÊQUES DU MANS. 313
ris, domibus, aedificiis, mancipiis, vineis, silvis, pralis, pascuis,
aquis aquarumve decursibus, farinariis, peculiis, praesidiis, mobili-
bus et immobilibus vel reliquis quibuscumque benefîciis ad ipsa casa
Dei per eorum instrumentum juste et rationabiliter delegassent,
et hoc ad presens ibidem recto ordine videtur esse possessum vel
dominatum, ita et inantea inspecta ipsa epistola donationis per hoc
preceptum plenius in Dei nomine confirmatum, ipsa loca superius
nominata cum omni integritate earum ad ipsa casa sancti Gervasii
et Prothasii matris^ çcclesiae^ nostris et futuris temporibus jure
firmissimum proficiant ad augmentura. Et ut haec praeceptio
firraior habeatur et in omnibus conservetur, manus nostrae sub-
scriptionibus eam subter decrevimus roborare.
Theodebertus rex Prancorum subs.
Adalgrimus jussus obtolus Zz, "T ^~Z->
Data dies octo quod facit presens mense junii anno VII regni
nostri Gaptiniaco in Xpisti nomine féliciter amen.
[IV ET V.]
[DONx\TION D'HARÉGAIRE ET PRÉCAIRE DE TÉNESTINE.]
[Vendredi 3 mai 51 3 et samedi 27 avril 524 ^ ?]
[Voir ci-dessus, p. 19 et suiv.]
[IV.]
Dum fragilitatis'' humani generis pertimescit ultimum vitae tem-
porel subitanea transpositione ventura, oportet ut non inveniat
unumquemque hominem imparalum, ne sine aliquo boni operis
respectum migrât de seculo^, nisi, dum suo jure et potestate
consistit, preparet sibi viam salutis per quam ad çternam valeat
beatitudinem pervenire. Ideoque ego in Dei nomine Haregarius
et conjux mea Truda et filia nostra Tenestina Deo sacrata unanimi-
1. [Correction indiquée dans l'interligne : martiris.\
2. [Sur les mots en italiques, voir ci-dessus, p. 18. J
3. [Sur ces dates, voir ci-dessus, p. 33. J
4. [Lire fragililas : ci-dessus, p. 21, n. 3.1
5. [Lire uliima vitae tempora : ci-dessus, ibid.]
6. [Lire de hoc seculo : ci-dessus, ibid.\
314 QUESTIONS MÉROVINGIENNES.
ter consentientes pertracLavimus de Dei misericordia pro remedium
animae nostrae et remissionem peccatorum nostrorum, ut çternam^
in futurum apud Dominum consequi mereamur, ut^ aliqua cel-
lula ac raonasterium in terraturium sanctae Mariae Dei^ genltricis
et •* Domini nostri Ihesu Xpisti vel sanctorum apostolorum Pétri et
Pauli construereac çdifîcare deberemus, quod ila et fecimus^ : quem
apud domno ac venerabile sede apostolico Innocenti Cçnojnannicç
f^cclesiae presule deprecavimus una cum sancta congregatione m ipsa
urbç consistentes, ut per beneficium, nobis concederet de rébus san-
ctae Mariae vel sanctorum martyrum Gervasii et Prothasii, per
licentiam jamdicti pontifias construere dcbeamus, et*' omnes res
nostras atque mancipia quem ex légitima successione nobis obvene-
rint, lotum et ad integrum ad jamdictum monasterium per hoc testa-
menlum conditionis tradidimus atque confirmavimus, et post nostrum
discessum jamdiclu aecclesia sanctae Mariae et sancti Gervasii
et Prothasii Cçnomannis civitate construcla vel ejusdem pontifias
heredes instituimus et eos appellare volumus. Cujus'' petitionis
libenter animo suscepimus et concessimus eis per nostrum benefi,cium
ipsam aream ad ipsum monasterium fnciendum et de rébus sanctae
Mariae et sancti Gervasii et Prothasii villas duas in augmentum ad
ipsum monasterium construendum, ut melius valeant hanc cellulam
construere ac aedifi-care. Et dedimus inter nos fidcjussores Berhar-
dum episcopum. et Landoetmm abbatem et Gundoinum comitem per
libras quingentas de auro pensante, et si aliquis de nos de hac con-
venientia se mulaverit vel retraxerit, pari suo solvere facial. Ea
scilicet conditione ut cum otnni re emeliorata vel supraposita ad ^
partibus sanctae Mariae et sanctorum marttjrum Gervasii et Pro-
thasii Cenomannis civitate vel ejusdem pontificis ipsum monaste-
rium cum omnes res ad se pertinentes vel aspicientes. tam illas quas
nos ad ipsum sanctum locum tradidimus atque confirmavimus quam
et illas quae de rébus vestris per vestrum beneficium a vobis accepi-
mus, absque^ ullius judicis consignai ione aut heredum nostrorum
1. [Correction indiquée dans l'interligne : veniatti. Voir ci-dessus, p. 21.]
2. [Sur ce qui suit, voir ci-dessus, p. 30-31.]
3 et 4. [Un deleatur interlinéaire.]
5. [Au-dessous des italiques qui suivent : « emprunté de la précaire Pard., I,
94. » Sur ce qui suit, voir ci-dessus, p. 24 et 25.]
6. [Sur le morceau suivant, voir ci-dessus, p. 23.]
7. [Sur ce passage, voir ci-dessus, p. 24-25.]
8. [Sur le morceau suivant, voir ci-dessus, p. 23-24.]
9. [En marge de cette phrase : « Zeunier 138. »]
VII. — LES ACTES DES EVÊQUES DO MANS. 345
contradictione cum omni iniegritaie in vestram faciatis revocare
potestatem vel dominât ionetn. Et ' censivimus annis singulis ad
festivitatem sancti Gervasii et Prothasii, quod est XIH kl. julias,
de argento libra I transsolvere faciamus, et ^ post nostrum Deo
jîtbente de hac luce discessum, sicut superius insertum est, vos aut
redores, présides, successoresque vestros in vestram faciatis revocare
potestatem vel dominationem, ea^ scilicet ratione atqiie preLexto ut
reiii[o]ta'' pontificis simulque çcclesiasticorum omnium ponlificalium
seu publicorum omnium potestate, privandas nullas functiones
vel exactiones neque exquisita et lauda convivia, neque graliosa
vel insidiosa munuscula, neque etiam caballomm paslus alque
parvereda vel angaria, aut in quodcumque functiones titulum judi-
ciaria potestate dici potest de ipsa facultale penitus non requiratur,
sed^ sub intégra emunitate facultaticula sicut a nobis hucusque
possessa est, in jure oratorio sanctae Mariae et predietorum san-
ctorum apostolorum sub jure et potestate et dominatione sanctae
Mariae matris Domini nostri Ihesu Xpisti vel sanctorum martij-
rum Gervasii et Prothasii et eorum rectoribus atque pontificis debeat
Deo protegente et opilulante consistere, Licet in cessionibus adnecti
non sit necesse, sed nobis pro omni firmitate placuit inserendum. Si
quis vero, quod futurum esse non credimus, nos ipsi, quod absit,
aut aliquis de heredibus vel proheredibus nostris seu qualibet per-
sona calliditate commotus aut cupiditate proventus, uUo um-
quam tempore comprehensam *' epistolam cessionis nostrae, quam
propter nomen Domini et veneratione ipsius sancti loci spontanea
voluntate fieri decrevimus, venire aut aliquid agere voluerit aut ter-
giversator extiterit, anathema sit, et tam qui fecerit quam qui
faciendo consenserit anathema sit et cum suprascriptos sanctos ante
tribunal Xpisti deducat rationes, insuper inférât juxta poenas
secuii cum cogente fisco partibus ipsius çcclesiae vel eorum rectori-
bus auri libras quingentas, argentum pondéra mille transsolvere
faciat, et quod repetit nuUatenus valeat vindicare, sed presens
cessio atque volunlas nostra omni tempore inviolata permaneat cum
stipulalione subnixa. Et^ ut haec cessio firmior habeatur et invio-
1. [Sur ce qui suit, voir ci-dessus, p. 26. J
2. [Sur ce qui suit, voir ci-dessus, p. 24.]
3. [Sur le passage suivant, voir ci-dessus, p. 22-23.]
4. [Correction pour rem data. Voir ci-dessus, p. 22. |
5. [Sur le passage suivant, voir ci-dessus, p. 24.]
6. [Correction indiquée dans l'interligne : contra presentem.]
7. [Sur ce passage, voir ci-dessus, p. 31.]
3^6
QUESTIONS MEROVINGIENNES.
labiliter conservelur, manus nostras subter firmavimus^ et alio-
rum bonorura virorum decrevimus roborari.
Actum Genomannis civitate publica. Data V non. mai. anno II
régnante Childeberto rege ^.
Signum Haregarii.
Signum Trudane uxore ipsius.
Signum Tenestina filia ejus Deo sacrata, unanimiter consentientes,
qui hanc cessionem vel donationem a nobis facta fieri vel roborari
decrevimus.
Ego ^ Innocens acsi indignus peccator episcopus a me facta sub-
scripsi.
In Xpisti nomine Landolenus indignus episcopus subscripsi.
Ego Magnolenus acsi peccator episcopus subscripsi.
Winimundus licet indignus episcopus subscripsi.
Odolmarus quamvis indignus episcopus subscripsi.
Abbo misericordia Xpisti episcopus subscripsi.
In nomine Domini Hildemannus indignus episcopus subscripsi.
Frotfridus indignus episcopus subscripsi.
Signum Gundolini comité.
Signum Ostremundi comité.
Signum Winitmarci comité.
Signum Gunduini comité.
In Xpisti nomine Berhardus indignus episcopus subscripsi.
Ego Landolenus abbas .subscripsi.
Signum Adalwini vicecomite.
Signum Ostruini.
Signum Uilderici.
Signum liichardi.
Signum Emmoni.
Herihardus subscripsi.
Signum Inghilgarii.
Signum Winitmari.
Ego Winitmundus scripsi et subscripsi^.
â
1. [Correction indiquée dans l'interligne : subscriptionibus : voir ci-dessus,
p. 31.1
2. [Sur cette date, voir ci-dessus, p. 33.]
3. [Sur cette souscription et les suivantes, voir ci-dessus, p. 31-32.]
4. [Le mol subscripsi est figuré par la dernière note tironiennc dont le fac-
similé est ci-dessus, p. 313.]
VII. — LES ACTES DES ÉVÊQUES DU MANS. 347
[V.]
Domino^ sanctoac venerabile sede apostolico Innocente Cenoman-
nicç aecclesiç presule una cum sancta congregatione ex ipsa urbe
consistenles, ego ^ in Dei nomine Tenestina Deo sacrata, filia quon-
dam Haregario et Trudanç, p[re]catrix2 a vobis accedo. Dum et mea
fuit petitio et vestra deerevit voluntas, ut illud raonasteriolum
quod •* aedificare coeperat pater meus et mater mea, in honore san-
ctae Dei genitricis Mariae et sanctorum apostolorum, et itnperfectum
dimiserunt, quod est situm in terraturio sanctae Mariae vel sancto-
rum martyrum Gervasii et Prothasii, juxla murum Genomannis
civilate, supra fluvium Sartae, quem genitor meus apud vos et ve-
stram congregationem deprecatus fuit ut eisper beneficium licentiam
dédissent in ipsam aream monasterium facere, et jamdictus genitor
meus ipsam de rébus suis propriis hereditariis incipit construere vel
aedificare, vel quantum de suis propriis rébus habuit totum ad jam-
dictum monasteriolum per strumenta cartarum legilms confirmavit
atque delegavit, sub jure et potestateac dominatione sanctae Mariae
vel sanctorum martyrum Gervasii et Prothasii, vel ejusdem pre-
suies ut quod pontificis instituit atque heredes appellavit. Et pro
hac causa ego jamdictus pontifex una cum sancta congregatione
ibidem consistenles^ per hanc prçcariam tibi ipsum incçptwn mona-
steriolum una cum ipsas res ad se pertinentes vel aspicientes, tam
illas quem nos de rébus sanctae Mariae vel sancti Gervasii et Pro-
thasii in augmentum ad presenti loco construendum per beneficium
condonavimus, que et illas quem genitor vel genitrix mea per stru-
menta cartarum ibidem legibus tradidero atque confirma vero^, tem-
pore vitae meae ad usufructuario ordine per vestrum beneficium
tenere "^Qvmittimus. Et^ censivimw^ vobis annis singulis ad festivi-
tatem sancti Gervasii et Prothasii, quod est xiii kl. julias, vestitos
duos et cappas duas episcopales et de argento libra i Iranssolvere
facias, et si negligens aut tarda de ipso censo apparuerw, fidem
1. [Sur les premières lignes, voir ci-dessus, p. 25.]
2. [Sur ego, vos, etc., dans ce morceau, voir ci-dessus, p. 27.]
3. [Corr. pour peccatrix : voir ci-dessus, p. 25.]
4. [Sur ce passage, voir ci-dessus, p. 29.]
5. [Sur ce passage, et sur tradidero atque confirmavero, voir ci-dessus,
p. 29.]
6. [Sur ce qui suit, voir ci-dessus, p. 26.]
I
3^8 QUESTIONS MÉROVINGIENNES.
exinde facias et ipsum incoeptum monasteriolum tempore vitae tuae
perdere non debe«s. Et alicubi nec vendere nec donare nec alienare
pontificium non habe«5, nisi sub jure et potestate ac dominatione
sanctae Mariae vel sanctorum martyrum Gervasii et Prothasii per-
maneanl. Et post iuum quoque Deo jubente de hac luce discessum,
absque [ujllius^ judicis consignatione aut heredum nostrorum
contradictione, jamdictum incoeptum monasteriolum cum omni
integritate vel res ad se pertinentes vel aspicientes in vestram facia-
tis revocare potestatem vel dominationem. Et^ ut haec precariç uno
tenore conscripta, una que in thesauro sancti Gervasii et Prothasii
recondita sit et alia quam ego Tenestina Deo sacrata a vobis acce-
pero, firmam obtineant vigorem, manus nostras proprias subterfir-
mavimus^ et bonorum virorurn decrevimus roborare.
Actum Genomannis civitate publica. Data v kl. mai[.] anno XIII
régnante Childeberto rege''. |
Ego^ Innocens episcopus hanc precariam a me factam subs. 'j-
Hildemannus abbas subs. I;
Rotfredus archipresbiter subs. '■
Elenus indignus presbiter subs. "
Bodolenus presbiter subs.
Haregaudus diaconus subs.
Bernaricus diac. subs. ^
Odilo presbiter subs.
Atto diaconus subs.
Godiscalcus abbas subs.
Winitmundus levita subs.
Ostremundus presbiter subs.
Eurenus subdiaconus subs.
Winegaudus diaconus subs.
Berto presbiter subs.
Signum Haregaudo advocato.
Signum Bernardo vicecomite.
Signum Winetmarco.
Signum Ermuino.
Signum Jonam.
1. [Corr. pour illius.]
2. [Sur ce qui suit, voir ci-dessus, p. 31.]
3. [Corr. indiquée dans i'iaterligae : subscripiionibus /voir ci-dessus, p. 31.]
4. [Sur ceUe date, voir ci-dessus, p. 33.]
5. [Sur celte souscription et les suivantes, voir ci-dessus, p. 31-32.]
VII. — LES ACTES DES ÉVÊQDES DP MANS. 3^9
Signum Turpingo.
Signum Ostrevini.
Signum Hagenoni.
Signum Gauzivinus.
Serulus presbiter subs.
Signum Inghilmarus,
Godalmandus levita subs.
Ego Ledevaldus notarius hanc precariam precipiente InnocenU
episcopo scripsi et subscripsi''.
[VI.]
AIGLIBERTI PBO S. 3IAniA DE DECIMIS.
Genuinum.
692, juin 9 feria III.
[Voir ci-dessus, p. 36.]
God. Genom. 224, fol. 63 r».
In Dei nomine Aiglibertus episcopus in Xpisto sanctç aecclesiç
filiis hominibus agentibus vel missis discurrentibus de villis sanct§
aecclesiç de Media Quinta, Trition, Alnetum, Detas, Longa Aqua,
Lucduno, Geneda, medietale de Tredente et Vithlena et Tauriniaco-.
Gognoscalis quod nos concessimus monaslerlo sanctç Mariç, ubi
Deo sacrata Ada abbatissa preesse videtur, omnes décimas de supra-
scriptis villulis, lam de annonis cum agrario, vinum, fenum, omnium
pecuh"um seu furmatico vel undequç décimas redebetur totum et ad
integrum ad ipso monasterio censimus, et jubemus ut absque ulla
dilatione ad missos ipsius dare faciatis, et ut diximus ipsam deci-
mam omni tempore ipsi monasterio habeat concessum, et ut certius
credalis manu nostra subter firmavimus. Datum dies novem quod
fecit mensis^ jul. in ann. II regni domni nostri Ghlodovei régis.
In Xpisli nomine Aiglibertus acsi peccator episcopus subscripsi.
1. [Dans un cartouche : not. tir.]
2. [Identifications ci-dessus, p. 37.]
3. [Dans l'interligne : ms\]
320
QUESTIONS MEROVINGIENNES.
[VII-VIIP.]
AIGLIBERTI PRO S. MARIA.
[Voir ci-dessus, p. 36 et suiv.]
[VII.]
700, junio [? Voir ci -dessus,
p. 42-43.]
God. Cenom. 224, fol. 61.
In nomine domini nostri Ihe-
su Xpisti, dilectissime propinquç
nostrç Adrehilde abbalisse, Ai-
gliberlus Genomannice urbis acsi
indignus episcopus.
Qui pro limore alque divine
amore seu et reverenlia sancte
Dei genilricis Marie, una cum
clericis fratribus et consacerdoti-
bus ac sororibus et sanctimonia-
libus nostris consensum preben-
tibus, convenit nobis ut in basi-
lica sanetç Dei genitricis Mariç,
ubi predictam propinquam no-
slrarn Adrehildam abbatissam
nostra benivolenlia et largitione
divina et virginali sive abbatis-
sali benedictione consliluimus,
et cum consensu ut diximus aec-
clesi<^ nostrc^ consacerdotum ca-
nonicorum sancte Dei genitricis
Marie, et sanctorum martirum
Gervasii et Prothasii, ad quo-
rum aecclesiam ipsa cella sanctç
Marie quç est construcla intra
[VIII.]
6S3 junio.
God. Cenom. 224, fol. 63 v.
[I]n nomine domini nostri Ihe-
su Xpisti, dilectissime propinquç
nostrç Adrehilde abbatisse, Ai-
glibertus Genomannice urbis acsi
indignus episcopus.
Qui pro timoré atque divino
amore seu reverentia sanctç Dei
genitricis Marie, una cum ceteris
fratribus et consacerdotibus ac
sororibus atque sanctimonialibus
nostris consensum prebentibus,
convenit nobis in basilica sancte
Dei genitricis Marie, ubi predi-
ctam propinquam nostram Adre-
hildam abbatissam nostra beni-
volenlia et largitione atque divina
et virginali sive abbatissali bene-
dictione cum constituimus cum
consensu ut diximus aecclesiç
nostre consacerdotum canonico-
rum sanctç Dei genitricis Marie
atque sanctorum martirum Ger-
vasii et Prothasii, ad quorum
aecclesia ipsa cella sanctç Mariç
quç est constructa intra fluvium
1. [Dans le manuscrit de M. Julien Havel, les deux textes ci-dessous pré-
sentent des traits et crochets au crayon encadrant certains i)assages : il n'a pas
été possible de tenir compte de ces signes, qui n'étaient peut-être que des points
de repère pour lui-même.]
vil. — LES ACTES DES EVEQUES DU MANS.
32]
fluvium Sarle eL murum civitatis
reddi debeanl institula servare,
ut dum illius sanctç Dei geni-
tricis Marie sit voluntas, si hu-
miles ac dévoie ibi consistant
sanclemoniales sub régula de-
gentes quç et suam prius dirigant
conscientiam et loci illius dele-
ctabilem facianthabitationem, in
quo et nostra merces communis
adcrescat, et laus Domini de-
vote percurret. Goncedimus ergo
hoc in presenti inscriptione ad
sanctimoniales spiritales ad père-
grinas seu peregrinorum ac pau-
perorum usuni, qui propterDeum
sua dercliquçrunt loca vel sub-
stantiam, ut in predicto mona-
sterio sanctç Dei genitricis Marie,
quod ad amorem aecclesiç Geno-
mannice urbis cui preesse ac
prodesse debeo juste et legaliter
pertinet, et sub dominatione pon-
lificum ac ministrorum suoruni,
reddibitiones et censa onerosa ex
ipso monasterio ad predictam
lïiatrem aecclesiam persolvuntur,
sicut ab insli^'^toribus 2 et ditato-
ribus ac fundatoribus ipsius mo-
nasterii et a predecessoribus
pontiflcibus hujus urbis dudum
constitulum est, actenus persol-
vuntur, leviora et faciliora esse
volumus, in qua etiam cella
pdicta^ consanguineam nostram
Adrehildem venerabilem abba-
tissam constituimus cum consen-
Sarte et murum civitatis reddit
debeant institula servare * , et con-
tidimus ut dum illius sancte Dei
genitricis Marie sit voluntas, si
humiles ac dévote ibi consistant
sanclemoniales sub régula de-
gentes quç et suam prius diri-
gant conscientiam et loci illius
delectabilcm facianl babitatio-
nem, in quo et nostra merces
communis adcrescat, et laus Do-
mini dévote percurrat. Goncedi-
mus ergo hoc in presenti inscri-
ptione ad sanctimoniales spi ri taies
vel peregrinas seu peregrinorum
ac pauperum usum, qui propler
Deum dereliquçrunt sua loca vel
subslantiam, ut in predicto mo-
nasterio sanctç Dei genitricis
Mariç, quod ad matrem aeccle-
siam Genomannice urbis cui
preesse ac prodesse debeo juste
et legaliter pertinet, et sub domi-
natione pontificum ac ministro-
rum suorum, reddibitiones et
censa onerosa ex ipso monasterio
ad predictam matrem aecclesiam
persolvuntur, sicut ab insti'"to-
ribus- et dictatoribus ac funda-
toribus ipsius monasterii et a
predecessoribus nostris pontifici-
bus hujus urbis dudum constitu-
lum est, actenus persolvuntur,
leviora et faciliora esse volumus,
in qua etiam cellam predictam
consanguineam nostram Adre-
hildem venerabilem abbatissam
preesse constituimus cum con-
1. ["instituta seruare "debeant, avec signes d'interversion.
2. Sic [dans l'un et l'autre document].
3. Sic.
^894
24
322
QUESTIONS MEROVINGIENNES.
SU sacerdotum nostrorum ut et
ibi in Xpisti nomine predicta ab-
batissa consanguinea nostra at-
que celere sanclemoniales tam
infra urbem quam et secus juxta
ecclesiam predictam sanctç Dei
genitricis Marie secundum regu-
lam et nunc quando idem vivere
debeant, et quandocumque eis
abbatissa predicta sive alia de-
functa fuerit cum consensu et
institutione jamdicte urbis epi-
seopi eligant aliam quam utilio-
rem ex semet ipsis ad suas ani-
mandas conservandas et regendas
a Deo opitulante salvandas inve-
nerint. Et ita nunc tam eam quam
et alias quç preesse vise fuerint
seu ipse sanctimoniales ibi sub
régula degentes commonemus ut,
sicut reliqua monasteria régula
quç sub ordine régule retins de-
gunt, simili ter et predictum cc-
nobium sanctimonialium sub po-
testate et regimine prefate urbis
episcopi degunt\ et regulam in
eo Omnipotens conservet, et nos
taliter vos vel vestros quicumque
illius aecclesit^ sint exauctores
omnino commonemus ut non a
vobis onerosa aut aliqua gravia
injuncta a prcfixo locello requi-
rantur, sed opéra vestimentorum
atque quç ad sanctimoniales per-
tinet faciendum vel vestimenta
aecclesiastica aut pontilîcialia la-
vanda vel restauranda dcbent
faccrc studeant, ut régula san-
sensu sacerdotum nostrorum ut
et ibi in Xpisti nomine predicta
abbatissa consanguinea nostra
atque cetere sanctemoniales tam
infra urbem quam et secus juxta
aecclesiam predicte sancte Dei
genitricis Marie secundum regu-
lam et nunc et quandoquidem
vivere debeant, et quandocumque
eis abbatissa predicta sive alia
defuncta fuerit cum consensu et
institutione jamdicte urbis epi-
scopi eligant alteram qualem uti-
liorem ex semet ipsis ad suas
animas conservandas et regendas
ac Deo opitulante salvandas in-
venerint. Et ita nunc tam eam
quam et alias quç preesse inse
fuerint seu ipsas sanctemoniales
in ibi sub régula degentes com-
monemus ut, sicut reliqua mo-
nasteria quç sub ordine régule
rectius degunt, similiter et pre-
dictum cenobium sanctimonia-
lium sub potestate et regimine
prefale urbis episcopi degat< et
régula in eo omni tempore con-
servetur, et nos taliter vos vel
vestros quicumque ipsius aeccle-
siç sint cxactoris omnino com-
monemus et non a vobis onerosa
censa aut aliqua gravia injuncta
a prefixo locello requirantur, sed
opéra vestimentorum atque alia
quç ad sanctimoniales pertinet
faciendum vel vestimenta aeccle-
siastica sive pontificalia lavanda
vel restauranda libenter facere
studeant, ut régula sanctiraonia-
1. [Correction clans l'interligne, applicable aux deux textes, qui dans le manus-
crit de M. Julien Ilavet sont disposés parallèlement : regant.]
VII. — LES ACTES DES EVEQDES DU MANS.
323
ctimonialium propter censa vel
exacta gravia pontificum vel mi-
nistrorum suorum inibi non
negligetur, sed ut a nobis con-
slitutum est, ita omni tempore
conservetur. Et posteros nostros
qui in ordine pontificum in bac
sede futuri sunt bumiliter postu-
lamus ut quod a nobis statutum
est ab illis non violetur, et sicut
institutiones eorum conservatas
esse voluerint, ita et nostra con-
servent, ut liceat ibidem consti-
tutis sanctimonialibus sub sancto
ordine et sub régula conversare
et pro nobis vel omni populo
Domini misericordiam exorare.
Et ut hic scriptus ad invicem
privilegii futuris temporibus ha-
beatur, Monemus ut sanctum or-
dinem custodiant et omni tem-
pore sanctç et regulariter in Dei
nomine inibi resideant et assidue
lectionibus vel sanctis meditatio-
nibus et orationibus vacent. Ro-
gamus ^ ergo ac contestamus co-
ram Deo et angelis ejus omnes
reges, principes, potestates, do-
minationes, consules, proceres
sive comités atque cunctos po-
tentes et nobiles seu procurato-
res ut hoc privilegium a nobis
consensura per eorum ac consa-
cerdotum nostrorum factum non
frangant neque corrumpant aut
quomodo violent seu deluterent
aut in aliquo modo corrumpant,
sed ut sanctemoniales in predi-
cto loco seu cenobio in amore Do-
lium propter censa vel exacla
gravia pontificum vel ministro-
rum suorum inibi non neglegan-
tur, sed ut a nobis constitutum
est, ita omni tempore conserve-
tur. Et posteros nostros qui in
ordine pontificum in hac sede
futuri sunt bumiliter postulamus
ut quod a nobis statutum est
ab illis non volvetur, et sicut
institutiones eorum conservatas
essç voluerint, ita et nostras
conservent, ut liceat ibidem
constitutis sanctimonialibus sub
sancto ordine et sub régula con-
versare et pro nobis vel omni
populo Domini misericordiam
exorare. Et ut hic scriptus ad
vicem privilegii futuris tempori-
bus habeatur, monemus ut san-
ctum ordinem custodiant et omni
tempore sanctç et regulariter in
Dei nomine inibi resideant et
assidue lectionibus vel sanctis
meditationibus et orationibus va-
cent. Rogamus^ ergo ac conte-
stamus coram Deo et angelis ejus
omnes reges, principes, potesta-
tes, dominationes, consules, pro-
ceres sive comités atque cunctos
potentes et nobiles seu procura-
tores ut hoc privilegium a nobis
per consensura episcoporum ac
consacerdotum nostrorum factum
non frangant neque corrum-
pent aut quomodo violent seu
deluderent aut in aliquo modo
corrumpant, sed ut sanctemo-
niales in predicto loco seu ceno-
bio in amore Domini nostri Ihesu
1. [Sur celle formule, voir ci-dessus, p. 38, n. 2.]
324
QUESTIONS MEROVINGIENNES.
mini nostri Ihesu Xpisli et san- XpisLi et sancte Dei genitricis
de Dei genitricis Marie quiète et Marie quiète ac regulariler abs-
regulariter absque ulla vexatione que uUa vexatione aut marri-
aut raarritione securiter sancte tione secure et sanctç vivere per-
viverc perraittanl. mittant.
Actum Cenomannis civitate in
mense junio ann. VI regni do-
mni nostri Hildeberti gloriosissi-
mi régis.
In Xpisti nomine Aiglibertus
acsi peccator episcopus subscripsi.
Thaiusius abbas subscripsi.
Sarromalus subscripsi.
Ursus nomine non opère pre-
sbiter subscripsi.
In Xpisti nomine Bertoaldus
abbas subscripsi.
In Xpisti nomine Lundulfus
archidiaconus subscripsi.
Demicione diaconus subscripsi.
Maurentinus jubenle domino
meo subscripsi.
Ego Bertigeselus peccator ju-
bente domino meo scripsi et sub-
scripsi.
Unde< domnorum episcopo-
rum et metropolitanorum artium
sedes tenentium sufTragia possi-
mus ut adhibeant mercedem et
hoc sanctum privilegium cum
societate beatitudinis et consen-
tire atque adfirmare una nobis-
cum non dedignentur.
Iterum vos domnos pontifîces
humiiiter dcprecor ut hoc privi-
legium a me factum vestris ma-
nibus roborare et subscribere
caritatis causa atque benivolen-
tia dignemini. In Xpisti nomine
1. [Sur celte clause, voir ci-dessus, p. 39. J
VII. — LES ACTES DES ÉVÊQUES DU MANS. 325
Aiglibertus acsi peccator episco-
pus hoc privilegium devoUssime
a me factum libenter subscripsi.
Hilbertus ' etsi peccator episco-
pus hoc privilegium subscripsi.
Landebertus gratia Dei episco-
pus hoc privilegium subscripsi.
In Xpisti nomine Landebertus
acsi peccator episcopus hoc pri-
vilegium subscripsi.
In Xpisti nomine Blidramnus
acsi peccator episcopus hoc pri-
vilegium subscripsi.
Gosenus peccator episcopus
hoc privilegium subscripsi.
In Dei nomine Prothasius acsi
peccator episcopus hoc privile-
gium subscripsi.
In Xpisti nomine Datbertus
acsi peccator episcopus hoc pri-
vilegium subscripsi.
Opidus acsi peccator episcopus
hoc privilegium subscripsi.
In Xpisti nomine Herlingus
acsi peccator episcopus hoc pri-
vilegium subscripsi.
In Xpisti nomine Berarius acsi
peccator episcopus subscripsi.
In Xpisti nomine Aiglibertus
acsi peccator episcopus hoc pri-
vilegio subscripsi.
In Xpisti nomine Aclaldus
acsi peccator episcopus sub-
scripsi.
Rigobertus peccator episcopus
hoc privilegium subscripsi.
In Xpisti nomine Adalbertus
peccator episcopus hoc privile-
gium subscripsi.
Abbo misericordia Dei episco-
pus subscripsi.
1. [Sur celle souscriplion et les suivantes, voir ci-dessus, p. 40.]
326 QDESTIO-NS MÉROVINGIENNES.
In Xpisti nomine Hermenarius
13
peccalor episcopus subscripsi.
In Xpisti nomine Vindilianus
acsi peccator episcopus hoc pri-
vilegium subscripsi.
In Xpisti nomine Burgoardus
acsi peccator episcopus hoc pri-
vilegium subscripsi.
In Xpisti nomine Aquilinus
acsi peccator episcopus hoc pri-
vilegium subscripsi.
Theodefredus acsi peccator
episcopus hoc privilegium sub-
scripsi.
In Xpisti nomine Frambertus
episcopus hoc privilegium sub-
scripsi.
Ondingus episcopus subscripsi .
Berulfus episcopus hoc privi-
legium subscripsi.
Hadegarius acsi peccator epi-
scopus hoc privilegium sub-
scripsi.
Theodegarius acsi peccalor
episcopus hoc privilegium sub-
scripsi.
In Xpisti nomine Autsmus^
acsi peccator episcopus sub-
scripsi.
In Xpisti nomine Erleharius
acsi peccator episcopus sub-
scripsi.
In Dei nomine Havingis acsi
peccator episcopus hoc privile-
gium subscripsi.
In Xpisti nomine CIcmens epi-
scopus hoc privilegium sub-
scripsi.
In Xpisti nomine Raganteus
acsi peccalor episcopus hoc pri-
vilegium subscripsi.
[Dans l'interligne : ou Autsinus. En marge : mitsm^]
vil. — LES ACTES DES e'VÊQUES DU MANS. 327
Hadoaldus peccator episcopus
hoc privilegium subscripsi.
In Dei nomine Winichariis ab-
bas subscripsi.
In Dei nomine Hadoindus ar-
chidiaconus subscripsi.
In Dei nomine Sado Xpisti liu-
milis subscripsi.
Actum Genomannis civitate in
mense junio anno XI régnante
domno Theodorico gloriosissimo
rege.
Ego Bodolenus emmanuensis
subscripsi.
[IX.]
THEODOmCI PRO AIGLIBERTO DE S. MARIA.
[Mercredi 5 mars 676.]
[Voir ci-dessus, p. 44 et suiv.]
God. Cenom. 224, fol. 63 v».
Theodericus rex Prancorum vir illuster<.
Si^ peticionibus sacerdotum, quod et ad eorum oportunitatem
perlinet, libenter prestamus augmentum, regiest^ in hoc exerce-
mus consuetudinem et hoc nobis ad laudem vel ad salutem aeternam
et stabilitatem regni nostri in Dei nomine perlinere confidimus.
Igitur apostolicus vir domnus AigUbertus Genomannice urbis episco-
pus missa peticione démentie regni nostri credidit subgerendum
ut constitutionem quam propter amorem Dei et elemosinam nosiram
constituerai per consensum conprovincialium episcoporum sive con-
sacerdotum ac canonicorum suorum, in^' monasterio sanctç Dei geni-
tricis Marie quod est constructum intra ftuvium Sarte et murum
civitatis, tam extra murum quam et infra ipsius civitatis munitio-
nem, quod ad matrem aecclesiç sanctç Mariç et sancti Gervasii et
1. [Lire viris inlusiribus : ci -dessus, p. 45.]
2. (Sur cet exorde, voir ci-dessus, p. 45.]
3. [L'autographe de M. Julien Havet donne regiest, avec s formée par relouche,
barré et suivi d'un regiest très lisible.]
4. [Sur ce qui suit, voir ci-dessus, p. 50.]
328 QUESTIOJJS MEROVINGIENNES.
Prothasii , cui preesse videtur , jure aecdesiastico pertimt , et per
scriptionis firmitatem predecessorum suorum temporibus sub censu
firmiter et legaliter delegatum esse cognoscitur, postulavii ut firmi-
tatis causa nostra regali confirmetur censura. Cujus peticioni nos
assensum preberdes et eandem suam constitutionem nostra auctori~
tate confirmantes hoc < preceptum fieri jussimus, et per hanc aucto-
rltalis nostre inscriptionem percipimus ut sicut a predicto venerabili
et apostolico vira Aigliberio Cenomannice urbis episcopo est consti-
tutum vel sicut in ejus continetur scriptatam'^, deinceps nostris et
futuris temporibus sub^ jure et dorninatione prefate Cenomannice
senioris urbis aecclesi»^ sanctemonialibus inibi degentibus et paupe-
ribus ac peregrinis stipendiarie ^, dispo7iente atque ordinante pre-
fate urbis episcopo ac deccssoribus suis et abbatisse quam ipse sive
successores sui in eodem monasterio constituerunt , sub^ régula exi-
stant ac regulariter vivant et plena eis régula conservetur. Et res ad
predictum m.onasterium pertinentes monemus ut ® neque nos neque
successores nostri aut qualibet expelentibus vel exactoribus prefati
regni au ferre aut alienare a jure et dorninatione jamdicte mairis
Cenomannice urbis aecclesie aut propter benivolentiam vel leviora-
tionem seu servicii p?-efratres domini et apostolici viri Aiglibertus
episcopus aliqua succédât occasionem, aut qualiter' caliditate vel
malo injenio machinetur, ut a juga prefate aecclesie ex hac nostra
benivolentia ipsum monasteriolum auferatur vel alienatur sive aliquo
modo subtrahatur, sed injure et potestate sepedicte matris aecclesiç
aut pontificum inibi Deo degentium preseniibus atque futuris
permaneat temporibus neque aliquo modo quicquam auf erre vel prê-
ter ire présumai^ sed prefati episcopi constitutionem sicut ab illo con-
stitulum et a nobis confirmatum est per diulurna tempora inviolabi-
liter in augmentum sancte Dei aecclesie et inconvulse omnes reges
et principes vel exactores regni persistere aut permanaere sive perdu-
rare omni tempore permaneat^ . Et uthçc preceptio firmior habcalur
vel per diulurna lempora a nobis vel a successoribus nostris in
mclius conservetur, nostris subscriptionibus decrevimus roborare.
1. [Sur ce qui suit, voir ci-dessus, p. 46.]
2. [Correction indiquée dans l'interligne : script[o, éjte.]
3. ['SiUT sub jure... aecclesiç, voir ci-dessus, p. 50.]
4. [Sur stipendiarie^ voir ci-dessus, p. 47-49.]
5. [Sur sub régula... conservetur, voir ci-dessus, p. 50.]
6. [Sur ce qui suit, voir ci-dessus, p. 50.]
7. [Correction indi(juée dans l'interligne : qualibet.]
8. [Sur cette fin de phrase, voir ci-dessus, p. 49.]
Vir. — LES ACTES DES e'vÉQDES DU MANS. 329
In Xpisti nomine Theodericus rex félicitera
Audofredus jussu subscripsi^.
Datum quod fecit mensis mr. v ann. regni nostri III in Conpendii
palacio noslro hu nomine^ féliciter.
[X.]
THEODORICI PRO AIGLIBERTO DE THUSPHIACO.
Genuinum (v. K. Pcrtz).
[Jeudi 6 déc. 675.]
[Voir ci-dessus, p. 51 et suiv.]
God. Genom. 224, fol. 62.
Theodericus rex Francoriim vir illuster ''.
In hoc semper regalis celsitudo débet prospicere ut quodcuraque
contra Dei decretum vel instituta patrum fuit actum, debeat esse
reslauratum. Ideoque ad aures clementiç nostrç fuit patefactum eo
quod Ulphaldus et Ingobertus^ obtimates nostri illustri Deo sacrata
Adidola abbatissa seu et génitrice sua Ingane, quç in monasterio
puellarum, quod in honore sanctç Marie vel ceterorum domnorum
in loco nuncupante [TJhusphiaco*' constructum, una cum turba plu-
rima monacharum sub sancta régula conversare videntur, vel ipsa
congregatione , tale'^ testamentura facere coegisset, ut quod-
cumque predicti viri ad ipsas ancillas Dei facere ordinabant, aiiud
nuUatenus pontificium faciendi haberent, nisi presentaliter in per-
petuum ut omni terapore jussionem de qualibet causa facere et
adimplere deberent. Etcontra vero asserebat vir apostolicus Aigli-
bertus Genomannice urbis episcopus quod predictum monasterium
suç sedis^ aecclesiç esse deberet, et Loppa Deo sacrata relicta vide-
licet Egigni illud ibidem legibus tradidisset, oslendensque nobis
strumenta cartarum, quç predicta Loppa de jamdicto monasterio
t. [Lire subscripsi : ci-dessus, p. 45.]
2. [Lire jussus optolit : ci-dessus, p. 46.]
3. [Lire in Dei nomine : ci-dessus, p. 46.]
h. [M. Julien Havet entendait certainement corriger : viris inlustribua.
Ci-dessus, p. 45.]
5. [Sur Ingobert, voir ci-dessus, p. 54.]
6. chusphiaco C. [Voir ci-dessus, p. 5[.]
7. |Sur ce qui suit, voir ci-dessus, p. 52.]
8. [Expression suspecte : ci-dessus, p. 54.]
330 QUESTIOÎVS MÉROVnGIEN^VES.
Genomannice malris aecclesiç perpetualiter tenendum et aecclesia-
stice dominandum ac possidendum fuerit^ quç et ante nos relicta- et
adprobala a memorato Achilberto et a suis minisiris sunt legibus
evindicata, etiam hoc ab eo et a suis ministris^ legibus adprobatum,
in conspectu nostro et procerum ac fidelium nostrorum, quod
jamdictum monasterium in jus et potestatem suç seclis'' aecclesiç
presentibus et futuris temporibus juste ac legibus debeat perma-
nere. Quam ob causam"peciit clementiam nostram memoratus pon-
tifex ut quod tam manifestis indiciis declaratur, nostra assensione
immo actoritate rôboretur^, cujus peticionibus pro amore Dei et
ejusdem sancti loci aurera accommodamus, et banc preceptionem
eis suisque per tempora successoribus , jamdicte sanctç congre-
gationis fieri ac dari jussimus, ut firraius futuris temporibus omni
scilicet remola questione tam predictorum virorum quam et cujus-
libet persone memorata Cenomannica înater aecclesia ^, quç est con-
structa et dedicata in honore sancte Marie et postea inmajorata in
sanctorum martirum Gervasii et Prothasii'', ejusque pontifices atque
rectores, sepedictmn^ monasterium cum otnnibus ad se pertinentibus
vel aspitientibus tenere et aecdesiastice valeatper tempora ^o55^■c?ewc?o
gubernare. Sed dum nosunacum consensu pontiflcum vel optima-
tum nostrorum, quod hçc causa vel ipsa caria contra Dei decretum vel
institutapatrumaut normam régule ferat actum, dum sub ditione et
regimine predicti pontificis^^ cui jamdictum monasterium ut pre-
scriptum est et suç sedis^^ aecclesiç legibus pertinet, quod et a nobis
enucleatum^^ est perscrulandum^-^ et préfixe monache^^ quiète in ipso
tnonasterio vel predicta congregatione sub polestate et dominatione
antedicti pontificis^^ degere debeant, ideoque presenti preceptione
decernimus, et omnino jubemus, ut si ullo umquam tempore
1. [Correction indiquée dans l'interligne : \ec\. C'est-à-dire fecerit.]
2. [Correction indiquée dans l'interligne : [e]. Relecta.]
3. [En marge : « et suis ministris » interpolationem olet.j
4. [Ci-dessus, p. 329, n. 8.]
5. [Sur cette faute de prosodie, voir Bibl. de l'Éc. des ch., 1893, p. 643, n. 2.]
6. [Expression suspecte : ci-dessus, p. 54.]
7. [Suspect pour le fond : ci-dessus, p. 54. J
8. [Expression suspecte : ci-dessus, p. 54.]
9. [Suspect pour le fond : ci-dessus, p. 54. |
10. [Ci-dessus, p. 329, n, 8.]
11. [Correction indiquée dans l'interligne : [i\. Enucleatim. Ci-dessus, p. 54.]
12. [Lire perscrutatum. Ci-dessus, p. 54.]
13. [Expression suspecte : ci-dessus, p. 53-54. J
14. [Suspect pour le fond : ci-dessus, p. 54. J
Vir. — LES ACTES DES e'VÊQUES DD MANS. 331
ipsa carta aut alius qualiscunque strumentus, de nomine predi-
clorum viroriim, contra predictum pontificem vel ejus abbalissa
nomine Odilane vel génitrice sua Ingane vel [ipsara congregationem
predicti monasterii proferebantur, vacuas et inanis permanirent et
nullum sortirentur effecturn, sed predicta abbatissa veH] ipsa
congregatio orani tempore absquecujuslibet impedimento vel supra-
dictorum virorum , quietas in ipso raonasterio sito in pago Genoman-
nico Chusphiaco^ constructo debeant residere, vel sub sancta
régula ibidem conversare, et pro statu aecclesiç et sainte patrie
seu pro stabilitate regni nostri perhenniter ibidem debeant exorare.
Et ut hçc auctoritas firmior habeatur, et in omnibus et ab omni-
bus conservetur, manus nostre subscriptionibus subter eam decre-
vimus roborare.
In Xpisti nomine Theodericus rex subscripsi.
Gundinus jussus obtulit et subscripsit^.
Datum quod fecit mense decbr. d. vi ann. III regni nostri Gom-
pendio in palacio nostro in Dei nomine féliciter amen.
[XL]
BERARll PRO HËRLEMUNDO DE CALADUNNO\
Genuinum.
740 octobr. 2\ fer. III.
[Voir ci-dessus, p. 54 et suiv.]
God. Cenom. 224, fol. 66 r.
In nomine Patris et Filii et Spiritus sancti.
Cum divinitate propicia dono Dei acsi indignus ego Berarius ^
1. [Bourdon du copiste. Sur la partie de texte rétablie entre crochets, voir
ci-dessus, p. 53.]
2. jLire Thusphiaco : ci-dessus, p. 51, 53.]
3. [Supprimer et subscripsit : ci-dessus, p. 54.]
4. [Autre tilre rédigé par M. Julien Havet, mais, à ce qu'il semble, antérieu-
rement : Berarii [episcopi Redonensis] pro Chrodegario et Herlemundo epi-
scopo de Caladunno. — La copie de cette pièce est précédée des extraits sui-
vants : « 224, fol. 66 r° : Exemplar testanienti quod Berarius nobilis Cenomannice
urbis episcopus de monasteriolo Caledon sancte Cenomannice matris aecclesiç
suo in tempore fecit, quod ideo in bis gestis pontificalibus inserere placuit... »
« 224, fol. 65 v°, col. 2, dernières lignes : Amen. In fine itaque bujus parve
ejus comraemorationis id est Herlemundi predicti episcopi in comparatione
magnorum quÇ egit. (Aucun signe matériel de lacune.) »]
5. [Sur Berarius, probablement évéquc de Rennes, voir ci-dessus, p. 55-57.]
332 QUESTIONS MEROVINGIENNES.
vocor episcopus, deliberavi ut quicquid michi Deus tam de propria
parentum substantia quam et nostra utiliter conquirere vel attrahere
usque nunc potuimus, aut inantea auxiliante Deo attrahere potueri-
mus, unde testamentum et^ Caladunno^ monasterio, quod nostro
opère aedificavimus , de omnibus rebus nostris, quod est in pago
Genomannico consLruclum in condita Diablentica in honore sancte
Marie et sancti Pétri constructum, ubi Gagliberta abbatissa preesse
videtur, prope^ illas abbatias vel bénéficia quç de ratione sancti Ger-
vasii in beneficio habeamus-', hoc sunt Busogilo monasterio cura
appendiciis suis, Prisco Siccino monasterio, Diablentis^ illo mona-
sterio sancti Martini, et cclla sancti Victuri^ quç est infra murum
Cenomannis civitate constructa, hçc loca superius nominata cum
omnibus adjacentiis vel appendiciis earura et aha loca quç pro bene-
ficio aecclesie tenemus, Bisigario, Patriniaco et Munto, sicut diximus,
propter ista loca que ad Galadunno non firmavimus, nos quoque
omnibus rebus nostris hoc plena et intégra voluntate ad monaste-
rium prefatum ad Galadunno ejusque congregationi in Dei nomine
consistent! firmavi et firmatum in perpetuum esse volo, undecumque
nostrum testamentum loquitur vel nostra videtur esse possessio,
ad prefatum monasterium ad Galadunno volo esse firmatum alque
concessum. Ea ratione dum cognitum est quod vir illuster Grode-
gario^ dux de inferendis vel undicunque juvamen nobis pres^are^
non cessât, vel adjutorium tam nobis quam ipsi case facit et in
anlea facere disponit, convenit nobis ut fllia sua Godilde'' in ipso
monasterio superius nominato pro hujus merito post discessum
ipsius Gagliberlene instituere vel confirmare deberemus abbatissam,
quod et ita fecimus, ut tempore vitç su*^, quamdiu ei Deus spa-
cium dederit, secundum Deum et sanclam regulam tempore vitç
suç in ipso monasterio abbatissa esse debeat et sub regimine ipsius
domni Berarii quamdiu advivit et neque nos neque successores no-
stri nec ullus quislibel quamdiu ipsa advivit de ipsa abbatia vel de
ipso monasterio nec dismanandum nec distrabandum^*' ad hoc facien-
1. [Correction indiquée dans l'interligne : ad.]
2. [Sur Chàlons, voir ci-dessus, p. 57.]
3. [Dans l'interligne : « intell, praeter. » Ci-dessus, p. 58, n. 1.]
4. [Sur cette phrase, voir ci-dessus, p. 55.]
5. [Jublains : ci-dessus, p. 55, 57.]
6. [Saint-Victur au Mans : ci-dessus, p. 55.]
7. [Sur Grodegario ou Crodegarius, voir ci-dessus, p. 58.]
8. [La leçon du manuscrit est indiquée dans l'interligne : pr'are.\
9. IChrodéilde, fille de Crodégaire : ci-dessus, p. 58.]
10. \Sic dans l'autographe de l'auteur; cf. p. 333, 1. 15. |
VII. — LES ACTES DES e'vÊQUES DD MANS. 333
dum non habeal pontificium. Et convenit nobis ut post nostrum
discessum domnus Herlemundus^ aut alius pontifex Cenomannice
ad ipsum monasterium in manu regendum vel gubernandum aut
abbatissam post discessum memorate Ghrodeilde intromiltendo, ut
in finem super eorum ordo custodiatur et perhenniler coiiserve-
tur. Quia dum cognitum est quod domnus Herlemundus abba-
tias vel benefîcialia aecclesiastica superius nominale, etlam ad
diem presenlem nobis Canariago ad usum benefîciorum deditum-
tanta bénéficia nobis concessit, pro hujus merito convenit nobis sicut
superius nominatas^ diximusut ipsum monasterium Galadunno post
nostrum discessum ipse pontifex aut successores sui ad regendum
vel gubernandum, sicut et alia monasteria quç dum in sua parrochia
habent privilégia, ita et in ipso habeat pontificium, ut dum advivimus
ipsa bénéficia abbatissa'* de ipsum monasterium^ in altero manus
non habeamus pontificium nec distrahandum nec commendandum,
nisi sicut diximus semper sub regimen sancti Gervasii ejusque ponti-
ficis post nostrum discessum esse debeat, ut illa bénéficia superius
nominata quae pro beneficio domno Herlemundo vel aecclesiç suç
vel aliorum tenemus, post nostrum discessum cum omni re imme-
liorata absque uUius segregatione ipse pontifex aut successores sui a
partibus aecclesiç sancti Gervasii in eorum faciant revocare domina-
tionem vel potestatem. Et convenit nobis ut nullus ex nobis de bac
convenientia quod superius comprehensum nullus contra pares pro
qualibet ingeniositate articulum emutare non possit ; qui hoc fecerit
aut contra parem suum calumpniator adsisterit, quantum et alia tan-
tum quantum res ipsas eo tempore immelioratas vadere videntur, tam
Çrodegarius quam et domnus Herlemundus vel domnus Berarius, qui
contra hoc emutare voluerit, teneatur obnoxius;, et quod repetit
nichil vindicet ; sed presentares ^ epistolas uno tenore conscriptas,
una quam domnus Herlemundus in archa aecclesiç suç pro se retineat,
et alia quam domnus Berarius in monasterio suo habeat, et ter-
cia quam vir illuster Çrodegarius ad opus filiç suç Grodehilde habere
debeat, quam vero manus eorum inter se has epistolas tam ipsi vel
eoncivibus suis visi fuimus confirmasse.
1. [Herlemundus, évêque du Mans : ci-dessus, p. 55, 57.J
2. [Correction indiquée dans l'interligne : dédit vel.\
3. [Au-dessous de nominatas, des parenthèses destinées à enfermer une anno-
tation qui n'a pas été écrite.)
4. [Correction indiquée dans l'interligne : abbaiiasque.]
5. [Ipsum monasterium. Sous chacun de ces deux mots : « corrigé en o. »]
6. [Correction indiquée dans l'interligne : [ter très], c'est-à-dire T^resen/er ires.]
334 QUESTIONS MÉROVINGIENNES.
Aclum Marogilo villa ^ in anno XVI régnante domino Ghildeberto
rege nostro, xii kl. novb.
In Xpisti nomine Berarius episcopus hanc epistolam a me factam
subscripsi.
[XII.]
HERLEMUNDI PRO S. AUDOENO.
Genuinum.
?7i3jan. \ (?)
[Voir ci-dessus, p. 58 et siiiv.]
God. Genom. 224, fol. 67 v : « Sequitur exemplar testamenti ejus-
dem domni Herlemundi quod fecit sinadochio sancti Audoenijuxta
urbem quod a novo fundavit et ex quibus rébus illud dotavit, et
qualiter monachos inibi instituit, sicut in eo habetur insertum,
quod supradicto pretextu et hic insérera libuit.
Dagobertus^ rex Francorum vir illuster^.
Pipinus major domus.
In Dei nomine Herlemundus'' acsi peccator episcopus dominum
ut precor et supplico gratiam vestram^\ Dura ego oratorium in
honore sancti Audoeni^ episcopi et confessons prope de muro Ceno-
mannis civitate construximus, et ibidem Seufredum presbiterum
instituimus esse rectorem, et monacolos'^ sub sancto ordine con-
sistentes constituimus, et pauperes vel hospites et peregrinos omni
tempore pro mercede nostra communi supervenientes suscipere eis
juxta possibilitatem ipsius loci precepimus, sed dum anle dies ali-
quid de rébus nostris quas nobis Deus dédit, etiam et de rébus aeccle-
siç sancti Gervasii ad ipsum oratorium concessimus et adfirmavimu^,
et ad prescns oportebat ut ipsi monacoli, vel pauperes ibidem con-
versantes, substantiam minime habebant unde expleto alimenta
vel vestimenta habere deberent : ideo nos pro Dei instuitu pertra-
etantes, una cum conscnsu confratrum vel concivium nostrorum
seu et fidelium laicorum, convenlt nobis ut vico^ aliquo qui vocatur
1. [Mareil-en-Champagne (Sarlhe) ? Ci-dessus, p. 54.]
2. [Sur la suscription, voir ci-dessus, p. 59 : les mentions de Dagobert et de
Pépin sont suspectes. |
3. [Sur vir llluster, voir ci-dessus, p. 329, n. 4.]
4. [Sur Herlemond, évéque du Mans, voir ci-dessus, p. 55, 57.]
5. [Sur ces mots, voir ci-dessus, p. 59, n. 2.]
6. |Saint-Ouen du Mans : ci-dessus, p. 58.]
7. monacVos codex.
8. [Sur ce qui suit, voir ci-dessus, p. 57.]
VII. — LES ACTES DES EVEQOES DU MANS. 335
Artinis super alveum Liddo constructum et villa nuncupante Pro-
liaco seu et Pensire in pago Cenomannico, quem Bertocarius sacer-
dos usque nunc tempore per nostrum benefîcium tenuit, cum
omni integritate ad ipsum vicum pertinentem vel aspicientem, hoc
est tam terris, mansis, oasis, aedificiis, accolabus, mancipiis, lidis,
ministeriales, vineis, silvis, pratis et pascuis, aquis aquarumve dis-
cursibus, raobilibus et immobilibus, peccuniis, peculiis utriusque
sexus, quadrupedum presidium vel omni suppellectili quod ars
humana dicit aut nominare potest, omnia inexquisita a die présent!
ad sacrum predictum oratorium seu ad luminaria ipsius loci jam-
dicti vel ministris a nobis constitutis atque monacolis ibidem sub
sancta régula consistentibus plena gratia concedere deberemus;
quod annuente domino et seniore nostroPipino majore domus fecisse
non dubium est. Ita ut dum et nos perpensamus quod in supra
memorato vico Artinis nec monachi nec pauperes seu hospites ad
consolationem preparandum non habebant, ita et admodum sicut
jam supradictum est ipsum vicum Artinis cum omni integritate vel
loca ibidem aspiciente vel pertinente ad ipsum oratorium sancti
Audoeni vel ipsis fratribus consolandis, seu lumen ipsorum san-
ctorum procurandis volumus esse concessum atque indultum, ut
rectores seu congregacio ipsius monasterii vel pauperum pro nobis
pio^ Domino oblaciones et liostias ac precces quam pro me quam
principe nostro Pipino seu et pro stabilitate regum et prolis eorum
fungant oraculis, ut diximus, tempore vitç nostre seuque suc-
cessorum nostrorum prefatus viens Artinus ad supra scriptum
oratorium sancti Audoeni ad luminaria vel stipendia ipsorum
monachorum vel pauperum absque ullius obstaculis perannis^
temporibus proficiat in augmentum, ut ab hodierna die res
superius nominate nullo alio loco impendant servitium, nisi par-
tibus predicti oratorii sancti Audoeni ejusque monasterii^ seu recto-
ribus ibidem consistentibus, sub jure ac potesiate sanctorum
martirum Gervasii et Proi/iasii\ diurno^ tempore valeant perdu-
rare. Nos vero humiliter deprecantes, successoribus vel patri-
bus nostris qui post nos venturi erunt flebili voce et cum jureju-
rando dicimus et per Trinitatem inseparabilem conjurare presumimus,
1. Sic.
2. Corr. en per annos.
3. (Correction indiquée dans l'interligne : [colis]. C'est-à-dire : monacolis.]
4. [Sur cette incise suspecte, voir ci-dessus, p. 58.]
5. [Correction indiquée dans l'interligne : [tu]. C'est-à-dire : diuturno.]
336 QUESTIONS MEROVINGIENNES.
ut haec voluntas et facta nostra ab ipsis inviolabiliter ejus^ tem-
poribus conservelur, et semper consolationem vel juvamen pro-
cerum^ mercede ad ipsum sancLum locum propter Deum et reveren-
tiam ipsius sancli sanctorLim monaeholis vel pauperibus pretendere
debeant, et de suprascripto vico jamdicto oratori^ ejusque mini-
stris expoliare non debeant. Illud nobis plaçait inserere quod futurum
esse non arbitrer, si que ulla de parte aecclesiç nostre sancti Ger-
vasii et Prothasii Genomannice vel quçlibet persona qui contra hanc
concessionem venire, impulsare aut irrumpere temptaverit et sese
non corrigerit, primitus iram Dei incurrat et a liminibus omnium
aecclesiarum sancLarum efficiatur extraneus , et hçc voluntas in
perpetuum valeat permanere illesa. Quam vero concessionem ut
firmiorem obtineat vigorem, manu propria subter firmavimus et
fratrum nostrorum roborare rogavimus.
In Xpisti nomine Herlemundus acsi peccator episcopus hanc con-
cessionem a me factam subscripsi.
Tharmerus archidiaconus subscripsi.
Landrobertus subscripsi.
Signum Ursino.
Warnobertus subscripsi.
Dido subscripsi.
Leodio subscripsi.
Garothgisus subscripsi.
In Dei nomen Ghaldricus a.hhas subscripsi.
Signum Baldefredi.
Teodobaldus subscripsi.
Bertholacus presbiter subscripsi.
In Dei nomen Giso subscripsi.
Landiens scripsi et subscripsi.
Data''' die jovis^ kl. januarias anno II regni nostri Lupila*^ in Dei
nomen.
Julien Havet.
1. [Correction indiquée dans l'interligne : evis. Ci-dessus, p. 59.]
2. [Correction indiquée dans Tinterligae : [eo]. C'est-à-dire : pro eorum.]
3. Corr. en -rio.
4. [Sur la date, voir ci-dessus, p. 59.]
5. [Diejovis est suspect : ci-dessus, p. 60. J
G. [Sur Lupila, voir ci-dessus, p. 60.]
^.g
UN FEUILLET DES HEURES
DE
CHARLES FRÈRE DE LOUIS XI
-^<>f<X-
Lettre à M. Chabouillet, conservateur honoraire du
Département des médailles de la Bibliothèque natio-
nale.
Mon cher ami,
Vous avez bien voulu me communiquer, de la part de M. le
docteur Margery, une jolie miniature du xv° siècle, en me priant
de vous renseigner, s'il y avait moyen, sur l'origine et la valeur
de cette peinture.
Je crois être en mesure de satisfaire votre curiosité et celle du
possesseur de la miniature; mais, pour le faire, il est indispen-
sable de vous rappeler en peu de mots ce qui se voit sur les deux
pages du feuillet de parchemin que vous m'avez fait l'honneur de
laisser entre mes mains.
Ce feuillet mesure 158 millimètres de hauteur et 110 de lar-
geur. La miniature qui couvre à peu près en entier le recto (elle
est haute de 145 millimètres et large de 98) représente le voyage
de la sainte Vierge et de saint Joseph se rendant à Bethléem pour
obéir à l'édit de l'empereur ; ils cheminent accompagnés d'un
âne, d'un bœuf et d'un chien. Dans le lointain se dressent les
murailles, les tours et les maisons d'une ville assise près d'une
espèce de lac. De nombreux cavaliers se dirigent vers les entrées
de la ville. Un moulin à vent couronne une colline à l'horizon.
Au premier plan, un arbre chargé de petits oiseaux. Les têtes de
la sainte Vierge et de saint Joseph manquent d'expression et
n'ont pas été traitées avec beaucoup de finesse ; mais l'ensemble
de la composition est plein de charme. C'est une bonne miniature
1894 22
338 UN FEUILLET DES HEURES
française de la seconde moitié du xv® siècle. Elle est surtout
remarquable par un encadrement, dans lequel le chiffre AE alterne
avec un écartelé : au 1 et 4 de France, à la bordure engrêlée
d'or; au 2 et 3 de gueules à deux léopards d'or. Cet écartelé est
quatorze fois répété, et le chiffre composé des lettres A et E ne
revient pas moins de douze fois. Quatre des écussons se pré-
sentent sous la forme de bannières que soutiennent quatre hommes
d'armes, de très haute stature, bardés de fer.
Au verso se lit un texte de quatorze lignes, occupant un cadre
haut de 74 millimètres et large de 48. C'est un morceau d'office,
qu'il n'est pas inutile de transcrire ici :
Deus in || adjutoUrium [| meum || intende 0 Do||mine ad adjuvan-
dum me I| festina. j| Gloria patri et fiho. Antiphona. || Benedicta tu.
Psalmus David. \\ Dominus regnallvit, decorem inlldutus est, indu-
tus est DoBminus fortitudinem, et.
Le premier D de cette page, tracé en rouge avec rinceaux d'or,
remplit un rectangle de 35 millimètres de largeur et de 32 de
hauteur. Le champ du rectangle compris entre le cadre et le
contour extérieur de la lettre est orné de rinceaux d'or sur fond
d'azur. L'intérieur de la lettre est resté en blanc, sans aucun
ornement, ce qui contraste avec le soin qu'on a pris de couvrir
de rouge, de bleu et d'or l'intérieur des autres initiales de la page,
comme aussi l'espace laissé sans écriture à la fin de la huitième
ligne. Evidemment cet intérieur de lettre devait recevoir une
décoration qu'une circonstance quelconque aura empêché d'exé-
cuter.
D'après ce que nous venons de constater, la nature du livre
auquel le feuillet a appartenu est facile à déterminer. Nous
sommes en présence d'un feuillet de livre d'heures, qui contient
le commencement des laudes de l'office de Notre-Dame. Le feuil-
let après lequel il était placé devait se terminer par une rubrique
annonçant l'office des laudes : In laudibus béate Marie, et il
devait être suivi d'un feuillet débutant par les derniers mots du
premier verset du psaume XCII, c'est-à-dire ^jrecinœit se, de
façon à laisser lire, d'une part, au bas d'un verso : Dominus
regnavit, decorem indutus est, indutus est Dominus forti-
tudinem, et, — et, d'autre part, au haut du recto faisant face
à ce verso : precinxit se.
DE CHARLES FRERE DE LOUIS XI. 339
Voilà un premier point de repère très solidement établi, auquel
nous reviendrons tout à l'heure.
Nous en avons un second dans les ornements qui couvrent les
marges de la miniature. J'avoue ne pas pouvoir expliquer le
chiffre AE, qui est répété douze fois dans l'encadrement; mais
l'attribution des armes ne souJGfre pas la moindre difficulté. Ce
sont celles de Charles de France, frère du roi Louis XI : en tant
que prince du sang, il portait les armes de France, avec une
bordure engrêlée d'or ; comme duc de Normandie, il avait pris
les armes du duché, deux léopards d'or sur un fond de gueules'.
Le feuillet dont nous nous occupons vient donc d'un livre
d'heures qui avait été fait pour Charles, frère de Louis XI, pen-
dant que ce prince possédait en apanage le duché de Normandie,
c'est-à-dire, comme vous le verrez un peu plus loin, entre les
années 1465 et 1469.
Or, on connaît depuis longtemps un livre d'heures qui a été
copié pour Charles de France, duc de Normandie. Il portait jadis
le n° 813 à la bibliothèque Mazarine, où il a pris le n° 473 depuis
la publication du Catalogue de M. Molinier.
Les feuillets du ms. 473 de la Mazarine mesurent 181 milli-
mètres de hauteur sur 132 de largeur, dimensions notablement
supérieures à celles du feuillet que vous m'avez communiqué,
et dont les bords ont dû être plus ou moins rognés; mais le
cadre occupé par l'écriture est de 74 millimètres sur 48, ce qui
est exactement la justification de votre feuillet. On y compte
quatorze lignes à la page, absolument comme sur le verso de
votre feuillet. A plusieurs endroits (fol. 86, 93, 108 v% 127,
131 v° et 154 vo), il y a de grands D hauts de 32 millimètres et
larges de 35, tracés et peints comme le grand D signalé un peu
plus haut, et dont l'intérieur a été, comme celui de ce même D,
laissé en blanc. Notons en passant qu'au fol. 122 v° du manus-
crit se remarque un grand D dont la décoration a été achevée :
on y a peint, dans la panse, les armes du frère de Louis XI : de
•France à la bordure engrêlée de gueules. Au haut et au bas du
fol. 86 v°, nous retrouvons les armes écartelées telles que nous
les avons vues sur la miniature du docteur Margery.
1. Suivant le héraut Berry, qui écrivait à la fin du règne de Charles VII,
les armes du duc de Normandie étaient de gueules à deux léopards d'or ; celles
du duc de Guyenne, de gueules à un léopard d'or. Armoriai composé vers 1450
■par Gilles Le Bouvier, dit Berry, éd. Vallet de Viriville, p. 66.
340 DN FEUILLET DES HEURES
Ajoutons encore que l'écriture du feuillet que nous étudions
est identique à l'écriture du ms. 473 de la Mazarine.
Voilà de bien fortes présomptions pour nous autoriser à attri-
buer une origine commune à votre feuillet et au ms. 473 de la
Mazarine.
Mais ce n'est pas tout. Le ms. 473 présente des lacunes S
notamment après les feuillets qui portent aujourd'hui les n°^ 26,
42, 62, 68, 70, 72. Au fol. 69 commence un cahier de huit feuillets,
dont il ne subsiste plus que les feuillets 1 , 2, 4, 5, 7 et 8 ; il y
manque les feuillets 3 et 6. Le feuillet 5, aujourd'hui coté 72, se
termine au verso par la rubrique In Laudibus heate Marie, et
Je feuillet 7, aujourd'hui coté 73, commence au recto par les mots
precinxit se. Or, avant d'avoir ouvert le manuscrit de la Maza-
rine, j'avais annoncé que le feuillet du docteur Margery venait
d'un livre d'heures, où il se trouvait entre une page finissant par
la rubrique In laudibus béate Ma^He et une page commençant
par les mots precinxit se.
Il me semble donc démontré jusqu'à l'évidence que le feuillet
dont nous recherchons l'état civil est un morceau du ms. 473 de
la Mazarine. Comment, en effet, pourrait-on supposer : 1° qu'un
même scribe aurait copié pour Charles, frère de Louis XI, deux
livres d'heures de la même justification ; 2° que les grandes ini-
tiales de ces deux livres auraient eu les mêmes dimensions et
auraient été tracées et peintes d'après un même modèle ; 3" que,
dans l'un et dans l'autre, la décoration intérieure de ces mêmes
initiales serait restée en souffrance ; 4° que chacun de ces deux
livres aurait renfermé une page de quatorze lignes commençant
par Deus in adjutoriiCm et finissant par Dominus fortitudi-
nem, et ; et surtout 5° que le feuillet contenant cette page au
verso aurait été enlevé dans chacun des deux volumes?
Je n'hésite donc pas à affirmer que le feuillet si heureusement
recueilli par le docteur Margery appartient au livre d'heures de
Charles, frère de Louis XI, conservé à la Mazarine sous le n° 473.
Il n'est pas besoin de décrire ici ce livre d'heures, auquel une
notice a été consacrée dans le Catalogue des manuscrits de la
Mazarme^. Je ferai seulement observer que l'exécution de ce
1. Ces lacunes datent d'une époque ancienne; une seule est indiquée dans
le catalogue imprimé des manuscrits de la Mazarine.
2. Tome I, p. 182 et 183.
DE CHARLES FRERE DE LOUIS XI. 34^
volume doit, selon toute apparence, se placer entre les années
1465 et 1469. En effet, à partir de l'année 1469, Charles de
France remplaça, au deuxième et au troisième quartier de ses
armes, les deux léopards de Normandie par le léopard unique de
Guyenne. C'est ainsi que les armes de ce prince sont figurées en
tête du bel exemplaire des Statuts de l'ordre de Saint-Michel, qui
lui fut remis lors de l'institution de l'ordre ^
Je dois encore faire une remarque sur les Heures de Charles
de France. C'est que la décoration n'en a jamais été achevée. Le
manuscrit, tel qu'il est conservé à la bibliothèque Mazariiie, ne
renferme que deux tableaux terminés : au fol. 13 la Trahison de
Judas, et au fol. 85 v° l'Adoration des bergers. Tous les autres
ne sont qu'esquissés ou ébauchés. Les deux tableaux terminés ne
me semblent pas être de la même main. Le premier, dont la com-
position et le coloris sont vraiment remarquables, rappelle assez
bien, par certains détails et notamment par l'emploi des hachures
d'or, les procédés de l'école de Jean Foucquet^; le second, d'une
exécution moins savante et moins soignée, doit être de la même
main que la miniature du docteur Margery. Suivant un usage
dont beaucoup d'exemples ont été signalés, la décoration des
Heures de Charles de France avait dû être confiée à plusieurs
enlumineurs.
Vous savez, mon cher ami, combien il est délicat de mettre
des miniatures du xv® siècle sous le nom d'un artiste déterminé.
Je me garderai donc bien d'émettre aucune conjecture sur l'auteur
de la page que vous m'avez donné l'occasion d'étudier et qui, je
crois, restera, jusqu'à nouvel ordre, dans la catégorie des œuvres
anonymes de la peinture française de la seconde moitié du xv° siècle .
Je vous dirai cependant, sans vouloir en tirer aucune consé-
quence, que nous connaissons les noms de deux peintres qui ont
été employés par Charles, duc de Normandie : Jean Gillemer et
Jean de Laval.
1. Cet exemplaire a été inséré dans un des recueils de Clairarnbault, vol. 1242,
p. 1421 et suiv. M. Paul Durrieu s'en est incidemment occupé dans le mémoire
intitulé : Une Peinture historique de Jean Foucquet : le roi Louis XI tenant
un chapitre de l'ordre de Saint-Michel, mémoire qui a paru dans la Gazette
archéologique de 1890.
2. Voyez la notice que M. Vallet de Viriville a consacrée à Jean Fouc(jucl,
dans la Revue de Paris, année 1857, et dans l'Appendice des Évangiles de Cur-
mer, p. 117.
342 UN FEUILLET DES HEDRES DE CHARLES FRERE DE LOUIS XI.
Le premier, Jean Gillemer, fut soupçonné d'avoir servi d'es-
pion au prince Charles. Les poursuites rigoureuses dont il fut
l'objet et que dirigea le terrible Tristan l'Ermite ont été racontées
dans les moindres détails par M. Lecoy de la Marche*.
Ce que nous savons du second se réduit à deux articles de rôles
de dépenses de la maison du duc de Normandie pour les années
1467 et 1468 \
A Jehan de Laval, painctre de mon dit seigneur, pour pareille
cause [pour ayder à soy entretenir à son service], la somme de cent
solz tournois, pour ce, c s. t. (Rôle du mois de mars -1467, n. st.)
A Jehan de Laval, painctre, xii livres. (Rôle des mois d'avril-sep-
lembre'1468.)
Je n'ai plus, mon cher ami, qu'à vous remercier de votre
communication et à vous prier de transmettre mes félicitations à
M. le docteur Margery pour la clairvoyance et le goût dont il a
fait preuve. Le feuillet qu'il a découvert, et dont il a du premier
coup reconnu l'intérêt, méritait les soins dont il l'entoure et qui
en assureront la conservation.
Votre dévoué collègue,
L. Delisle.
1. Le travail de M. Lecoy de la Marche a été communiqué en 1892 à l'Acadé-
mie des inscriptions et belles-lettres; voyez les Comptes-rendus des séances,
année 1892, p. 153 et 154.
2. Bibl. nat., ms. fr. 21477, fol. 28 et 47.
LA TRADUCTION
DES
COMMENTAIRES DE CÉSAR
PAR PIER CANDIDO DEGEMBRI.
Dans son intéressante étude sur Pier Candido Decembri et
l'humanisme en Lombardie, publiée dans YArchivio storico lom-
bardo^, M. Mario Borsa a été amené à parler des volgarizza-
menti d'auteurs anciens dus à l'humaniste lombard dont ne nous
aurait été conservé que le seul Quinte-Gurce : « Questi [Decem-
bri] aveva volto in italiano per il Principe [Filippo Maria Vis-
conti] le Storie di Quinto Gurzio, i Gommentari di Giulio Gesare,
il De bello punico di Polibio e le opère di Golumella e di Apuleio. . .
Ma délie scritture in volgare del Decembri a noi non è giunta se
non la versione di Gurzio, la quale ebbe anche gli onori délia
stampa^. » M. Borsa s'est trompé en ce qui concerne la traduc-
tion des Commentaires de Gésar ; celle-ci a été signalée au siècle
dernier dans un manuscrit de la bibliothèque Ghigienne par
Angelo Teodoro Villa, et nous en possédons une partie, le De
bello g allie 0, dans un volume du fonds italien de la Bibliothèque
nationale. Villa donne sur le manuscrit Ghigi les renseignements
suivants :
Commentari di Gaio Julio Cesare. Al Serenissimo Principe et
excellentissimo Signor Filippo Maria Diica di Milano, e d'Angkiera
Comte, e di Genova Signore. Stà manoscritta questa Versione nella
Libreria Ghisiana. God. fol. in pergameno Banco E. num. -1059, come
gentilmenLe ne avvisa l'eruditissimo Amico nostro Ab Pieranlonio
1. Année XX, p. 1 à 75 et 358 à 441.
2. Archivio storico lombardo, année XX, p. 24-25.
344 LA TRADUCTION
Serassi, Segretario ora dell' Eminentissimo Furietti. In principio del
Codice si legge : Incomincia l'istoria di Gaio Julio Cesare Imperatore
Maximo continuo consulo, e perpétua ditatore de le Bat agite di
Gallia da lui proprio descripte. Ed in fine : Finisce il septimo libro
de l'istoria di C. Julio Cesare Imperatore maxi7no, etc., traducte in
vulgare da P. Candido felicemente. Havvi altresi il Prologo de
P. Candido sopra H Cotnentari de Gaio Julio Cesare incominciando
dal Suplemento de Hircio Consulare fin air ultimo délia guerra
civile traducti in vnlgare al Magnifîco Cavalière Ignigo de Canalos ^
Ducale Cav.^.
Il me paraît assez probable qu'outre cet exemplaire de la biblio-
thèque Ghigienne, qui existe sans doute encore à Rome, on en
pourrait trouver d'autres en Italie même; en tout cas, celui de
la Bibliothèque nationale suffit à montrer qu'au moins le De bello
gallico de Decembri ne s'est pas perdu, comme on l'a cru.
Classé actuellement sous le n" 124 du fonds italien, après avoir
porté le n" 7725 de l'ancien fonds, ce manuscrit du xv« siècle, en
papier et très pauvrement décoré, figure dans l'inventaire de la
librairie de Blois, rédigé lors de son transfert à Fontainebleau :
« N° 1675^. Ung autre livre escript à la main, en papier, inti-
tullé : Commentaria Caesaris, cuir tanné'*. » Il provient évi-
demment de la librairie du château de Pavie, et la traduction
qu'il renferme n'a pas été faite, comme le suppose M. Mazzatinti^,
pour François Sforza, elle a été faite, on va le voir, pour Phi-
lippe-Marie Visconti. A la vérité, le prologue du volgarizza-
meyito de César, tel qu'il se lit dans le ms. 124 du fonds italien,
ne désigne pas ce prince par son nom, — et c'est pourquoi Mar-
sand n'avait pas reconnu l'auteur de la version^, — mais, sans
compter que ce prologue trahit le style de Decembri, il résulte
1. Est-ce Avalos ?
2. Addizioni e correzioni di Angelo Teodoro Villa, milanese, alla Biblio-
teca degli volgarizzatori del segretario Filippo Argelaii, bolognese, t. V (Milan,
1767), 1). 447, et cf. p. 730.
3. El non pas 1667, comme le dit M. Mazzatinli, Manoscritti italiani délie
Biblioteche di Francia, t. 1, p. xciv.
4. Bibl. nat. Fonds français 5660, fol. 110 v. Je dois le renseignement à
notre confrère M. Omont, qui a bien voulu relire pour moi cet inventaire.
5. Manoscritti italiani, t. 1, p. xciv.
6. 11 proposait soit Dante Popoleschi, soit Francesco Baldelli (/ manoscritti
italiani delta regia biblioteca parigina, Paris, 1835, t. I, p. 71).
DES COMMENTAIRES DE CÉSAR. 345
de l'examen d'un autre manuscrit, contenant une version castil-
lane du volgarizzamento, que l'attribution du César italien à
l'humaniste lombard ne saurait être contestée. Voici d'abord le
prologue du manuscrit de Paris :
Incomincia lo prologo in li commentari di Gesare tradueti in
volgari.
Molli sono gia stati, Serendissimo^ Prencipe, li quali, o per poca
notitia de glistorie antique, o per difecto de litteratura, hanno creduto
che quisti libri che de présente traduco in vulgare a la Vostra Excel-
lentia, non da Gaio Iulio Gesare, ma dalcuno altro litterato auclore al
suo nome discripti fussero. Donde e proceduto non minimo errore :
che alchuni dessi questi libri ad Suetonio Tranquillo, alchuni ad Iulio
Ceiso hanno intitulali, liquali sarebeno da essere piu tosto excusati da
mi cha reprisi, si la ignorantia excusatione alchuna mirilar potesse.
Ma, considerato che la ueritate in ognie locho e da esser lodata e pre-
ponutaalamicitia e che débite e che glioperatione de li notabili homini
ala gloria sua referite siano, harando patientia quelli de glistorie non
bene eruditi, sintenderando el proprio vero a la Vostra Excellentia
da mi esse discripto, poi che loro non piu de me foreno présent! ad
quilli tempi, ma tuclo ne la fede e lauctoritote de notabili aucturi
referito sia. Per tanto non se marauegliano li dicti libri essere des-
cripti da Gesare, el quale in maiore cose de queslo ha lassato memoria
e nome del intellecto suo.
Ne credano egli perche facesse facti d'arme non sapesse pero lit-
tera; per che, se riuolgerano ne la mente sua li famosi imparaturi et
illustri capitanii passati, ritrouerando tucti quelh, exceptopochi, non
solamente in littere latine, ma ne le greche ancora essere stati docti
et eruditi, el nome de li quah, perche sarebbe longo a referire e super-
uacuo a la Vostra Excellentia, lassero a lo présente, solamente arre-
cordando, non tanto Iulio Gesare, ma Octauiano, Tiberio, Germanico,
Galligula, Claudio et Nerone, tucti duna prosapia descenduli, equal-
mente essere stati litterati et moite testimoniance del eruditione sua
a la posteritate hauer lassate. Ma per ritornare a Gesare, primo impe-
ralore, de che al présente summamente e arrecordato el nome e la
gloria, essendo lui da li Romani electo perche la prouincia de Gallia
ordinasse, che da nui la Francia sappella, e data quella ordinatione
1. Sur cette forme Serendissimo, où le groupe nn est représenté par nd (cf.
plus bas aussi harando, sintenderando, ritrouerando pour haranno, s'inten-
deranno, ritroueranno), voy. W. Meyer-Lûhke, Italienische Grammatik, g 229.
346 LA TRADUCTION
in cinque anni, poi confirmata in altre tanto tempo per lo senato e
populo de Roma, quelle facende che per lui in quislo spatio di dece
anni ordinale fuoreno, tucti distintamente in septe libri li ricolse, a
le quale non essendo data compila descriptione, si come chiaramente
se uede, uno de li suoi capitanii multo famoso in facti darme, dicto
Aulo Hircio per nome, loctauo libro acquelli agionse. Dopoi essendo
da Cesare in tre libri descripte tutte le bactaglie cidatine, state fra
lui e Pompeio in diuersi lochi, che da Lucano poi in uersi piu poeti-
camente ca uere descripte foreno, Hircio predicto, per compire la
prima e la secunda historia, Lre libri similmente acquelli adionse in
che le bactaglie da Lexandria, Dafrica e Dispagna se conteneno,
secundo che in quisto vulume in vulgare se ritrarano. E si de queste
ragioni alcuno da me la fede rechiedesse, uada li libri di Suetonio, de
Hircio e de Tulio, che de tal Iode da me contati e de raaiorl anchora
pienissima auctoritate, notitia e fede allui daranno.
Je donne maintenant la version castillane faite sur l'italien et
que j'emprunte à un manuscrit de la bibliothèque d'OsunaS où
sont expressément nommés et le prince auquel a été adressée la
traduction des Commentaires et l'auteur qui l'a exécutée :
Al serenissimo principe e rauy excelente sefior Filippo Maria
duque de Milan, conde de Pavia e de Anguera e seilor de Genova,
comienza el prologo de Pedro Gandido sobre la ystoria de Gayo Jullio
César.
Muchos han ya seydo, ilustrisimo principe, los quales, o por poca
noticia de las ystorias antiquas, o por defecto de lelras, creyeron que
eslos libres que yo al présente trayo en vulgar a la vuestra excelen-
cia, no de Gayo Julio César, mas de algun otro letrado aclor al su
nombre fuesen descritos. De donde ha procedido no minime error :
ca algunos delios a Suetonio Tranquilo e otros a Julio Gelso estes
libres han intitulado, los quales antes debrian ser escusados e [sic,
pour que) reprehendidos de mi, si la ignorancia escusacion alguna
pudiese merescer. Mas, considerado que la verdad en toda parte deve
ser loada e anlepuesta a la amislad e que dévida cosa es que las
1. Voy. J.-M. Rocamora, Catâlogo abreviado de los manuscritos del duque
de Osuna, Madrid, 1882, n° 49. Aujourd'hui conservé à la Bibliothèque nationale
de Madrid sous la cote 11-37, ce manuscrit a sans doute été copié pour le mar-
quis de Santillane, dont l'érudition classique procède essentiellement de Boc-
cacc et des traductions latines ou italiennes de Leonardo Bruni et de Gandido
Decembri.
DES COMMENTAIRES DE CESAR. 347
obras de los notables hombres a gloria de aquellos sean referidas,
abran paciencia aquellos que de las istorias no son bien ensenados,
si entenderan la propria verdad a la vuestra excelencia de mi ser
scripta, pues que ellos no mas que yo fueron présentes a aquellos
tiempos, e todo en la fe e actoridad de los notables escriptores sea
referido o dexado. Por tanto non se maravillen los dichos libros ser
descriptos de Gesar, el quai en mayores cosas de aquestas de su intel-
lecto ha dexado nombre e memoria.
Nin crean ellos por que fîciese fechos darmas dexase por eso de
saber letras ; e si en la mente e animo suyo revolveran los famosos
emperadores e illustres capitanes pasados, fallaran todos aquellos,
bien pocos exçebtos, no solamente en letras latinas, mas en las grie-
gas, aun aber seido doctos e muy ensenados, los nombres de los
quales, porque séria largo e aun supervacuo referir a la vostra exce-
lencia, quiero dexar al présente, solamente recordando, no tanto a
Julio César, mas Octaviano, Tiberio, Germanico, Galicula, Claudio e
Néron, todos de una prosapia e linage descendidos, egualmente aver
seido letrados e muchos testimonios de su ensenamiento aver dexado
a la posteridad. Mas por tornar agora a Gesar, primero emperador,
de quien al présente (e) sumamente es recordado este nombre e la
gloria, e seyendo el elegido por los Romanos para que la provincia
de Galia ordenase, la quai de nosotros se llama Francia, e dada
aquella orden en cinco anos, despues confirmada en otro tanto
tiempo por el Senado e pueblo de Roma, aquellas cosas que por el
en este espacio de diez anos fueron ordenadas e fechas, todas las
recogio en siete libros, a las quales non seyendo dada complida des-
cripcion, asi como claramente se ve, uno de sus capitanes mucho
famoso en los fechos de armas, Aulo Hircio llamado por nombre,
anadio a aquellos el octavo libro. Despues seyendo de Gesar en très
libros descriptas las batallas cibdadanas que fueron entre el e Pompeo
en diversos lugares, las quales de Lucano despues en uersos mas poe-
licamente que verdaderas fueron escriptas, el ya nombrado Hircio,
por complir la primera e la segunda historia, très libros por semejant
a aquella ayunto, en los quales las batallas de Alexandria, de Africa
e de Espaiîa se contienen, segun que en este volume en vulgar se tra-
duciran^ E si de estas razones alguno de mi la fe demandase, vea
1. Decembri avait donc divisé son ouvrage en deux parties : 1" les sept pre-
miers livres du De bello gallico ; 2° le huitième livre du De bello gallico de
Hirtius, les trois livres du De bello civili, plus le Bellum Alexandrinum, Afri-
348
LA TRADDCTÎON DES COMMENTAIRES DE Ce'SAR.
los libros de Suetonio, de Hircio e de Tulio, los cuales de los loores
de mi conlados e aun de mayores muy entera autoridad noticia e fê
le dara.
Ainsi qu'on peut s'en rendre compte, cette version castillane
suit mot à mot le texte italien ; elle est un véritable calque, comme
le sont d'ailleurs toutes les versions commandées par le marquis
de Santillane aux manœuvres qu'il faisait travailler pour lui en
Italie ou en Espagne. Néanmoins, ces versions ne méritent pas
toujours d'être absolument dédaignées : il arrive, et le cas présent
le montre, que telles de ces copies ont conservé quelque marque
d'origine, quelque trait historique de nature à nous renseigner
sur les travaux des humanistes italiens dont elles procèdent.
Alfred Morel-Fatio.
canum et Uispaniense, qu'il attribue à Hirtius. Le manuscrit de Paris, et je
crois bien aussi le manuscrit de la version castillane, ne contiennent que les
sept livres du De bello gallico.
BIBLIOGRAPHIE.
Geschichte der Paepste seit dem Ausgang des Mittelalters... von
D"" Ludwig Pastor, ordentl. Professer der Geschichte an der Uni-
versilaet zu Innsbruck. — Erster Band. Geschichte der Paepste
im Zeitalter der Renaissance bis zur Wahl Pius II; zweite
Auflage. Preiburg im Breisgau, Herder, '^89^ . In-8% lii-77-I pages.
Ce Uvre a paru en 1886, mais, comme la Bibliothèque de l'École des
chartes n'en a pas encore donné de compte -rendu, il est à propos,
avant d'examiner la seconde édition, de dire quelques mots de la pre-
mière.
Une histoire des papes, utilisant les nombreux travaux parus depuis
cinquante ans et les archives précieuses mises récemment à la dispo-
sition des chercheurs, manquait jusqu'au jour où M. Pastor s'est mis
à l'œuvre. L'apparition de son premier volume lui a mérité des éloges
unanimes ^ ; à une sûreté d'érudition remarquable, l'auteur avait joint
en effet une rigoureuse méthode scientifique ; il avait fouillé de nom-
breux dépôts d'archives en Angleterre, en Allemagne, en France et
surtout en Italie, où, le premier, il profitait pour une histoire de ce
genre de la grande libéralité de Léon XIII; sa bibliographie, par son
étendue, fait entrevoir un travail énorme : elle comprend plus de sept
cents volumes ! La mise en œuvre de ces sources, tant imprimées que
manuscrites, est des plus heureuses ; l'auteur a su éviter la confusion
qui pouvait naître facilement d'une telle abondance de documents ; il
ne se perd pas dans les détails; tous ses développements se groupent
autour d'idées générales, la plupart du temps très neuves. Il expose,
dans ce premier volume, l'histoire des papes depuis la fin du moyen
âge jusqu'à l'élection de Pie II. Après une longue introduction sur la
renaissance littéraire en Italie et sur l'Église, l'ouvrage débute (liv. I)
par un coup d'œil rétrospectif sur l'histoire des papes de 1305 à 1417,
c'est-à-dire depuis l'exil d'Avignon jusqu'à la fin du grand schisme.
M. P. entre complètement dans son sujet avec le livre second, où il
nous fait assister à la restauration de la puissance pontificale, à la lutte
1. Voir, entre autres : Revue critique, 1889, 1, 211; Revue historique, 1891,
t. XLV, p. 411 ; Revue des Questions historiques, 1887, I, 197, et Polybiblion,
1886, p. 440.
3o0 BIBLIOGRAPHIE.
de ce pouvoir contre ropposition conciliaire, enGn aux origines de la
Renaissance à Rome. Les deux derniers livres sont de véritables mono-
graphies de Nicolas V, « le fondateur du mécénat pontifical, » et de
Calixte III, a le champion de la chrétienté contre l'islamisme. »
Tel est le plan général de l'œuvre ; ajoutons que le récit est heureu-
sement entremêlé d'épisodes, de portraits, qui ne ralentissent jamais
l'action et n'obscurcissent jamais les idées de l'auteur.
Malgré ces qualités si remarquables, la première édition présentait
un certain nombre de défauts que M. P. s'est attaché à faire dispa-
raître de la seconde, et nous pouvons dire qu'il a presque toujours
atteint son but.
Plusieurs publications, parues trop tard pour être mises à profit en
1886, ont été, cette fois, utilisées. Citons entre autres MM. Faucon
(la Librairie des papes (î Avignon), Miintz et Favre (la Bibliothèque du
Vatican au 17« siècle). Les quelques pages que M. P. consacre à Nico-
las V, considéré comme fondateur de la bibliothèque du Vatican ^ se
sont, par là même, augmentées d'une foule de renseignements inté-
ressants.
Quelques erreurs s'étaient glissées dans le texte; elles ont disparu.
Le nom de Mourad II, par exemple, remplace k juste titre celui de
Mahomet II comme vainqueur des chrétiens à Kossowo (1448). Signa-
lons encore une autre amélioration; des faits trop peu prouvés, — et
ils étaient en petit nombre, — ont reçu dans la seconde édition l'ap-
point de nouveaux arguments et de nouvelles preuves 2 ; d'autres, inexacts
ou incomplets, ont été revisés avec soin : telle l'histoire du synode
de Pise.
Ce n'étaient là, à vrai dire, que fautes de détail ou omissions légères,
mais la dernière édition marque un progrès d'une bien plus grande
importance. On avait reproché à M. P., — et avec raison d'ailleurs, —
de considérer trop souvent la France « comme une quantité négligeable. »
Sans doute, il était impossible d'attaquer l'impartialité de l'auteur dans
ses jugements sur nos compatriotes 3. Comment expliquer néanmoins
cette sorte de parti pris qui lui faisait consacrer, — pour des faits de même
nature et d'égale importance, — quelques lignes à la France et plusieurs
pages à l'Allemagne? Ce grave défaut engendrait, en certains endroits,
un manque de proportion fort regrettable. M. P. s'est efforcé d'échap-
per à ce reproche, et il y a généralement réussi. En veut-on une preuve?
Qu'on se reporte au passage qui a trait à la légation du cardinal d'Es-
touteville en France (1451); on en trouvera, dans la première édition,
1. Voir à ce sujet Centralblalt fur Bibliothekwesen, février 1887, p. 88.
2. Cf. entre autres page 149, note 2, relative au martyre de saint Pierre à
Rorne.
3. Par exemple sur les papes français.
BIBLIOGRAPHIE. 354
un résumé des plus incomplets en dix lignes, tandis que quinze pages
donnent d'amples détails sur la mission de Nicolas de Gusa en Alle-
magne. Tous deux, cependant, avaient charge d'opérer dans ces pays
une réforme des collégiales, des écoles et des universités et de rétablir
la paix entre le roi de France Charles VII et Henri VI d'Angleterre.
M. P. a atténué cette disproportion choquante en utilisant longuement
le chapitre que M. de Beaucourt a consacré lui-même à cet épisode
dans son Histoire de Charles VII K La même préoccupation apparaît
lorsque l'auteur traite du rôle de l'Université de Paris dans le synode
de Pise, qui, à peine esquissé dans la première édition, est beaucoup
plus nettement dessiné. Cette partie, d'ailleurs, principalement en ce
qui concerne la renonciation de Grégoire XII à Constance, a été com-
plètement remaniée.
On le voit, la nouvelle édition réalise de notables progrès sur la pre-
mière ; elle en conserve le caractère en l'améliorant.
Peut-être certains critiques pourraient-ils reprocher à M. P. d'avoir
laissé subsister quelques jugements trop sévères, — à l'égard de Pétrarque
ou de l'antipape Benoît XIII par exemple, — mais on ne doit pas s'en
étonner, car, comme on l'a dit excellemment, « il est très heureux
qu'un pareil travail, après avoir été tenté dans le sentiment protestant,
l'ait été par un catholique romain, seul capable de se pénétrer du carac-
tère universel de la papauté et de comprendre l'importance de sa mis-
sion historique. »
Henri Forgeot.
Les Archives de l'histoire de France, par Ch.-V. Langlois et H. Stein.
Paris, Alphonse Picard et fils, ^89i-i 893. Trois fascicules formant
un volume de xvii-'l 000 pages. (Manuels de bibliographie histo-
rique, I.)
Si un érudit avait formulé, il y a quelques années, le souhait d'avoir
un jour à portée de sa main un ouvrage clair et substantiel où seraient
indiqués les différents dépôts d'archives publics ou privés qui, dans
notre pays ou à l'étranger, peuvent renfermer des renseignements sur
l'histoire de France, un manuel qui lui servirait de guide à travers le
labyrinthe que forment les catalogues imprimés ou manuscrits de ces
innombrables chartriers, une bibliographie qui mentionnerait les tra-
vaux les plus utiles à consulter avant de puiser à chacune de ces sources
historiques, on aurait certainement traité ce souhait de rêve irréali-
sable, d'espérance chimérique. Et cependant, aujourd'hui, ce rêve a
pris corps et est devenu une réalité. MM. Langlois et Stein n'ont pas
craint d'entreprendre l'exécution de ce programme immense, et, en trois
1. Histoire de Charles VII, t. V, p. 190 et suiv.
352 BIBLIOGRAPHIE.
ans, ils ont su mener leur œuvre à bonne fin et doter l'érudition fran-
çaise de ce merveilleux instrument de travail.
Nous voudrions faire ressortir en quelques mots l'utilité qu'on peut
retirer de ce livre. Il nous suffira pour cela d'exposer rapidement la
méthode que les auteurs ont employée pour développer chacune des
parties du plan que nous venons d'indiquer.
Après une intéressante introduction, où M. Langlois résume l'his-
toire des tentatives faites jusqu'ici pour centraliser les renseignements
relatifs à l'histoire de France, le manuel s'ouvre par la description des
archives publiques. On pourrait s'attendre à ne trouver dans l'article
relatif aux Archives nationales que quelques indications très générales
sur la nature des fonds qu'elles renferment; mais, au lieu de repro-
duire une sorte de résumé de VÉtai sommaire, les auteurs ont su don-
ner à cette partie de leur travail un caractère tout nouveau en indi-
quant les principaux inventaires manuscrits qui existent pour les
différentes séries, et qui, en raison de leur maniement compliqué ou
de leur disposition sur fiches, ne peuvent pas être mis entre les mains
du public. Les travailleurs connaissent ainsi les moyens de recherche
propres à épargner de longs dépouillements, et ils sont à même de
demander aux archivistes de diriger pour eux des investigations dans
tel ou tel sens à l'aide de ces inventaires.
Non moins utiles sont les notices consacrées aux collections des dif-
férents ministères : entre autres renseignements précieux, nous y signa-
lerons la reproduction du cadre de classement des riches archives du
ministère de la Guerre.
On sait la place considérable que les dépôts des chefs-lieux de dépar-
teinents occupent dans l'économie des archives françaises. C'est donc
aux archives départementales que devait être réservé un des chapitres
les plus importants du livre qui nous occupe. Avant d'en commencer
l'étude, nous voulons appeler l'attention sur un certain nombre de
tableaux que MM. Stcin et Langlois ont placés en tête de ce chapitre
et qui sont d'un emploi fort commode : ce sont les listes des archevê-
chés et évêchés, intendances et généralités, parlements, chambres des
comptes, cours des aides et universités qui existaient en France avant
1780, avec l'indication du dépôt où est conservé aujourd'lmi l'ensemble
de leurs archives. Le tableau des archevêchés et évêchés est particu-
lièrement utile, grâce à l'ingénieuse idée qu'on a eue d'y ajouter la
mention du tome de la Gallia christiana où se trouve la notice consa-
crée à chaque diocèse. Qui de nous n'a souvent ressenti un mouvement
de mauvaise humeur en se voyant obligé de feuilleter plusieurs des
gros volumes de cette collection avant de rencontrer celui où se trou-
vait l'évêché qu'il cherchait? A présent on n'a qu'à ouvrir les Archives
de l'histoire de France pour s'épargner ces fastidieux tâtonnements.
En abordant l'étude des archives départementales, les auteurs du
BIBLIOGRAPHIE. 353
manuel se sont heurtés à une grave difficulté. Fallait-il énumérer som-
mairement les différents fonds que renferment ces archives, ou bien
devait- on simplement renvoyer pour cette énumération au Tableau
général publié en 1848 par l'ancienne Commission des archives, en se
contentant d'indiquer les dons ou réintégrations survenus depuis cette
date? Le premier système était évidemment plus satisfaisant en théo-
rie, mais il entraînait MM. Langlois et Stein à donner à cette partie de
leur livre un développement considérable devant lequel ils ont reculé.
On peut se demander s'il n'aurait pas été possible de remédier en par-
tie à cet inconvénient d'un accroissement disproportionné en indiquant
d'une façon plus brève les réintégrations survenues depuis 1848 et les
fondant sous forme de listes avec les renseignements fournis par le
Tableau général. Peut-être le succès qui a couronné leur œuvre per-
mettra-t-il aux auteurs d'apporter une modification de ce genre dans la
seconde édition.
Après avoir énuméré, d'après les rapports des préfets ou des archi-
vistes, les documents dont le dépôt s'est enrichi postérieurement à
1848, la notice consacrée à chaque département passe en revue les
inventaires imprimés ou manuscrits. On possède ainsi, en ayant soin
de consulter le supplément placé à la fin du troisième fascicule, l'état
absolument complet, à la date de 1893, de la collection imprimée sous
la direction du ministère de l'Instruction publique. Il suffit ensuite d'un
rapide coup d'oeil pour se rendre compte des ressources qu'offrent les
inventaires manuscrits, anciens ou modernes, conservés dans les dépar-
tements ou déposés aux Archives nationales. A propos de ces inven-
taires manuscrits, signalons un article récent de M. Marichal qui rec-
tifie une erreur commise par M. Lepage dans son étude sur le Trésor
des chartes de Lorraine, dont les conclusions ont été reproduites par le
manuel de M. Stein : l'excellent inventaire de ce fonds important, qui
avait été rédigé par Dufourny au xvu^ siècle, ne nous est point par-
venu incomplet comme on l'avait cru. L'exemplaire conservé aux
Archives nationales (KK 1116-1128) donne dans son entier cet utile
travail. M. Marichal a publié une concordance très commode qui per-
met de savoir où se trouvent aujourd'hui les layettes que Dufourny a
analysées et qui sont, les unes conservées à Nancy, les autres déposées
à la Bibliothèque nationale dans la collection de Lorraine.
Après les archives départementales, les archives municipales et hos-
pitalières, présentées les unes et les autres dans l'ordre des départe-
ments, sont étudiées d'après le même plan : indication des fonds les
plus importants, exposé des inventaires et bibliographie sommaire des
principaux ouvrages composés à l'aide des documents renfermés dans
chacun de ces dépôts.
Ce qu'il y a de plus nouveau ici nous paraît être l'utilisation de la
riche collection d'inventaires manuscrits déposée aux Archives natio-
1 894 23
354 BIBLIOGRAPHIE.
nales par le ministère de l'Instruction publique. On avait rarement con-
sulté jusqu'à présent ce fonds important, dont on possède aujourd'hui,
grâce à MM. Stein et Langlois, un catalogue fort commode.
La partie de l'ouvrage à laquelle nous arrivons maintenant est peut-
être celle où les difficultés à vaincre étaient les plus grandes. Dans ce
chapitre, intitulé Archives diverses, les guides offerts par les inventaires
officiels faisaient défaut ; le seul moyen pour arriver au but était de se
livrer à une longue et minutieuse enquête personnelle. Nous ne croyons
pas nous éloigner de la vérité en affirmant que seul M. Stein, grâce à
la variété de ses connaissances bibliographiques, grâce aux innom-
brables relations que lui a ménagées une complaisance à toute épreuve,
était capable de réunir la somme immense de renseignements qu'il a
versée dans les cent trente pages consacrées à cette matière. Par sa
nature même, ce chapitre échappe à l'analyse : archives des greffes, des
paroisses, des facultés, des associations de toutes sortes, minutes de
notaires, chartriers privés, tout y est passé en revue, et les révélations
de sources ignorées ou peu connues se succèdent sans relâche. Parmi
tant de notices intéressantes, on peut signaler comme particulièrement
instructive celle qui est réservée au département de la Seine.
A propos de ce chapitre si varié, nous croyons bon de placer ici une
remarque qui se peut appliquer au livre tout entier et de faire observer
qu'il était impossible qu'un ouvrage conçu sur un plan aussi vaste ne
présentât pas des lacunes ou des inexactitudes. C'est le sort de toute
bibliographie de laisser passer à travers ses mailles un certain nombre
des indications qu'elle aurait dû y emprisonner; mais, dans le présent
livre comme dans les œuvres analogues, c'est l'ensemble qu'il faut con-
sidérer, et nul n'est en droit de se scandaliser de ces imperfections de
détail inhérentes au genre même du travail.
Nous disions tout à l'heure quel mérite s'attache au chapitre sur les
archives diverses : la deuxième partie de l'ouvrage, occupée par la des-
cription des archives étrangères, ne lui cède nullement en intérêt et en
nouveauté. C'est un véritable guide que l'érudit devra emporter dans
ses voyages au môme titre que le Baedeker ou le Joanne. Ici encore il
est impossible de tenter une analyse, et il faut se contenter de signaler
au lecteur ces substantielles notices dont les plus remarquables et les
plus approfondies nous paraissent être celles de l'Angleterre, de la Bel-
gique, de la Suisse et de Rome.
Restait une dernière mine à exploiter. Les bibliothèques, en effet,
renferment souvent des pièces d'archives à côté de documents littéraires,
surtout en notre pays où la Révolution a jeté un tel bouleversement
dans les chartriers de toute nature. MM. Langlois et Stein devaient
donc s'en occuper dans une dernière partie qui n'est pas la moins utile
de leur ouvrage. Il suffit de parcourir les articles consacrés à la Biblio-
thèque nationale et au British Muséum pour juger de l'abondance et
BIBLIOGRAPHIE. 355
de la précision des détails que ces derniers chapitres fournissent sur la
richesse des diverses bibliothèques et sur l'état de leurs catalogues.
Après avoir rappelé qu'un index alphabétique des noms de lieux et
de personnes met en valeur les innombrables renseignements renfer-
més dans ce livre, nous nous permettrons, en terminant, de chercher
dans le témoignage de notre expérience personnelle une preuve des
innombrables services qu'est appelée à rendre l'œuvre de MM. Stein et
Langlois. II ne se passe guère de jour où, à la salle de travail des
Archives nationales, nous n'ayons l'occasion de recourir à ce livre pour
résoudre quelque question qu'on nous pose, et presque chaque fois le
travailleur à qui nous l'avons indiqué, après y avoir trouvé la solution
qu'il cherchait, nous manifeste son admiration pour un ouvrage si
utile et se promet de le consulter souvent. Nous ne saurions mieux
faire que de nous associer ici aux éloges qu'il nous est ainsi donné
d'entendre si fréquemment prononcer.
Léon Le Grand.
Lamperti monachi Hersfeldensis opéra, recognovit Oswaldus Hol-
der-Egger. Accedunt Annales Weissenburgenses. Hannoverse et
Lipsiœ, Hahn, -1894. In-8°, lxviii-490 pages et une planche. {Scrip-
tores rerum Germanicarum in usum scholarum ex Monumentis
Germanise historicis recusi.)
Cette nouvelle édition des Annales de Lambert de Hersfeld n'est
point une simple réimpression des deux premières éditions données
par G.-H. Pertz en 1839 et 1874. On doit à M. Holder-Egger un texte
nouveau, dressé à l'aide de tous les manuscrits aujourd'hui connus, de
ces Annales, qui s'arrêtent à l'année 1077. A la suite sont publiées deux
autres œuvres de Lambert : la Vita Lulli, archiepiscopi Mogontiacensis
(f 786), et les fragments conservés de son Libellus de institutione Her-
veldensis ecclesix. Un « Index nominum et rerum, » un copieux « Index
locutionum, » qui montre quels auteurs anciens Lambert a connus et
imités, enhn une longue et savante préface, qui complète et résume
les études précédemment publiées par M. Holder-Egger dans le Neues
Archiv, font de ce volume une édition définitive,
H. O.
Eudes, comte de Paris et roi de France (882-898), par Edouard
Favre. Paris, E. Bouillon, -1893. In-8°. (99« fascicule de la Biblio-
thèque de l'École des hautes-études.)
C'est à l'enseignement si fécond de MM. Monod et Giry que nous
devons le beau volume de M. E. Favre sur Eudes, comte de Paris et
roi de France. Entrepris en 1879, ce travail a été poursuivi par son
auteur à travers tant d'obstacles et de retards qu'il a pu prendre place
356 BIBLIOGEAPHIE.
dans une série d'études consacrées à l'époque carolingienne dont le
projet a été élaboré en 4888 par les membres de l'une des conférences
d'histoire de l'École des hautes-études*.
Le règne d'Eudes n'est, comme le dit M. Favre, qu'un épisode de
la décadence carolingienne. Durant ces dix années (888-898), rien n'a
été créé au point de vue des institutions. Au point de vue dynastique,
c'est autre chose : le prestige et l'inviolabilité de la royauté sont mor-
tellement atteints. L'empire d'Occident a été démembré. Un homme
nouveau est monté sur le trône; il a créé ainsi un précédent ; il a donné
une forme précise à un pouvoir encore vague avant lui, celui de duc
des Francs, et il a fixé ce pouvoir dans sa famille.
La nationalité de M. Favre lui assurait toute l'impartialité désirable
pour bien traiter la question de l'extraction des Robertiens. C'est par
là que commence son livre (p. 3) et c'est aussi par là qu'il finit (appen-
dices I et IV). L'auteur combat les diverses hypothèses par lesquelles
on a tenté de remplacer le témoignage de Richer appuyé de celui d'Ai-
moin, et il fortifie la probabilité de l'origine saxonne de Robert le Fort
par un argument nouveau tiré du refus de ce dernier de participer à
l'amnistie de Goblentz signée, grâce à la médiation de Lothaire, par
Charles le Chauve et Louis le Germanique, en 860.
M. Favre nous paraît de même avoir dégagé nettement (p. 11 et
appendice III) la genèse du pouvoir du dux Francorum, ou plutôt, car
cette appellation ne se prenait pas encore, du titulaire du ducatus rcgni,
c'est-à-dire d'un « rectorat, » d'une « gérance, » dont le détenteur était
le premier du royaume après le souverain, un régent, un gouverneur
aux lieu et place du prince mineur, incapable ou absent. Il n'y a pas
eu de « duché de France, » circonscription territoriale ; il y a eu un
a duc des Francs » (la dénomination de dux Francorum apparaît en 892)
dont l'autorité s'exerçait sur la Francia et la Neustria, parfois aussi sur
la Burgundia et VAquitania.
Les principaux événements du règne au sujet desquels il a été donné
à M. Favre de faire preuve d'originalité sont les invasions des Nor-
mands, les relations d'Eudes avec ses différents compétiteurs et sa lutte
contre Charles le Simple.
Depuis le commencement du siècle, les Normands brûlaient nos
villes et ravageaient nos campagnes : ils avaient tué Robert le Fort
dans une expédition (866) 2. Aussi la place qu'ils occupent dans notre
histoire à cette époque est-elle des plus considérables. M. Favre l'a
compris, et, mettant à profit sa connaissance approfondie de la langue
1. Cf. dans F. Lot, les Derniers Carolingiens (Paris, E. Bouillon, 1893, in-8*),
la préface de M. A. Giry.
2. La bataille de Rrissarthe, qui est datée de 866 (p. 6), l'est ensuite, par
erreur, de 8G7 (p. 121).
BIBLIOGRAPHIE. 357
danoise, il a peint de main de maître (appendice II), et d'après les his-
toriens du pays, Worsaae, Steenstrup, Storm et Nicolaysen, un tableau
richement coloré des royaumes et des peuples Scandinaves. Il a retracé
aussi à grands traits la série ininterrompue des audacieuses incursions
de ces Yikings qui provoquaient l'admiration des Francs et causaient
en même temps leur terreur. Son récit du siège de Paris y gagne en
vie, en mouvement; il est, en outre, plus complet et plus détaillé
qu'aucun autre. Mais l'étude du siège de Sens avait été faite plus
minutieusement encore, s'il est possible, dans un article de revue qui
certainement a échappé à l'attention de M. Favre et que nous nous
permettons de lui signaler ^.
Examinant les phases diverses de l'opposition faite à l'avènement
d'Eudes par Foulques, archevêque de Reims, parent du principal et
premier de ses compétiteurs, Gui de Spolète, M. Favre a su trouver le
mobile essentiel de cette opposition, savoir la détention illégale par le
roi éventuel de riches abbayes telles que Saint-Martin de Tours (p. 100).
Avec Arnoul, roi de Germanie, dont il soutint ensuite les prétentions,
l'archevêque ne pouvait que gagner : le fait de la séparation des deux
royaumes francs, celui de l'Est et celui de l'Ouest, livrait, en effet, à
des déprédations continuelles les nombreux domaines que l'église de
Reims possédait dans le diocèse de Cologne et ailleurs (p. 102).
Le caractère des rapports qui s'établirent par après entre Eudes et
Arnoul n'avait jamais été si nettement défini. Eudes, M. Favre l'éta-
blit, n'a pas été, comme l'ont supposé les historiens allemands, le
« vassal » d' Arnoul. Mais, bien que leurs rapports fussent ceux « de
souverain à souverain 2, » Arnoul exerça sur Eudes une sorte de « sénio-
rat moral » (p. 115) dont les obligations étaient vagues et indétermi-
nées, sauf une, celle de relations pacifiques et amicales.
Les négociations par lesquelles se termina la lutte engagée entre
Eudes et Charles le Simple constituent peut-être la partie la plus neuve
des recherches de M. Favre (p. 183), qui a délimité d'une façon nette
et précise le territoire du pays de Laon donné pour locus refugii à l'hé-
ritier des Carolingiens (p. 190). Mais l'auteur est moins sur quand il
énumère les possessions d'Eudes. Ainsi, et pour ne citer qu'un exemple,
il dit que la frontière du royaume franc contournait, à l'est, le pays de
Chalon et de Màcon (p. 94). Or, Guillaume le Pieux, duc d'Aquitaine,
et son beau -père, Boson, roi de Provence, tinrent successivement
1. Siège de Sens par les Normands (886-887), par M. Prou, dans l'Icauna,
revue, t. I, 1881, in-8% p. 88.
2. Cela n'empêche pas M. Favre de reprocher phis loin (p. 167) à Arnoul
d'avoir « trahi » Eudes, d'avoir « manqué à son premier devoir de seigneur à
son égard, celui de le défendre. »
358 BIBLIOGRAPHIE.
deux mais à Mâcon, aux mois de février et de mars 887^ . En l'an 900
encore, Louis l'Aveugle donna au comte Hugues, fils du comte Richard,
des biens qu'il avait dans le comté de Màcon^. Enfin, un acte passé à
Mâcon, devant le comte Lieutaud, le 2 novembre 905, est daté du règne
de Louis l'Aveugle, fils de Boson ^. De ces documents, que M. Favre
aurait pu citer et dont il aurait dû discuter la portée, il semble résulter
que, sous le règne d'Eudes, le Maçonnais, en partie sinon en totalité,
appartenait aux rois de Provence.
Conformément au plan adopté par les membres de la conférence
d'histoire de l'École des hautes-études qui ont entrepris la rédaction
des Annales de l'histoire de France à l'époque carolingienne, M. Favre a
réservé pour une autre série de publications le catalogue descriptif et
critique des actes du comte et roi Eudes. Il n'a cependant pas renvoyé
à ce volume à venir, et nous lui en savons le plus grand gré, les cinq
chartes inédites qu'il a eu l'heur de découvrir. Mais nous avons le droit
de nous étonner de l'absence, dans son livre, d'une étude numisma-
tique : on sait en effet combien est vif l'intérêt qu'offrent les monnaies
d'Eudes, les seules de toute la série carolingienne qui soient datables,
puisque ce souverain a été l'unique de son nom.
Quoi qu'il en soit, le volume de M. Favre mérite les plus grands
éloges ; les solutions atteintes ou proposées par l'auteur augmentent et
de beaucoup le patrimoine de nos connaissances historiques. Ce n'est
plus Mourin ni Kalckstein que l'on consultera désormais au sujet
d'Eudes et de son temps, ce sera M. Favre.
L. Lex.
Istoria del re Giannino di Francia, a cura di Latino Maccari. Siena,
lip. Garlo Nava, J893. In-8% Lx-20^ pages. 4 1.
Sous le règne de Jean le Bon, le fils d'un marchand siennois, Giannino
di Guccio Baglioni, revendiqua la couronne de France comme étant le
fils et l'héritier légitime de Louis X et de Clémence de Hongrie ; on
aurait substitué au fils posthume de Louis le Hutin l'enfant du mar-
chand de Sienne, et le prince royal aurait été élevé à Sienne. Quelques
lignes de Villani, une lettre du pape Innocent VI, publiée par Baluze
dans ses Vitee paparum Avenionensium, mentionnent le fait; au siècle
dernier, un littérateur italien, Girolamo Gigli, annonça la publication
des mémoires autobiographiques de ce prince ou de cet aventurier ; sou
1. Cartulaire de Saint-Vincent de Mâcon, publié par M.-C. Ragut. Mâcon,
1864, in-4'>, charte CLII.
2. Dorn Bouquet, Recueil des historiens des Gaules, t. IX, p. 680.
3. Recueil des chartes de l'abbaye de Clunij, formé par A. Bernard et publié
par A. Bruel, t. I (Paris, 1876, in-4°), charte XC.
BIBLIOGRAPHIE. 359
manuscrit, préparé pour l'impression et dont une copie se trouve à la
Bibliothèque nationale dans les papiers de Laporte du Theil, est resté
inédit.
C'est ce document que publie M. Maccari. Nous nous contenterons
aujourd'hui de l'annoncer, sans entreprendre la discussion des questions
que soulève ce texte. Il doit en paraître, — bientôt sans doute, — une
autre édition par M. Curzio Masi, et qui est annoncée depuis déjà un
certain temps. Sans prendre part dans la querelle qui divise ces deux
érudits, l'on peut dire qu'il semble que M. Curzio Masi, — à n'en juger
même que par la critique, un peu acerbe, qu'il a donnée du travail de
son concurrent dans le Giornale storico délia letteratura italiana (l^r fasc.
de 1894), — soit mieux préparé à cette publication. Je crois donc devoir
attendre son volume pour discuter tout ensemble, et ses conclusions et
celles de M. Maccari, et la valeur de leurs publications respectives.
E.-G. Ledos.
Emile BuRGAUD et commandant Bazeries. Le Masque de fer, révéla-
tion de la correspondance chiffrée de Louis XIV. Étude appuyée
de documents inédits des Archives du dépôt de la guerre. Paris,
Firmin Didot, -1893. In-^8, 302 pages.
Dans une dépêche chiffrée envoyée par Louvois à Catinat en Italie,
le 8 juillet 1691, les auteurs du présent livre ont lu : « [Sa Majesté]
désire que vous fassiez arrester monsieur de Bulonde et le fassiez con-
duire à la citadelle de Pignerol, où Sa Majesté veut qu'il soit gardé
enfermé pendant la nuit dans une chambre de laditte citadelle, et, le
jour, ayant la liberté de se promener sur les remparts avec..., a et ici
le chiffre 330, qui ne se retrouve nulle part ailleurs, et dont on ne peut
imaginer le sens que par hypothèse. M. Burgaud a voulu lire « avec
un masque; » un autre lirait avec autant d'autorité toute autre chose et
voilà la base sur laquelle MM. Burgaud et Bazeries ont fait reposer leur
thèse que le fameux masque de fer serait Vivien Labbé, seigneur de
Bulonde, lieutenant général des armées du roi, incarcéré pour avoir
levé précipitamment le siège de Coni. Ils n'ont pas d'autre preuve.
La lecture du livre n'entraîne pas la conviction. On ne s'explique pas
pourquoi l'identité d'un personnage peu important, à peine connu des
contemporains, et dont la disparition n'a produit aucune sensible émo-
tion, aurait été entourée de tant de mystères.
D'ailleurs, non seulement la thèse de M. Burgaud est invraisem-
blable, mais on peut encore prouver qu'elle est complètement erronée.
Il faut, pour que Bulonde soit le masque de fer, qu'il meure le 19 no-
vembre 1703. C'est ce qu'affirment les auteurs. Ils n'ont pas consulté le
dossier Labbé de Bulonde du Cabinet des titres de la Bibliothèque
nationale. Ils y auraient vu au tome 1612 des pièces originales, dos-
360 BIBLIOGRAPHIE.
sier 37417, numéro 22, une quittance de ce personnage datée du 28 no-
vembre 1705, et au numéro 10 une note portant que Bulonde est mort
en 1709. Il n'y a pas lieu d'insister. Bulonde ne peut pas être le masque
de fer^.
Signalons dans cet ouvrage comme intéressante la publication de
documents tirés du dépôt de la guerre, contenant la correspondance
qui a trait aux événements militaires de cette époque en Italie, et le
déchiffrement des dépêches du gouvernement.
Louis Batiffol.
La Faculté de théologie de Paris et ses docteurs les plus célèbres,
par l'abbé P. Féret. Moyen âge. Tome I". Paris, A. Picard et fils,
1894. In-8% LXiv-367 pages.
Voilà un sujet d'étude assurément très intéressant, mais peut-être
M. l'abbé Féret, tout érudit qu'il soit, a-t-il été bien ambitieux en vou-
lant l'aborder. S'il est des ouvrages desquels on dit qu'ils sont défini-
tifs, tel n'est pas à notre sens le cas de celui-ci.
Avec l'introduction, nous assistons aux origines de l'Université de
Paris et à son organisation aux xii« et xni" siècles, mais le récit manque
de clarté et de précision. Il n'y a rien que de vague dans cette histoire
de la pré-Université, de l'école palatine plus fameuse par le renom que
par ce qu'on en sait, des écoles de Notre-Dame et de Sainte-Geneviève.
Quand M. l'abbé Féret inaugure le mot Université, c'est, croyons-nous,
sans l'avoir amené d'une façon suffisante, et cela parce que l'auteur n'a
pas su faire jaillir la clarté, même pour lui, de tous les nombreux textes
qu'il a parcourus. Sans doute on comprend, au milieu de la profusion
du récit quelque peu délayé, que Philippe-Auguste eut l'idée de consti-
tuer les nombreuses écoles de sa capitale en une corporation qu'il dota
de privilèges, que Robert de Gourçon rédigea les statuts de l'Université
naissante (1215), et que nul ne put désormais enseigner à moins d'être
licencié, mais encore faudrait-il répéter des choses connues, avec plus
de vigueur et de netteté.
Ge n'est donc pas sans quelque illusion, toujours à notre avis, que
l'auteur dit (p. xlii) : « Nous venons de décrire les origines et les déve-
loppements de l'Université de Paris... »
Si l'introduction manque un peu de précision, l'histoire de la Faculté
de théologie n'est guère plus lumineuse. C'est moins l'histoire de la
Faculté que celle de ses principaux maîtres, tâche des plus difficiles.
Toutes ces biographies, malgré l'intérêt qu'elles peuvent offrir, sont-elles
bien ce qu'elles devraient être? Si nous ne craignions d'attrister M. l'abbé
1. M. Gcofl'roy de Giandmaison a déjà signalé ces documents dans un article
de l'Univers du 9 janvier 1894.
BIBLIOGRAPHIE. 36^
Féret, nous répondrions peut-être par — non. Pour être juste, nous
ajouterons que, si l'étude des grands docteurs du moyen âge peut réussir
avec un raaitre comme M. Hauréau, que l'auteur a cité fréquemment
dans son livre, il ne s'ensuit pas que d'autres indistinctement puissent
le faire avec le même bonheur.
Pourquoi aussi M. l'abbé Féret a-t-il cru devoir scinder certaines de
ses biographies? Si nous prenons un instant contact avec Hugues de
Saint- Victor au chap. idu livre I, nous ne le retrouvons qu'au chap. iv
du même livre ; de même pour Pierre Lombard, dont la biographie se
trouve répartie entre les chap. i et ni du liv. I et le chap. m du liv. II.
On pourrait en dire autant de la notice relative à Abélard. D'une manière
générale, le livre I est consacré aux biographies des maîtres en théolo-
gie aux xi^ et xn« siècles (Hugues de Saint- Victor, Pierre Lombard,
Pierre Gomestor, Joscelin, Guillaume de Ghampeaux, etc.) ; le livre II
aux collèges théologiques de la première moitié du xni^ siècle (collèges
réguliers et séculiers), et le livre III aux divers docteurs de la Faculté
de théologie pour cette même époque : docteurs séculiers français et
anglais (Jacques de Vitry, Jacques Pantaléon ou Urbain IV, Alexandre
Neckam, Etienne Langlon, Jean Blond ou Blount, etc.), docteurs fran-
ciscains (Haymon de Feversham, Alexandre de Halès), docteurs domi-
nicains (Roland de Crémone, Hugues de Saint-Cher), et les maîtres ou
docteurs des autres ordres religieux.
C'est donc surtout un volume de biographies, composées à l'aide de
notes nombreuses et consciencieuses, assez bien reliées entre elles, mais
pas toujours cependant. Il est des cas où la juxtaposition apparaît trop
et où l'auteur, négligeant les transitions, n'a pas su rendre invisible le
fil qui les rattachait.
II y avait cependant à traiter dans ce livre de figures peu vulgaires ;
quelques-unes même, pour être mieux connues en apparence, pouvaient
donner matière à réflexions, ne serait-ce que sur la vie et les mœurs
religieuses au xn^ siècle. Par exemple, s'il s'agit de nous faire connaître
la figure inquiète d'Abélard, il ne suffira pas de le faire comme M. l'abbé
Féret, assez sèchement, en annaliste; il y a, semble- t-il, mieux à faire.
A. T. 0.
La Bastille, histoire et description des bâtiments, administration,
régime de la prison, événements historiques, parFernandBouRNOiv.
Paris, Imprimerie nationale, -1893. \ vol. gr. in-4°. (Collection de
l'Histoire générale de Paris.)
La série nombreuse de publications dont la Bastille a été l'objet
depuis 1889 vient d'être close par l'important ouvrage de M. Fernand
Bournon, où l'on trouvera l'histoire définitive, et il est presque permis
de dire, — puisque le livre est imprimé par la municipalité parisienne,
362 BIBLIOGRAPHIE.
— officielle, de la célèbre forteresse dont le rôle, puis la chute ont
été l'objet de tant de discussions. L'œuvre de M. Bournon est ce qu'on
devait attendre d'un érudit, ancien élève de l'École des chartes, rompu
aux travaux historiques ; elle est forte et impartiale.
Dans l'introduction, l'auteur passe en revue les divers travaux qui ont
été consacrés avant lui à l'histoire de la Bastille et justifie aisément le
plan de son ouvrage. Nous y trouvons occasion de faire une réserve ;
c'est d'ailleurs la seule que nous aurons à formuler. M. Bournon dit
qu'il n'a pas jugé utile de dresser une liste complète des prisonniers
ayant séjourné à la Bastille. Nous croyons au contraire que cette liste
aurait rendu les plus grands services. Il eût d'ailleurs été facile de la
disposer en tableaux comprenant les nom et prénoms, dates d'entrée et
de sortie, et motifs de la détention de chaque prisonnier, avec l'indica-
tion des ministres ayant contresigné les lettres de cachet. L'absence de
cette liste est, à nos yeux, la seule lacune que présente l'ouvrage de
notre savant confrère.
La première partie du volume est consacrée à l'histoire et description
des bâtiments de la « Bastille-Saint-Antoine » depuis le 22 avril 1370,
date où le prévôt Hugues Aubriot en posa la première pierre, jusqu'à la
veille de la prise de la forteresse par les Parisiens. Le texte, solidement
étayé de pièces d'archives, est illustré par divers plans, dus aux archi-
tectes des xvip et xv!!!** siècles, qui ont été admirablement reproduits à
l'héliogravure par M. Dujardin.
La deuxième partie contient l'histoire de l'administration de la Bas-
tille, budgets et fonctions de la garnison et du personnel depuis le capi-
taine-gouverneur jusqu'aux humbles porte-clés. On y rencontre (p. 76-95)
une liste, accompagnée de notices sommaires, des capitaines-gouverneurs
du château depuis le premier en date, Jean La Personne, vicomte
d'Acy, jusqu'à l'infortuné Jourdan de Launey, massacré par les Pari-
siens, le 14 juillet 1789. Cette liste était très difficile à établir, surtout
pour les années précédant 1659, date des plus anciennes pièces conser-
vées aux archives de la Bastille. Aussi bien n'est-il pas surprenant
qu'elle renferme quelques lacunes. Joachim de Chàteauvieux ne succéda
pas à Sully dans la charge de gouverneur de la Bastille ; Sully s'en était
dessaisi en faveur d'un gentilhomme huguenot de ses amis, Daniel de
Massue, seigneur de Ruvigny. M. Galtier de la Roque, à qui nous
empruntons ce détail {le Marquis de Ruvigny, p. 32), ajoute : « Cette
charge était d'ailleurs une sinécure, car ces murs célèbres enfermèrent
à peine deux ou trois prisonniers durant tout le règne de Henri IV. »
— « Henri IV, dit M. Bournon, avait eu de la forteresse une autre con-
ception, et ce fut l'épargne du trésor royal qu'il mit à l'abri de ces
épaisses murailles. »
Cette observation nous amène à la troisième partie de l'ouvrage : le
régime de la prison. C'est la moins neuve; il ne pouvait en être autre-
BIBLIOGRAPHIE. 363
ment à cause des nombreuses investigations dont le régime de la Bas-
tille a été l'objet, parmi lesquelles il faut placer en première ligne la
magistrale introduction mise par François Ravaisson en tête de ses
Archives de la Bastille. M. Bournon dit avec raison : « L'histoire des
prisonniers n'a plus guère de secret, sauf pour les écrivains qui n'ont
pas voulu l'étudier dans les documents ou pour ceux qui, malgré tout,
ont apporté dans cette étude des idées préconçues. » Néanmoins, dans
cette partie même, l'auteur produit des textes importants qui étaient
demeurés inconnus avant lui, tel ce précieux « Estât des prisonniers qui
sont au chasteau de la Bastille » du temps de Richelieu, état qui con-
tient non seulement les noms des prisonniers, mais les motifs de la
détention, et que M. Bournon a eu la bonne fortune de retrouver dans
les Archives du ministère des Affaires étrangères.
Page 119, M. Bournon écrit : « Le nombre de protestants que reçut
la Bastille entre 1685 et 1700 est incroyable et même ne sera jamais
exactement connu. » Ce nombre n'est pas aussi considérable que notre
confrère imagine, et il peut être connu à une unité près. En 1691, par
exemple, la Bastille reçut, en tout et pour tout, vingt-quatre prisonniers;
en 1692, vingt-six; en 1693, vingt; en 1694, vingt-six; en 1695, neuf;
en 1696, neuf; en 1697, sept; en 1698, sept; en 1699, vingt-neuf, et en
1700, vingt-huit; et, sur ces chiffres, celui des protestants ne s'élève pas
au tiers. Voici un cas, entre autres, où apparaît l'utilité de ces listes
de prisonniers dont, au cours de son introduction, notre confrère fait fi.
Dans ce même passage, M. Bournon écrit : « Le 4 août 1690, Gardel,
ministre de la religion réformée, entra à la Bastille et y resta jusqu'à sa
mort, le 13 juin 1715, c'est-à-dire vingt-cinq ans. Sa détention était
donc perpétuelle, et son seul crime, d'après l'observation mise par Che-
valier en face de son nom, est qu' « il estoit de la religion. » Gardel,
n'avait pas seulement été arrêté et écroué pour cause de « R. P. R. »
comme disent les textes, mais pour des motifs plus graves; de plus,
à la Bastille, Gardel avait assassiné un de ses gardiens, ou bien l'un
de ses compagnons de captivité ; notre mémoire n'est plus en ce
moment fixée sur ce point, mais c'est certainement l'un ou l'autre ^.
Ces réserves, portant sur des détails infimes, n'atténuent en rien l'ap-
probation que nous devons à la manière vive et précise dont M. Bournon
a traité du « régime de la Bastille, » d'après les meilleures sources
consciencieusement compulsées. Celles-ci corroborent les conclusions
qui avaient été posées peu de temps auparavant et qui peuvent être
résumées dans deux citations que nous tirons, la première d'une lettre,
1. Cf. les mémoires de Constantin de Renneville. J. Cardel était devenu fou
furieux. Voy. à ce sujet et sur les motifs de son arrestation une note de d'Ar-
genson conservée aux Archives de la Bastille, Bibl. de l'Arsenal, ras. 10,489.
364 BIBLIOGRAPHIE.
en date du 19 février 1713, de Voysin à d'Argenson', la seconde d'un
rapport sur la Bastille adressé à Louis XIV vers 1694 2.
« Beaumanielle, écrit Voysin, ne mérite pas assez de ménagement
pour être tiré du Ghâtelet et mis à la Bastille. » — Nous lisons dans le
rapport à Louis XIV : « Porcelet estoit allé en Italie disant estre chargé
par M. de Pontchartrain de négocier la paix...; on peut l'envoyer dans
un chasteau pour y estre nourri à meilleur marché qu'à la Bastille. »
La quatrième et dernière partie est consacrée aux « événements his-
toriques »; on la jugera peut-être la plus remarquable du livre. Elle est
couronnée par un récit de la prise de la Bastille, le 14 juillet, véritable-
ment digne de l'histoire impartiale et dégagé de toutes préoccupations ou
passions personnelles, accompagné en outre de pièces justificatives d'un
réel intérêt et nouvelles, ce qui ne laissera pas d'être un sujet d'éton-
nement pour tous ccu.x qui se sont occupés de cette journée célèbre, sur
laquelle on a tant écrit et tant publié.
Nous souhaitons d'avoir montré l'importance du beau livre de M. Fer-
nand Bournon, livre bien ordonné, solidement et richement documenté,
impartial dans ses appréciations et écrit d'un style limpide et rapide
qui a su charmer l'Académie française elle-même^.
Frantz Funck-Brentano.
La Tunique sans couture de Notre-Seigneur Jésus-Christ conservée
dans V église d^Argenteuil. Essai critique et historique publié...
par TabBé A. Jacqukmot. Lille, Société de Saint-Augustin, Desclée,
de Brouwer et G'% ■1894. In- 16, 300 pages.
Nous ne dirons rien de cet Essai au point de vue de la croyance à
apportera la relique. Relique ou non, l'autour do ce livre se trouvait en
présence d'un fait palpable, l'existence d'une tunique conservée précieu-
sement à Argenteuil et qui déjà au xii'= siècle était considérée comme
ayant appartenu au Christ.
La ville de Trêves possède aussi, il est vrai, un vêtement de même
provenance et dont l'histoire est peut-être mieux établie. Cette dualité
n'a en soi rien qui puisse infirmer leur origine présumée; car, en
admettant leur égale antiquité, il est permis de penser que Jésus,
quoique pauvre quant aux biens de ce monde, a pu avoir néanmoins
deux robes, l'une de dessous, l'autre de dessus.
Bien avant M. l'abbé Jacquemot, cette tunique avait été l'objet
d'études sérieuses; nous citerons entre autres celle d'un religieux de
1. Piibl. par Ravaisson, Archives de la Bastille, XIII, 69.
2. Bibl. nat., fonds Ciairambault, 283, fol. 345.
3. On sait que rAcadémie française a décerné à Fern. Rournon une fraction
importante du prix Thérouanne.
BIBLIOGRAPHIE, 365
Saint-Maur, dom Gerberon, de qui on a une Histoire de la robe sans
coulure de N.-S., conservée à Argentcuil. En dehors des incidents qui
ont pu surgir depuis, M. l'abbé Jacquemot ne pouvait guère que reprendre
le travail de son devancier, tout en y ajoutant des détails nouveaux et
en soumettant les quelques documents épars intéressant son sujet à
l'autorité d'une critique moderne mieux entendue.
Il y a de plus un côté absolument inédit dans ce livre, et non à
dédaigner, c'est l'étude objective de la tunique. Des chimistes distin-
gués, après avoir examiné un fragment du vêtement d'Argenteuil, n'ont
pu en effet que confirmer la tradition établie en venant conclure certai-
nement à la haute antiquité du tissu, en tout analogue à ceux que l'on
a tissés dans les deux premiers siècles de l'ère chrétienne.
Or, que dit la tradition ou, si vous préférez, que lui fait-on dire? Que
Constantin, fils de l'impératrice Irène, aurait fait présent de la sainte
robe à Gharlemagne, et que celui-ci la fit apporter à Argenteuil sur les
une heure de l'après-midi, pour la confier à l'abbaye où était sa fille
Théodrade. Il est bien entendu que pour toute cette période il n'existe
ou ne subsiste aucun document écrit.
Viennent les invasions des Normands, et la relique est cachée, puis
oubliée. Ce n'est qu'en 1156 qu'elle est retrouvée; cependant on sait que
l'empereur Charles le Chauve donna une parcelle de la tunique sans
couture au roi anglo-saxon Ethelwulf, et M. l'abbé Jacquemot pense,
non sans quelque raison, que la parcelle en question devait provenir
de la tunique d'Argenteuil.
De l'époque carolingienne au xn" siècle, la tunique passe donc ina-
perçue, jusqu'au jour où Hugues, archevêque de Rouen, assisté de nom-
breux prélats et en présence du roi de France, en fait une ostension
solennelle (1156). Ce dernier fait est indéniable; il se trouve en effet
consigné dans une notice de peu postérieure à l'année 1156, absolument
authentique et dont on trouvera un fac-similé dans l'ouvrage.
A dater de cette époque, il n'est pas de siècle où il ne soit fait quelque
mention de la robe d'Argenteuil, de « l'habillement » comme l'appelle
un chroniqueur du xv^ siècle. M. l'abbé Jacquemot a conté d'ailleurs
tous les faits qu'il a pu recueillir en un style clair et précis ; on pourra
peut-être mettre en doute que la tunique d'Argenteuil, même en remon-
tant aux débuts de l'ère chrétienne (ce qui ne paraît pas douteux après
l'analyse des chimistes), soit précisément l'une de celles que portait le
Christ lorsque sa dépouille eut été mise au sort; l'intéressante étude
de M. l'abbé Jacquemot n'en était pas moins à signaler.
A. Trudon des Ormes.
Les Jurades de la ville de Bergerac, tirées des registres de Vhôtel
de ville, par G. Charrier. Bergerac, •^892-^893. 2 vol.
La publication des documents relatifs à l'histoire municipale du Sud-
366 BIBLIOGRAPHIE.
Ouest se développe, pour le plus grand profit de la science. On a imprimé
nombre de chartes de coutumes, et c'est une source précieuse d'infor-
mations; mais il me paraît que les registres de comptes et de délibé-
rations sont plus intéressants encore. Il faut reconnaître, en effet, que
les textes de coutumes sont généralement copiés les uns sur les autres;
chacun d'eux ne présente qu'un petit nombre de dispositions spéciales,
de telle sorte qu'il n'existe pas de proportion entre l'effort que demande
la publication et l'apport de notions nouvelles, qui se réduit ordinaire-
ment à peu de chose. D'autre part, les coutumes municipales, comm.e
tous les textes législatifs, représentent-elles bien exactement le droit
vrai, tel qu'il était pratiqué? N'était-ce pas plutôt, sur bien des points,
un droit théorique et scientifique, à côté duquel coexistaient des usages
quotidiennement suivis ? Dans l'étude des registres de délibérations, ces
objections préliminaires ne se présentent pas. Incontestablement, ces
registres nous permettent de saisir sur le vif l'organisation véritable, le
fonctionnement réel des communes. Ce ne sont pas des codifications
savantes formées par des juristes trop érudits ; ce sont des faits con-
crets, c'est la vie même de la cité, enregistrée au jour le jour. Aussi
faut-il savoir gré à M. Charrier de l'idée qu'il a eue de donner au public
ces Jurades.
Peut-être la réalisation de cette idée donne-t-elie lieu à des réserves.
Le format du petit in-S" carré à grandes marges ne se prête guère à un
travail de ce genre. De plus, les érudits regretteront que l'éditeur n'ait
pas donné le texte intégral des registres : tel passage, que M. Charrier
a négligé, aurait été précieux pour un autre travailleur. Enfin l'inser-
tion de notes explicatives dans le texte, entre parenthèses et sans carac-
tère typographique spécial, est une disposition malheureuse. Voici, par
exemple, le début de la première délibération : 1352, 27 juillet. « De
voluntat e de cossentamen dels juratz dejus escritz, es ordenat que totz
los mazelicrs (les marchands qui vendaient aux Mazeaux) de la vila de
Bragayrac, paguen c sian tengutz de paguar als senhors cossols (con-
suls , aujourd'hui conseillers municipaux) de l'an presen, vi deniers
per Ihioras (par livre) de totas las carns, » etc.
L'inconvénient de ces notes entre parenthèses s'accentue lorsque les
notes ainsi placées au milieu d'une phrase prennent une certaine
dimension, lorsque, par exemple, M. Charrier y a fait entrer la biogra-
phie des personnages cités dans le texte.
Voilà pour l'ensemble. Dans les détails, on pourrait aussi relever
bien des négligences, des erreurs trop nombreuses de lecture ou de
traduction. Dans le passage que j'ai cité, mazclier a. un sens bien connu :
ce terme désigne le boucher. Page 19 : les jurats font un don à un frère
mineur « per adjuda de sustantat et de tener son estament (testament), »
Ce dernier mot est de trop : les jurats voulaient aider le donataire à
tenir son état, à tenir son rang. Page 27 : « Los cossols... requereguen
BIBLIOGRAPHIE, 367
mestre Hel. Ayquen e Ger. Belenbaut, coma franssas (français), que
eran de Hel. de Querci, que compliscan e fassan complir las covenens-
sas que ilh avian fach als dichs cossols, per nom del dich Hel. de
Querci. » Il faut lire évidemment « com a fermanssas, « comme cau-
tions. Page 87, M. Charrier a donné un fac-similé d'une page du
registre; il est plusieurs mots que je lirais autrement qu'il ne l'a fait :
Peyrinh et non Peyrulh, Faure alias Bossa et non Faure at Bossa, Ramon
et non Ramo, etc.
Ces imperfections n'empêchent pas que les deux volumes dont je
rends compte soient d'un haut intérêt. Sans parler des renseignements
que l'on y trouve en abondance pour l'histoire locale, on y rencontre
à chaque instant des noms de personnages connus ; les routiers du
xiv« siècle notamment y occupent une large place, trop large sans doute
au gré des populations de cette époque. On peut même voir (t. I, p. 34)
une lettre de Duguesclin du 12 mars 1376 (n. st.).
Nulle part peut-être on ne se rend aussi clairement compte du sys-
tème de brigandages qui était organisé par les Compagnies. Un capi-
taine s'installait-il dans une place des environs, il exigeait des jurais
de Bergerac une rançon dont il fixait le chiffre, ajoutant que, si ces
conditions étaient rejetées par la ville, il lui ferait le plus de mal pos-
sible. Ces menaces, que notre Code pénal prévoit, étaient entourées
d'une certaine solennité : par une odieuse parodie de la justice, les
routiers, donnant à leurs déprédations une forme légale, allaient jus-
qu'à exiger le droit de sceau pour le paii, la convention qu'ils extor-
quaient ainsi.
Bien d'autres indications sont renfermées dans ces livres, qui pour-
ront être utilisées pour l'histoire économique et sociale de nos contrées
durant les xiv^, xv« et xvi^ siècles ; sur la valeur de l'argent, sur l'or-
ganisation du consulat et l'étendue de ses attributions, sur les tendances
des municipalités, sur leur socialisme bourgeois qui les portait à inter-
venir à tout propos dans les relations entre particuliers et à fixer le
tarif maximum des salaires, etc., etc. Je crois en avoir dit assez pour
faire pressentir le très grand intérêt que présentent les Jurades de la
ville de Bergerac.
Jean-Aug. Brutails.
Auxi-le-Château. Histoire et description, par M. l'abbé Vitasse.
Lille, impr. de L. Danel, -1894. In-8o, 400 pages et planches.
Auxi-le-Ghâteau est actuellement un chef-lieu de canton du départe-
ment du Pas-de-Calais, arrondissement de Saint-Pol. Tant par son
passé que par ses seigneurs, cette petite ville méritait d'attirer l'atten-
tion de quelque érudit. M, l'abbé Vitasse, curé actuel de cette localité,
368 BIBLIOGRAPHIE.
a voulu se charger d'en retracer l'histoire, et il l'a fait avec un soin dont
on ne peut que le féliciter.
Dans un gros volume orné de plusieurs gravures et d'un plan, il
esquisse d'abord la situation topographique d'Auxi, puis consacre les
trois livres de son ouvrage à la paroisse, à la seigneurie et, enfin, à la
commune. Les trois chapitres du livre premier sont réservés aux curés,
à l'église et aux communautés religieuses qui se fixèrent sur le terri-
toire d'Auxi. L'église, monument du xvi^ siècle, est étudiée tant au
point de vue archéologique qu'au point de vue du temporel qui assurait
son entretien et celui du culte.
Dans le livre deuxième, M. l'abbé Vitasse fait connaître les diffé-
rentes familles des seigneurs d'Auxi, principalement les d'Egmont et les
Lannoy; il énumère leurs droits de justice ou autres, leurs revenus,
leurs propriétés, retrace l'histoire du château et donne également le
texte de la coutume d'Auxi.
Le dernier livre enfin offre le tableau de la vie communale tant avant
qu'après 1789. Les institutions de bienfaisance, l'enseignement, les
œuvres, les familles, les jeux, les coutumes, le commerce, l'industrie,
l'agriculture, tout enfin ce qui peut intéresser dans l'histoire de ce bourg
est successivement passé en revue. On a donc dans ce volume une
monographie bien complète accompagnée de vingt-sept pièces justifi-
catives, sept gravures et un plan. Les quelques défauts qu'on pourrait
y relever, tels que l'omission de références bien précises pour certaines
assertions ou même pour des pièces justificatives, n'enlèvent rien à la
valeur de l'ouvrage, fait consciencieusement et pour lequel l'auteur a
puisé dans tous les dépôts d'archives susceptibles de lui fournir des
renseignements.
Jules "VlARD.
Un Picard : Antoine Erlault, confesseur de Catherine de Médicis,
évalue de Chalon-sur-Saône, par le baron de Boxivault d'Houet.
Compiègne, H. Lefebvre, -1894. In-8% 48 pages. (Extrait du t. VIII
du Bulletin de la Société historique de Compiègne.)
Notre confrère a eu l'excellente idée de faire revivre une figure que
l'on avait parfaitement oubliée jusqu'ici, et qui eut pourtant assez de
relief au xvi'= siècle. Antoine Erlault, fils de paysans de Mareuil-Lamotte
(environs de Compiègne), après avoir été boursier dans un collège de
Paris, on ne sait lequel, arriva à être prieur de la Sorbonne et rec-
teur de l'Université ; il se distingua assez pour devenir confesseur de
la reine Catherine de Médicis , qui le fit créer évêque de Chalon-
sur-Saône. En cette qualité il assista au colloque de Poissy, où il joua
un certain rôle, on sauvegardant les intérêts de la foi catholique, que
certains prélats semblaient vouloir compromettre. Cette biographie est
BIBLIOGRAPHIE. 369
extrêmement intéressante, surtout parce que l'auteur a su éclairer les
milieux, où les différentes situations de son personnage l'ont placé.
C'est ainsi qu'il a pris occasion de nous rappeler les nombreuses fon-
dations, qui avaient pour objet l'entretien dans les collèges de Paris de
boursiers des diocèses de Beauvais, Noyon, Soissons, etc.; qu'il a décrit
le régime suivi à l'intérieur de l'antique Sorbonne; raconté les détails
de l'élection du recteur de l'Université; fait un historique très docu-
menté du colloque de Poissy, dont il a très bien montré la physiono-
mie; et enfin exposé les malheurs de l'évêché de Ghalon pendant
l'épiscopat d'Erlault, les attentats commis par les protestants, qui réus-
sirent à faire de celui-ci leur prisonnier, etc. En résumé, c'est un
ouvrage qui dépasse de beaucoup les limites d'une monographie ordi-
naire; il sera utile à consulter par les érudits, qui y trouveront de
curieux renseignements, dont ce compte rendu a essayé de donner un
aperçu.
L.-H, Labande.
Cartulaire de l'église collégiale de Saint-Pierre de Lille, publié par
E. HACTcœuR, prélat de la maison de Sa Sainteté, chancelier des
Facultés catholiques de Lille. Lille, L. Quarré; Paris, A. Picard,
4894. 2 vol. in-8°, xxvii-^2^0 pages.
Fondée en 1055 par Baudouin IV, comte de Flandre, la collégiale de
Saint-Pierre remonte, sinon à l'origine, au moins au premier dévelop-
pement de l'agglomération lilloise. Elle en fut le centre; elle lui donna
l'impulsion et la vie, et l'on sait avec quelle rapidité la bourgade assise
auprès du château du Bue devint une des villes les plus importantes
du comté de Flandre : « Le chapitre de Saint-Pierre possédait les droits
de seigneurie sur une portion notable du territoire ; il avait le patronat
ecclésiastique de toutes les paroisses de la ville. A ces divers titres, les
chartes de Saint-Pierre sont, pour l'histoire de Lille dans la première
période de son existence, une source d'autant plus précieuse qu'elle est
à peu près la seule jusque bien avant dans le xm^ siècle. »
Ceci dit assez quel intérêt pouvait présenter un recueil des chartes
de la vieille collégiale et combien Mgr Hautcœur avait raison d'entre-
prendre ce travail. Il existe aux archives du Nord deux anciens cartu-
laires : l'un, dit le Decanus, parce qu'il était à l'usage du doyen, achevé
vers 1295, contient 375 pièces; l'autre, le Liber catenatus, ainsi nommé
de la chaîne qui le retenait attaché à un pupitre, terminé en 1316, reçut
des adjonctions successives jusqu'en 1500; il contient 616 pièces pour
la période antérieure à 1300.
L'éditeur donne une description de ces précieux cartulaires ; il énu-
mère ensuite et décrit les autres manuscrits, au nombre de dix, qu'il a
employés : Répertoire du chanoine Le Bon (2 vol. in-fol., xvni" siècle),
] 894 24
370 BIBLIOGRAPHIE.
Livre des Serments (xvi^ siècle), Cartulaire des Frères prêcheurs de Lille,
Annales de l'église collégiale de Lille, depuis sa fondation jusqu'en 13Sk,
etc. Outre ces recueils, les archives de la collégiale existent encore au
dépôt du Nord, conservées pour leur plus grande partie; elles y sont
représentées par 46 cartons abritant de 80 à 100 pièces, originaux, vidi-
mus ou copies, par 26 portefeuilles et 28 liasses contenant les documents
de moindre importance, par 250 registres ou volumes renfermant les
comptes réunis et groupés par séries; en outre, des briefs de rente, des
terriers, de petits cartulaires, etc.
Quelques pièces et quelques volumes ont été distraits de cette collec-
tion et se retrouvent, soit dans d'autres fonds des archives départemen-
tales, soit à la bibliothèque de Lille, soit ailleurs. Avec les cliartes ori-
ginales, fort nombreuses, il faut signaler une série de comptes qui,
malgré ses lacunes, remonte au xm« siècle; nul doute que Mgr Haut-
cœur n'en tire un excellent parti pour l'histoire qu'il prépare de la col-
légiale de Saint-Pierre.
La description de ces sources manuscrites est suivie de la liste des
ouvrages imprimés auxquels l'éditeur a emprunté des extraits ou des
citations.
Les recherches faites dans ces collections et ces recueils lui ont per-
mis de publier in extenso ou par analyse et extraits 1,554 pièces, sans
compter les appendices, du xi^ siècle à la fin du xv^ ; sur ce nombre,
810 sont antérieures au xiv« siècle. Ces documents sont rangés dans
l'ordre chronologique, transcrits avec le plus grand soin d'après les ori-
ginaux toutes les fois que l'éditeur a pu les retrouver, précédés de la
date, ramenée au calendrier usuel, et d'une brève analyse de la pièce,
suivis de l'indication des sceaux, des sources, des vidimus s'il y a lieu,
des ouvrages où la pièce est imprimée en tout ou en partie; çà et là
quelques notes fournissent des éclaircissements sur les personnages
mentionnés, sur certains faits ou sur les noms de lieux <. Lorsque le
document n'est pas transcrit intégralement, l'analyse, beaucoup plus
longue, contient la citation des passages les plus importants, les noms
de lieux et de personnes sous la forme fournie par la pièce elle-même,
et toujours la formule de datation, qui permet au lecteur de contrôler
la date adoptée par l'éditeur. Il faut remarquer avec lui que , dans
quelques actes, notamment dans les deux chartes (n"' VI et VII) de
Ratbode, évoque de Noyon et Tournai, l'année ne commence pas à
Pâques.
Il serait fort difficile, et peut-être inutile, de faire un choix parmi
des documents aussi nombreux pour signaler ici ceux qui paraîtraient
être les plus rares ou les plus intéressants. A quelque point de vue
1. Quelques-unes de ces notes sont d'érudites dissertations, comme celles
qui sont consacrées à l'explication du mot bodium, p. 4 et 139.
BIBLIOGRAPHIE. 37-1
qu'on se place, on y trouvera à glaner, et beaucoup, particulièrement
pour l'histoire religieuse, pour l'étude de la société, des mœurs, des
coutumes de Lille et de cette région. Le plus ancien document français
y est daté de 1240 ; c'est la curieuse loi octroyée par Bertoul, sire de
Bailleul, à ses hommes de Piettre (dépendance de la commune d'Au-
bers, dép. du Nord). Les appendices se rapportent à l'exploitation du
domaine agricole d'Arleux au xiii« siècle, aux serments prêtés par les
officiers de la collégiale, du comte de Flandre, etc., aux bénéfices et
dîmes.
Trois longues et bonnes tables terminent le second volume, tables
des noms do personnes, des noms de lieux, des matières. Les deux pre-
mières donnent l'identification de tous les noms propres avec leur forme
moderne et les formes anciennes fournies par les pièces du cartulaire ;
à la suite d'un nom moderne de commune sont reproduits, non seule-
ment ses noms anciens, mais ceux des lieux-dits situés sur son terri-
toire, et même des personnages désignés par les chartes et se rattachant
à cette localité, curés, seigneurs, prévôts, etc. La table des matières est
également très détaillée, et l'on voit que l'éditeur n'a pas craint sa peine
pour rendre son recueil facilement accessible aux chercheurs ; ils devront
lui en être reconnaissants. On regretterait l'absence d'une introduction
sur l'histoire, l'administration, l'influence de cette importante collégiale,
si l'on ne savait que Mgr Hautcœur prépare cette histoire en deux
volumes, vivement attendus du public; nul doute qu'ils ne soient dignes
de prendre place à côté du Cartulaire et de l'Histoire de l'abbaye de
Flirtes, publiés il y a une quinzaine d'années et qui sont loin d'être
oubliés.
J.-M. Richard.
Les Procureurs de ville à Saint-Omer, i 30% 17 90, par M. Pagart
d'Hermansart. (Extrait du tome XXIII des Mémoires de la Société
des antiquaires de la Morinie.) Saint-Omer, H. d'Homont, -1894.
In-S", -123 pages.
Cet ouvrage donne la suite des études de M. Pagart d'Hermansart sur
les fonctionnaires municipaux de la ville de Saint-Omer. Il y a deux
ans, il avait publié l'histoire des Conseillers pensionnaires; aujourd'hui,
ce sont les Procureurs de ville qui lui ont fourni la matière d'un mémoire
bien complet et bien présenté. 11 n'arrive pas toujours à éclaircir les
origines; mais qui pourrait se flatter, dans ces questions si délicates
d'institutions, d'arriver sur tous les points à une certitude absolue? Du
moins, l'on peut, au moyen de comparaisons avec ce qui se passait dans
les villes voisines soumises à un régime identique, approcher de très
près la vérité; c'est ce que n'a pas manqué de faire M. P. d'H., et c'est
ce dont il faut le féliciter.
En 1302, apparaît pour la première fois à Saint-Omer le nom du pro-
372 BIBLIOGRAPHIE.
cureur de ville, qui dès 1399 porta le titre de procureur général. D'abord
révocable à volonté, puis beaucoup plus lard nommé à vie et inamovible,
il recevait des gages assez élevés pour l'exercice de ses fonctions. Il est
vrai qu'on lui demandait une certaine connaissance des affaires et qu'il
ne devait épargner ni son temps ni sa peine pour le service de la com-
munauté. Ses occupations étaient multiples : il lui fallait défendre les
privilèges des bourgeois devant toute espèce de tribunaux, surveiller et
gérer le domaine communal, assister à l'audition des comptes des rece-
veurs de la ville, des administrateurs des tables des pauvres annexées à
chaque paroisse, des recteurs des hôpitaux gouvernés au nom de l'éche-
vinage et de la Chambre des orphelins, provoquer les règlements inté-
rieurs de police, intervenir dans toutes les questions de statuts des
corporations, remplir au dehors les missions que lui confiait la munici-
palité, etc. Cet exposé a été très clairement fait par M. P. d'H., qui a
ajouté comme appendices à son travail : 1" une note intéressante sur les
procureurs de la commune et les procureurs syndics sous la Révolution;
2*» la liste de ces fonctionnaires depuis 1302 jusqu'en 1794. Enfin, dix
pièces justificatives, entre autres six règlements, dont les dates sont
comprises entre les années 1415 et 1766, complètent cette étude d'une
façon très heureuse. Dois-je terminer par une légère critique? Il me
semble que le plan de l'auteur souffre un peu d'avoir renvoyé après les
attributions des procureurs ce qu'il avait à dire sur leur recrutement,
leur serment, leurs gages, etc. Il aurait été plus logique d'intervertir
cet ordre. ^
L.-H. Labande.
Les États de la vicomte de Turenne^ par René Fage. Paris, A, Picard
et fils, J894. 2 vol. in-8°, 324 et 3^3 pages.
Aucun auteur jusqu'ici n'avait traité ce sujet, ni Just Paquet, ni
Laferrière, ni môme M. Antoine Thomas : c'est sans doute parce que
la vicomte de Turenne resta jusqu'en 1738 absolument indépendante et
en dehors de toute influence du royaume français, de la même façon
que la principauté d'Orange, par exemple. Il y avait là cependant bien
des observations à relever; elles ont permis à M. René Fage d'écrire
un ouvrage utile. Le manque de documents, dit-il, l'a malheureuse-
ment empêché de traiter les questions d'origines, et c'est regrettable.
Gomment a été constituée la vicomte dans les premiers temps du
moyen âge, par suite de quels événements a-t-elle réussi à conserver
ses privilèges, c'est ce que M. F. ne nous enseigne pas; il se contente
d'affirmer qu'il serait bien difficile, pour ne pas dire impossible, de faire
mieux que le généalogiste Christophe Justel, qui a n'a pu émettre que
des conjectures sur les origines de la vicomte de Turenne. » Je me per-
mettrai cependant de faire observer que, depuis la publication en 1645
BIBLIOGRAPHIE. 373
de Vllistoire généalogique de la maison de Turenne, les historiens ne sont
pas restés inactifs : ils ont publié un nombre infini de textes, parmi
lesquels on trouverait certainement des éclaircissements sur ces
fameuses questions. 11 y avait donc tout au moins des recherches à
faire en dehors de Justel. Point de renseignements non plus sur les
réunions qui ont précédé les assemblées des États du xv siècle et sur
le mode de perception des impôts. Il est vrai qu'ici le sujet est encore
plus délicat et qu'il y a beaucoup plus de chances de ne posséder qu'un
nombre très restreint de documents; aussi l'auteur se borne-t-il à
quelques suppositions, qui sont loin de satisfaire le lecteur.
Les États de Turenne sont, d'après M. F., mentionnés pour la pre-
mière fois en 1467, dans une requête adressée au roi Louis XI par le
comte de Beaufort, Anne de la Tour. A cette époque, il n'existait
encore qu'une assemblée unique, où étaient représentés la noblesse et
le clergé, en tant que seigneurs terriens, et enfin les habitants des bourgs
principaux jouissant d'une certaine autonomie en matière d'adminis-
tration. Mais comme la vicomte était formée de villes et villages situés
dans deux provinces différentes, le Limousin et le Querci, cette assem-
blée unique se scinda bientôt en deux corps distincts, un pour chaque
province ; puis, peu à peu, le clergé faiblement représenté fut complè-
tement éliminé; la noblesse, dont les membres avaient une certaine
prépondérance portant ombrage au vicomte et siégeaient au nom des
habitants des campagnes, n'envoya plus qu'un syndic général, qui
reçut un mandat à vie. Ce furent dès lors les députés des sept villes de
la vicomte, assistés d'adjoints, qui formèrent presque à eux seuls les
États : ce sont eux qui firent la loi. L'institution ne fut donc pas com-
plètement démocratisée, commatle veut M. F.; il aurait fallu pour cela
que les syndics des paroisses rurales, dont l'assemblée recevait parfois
les doléances, eussent voix délibérative. Telle fut la composition des
États du xvi° au xvm' siècle; ils étaient présidés par les vicomtes ou
leurs commissaires.
Le rôle des députés était surtout le vote des impôts et la conser-
vation des privilèges de la vicomte. Par bonheur, M. F. a retrouvé les
procès-verbaux d'un grand nombre de sessions depuis 1486, qui per-
mettent de suivre pas à pas la progression des charges qu'eut à suppor-
ter le pays. Très légères d'abord, elles finirent par devenir extrêmement
lourdes, surtout à cause des nombreux dons extraordinaires qu'il fal-
lait continuellement faire aux vicomtes, toujours à court d'argent; à
tel point qu'on peut à bon droit se demander si, à l'époque de la réu-
nion au domaine de la couronne, la vicomte de Turenne avait encore
des avantages réels à demeurer indépendante. Il est vrai que ses villes
avaient le droit de refuser le logement aux troupes royales de passage ;
mais, pour le faire reconnaître, comme pour obtenir des régiments
d'aller s'établir ailleurs, il fallait allouer de telles sommes que ce pri-
374 BIBLIOGRAPHIE.
vilège devait se réduire à bien peu de chose. Les vicomtins ne payaient
pas de subsides ni d'impôts au roi de France : cela n'empêchait pas les
agents royaux de taxer à une somme très forte, pour la capitation par
exemple, le duc d'Albret, vicomte de Turenne, qui, à son tour, récla-
mait un don extraordinaire de même valeur ; c'était le vicomte et non
ses sujets qui était soumis à l'impôt du roi, mais le résultat était le
même pour ces derniers.
Ces quelques lignes n'ont pas la prétention de résumer l'œuvre de
M. F., mais elles suffisent pour en faire apprécier tout l'intérêt. En
définitive, sauf les réserves indiquées plus haut, c'est un bon livre d'his-
toire d'institutions locales. Peut-être l'auteur aurait-il pu éviter cer-
taines répétitions et condenser un peu plus son récit; en supprimant
encore quelques mémoires et pièces justificatives sans grande portée,
il serait arrivé facilement à faire entrer dans un seul la matière de ses
deux volumes, et son ouvrage y aurait gagné.
L.-H. Labande.
Joseph du Teil. Le Livre de raison de noble Honoré du Teil (I57i-
4586), publié avec des documents inédits sur la Provence et pré-
cédé d'une notice biographique. Digne, Chaspoul, Gonstans et
V^^ Barbaroux, ^894. 111-8°, xv-35 pages. (Extrait du Bulletin de
la Société scientifique et littéraire des Basses- Alpes.)
Honoré du Teil, né à Manosque le 24 janvier 1541, fut jurisconsulte
avant de suivre la carrière des armes. Rentré dans la vie privée dès
1571, il fit un voyage en France en 1573-1574, oii il se familiarisa avec
la langue de Ronsard et apprit l'art de faire des vers. Puis, il se trouva en
relations suivies avec les écrivains et savants qui habitaient alors Aix,
ce foyer intellectuel toujours si vif de la Provence : il connut particu-
lièrement Jean de Lacépède, François de Malherbe, Michel Nostrada-
mus. Le livre de raison publié par son descendant n'aurait par lui-
même rien de bien saillant et aurait une très mince valeur même pour
l'histoire locale, si l'éditeur ne l'avait complété par de nombreuses notes
et par quelques documents, extraits de la Bibliothèque nationale en
grande partie, qui ont plus ou moins de rapport avec la biographie
d'Honoré du Teil. Je signalerai principalement la lettre écrite le
20 novembre 1574 par le cardinal de Lorraine à la duchesse de Nemours,
relative au séjour d'Henri HI à Avignon et aux affaires de Provence.
Mais pourquoi avoir intercalé dans le livre de raison ces pièces qui ont
ainsi l'air d'en faire partie? A la liste des corrections placée à la fin de
l'ouvrage, ajouter celle-ci, page 4, ligne 16 : « Mais led. sieur de Vins
luy remonstre que le roy luy vouloit parler... », au lieu de « luy ren-
constre... »
L.-H. Labande.
BIBLlOGUAPHIi:. 373
Extraits analytiques des registres des consaulx de la ville de Tour-
nai, -^43^-^476, publiés par A. de la Grange. Tournai, 4893.
In-8°, H. et L, Gaslerman, viii-396 pages.
M. Van den Broeck avait publié des Extraits analytiques des anciens
registres des consaulx de Tournai, de 1385 à lk22 S' M. Gaciiard, des
Extraits de ces mêmes registres, de 1472 à 1490, de 1559 à 1572 et
de 1580 à 1581, avec la Liste des prévôts et des mayeurs de cette ville
depuis 1667 jusqu'à 179^^. Aujourd'hui, M. de la Grange se propose
« de combler la lacune qui séparait les travaux de l'ancien archiviste
de Tournai de ceux de Gachard. » Il suit, d'ailleurs, la même méthode
que ses prédécesseurs, ne s'astreignant pas plus qu'eux à tout publier,
mais « glanant au milieu d'une foule de délibérations sans intérêt les
faits saillants sur lesquels se base une bonne histoire. » La période
choisie par lui n'est pas d'ailleurs la moins intéressante des annales
tournésiennes. Tournai a toujours été français 3, par la langue comme
par les mœurs; pendant de longs siècles, il a fait partie intégrante
de notre pays, d'autant plus attachée à sa nationalité qu'il était tou-
jours menacé de la perdre ; il a protesté longtemps après l'avoir per-
due. Au xv« siècle, on pouvait se demander si ce moment fatal n'était
pas arrivé et si Tournai n'allait pas entrer dans ce royaume, que la
politique bourguignonne visait à constituer entre la France et l'Alle-
magne, et dont la création eût sans doute changé le cours de la poli-
tique européenne. Jugés de ce point de vue, nombre de menus faits de
la politique municipale de Tournai, relatés au jour le jour dans les
registres des consaulx, acquièrent un vif intérêt ; ils se rattachent direc-
tement à la grande lutte engagée alors entre les rois de France et les
ducs de Bourgogne. Tournai est comme un champ clos entre les deux
puissances aux prises. Le siège épiscopal vient-il à vaquer, le duc de
Bourgogne prétend y exercer le droit de régale à l'exclusion du roi ;
les bannis étrangers se réfugient sur ce territoire français enclavé de
toutes parts dans les possessions bourguignonnes ; les relations com-
merciales très actives entre la ville et les populations étrangères qui
l'environnent sont sous la menace constante d'hostilités toujours prêtes
à éclater ; la navigation de l'Escaut, la fabrication et le cours des mon-
naies, la fréquentation des foires étrangères, encore autant de questions
qui ne sont pas simplement municipales. Louis XI, tout jaloux qu'il
soit de son autorité, est même obligé de laisser Tournai, à raison de
cette situation exceptionnelle, conclure pour son propre compte un
1. Tournai, 1861, 2 vol. in-S».
2. Bruxelles, 1846, in-8'.
3. On voit Tournai appelé avec Rouen, Lyon et Montpellier à nommer des
délégués chargés d'étudier cette question du cours des monnaies le 22 avril 1466.
376 BIBLIOGRAPHIE.
traité avec le duc de Bourgogne (28 janvier 1472). Tournai voit passer
dans ses murs les plus hauts personnages : Louis XI, d'abord, qui y
reste une quinzaine de jours en février 1464; Philippe le Bon et son
fils, le comte de GharoUais, le roi de Jérusalem, le duc d'Orléans et
bien d'autres seigneurs de moindre importance, entre autres, deux Grecs
illustres échappés au désastre de Gonstantinople, Georges Paléologue
et Théodore Lascaris (2 janvier 1459). Quand les rois et les princes ne
viennent pas, ils écrivent, et, dans les registres analysés par M. de la
Grange, comme dans ceux qui l'avaient été par MM. Gachard et Van
den Broeck, on trouve indiquées, parfois même insérées in extenso,
bon nombre de lettres missives de Charles VII et de Louis XL Un fait
à signaler, c'est que les lettres missives de ce dernier souverain sont,
pendant la période étudiée par M. de la Grange, des lettres circulaires
pour la plupart, c'est-à-dire des lettres que le roi adressait en même
temps à toutes ses bonnes villes pour fixer l'opinion qu'il voulait
qu'elles eussent des événements. Dans les dernières années de son
règne, au contraire, celles qui suivent la mort de Charles le Téméraire,
et que M. de la Grange n'a pas abordées, les lettres exclusivement
adressées aux Tournésiens, nous l'avons constaté par nous-même, sont
nombreuses. Leur ville, à ce moment, était un poste d'une importance
extrême pour surveiller ces Pays-Bas que le roi aurait voulu et dû
annexer, et pour y faire sentir son action.
L'intérêt politique de ces délibérations est donc grand; ce n'est pas
à dire qu'il soit le seul. Au point de vue de l'histoire locale et des ins-
titutions municipales de Tournai, elles sont non moins curieuses à
lire. On y voit défiler successivement tous les officiers et magistrats
municipaux : consaulx, jurés, mayeurs, échevins, eswardeurs, etc.,
dont M. de la Grange, soit dit en passant, eût bien dû nous définir les
fonctions. A côté d'eux, et sous leur surveillance, rangés par bannières
et par corporations, tous les métiers d'une grande ville industrielle,
comme Tournai paraît l'avoir été en ce temps-là : foulons, drapiers,
merciers, tisserands, tanneurs, potiers, o kincailleurs, » orfèvres, cou-
teliers, chaudronniers, « banneleurs, » « cordewaniers et chavetiers, »
a teliers, » tainteniers de filets, parmentiers, « eswilleteurs, iiniers,
vairiers, moulequiniers, roquetiers et tailleurs de pierre, cartons, »
(charretiers), « navigeurs, » apothicaires, barbiers, exerçant aussi
le métier de dentiste, et qui protestent contre la « requeste Willemmc
Gasquignier, pour pooir en la ville user de tirer dens, » bouchers, tri-
piers, brasseurs, taverniers, cervoisiers, poissonniers, fromagiers.
Quelques-uns de ces métiers semldent être constitués en véritables
corporations, avec leurs doyens, sous-doyens, etc.; d'autres semblent
former des groupes beaucoup moins nombreux et bien moins impor-
tants; là encore quelques explications n'eussent pas été superflues.
A ces éléments locaux, en 1462, vient s'adjoindre un élément étranger,
BIBLIOGRAPHIE. 377
les Lombards, en réalité des Piémontais, Vincent et Martin de Ville,
auxquels Louis XI accorde le privilège d'établir à Tournai une maison
de prêt (13 septembre-9 novembre 1462).
A côté des corporations ou groupes industriels, nous trouvons natu-
rellement à Tournai, comme partout ailleurs, les confréries : celles de
Saint-Maur (10 juin 1449); des Dames sœurs (17 juin 1443); de Saint-
Antoine (15 janvier 1454); de Saint-Fiacre (9 août 1457); de Sainte-
Barbe (4 février 1466); les ordres religieux : ceux des Augustins, des
Frères mineurs, des Croisiers, des Glarisses, le Tiers ordre de Saint-
François ; les sœurs des Hauts degrés, les religieuses des Gampeaux, à
Saint-Brixe, les Antonins, qui, à Tournai comme dans d'autres villes,
ont, en souvenir de leur patron, la permission de laisser vaguer dans
les rues des troupeaux de pourceaux (17 décembre 1476) ; dans le voi-
sinage de Tournai , et en rapports fréquents avec la ville pour lui
demander, comme les ordres'précités, des aumônes, des subventions ou
des exemptions de taxes, des matériaux de construction, on trouve les
abbayes de Saint- Amand, celles de Loos, de Saint- Amand, des Prés-
Porchains, du Saulchoir.
La sécurité, la santé, l'alimentation, la moralité d'une population
aussi nombreuse et aussi mêlée, réclamaient naturellement toute l'at-
tention des consaulx; la plupart de leurs délibérations y sont consa-
crées. Ils pourvoient à la propreté et à la salubrité publiques par le
nettoyage des rues, le ramonage, l'interdiction de corrompre les eaux
par des usages industriels, l'isolement des ladres, les mesures contre
la « pestilence » qui sévit dans le voisinage ; ils payent « un médechin
pour conseiller et aidier les cirurgiens en leurs cures... et secourir les
babitans en leurs maladies; » ils réglementent la fabrication du pain,
la pêche, les poids et mesures; ils organisent la défense contre l'incen-
die ; dans l'intérêt de la religion et des bonnes mœurs, ils font observer
les dimanches et les fêtes, répriment le blasphème, et aussi les « balades
et canchons diffamatoires ; » ils surveillent certaines sociétés trop
joyeuses, et dont la gaîté devient souvent de la licence, le « prince et
les compagnons de la Cour d'Amour, » du Puy d'Amour, les « Coers
joyeux, » le « Couvent des endormis; » ils interdisent de nommer un
« evesque des fols, » de « conter ne lire la Passion Nostre Sauveur Jhe-
sus Crispt, ou marchié ne ailleurs, au peuple de la ville, » avec invita-
tion à l'aller « oyr preschier es églises où ladite Passion se presche
communément par notables clercs théologiens et aultres fondez en la
science divine; » défense est faite « aux estuveurs et estuveresses, reven-
deurs ne revenderesses de cervoise de herberger ne laisser coucher
ensemble de nuit en leurs maisons hommes et femmes ; » sont prohibés
les jeux de dés, de la « haudute, » des « bourlettes, » de 1' « oire ; » il
est interdit aux enfants, sous la responsabilité des parents, de « traire
et souffler en buseaux de bois, aiguilles et aultres choses poingnans. »
378 BIBLIOGEAPHIE.
Contre les ennemis extérieurs, comme pour assurer l'ordre à l'inté-
rieur de la cité, Tournai a ses canonniers, ses archers et ses arbalé-
triers du grand et du petit serment, avec concours de tir et distributions
de prix ; ces milices sont commandées par des dizeniers et des quarte-
niers ; quelquefois, sur la demande du roi, la ville fournit un contin-
gent employé à l'extérieur; les Tournésiens participèrent au siège de
Pontoise en mai 1441, et la ville accorda des secours aux veuves des
arbalétriers ainsi envoyés à la guerre, et qui n'en étaient pas revenus.
La population a des solennités très nombreuses, les unes religieuses,
les autres patriotiques, la plupart réunissant ce double caractère; tous
les épisodes de la longue lutte soutenue par Charles YII, et qui eut pour
heureux dénouement l'expulsion totale des Anglais, donnent lieu à des
processions, à des messes, à des sermons ; les entrées de rois et de
princes sont l'occasion de véritables fêtes; on chante un Te Deum pour
la naissance d'un fils du dauphin Louis; on célèbre un service funèbre
à la mort de Charles VII ; on fait une procession solennelle pour saluer
l'avènement de son successeur. On va voir les « esbatemens des com-
paignons esquiermisseux de l'espée à deux mains. » Nous avons parlé
déjà des concours de tir des archers et des arbalétriers. En somme, les
occasions de se distraire ne manquaient pas aux Tournésiens. Leur vie
se reflète très exactement dans leurs annales, et c'est assurément une
œuvre intéressante que de nous les faire connaître. Peut-être eût-il été
bon pourtant d'en accompagner le texte d'une introduction historique
plus développée et de notes explicatives. D'autre part, M. de la Grange
nous dit avoir tiré ses documents de deux sources : les délibérations
des consaulx et les publications du magistrat ; il eût été bon, suivant
nous, de mettre en manchettes l'indication des registres auxquels il
empruntait ses textes, avec celle de leur date. Cela aurait permis de
recourir au besoin aux originaux des archives de Tournai.
J. Vaesen.
Œuvres poétiques d'Adam de Saint-Victor. Texte critique par Léon
Gadtier. Troisième édilion. Paris, Alph. Picard, ^894. In-'IO,
xxii-337 pages.
L'élégant volume que vient de publier notre confrère M. Léon Gau-
tier sera remarqué parmi les nombreux travaux dont l'hymnologic du
moyen âge est actuellement l'objet. On n'y trouvera pas seulement ce
que le titre promet, un texte critique des œuvres d'Adam de Saint-
Victor, c'est-à-dire des proses qui doivent être attribuées à ce célèbre
chanoine, avec tous les éclaircissements qu'on peut désirer avoir sur
l'attribution et les sources de chaque pièce, sur l'usage qui en a été fait
dans nos anciennes liturgies et sur la méthode suivie pour en établir le
texte. Des notices spéciales ont été consacrées à chacune des proses
t
BIBLIOGRAPHIE. 379
qu'on a attribuées à Adam, mais dont l'attribution est contestable ou
fausse.
Le volume se termine par une dissertation d'une quarantaine de
pages, intitulée : « Les proses avant Adam de Saint- Victor. » C'est un
excellent chapitre de l'histoire de la poésie liturgique, sujet que l'au-
teur étudie avec un amour passionné et une patiente sagacité depuis
près de quarante ans et à la connaissance duquel il a largement con-
tribué. Ce morceau n'est pas seulement un résumé de tous les points
actuellement acquis à la science, il renferme aussi des vues person-
nelles que l'auteur n'avait pas encore exposées dans ses précédentes
publications.
L. DeliSle.
Un Drame religieux du moyen âge. Le Bliracle de Théophile, par
Marius Sepet. Paris, V. Retaux et fils, ^894. In-8°, 33 p. (Extrait
de la Revue historique et archéologique du Maine, ^894, q" -109.)
Comment la légende du moine Théophile d'Adana, qui vendit son
âme au diable et qui fut délivré par Notre-Dame, a-t-elle passé dans la
littérature dramatique et quelle fortune y a-t-elle obtenue ? Tel est le
sujet sur lequel M. Marius Sepet nous présente d'intéressantes consi-
dérations dans l'opuscule que nous annonçons ici. L'histoire qui, à
diverses reprises, a inspiré les artistes du moyen âge (notamment les
verrières du xni« siècle à la cathédrale du Mans), et à laquelle des poètes
comme Hroswitha et Marbode ont demandé la matière de leurs ampli-
fications poétiques, s'était introduite dans la liturgie, aux offices de la
sainte Vierge, et c'est par là qu'elle a dû pénétrer dans la littérature
dramatique. Les mystères français de Théophile, dont les œuvres de
Rutebeuf nous ont conservé un spécimen, ont dû être précédés par les
drames scolaires rédigés en vers latins. Si les textes épars de différents
côtés et qu'il groupe ici ont permis à notre confrère de constater que,
depuis Rutebeuf, le miracle de Théophile a continué à défrayer la lit-
térature dramatique, la perte de ces œuvres de nos anciens poètes l'a
obligé, pour se faire une idée de leur travail, de recourir à l'examen
des compositions similaires conservées à l'étranger, notamment en
Allemagne.
E.-G. Ledos.
Le Sonnet dans le midi de la France, par Alfred de Martonne. Aix,
4894. In-8% 64 pages.
D'habitude, lorsqu'on rend compte impartialement d'un livre, on en
signale, d'une part, les défauts, d'autre part, les qualités. Si je m'écarte
ici de l'usage, c'est parce que je n'ai pu découvrir la moindre qualité
dans l'ouvrage, pourtant « cinq fois refondu, » de M. de Martonne. En
380 BIBLIOGRAPHIE.
revanche, les défauts y sont nombreux et graves. D'abord, il est d'une
lecture pénible, l'auteur écrivant dans une langue très incorrecte, par-
fois inintelligible; c'est presque au hasard que je cite quelques-unes
de ses expressions choquantes : « En me conservant le droit de... Ce mor-
ceau est allusif à... Des rectifications de textes si heureusement menées
par M... Il n'administre aucune preuve de son dire... J'arrive aux jours
modernes... 11 a été publié, en outre de Raynouard, par Bartsh ^ {Chres-
iomatltie, p. 3H) et par VArchiv fur (sic) das Studium des (sic) rene-
ren (sic) sprachen (sic) und Litieraturen... » etc., etc. M. de Martonne
fait le mot cantilène du masculin, écrit intimement pour intimement;
dans une page qu'il cite de M. Paul Meyer, il écrit six fois apocjryphe
pour apocryphe.
Le fond vaut encore moins que la forme. M. de Martonne croit que
« la langue du Midi » est « mère de l'italien ; » que le latin « fut jus-
qu'au XIV» siècle la langue de toute la littérature européenne; » que les
troubadours n'ont pas inventé le sonnet parce qu'ils étaient « réfrac-
taires à la poésie savante ; » qu' « ils ont sans doute créé le français
moderne ; » que « ce qu'on trouve principalement chez les troubadours
(et non chez les trouvères) ce sont des contredits, les poèmes de longue
haleine, les fabliaux, les leys d'amors (lais en langue d'oïl), les sirventes
(satires), enfin des compositions plus restreintes, nommées canso, vire-
lai, rondel, ce qui est la même chose à peu près que rondeau dans le
Nord ; » enfin qu' « il se peut que le sonnet méridional (et ce mot s'ex-
pliquera [sic) surtout à l'italien) soit un souvenir du Ghazel persan ou
de la Casside arabe, comme le dit Ginguené. »
L'érudition classique de l'auteur est au niveau de ses connaissances
de la littérature médiévale ; témoin la note (p. 30) où il avoue n'avoir
trouvé dans aucun « dictionnaire de langue romane » le sens de l'ex-
pression « herbe d'Anticire. »
Les lecteurs de la Bibliothèque me pardonneront de leur avoir parlé
d'une publication si insignifiante : je l'ai fait uniquement pour les
avertir qu'en la lisant ils perdraient leur temps et leur peine. '',\
Ernest Langlois.
Études sur la saisie privée. Introduction., droit romain (legisactio
per pignoriscaptioiîcm) , chartes et coutumes du nord de la
France, par Paul Gollinet, docteur en droit, avocat à la Cour
d'appel. Paris, Larose, 1893. ln-8<», ^84 pages.
La partie principale de l'ouvrage dont nous venons de transcrire le
titre est une dissertation très soignée, instructive et ingénieuse, où
l'auteur étudie dans l'ancien droit coutumicr français le rôle, les trans-
I. Ailleurs Bastsh.
BIBLIOGRAPHIE. 38^
formations, la décadence et les survivances d'une des institutions les
plus intéressantes léguées au moyen âge par le droit primitif : la saisie
privée ou saisie extrajudiciaire.
M. Gollinet a pris comme source principale les chartes de franchises
de la France du Nord, et, pour compléter les renseignements qu'elles
lui fournissaient, il s'est uniquement adressé aux coutumiers des xni^
et xiv« siècles. Le choix qu'il a fait d'une hase aussi étroite a eu une
conséquence importante et dont il ne paraît pas s'être rendu très hien
compte, c'est que son exposé, très précieux pour l'histoire de la saisie
privée à l'usage des bourgeois, ne saurait donner qu'une idée extrême-
ment incomplète du rôle joué par cette institution dans la première
période du droit coutumier français. En effet, les chartes de franchises
servaient à émanciper plus ou moins complètement, à tel ou tel point
de vue, des personnes qui primitivement étaient des non-lihres, par-
tant des incapables, et c'est ainsi notamment que les dispositions qu'elles
renferment relativement à la saisie privée avaient ordinairement pour
but de faire jouir de ce mode d'exécution des personnes à qui leur
incapacité juridique en interdisait originairement l'emploi, surtout vis-
à-vis des personnes complètement libres. Donc, si intéressants que
soient ces textes, il ne faut pas oublier qu'ils nous font connaître uni-
quement l'histoire bourgeoise de la saisie privée, et qu'ils ne nous
apprennent absolument rien sur l'usage qu'en faisaient entre elles les
personnes pleinement libres.
La seconde catégorie de documents auxquels s'est adressé M. Golli-
net, les coutumiers du xin' et du xiv^ siècle, ne pouvaient pas combler
cette lacune : ils sont trop récents, et leurs auteurs, d'une part, sont
très défavorables à la saisie privée, d'autre part considèrent déjà les
bourgeois et les vilains comme des hommes libres. Toutefois, l'un des
plus anciens de ces documents, celui dont l'auteur met le mieux en
lumière, presque à son insu il est vrai, les traces du caractère primiti-
vement non-libre des bourgeois et des vilains, le Conseil de Pierre de
Fontaines, aurait pu mettre M. Gollinet sur la voie des considérations
que nous indiquons ici : il cite (p. 134) un passage où P. de Fon-
taines nous dit en termes formels que le « frans hom » seul peut exer-
cer librement contre un autre franc homme le droit de saisie privée,
tandis que le bourgeois ne peut le faire que s'il y est autorisé par sa
charte de franchises. Et, en effet, nous voyons de nombreuses chartes
de franchises concéder aux bourgeois, sous certaines conditions, le droit
de saisie privée contre les chevaliers, dispositions qui ont étonné
M. Gollinet et dont il n'a pas bien saisi le sens et la valeur (p. 136-137).
Le travail dont nous rendons compte est une thèse de doctorat en
droit, et l'auteur a fort ingénieusement profité du programme qui lui
était imposé pour placer dans son vrai cadre historique le sujet qu'il
avait très heureusement choisi, c'est-à-dire pour en faire une étude de
382 BIBLIOGRAPHIE.
droit comparé : la legisactio per pignoriscaptionem lui a fourni la dis-
sertation de droit romain dont il avait besoin, et il l'a fait précéder
d'une introduction où il esquisse le rôle de la saisie privée dans les
droits orientaux, dans le droit germanique et dans le droit irlandais.
Nous espérons que M. Gollinet n'abandonnera pas ces belles études,
pour lesquelles il se montre très bien préparé, et qu'il nous donnera
quelque jour une histoire complète de la saisie privée dans le droit
français du moyen âge, histoire dont il vient d'écrire un fort intéres-
sant chapitre.
P. GUILHIERMOZ.
Histoire des tribunaux de l'Inquisition en France, par L. Tanon,
président à la Cour de cassation. Paris, Larose et Forcel, ^893.
In-S", vi-567 pages.
En écrivant ce livre, M. Tanon a obéi à une pensée très juste et qu'il
a très heureusement réalisée : étudier en juriste, c'est-à-dire avec la
précision et l'exactitude techniques, une juridiction dont on s'est sur-
tout occupé jusqu'ici au point de vue historique.
Il n'a pas cru toutefois pouvoir borner là son plan : il a jugé néces-
saire de présenter d'abord au lecteur les juges et les justiciables des
tribunaux de l'inquisition, et il s'est trouvé amené à consacrer près du
quart du volume à un aperçu historique de l'hérésie et de la répression
de l'hérésie en France pendant le moyen âge. Bien que fort intéres-
sants à lire, ces chapitres, n'apportant pas beaucoup de nouveau et
étant naturellement bien brefs pour le sujet, sont un peu un hors-d'œuvre,
et la partie vraiment capitale du livre, celle qui en fait la grande
valeur, est la seconde, où l'auteur, poursuivant son véritable but,
expose, avec une remarquable clarté et une très exacte précision, l'or-
ganisation, la compétence, la procédure et la pénalité des tribunaux de
l'Inquisition.
Entre beaucoup de chapitres instructifs et nouveaux, nous signale-
rons particulièrement celui où M, Tanon traite de l'origine de la peine
de mort, qui était, comme on le sait, appliquée aux hérétiques impé-
nitents ou relaps abandonnés par l'Église au bras séculier. Il y a
quelques années, M. Ficker a soutenu que cette pénalité n'avait été
établie légalement que par les célèbres constitutions de Frédéric II, et
que les exécutions antérieures d'hérétiques dont les chroniques nous
ont gardé le souvenir n'avaient été que des mesures arbitraires, sans
caractère judiciaire régulier. Les lecteurs de la Bibliothèque de l'Ecole
des chartes n'ont pas perdu le souvenir du savant et brillant mémoire
dans lequel Julien Havet appliqua à la France le système formulé seu-
lement pour les pays d'Empire par M. Ficker. M. Tanon, au contraire,
se refuse formellement à admettre cette manière de voir ; il soutient
BIBLIOGRAPHIE. 383
que, depuis les constitutions portées contre les Manichéens par les
empereurs romains, la peine de mort n'a jamais cessé d'être considérée
comme la peine légale de l'hérésie, et que, si après une longue somno-
lence dans le premier moyen âge, motivée par l'absence d'hérésies dan-
gereuses, elle est rentrée en activité au xi^ siècle, avec l'apparition de
la redoutable hérésie des Cathares, l'application qui en a été faite dès
lors « a été une tradition de la loi romaine, non un simple produit de
la coutume. » M. Tanon a apporté à l'appui de cette thèse des argu-
ments qui nous paraissent avoir un très grand poids.
Nous regrettons que l'auteur, mieux préparé que personne pour une
semblable étude, n'ait pas abordé, comme conclusion à son beau tra-
vail, l'examen développé d'une question fort intéressante qu'il tranche
très rapidement, en tête de son avant-propos, dans un sens qui nous
paraît plus que douteux : celle de l'influence qu'aurait exercée au dehors
la procédure suivie dans les tribunaux de l'Inquisition. « Le droit
inquisitorial, » nous dit-il, « a laissé des traces profondes dans le droit
criminel de la France et de la plupart des autres nations de l'Europe.
Les traits les plus durs de la procédure criminelle qui est devenue la
procédure commune au moyen âge y ont trouvé, sinon toujours leur
première ou plus forte expression, du moins leur première application
systématique et collective. » C'est là une assertion que l'histoire de la
procédure criminelle en France ne nous paraît pas justifier. Les juges
séculiers français de la fin du xiii^ siècle et ceux du xiv^ étaient tout
spontanément portés à employer les moyens d'instruction les plus durs
et à restreindre le plus possible la liberté de la défense; ils n'avaient
en cette matière de leçons à prendre de personne. Un exemple suffira
à montrer combien les aggravations apportées par le Parlement aux
rigueurs de la procédure le furent indépendamment de toute influence
des pratiques inquisitoriales. Parmi les atteintes au droit commun qui
caractérisent la procédure exceptionnelle de VInquisitio hereticx pravi-
tatis, la suppression de la publication des noms des témoins est une de
celles que M. Tanon juge le plus sévèrement et qui appelle le plus
naturellement une comparaison avec une mesure restrictive analogue
introduite dans la procédure séculière. Dans la procédure canonique
ordinaire, aussi bien au criminel qu'au civil, d'une part, la partie contre
laquelle des témoins étaient produits devait être mise à même de les
connaître, afin de pouvoir les reprocher, et, d'autre part, elle devait
recevoir communication de leurs dépositions, afin de pouvoir y oppo-
ser des contredits. Mais la pratique avait montré que, dans la procé-
dure contre les hérétiques, ces règles libérales exposaient les témoins à
de redoutables représailles et, par suite, les intimidaient grandement ;
aussi, de bonne heure, l'usage, bientôt confirmé par les papes, s'établit,
en communiquant à l'accusé les dépositions, de taire les noms des
témoins qui les avaient faites. Mais, il importe de le remarquer, cette
384 BIBLIOGRAPHIE.
restriction avait simplement pour but d'empêcJier l'accusé de connaître
le nom de l'auteur de chaque déposition en particulier, et la règle en
vertu de laquelle il devait être mis à même de savoir quels témoins
avaient été produits contre lui subsistait absolument; c'est bien à tort
que M. Tanon l'a contesté; il énumère, il est vrai, d'après Eymeric, c'est-
à-dire d'après un auteur de la seconde moitié du xiv'= siècle, les procé-
dés plus ou moins ingénieux que beaucoup d'inquisiteurs employaient
alors pour rendre cette garantie en grande partie illusoire, mais cela
seul suffit à prouver jusqu'à l'évidence l'existence de la règle. Nous
pouvons donc conclure en toute certitude que, malgré la restriction en
question, dans Vinquisilio hereticse pravitatis, l'accusé devait savoir :
1° quels témoins avaient déposé contre lui; 2° quelles dépositions
avaient été faites contre lui. Or, si nous recherchons comment le Par-
lement, pressé du même besoin de rassurer les témoins, s'y prit pour
modifier ces mômes règles de la preuve testimoniale du droit canonique,
introduites par saint Louis dans la procédure des cours séculières, nous
voyons qu'il les traita avec un tout autre sans-gêne que l'autorité ecclé-
siastique. Ce ne fut pas dans des causes présentant une difficulté et une
gravité exceptionnelles, mais bien dans toutes les causes, à la fois au
civil et au criminel, que le Parlement, sans la moindre hésitation, six
ans seulement après la mort de saint Louis, supprima purement et
simplement la publication des témoins, c'est-à-dire la communication
des dépositions : dans ce système, qui devait être pratiqué pendant de
longs siècles, on était jugé sur des témoignages dont on ignorait le
premier mot et auxquels, par conséquent, on ne pouvait opposer quoi
que ce fût; on recevait seulement communication des noms des témoins,
et on était admis à les reprocher. C'est donc là une mesure restrictive
bien différente de celle apportée dans la procédure inquisitoriale, et qui
dérive d'une manière de voir opposée, puisque la garantie que le Parle-
ment supprime radicalement est précisément celle que l'autorité ecclé-
siastique juge la plus indispensable. Il nous paraît donc peu exact
d'attribuer les iniquités de la procédure des tribunaux séculiers à l'in-
fluence des tribunaux de l'Inquisition, et nous croyons qu'un parallèle
entre les uns et les autres ne tournerait pas toujours à l'avantage des
premiers, bien qu'ils n'eussent pas, comme les seconds, l'excuse d'être
des tribunaux d'exception.
Nous venons de dire qu'Eymeric cite toute une série de moyens ima-
ginés par les inquisiteurs pour éluder ou atténuer une règle de procé-
dure, la communication des noms des témoins ; ceci nous amène à
repousser dans une certaine mesure une accusation très grave portée
par M. Tanon contre la justice inquisitoriale : celle d'arbitraire, A peu
près tout, suivant lui, dans cette procédure était facultatif pour le juge;
c'est qu'en effet, dit-il, le principe était que les inquisiteurs pouvaient
procéder de piano, sine slrepiiu et fujura judicii, et il explique la valeur
BIBLIOGRAPHIE. 383
de cette formule au moyen d'une définition donnée par Sinibaldo
Fieschi (Innocent IV) dans son célèbre commentaire sur les décrétales;
mais ce passage se réfère aux matières bénéficiaies, dans lesquelles
l'insertion de la formule en question, faite uniquement dans l'intérêt
des parties, avait un tout autre but, et il est abusif de lui donner une
portée générale. La formule de piano, etc., supprimait bien la nécessité
d'observer les délais et les règles de forme, mais tout le savant exposé
que nous donne M. Tanon de la procédure suivie par les inquisiteurs,
et en particulier le récit des efforts compliqués qu'ils faisaient parfois
pour éluder des règles jugées dangereuses, nous prouve surabondam-
ment qu'ils étaient tenus à l'observation de toutes les règles de fond de
Vordojuris auxquelles il n'avait pas été dérogé par les constitutions des
papes, et c'est à tort, croyons-nous, que M. Tanon a contesté sur ce
point l'affirmation formelle du plus ancien manuel inquisitorial qui
nous ait été conservé.
P. GuiLHIERMOZ.
Documents pour servir à l'histoire des domiciles de la Compagnie de
Jésus dans le monde entier de ^540 à 4773, par le P. Alfred Hamt,
S. J. Paris, Alph. Picard, s. d. (4892). In-4o, iv-97 pages.
Très utile compilation pour tous ceux qui, de près ou de loin, peuvent
avoir intérêt à connaître exactement les localités où les Jésuites ont eu
des maisons professes, des collèges, des missions ou simplement des
stations ou résidences. Le travail comprend : l» un répertoire qui per-
mettra de trouver sans la moindre difficulté si la Compagnie de Jésus
a eu un domicile dans un lieu déterminé, à condition d'en connaître le
nom français ou le nom latin; 2o l'indication d'environ 1,500 vues ou
plans de ces domiciles, qui n'ont pas été consignés dans des ouvrages
précédents ; 3° la liste alphabétique de toutes les localités desservies
par des Jésuites en Angleterre, de 1580 à 1773, et, en Hollande,
de 1592 à 1773 ; 4» plusieurs appendices.
On ne peut que féliciter les auteurs de travaux aussi ingrats, mais
aussi utiles, lorsqu'ils sont surtout d'un intérêt aussi général et d'une
facture aussi soignée que l'est cette publication du R. P. Hamy.
H. S.
Nouvelles Archives des fuissions scientifiques et littéraires. Choix de
rapports et instructions publiés sous les auspices du îninistère de
l'instruction publique^ des beaux-arts et des cultes. Tome I-V.
Paris, E. Leroux, -1894-1893. In-8°, 476 pages et 7 planches;
704 pages et 4 9 planches-, 350 pages el 49 planches; 436 pages et
24 planches; 386 pages, 23 planches et une carte.
C'est à l'année 1842 que remonte l'organisation des missions scien-
4 894 25
386 BIBLIOGRAPHIE.
tifiques et littéraires comme service public ; c'est huit ans après que
fut publié le premier volume des Archives des missions. Cette publica-
tion qui avait compté huit volumes de 1850 à 1859 subit une interrup-
tion jusqu'en 1864 ; une nouvelle série ouverte alors donna huit volumes
jusqu'en 1872, point de départ d'une troisième série dont les quinze
volumes ont été terminés en 1890 par la publication d'une table géné-
rale s'appliquant aussi bien aux deux séries antérieures qu'à la dernière.
En inaugurant la suite, dont nous annonçons ici les cinq premiers
volumes, l'on a cru devoir en modifier fort légèrement le titre; il eût
été plus commode pour les citations que l'on pourra faire de ce recueil
de maintenir l'ancien.
Les missions données par le ministère ayant des objets fort divers, les
rapports auxquels elles donnent lieu ne sauraient naturellement être
tous mentionnés ici.
Dans le premier volume, nous ne voyons à noter que le rapport de
M. Boissonnade sur les Archives de Navarre à Pampelune et les archives
de Castille au château de Simancas. Le tableau général de classification
que M. Boissonnade donne en appendice peut être de quelque utilité,
bien qu'il soit extrêmement sommaire.
Le second volume s'ouvre par des Notices sommaires des manuscrits
grecs d'Espagne et de Portugal, rédigées en partie par feu Charles Graux,
complétées et publiées par M. Albert Martin. L'intérêt d'un pareil
catalogue n'a pas besoin d'être démontré; les notices sont généralement
rédigées avec soin, bien que de ci de là on puisse relever quelques négli-
gences; par exemple, pages 7, 142, 156, M. Martin parle de papier de
coton, alors que des expériences qui remontent à quelques années déjà
ont montré qu'il n'a pas existé de papier de coton; p. 126, décrire des
armes qu'on n'a pu identifier en termes aussi vagues que le fait ici
M. Martin est un renseignement parfaitement inutile; p. 130-131,
M. Martin donne sur l'écriture d'un manuscrit des indications qui ne
paraissent pas concorder entre elles; p. 139, le commentaire de Théo-
dore de Gaza par Gérasime de Byzance ou Byzantios a été publié en
1757, comme M. Martin aurait pu s'en assurer en se reportant à Papa-
dopoulo Vrétos (NeoeXXovixy) çiXoXoYia, II, 112); il aurait aussi dans cet
ouvrage trouvé quelques indications, fort maigres il est vrai, sur cet
écrivain. Enfin, je ne me rends pas très bien compte des règles suivies
par M. Martin dans la transcription des noms propres. Ce sont là des
critiques de détail, qui ne m'empêchent pas de reconnaître le mérite du
travail de MM. Graux et Martin, où une bonne table facilite les
recherches.
Dans le même volume, on trouvera quelques notes à glaner dans le
rapport de M. Boutroue sur une mission archéologique en Portugal et
dans le sud de l'Espagne, et dans celui où M. Adrien Blanchet résume
ses observations sur les musées d'Allemagne et d'Autriche, qu'il a
BIBLIOGRAPHIE. 387
particulièrement examinés au point de vue de l'installation des col-
lections.
Je ne vois rien qui doive être mentionné ici ni dans le tome III ni
dans le tome V. Par contre, plus de la moitié du tome IV (p. 1-283) est
remplie par un rapport considérable de notre confrère M. Delaville Le
Roulx sur les Archives de l'ordre de l'Hôpital de la péninsule ibérique. La
première partie de ce mémoire est consacrée aux Dépôts d'archives de
l'ordre. C'est hV Archiva gênerai central, dans la ville d'Alcala de Hena-
rès, qu'ont été réunies les archives aragonaises de l'Hôpital; c'est-à-dire :
l" le fonds de la chàtellenie d'Amposte, centre et siège des premiers
établissements en Aragon, composé de 926 liasses, de 13 cartulaires
(siie-xiv« siècles), de 37 registres capitulaires (1337-1776), et de 17 manus-
crits divers (statuts, histoire de l'ordre, etc.); 2° le fonds du grand prieuré
de Navarre, comprenant 111 liasses classées à la suite du fonds pré-
cédent.
Le fonds du prieuré de Catalogne, conservé au couvent des Dames
hospitalières de San Gervasio de Gassolas, n'est pas accessible au public,
et le manque d'inventaires rend les recherches difficiles dans les sections
qui le constituent : commanderies hospitalières, commanderies tem-
plières, bulles pontificales et magistrales, comuns (pièces se rapportant
aux ordres du Temple et de l'Hôpital en général), privilèges. Les archives
de Gastille se trouvent à Alcala de Henarès avec une classification par-
ticulière; elles comprennent 175 liasses. Le prieuré de Portugal, qui ne
formait qu'une langue avec celui de Gastille, a complètement perdu ses
archives. Les hospitalières de Sigena (à dix lieues ouest de Lérida) ont
gardé leurs archives, autrefois classées méthodiquement, aujourd'hui ran-
gées dans l'ordre chronologique. M. Delaville Le Roulx ne s'est pas con-
tenté de dresser des tableaux sommaires de chacun de ces fonds. Il a
encore analysé les actes les plus importants et il en a tiré de précieuses
considérations sur l'histoire de l'ordre en Espagne.
Il a pensé aussi qu'il y avait lieu de rechercher dans les chancelleries
royales étrangères à l'ordre les documents relatifs à son histoire ; et il a
consigné le résultat de ces recherches dans la seconde partie de son tra-
vail : chancellerie des rois d'Aragon, chancellerie des rois de Majorque,
chancelleries de Gastille et Léon, de Valence, de Navarre et de Portugal
lui ont fourni un nombre considérable d'analyses. Deux appendices ter-
minent ce rapport; le second renferme des listes des dignitaires espagnols
de l'ordre de l'Hôpital; il faut y rattacher la liste des prieures de Sigena
donnée par l'auteur au cours de son travail. Le premier appendice a un
intérêt beaucoup plus général : M. Delaville Le Roulx y consigne le
résultat de ses observations sur la diplomatique des chancelleries royales
de Gastille et Léon, d'Aragon et de Navarre ; c'est un aperçu sommaire,
mais qui n'en sera pas moins bien apprécié. E.-G. Ledos.
388 BIBLIOGRAPHIE.
LIVRES NOUVEAUX.
SOMMAIRE DES MATIÈRES.
Généralités, 407, 451, 553.
Sciences auxiliaires. — Épigraphie, 406, 433, 513. — Paléographie,
487.— Diplomatique, 401, 487. — Bibliographie, 422, 509; biblio-
thèques, 360, 512; manuscrits, 315, 353, 391, 454, 472; imprimés, 368,
421; typographie, 432; ex-libris, 345.
Sources, 300, 527. — Chroniques, 450, 519, 521. — Correspondances,
313, 352, 364, 457, 469. — Archives, 314, 331-332, 340, 353, 378, 453,
462,467, 529. — Cartulaires, etc., 346-347, 349-350, 357, 365, 460, 506,
559. — Regestes, 334, 388, 507. — Inventaires, 476. — Lois, etc.,
352, 387, 446.
Biographie et généalogie, 402, 514, 530. — Alfonse de Poitiers, 313;
Avesnes, 380; Baldinotti, 317; Baldung, 542; Baudouin de Trêves,
503; Beccadelli, 561; Berry, 355; Billy, 560; Boccace, 555; Bodel, 501;
Boncompagno, 539; Caffaro, 418; Catherine, 518; Célestin V, 338;
Charles VII, 321; Charles VIII, 533; Charles le Téméraire, 522;
Colette (sainte), 403; Colomb, 363, 400; Conrad IV, 334; Conradin,
409; Dampierre, 380; Dante, 499, 524; Edouard El, 347; François
(saint) d'Assise, 431; Frédéric II, 334; Frédéric, duc d'Urbino, 521;
Guillaume, 334; Guillebon , 397; Henri IV, 465; Henri V, 465;
Henri VII, 334; Henri de Transtamare, 365; Henri Raspe, 334 ; Ivan III,
541; Jeanne d'Arc, 316, 493; Josse, archevêque de Tours, 377; Looz,
320; Louis (saint), 328, 379; Louis de Bavière, 503; Mathias, 457;
Mathieu, 547 ; Maynier, 491 ; Memling, 556 ; Nie. Oresme, 330 ; Otton IV,
334; Pétrarque, 499, 555; Philippe le Bel, 338; Philippe de Souabe,
334; Richard de Cornouailles, 334; Savonarole, 317; Scillacio, 363;
Sixte IV, 496; Thomas a Kempis, 498; Trissino, 474; Trivulce, 492;
Troussey, 458; Villedieu (Alexandre de), 509; Vincent Ferrier (saint),
383; Wulmer, 438.
Droit, 311, 327, 358, 387, 426, 446, 448, 537, 540.
Institutions : politiques et sociales, 314, 331, 366, 515, 533; reli-
gieuses, 323, 351, 441, 495; municipales, 486, 510.
McEURS, histoire économique, 333, 373, 476.
Sciences, etc., 385, 398, 404, 449, 545, 562.
Religions. — Judaïsme, 536. — Catholicisme, 526 ; hagiographie et
lipsanographie, 379, 413, 420; papauté, 546; conciles, 352; éghses
nationales, 374; ordres religieux, monastères, etc., 321, 322, 324, 348-
BIBLIOGRAPHIE. 389
350, 384, 390, 402, 428, 431, 464, 480-482, 506, 512, 531, 534, 543, 544;
liturgie, 342, 416; livres saints, 343, 391. — Hétérodoxie, 447, 502.
— Superstitions, 405.
Archéologie, 355, 361, 530, 535. — Architecture, 382, 435; reli-
gieuse, 344, 410, 439; civile et militaire, 359, 386, 412. — Sculpture,
520, 554. — Peinture, 325; enluminure, 548; verrerie, 362, 508. —
Costume, 470. — Armes, 341. — Numismatique, 320, 328-330, 354,
367, 369, 370, 381, 485. — Sigillographie, 322, 417, 494, 500. — Héral-
dique, 423, 514, 552.
Langues et littératures, 525, 555. — Latin, 312, 416. Langues
romanes : français, 336, 415, 501, 547; provençal, 445, 477; italien,
317, 396, 444, 463, 473, 474, 476, 499, 505, 549^ - Langues germa-
niques : allemand, 411, 430, 483, 538, 563; anglo-saxon, 343, 532, 551;
anglais, 424, 517. — Langues Scandinaves, 425.
SOMMAIRE GÉOGRAPHIQUE.
Allemagne, 318, 334, 366, 367, 408, 465, 516, 536. — Alsace, 412, 478.
— Provinces baltiques, 460, 558. — Provinces rhénanes, 361, 507. —
Prusse, 543. — Thuringe, 500. — Westphalie, 414, 417, 557, 559. —
Wurtemberg, 399.
Autriche-Hongrie, 410, 449, 490, 520.
Belgique et Pays-Bas, 311, 319, 320, 374, 380, 419, 426, 429, 456, 502,
504, 529.
Danemark, 388.
Espagne, 365, 527.
France, 366, 375. — Beauvaisis, 397; Bourbonnais, 362; Bourgogne,
324; Bretagne, 511; Champagne, 395; Foix, 372; Lorraine, 453; Maine,
386; Vendômois, 513; Vermandois, 370. — Aisne, 348, 381, 439, 466,
497 ; Alpes-Maritimes, 331 ; Ardèche, 459, 514 ; Ariège, 372 ; Aube, 493 ;
Aude, 384; Aveyron, 484; Bouches-du-Rhône, 481; Cher, 340; Eure,
468, 508; Eure-et-Loir, 437, 462; Gard, 332; Garonne (Haute-), 369;
Gironde, 376; Jura, 344; Loire (Haute-), 475; Loire-Inférieure, 452;
Lot-et-Garonne, 436; Maine-et-Loire, 402; Manche, 357; Meuse, 335-
337; Morbihan, 358, 442; Nord, 349; Orne, 434; Pas-de-Calais, 486;
Saône (Haute-), 339; Saône-et-Loire, 467, 506; Savoie, 403; Seine, 314,
413, 420; Seine-et-Marne, 445; Seine-Inférieure, 440; Sèvres (Deux-),
371; Somme, 378; Tarn-et-Garonne, 394; Vienne, 321, 389, 461;
Vienne (Haute-), 323; Vosges, 390.
Grande-Bretagne, 346, 350, 354, 447.
Grèce et Turquie, 479, 482, 518, 531.
Italie, 326, 375, 382, 392, 393, 450, 489, 496, 512, 515, 523, 534.
390 BIBLIOGRAPHIE.
Pologne, 364, 488, 545.
Russie, 530, 552.
Suisse, 428, 480, 535.
Orient, 427, 433, 455, 516.
Amérique, 550.
311. AcQUOY (J.). Rechtsgeschiedenis van den adel in Nederland.
1^ stuk. Leiden, S. C. Yan Doesburgh, 1894. In-S», vui-108 p. 1 fl. 40.
312. Adam de Saint- Victor. Œuvres poétiques. Texte critique par
Léon Gautier. 3^ édition. Paris, Picard et fils, 1894. In-16, xxn-337 p.
313. Alfonse de Poitiers. Correspondance administrative, publiée
par Auguste Molinier. Paris, Hachette, 1894. In-4% Yni-798 p. (Collec-
tion de documents inédits sur l'histoire de France.)
314. Archives de l'Hôtel-Dieu de Paris (1157-1300), publiées par
Léon Brièle. Avec notice, appendice et table par Ernest Coyecque.
Paris, Impr. nationale, 1894. In-4», lxi-633 p. (Collection de documents
inédits sur l'histoire de France.)
315. AuvRAY (Lucien). Note sur un ancien manuscrit de l'abbaye de
Saint-Denis (Vatican. Regin. 370). Nogent-le-Rotrou, impr. Daupeley-
Gouverneur, s. d. In-8°, 6 p. (Extrait du Bulleti7i de la Société de l'his-
toire de Paris et de V Ile-de-France, mars-avril 1894.)
316. Ayroles (le P. Jean-Baptiste-Joseph). La Vraie Jeanne d'Arc.
IL La Paysanne et l'inspirée. Paris, Gaume, 1894. In-4o, 567 p. 15 fr.
317. BACci(Peleo). Notizia délia vita e délie rime inédite di Tommaso
Baldinotti, poeta pistoiese del xv secolo, con due sonetti di lui sopra
frate Girolamo Savonarola. Pistoia, tip. Costa Reghini e Biagini, 1894.
In-8», 29 p. (Nozze Morici-Merlini.)
318. Bachmann (Adolf). Das deutsche Reich am Ausgange des Mittel-
alters. Die Grùndung der Grossmacht des Hanses Habsburg. Leipzig,
Veit, 1894. In-8o, xii-768 p.
319. Bamps (C), Geraets (E.). Hasselt jadis. Hasselt, Klock, 1894.
In-8% 127 p., grav. 2 fr. 50.
320. Bamps (C). Note sur un denier inédit de Louis I*"*, comte do
Looz (1145-1171), suivie de quelques considérations sur les monnaies
lorraines les plus anciennes et sur l'origine de l'atelier monétaire de
Hasselt. Bruxelles, J. Goemaero, 1894. In-S", 19 p. (Extrait de la^ Revue
belge de numismatique.) 1 fr.
321. Barbier (A.). Chroniques châtelloraudaises. Lettres patentes de
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BIBLIOGRAPHIE. 391
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tiers, impr. Biais, Roy et G'^, 1894. In-8°, 17 p. (Extrait du Bulletin de
la Société des antiquaires de l'Ouest, l""" semestre 1894.)
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l'ordre des Trinitaires. Poitiers, impr. Biais, Roy et G»», s. d. In-8%
14 p. (Extrait du Bulletin de la Société des antiquaires de l'Ouest, 4® tri-
mestre 1893.)
323. Barbier de Montault (Mgr X.). Le Spolium de l'évêque de
Limoges en 1390. Limoges, impr. de veuve H. Ducourtieux (1894).
In-80, 140 p.
324. Baumont (H.). De Luxoviensium abbatum potestate et quomodo
Luxoviensis terra comitatui Burgundiae adjuncta fuerit. Nancy, impr.
Berger-Levrault, 1894. In-8% x-117 p.
325. Bayle (Gustave). Étude historique sur un tableau flamand (iné-
dit) du xv« siècle, appartenant aux collections de M. Paul Arbaud, à
Aix. Avignon, impr. Chapelle, 1894. In-4o, 22 p.
326. Beltrami (Luca). Il Castello di Milano (castrum portae Jovis)
sotto il dominio dei Visconti e degli Sforza, MCCCLXVIII-MDXXXV.
Milano, Ulrico Hoepli, 1894. In-8'>, 739 p., planches et figures. 22 1. 50.
327. Biblioteca dei glossatori di Giovan-Battista Palmieri, 1, 2. Bolo-
gna, Trêves, 1894. In-8°, p. 65-128. 2 1.
328. Blancard (Louis). La Réforme monétaire de saint Louis. Mar-
seille, impr. Barlatier et Barthelet, s. d. In-8°, 8 p. (Extrait des Mémoires
de l'Académie des sciences, lettres et arts de Marseille.)
329. Blancard (Louis). Sur la taille et le poids du denier de la mon-
naie bourgeoise. Marseille, impr. Barlatier et Barthelet, s. d. In-S", 4 p.
(Extrait des Mémoires de V Académie des sciences, lettres et arts de Mar-
seille.)
330. Blancard (Louis). Sur la traduction française du traité des mon-
naies d'Oresmes. Toulouse, impr. Barlatier et Barthelet, s. d. In-8°,
8 p., fig. (Extrait des Mémoires de V Académie des sciences, lettres et arts
de Marseille.)
331. Blanchi (Alexandre), Moris (Henri). Inventaire sommaire des
archives hospitalières de la ville de Nice antérieures à 1792. Nice, impr.
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332. Bligny-Bondurand. Inventaire sommaire des archives départe-
mentales antérieures à 1790. Gard. Archives civiles, série E. Tome I^"" :
seigneuries, familles, notaires. Nimes, impr. F. Ghastanier, 1894. In-4'',
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333. Bocquet (Lucien). Esquisse historique du célibat dans l'antiquité.
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Étude sur le célibat ecclésiastique jusqu'au concile de Trente (thèse).
Paris, Giard et Brière, 1894. In-S", 275 p.
334. BÔHMER (J.-F.). Regesta imperii. V. Die Regesten des Kaiser-
reichs unter Philipp, Otto IV, Friedrich II, Heinrich (Vil), Conrad IV,
Heinrich Raspe, Wilhelm und Richard, 1198-1272. Nach der Neubear-
beitung und dem Nachiass Joh.-Friedr. Bôhmer's neu herausgegeben
und ergànzt von Julius Ficker und Eduard Winkelmann. IV, 2. Inns-
bruck, Wagner, 1894. In-4o, p. 1773-2109. 12 m. 50.
335. BoNNABELLE (C). Notes sur Naives-devant-Bar et les comtes du
Châtelet. Bar-le-Duc, impr. Contant-Laguerre, 1894. In-8% 16 p.
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gneurs de la maison de la Tour. Bar-le-Duc, impr. Contant-Laguerre,
1894. In-8-, 24 p.
337. BONNABELLE (C). Notes sur SeigneuUes. Bar-le-Duc, impr. Con-
tant-Laguerre, 1894. In-8°, 20 p.
338. BoRROMEO (Carlo). Avignone e la politica di Filippo il Bello
nella canonizzazione di Pietro da Morrone (papa Celestino V). Modena,
tip. A. Namias, 1894. In-8% 45 p. 1 1.
339. BouiLLET (abbé A.). L'Église de Grandecourt (Haute-Saône).
Gaen, Delesques, 1893. In-S", 9 p. (Extrait du Compte-rendu du 58" con-
grès archéologique de France tenu en 1891 à Besançon.)
340. BoYER. Inventaire sommaire des archives départementales anté-
rieures à 1790. Cher. Tome III. Archives civiles, série E (art. 1032-
1997). Bourges, impr. de veuve Hippolyte Sire, 1893. In-4'', xvin-394 p.
341. Brett (Edwin J.). A pictorial and descriptive record of the ori-
gin and development of arms and armour. To which are appended
133 plates. London, S. Low, Marston and C», 1894. In-4o, 120 p. et
133 pi. accompagnées de texte.
342. Breuils (abbé). Notice sur un bréviaire du xiv« siècle ayant
appartenu à l'abbaye Sainte-Croix de Bordeaux. Paris, Leroux, 1894.
In-8°, 4 p. (Extrait du Bulletin du Comité des travaux historiques et
scientifiques, section d'histoire et de philologie, année 1893.)
343. Bruce (J. Douglas). The anglo-saxon version of the book of
Psalms, commonly known as the Paris Psalter : dissertation. Balti-
more, the iModern Language Association of America, 1894. In-8°, 127 p.
(Extrait des Publications of the Modem Language Association of America,
IX, 1.)
344. Brune (abbé P.). Les Eglises romanes et l'architecture religieuse
dans le Jura. Caen, Delesques, 1894. In-8% 46 p., planches.
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Burgmair, Beham, Virgil Solis, Jost Amman und anderen. Herausge-
geben von Friedrich Warnecke. 4. Berlin, J.-A. Stargardt, 1894. In-4°,
p. 13-14, pi. 61-80. 5 m.
346. Galendar of entries in tiie papal registers relating to Great Bri-
tain and Ireland. Papal letters. Vol. I, A. D. 1198-1304. Edited by
W. H. Bliss. London, Eyre and Spottiswoode, 1893. Gr. in-8o, ix-708 p.
347. Galendar of the patent rolls preservedin the public record office.
Prepared under the superintendence of the deputy keeper of the records.
Edward III, A. D. 1330-1334. London, Eyre and Spottiswoode, 1893.
Gr. in-8°, vn-755 p.
348. Cardon (Henry). La Chapelle d'Épargnemaille à Saint-Quentin
et l'abbaye de Notre-Dame de Soissons. Saint-Quentin, impr. Poette,
1893. In-8°, 52 p. (Extrait du tome II [4' série] des Mémoires de la
Société académique de Saint-Quentin.)
349. Cartulaire de l'église collégiale de Saint-Pierre de Lille, publié
par E, Hautcœur. Lille, Quarré; Paris, A. Picard, 1894. In-8o, xxvii-
1211 p.
350. Cartularium monasterii de Ramescia, edited by William Henry
Hart and the Rev. Ponsonby A. Lyons. Vol. III. London, Eyre and
Spottiswoode, 1893. In-8°, vii-603 p.
351. Cassani (G.). Origine giuridica délie décime ecclesiastiche in
générale e délie centesi in particolare, con appendici suU' albergheria.
Bologna, Regia tip., 1894. In-8°, 165 p.
352. Cassiodori senatoris varia?, recensuit Th. Mommsen. Accedunt :
I, Epistolse Theodericianae varias, edidit Th. Mommsen ; II, Acta synho-
dorum habitarum Romae anni 498, 501, 502, edidit Th. Mommsen ;
ni, Cassiodori orationum reliquise, edidit Lud. Traube. Berlin, Weid-
mann, 1894. In-40, CLxxxiv-5y7 p. et 2 pi. en phototypie. (Monumenta
Germanise historica. Auctorum antiquissimorum, t. XII.) 28 m., sur
vélin, 42 m.
353. Catalogue des manuscrits de la bibliothèque de l'Arsenal.
Tome IX, 2^ fasc. Table générale des archives de la Bastille (A-K),
par Frantz Funck-Brentano. Paris, Pion, Nourrit et C'^, 1894. In-S",
p. 277-633.
354. Catalogue (A) of English coins in the British Muséum. Anglo-
saxon séries, vol. II. (Wessex and England to the Norman conquest.)
By Herbert A. Grueber and Charles Francis Keary. London, B. Qua-
ritch, 1893. In-8% gxxvi-544 p., 1 carte, 32 pi.
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pour Jean de France, duc de Berry, avec une étude biographique sur
les artistes employés par ce prince. Paris, Honoré Champion, 1894.
ln-4% 231 p., 44 planches gravées. 75 fr.
356. Gharaux (Auguste). L'Histoire et l'esprit de la littérature fran-
çaise au moyen âge. Lille, Desclée, de Brouwer et Qe, 1894. In-S-,
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562. ZiEQLER (Ignaz). Religiôse Disputationen im Mittelalter. Frank-
furt a. M., J. Kauffmann, 1894. In-S", 48 p.
563. Zwei altdeutsche Rittermaeren : Moriz von Craon; Peter von
Staufenberg, neu herausgegeben von Edward Schrôder. Berlin, Weid-
mann, 1894. In-8% ui-103 p.
■<=-
CHRONIQUE ET MÉLANGES.
Les examens de fin d'année de l'École des chartes ont eu lieu du 2
au 7 juillet 1894. Ils ont porté sur les textes et les questions qui suivent :
Première année.
Épreuve orale.
1° Paléographie latine : Lecture d'un passage du manuscrit de la
BibUothèque nationale, nouv. acq. lat. 274 (xm« siècle).
2° Interrogations sur l'histoire de France.
3° Traduction latine : Art. 52 des Coutumes de Montpellier de 1204
(Layelles du Trésor des chartes, t. I, p. 260).
4° Paléographie française : Lecture d'un passage du registre des
Archives nationales LL 1212 (document de l'année 1435).
5° Philologie romane : On a mis sous les yeux des élèves un frag-
ment d'un sermon de Maurice de Sully en dialecte poitevin. Ils ont dû
établir la provenance de ce texte d'après ses caractères linguistiques.
Épreuve écrite.
1° Texte latin à transcrire d'après le fac-similé n° 363 du fonds de
l'École.
2° Texte roman à transcrire d'après le fac-similé n" 356 du fonds de
l'École.
30 Le texte latin imprimé à traduire est celui qui a été donné aux
examens de Pâques 1887.
4° Texte à traduire en dialecte gascon. Les élèves ont eu à dire dans
quel pays ce document a été écrit et donner les motifs de l'attribution
adoptée.
5° Bibliographie :
I. Quelles sont les différences entre les xylographes et les incunables?
IL Rédiger les fiches de catalogue méthodique et alphabétique d'un
volume incunable contenant plusieurs opuscules de Jean de Gerson
(Bibl. nat.,D. 7834).
Deuxième année.
Épreuve orale.
i° Paléographie : Lecture d'un passage du manuscrit de la Biblio-
thèque nationale, nouv. acq. lat. 274 (xin« siècle).
4^2 CHRONIQUE ET MELANGES.
2° Diplomatique :
I. Expliquer quelle est la figure dont le fac-similé a été présenté aux
candidats (rota des grandes bulles du pape Léon IX). A quel genre de
documents cette figure a-t-elle été empruntée ? La forme en a-t-elle varié?
n. Qu'entend-on par lettres de reconnaissance ? Quelles sont les prin-
cipales espèces d'actes rédigés sous cette forme ?
3° Institutions : Indiquer les principales divisions administratives
qui ont été créées en France de Philippe-Auguste au Consulat.
40 Sources de l'histoire de France : Les Gesta consulum Andegaven-
sium; composition et valeur de cet ouvrage.
5° Classement d'archives : Des circulaires sur les archives départe-
mentales de 1839 et 1842.
Épreuve écrite.
1" Texte à transcrire d'après le fac-similé n» 367 du fonds de l'École.
2" Texte latin à traduire, tiré de l'ouvrage de M. Ed. Favre, Eudes,
comte de Paris et roi de France, p. 242.
3" Texte latin à analyser, tiré de l'ouvrage de M. L. Lex, Eudes,
comte de Blois, p. 149.
4" Diplomatique :
I. Déterminer, avec raisons à l'appui, la provenance du document
suivant :
GARTA HOMINUM DE ALLODIIS.
« Ph. etc. Noverint etc. quod villam et terram de Allodiis quam dede-
ramus Petro Malovicino que valebat tantum .xii. libras redditus quam
per homines ejusdem ville de Allodiis ad nos traximus de manu nostra
recedere nunquam dimittemus sed perpétue régie adherebit corone. Et
ut ita remaneat in perpetuum et pro redditibus et forisfactis illius ville
usque ad .lx. sol. que ipsis concedimus dicti homines dant nobis sin-
guUs annis .xx. Ib. par. Quod ut ratum etc. salvo jure alieno confirma-
mus. Actum Par. anno Domini m», g», xc». vu», regni xvni». Dat. vacante
canccllaria. »
II. En donner la transcription complète, en en restituant autant que
possible les formules, et décrire tous les caractères qu'a dû avoir l'ex-
pédition originale.
lU. Indiquer sous quelle forme ce document aurait pu être vidimé,
1» par Philippe le Bel, 2" par le prévôt du Châtelet au xiv*» siècle.
50 Institutions : Exposer les projets de réorganisation de l'adminis-
tration provinciale conçus par Turgot et Necker.
Troisième année.
Épreuve orale.
1» Paléographie : Lecture d'un passage du manuscrit de la Biblio-
thèque nationale, nouv. acq. lat. 274 (xin« siècle).
CHRONIQUE ET ME'lANGES. 4^3
2° Droit :
I. A quelle époque vivait Jean Masuer et quelle œuvre lui est due?
II. A quelles écritures anciennes se rattachent les actes qu'on appelle
aujourd'hui actes de l'état civil? Exposé des usages et de la législation
avant l'an 1600.
3° Archéologie : Que savez-vous de l'église abbatiale de Vézelay?
Quand a-t-elle été bâtie ? Quelles particularités remarquables offre-t-elle
en pian et en élévation ?
Épreuve écrite.
1° Texte à transcrire d'après le fac-similé n» 371 du fonds de l'École.
2° Droit : La question du prêt à intérêt jusqu'à la fin du xv« siècle.
3° Archéologie : Décrire les monuments qui ont servi à l'administra-
tion du sacrement du baptême depuis les temps les plus anciens jus-
qu'à la fin de l'époque romane.
i° Sources de l'histoire de France : Sources narratives de l'histoire
de la croisade contre les Albigeois.
A la suite des examens et par arrêté ministériel du 17 juillet 1894,
ont été admis à passer en deuxième année (ordre de mérite) :
MM. 1. Gardère.
2. MOREL.
3. Lauer.
4. DUVAL.
5. Petit.
6. Caron.
7. Levillain.
8. Chassériaud.
9. Laghenaud.
10. Brandin.
11. Poux.
12. Dumoulin.
13. Grand.
14. Pagel.
15. Dacier.
16. Martin.
17. Palustre.
18. Nicolle.
Ont été admis à passer en troisième année (ordre de mérite) :
MM. 1. PiNET DE MaNTEYER.
2. Trouillard.
3. PouTE de Puybaudet.
4. TmOLLIER.
5. Demay.
HÂ CHRONIQUE ET MELANGES.
6. Mathorez.
7. D'Etghegoyen.
8. Maruéjouls.
9. Bonnet.
Et à titre étranger M. Schiff.
Ont été admis à subir l'épreuve de la thèse (ordre alphabétique) :
MM. 1. Bourde de la Rogerie.
2. Dieudonné.
3. ESPINAS.
4. Hubert.
5. Jacob.
6. Le Bègue de Germiny.
7. Lebel.
8. Legagheux.
9. Petit.
10. Riat.
H. RiGAULT.
12. Royet.
13. Saint-John de Crèvecoeur.
— Notre confrère M. André Réville est décédé, après une courte
maladie, à Lesmons-Neuville-lez-Dieppe, le 22 juillet 1894, dans sa
vingt-huitième année. Agrégé d'histoire, il avait été dès sa sortie de
l'École des chartes, en 1890, nommé professeur de l'enseignement popu-
laire de la ville de Paris.
MM. A. Giry, professeur à l'École des chartes, et H. Lemonnicr,
président de la Société des anciens élèves de l'École des chartes, ont
prononcé sur sa tombe, au cimetière Montparnasse, avec une émotion
partagée par tous les assistants, les paroles suivantes :
«
discours de m. giry. Vl
« J'ai la douloureuse mission d'apporter à André Réville le suprême
adieu de ses confrères, de ses maîtres, de ses amis de l'École des chartes
et de l'École des hautes-études; mais je me sens impuissant à exprimer
la douleur que nous avons tous ressentie à la nouvelle de cette mort
imprévue qui a frappé soudainement ce jeune homme de vingt-sept ans,
promis, semblait-il, à un long et glorieux avenir. Je me sens impuis-
sant surtout à mesurer l'étendue de la perte que nous avons faite.
Depuis une année la mort frappe à coups redoubles dans nos rangs et
semble choisir les plus jeunes et les meilleurs d'entre nous. Après
Michel Perret, après Jean Kaulek, après notre cher Julien Havet, elle
nous ravit aujounl'imi l'un ilt^ ceux sur lesquels nous fondions le plus
CHRONFQDE ET MÉLANGES. 4^5
d'espérances. Après ces deuils si cruels, ce dernier est plus cruel encore
et nous laisse plus troublés et comme découragés.
« André Réville semblait parmi nous un de ces rares privilégiés pour
qui la vie n'a que des sourires et des promesses. Héritier d'un nom
illustre et vénéré, il joignait aux dons naturels les plus heureux les
qualités d'âme les plus nobles qui constituaient en quelque sorte son
patrimoine moral. Il avait l'intelligence ouverte et lucide, l'avidité de
savoir et la persévérance, une facilité et une élégance d'élocution et de
style que maîtrisaient l'horreur de la déclamation, le goût de la mesure
et la plus sincère honnêteté de l'esprit ; il avait à la fois la réflexion et
l'enthousiasme, la fierté et la modestie; il avait la beauté virile qui
semblait refléter sa parfaite franchise et la noblesse de son caractère si
ferme et si sur. Et tout cela harmonisé en un admirable équilibre.
« A l'École des chartes, à la Faculté des lettres, à l'École des hautes-
études, il avait exercé sur tous ses maîtres une véritable attraction ; il
avait conquis l'affection, l'estime, je puis dire sans exagérer l'admira-
tion de tous ses camarades. L'un de ceux qui l'ont le mieux connu et
le plus aimé me disait hier l'austérité de sa vie, sa pureté morale, sa
sérénité d'esprit, sa tendresse de cœur et résumait toutes ses qualités
en ce simple mot : il était parfait.
« Entré à l'École des chartes après de solides études en 1886, André
Réville y apportait une vocation historique déterminée. Au contact des
sévères méthodes de l'érudition et de la critique, il donnait à son esprit
une trempe nouvelle ; il y acquérait le goût de l'information complète,
exacte et sûre, la précision et la rigueur. En janvier 1890, il obtenait
le diplôme d'archiviste paléographe, classé troisième d'une promotion
qui compte dans les fastes de l'École parmi les plus remarquables. Au
mois d'août de la même année, il était classé second au concours
d'agrégation d'histoire, dont le caractère encyclopédique et la lourde
préparation n'avaient point porté préjudice aux études plus scienti-
fiques qu'il poursuivait en même temps à l'École des hautes-études.
« Le sujet de sa thèse de l'École des chartes avait été le Soulèvement
des paysans de l'Angleterre sous le règne de Richard II. Il en avait recueilli
les matériaux dans les archives et les bibliothèques de la Grande-Bre-
tagne. Afin de poursuivre ses études sur ce sujet, pour compléter,
améliorer et étendre son travail, il obtint de retourner en Angleterre,
où il passa près d'une année. Ce fut pendant cette période de libres
recherches que s'affirma de plus en plus le goût qu'il avait déjà montré
pour l'histoire des classes agricoles et industrielles et d'une manière
plus générale pour les études économiques et sociales. A son retour,
cette orientation de ses travaux le désigna au choix des organisateurs
de l'enseignement populaire supérieur de la ville de Paris pour la chaire
de l'histoire du travail nouvellement créée.
a Ajournant dès lors à plus tard le soin de mettre en œuvre les maté-
446 CHRONIQUE ET MÉLANGES,
riaux qu'il venait d'accumuler en Angleterre, André Réville se consa-
cra tout entier à sa tâche nouvelle. Passionnément sincère, animé de
la plus ardente sympathie pour les classes de travailleurs dont il devait
raconter les vicissitudes, plein de foi en la vertu de l'histoire, il se mit
au travail avec la belle ardeur qu'il apportait à tous ses devoirs et
aborda sa chaire avec une allégresse vaillante qui lui valut le succès.
Ce n'est pas ici le lieu d'exposer comment il avait conçu cette œuvre de
haute vulgarisation et ce qu'il en attendait. Il suffira de dire qu'il se
montra professeur accompli, qu'il excella dans l'art difficile de raconter
et de dépeindre sans fausses couleurs, que sa facilité d'élocution s'éleva
naturellement à l'éloquence quand le sujet l'y porta, qu'il ne montra
d'autres passions que le culte de la vérité et l'amour de la liberté et de
la patrie, si bien que son impartialité et sa sincérité lui valurent les
suffrages de ceux-là même dont il partageait le moins les tendances.
Pendant trois années, il a su retenir autour de sa chaire un auditoire
empressé et attentif, et il trouva un succès plus grand encore lorsqu'il
alla récemment à Genève faire dans la grande salle de l'Université une
série de conférences publiques. Ceux qui savent par quel labeur il s'était
préparé à cet enseignement, quelle vaste enquête il avait ouverte sur
l'évolution des phénomènes économiques et sociaux, étaient assurés qu'il
élaborait ainsi quelque grande œuvre qui marquerait dans la science.
« Très difficile pour lui-même, dédaigneux de la production hâtive,
il n'avait publié jusqu'ici que peu de chose. Un article de la Revue his-
torique sur une institution anglaise \ qui fait entrevoir la valeur et la
nature des travaux qu'il avait préparés en Angleterre; un compte-rendu
développé du dernier ouvrage d'Alfred Baudrillart sur les populations
agricoles de la France 2, compte-rendu qui témoigne à la fois de la
vigueur de sa critique, de la sûreté de sa méthode et de la précision de
sou esprit; ce sont là à peu près ses seules reliques scientifiques. Il y
faut joindre deux chapitres, que nous fîmes ensemble, de l'Histoire
ginérale publiée sous la direction de MM. Lavisse et Rambaud, l'un
sur les Communes, l'autre sur l'Histoire de l'industrie et du commerce
au moyen âge. L'aide pour laquelle j'avais fait appel à son amitié était
devenue bientôt une intime collaboration; ce fut alors surtout qu'il se
révéla à moi tout entier, et ce travail en commun demeurera pour moi
un précieux et ineffaçable souvenir.
« En somme tous ses travaux n'étaient qu'une préparation par laquelle
il s'était également armé pour la science et pour l'action. Entouré de la
tendresse d'une famille nombreuse, il avait à son tour fondé une nou-
velle famille en se choisissant une compagne; un fils, gage nouveau
1. L'AbJuratio regni; histoire d'une institution anglaise, dans la Jievue his-
torique, t. L (septembre 1892).
2. Dans la Revue internationale de sociologie, t. II (février 1894).
CHRONIQUE ET MÉLANGES. 447
d'espoir et de bonheur, venait de naître de cette union. Il semblait
ainsi au début de la carrière et paraissait n'avoir fait encore qu'amasser
des forces pour la parcourir. Quelle que dût être l'œuvre, il semblait
que nous pouvions l'attendre avec confiance. Mais, hélas ! nous comp-
tions sans la mort, qui est venue traîtreusement décevoir nos légitimes
espérances.
« Quelle que soit cependant notre douleur, il faut nous ressaisir et
reprendre confiance. Il faut que l'œuvre inachevée passe aux mains
d'un autre travailleur. Je parlais tout à l'heure de découragement, c'est
au contraire l'énergie morale et la vaillance qu'il faut demander à
l'exemple de cette belle et courte vie. »
DISCOURS DE M. LEMONNIER.
« Messieurs, il y a bien peu de chose à ajouter à ce que vient de dire
mon collègue et ami Giry, et cependant je remercie M. Paul Meyer
d'avoir pensé que je tiendrais à joindre mon témoignage à ceux que vous
avez entendus.
« J'ai assez connu André Réville pour pouvoir le faire en y mettant
quelque chose de moi-même; il a été un de ceux qui ont proclamé avec
le plus d'éclat l'union des Hautes-études, de l'École des chartes et de la
Faculté des lettres; je veux dire en le pratiquant, vous savez avec quel
succès. Il ne nous avait pas fallu longtemps pour juger ce qu'il valait,
p lur apprécier sa sincérité, son intelligence, sa conscience. Il conqué-
rait presque sans effort l'autorité, l'autorité dans la parole et, ce qui vaut
mieux, l'autorité dans l'action; il l'exerçait, sans le vouloir, autour de
lui. Enfin, il avait pour ses professeurs le respect et l'affection, senti-
ments auxquels nous attachons d'autant plus de prix que nous ne les
désirons jamais que volontaires.
« Mais, même après avoir coimu André Réville, il me restait quelque
chose à apprendre sur lui, et c'est la mort qui me l'a pleinement révélé.
J'aurais voulu que vous entendissiez hier, dans l'intimité de notre con-
versation, son ami de toutes les heures et son maître, qui vient de par-
ler ici avec une éloquence si émue.
« Réville m'est alors vraiment apparu avec la haute fixité morale de
sa vie, la dignité de son caractère, la bonté si simple de son cœur,
avec tout ce qu'il y avait d'élevé dans son âme autant que dans son
intelligence. »
« Ce sont là les termes qu'ils employaient, non pas pour moi, mais
pour eux-mêmes, pour se donner, pour ainsi dire, la douloureuse con-
solation de le regretter davantage en se le rappelant mieux.
« Vous le voyez. Messieurs, qu'il s'agisse de ses maîtres, de ses amis
ou de ses camarades, rarement accord plus touchant et plus complet
s'est produit pour déplorer les coups cruels de la destinée.
0 Et, puisque je dois ici parler plus spécialement au nom de notre
>I894 27
418 CHRONIQUE ET MÉLANGES.
Société de l'Ecole des chartes, prenez-moi, je vous prie, comme l'inter-
prète des douleurs qui se sont exprimées et de celles, au moins aussi
profondes et aussi vives, qui se taisent, et laissez-moi unir ici les noms
de nos confrères Meyer, Giry, Petit, c'est-à-dire de toutes les généra-
tions de l'École, pour adresser à Réville notre suprême adieu. »
— Par décret en date du 30 mai 1894, notre confrère M. Hanotaux a
été nommé ministre des affaires étrangères,
— Par arrêté du 22 mai 1894 , notre confrère M. de Roux a été
nommé stagiaire au Département des imprimés de la Bibliothèque
nationale.
— Notre confrère M. Louis de Grandmaison a été nommé archiviste
du département d'Indre-et-Loire, en remplacement de notre confrère
M. Charles de Grandmaison, nommé archiviste honoraire.
— Par arrêté du 30 mars 1894, notre confrère M. Goyecque a été
nommé officier d'Académie.
— Par arrêté du 22 juin, notre confrère M. Goville a été nommé offi-
cier de l'Instruction publique.
— Par décret en date du 30 juillet 1894, ont été nommés chevaliers
de la Légion d'honneur nos confrères :
M. Deprez, conservateur des manuscrits à la Bibliothèque nationale;
M. Tholin, archiviste du département de Lot-et-Garonne.
— Notre confrère M. Dumaine, secrétaire d'ambassade, a été nommé
chevalier de la Légion d'honneur.
— L'Académie française, dans sa séance du 7 juin, a décerné un des
prix de la fondation Marcelin Guérin à notre confrère M. Lemonnier
pour l'ouvrage intitulé l'Art français au temps de Mazarin et de Richelieu.
— L'Académie des inscriptions et belles-lettres a décerné le premier
prix de la fondation du baron Gobert au Manuel de diplomatique de
notre confrère M. Giry.
— Trois ouvrages de nos confrères ont été récompensés cette année
par la môme Académie au concours des Antiquités nationales :
La première médaille a été décernée à M. Guilhiermoz, auteur du
volume intitulé : Enquêtes et procès. Étude sur la procédure et le fonc-
tionnement du Parlement au XI V^ siècle. Paris, 1892, gr. in-8°.
La troisième médaille, à M. René Merlet et à son collaborateur
M. l'abbé Glerval pour leur publication à.''Un manuscrit chartrain du
XI^ siècle : Fulbert, cvéquc de Chartres. Martyrologe à l'usage de l'église
de Chartres. Fulbert et la cathédrale. Nécrologe du chapitre Notre-Dame
de Chartres. Chartes et pièces liturgiques. Chartres, 1893, in-4°.
La troisième mention honorable, à M. Bertrand de Broussillon, auteur
CHRONIQUE ET MELAMES. 419
de : La maison de Craon, 1050-lk80 ; étude historique accompagnée du
Cartulaire de Craon, illustrée de nombreux sceaux..., par Paul de Farcy.
Paris, 1893, 2 vol. in-8°.
— La même Académie, dans sa séance du 8 juin, a décerné un des
prix de la fondation Brunet à l'ouvrage de feu notre confrère M. Gastan :
Catalogue des incunables de la bibliothèque de Besançon.
— La Société des études historiques met au concours, pour les années
1895 et 1896, les deux questions suivantes (prix Raymond, 1,000 fr.) :
1° « Étudier les relations des villes impériales avec l'empire germa-
nique aux xvie et xvn^ siècles, faire ressortir le caractère de leur auto-
nomie. » (Dépôt des mémoires au secrétariat, 6, rue Garancière, à Paris,
le 31 décembre 1894.)
2° « Étudier l'état et le fonctionnement des justices seigneuriales à la
veille de la Révolution, montrer les services qu'elles rendaient encore,
les abus qu'elles engendraient. » (Dépôt des mémoires le 31 décembre
1895.)
— On annonce la fondation d'une société paléographique qui s'appel-
lera The Palxographical Society of Australia et dont le siège est à Syd-
ney. Les promoteurs de l'entreprise sont M. le D"" A. GarroU (Kogarah,
Sydney, Australia) et M. Elsdon Best (Wellington, New Zealand).
GONGOURS POUR LES EMPLOIS DE BIBLIOTHÉCAIRES
UNIVERSITAIRES.
Nous donnons ci-dessous le nouveau règlement du concours pour les
bibliothèques universitaires, arrêté par M. le ministre de l'Instruction
publique, en date du 20 décembre 1893 :
Le ministre de l'Instruction publique, des beaux-arts et des cultes,
Vu l'arrêté du 4 décembre 1882, relatif au certiQcat d'aptitude pour
les fonctions de bibliothécaire universitaire;
La commission centrale des bibliothèques universitaires entendue,
Arrête :
INSCRIPTIONS, PIÈCES A PRODUIRE, INFORMATIONS.
Article premier. — Les candidats au certificat d'aptitude pour les
fonctions de bibliothécaire universitaire doivent se faire inscrire au
secrétariat de l'Académie dans laquelle ils résident.
L'inscription n'est pas reçue au cas oiî le candidat aurait plus de
trente-cinq ans ou moins de vingt et un ans révolus au 31 décembre de
l'année qui précède l'inscription.
Art. 2. — Ils déposent à cet effet :
1" Leur acte de naissance ;
420 CHEONIQUE ET MELANGES.
2" Le diplôme de bachelier es lettres ou de bachelier de l'enseigne-
ment secondaire classique ;
30 Un certificat constatant que le candidat a fait une année de stage
comme surnuméraire dans une bibliothèque universitaire.
La durée du stage est réduite à six mois pour les licenciés es lettres
ou les licenciés es sciences, les docteurs en droit ou en médecine, les
archivistes paléographes et les élèves diplômés de l'École des hautes-
études.
Sont dispensés de la condition de stage les fonctionnaires des biblio-
thèques dépendant de l'État ou des communes pouvant justifier de trois
ans de service actif;
4° Un curriculum vitsB écrit en entier et signé par eux, dans lequel
ils font connaître les situations qu'ils ont occupées, la nature de leurs
travaux et de leurs services, les divers diplômes et brevets de capacité
qu'ils ont obtenus ;
5" Une note indicative des langues anciennes et des langues vivantes
qu'ils déclarent connaître ;
6° Le certificat d'un médecin délégué par le recteur constatant leur
état de santé et leur aptitude physique.
Art. 3. — Les candidats sont informés de leur admissibilité aux exa-
mens quinze jours au moins avant l'ouverture des épreuves.
EXAMEN.
Art. 4. — L'examen comprend deux épreuves : l'une écrite, l'autre
orale.
Art. 5. — Épreuve écrite. — L'épreuve écrite comprend :
1° Une composition sur une question de bibliographie générale ou
sur une question d'administration appliquée au service d'une biblio-
thèque universitaire, tirée du programme ci-annexé ;
2° Le classement de quinze ouvrages traitant de matières diverses et
appartenant aux différentes époques de l'imprimerie. Ce travail implique
les opérations déterminées par l'instruction générale du 4 mai 1878,
savoir :
Le numérotage ;
L'inscription au registre d'entrée-inventaire ;
L'inscription au catalogue méthodique ;
L'inscription au catalogue alphabétique.
Le candidat devra justifier dans ce travail d'une écriture serrée et
parfaitement lisible.
Art. 6. — Épreuve orale. — L'épreuve orale se compose :
1° De questions sur la bibliographie et le service d'une bibliothèque
universitaire ;
2° D'interrogations sur les langues vivantes inscrites à la note indi-
cative mentionnée à l'article 2.
CHRONIQUE ET MELANGES. 421
Le candidat devra justifier, en tout cas, d'une connaissance suffisante
de la langue allemande, par l'explication, à livre ouvert, d'un passage
tiré de Graesel, Grundzûge der Bibliothekslehre (Leipzig, Weber, 1890).
JUGEMENT DES ÉPREUVES.
Art. 7. — Les épreuves sont subies devant la commission centrale
des bibliothèques universitaires. Pour être valable, le jugement devra
être rendu par cinq de ses membres présents à toutes les opérations.
Il est soumis à la ratification du ministre, qui délivrera un certificat
d'aptitude aux candidats qui en seront jugés dignes.
Le résultat de l'examen et le rapport du président sont consignés au
registre des procès- verbaux de la commission centrale des bibliothèques
universitaires.
SESSIONS d'examen.
Art. 8. — Les sessions d'examen ont lieu à Paris. Elles sont ouvertes
par un arrêté du ministre qui indiquera les dates d'ouverture et de clô-
ture du registre d'inscription, le lieu, le jour et l'heure des épreuves.
Art. 9. — Les dispositions contraires au présent arrêté sont et
demeurent rapportées.
Fait à Paris, le 20 décembre 1893.
E. Spuller.
PROGRAMME DE BIBLIOGRAPHIE GÉNÉRALE
ET d'administration DES BIBLIOTHÈQUES UNIVERSITAIRES,
l^e PARTIE. — BIBLIOGRAPmE GÉNÉRALE.
I. — Les éléments matériels du livre.
1° Le papier (matières diverses; fabrication à la forme, vergeures,
pontuseaux, filigranes ou marques d'eau ; fabrication mécanique ; papier
vélin, de Chine, du Japon, de Hollande, etc.);
2° Les caractères et l'encre d'imprimerie (caractères gothiques,
romains, de civilité; lettres capitales, chiffres romains; encres noire et
de couleur, rubriques, etc.) ;
3° La composition typographique (justification, placards, pages, recto,
verso, colonnes; marges, gloses marginales, manchettes, lettrines, titre
courant, foliotage et pagination, réglure, etc.);
4° Le pliement et l'assemblage des feuilles (diverses sortes d'imposi-
tions et de formats ; signatures, réclames) ;
o» Les parties accessoires du texte (titre, adresse bibliographique,
préface, introduction, notice, notes, appendice, table, index, errata,
privilège ou permission, etc.);
6° Les illustrations (figures dans le texte et hors texte, planches en
noir et en couleurs; capitales ornées, vignettes, culs-de-lampe, enca-
422 CHRONIQUE ET MÉLANGES.
drements; frontispice, titre gravé, marques de libraires, portrait, cartes,
plans, tableaux graphiques, airs notés; atlas séparé du texte, porte-
feuille, etc.) ;
7° La forme de la publication (volume, tome, série, collection, pério-
dique, ouvrage en cours ; fascicule, livraison, extrait ou tirage à part,
tirage à petit nombre, plaquette, etc.) ;
8° La reliure (différentes sortes de peaux et de toiles ; cartonnage,
emboîtage; reliure pleine, demi -reliure, reliure sur onglets; titre,
ornements des tranches, du dos et des plats ; termes techniques de la
reliure) ;
9° Les particularités distinctives des exemplaires (ex-libris, dédicace,
notes manuscrites; papier de luxe, reliure aux armes, reliure signée;
carton; détériorations matérielles; tables, déchirures, piqûres, etc.).
IL — L'histoire du livre.
1" Notions générales sur les origines de l'imprimerie, sur son intro-
duction et son développement en France ;
2° Caractères distinctifs des incunables : leurs rapports avec les
manuscrits et les xylographes ;
3° Impressions des Aide, des Estienne, des Plantin, des Elzevier, des
Didot, etc.;
4° Caractères du livre moderne (confusion des formats, nouveaux pro-
cédés d'illustration, multiplication des périodiques et des ouvrages
d'érudition, etc.).
m. — Les répertoires bibliographiques.
lo Bibliographies universelles, telles que Brunet, Manuel du libraire;
Ebert, Allgemeines bibliographisches Lexikon; Graesse, Trésor des livres
rares ;
2° Bibliographies spéciales à la France, telles que Quérard, la France
littéraire, les Supercheries littéraires; Barbier, Dictionnaire des ano-
nymes; Lorenz, Catalogue de la librairie française; le Journal général
de Vimprimerie et de la librairie; — répertoires analogues publiés en
Allemagne, en Angleterre, en Italie, en Espagne, en Portugal, aux
États-Unis d'Amérique, etc.;
30 Bibliographies spéciales à une matière déterminée, par exemple
pour l'histoire du moyen âge : Potthast, Bibliotheca historica medii cBvi;
Ul. Chevalier, Répertoire des sources historiques du moyen âge; pour la
philologie classique : Engelmann et Prouss, Bibliotheca scriptorum
classicorum ; et ainsi de suite pour les principales branches de l'his-
toire, du droit, de la linguistique, de la littérature, des sciences mathé-
matiques, physiques, naturelles, médicales, etc.
IV. — Bibliographie appliquée à l'usage des bibliothèques.
1» Rédaction des titres qui doivent figurer dans un catalogue de
CHEOMQUE ET MELANGES. 423
bibliothèque : règles générales, cas particuliers (anonymes, pseudo-
nymes, noms composés, etc.), règles spéciales à la rédaction des titres
d'incunables;
2° Classement des titres suivant la nature du catalogue où ils doivent
figurer :
a) Catalogue alphabétique, soit des noms d'auteurs, soit des titres
anonymes ; règles générales du classement alphabétique ;
b) Catalogue méthodique; différents systèmes de classification; avan-
tages du système de Brunet, perfectionnements dont il est susceptible;
c) Catalogue alphabétique des matières; utilité et difficultés particu-
lières de ce répertoire ;
30 Disposition matérielle des catalogues : registres, cartes ou folios
mobiles ; avantages et inconvénients de chaque système.
2« PARTIE. — ADMINISTRATION DES BIBLIOTHÈQUES UNIVERSITAIRES.
I. — Le personnel.
Le bibliothécaire, les sous-bibliothécaires, les garçons de salle : leurs
attributions, leurs devoirs, leur responsabilité; — la commission de la
bibliothèque; — unité administrative du dépôt et du service, malgré la
pluralité des sections.
II. — Le local.
Application aux bibUothèques universitaires des principes généraux
de la construction et de l'aménagement des bibliothèques publiques :
conditions les plus favorables à la préservation des livres et à la facilité
du service ; principales dispositions adoptées en France et à l'étranger
pour le chauffage, l'aération, l'éclairage, l'aménagement des salles de
travail, des galeries et des dépôts.
m. — Le mobilier.
Étagères en bois ou en métal, travées, rayons fixes, rayons à cré-
maillères ou à clavettes ; armoires pour les livres de réserve, comptoirs
pour les formats atlantiques, casiers pour les périodiques en fascicules ;
boîtes à cartes, meubles pour catalogues; monte -charges, échelles;
tables et pupitres de travail; portefeuilles, cartons pour les brochures,
reliures mobiles, sangles de bureau, fiches de déplacement, planchettes
indicatrices, etc.
IV. — Les livres.
1» Provenance. — a) Dons de l'État et des particuliers;
b] Acquisitions : budget de la bibliothèque, registre des demandes
d'acquisition, part respective de la commission de la bibliothèque et du
bibliothécaire dans les acquisitions ; usages de la librairie française et
de la librairie étrangère, prix fort, prix net, achat de livres d'occasion
424 CHRONIQUE ET MÉLANGES.
OU en ventes publiques, abonnements aux périodiques, souscription aux
ouvrages en cours, achat des suites, complément des collections; véri-
fication de l'état des livres achetés ;
c) Échange des thèses et publications académiques entre les facultés
françaises et avec les universités étrangères ; formalités prescrites par
les circulaires et arrêtés ministériels ;
2° Classement. — a) Principes généraux : ordre d'entrée appliqué au
rangement des ouvrages sur les rayons; comparaison avec l'ordre métho-
dique et le système d'intercalation usités dans d'autres bibliothèques ;
~- série unique de numéros, divisée en trois sections correspondant aux
trois principaux formats; — numérotage continu dans chaque section;
b) Opérations de classement prescrites par l'instruction générale du
4 mai 1878 : timbrage, numérotage, inscription au registre d'entrée-
inventaire, inscription au catalogue alphabétique, inscription au cata-
logue méthodique, intercalation des cartes à leurs catalogues respectifs,
placement des ouvrages sur les rayons ;
c) Cas particuliers : classement provisoire et inscription sur des
registres spéciaux des périodiques, des ouvrages en cours de publica-
tion ou provenant des échanges universitaires ; traitement des bro-
chures et des doubles ; constitution d'une réserve pour les livres pré-
cieux ; groupement à part des livres usuels et des volumes de très grand
format ; règles spéciales au classement des manuscrits ;
3" Mesures de conservation. — a) Reliure : préparation des ouvrages
et des périodiques à relier, recueils factices, reliures provisoires, tenue
du registre des reliures, vériûcation des volumes reliés;
b) Réparation des volumes tachés, déchirés ou piqués ;
c) Aération, nettoyage et battage des volumes; '
cl) Récolement annuel : formalités prescrites pour l'appel des volumes
et la constatation des absences; — récolcments extraordinaires, en cas
de mutation du fonctionnaire responsable.
V. — Les services de la bibliothèque.
l» Service à l'intérieur. — Conditions d'admission dans la salle de
lecture, bulletin de demande, communication des livres, surveillance,
catalogues et livres usuels ;
2» Service au dehors. — Personnes admises à emprunter, livres excep-
tés du prêt, tenue du registre de prêt, modes de réclamation, responsa-
bilité des emprunteurs, prêt de bibliothèque à bibliothèque.
VI. — La comptabilité financière et administrative.
1« Tenue des comptes de libraires, relieurs et autres fournisseurs,
préparation des factures, règlement des comptes;
2" États de situation, compte-rendu des dépenses budgétaires, procès-
verbaux de récolement.
1
CHRONIQDE ET MELANGES. 425
LE MARTYROLOGE DE SAINT JÉRÔME.
Le prochain volume des Acta sanctorum des Bollandistes contiendra
l'édition du Martyrologium Hieronymianum préparée depuis longues
années par M. le commandeur J.-B. de Rossi et par M. l'abbé Duchesne.
Il en a été fait un tirage à part intitulé : Martyrologium Hieronymia-
num, ad fidem codicum, adjectis prolegomenis, ediderunt Joh.-Bapt. de
Bossi et Lud. Duchesne (Bruxellis, typis Polleunis et Ceuterick [1894],
in-fol. de Lxxxn et 195 p.). Un exemplaire en a été offert le 13 juillet
1894 à l'Académie des inscriptions. Nous reproduisons la note que
M. l'abbé Duchesne avait jointe à cet exemplaire. Quoiqu'elle se borne
à un simple exposé des origines du Martyrologe et de l'état dans lequel
il nous est parvenu, elle laisse entrevoir la difficulté du travail auquel
ont dû se livrer les éditeurs et l'importance des résultats auxquels ils
sont arrivés.
« Le Martyrologe dit de saint Jérôme est, dans sa première forme,
antérieur à cet auteur. Il a été constitué d'abord à Nicomédie, vers le
milieu du iv° siècle, à l'aide des écrits d'Eusèbe, de calendriers d'églises
et de traditions encore fraîches sur les persécutions. Dans la première
moitié du v^ siècle, ce premier texte, écrit en grec, fut traduit en latin
par un clerc de la haute Italie et combiné avec des documents occiden-
taux de même nature, notamment un calendrier romain et une série
de listes martyrologiques provenant d'Afrique. C'est alors que, pour la
mieux recommander, on l'attribua à saint Jérôme, lequel, du reste,
n'aurait fait ici qu'un travail de traducteur et d'abréviateur, car l'œuvre
primitive est censée remonter à Eusèbe.
« Vers la fin du vi« siècle, ce texte italien parvint à Auxerre, où il
fut complété par l'accession d'un grand nombre de saints des Gaules,
martyrs ou autres. C'est de cette récension d'Auxerre que dérivent tous
les manuscrits existants. Ceux-ci ne sont pas moins intéressants par
leurs variantes, où l'on peut suivre les progrès de l'hagiographie dans
nos contrées depuis le temps de Grégoire de Tours, que par les rensei-
gnements qu'ils donnent sur le texte primitif.
« Restituer ce texte primitif n'est pas encore possible, vu l'extrême
corruption qu'il a subie et dont témoignent les manuscrits. On a pu
du moins distinguer ceux-ci en familles, publier intégralement les plus
anciens et noter les variantes des autres. Il est résulté de là une édition
en trois colonnes, précédée d'une longue introduction où se trouvent
exposées l'histoire du texte et la manière de l'étudier.
« Le document pseudo-hiéronymien présente un double intérêt :
d'abord un intérêt universel, puis un intérêt spécialement français. La
plupart des souvenirs martyrologiques importants des contrées autrefois
comprises dans l'empire romain y ont laissé des traces anciennes et
426 CHRONIQUE ET ME'lANGES.
authentiques. D'autre part, dans sa récension auxerroise, il nous offre
d'importants renseignements sur les saints de notre pays. C'est le livre
fondamental de l'hagiographie dans son ensemble et de l'hagiographie
gallicane en particulier. »
A ce résumé si clair et si modeste, ajoutons une observation qui ne
pouvait pas être faite dans une compagnie à laquelle appartiennent les
deux éditeurs : c'est que le programme que M. de Rossi s'était proposé
il y a près de quarante ans et auquel il a associé M. l'abbé Duchesne,
son digne disciple et collaborateur, a été rempli dans les moindres
détails avec un entier succès. Rien n'est plus intéressant, rien n'est
plus instructif que les lumineuses discussions qui ont abouti à une
histoire complètement neuve des calendriers ecclésiastiques et des mar-
tyrologes antérieurs au ix» siècle. A elle seule, la description raisonnée
des manuscrits qui ont servi de base au travail constitue une œuvre
d'érudition très remarquable. L'édition du Martijrologium Hieronijmia-
num occupera une place d'honneur dans la collection des Bollandistes.
Nous devons féliciter M. le commandeur J.-B. de Rossi et M. l'abbé
Duchesne d'avoir mené à bonne 6n une entreprise aussi compliquée et
d'avoir mis en pleine lumière des textes essentiels pour l'histoire de
toutes les anciennes chrétientés.
L. Delisle.
LA STATUETTE ÉQUESTRE DE CHARLEMAGNE.
M. G. Wolfram, dans un mémoire intitulé : Die Reiterstatuette Karl's
des Grossen (Zeitschrift fur Inldende Kunst, N. F. V, H. 7, p. 153-'162),
s'est attaché à déterminer l'origine de la statuette équestre de Charle-
magne, conservée au Musée municipal de la ville de Paris. Selon lui,
la façon dont l'artiste a figuré les insignes impériaux ne permet pas de
faire remonter le monument à l'époque carlovingienne.
M. G. Wolfram, partant de cette donnée que la statuette était dans
la cathédrale de Metz au xvii^ et au xvni« siècle, soutient avec beaucoup
de vraisemblance que c'est une représentation de Charlemagne dont
le chapitre de Metz confia l'exécution en 1507 à un orfèvre nommé
François.
D'après cette hypothèse, on devrait rapporter à la .statuette les deux
articles suivants, qui se trouvent sous l'année 1507 dans les conclusions
du chapitre de Metz :
« Item, l'on a ordonné à ceux qui par cy devant ont eu commission
de faire faire Charlemagne qu'ilz concordent avec Françoy l'Orfèvre
pour la façon et qu'il soy payé.
« Die martis septima décima ipsius mensis novcmbris, on a conclu
de payer à François l'Orfcvro pour la façon de Charlemagne et que l'on
prcngne l'argent on la volte. »
CHRONIQUE ET MÉLANGES. 427
LA BIBLE DE PHILIPPE LE BEL.
La bible de Philippe le Bel se compose de deux volumes hauts de
188 millimètres et larges de 125. Il y a 545 feuillets au premier volume
et 529 au second. Le parchemin est d'une extrême finesse. L'écriture,
disposée sur deux colonnes, est d'une régularité et d'une élégance qui ne
laissent rien à désirer. Une petite miniature se voit en tête de chacun
des livres de la bible. On peut citer ce manuscrit comme un des chefs-
d'œuvre de la calligraphie et de l'enluminure française du commence-
ment du xive siècle. Aussi n'est-il pas étonnant que Jean, duc de Berri,
ait tenu à lui donner place dans ses merveilleuses collections.
Ce prince a mis son nom à la fin de chacun des volumes :
« Geste bible est au duc de Berry.
« JEHAN. »
De plus il a fait peindre au bas du premier feuillet de l'un et de l'autre
ses armes (d'azur à trois fleurs de lis d'or, à la bordure engrêlée d'or)
supportées par deux ours. Les mêmes armes, sans les supports, sont
peintes trois fois sur les tranches de chaque partie de la bible.
En outre, de majestueux ex-libris ont été tracés en tête des deux
volumes par Jean Flamel.
On lit sur le premier :
C'est le premier volume de la Bible
en latin qui fut au beau roy Phelippe
et à présent est à Jehan filz de
roy de France, duc de Berry et
d'Auvergne, conte de Poitou, d'Estampes,
de Bouloingne et d'Auvergne, l'an
mil quatre cens et trois.
J. FLAMEL.
Et, sur le second :
C'est le second volume de la Bible
qui fu au roy Phelippe le Bel,
et à présent est au duc de Berry
et d'Auvergne, conte de Poitou,
d'Estampes, de Bouloingne et d'Auvergne,
l'an mil quatre cens et trois.
J. FLAMEL.
La bible de Philippe le Bel ne figure pas sur les inventaires du duc
de Berri, et tout porte à croire qu'il en avait disposé de son vivant. On
en perd la trace depuis le commencement du xV siècle jusqu'au milieu
du xvn«. Le second volume en fut recueilli dans la bibliothèque de Col-
428 CHRONIQUE ET MÉLANGES.
bert, et Baluze l'a enregistré dans les termes suivants, sous le n« 5976
de la Bibliotheca Colbertina :
« Volumen secundum sacrorum bibliorum, incipiens a prophetia
Isaiœ. Fuit hic codex Philippi Pulcri, régis Francorum, deinde vero
Joannis ducis Bituricencis, ut iilic annotatum est manu Fiamelii,
anno M CCCC III. — Interpretatio nominum hebraicorum. »
Après la mort de Colbert, quand on procéda à la prisée du mobilier
du grand ministre, trois libraires de Paris, Pierre Aubouin, Arnoul
Seneuze et Jacques Villery, qui avaient cependant sous les yeux le
catalogue de Baluze, englobèrent le second volume de la bible de Phi-
lippe le Bel dans un lot de cinq manuscrits, qu'ils estimèrent 3 livres*.
Ce précieux volume arriva en 1732 dans la Bibliothèque du roi, où il a
reçu le n» 248 du fonds latin.
Le premier volume était passé en Angleterre à une époque qui n'a
pu encore être déterminée. La présence en fut signalée en 1854 par le
docteur Waagen^ dans le château d'André Fountaine, àNarford. Il fut
compris dans une série d'objets d'art et de curiosité mise en vente à
Londres le 6 juillet 1894 3. La Bibliothèque nationale s'en est rendue
adjudicataire, et c'est ainsi que se trouve aujourd'hui rétabli dans son
intégrité primitive un des plus beaux manuscrits royaux du commen-
cement du xiv« siècle, un de ceux qui font le plus d'honneur aux artistes
français de cette époque.
Le premier volume contient les livres de l'Ancien Testament depuis
la Genèse jusqu'à l'Ecclésiastique; le copiste avait même commencé à
y transcrire le livre d'Isaïe. Le second volume est rempli par les derniers
livres de l'Ancien Testament à partir d'Isaïe, par les livres du Nouveau
et par une explication des noms hébraïques, qui commence ainsi
(fol. 430) : « Incipiunt interpretationes hebraicorum nominum incipien-
tium per A litteram. Aaz, appréhendons vel apprehensio. Aaz, testifi-
cans vel testimonium... »
L'attribution de la bible à Philippe le Bel repose uniquement sur la
double attestation de Jean Flamel qui a été ci-dessus rapportée. Évi-
demment la tradition s'était établie dans la maison royale que telle était
l'origine de la bible, et, à l'appui de la tradition, on peut faire valoir que
1. « Mss. 5976-5980. Cinq volumes en vélin et en papier, prisez ensemble
trois livres, cy m 1. » Article 4617 de la prisée, à la I3ibl. nat., vol. 77 des
Mélanges de Colbert, fol. 875.
2. Treasures of art in Great Dritain, t. III, p. 432.
3. Catalogue of porcelain, bronzes, ivories, miniatures... illuminated manus-
cripts..., from tfie celebrated Fountaine collection removed from Narford Hall,
u'hich u'ill be sdd by auction by Mess. Christie, Manson and Woods, on fri-
day, July 6, 1894, in-8*.
CHRONIQUE ET MELANGES. 429
l'écriture est du commencement du xiv^ siècle et que le fond de la
miniature peinte au commencement des Nombres (tome I, fol. 101) est
un losange aux armes de France et de Navarre.
MINIATURES D'UN MANUSCRIT
DE LA BIBLIOTHÈQUE DE MAÇON.
Le procès engagé depuis 1889 entre la bibliothèque de Màcon, d'une
part, un antiquaire de la même ville et le musée de Lyon, d'autre part,
vient de se terminer à l'avantage de la première des parties. On sait
qu'il s'agissait de trois des neuf miniatures volées anciennement dans
un manuscrit de la Cité de Dieu de saint Augustin (xv' siècle), lequel en
contenait primitivement vingt-trois. En attendant que nous publiions
tous les textes relatifs à cette importante affaire, il n'est pas inutile de
faire connaître le dispositif de l'arrêt de la cour d'appel de Lyon qui
infirme un jugement contraire du tribunal de première instance de
cette ville.
La Cour a décidé : 1° En fait : a) que la bibliothèque de Mâcon était,
antérieurement au vol, une bibliothèque municipale; b) qu'antérieure-
ment à 1845 le livre de la Cité de Dieu était intact; c) que c'est vers
1850 que le vol a eu lieu ; 2° E)i droit : a) que, la bibliothèque de Mâcon
étant municipale, les livres qu'elle contenait étaient frappés de doma-
nialité publique; b) que, par suite, les miniatures volées étant hors du
commerce n'ont pu être valablement acquises ni par l'antiquaire ni par
ses vendeurs ; c) qu'il y avait donc lieu d'ordonner qu'elles seraient res-
tituées à la ville de Màcon. En conséquence la ville de Lyon a été con-
damnée à opérer cette restitution, et l'antiquaire condamné en tous les
dépens de première instance et d'appel.
L. Lex.
LIVRES DE HENRI II ET DE DIANE DE POITIERS
CONSERVÉS A COPENHAGUE.
M. Garl Elberling, dans une notice intitulée Brev fra en Bogelsker om
at vaske garnie bôger (Copenhague, 1894, in-4o), a fait connaître la
reliure de deux livres remarquables de la bibliothèque de Copenhague.
L'un est un exemplaire de l'édition d'Isocrate publiée à Venise en
1534 par les héritiers d'Aide Manuce. Ce volume, recouvert d'une très
belle reliure aux armes et au chiffre de Henri II, porte sur le plat le
titre : ISOKPATOYS AO. KAI || TON AAAÛN. B. || A.A. Il répond certai-
nement à l'article 224 du catalogue des livres grecs de la librairie royale
de Fontainebleau qui fut écrit vers 1545 par Ange Vergèce : 'IffoxpàTYi;,
430 CHRONIQUE ET MÉLANGES.
'AXxtôàfAaç, Popyta;, 'Apicxeîôriç xa\ 'ApTtoxpaxîtdv [Catal. des mss. grecs de
Fontainebleau, éd. Omont, p. 366).
Le second livre dont s'est occupé M. Elberling est un manuscrit sur
papier, du fonds de Thott, qui contient des chants royaux en l'honneur
de la sainte Vierge, et qui a été décrit par Abrahams dans sa Descrip-
tion des mss. français de Copenhague, p. H 7. La reliure est aux armes
de Diane de Poitiers, pour laquelle le volume a été exécuté. Ce manus-
crit, dont la première pièce est intitulée CHAMP ROYAL, est, à n'en
pas douter, celui qui figure sur le Catalogue de livres manuscrits très
antiques et curieux [en vente à Lyon, chez le portier du couvent de la
Croix-Rousse], en compagnie de deux autres livres de la bibliothèque
de Diane de Poitiers.
La notice de M. Elberling renferme la reproduction de la reliure des
livres de Henri H et de Diane de Poitiers que la bibliothèque de
Copenhague est Gère à bon droit de posséder.
LES MANUSCRITS DE PIERRE DUPUY DE SAINT-SERNIN.
Dans le volume L de la Bibliothèque de l'École des chartes, année 1889,
p. 158, nous avons publié le catalogue d'une collection de manuscrits,
rédigé au xvii« siècle, collection dont nous n'avions pu déterminer le
caractère. Des recherches de M. Edmond Cabié , publiées dans les
Annales du Midi (VI, 364, juillet 1894), il paraît résulter que ces manus-
crits appartenaient à Pierre Dupuy, juge royal de Saint -Sernin en
Rouergue.
LA BIBLIOTHÈQUE DU COMTE DE LIGNEROLLES.
La bibliothèque de M. le comte de Lignerolles, dont la meilleure
partie a été vendue aux enchères pendant les premiers mois de l'année
1894, était à coup sur l'une des plus remarquables qui aient été formées
à Paris dans la seconde moitié du xix« siècle. Elle ne se recommandait
pas seulement par le choix des exemplaires et par la splendeur des
reliures anciennes et modernes ; on y voyait plusieurs manuscrits ornés
de belles peintures et un grand nombre de livres et livrets du xv« et du
XVI* siècle, remplis de textes utiles pour les études littéraires et histo-
riques. La plupart de ces articles étaient d'une insigne rareté, et un
assez grand nombre pouvaient être considérés comme des exemplaires
uniques.
Le catalogue que M. Porquet avait rédigé pour la vente mérite d'être
soigneusement conservé parmi les ouvrages de bibliographie. Mais de
simples descriptions ne suffisaient pas pour faire apprécier à leur juste
valeur beaucoup des morceaux que M. de Lignerolles avait réunis au
CHRONIQUE ET Me'lANGES. 434
prix de grands sacrifices, et qui attestaient le goût et la curiosité du
collectionneur. Heureusement, M. Porquet a eu l'idée de joindre au
catalogue^ un album de 166 planches petit in-folio, où sont reproduites
en phototypie les principales miniatures, les plus riches reliures et les
titres ou les pages caractéristiques des volumes les plus remarqués de
cette bibliothèque.
Les sujets choisis se répartissent de la façon suivante : 9 miniatures,
25 reliures, 2 notes autographes et 144 titres ou pages de livres impri-
més. Pour nous borner à un seul exemple, nous citerons les deux
miniatures qui ont été tirées d'un exemplaire du Chevalier délibéré
d'Olivier de la Marche. Ce manuscrit, exécuté pour Louis Malet, ami-
ral de France, a été acquis par M. le duc d'Aumale pour le musée
Gondé. Le frontispice, qui représente une grande nef pavoisée aux armes
du roi et de l'amiral, est un document fort important pour l'archéo-
logie navale 2.
La publication d'un tel album était le meilleur moyen de conserver
le souvenir de la collection qui a fait tant d'honneur à M. de Ligne-
roUes. Mais on se tromperait en n'y voyant qu'un hommage rendu à la
mémoire de cet illustre bibliophile. Cet album est en même temps un
répertoire bibliographique où la curiosité tient assurément une large
place; mais les bibliographes de profession y trouveront beaucoup
d'exemples fort instructifs pour la connaissance des livres français
du xv^ et du xvie siècle. Si jamais il est donné une nouvelle édition du
Manuel du libraire, les continuateurs de Brunet n'auront, pour beau-
coup d'articles, qu'à se référer au catalogue et à l'album dont nous
devons la publication à M. Porquet.
1. Catalogue des livres rares et précieux, manuscrits et imprimés, composant
la bibliothèque de feu M. le comte de Lignerolles.
1. — Première partie (n"» 1-675) : manuscrits, théologie, jurisprudence,
sciences et arts.
II. — Deuxième partie (n" 676-2160) : belles-lettres.
III. — Troisième partie (n" 2161-3286) : histoire. — Paris, Ch. Porquet, 1894,
3 vol. in-8'.
IV. — Table alphabétique générale et liste des prix d'adjudication,
V. — L'Album, dont les planches ne sont pas numérotées, mais portent un
renvoi aux articles du catalogue, s'ouvre par un portrait de M. de Lignerolles.
2. Puisque l'occasion s'en présente, nous indiquerons une autre représenta-
lion de nef dans un manuscrit français du xvi^ siècle (jadis n° 873 de Meerman,
aujourd'hui à la Bibliothèque royale de Berlin) contenant les Triomphes de
Pétrarque. Une reproduction de celte miniature vient d'être donnée par M. Her-
mann Varnhagen dans le petit volume intitulé : Ueber die Miniaturen in vier
franzôsischen Handschriften des fiinfzehnten und sechszehnten Jahrhunderis
auf den Bibliotheken in Erlangen, Maihingen und Berlin {Zwei Horarien,
Fleur des vertus, Petrarca). Erlangen, 1894, in-4°.
432 CHRONIQUE ET MÉLANGES.
LA RETRAITE DE M. FRUIN.
M. R. Fruin, l'éminent professeur d'histoire à l'Université de Leide,
atteint par la limite d'âge fixée par la loi néerlandaise, vient de prendre
congé de ses élèves par un discours ému {Afseheidsrede bij ket nederleg-
gen van het hoogleeraarsambt aan de Rijksuniversiteit te Leiden, den P^^
Juni 189k uitgesproken door R. Fruin, La Haye, M. Nijhoff), dans lequel
il rappelle le souvenir de ses maîtres et prédécesseurs et jette un
coup d'oeil sur le progrès des sciences historiques en Hollande, depuis
ses débuts dans l'enseignement, d'abord comme professeur de gym-
nase, ensuite, il y a trente-quatre ans, comme professeur d'Université.
Ce que M. Fruin, avec sa modestie ordinaire, ne fait peut-être pas assez
ressortir, c'est l'influence prépondérante qu'il a exercée lui-même sur
ces progrès, par son enseignement et surtout par ses écrits, qui
embrassent l'histoire des Pays-Bas depuis le moyen âge jusqu'aux pre-
mières années de ce siècle. M. Fruin est l'ami des travaux de détail, et
il a rappelé lui-même autrefois la parole de Guizot, que c'est surtout
par des monographies qu'on travaille aux progrès des sciences histo-
riques. Néanmoins il nous fait espérer, si les années et la santé ne lui
font pas défaut, comme fruit des loisirs que lui laissera sa retraite, quelque
travail d'ensemble sur telle époque qu'il a plus particulièrement appro-
fondie. En attendant, nous croyons qu'il répondrait aux vœux de ses
admirateurs en Hollande et à l'étranger, s'il réunissait (dùt-il charger
un de ses anciens élèves du travail matériel), dans un recueil destiné à
la fois aux érudits et au grand public, un choix des articles qu'il a
placés depuis quarante ans dans plusieurs revues. Ces articles sont des
modèles de science, d'esprit et d'impartialité philosophique; réunis, ils
formeraient un véritable cours d'histoire nationale. Comme ils ont été
rédigés d'après la méthode critique la plus sévère, il suffirait d'ajouter
çà et là quelques remarques pour les mettre au courant des recherches
ultérieures.
Gédéon Huet,
— ^^^-^^ '"^^'^^"^"'^"'^^
MÉMOIRE
SUR
TAMERLAN ET SA COUR
PAR UN DOMINICAIN, EN 1403.
A toute époque, les rois de France se sont montrés particu-
lièrement flattés de recevoir des ambassades de princes asiatiques,
et l'histoire a soigneusement enregistré ces hommages rendus à
une des plus puissantes couronnes de la chrétienté. L'une de ces
démarches diplomatiques qui frappa le plus l'imagination des
contemporains est assurément celle qui eut pour objet d'apporter
une lettre de Tamerlan à Charles VI. Non seulement le Trésor
des chartes recueillit et conserva avec soin l'écrit même envoyé
par le conquérant mongol, mais le plus intéressant des chroni-
queurs du règne de Charles VI nous a transmis la mémoire de
l'événement. Voici son récit : En 1403, peu avant le 15 juin \
arriva à Paris un évêque d'Orient de l'ordre des Frères Prê-
cheurs, qui apportait au roi une lettre de Tamerlan ; le Tartare
y annonçait entre autres choses à Charles VI la victoire d'Ancyre
qu'il venait de remporter sur Bajazet, le vainqueur de Nicopolis,
nouvelle qui ne pouvait manquer d'être agréablement reçue, et il
ajoutait qu'il serait reconnaissant au roi de traiter avec bienveil-
lance les marchands tartares qui viendraient en France - . L'évêque
1. La réponse de Charles VI à Tamerlan est datée du 15 juin 1403 (Silvestre
de Sacy, Mémoire sur une correspondance inédite de Tamerlan avec Char-
les VI, Mémoires de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, année 1822,
t. VI, p. 522).
2. V.-M. Fontana, dans ses Monmnenta Dominicana (1675, in-fol., p. 271),
1894 28
434 MÉMOIRE SDE TAMERLAN ET SA COUR.
ambassadeur insista devant le roi et son conseil sur les avantages
qu'il y aurait à donner satisfaction à Tamerlan sur ce point, et
n'eut pas de peine à les amener à sa façon de voir ; ce qui se tra-
duisit par une lettre où Charles VI, reconnaissant que la dif-
férence de langue et de religion n'était pas un obstacle aux
relations commerciales, réclamait en échange de la protection
demandée en faveur des marchands tar tares la réciprocité pour
les commerçants français et plus généralement pour les chrétiens ^ .
Une autre chronique, latine aussi, ajoute à ce récit des détails
précieux ^ Au mois de mai 1403, suivant elle, un Dominicain
vint à Paris chargé d'une ambassade par Tamerlan; ses lettres
de créance étaient écrites à l'encre d'or et scellées du petit sceau
de Tamerlan. Ce rehgieux, bien qu'il se dît Italien, portait une
grande barbe blanche à la grecque, se donnait comme arche-
vêque de Sultanieh^, ville située, selon lui, en Perse, et pro-
nonça dans la chapelle de l'hôtel royal, en présence du roi, des
cinq ducs de Berrj, de Bourgogne, d'Orléans, de Bourbon, de
Bretagne et devant beaucoup d'autres personnages, tant de la
cour que du conseil, un discours où il donna deux raisons de son
voyage : la première, qu'il était venu notifier la victoire de
Tamerlan sur Bajazet et la captivité de ce dernier; que Tamerlan
avait délivré les chrétiens prisonniers de Bajazet et que, s'il en
trouvait d'autres, il leur accorderait pareillement la liberté.
Il ajouta, comme second motif de sa mission, le désir de voir la
majesté du trône de France et d'en relater l'éclat à Tamerlan.
Son ambassade offrait, disait-il, deux principaux avantages pour
la religion chrétienne : d'abord, elle permettait d'organiser la
liberté de commercer pour les marchands des deux religions;
ensuite, si le roi et les ducs y consentaient, cette liberté même
pouvait être consacrée par un accord ou un traité.
L'archevêque de Sultanieh raconta à plusieurs personnes des
a dit quelques mots de cette ambassade, dont il signale, lui aussi, le but.
D'après Henri de Sonde, il raconte que Tamerlan envoya un évêque d'Orient à
Charles VI et un archevêque des mômes régions aux Vénitiens, aux Génois et
au duc de Milan.
1. Chronique du Heligieux de Saint-Denys, éd. Bellaguet, t. III, p. 134.
2. Chro7W(j raphia rcgum Francorum, t. III, ad annum 1 'i03.
3. Ambroise Conlareni, qui, quatre-vingts ans plus tard, passa à Sultanieh,
y remarqua trois portes de cuivre travaillées à Damas; il ajoute que le froid
était tellement vif à Sultanieh qu'en hiver les habitants abandonnaient ceUc
ville.
MÉMOIRE SDR TAMERLAN ET SA COUR. 435
particularités de la vie de Tamerlan, et même il en forma un
opuscule écrit en français qu'il distribua autour de lui. Le chro-
niqueur ajoute qu'il va le traduire en latin et en donne le
texte presque intégrale
Ainsi, ce mémoire sur Tamerlan était l'œuvre d'un contempo-
rain, bien plus, d'une sorte d'ambassadeur du conquérant tartare,
que, par conséquent, il connaissait personnellement. L'intérêt en
était donc considérable, et il n'était pas sans utilité d'en recher-
cher le texte original, qui, d'après le chroniqueur, était écrit en
français.
J'ai trouvé à la Bibliothèque nationale deux manuscrits qui
fournissent cette vie de Tamerlan^; l'un d'entre eux semble
faire de ce mémoire un appendice à la Fleur des histoires
d'Orient de l'Arménien Hetoum, prince de Gorigos et neveu
d'Hetoum V\ roi de la petite Arménie; mais P. Paris n'a pas eu
de peine à démontrer ^ l'impossibiUté d'une semblable attribution
puisque Hetoum mourut au commencement du xiv^ siècle et que
la vie de Tamerlan raconte la bataille d'Ancyre, livrée au début
du xv^ siècle.
Ce ne sont pas seulement des manuscrits qui ont conservé la
biographie de Tamerlan ; peu après l'invention de l'imprimerie,
on avait édité la Fleur des histoires d'Orient d'Hetoum^ et, sans
examiner l'impossibilité qu'il y avait à attribuer la vie de Tamer-
lan à l'auteur arménien, on l'avait imprimée sous son nom à la
suite de son oeuvre^.
Cette édition était, même en ne tenant pas compte de cette
erreur fondamentale, une œuvre bien médiocre : non seulement
elle contenait des additions d'une valeur contestable^, mais on
1. Cette version présente peu de différences avec la version française; on
les a relevées en note dans la publication qui suit.
2. Bibl. nat., fonds français 5624, fol. 63 v», et 12201, fol. 84 r°.
3. Histoire littéraire, t. XXV, p. 479.
4. Bibl. nat., départ, des imprimés, réserve O'r 18.
5. (( Et incontinent après la lin de ses hystoires nous avons trouvé l'hystoire
d'ung Tartarin qu'il nomme Themur Bey... » Et plus loin l'éditeur ajoute avec
une précision fâcheuse pour sa sagacité : a Frère Hayton appelle Tamburlan
Themur Bey ; c'est un proj)re nom qui est dit de Themyr, qui vault autant à
dire comme seigneur... » (Bibl. nat., départ, des imprimés, réserve O^r 18,
fol. LX et LXl).
6. Voici la plus importante de ces additions ; elle permettra de juger de leur
intérêt : « Quant Tamburlan pensoit prendre quelque cité, avant qu'il fist sem-
436 MÉMOIRE SDB TAMERLAIV ET SA COUR.
avait jugé à propos de compléter et de continuer la biographie de
Tamerlan jusqu'à sa mort, et Dieu sait avec quel souci de l'exac-
titude! Ces erreurs du reste ne sont aujourd'hui d'aucune consé-
quence, l'édition étant très rare. C'est donc aux manuscrits,
inutilisés d'ailleurs, qu'il eût fallu s'en tenir jusqu'à présent pour
avoir un texte correct.
Sans chercher à justifier l'édition que je vais donner de ce texte,
je citerai sur la même matière, après l'excellent livre de M. Cor-
dier\ les ouvrages de deux chrétiens contemporains dont les
témoignages sur Tamerlan ont un intérêt particulier. En première
ligne vient le récit de l'ambassade dont Henri III, roi de CastiUe,
chargea, en mai 1 403, Ruy Gonçalez de Glavijo auprès de Tamer-
lan à Samarcande^; en second lieu, il faut signaler la curieuse
relation d'un Bavarois fait prisonnier par les Turcs à Nicopolis^,
et qui, s'il ne connut pas personnellement Tamerlan, du moins
put être fort exactement renseigné sur son compte. En tout cas,
blant de tirer celle part, il interrogoit si en ladicte cité avoit beaucoup d'or
et d'argent. Et, se il sçavoit qu'il y en eust beaucoup, il envoyoit des raar-
chans devant portans fines peaulx et pennes et aultres précieuses marchan-
dises qu'on ne peult musser en terre qu'il leur livroit et leur disoit qu'ilz en
fissent très bon marché. Car il pensoit que, quant il auroit l'or et l'argent qu'on
pouvoit musser en terre, il recouvreroit facillement ces peaulx en prenant la
ville. Et aussi advenoit. Car, quant les marchans avoient vendu ses marchan-
dises qu'il leur avoit baillées et qu'ilz luy avoyent baillé tout l'or et l'argent
qu'on leurs avoit baillé pour lesdictes marchandises, il alloit subiltement assail-
lir ladicte cité et la prenoit et pilloit. Et ainsi il avoit tout l'or et l'argent, si
avoil toutes ces aultres marchandises. Les principaulx adversaires que Tam-
burlan avoit en Orient... » (fol. lxviii v°, 1" col.).
1. Collection de l'École des langues orientales vivantes ; Bibliotheca Sinica,
t. II. Cf., dans le Recueil des Mémoires de la Société de géographie, t. IV,
p. 399, la Notice sur les anciens voyages de Tartarie, en général, et sur celui
de Jean du Plan de Carpin en particulier, par M. d'Avezac, laquelle contient
une bibliographie très complète. M. d'Avezac cite bien l'œuvre d'un archevêque
de Suitanieh, mais c'est au livre écrit par Jean de Cora, à la requête de
Jean XXH, qu'il fait allusion.
2. lUsloria del gran Tamerlan, Bibliothèque nationale, départ, des impri-
més, O^q 36. — Cheref-Eddin mentionne clairement, sans la nommer, l'ambas-
sade du roi de Castille auprès de Tamerlan en 140i et les présents, particu-
lièrement les tapisseries, qu'elle lui apporta (trad. Petis de la Croix, t. IV,
p. 178).
3. Reisen des Johannes Schiltperger aus Miinchen in Europa, Asia und
Afrika von 1394 bis 1427, herausgegcben von Karl Friedrich Neumann. Miin-
chen, 1859 (Bibl. nat., départ, des imprimés, G 28948).
MÉMOIRE SUR TAMERLAN ET SA COUR. 437
les détails qu'il donne, notamment sur la campagne de Tamer-
lan contre Bajazet, sont intéressants.
Mais ces deux auteurs n'ont rien transmis d'analogue à l'opus-
cule de l'archevêque de Sultanieh; celui-ci laisse à plusieurs
reprises percer son désir de faire une sorte de livret utile à ceux
qui voudraient préparer une caravane commerciale auprès de
Tamerlan ; car l'intérêt mercantile est certainement l'un des
principaux aux yeux du prélat ; d'abord il était la raison de sa
mission, et puis il y voyait sans doute un moyen pour les mis-
sionnaires de pénétrer plus aisément dans ces régions peu con-
nues de l'Occident. Ceci me ramène à son ambassade et à ce qui
concerne sa personne.
Silvestre de Sacy a longuement et rigoureusement discuté
toutes les questions que soulève l'identité de Jean, archevêque
de Sultanieh*; il est arrivé à cette conclusion que ce person-
nage avait réellement existé dans cette dignité et que c'était bien
lui que Tamerlan avait envoyé en Europe pour nouer des rela-
tions commerciales avec Venise, Gênes et la France, et le fait a
été démontré par lui de façon qu'il n'y a plus à y revenir. Qu'il
appartînt à l'ordre des Frères Prêcheurs, c'est ce qui est établi
par le témoignage concordant des chroniques et des textes ecclé-
siastiques ; mais Silvestre de Sacy n'avait pu déterminer à queUe
nation il appartenait : la chronique qui nous fournit le plus de
renseignements sur son compte, et dont j'ai reproduit plus haut la
relation, le dit Italien.
Rien n'est plus vraisemblable : le premier archevêque catho-
lique de Sultanieh fut un certain Francus de Perusino, et ce
nom indique assez son origine italienne ; j'ajouterai que le siège
de Sultanieh paraît avoir été réservé aux religieux de l'ordre de
Saint-Dominique.
Quant à la mission de l'archevêque Jean, Silvestre de Sacy,
après l'étude diplomatique de la lettre de Tamerlan, document
dont il admet sans hésitation l'authenticité, a relevé ce fait
que le conquérant tartare avait une assez faible idée du roi de
France; puis il a montré que la traduction faite en 1403 de la
lettre du Mongol, traduction présentée à Charles VI sans doute
1. Jean fut promu de l'évéché de Nakhschiwan au siège de Sultanieh eu
1398. Il avait eu parmi ses prédécesseurs à ce dernier archevêché Jean de
Cora, mort vers 1346, qui, sur la demande de Jean XXII, avait écrit une rela-
tion de ce qu'il avait vu en Chine.
il
438 MÉMOIRE SUR TAMERLAN ET SA COUR.
par l'archevêque même, avait prodigué au roi de France des
marques de considération qui ne se trouvaient pas dans l'original
et avait ajouté des détails qu'on n'y rencontrait pas.
Silvestre de Sacy n'a pas examiné avec moins de soin la date
de la lettre de Tamerlan, qui est du l'^'' de moharrem 805 de
l'hégire, soit l'^'août 1402; ce qui l'a amené à rechercher la date
précise de la bataille d'Ancyre, puisqu'il importe de savoir si la
victoire avait été remportée au moment où Tamerlan faisait
écrire sa lettre à Charles VI. Les chroniqueurs français ne nous
disent rien de précis sur cette date; Marino Sanudo, dans ses
Vite de' duchi de Venezia^, cite un témoignage très catégo-
rique qui la fixe au 28 juillet 1402. Chez les historiens byzantins,
on trouve davantage : l'un, Leunclavius, dit que la bataille fut
livrée un vendredi; un autre, Phrantzès, affirme que ce fut le
28 juillet de l'an 6190 (ou 1402); et, l'année 1402 ayant pour
lettre dominicale A, le 28 juillet tombe précisément un ven-
dredi, coïncidence qui ne paraît pas avoir suffisamment frappé
Silvestre de Sacy. Les Orientaux citent des dates difierentes.
L'historien arabe de Tamerlan, Ahmed-ben-Arabschah, donne
bien une date correspondant au 28 juillet 1402, mais dit par
erreur que cette date tombe un mercredi. Scheref-Eddin propose
une date correspondant au 20 juillet 1402, mais donne le nom du
jour, un vendredi. Or, quel que soit celui des deux auteurs dont
on suive l'opinion, le quantième ou le nom du jour est inexact :
le 28 juillet 1402 tomba un vendredi et non un mercredi, et le
20 juillet 1402 un jeudi et non pas un vendredi.
Silvestre de Sacy avoue que, malgré les contradictions de ces
témoignages, on pourrait fixer avec vraisemblance la date de la
bataille d'Ancyre au vendredi 28 juillet 1402. Mais diverses con-
sidérations de chronologie musulmane l'ont fait hésiter et finale-
ment l'ont décidé en faveur du vendredi 21 juillet 1402. Ses rai-
sons, malgré son autorité, ne paraissent pas décisives, et il ne
semble pas bon de rejeter ainsi une date sur laquelle s'accordent
des annalistes occidentaux, grecs et orientaux. Bien mieux, la
date du vendredi 28 juillet 1402 est confirmée par un nouveau
témoignage; l'archevêque de Sultanieh, racontant dans son
opuscule la bataiUe d'Ancyre, en fixe le jour ainsi : « à un ven-
dredi xxviij* jour juillet. »
1. Miiratori, lierum italicarum scriptores, t. XXII, col, 795.
MÉMOIRE SDR TAMERLAN ET SA COUR, 439
Ce dernier témoignage paraît devoir emporter la balance en
faveur de la date repoussée, avec quelque scrupule d'ailleurs, par
Silvestre de Sacy^
Or, la lettre de Tamerlan à Charles VI portant une date cor-
respondant au 1" août 1402, il est étonnant qu'au lieu de parler
de la victoire d'Ancyre, Tamerlan se soit borné à faire écrire à
Cliarles VI en visant l'archevêque Jean : « Vobis exponet qu^-
cumque evenerunt, » suivant la traduction de Silvestre de Sacy.
Mais je ne vois pas que, pour expliquer cette difficulté, il soit
nécessaire d'imaginer avec Silvestre de Sacy que la lettre de
Tamerlan ait été antidatée. Voici comment on pourrait résoudre
ce problème. Une distance de 360 kilomètres au minimum sépare
en ligne droite Ancyre ou Engurieh de Sivas ou Sébaste, loca-
lité d'où le traducteur de la missive de Tamerlan a daté cette
lettre ; donc il est impossible, le fait n'a pas besoin d'être plus
amplement démontré, que Tamerlan ait pu se trouver à Sébaste
quatre jours après sa victoire d'Ancyre. Comme, d'autre part,
il est douteux que l'archevêque se soit trompé sur le nom du
lieu où la lettre lui fut remise, il faut admettre qu'elle lui fut
délivrée le l^"" août à Sivas, où sans doute était restée ce que j'appel-
lerai la chancellerie de Tamerlan 2, pendant que celui-ci poussait
jusqu'à Ancyre au-devant de Bajazet. On comprend ainsi que le
secrétaire chargé de la rédaction de la lettre n'ait pu parler de
la bataille d'Ancyre et se soit borné à écrire : « Vobis exponet
qusecumque evenerunt, » l'archevêque se chargeant de suppléer,
dans une traduction que sans doute bien peu de gens pouvaient
contrôler, au silence et au défaut de renseignements du scribe.
C'est évidemment dans sa route vers l'Occident que l'arche-
vêque de Sultanieh apprit les détails qu'il inséra avec discré-
tion dans l'étrange traduction qu'il fît de la lettre de Tamerlan,
et avec plus de développements dans son mémoire. Il recueillit
en ejQfet un récit de la bataille d'Ancyre et la nouvelle du traite-
ment honorable que subissait Bajazet au cours de sa captivité ;
mais il s'étend peu sur les faits qui suivirent la victoire, parle
1. Cf. E. de Murait, Essai de chronographie byzantine, t. II, p. 781, qui
adopte la date du vendredi 28 juillet 1402.
2. Tamerlan avait autour de lui des secrétaires d'État, debirs, et des secré-
taires ordinaires, munchis (Cheref-Eddin, Histoire de Tinmr Bec, trad. Petis
de la Croix, t. I, p. 436). Le plus célèbre d'entre eux était Moulana Cheik
Mehenimed.
440 MÉMOIRE SUR TAMERLAN ET SA COUR.
seulement du fils de Bajazet qui avaitéchappé au désastre, et, après
avoir dit que Tamerlan le faisait poursuivre, il ajoute : « Qui
s'ensuivra Dieu le sache. » Il n'est guère surprenant qu'il ignore
les événements postérieurs à la seconde moitié de l'année 1402,
puisqu'il faut admettre qu'il quitta l'Orient vers la fin de 1402.
Quelle était maintenant l'importance et la portée de l'ambas-
sade dont était chargé l'archevêque de Sultanieh? J'ai dit que
Silvestre de Sacy avait fait remarquer que Tamerlan ne mani-
festait pas dans les formules de sa lettre une considération très
grande pour Charles VI. Il fait allusion cependant à une lettre
que, de son côté, il avait reçue de ce prince par les mains d'un
Dominicain. Des relations par la voie des missionnaires ont donc
existé antérieurement au mois d'août 1403; est-ce Charles VI
qui les avait provoquées? est-ce au contraire Tamerlan? J'incli-
nerais assez à supposer que Charles VI, mis au courant des bou-
leversements causés en Asie par le conquérant mongol, s'était
avisé que tous deux ils avaient des intérêts communs contre les
Turcs, et, en prévision d'un conflit presque inévitable entre les
Tartares et les Turcs, il avait cherché à entrer en relations avec
celui qui ne pouvait manquer d'être le plus acharné ennemi des
vainqueurs de Nicopolis.
La lettre de Tamerlan serait donc une réponse ; elle est très
froide et contraste avec les égards que le Mongol témoigna à
Henri III, roi de Castille, en lui envoyant un seigneur que Ruy
Gonçalez de Clavijo appelle « Mahomat Aleagi, » chargé de lui
porter des présents; il est vrai que, lors de la bataille d'Ancyre,
Tamerlan avait auprès de lui deux ambassadeurs castillans, Paye
de Soto-Mayor et Hernan Sanchez de Paraçuelos, et il est natu-
rel qu'il ait témoigné plus d'égards à un prince moins puissant
sans doute que le roi de France, mais dont les relations avec lui
étaient assez étroites.
Je serais assez porté à admettre avec Silvestre de Sacy que
l'archevêque de Sultanieh sollicita sa mission, et que c'est à sa
prière que Tamerlan le chargea d'une lettre pour Charles VI,
lettre à laquelle le conquérant attachait sans doute peu d'im-
portance et qu'il fit écrire en même temps qu'une lettre circu-
laire' demandant en bloc à tous les princes européens la liberté
pour ses sujets de commercer en Occident.
1. L'archevêque de Sullanieli ne fit sans doute que montrer cette seconde
MÉMOIRE SOR TAMERLAN ET SA CODR. 444
Ainsi, il semble que c'est moins une ambassade que Tamerlan
envoya à Charles VI qu'une sorte de mission dont se chargea
spontanément l'archevêque de Sultanieh. Convaincu de rutihté
qu'il y aurait au point de vue chrétien à établir des relations
commerciales suivies entre l'Orient et l'Occident pour facihter
aux missionnaires l'accès de l'empire mongol, le prélat, désireux
d'être revêtu d'un caractère presque officiel qui ajouterait de
l'autorité à ses propositions, obtint des lettres où Tamerlan et le
Mirza Miranschah offraient d'organiser, à charge de réciprocité,
la protection des négociants occidentaux en Orient. Cette inter-
prétation diminue évidemment l'éclat de l'ambassade, mais est
peut-être plus conforme à la vérité. Elle explique fort bien que
l'archevêque ait désiré laisser à ceux qu'il voyait à Paris un opus-
cule où il relatait les particularités de la vie de Tamerlan jusqu'à
la fin de l'année 1402, en y ajoutant un court relevé des produits
d'Occident qui avaient le plus de chances d'être accueillis avec
faveur auprès du Mongol.
C'est cette notice que j'imprime ici : sa date et la quahté de
son auteur sont la garantie de son exactitude.
H. MOR AN VILLE.
I. Cy commence la dominacion Ternir Bey'^.
Ce seigneur icy si fut au commencement de petite condicion et de
petite renommée^, ne il n'avoit pas dessoubz soy dix hommes, com-
bien qu'il soit de commune bonne ligniée. Or, est il ainsi que en sa
jeunesse, par sa sagesse et sciense malicieuse, il ot avecques soy sept
autres jeunes et commença à venir en prospérité par manière tyran-
nique, c'est assavoir par larrecins^, comme en robant et pillant
lettre à Paris, puisqu'elle s'adressait aux souverains d'Occident en général et
qu'il en avait besoin pour être accrédité auprès d'eux. Elle était écrite au nom
du Mirza Miranschah, flls de Tamerlan, et le Trésor des chartes en conserve
la traduction, qui, sans doute, est aussi peu exacte que celle de la missive de
Tamerlan.
1. C'est cette orthographe qui a été employée par le traducteur de 1403, qui
interpréta Toriginal de la lettre adressée à Charles VI et qui fut sans doute
l'archevêque de Sultanieh lui-même (cf. Silvestre de Sacy, op. cit., p. 474).
2. Ruy Gonçalez de Clavijo écrit que Tamerlan était de bonne famille, mais
de peut état, comme il est dit ici, n'ayant guère autour de lui que qualre ou
cinq cavaliers.
3. Ahmed-Ben-Arabschah (trad. de P. Valtier, p. 6) donne la même origine
à la fortune de Tamerlan.
442 MEMOIRE SUR TAMERLAN ET SA COUR.
bestes et autres choses, par quoy il se multiplia tant qu'il ot avec
soy quarante corapaignons, et ainssi cloresenavant il commença à
rober et pillier chevaulx^ bestes, chasteaulx et terres et par ceste
manière il se augmenta très fort en compaignie, en tant qu'il prist
par force le chastel de Refuge 2, ouquel il mettoit toutes ses proies et
ses roberies-, et ainsi chascunjour il augmentoit et croissoit en chas-
teaulx, villes et terres^.
Volant cestui Temir Bey que le grant empereur de Tartarie estoit
indigné contre lui pour cause de ses larrecins, il s'en ala droit à
l'empereur de Gathay, lequel estoit crestien delà sainture'' et qui estoit
adversaire et ennemy de l'empereur de Tartarie. Si fist tant Ternir
Bey à cest empereur crestien qu'il ot de lui grant puissance de gens ;
par quoy il conquist moult de terres sur ledit empereur de Tartarie :
et par especial il conquist et gaigna la cité de Semercant"^, qui est es
1. Au lieu de chevaux, la traduction latine de la Chronographia regum Fran-
coruin mentionne « camelos. »
2. Sur ce nom, voir Ahmed- Ben-Arabschati {l'Histoire du grand Tamerlan,
trad. de P. Vattier).
3. On retrouve une version analogue dans la relation de Ruy Gonçalez de
Clavijo,
4. Ruy Gonçalez de Clavijo dit aussi que les ambassadeurs de Cathai ou de
Chine étaient chrétiens à leur manière. Du Cange cite au mot Christiani de
cinctura l'extrait suivant : « In ista autem Babylonia habitant multa millia
Saracenorum... et raultitudo Christianorum, qui dicuntur ccnlurini, vel de cin-
tura, quia cingulum portant latum et vestimenlum, per quod recognoscuntur ab
aliis. » L'un des prédécesseurs de l'archevêque Jean, qui s'appelait Jean de
Cora, et qui a laissé une relation de « Testât et de la gouvernance du grant
kaan de Cathay, » c'est-à-dire de Chine, raconte que « en laditte cité de Cam-
balcch (ou Pékin) a une manière de Crestiens scismas que on dist Nestorius :
ilz tiennent la manière et la guise des Grieux et point ne sont obéissant à la
Sainte Eglise de Romme... Ces Nestorins sont plus de trente mille dcmourans
oudit empire de Cathay... Ilz ont dudit empereur pluseurs offices et de lui ont
ilz grandes procuracions. » Il y avait, au milieu du xiv* siècle, un archevêque
catholique ;\ Pékin; il appartenait à l'ordre des Frères mineurs. Suivant Ber-
geron (Voyages faits principalement en Asie dans les Xll", XI 11', XI V et
XV' siècles, t. II, p. 68), « les Maronites ou Chrétiens de la ceinture (à cause
qu'ils la |)orlent fort grande) suivent l'erreur des Monothélites. » D'autres sou-
tiennent que les Maronites n'étaient jamais tombés dans aucune hérésie, et en
particulier Louis de Rochechouart, dont le si curieux Journal de voyage à
Jérusalem vient d'être publié par mon confrère M. C. Couderc (Revue de
l'Orient latin, t. I, p. 89).
5. Samarcande tomba aux mains de Tamerlan en 1363, à la suite de la vic-
toire de Caba Milan remportée par Tamerlan et son beau-frère Hussein sur
Elias Coja, (ils de Togluc Timur, récemment mort (Histoire de Timur Bec de
Cheref-Eddin, trad. Petis de la Croix, t. 1, p. 71 à 75).
MÉMOIRE SUR TAMERLAN ET SA COUR. 443
parties d'Orient, et estoit dudit empereur de Tartarie. Et adoncques
il renvoya les gens dudit empereur crestien.
Voiant cecy, l'empereur des Tartres, qui estoit ainsi assailli et des-
toblé par ce Ternir Bey, il assamjjla très grant force de gens pour
aler contre son adversaire Ternir Bey et luy envoya ambaxiateurs
pour lui dire ou que il se appareillast de recevoir la bataille ou qu'il
obeist audit empereur de Tartarie; et se il vouloit obéir à lui que il
le feroit très grant maistre.
Quant Ternir Bey vit les ambaxiateurs venir devers soy, il com-
mença à soy mettre par très grant malice sur son lit et contrefit le
malade, pour ce qu'il doubtoit la puissance dudit empereur : si se
commença à pourpenser comment il pourroit décevoir son adversaire
et ses ambaxiateurs. Et, quant il ot bien pensé, il se fist apporter du
sang d'un sanglier et le but; et, tantost qu'il ot beu le sang', il fist
bastivement appeller les ambaxiateurs devant lui, pour dire leur
ambaxiaterie pour quoy ilz estoient venus. Et adoncques, tantost que
les ambaxiateurs si furent entrez dedens sa chambre, il se fist basti-
vement apporter un bacin et en la présence desdiz ambaxiateurs il
commença à vomir le sang qu'il avoit beu; dont ilz cuiderentque se
feust son propre sang. Pour quoy il leur fut advis que jamais il n'en
devoit eschapper et que de fait il estoit mort sans nul remède. Si fu
adoncques dit aux ambaxiateurs qu'ilz s'en povoient seurement retour-
ner et qu'ilz veoyent bien que Temir Bey estoit mort.
Quant Tempereur otceoy, si fut moult liez et joyeux etrenvoia ses
gens et leurs femmes et leurs enfans, et demoura ledit empereur
avecques petit de gens et s'en ala ebatre et ses femmes et ses enfans
avecques lui. Et, quant Temir Bey vit que les ambaxiateurs s'en
estoient alez, il se leva soudainement de son lit et, avecques toute
sa puissance, il poursuy ledit empereur, lequel Temir Bey trouva
avec ses femmes et ses enfans en esbat, comme dit est et avecques
petit de gens^. Temir Bey haussa l'espée et occist Fempereur et prist
l'une de ses femmes, laquelle estoit de la ligniée dudit empereur, et
la prist à femme pour soy, et toutes les filles dudit empereur il les
1. 11 y a quelque chose devrai dans cette histoire : Tamerlan, neveu d'Hadgi
lîerlas, convaincu que son oncle machinait contre lui un complot avec un autre
allié de Tamerlan, Bayazid Gelaïr, et en ayant acquis la certitude un jour
qu'il était avec eux, sortit aussitôt, feignant d'être pris d'un saignement de nez
(Cheref-Eddin, Histoire de Timur Bec, trad. Petis de la Croix, t. I, p. 39).
2. Ahmed-Ben-Arabschach, l'Histoire du grand Tamerlan, trad. P. Vattier,
p. 15.
444 MÉMOIRE SUE TAMERLAN ET SA COUR.
maria à ses filz; et les filz maies, il les fist mourir, excepté un qu'il
retint avecques lui, lequel estoit nommé Soltamacuch', dessoubz
lequel nom Temir Bey se domine et règne. Et, par ceste manière, il
print toute l'empire de Tartarie. Quant ces choses icy furent faittes,
il y a bien xl ans ou plus; et après il a prins moult de provinces
vers Oriant, dont l'une est appellée Syraenana, et pluseurs autres, si
comme il sera dit après.
II. De Vinterpretacion du nom d'iceUuy.
C'est doncques le nom de ce seigneur Tartre, et est appelle Temir
Bey; si est son nom ainsi interprété et exposé : Temir Bey est propre
nom et est dit de temir qui vault autant à dire comme /er, et bey^ qui
vault autant à dire comme seigneur, aussi comme se l'en disoit sei-
gneur de fer-. Les autres l'appellent Tamurlan, et si est dit de
tamîr^ qui vault autant à dire en françois boiteux^; et cecy est en
son opprobre. Et ceste interpretacion si est Tartarisque et de Perse.
Et aussi en Perse ilz V SippeWeni Miritabam^ qui vault à dire 5e/j/»,eMr,
et Calan'*, qui vault à dire chief comme chief et seigneur des sei-
gneurs.
III. Du filtre de Temir Bey.
Temir Geracan'* Sosmus^, Temir, c'est-à-dire /?/s ou hoird'empe-
1. C'est Sultan Mahmoud Khan, fils de Siorgatmich Khan. Mahmoud Khan
lui-même mourut à la lin de l'année 1402, après le départ de l'archevêque de
Sultanieh, qui ignorait cet événement. Cet empereur de Tartarie, comme l'ap-
pelle notre auteur, était empereur titulaire de Zagataï.
2. C'est la même interprétation qu'a adoptée Ruy Gonçalez de Clavijo. Cf.
Silvestre de Sacy, op. cit., p. 475.
3. Ahmed-Ben-Arabschah, l'Histoire du grand Tamerlan, trad. de P. Vat-
tier, p. 3. Bergeron {Voyages faits principalement en Asie dans les XII%
XUI% XIV et XV' siècles, t. II, p. 82) dit qu'on l'appelait Temircutlu, c'est-à-
dire fer heureux, et Demirlang, c'est-à-dire boiteux.
4. Caran, ou plutôt Saheb Kiran, c'est-à-dire maître de la conjonction [favo-
rable des planètes]. Il obtint ce titre soit après la prise de Samarcande (Che-
ref-Eddin, Histoire de Timur Bec, trad. Petis de la Croix, t. I, p. 79), soit
après la mort de Hussein, son beau-frère, en 1369 [Ibid., p. 203).
5. Ou plutôt Courcan ; Abmed-Ben-Arabschah explique qu'en raison d'alliances
qu'il conclut avec des lilles des rois qu'il épousa, on ajouta aux titres de Tamer-
lan celui de Courcan, qui, en mongol, signifie gendre (l'Histoire du grand
Tamerlan, trad. de P. Vattier, p. 7).
6. Ou Sosumus, comme il est écrit dans la traduction de la lettre à Char-
les VI. Ce mol, que Silvestre de Sacy aurait renoncé à interpréter s'il n'avait
trouvé dans les voyages de Chardin la clef de cette difficulté, doit être lu
MÉMOIRE SUR TAMERLAN ET SA COUR. 445
reur*, et Sostnus vault à dire parole en nostre mandement; ne il ne se
nomme ne roy, ne empereur, ne autre seigneur. Et tout quanqu'il
commande et mande, il mande soubz le nom d'empereurs et le visite
une foiz l'an en lui faisant honneur; et puis, après ceste honneur,
il tient petit de conte dudit empereur, fors qu'il le fait tenir en sa
court en honnorable estât. Toutesfoys Ternir Bey si fait toutes ses
choses sans le sceu de l'empereur.
IIII. De son lignage.
En sa lignée il est Tartre de la partie d'Orient, et leur nacion si est
appellée locate^, et, selon aucuns, des parties de par delà sont où
furent les troiz roys qui vindrent aourer Nostre Seigneur Jhesu Grist ;
et est vers les parties de Inde oultre Perse et est une province appellée
Corasin-* et une autre province appellée Medie^ oultre les autres, et
oultre la cité de Suciz^, qui est plus loing que toutes les autres et
est en Perse, loingtaine de la cité de Seraercant, qui est la propre
cité de Temir Bey, par cent journées, et est oultre le fleuve de Gyon^.
V. De la lignie et des noms de ses filz.
Temir Bey si a heu plusieurs filz, et maintenant il n'en a que deux,
dont le greigneur si est appelle Miranza^ et est en l'aage de xl ans et
plus; le plus jeune est appelle Sonharii^ et en l'aage de xxii ans ou
environ. Le nom du premier si est interprété mir^ qui vault à dire
seuzumu::, et traduit noire parole, ce qui est très exactement la traduction
qu'en donne l'archevêque de Suitanieh.
1. C'est Geracan qu'il faut lire au lieu de Temir.
2. « Et tient avec lui ledit empereur » (Bibl. nat., franc. 5624).
3. Djagataï, ou encore Tchagatai, du nom d'un fils de Tchinguiz Khan.
4. Chorasan.
5. Aderbeidschan.
6. Suse, l'ancienne ville des Perses, dont il ne reste que les ruines, dans le
Chusistan.
7. C'est l'Amou-Daria.
8. Le Mirza Miranschah était né en 1367, d'après Cheref-Eddin, qui lui donne
quatorze ans en 1380 {Histoire de Timur Bec, trad. Petis de la Croix, t. I,
p. 312). En 1402, il avait donc quarante-cinq ans. On comprend les éloges que
lui décerne l'archevêque de Sullanieh, puisque le Mirza Miranschah lui avait
confié une lettre.
9. Sans doute Scharok, qui, fils de la première femme de Taraerlan, naquit
en 1377 et avait, en 1402, l'âge de vingt-cinq ans {Ibid., p. 290). La version
latine de la Chronographia regum Francorum écrit ce nom ainsi : Wharii ou
Whalrii.
446 MÉMOIRE SDR TAMERLAN ET SA CODE.
seigneur^ et za, qui vault à dire roij; c'est-à-dire seigneur roy. Le
nom du second si est Soniiarii, qui vault à dire en françois face de
roy. Le greigneur filz si est moult grant, libéral, bon, et est comme
tout christien et est amé de tous sens nulle differance en la court de
son père; et si cuide l'en qu'il doie seigneurir et dominer après son
père. Gestui si ayme très parfaittement les Ghristiens et Frans, c'est
assavoir tous les Latins; cestui cy est l'autre Alixandre\ et a cestui
filz un autres filz et irii femmes : la plus amée si est du sang de Fem-
pereur et est appellée Gonzada^ et fu femme de son frère ainsné,
lequel est mort. Et chascun de ses filz si maine grant estât, c'est
assavoir de xx à xxx mille hommes, et tient très grant court, par
especial le greigneur, lequel est appelé Abaciemeza^ qui vault à dire
cellui qui est né de par Dieu; et est ledit filz très expers en armes;
l'autre des riii filz est appelle Omarisa ^ et est lieutenant de Temir
Bey : combien qu'il tiengne très grant court, toutesfoiz il n'est pas
saige, mais il est de vile condicion et malvaise-, et cestui cy a ii filz
petis; et toutesfoiz il tient très grant païz.
VL Du nombre de ses nepveux.
Temir Bey sy a lx et x nepveux et plus, dont le premier si fu filz
de son frère ayné, et est de par la mère du sang de l'empereur et
lient grant court, aussi comme le second seigneur, et a constitué en
pluseurs parties et contrées plusieurs seigneurs qui tiennent de lui
et sont avecques lui; et est appelle Mamuzatain^.
VIL Des femmes Temir Bey.
Temir Bey si a quatre femmes espousées légitimez et pluseurs
concubines. La greigneur femme si est fille d'empereur qui est
appelle Garon", et sa delectacion si est d'estre tousjours entre les
1. Cette comparaison avec Alexandre se trouve chez Cheref-Eddin appliquée
à Tamerlan {Histoire de Timur Bec, trad. Pelis de la Croix, t. II, p. 427).
2. Canzadé ou plutôt Sevin Beï, nièce d'Ysouf So(i, princesse du Carezem,
avait épousé auparavant le Mirza Gehanghir. Après la mort de celui-ci, elle
épousa son frère le Mirza Miranscliah.
3. Peut-être le Mirza Aboubecrc, (ils aîné du Mirza Miranschah.
4. Sans doute le Mirza Omar, âgé de vingt-deux ans en 1405.
5. Ne faul-il pas reconnaître dans ce nom celui du Mirza Sultan Hussein, (ils
de la lille de Tamerlan (Cheref-Eddin, Uisloire de Timur Bec, trad. Petis de
la Croix, t. IV, p. 303), et auquel les ambassadeurs castillans furent présentés,
suivant Ruy Gonçalcz de Ciavijo ?
6. Sans doute Serai Mule Canum, lille de Cazan Sultan Khan, dont il s'em-
MÉMOIRE SDR TAMERLAN ET SA CODR. 447
femmes et n'a point de delectacion es hommes ; et par force de medi-
cines, où il despent chascun jour mile ducas, souvenlefoiz il a com-
paignie de femmes.
VIII. Comment Temir Berj commença à seigneurir au premier.
En sa jeunesse, il fut d'assez commune generacion, toutesfoiz
estoit il tousjours saiges et malicieux et s'il tenoit tousjours com-
paignie aux plus vaillens jeunes, si comme il tesmoigne tousjours es
loenges qu'il fait à Dieu, disant que, toutes choses qu'il fait, il les
fait à la loenge et du mandement de Dieu et dist qu'il est filz d'une
mère de ville condicion et qu'il est foible et povre et dit que quan-
qu'il a et il fait, qu'il a de par Dieu et que Dieu lui a donné et il le rent
à Dieu. Et dit que Dieu lui révèle toutes choses par Fange.
Ne il ne se nomme ne roy ne empereur, comme dit est, mais de
présent il est très grant seigneur et puissant, car oncques mais l'en
ne trouva ne vit on si très grant ne son pareil en Oriant comme il
est et a esté depuis qu'il print la cité de Semercant et l'empire de
Tartarie : car il s'estent vers Oriant bien par l'espace et chemin que
l'en mettroit à cheminer continuelment en demi an. Et a prins moult
de provinces, citez, chasteaulx, terres, et mis en subjection moult
de seigneuries. Et par especial il a pris une cité qui est appellée Dilli '
es parties d'Inde, et le roy mis en subjection et depuis s'en est retourné
vers Occidant, où il a pris tout jusques en Constanti noble.
IX. Des provinces et des terres dont Temir Bey est seigneur.
Premièrement, il a de Inde jusques à Turquie autant que un
homme mettroit à aler^ l'espace d'un an ou au moins que l'en met-
troit à chevauchier continuelment en ix mois^; et a de très grandes
provinces dessoubz soy et de grans royaulmes ; et entre les autres il
a es parties et es termes de sa seigneurie :
Dilli, qui est la cité principale'*.
Symenan-', qui est province.
para lors du partage qu'il fit du harem de son beau- frère Hussein en 1379
(Cheref-Eddin, Histoire de Timur Bec, trad. Petis de la Croix, t. 1, p. 193).
Elle fut la mère de Scharok, l'un des fils de Tamerlan.
1. La prise de Dehli par Tamerlan est du 4 janvier 1399.
2. Cheminer, dans le ms. franc. 5624.
3. X mois, dans le ms. franc. 5624.
4. Dehli était en effet une ville immense.
5. Simnan, dans la direction du Masen-Derau.
448 MÉMOIRE SOa TAMEBLAN ET SA COUR.
Malastan', province, et est le pais où croissent les balaiz.
Ferinus^, province où l'en treuve marguerites précieuses et dont
viennent les espices de Inde ; et par le fleuve de Syon ilz descendent
aux autres contrées.
Organun, province qui s'appelle en Perse Gorasmos.
Gin, Machin, qui sont provinces'' où croist reubarbes, et illecques
on treuve les belles escueilles que on apporte à Gennes, et se garde
la terre de quoy on les fait xl ans, si comme l'en dit.
Bochara, province où croist l'or très convenable^.
Gorosan^, province où a xxx citez.
Media ^, très granl province.
Spahan^, province.
Giras^, province.
Ghilan^*^, cité et province, près de la mer Gaspenne ou de Bachin.
Aran^', très grant province.
Porte Ferrée ^ 2^ très grant province, et est la cité où Alixandre mina
1. Ou plutôt Badakschan, région montagneuse des sources de l'Amou-Daria.
C'est le Balasiaa de Marco Polo. D'Herbelot dit en effet que c'est là qu'on
trouve les rubis.
2. Esferain ou Elmehredgan, près de Nishapur sur l'Atrek, paraît répondre
le mieux à ce que vise noire texte. C'est à tort qu'il fait venir les épices de
l'Inde par le Sihoun ou Syr-Daria. Les mines de turquoises aux environs de
Nishapur sont célèbres.
3. Carezem, à l'orient de la mer Caspienne et au sud de la mer d'Aral ;
aujourd'hui Kharism. C'est l'Organa de Marco Polo ou bien Urgenz [Voyageurs
anciens et modernes, t. II, 231, note 3). Kharism ou Kharesm est, d'après
Arminius Vambery, le nom politique ou diplomatique de Chiva.
4. Il n'est pas probable que ce soit Caschan, au nord d'Ispahan, entre cette
ville et Téhéran. Cheref-Eddin vante ses porcelaines [Histoire de Tivmr Bec,
trad. Petis de la Croix, t. I, p. 323), qui ornaient le palais élevé par Tamer-
lan à Samarcande dans le jardin de Baghi Dilcucha [Ihid., II, p. 424). Marco
Polo rapporte que la rhubarbe pousse sur les massifs montagneux de la pro-
vince qu'il désigne sous le nom de Suctuir ou So-Ceu ; et, comme Bergeron
identifie Chim et Macim avec la Chine [Voyages faits principalement en Asie
dans les XI1% Xni% XI V" et XV' siècles, t. II, p. 85), il faut en conclure
que le marché européen des porcelaines de Chine était à Gènes,
5. Ruchara.
6. Chorasan.
7. Ou Aderbeidschan, province située au nord-ouest de la Perse.
8. Ispahan. C'est à la prise de cette ville que Tamerlan fit trancher, dit-on,
70,000 lôtes.
9. Chiraz.
10. Gilan, sur les rives sud-ouest de la mer Caspienne.
11. Arran, au sud de la Géorgie et au bord de la Caspienne, au nord de Gilan.
12. Près de Derbcnt, sur la rive occidentale de la mer Caspienne, au nord de
MÉMOIRE SUR TAMERLAN ET SA COUR. 449
la mer jusquesà la montaigne qui est appellée Gaucasi. En ses mon-
tagnes y a moult de gens de diverses langues, desquelles Temir Bey
en a prises aucunes; et entre les autres on dit qu'il en y ot aucunes
gens encloses et enfermées dedens, qui s'appellent Gog et Magog'.
Géorgie, royaulme et très grant province.
Arménie la Grant, où est la montaigne où l'arche Noël est^.
Gurdistan^, très grant province.
Caldée, province.
Astrie-*, province.
Rum^, province.
Turquie, province^.
Et aussi plusieurs autres provinces et cités qui sont en sa seigneu-
rie encores cent mile, lesquelles ne se nomment pas pour cause de
briefté.
X. De la magnificence et puissance Temir Bey.
Briefment en quelconques lieu qu'il a esté, il a combatu et vaincu
et par especial le grant empereur de Tartarie, et moult de roys et de
princes; ne nulle cité ne chastel n'ont peu résister contre lui; il a
Baku. La Porte-de-Fer mentionnée par Marco Polo est appelée par les Arabes
Bab-al-Abuab et par les Turcs Demir Capou. On l'appelle communément Pas
de Derbent. Cette muraille, que, suivant Bruce, les indigènes croient avoir été
bâtie par Alexandre pour protéger la Perse contre les attaques des Scythes,
fut détruite par Tamerlan. Les ruines de ce mur s'appellent Kizil-Alan. Armi-
nius Vambery raconte qu'on trouve encore dans le voisinage de Gurausch-Tepe
un certain nombre de belles briques carrées qui, suivant lui, proviennent des
fortifications élevées par Alexandre.
1. C'est là un souvenir de la Bible qui ici ne répond à rien. D'après Marco
Polo, Gogo et Magogo seraient en Chine, et Sacy a pensé que le rempart de
Gog était la muraille de la Chine. Mais notre auteur, avec les Arabes et les
Persans, désigne sous ces noms les habitants des régions montagneuses situées
au nord-ouest de la mer Caspienne.
2. Le mont Ararat, au sommet duquel, suivant Marco Polo, les habitants du
pays croyaient distinguer au milieu des neiges les restes de l'arche de Noé.
3. Kurdistan.
4. Ou Assyrie.
5. C'est la partie de la Turquie d'Asie qui borde les détroits.
6. A cette énumération, la version latine de la Chronographia regum Frari'
corum ajoute : « Mesopotamia..., Turquia quippe provincia est que olim Capa-
docia dicta est, et non solum Capadocia sed et Ysauria, Asia Minor et Bithinia
et plures alie provincie modo in ejus nomen transierunt et Turquia vulgaritcr
moderno lempore dicte sunt, » Je suis porté à croire que tout ceci est une
interpolation de l'auteur de la Chronographia.
4894 29
450 MÉMOIRE SDR TAMERLAIV ET SA COUR.
prins moult de citez et de chasteaulx sans nombre et si a captivé et
a prins infinis peuples et destruit villes, cités, chasteaulx ; et si a eu
victoire de moult de batailles, et encores de présent il a prins le
Grant Turc et Turquie et la tient; et a avecques soy plusieurs roys
et enfans de princes et de grans seigneurs.
XI. Du grant ost Ternir Beij et du nombre de ses gens.
On dit en beaucoup de manières, toutesfoiz delermineement on ne
le scet : aucuns si dient qu'il a en sa compaignie x cens mille hommes
ou au moins vrir cens mille chevaulx ; et quant est des chamelz et
autres bestes, il n'y a point de nombre. Il a aussi xl elephans^ pour
combatre, sur lesquelx les gens se combatent; et a avecques lui
princes et hommes bellicieux et armereux et chevalereux, qui vont
tousjours armez de bacinez et garde bras sans autres armeures, fors
leurs espées et leurs arcs qu'ilz portent en leurs mains, et en espe-
cial ses gens qui ont esté avecques lui bien xxxvi ans et qui n'en-
trèrent oncques en citez ne en logiz, maiz toujours sont logiez aux
champs.
XII. Des richesses Ternir Bey.
Nulz ne scet le nombre, ne le pois, ne la mesure qu'il prent des
citez et de toutes ses terres, et les despoille et les envoyé en sa cité
de Semercant. En semblable manière, il ly envoyé tout ce qu'il
puet lever de gabelles de toutes ses provinces; et, quant est des choses
précieuses, je le croy et si le dit on, que nul seigneur, tant soit grant,
ne tirant, ne autre, ne pourroient finer autant comme lui. Et encores
plus que tous les trésors qui sont mussiez dessoubz terre, par toutes
ses provinces, il a fait quérir et trouver et les a euz ; et, l'an qui est
passé, on dit qu'il trouva un balay qui poise cent et xvii saix, dont
les vr saix font une once de cest paiz ^.
Apres, quant il ot prins la cité de Baldach, il trouva au fons du
fleuve de Eufratc une nef où estoit tout le trésor et les joyaulx de
1. La version latine donnée par la Ckronographia regum Francorum ajoute
au nombre des éléphants le détail suivant : « xl^ elephanlibus casteliis ligneis,
bclialdiibiis gariiilis, in preiiis porlantibus. »
2. Pendant que Tainerlan était devant Bagdad, c'est-à-dire en 1401, soit ua
an avant le voyage de l'archevj^que do Sullanich, l'émir Moussa apporta à
Taraerlan, d'après Cheref-Eddin, « un morceau de rubis balai du poids de cent
vingt médicales, tiré de la mine de Bedakchan » [Vie de Timur Bec, Irad.
Pelis de la Croix, l. III, p. 367).
MÉMOIRE SUR TAMERLAN ET SA COUR, 454
tous les roys de Perse' ; et y trouva un arbre d'or très pur et très
fîn^, et avoit en ce trésor un jardin d'or où esloient pierres précieuses
de diverses couleurs et de divers noms, et y avoit perles fines sans
nombre telles que oncques on ne vit meilleurs ne les pareilles qui
feussent de si très grant valeur ne de si grant pris. Et toutes ses
choses il envoya à Semercant, où il a xvin palaiz très grans^, tous
plains de trésors, dont nui si ne pourroit soufflsamment parler.
XIII. De la bénignité Ternir Bey et sa très grant cruaulté.
Il est ainsi que quant il boit du vin il est bénigne et libéral ; mais
cecy il le fait à tart, c'est assavoir de boire vin; toutesfoiz, quant il
n'est pas cruel, si tient il justice, et pour cause de sa justice est il
escript en son seel deux foiz : « Veritas » en langaige de Perse ''. Il
est aussi avecques ses amis et ses ambaxiateurs assez bénigne et
especialement à ceulx qui viennent de loingtain pais; aux autres
qui feroient aucune chose contre lui ou qui contrediroient sa vou-
lenté il est très cruel et les fait mourir de cruelle mort et leur fait
souffrir divers tourmens; ne il ne regarde point les condicions des
personnes, ne leur dignité, ne la foy et par especial aux Sarrazins;
et, comme l'en dit, les Sarrasins si ont esté par lui destruiz bien
jusques à la quarte partie et sont mors de diverses manières.
1. Cheref-Eddia ne dit pas que, lors du premier siège de Bagdad, Tamerlan
ait découvert le trésor du sultan Ahmed Gelaïr dans le Tigre ou dans l'Euphrate ;
il raconte qu'il en trouva une partie dans le palais à Bagdad et que le reste
tomba entre ses mains avec le bagage du vaincu au bord de l'Euphrate {His-
toire de Timur Bec, trad. Petis de la Croix, t. II, p. 227 et 228). Mais il est
bien possible que, lors du second siège, en 1401, il ait trouvé le trésor dans
le Tigre, car le bateau par lequel Ferudge, le gouverneur, avait essayé de
s'enfuir, fit naufrage (Ibid., t. III, p. 370).
2. Cet arbre est probablement celui que Ruy Gonçalez de Clavijo vit chez la
première femme de Tamerlan.
3. Cheref-Eddin parle de douze jardins que Tamerlan avait hors de la ville
de Samarcande et qu'il réunit en un, auquel il donna le nom de Baghi Behich ou
jardin du Paradis {Histoire de Timur Bec, trad. Petis de la Croix, t. I, p. 298).
4. Ahmed-ben-Arabschah dit que la légende du sceau de Tamerlan porte deux
mots : Rasti, resti, qu'on peut interpréter par Veritas, salus. Cheref-Eddin con-
firme cette assertion. Sur l'empreinte du sceau appliqué sur la lettre remise à
Charles VI, Silvestre de Sacy a cru reconnaître un signe de réduplication de
l'écriture arabe; peut-être faut-il expliquer ainsi la répétition du mot veritas
que l'on trouve ici, à moins que l'archevêque de Sultanieh, trompé par la res-
semblance du mot resti avec rasti, ne l'ait pas distingué. Ruy Gonçalez de
Clavijo dit de son côté que la légende du sceau ne comportait que le mot
veritas.
452 MÉuoiaE SDK tâmerlân et sa code.
XIIII. De la vie Ternir Bey et de son estât et de tous les siens.
Sa vie et son estât si est qu'il se loge tousjours en plains champs
en tentes de fines soies; car la multitude de son peuple si est si grant
qu'ilz ne pevent habiter es citez, Toutesfoiz toutes choses qui leur
sont neccessaires on leur apporte et si achatent et vendent aussi comme
font les marchans es citez ; et en y a un très grant nombre en son
ost qui font apporter les vitailles de très loingtain païs pour vendre,
et mesmes illec ilz achètent les hommes et despoilles et toutes autres
choses; maiz une chose y a, car ilz sont vestus de très beaux draps
de soye et de fins draps de laine, combien qu'ilz sont chiers ; et en
leur chief ilz portent tiex chappeaux comme faisoit l'empereur de
Gonstantinoble^ excepté quMlz n'ont point pierres précieuses par
dessus s'ilz ne sont grans maistres ; et si portent autres chappeaux
rons fais en manière de coqullez^ de Turquie. Item ilz menguent sus
terre sans table et sans touaille et sont assez ordement. Toutesfoiz
ilz ont grant habondance de chars et de ris, et les Tartres ne menguent
gueres de pain, ne ilz ne leur en chault, mais les estrangers en pevent
bien mengier s'ilz veulent, car ilz en treuvent en habondance. Et,
quant est du vin, il est dcffendu en toute sa cour que nul si n'en
boive, fors les Ghristiens^, qui en puent boire à leur disner tant seu-
lement et non plus; car, après le disner, s'ilz ont soif, il faut qu'ilz
boivent de l'eaue ou du lait de jument, confist en telle manière qu'il
enyvre comme feroit vin. Et si ont un autre buvrage qui font de mil
et est fait comme servoise et enyvre comme feroit vin.
Il est aussi deffendu en sa court que nul ne tiengne ne sueffre
femme deshonneste, et a chascun sa femme et son estât avecques soy.
Les femmes chevauchent en la manière des hommes et si ont habis
honnestes et en chevauchant, on ne leur voit fors le nefz et les yeux ;
et si seroit grant honte aux femmes se ilz ne portoient brayes. Leurs
visaiges sont gros et Tartaresques et vivent communément comme les
autres et sont de la secte des Sarrazins.
Or Temir Bey si mengue tout seul en vaisseaux d'or et d'argent
et de ses viandes il en fait donner à ses vassaulx, ses princes, aux
&■■
1. « Et super capita sua portant capucia qucmadmodum iraperator Constan-
tinopolilanus Parisius ulliino portabat, » dit la version latine donnée par la
Chronographia regum Francorum.
2. Toquez, dans le ins. franc. 5624.
3. Ruy Gonçalez de Clavijo montre, au contraire, que toute la cour se gor-
gcait de vin.
MÉMOIRE SUR TAMERLAN ET SA COUR. 453
nobles et ambaxiateurs, et si menguent tous à terre ne nul n'est si
hardi de aler environ lui ne près de luy s'il n'est appelle. Aussi ses
filz et les barons se tirent loing de lui en grant paour si ne les
appelle, ne nul ne se siet près de luy.
XV. Comment Ternir Bey traite ceulz qu'il a pris.
Quant il veult despoillier une terre, il fait lever une baniere noyre
et va chascun à la despoille de la terre et tous les greigneurs hommes
et femmes de la terre, ilz les tourmentent de divers tourmens pour
avoir les rençons et les biens de la terre. Les petis enfans et les
femmes ilz les prennent ; les uns les vendent, les autres les tiennent
esclaves et les envoyent en leurs citez. Les autres ilz mainent
avecques eulz en grant misère et servitute tous nudz et tristes et
moult en y a qui meurent de fain et de froit. Et cecy ilz font aux
Crestiens comme aux Sarrazins, dont cecy est bien à noter.
XVL Des ordonnances des batailles Ternir Beij.
Son ordonnance si est tele que, sans parler, mais par leurs signes,
chascun scet ce qu'il demande. Il a aussi ordonné millions et cente-
naires et doyens \ et par son commandement, sur painne de la teste,
nul si ne trespace l'ordre qui lui est donnée. Gest icy a avecques soy
moult de chevalereux hommes et hardis, vaillans en armes, lesquielx
ont esténourriz de leur jeunesse avecques lui et ont accoustumez de
toujours logier aux champs sans entrer dedens les citez et che-
vauchent tousjours : ne il ne leur chault ne de froit ne de chaleur
quelconques.
Item, il est de teles condicions que en ses batailles, quant aucun
est navré par devant, il lui fait grant honneur, et cellui qui est navré
par derrière il le mesprise^. Il honneure moult les preux et les har-
diz et leur fait de grans dons. En après, en ses batailles qu'il fait
contre ses anemis, quant il voit que ses anemis sont plus fors que
lui, il se musse es vallées ne il ne suefTre que nul s'enfuie; et, quant
1. Tchinguiz-Khan avait, le premier, discipliné ses hordes tartares en les
divisant en corps de 10, de 1,000 et de 10,000 hommes; dans l'armée de Tamer-
lan, on appelait celui d'entre eux que dix hommes désignaient pour leur chef
oun-bachi; dix oun-bachi choisissaient parmi eux un euz-bachi, et dix euz-
buchi un minrj-bachi.
2. Un de ses officiers, ayant fait preuve de lâcheté dans un comhat, fut
bâlonné, comme le portait une loi de Tchinguiz-Khan, puis lié à la queue d'un
âne (Cheref-Eddin, Histoire de Timur Bec, trad. Petis de la Croix, 1. 1, p. 234).
454 MÉMOIRE SCR TAMEELAN ET SA COUR.
il voit que ses anemis ne se donnent garde de luy, adoncques il
enfondre sur eulx soudainement et leur queurt seure. Et en petit de
temps il fait grant chemin et en peu de jours et a de grans estudes
et très grans ordonnances et fait aucunesfois de grans déceptions
pour son bien. Et briefment, en quelconques lieu qu'il ait esté
jusques à présent, il a tousjours vaincu, ne nul si ne lui puet
résister.
Item ledit Ternir Bey ala en Sabastre en une grosse ville qui estoit
au Turc, entre Turquie et Arménie^; il demoura xi jours devant
ladicte ville, dont il fist faire en v jours une tour près des murs, par
laquelle il veoit par toute la ville. Et, quant ceulx de la ville virent
qu'ilz estoient pcrduz, ilz se rendirent à lui par tel part qu'il leur
promist qu'il ne leur feroit point de sang; et, tantost qu'il futdedens
la ville et ot pris toutes les richesses, il prist tous les hommes,
femmes et enfans, excepté les Grecs ^, et les fist enfouir tous vifz,
armez et vestus ainsi qu'ilz estoient, jusques au nombre de xxxvi mile
ou environ.
Et de là se parti ledit Ternir Bey et s'en ala sur la rivière d'Eu-
frate, qui est une moult grosse rivière, et là fist faire en v jours tant
de vaisseaux et de passaiges ^ qu'il passa ses gens en moins de deux
jours et dgni, qui estoient plus de million et demi'*. El, quant il fut
1. Tamerlan entra sur le territoire de Bajazet le 1" septembre 1400. Cheref-
Eddin donne sur les fortifications de Sebaste ou Sivas des détails curieux. Il
ajoute, comme notre texte, que les assiégeants élevèrent une plate-forme plus
haute que la ville {Histoire de Timur Bec, Irad. Petis de la Croix, t. III, p. 266
et 267). D'après l'historien persan, le siège dura au moins dix-huit jours. Le
Bavarois Schillberger, qui avait été fait i)risonnier à Nicopolis, parle en ces
termes du début de cette guerre : « Als bald das der Tiimerlin vernara, da
nam er zu im zehenhuudert luseiit Man und zoch in das Kiingreich zu Sebast
und legt sich fur die Hoptstat und lag xxj Tag davuor... » {Reisen des Johan-
nés Schillberger ans Miinchen in Europa, Asia und Afrika von 1394 625 1427,
herausgegeben von Karl Friedrich Neumann. Miinchen, 1859, p. 71).
2. Cheref-Eddin prétend au contraire que Tamerlan épargna les Mahométans;
mais les Arméniens qui avaient défondu la ville contre ses troupes furent jetés
dans des i)Hils que l'on combla aussilôl {Ibid., p. 268). Schillberger confirme
cette version : a Und waren doch fiuifl' lusent Man in der Slatt die der Weyasit
dahin hett geleit raisigs Volks. Und die ^^'urden ail lebendig begraben » (Rei-
sen des Johannes Schillberger ans Miinchen in Europa, Asia..., herausgege-
ben von K. F. Neumann, p. 71).
3. Le ms. fran(^. 5624 subsliluc à ces deux mots ceux de barches et de pus-
sagiers.
4. Le même ms. donne la leçon incomplète : A'K".
MÉMOIRE SDR TAMERLAN ET SA COUR. 455
passé, il s'en ala devant Halep', qui est une moult grosse ville et
cité, assise sur une moult haute roche, et là trouva tout le povoir du
Soudan qui s'estoit bouté dedens et lui sembla qu'il ne povoit prendre
celle ville se ce n'estoit par grant barat. Si demoura Ternir Bey
III jours devant, et le quart jour se desloga la plus grant partie de
ses gens et se ala mettre derrière une grant montaigne à deux lieues
de Halep2 et laissa son filz à tout xxx mile hommes devant Halep,
et lui commanda que, tanlost que la puissance du Soudan vendroit
sur lui, qu'il escarmouchast un pou et tantost s'enfouyst. Si le fîst son
dit filz par l'espace de iti jours, que tantost que la puissance du sou-
dan, qui estoit grant, venoit, il se deffendoit un pou et puis tantost
s'enfuyoit; et le quart jour fut l'escarmouche moult grant entre eulz
et tantost s'enfoy plus fort quMl n'avoit acoustumé; et ceulx du sou-
dan le chassèrent si loing que le père qui estoit en aguet derrière
une montaigne les vint enclorre entre la ville et son filz^ et là furent
mors des gens du Soudan bien environ xiiii mile, et puis prist la ville
à son plaisir et la pilla, et roba et occist la plus grant partie de ceulx
qui y estoient demeurez.
Item s'en ala ledit Temir Bey de là à Damas et mist le siège devant la
ville et y demoura xi jours et mina les murs de la ville en plusieurs
lieux, tant que ceulx de la ville, voians qu'ilz ne se povoient plus
tenir, se rendirent à lui, et, tantost qu'ilz se furent rendus, il flst crier
que tous les prestres de la loy et les cadis se retraissent en la mais-
tresse église de la ville ; et ce ilz le firent moult volentiers, comme
ceulz qui cuidoient estre sauvez. Et, sitost comme il fut dedens la ville,
il fist bouter le feu'' en la grant église et ardoir tous lesdis prestres et
les cadis, et y furent ars jusques au nombre de viii à ix mile per-
sonnes, et se y estoit mis pluseurs autres en guise de cadis pour
cuidier estre sauvez, qui furent tous ars comme les autres. Et dient
1. L'armée de Tamerlan parut devant Alep le 8 novembre 1400; la ville était
défendue au nom du sultan d'Egypte par Temourlach ; elle fut enlevée trois
jours après, le 11 novembre.
2. « Hallap, » écrit Schiltberger, « die vierbundert tusent Hiiser betl... »
(Reisen des Johannes Schiltberger, p. 74).
3. Une manœuvre de Tamerlan, racontée par Cheref-Eddin (Vie de Timur
Bec, trad. Petis de la Croix, t. III, p. 293), rendit les Syriens très imprudents.
L'archevêque de Sultanieh fait probablement ici une confusion, car la sortie
des assiéj^és qu'il rapporte se fit au siège de Damas.
4. Le feu fut mis à Damas le 29 mars 1400, après un pillage épouvantable;
la mosquée des Oumiades fut entièrement consumée. C'est à cet incendie qu'il
est fait allusion ici.
456 MEMOIRE SUR TAMERLAN ET SA COUR.
les marchans qui estoient avec lui qu'il envoia en son pais viii cens
chameulx chargiez d'or et d'argent, de pierrerie et d'autres bonnes
bagues <.
Et au partir de là s'en ala en un pais qui se appelle Baudach, du
grant califfe qui est en Perse 2, et se mist devant la cité de Baudach
et y demoura lx jours : car la cité dure deux grans journées de tour,
et le tenoient tousjours en traictié; lequel traictié ilz rompirent; dont
Ternir Bey en fut courroucié et fist tant qu'il prist la ville par force
et fist mourir tous les gens de la ville sanz en eschapper nul qui
venist à congnoissance ; et puis fist crier en son ost que toutes les
testes feussent apportées en une grant place qui est ou milieu de la
ville et là fist faire une tour desdictes testes de plus de v toises en
carreure et moult haulte^; et estoient lesdictes testes les visaiges
regardans dehors : qui fut une des grans cruaultez dont oncques
hommes oist parler. Et là trouva tant de trésor que nul ne le pour-
roit nombrer, qu'il envoia en son païs.
Item, quant ledit Temir Bey est venu en Burse après la desconfî-
ture du Turc, aucuns des maistres de la loy des Juifs lui vindrent
audevant, disans qu'ilz ne creoient fors en Dieu le grant et creoient
telle créance comme lui meismes avoit. Et il leur respondi que leur
loy estoit bonne et leur commanda qu'ilz s'en allassent mettre en
leur maistresse église et leurs femmes et leurs enfans afin que on ne
leur feist nul mal; et ainsi le firent à grant joie et alerent avec eulx
plusieurs pour cuidier estre sauvez ; et, sitost comme il fut dedens la
ville, il fist fermer la porte des Juifs et les fist tous ardoir. Et maintes
autres enfances a faites qui seroient trop longues à raconter et dit
en ses salvations que le saint prophète lui commande.
1. On enleva tant de richesses, dit Cheref-Eddin, que tous les chevaux,
mulets et chameaux qu'on avait assemblés depuis Sivas jusqu'à Damas ne
lurent pas suffisants pour les porter ( Vie de Timur Bec, trad. Petis de la Croix,
t. III, p. 344).
2. Bagdad appartenait au sultan Ahmed Gelaïr. Tamerlan s'était une première
fois mis en marche contre celte ville le 3 octobre 1393, devant laquelle il avait
paru le 10 octobre. Il s'empara de cette ville pour la seconde fois en 1401, et
c'est de ce second siège que parle l'archevêque de Sultanieh, qui observe
très exactement l'ordre des faits.
3. Cheref-Eddin renonce à estimer le nombre des têtes que l'on coupa à la
prise de IJagdad (23 juillet 1401. — Vie de Timur Bec, trad. Pclis de la Croix,
t. III, j). 370). Ahmed-Bcn-Arabschali dit (ju'on en trancha 'J0,000 et qu'on en
éleva des tours comme on l'avait fait à Ispahan.
I
MÉMOIRE SDR TAMERLAN ET SA CODR. 437
XVII. De la troinperie que Vempereur nommé Edigny
fist à Ternir Bey.
Ilem, Ternir Bey envoiadeux ans à, ou environ, devers un empe-
reur de Tartarie, nommé Edigny, ses ambasseurs, et est cest empe-
reur seigneur des Tartres blans et a nom sa maistresse ville Sorcale^,
laquelle est à xviii mile de Gapha^; et puet bien mettre sus cent et cin-
quante mille hommes à cheval et demandèrent lesdiz ambasseurs la
fille dudit empereur pour le fîlz Temir Bey et il leur accorda^; maiz
il s'excusa et dit qu'il n'avoit pas assez joiaux ne finance, tant comme
il appartenoit à femme de si grant seigneur comme le filz de Temir
Bey et leur dist qu'il deissent à leur seigneur qu'il envoiast lesdiz
joiaux et autres choses neccessaires pour la mettre en grant estât et des
plus notables de son hostel pour la venir quérir ; lesquieulx ambas-
seurs firent leur rapport comme il leur estoit enchargié. Et, quant ilz
orent parlé à leur maistre, il fut bien content et tantost envola
XXV chameulx chargiés d'or, d'argent, de joiaux et de draps de soie
1. Probablement Sudak en Crimée et sur la mer Noire.
2. Kaifa, sur la côte méridionale de la Crimée.
3. J'ignore si toute cette histoire est vraie, car Cheref-Eddin n'en dit rien ;
mais il ne faut pas oublier que l'auteur persan est un panégyriste outré de
Tamerlan : or, on s'explique qu'il ait évité de faire allusion à un épisode où
Tamerlan est parfaitement ridicule. J'ajouterai que l'exactitude ordinaire de
l'archevêque de Sultanieh et la précision de la date qu'il donne feraient con-
sidérer son récit comme assez vraisemblable; Ruy Gonçalez de Clavijo, dans
les quelques mots qu'il consacre à cette affaire, ne dit rien d'incompatible avec
notre récit. L'empereur Edigny dont il est ici question est Idecou, empereur
de Capchac; ce souverain, en 1403, envoya bien une ambassade à Tamerlan;
Cheref-Eddin la mentionne, et une attention de ce genre peut paraître singu-
lière si l'on songe à l'affront infligé si récemment par l'empereur de Capchac à
son redoutable voisin. Cheref-Eddin ne mentionne qu'un fait qui puisse rap-
peler celui auquel fait allusion notre prélat. Ysouf Sofi, souverain de Carezem,
à qui Tamerlan avait fait demander sa nièce pour un de ses fils, refusa une
première fois d'envoyer la princesse : elle s'appelait Sevin Beï, dite Canzadé ;
mais il serait faux de croire qu'Ysouf Sofi ait provoqué de la part de Tamer-
lan une ambassade spéciale et qu'il l'ait retenue au mépris du droit des gens;
au contraire, le mariage de Canzadé avec le Mirza Gehanghir fut célébré en
grande pompe en 1373 (Cheref-Eddin, Histoire de Timur Bec, trad. Petis de la
Croix, t. I, p. 239 à 251). Il est nécessaire d'ajouter que, malgré cette alliance
de famille, Ysouf Sofi ravagea le pays de Buchara et mit en prison deux envoyés
de Tamerlan {Ibid., p. 295). Quant à Edigny ou Ediguy, dont Ruy Gonçalez de
Clavijo raconte l'origine, il avait renversé Tocatmich Aglen du trône de Capchac.
438 MÉMOIRE SUR TAMERLAN ET SA COUR.
moult riches et aussi viiH des plus grans barons de son ost qui
menoient grant estât.
Et, quant ilz furent devers Tempereur Edigny, il prist l'or, l'argent,
joiaux et tout ce que ilz portoient et les barons aussi, et les mist en
prison et en ot grant argent et n'envoya pas sa fille à Ternir Bey,
dont il fu si courroucié que plus homme ne pourroit estre, disant
que oncques mais homme ne l'avoit trompé si bien que cestui. Et
dist en son langage que le vulpe a engigné la vulpe ^ et que oncques
mais n'avoit esté fol que à celle foiz ; et dist que c'est la chose du
monde qu'il a plus à cuer et que jamais il ne sera liez jusques à ce
qu'il s'en soit vengié.
Et feroit ledit Temir Bey moult de choses plus qu'il ne fait main-
tenant, maiz il n'ose esloingnier le pais de Perse pour un plus grant
seigneur Tartre que lui, qui a deux foiz plus grant puissance que
lui ou au moins tant et demie et se nomme Tamyrasac, seigneur de
Balasan, combien que ledit Temir Bey en son tiltre s'en appelle
seigneur : mais Tamyrasac en occupe la seigneurie. Et dient aucuns
que, s'ilz esloient d'accort, ilz seroient assez pour confondre^ tout le
monde.
XVIII. Comment Temir Bey descon/ist et prist le Grant Turc.
Pour ce qu'il estoit plus puissant en nombre et en prouesse de gens,
voult il ordonner rengés de batailles et tout à l'environ des mon-
taignes et valées, et derrière il mist sa grosse bataille et tout son ost.
Le Turc qui lui cuidoit résister "* si ordena de ses gens iiii batailles,
et, quant fut à l'aprochier, le cappitaine de la première bataille du
Turc, qui ot paour du peuple qu'il vit, se mist tantost à la fuite avec
toutes ses gens^ : et, quant le Turc si le vit, il le voult faire retour-
1. Le ms. franc. 5624 écrit vint.
2. Cheref-Eddin rapporte, à propos d'un complot dont Taraerlan avait été
avisé : « Un renard peut-il bien faire sa proye d'un lion? » (Histoire de Timur
Bec, trad. Petis de la Croix, t. I, p. 173).
3. Le ms. franc. 5624 donne le root combatre.
4. Le Bavarois Schillberger estime de la façon suivante le nombre des troupes
en présence de part et d'autre : « Und da derTanierlin hort das im der Weya-
sit das obgenant Land hetl abgewunnen, da zoch cr uff in mit sechtzehen
hunderl lusent Manncn. Und do das der Weyasit borl, da zocli er im engcgen
mil vicrtzehenbundert tusen Mannen. Und sie kamen zu cinander by einer
Slatt gehaisen Angury » {Reiscn des Johannes Schillberger..., p. 72 et 73).
5. « Und bclt der Weyasit wol dryssig lusent Man von den wisen Tararien
MÉMOIRE SOR TAMERLAN ET SA COUR. 459
ner ; maiz il ne lui voult obéir et s'enfouy à toute sa gent. Si fist
adonc le Turc aprocher la n^ bataille, laquelle se corabali moult fort,
mais pour la force des gens Ternir Bey, plusieurs et grant foison des
Turcs furent mors, et fut estimé et nombre qu'il en morut bien
XV mille Turcs. Vint adonc la iii^ bataille du Turc, en laquelle les
fîlz du Turc si se combatirent, tant que plusieurs en moururent et
les autres s'enfouirent. Voiant cecy le Turc, il fist venir la iiii^ bataille
et lui en propre personne ; et, quant il vit sa desconfîture, il voult
fouir, mais il ne pot parcequMl estoit tout environné de ses adver-
saires. Et ainsi fut il prins à un vendredi xxviii^ jour de juillet^ à
xxiiii heures ; et fu estimé et nombre que d'une partie que d'autre
il en mourut bien xl mille. Toutesfoiz, il en mourut plus de Turcs
que des autres. Et s'enfouirent plusieurs Turcs et en especial les
II fllz du Turc, qui s'enfouirent tous nuz sanz armeures et sans
robes tout de nuit; et tantost Ternir Bey envola grant partie de ses
gens en la maistresse ville du Turc, c'est assavoir à Burse. Et, quant
il ot pris le chastel, il fist prendre tout le trésor du Turc ^ qui estoit
adonc malade^ et envoia ledit trésor à Semercant avec grant proie de
serfs et d'esclaves. Et ainsi commença il à destruire toute la Turquie
senon aucunes contrées qui sont demourées à aucuns amis feaulx de
Ternir Bey qui avoient esté avec lui. Et le grant filz du Turch si se
passa en Grece^, où il a encore grant gent; et le menour filz si est
encore en Turquie, et le fait poursuir Temir Bey. Qui s'ensuivra.
Dieu le sache. Aussi fait Temir Bey qui tout seul scet son propos et
non aultre qui vive.
XIX. Des ordonnances que tient Temir Bey en ses citez
et par toute sa terre.
11 prent moult de exacions et de tailles sur ses gens et si voit vou-
lentiers les estrangiers marchans et leur donne faveur, aide et seurté
die schuffe er vornen an den Strit. Die schlugen sich zu dem Temerlin » {Ibid.,
p. 73).
1. 28 juillet 1402. La bataille commença vers dix heures du malin; Bajazet
fut pris dans la nuit par le sultan Mahmoud Khan.
2. Le Mirza Mehemmed Sultan fut envoyé par Tamerlan pour s'emparer de
Brousse; mais, malgré toute la diligence qu'il fit, Musulman Chelebi, fils de
Bajazet, avait déjà enlevé une partie du trésor de son père. Mehemmed Sultan
s'empara du reste et en même temps de la fille de Ahmed Gelaïr, le vaincu de
Bagdad.
3. En effet, Musulman Chelebi s'embarqua à Nicée.
460 MÉMOIRE SDR TAMERLAN ET SA COUR.
par tout son pais et en especial aux Frans et Crestiens. Et en moult
de lieux où souloient courir gabelles et maletoutes, il les a toutes
destruites et quassées et a fait son ordonnance qu'elle ne soient paiées
senon es grans citez; et a ordonné la seurté des marchans par plus
grant cautelle : car, se aucun marchant estoit desrobé par tout son
païs, tous ceulx du pais où le marchant seroit desrobé si lui ren-
droient au double et l'amenderoient à Ternir Bey de v foiz plus que
le marchant n'auroit perdu.
Cestui cy a officiers en tous lieux et tient la justice estroitement'
et n'a point de miséricorde de nul qui facent ofTance, et pour néant
il occist aussitost le plus grant comme le mendre de ses officiers-,
quant ilz accusent aucan, ilz sont condempnez à très grant somme
d'argent; et, quant ses officiers sont bien riches et engressiz, il les
fait paier très grant finance, et de cest argent il fait chascun an une
congregacion, la charge de bien c mullez^. De toutes les autres villes
et terres il prent toujours le x^, et le quart de toutes les rentes et,
pour ceste cause, il a avec soy les gens de pié et les archiers.
Or cestui cy en especial ne fait à nul injure, et, se aucun de ses
gens le faisoit, il le pugnit très aigrement, combien que en son
absence l'en face moult de inconveniens. Les citez et les terres il les
a laissiez à ses filz, à ses nepveux et à ses barons ; ne il n'a pas la
manière de paier ses gens en monnoie^, maiz leur donne terres et
offices. Maiz toutesfoiz veult il que ses commandemens soient tout
partout gardez, et si est plus doublé des siens que des estrangiers.
XX. De plusieurs grans empereurs adversaires de Ternir Bey.
Ternir Bey a ses adversaires principaulx en la partie d'Orient : le
grant empereur de Gathay*, Ghristien de la sainture, lequel est en
puissance égal ou greigneur que lui. Secondement, il a son adver-
1. Sur l'organisation de la justice par Tamerlan, voir Clieref-Eddin [Histoire
de Timur Bec, trad. Petis de la Croix, t IV, p. 122 et 177).
2. Le ms. franc. 12201 donne le cMifre de mille mules.
3. Le ms. franc. 12201 écrit, au lieu du mot monnaie, son correspondant
argent pecuniel. Cheref-Eddin rapporte que, vers l'année 1390, Tamerlan gros-
sit ses troupes afin d'augmenter les dépenses des commandants et de diminuer
leurs richesses, qui pouvaient les détourner de leur devoir (Histoire de Timur
Bec, trad. Petis de la Croix, t. II, p. 63).
4. L'empereur de Calai ou de Chine Ilung-Woo ou Tangouz Khan envoya,
vers 1395, des ambassadeurs à Tamerlan. Les ambassadeurs castillans virent
ceux de son petit-fils Keen-Wan ou Yung-La.
MEMOIRE SUR TAMERLAN ET SA COUR. 461
saire Tempereur de Perse, lequel s'en est foui pour lui, passé à xv ans,
et maintenant se tient oultre Badach es parties de Caldée^ Il a en
Egipte le Soudan 2 et es parties de la grant Tartarie son adversaire
Edigny^, qui est son très grant ennemy. Et ces iir derrains si sont
de la secte des Sarrazins. Il a aussi pluseurs seigneurs deçà et delà
qui sont ses adversaires, qui le furent et attendent sa mort. Et ont
en leurs prophecies qu'il doit fenir et mourir au Caire, combien que
Ternir Bey dit le contraire et dit qu'il doit encore vivre pluseurs ans.
XXI. Quaus roys et quaus princes Ternir Bey a avecques luy.
Premièrement, il a avec lui l'empereur de Tartarie, dessoubz lequel
il fait toutes choses; il a le royMalescan, le roy Corsan, seigneurs et
princes de moult de pais et de terres et foison de petiz rois. 11 a le roy
Aldin*, mais il s'en est fouy. Il a les 11 fîlz de l'empereur de Perse. Il a
aussi le roy Bocaran, frère du roy de Gorganie, et l'a fait chastrer. Il
a de toutes les provinces et terres qui sont dessoubz lui tous les grei-
gneurs filz et maistres de toutes ses terres; il a tous les plus souffî-
sans en science et en especial en astrologie, en medicine et nigro-
mance, et tous ceulx qui sont d'aucune valeur ou d'aucune bonne
condicion si sont avec lui moult honnorez. Et se delicte moult en
argumens et questions. Et tous les seigneurs dessusdiz il les traite
bien et honnorablement; aussi fait il aux ambasseurs quant ilz
viennent de loing pais ; maiz toutesfoiz ilz ne sont pas en toute leur
liberté ne en leur puissance : car il y a des roys et des seigneurs qui
amassent mieulx estre hors de sa compaignie en plus grant povreté,
que ilz ne sont avec luy en grans richesses. Il a aussi avec luy le
grant Turcq qu'il a tenu moult honnorablement. Et, quant il s'en
voult fouir, il le fist lier de chesnes d'or ; et se gloriffloit moult et
1 . C'est Ahmed Gelaïr dont il a été question plus Iiaut, et qui effectivement,
peu avant la bataille d'Ancyre, quitta Bajazet, auprès duquel il s'était réfugié,
« et alla du côté de Chaldée, que l'on nomme Irac-Arabi » (Cheref-Eddin, Vie
de Timur Bec, trad. Petis de la Croix, t. III, p. 387).
2. Le sultan Farrudge, fils de Barcouc.
3. C'est Idecou, empereur de Capchac. Voir quatre pages plus haut.
4. Le ms. franc. 5624 écrit ainsi ce nom : Heldin. Il est probable que ce
nom désigne Tocatmich Aglen, descendant de Tchinguiz-Khan, à qui Tamerlan
donna à plusieurs reprises les troupes nécessaires à la conquête du Capchac,
mais qui depuis se révolta contre son autorité, puis s'y soumit de nouveau
quand il eut été détrôné par Idecou.
462 MÉMOIRE SUR TAMERLAN ET SA CODR.
esjoissoit avec lui. Il maine ces seigneurs avec lui pour monslrer sa
magnificence.
XXII. De la foy et devocion Ternir Bey et de ses visions.
Ternir Bey en sa foy est Sarrazin < et chastie et trouble ceulx qui
ne la tiennent; par especial il pugnist fort les Sarrazins pour cause
du pechié de sodomie ^ ; car c'est une chose entre les autres que plus
il het. Il a en grant indignacion et grant hayne contre les Ghristiens
et maintenent, pour aucunes raisons qu'il a oyes de frère Jehan,
arcevesque de Soltanie et de frère François^, de l'ordre des Pres-
cheurs, lesquelles raisons touchoient la confirmacion de nostre foy,
il est assez mué de sa furosité et mauvaistié. Il voit voulentiers les
Ghristiens et leur fait grâces, ne il ne fait nul violence quant aux Gres-
tiens et par especial aux Frans, c^est assavoir aux Latins, et leur a
concédé et concède d'estre en son païs plainement et libéralement et
les seuffre user de leurs loys et qu'ilz aient églises et facent leurs
services comme ilz feroient en la Grestienté, et par especial aux
marchans.
En sa devocion il aoure Dieu v foiz le jour, en quelque lieu qu'il
se treuve, et fait toutes les serimonies que font les Sarrazins. Il het
sur toutes générations les Juifs. Et, aucunesfoiz, il faint qu'il a veu
et oy visions d'anges et qu'il ne fait ne ne fist oncques ne ne veult
faire, sinon de Pespecial commandement de Dieu. Et dit qu'il vit une
foiz une eschielle qui touchoit de terre jusques au ciel et qu'il oy
l'ange qui Pappella et lui dist : « Lieve toy et monte en ceste
eschielle. » Et doncques il y monta jusques au xl"'® degré. Et adonc
l'ange lui dist : « Descens. » Et ainsi il descendi en grant difficulté.
Si demanda adonc Temir Bey l'exposicion de ce fait cy et dist que
1. Cheref-Eddin attribue une grande iniluence à l'amitié qui liait Tamerlan
au chérif Seïde Bereké, (|ue l'on disait parent de Mahomet {Histoire de Timur
Bec, trad. Petis de ia Croix, t. I, p. 182 et 183).
2. « Et maxime acriter corrigit Christianos propter peccatum sodomie quod
mirabiliter odit super omnia alia peccata, » dit la version latine de la Chro-
nographia regum Francorum.
3. Ce frère François, que cite aussi l'original de la lettre de Tamerlan, et à
qui elle rapporte une première mission de Charles VI auprès du Tarlare, est
nommé Franciscus Ssathru à la fois dans les traductions contemporaines aussi
bien de la missive de Tamerlan que de celle de son fils le Mirza Miranschah.
MÉMOIRE SUR TAMERLAN ET SA COUR. 463
l'exposicion esl telle que il doit dominer et seigneurir par tout le
monde l'espace de xl ans et tousjours en prospérité.
Il dit aussi qu'il scet les pensées et cogitacions des hommes et
qu^elles lui sont révélées par l'ange; et pour ce nul si n'ose faire
conseil encontre luy, car il le saroit tantost : et en ceste manière il
en fait et a fait mourir plusieurs de sa compaignie. Il porte grant
honneur aux anciens hommes et anciennes femmes et leur fait de
grans dons, ne nul de sa court n'ose parler contre les femmes, en
especial contre les bonnes. Et si a de bonnes moralités, car les estran-
giers il les honnore chascun selon son estât et degré.
XXIII. De Vaage et de la forme Ternir Bey.
Il est de l'aage de lx et xv ans ou environ < et si a xxx ans qu'il
tient la seigneurie. Et en ce temps il a fait moult de merveilles qui
bonnement ne se pourroient escripre. 11 est de stature moyenne et
a visaige de Tartre, la barbe blanche espaingnole, sain de corps ;
toutesfoiz il a la main senestre et le pié senestre comme impotent et
ne s'en puet aidier, car il a les nerfs coppez^. Du temps qu'il estoit
jeunes, il estoit en batailles et les ensuivoit : ores il chevauche bien,
mais aucunefoiz il va en litière à deux chevaulx^, et si est gardé et
environné que nul si n'ose approuchier près de lui s'il n'est appelle.
Et c'est la fin de l'ordonnance Ternir Bey.
Des choses que Ternir Bey aime moult sus toutes autres.
Premièrement, draps fins et déliez et especialment de couleur de
fine graine et cramoysis-, item couleur de rosée; item fin blanc et fin
vert; item teles déliées comme elles sont à Rains; item branches de
courail; item l'arbre de coral; item couppes de cristal et autres vais-
1. Tamerlan naquit en 1335 suivant Cheref-Eddin {Histoire de Timur Bec,
trad. Petis de la Croix, t. I, p. 203).
2. Tamerlan fut blessé à la main dans une rencontre que relate Cheref-
Eddin [Histoire de Timur Bec, trad. Petis de la Croix, t. I, p. 55 et 381). Il
paraît en effet que cette blessure, dont la guérison exigea un temps assez long,
le laissa comme paralysé du bras; de plus il était boiteux. Stella (Georgius)
dit qu'il était « infirmus, ut dicitur, a cingulo infra » (Muratori, Rerum itali-
carum scriptores, t. XVII, colonne 1194).
3. Dans son expédition contre Bagdad, il se flt porter sur un brancard, au
témoignage de Cheref-Eddin {Histoire de Timur Bec, trad. Petis de la Croix,
t. II, p. 222).
464 MÉMOIRE SOR TAMERLAN ET SA COOR.
seaulx aournez d'or et d'argent ; item vaisseaulx d'argent adournez
d'esraeraudes polies et ordonnées comme elles sont en France; item
de bons caraelos de Ghippre; item aucunes dens de poisson moult
estranges ; ilem de banquiers comme en France; item de nobles tapis-
series comme elles sont en France ; item de très fin et bon saffran -,
item chevaulx grans et fors des parties de par deçà; item de grant
chiens; ilem de grans mules d'Espaigne; et de toutes ces choses cy
il est bien garny.
EXPLICIT LES ORDONNANCES TeMIR Beï.
L'HOTEL
DB
PHILIPPE VI DE VALOIS
M. Douët d'Arcq, dans la notice placée en tête de sa publica-
tion des Comptes de l'hôtel, étudie cette administration princi-
palement d'après les ordonnances du xiif siècle. Pour ce qui
est du xrv^ siècle, il ne s'occupe que de celle de 1316, et
encore seulement afin d'exposer le montant des dépenses occa-
sionnées alors par ce service ; le reste est consacré à l'étude des
comptes qui s'échelonnent entre 1380 et 1481. On a donc ainsi
une période de près d'un siècle pendant laquelle on ne peut, à
l'aide de documents publiés, étudier les différentes modifications
qui furent apportées dans l'hôtel de nos rois. Nous voudrions,
avec les ordonnances données à la suite de cette étude, combler
cette lacune et exposer en même temps l'organisation de ce ser-
vice pendant le règne de Philippe de Valois.
D'abord cette organisation était-elle bien différente de ce qu'elle
fut sous ses prédécesseurs ou ses successeurs? Les pièces que nous
avons trouvées ne nous permettent pas de répondre affirmative-
ment; les modifications ne portèrent que sur les détails. L'hôtel
est en effet toujours divisé en six offices ou métiers : la paneterie,
l'échansonnerie, la cuisine, la fruiterie, l'écurie et la fourrière.
Deux des ordonnances que nous publions, l'une du commencement
du règne (5 juin 1328), l'autre de la fin (28 mai 1350), nous
aideront à déterminer le nombre et les attrilautions du personnel
de chaque métier.
En 1328, nous trouvons dans la paneterie cinq panetiers, dont
trois devront toujours être à la cour, « ii par devers le commun *
1. Par le commun, on entend les gens de l'hôlel.
4894 30
466 l'hôtel de PHILIPPE n DE VALOIS.
et un par-devers la bouche*. » Leur rôle est d'acheter et de faire
venir le pain. Dans l'ordonnance de 1350, par laquelle le roi res-
treint le nombre de ses officiers et où il ne paraît pas s'occuper
du commun, il n'y en a plus qu'un. Outre les panetiers, on a
encore les clercs de la paneterie, les portechapes, les sommeliers,
les aides, un oublier « qui fera le pain de bouche et les oblêes, »
une lavandière, un charretier « du chariot de la panneterie des
nappes, » un garde-chambre.
Dans réchansonnerie, en 1328, il y a cinq échansons, dont
trois devront toujours être à la cour 2, « l'un pour la bouche et
les II autres pour le commun servir. » Ce sont eux qui sont spé-
cialement chargés d'acheter le vin. En 1350, nous n'en trouvons
plus qu'un. Avec eux sont encore les barilliers, les sommeliers,
un garde-huche, des aides, un clerc « qui prenra garde de la
despense du vin, » un « pourveeur de vins qui ira devant pour
la pourveance et portera aux eschançons ce qu'il trouverra, et li
eschançons achateront, » quatre « boutiers, » deux « portebouz, »
un garde du vin et des « vesseaus du commun, » un potier, un
madalenier, un valet pour chercher les voitures.
La cuisine est divisée en 1328 en cuisine de bouche et cuisine
pour le commun, division qui n'est plus mentionnée dans l'ordon-
nance de 1350. Quelques offices sont communs à ces deux cui-
sines et remplis par les mêmes officiers, tandis que d'autres sont
distincts, et les officiers sont différents selon que c'est pour la
bouche ou pour le commun. Parmi les officiers qui doivent servir
dans la cuisine de la bouche et dans ceUe du commun sont quatre
écuyers, dont trois devront toujours être à la cour, un près de la
bouche et deux « par devers le commun en salle pour servir che-
valiers, chapelains et sergens d'armes ; » quatre « queux, » dont
trois seront toujours à la cour, un près de la bouche, les deux
autres vers le commun. En 1350, on ne fait mention que d'un
écuyer et d'un queux. Après ces officiers, il y a un clerc, deux
aides pour la bouche et quatre pour le commun, deux has-
teurs pour la bouche et trois pour le commun, deux enfants
pour la cour et quatre pour le commun, un pâtissier pour la
bouche, deux souffleurs pour le commun, un huissier pour la cui-
1. La bouche désigne le service du roi.
2. D'après l'ordonnance de 1328, les échansons ne peuvent quitter la cour
sans l'autorisation des maîtres.
l'hôtel de PHILIPPE VI DE VALOIS. 467
sine de la bouche et un pour celle du commun, un saucier pour
la bouche avec deux aides de sausserie. En 1350, la sausserie se
compose d'un saussier, deux valets de sausserie, un aide et un
garde de sausserie. Enfin, outre ces différents officiers de la cui-
sine, on a encore un hébergeur, un maignien, deux charretiers.
Vient ensuite la fruiterie, dans laquelle en 1328 nous trouvons
trois fruitiers, tandis qu'en 1350 il n'y en a plus qu'un. Avec ces
officiers sont des sommeliers qui « menront ii sommiers, l'un
du fruit et l'autre des chandelles, » et aideront à faire le ser-
vice dans la salle; des valets, un chauffecire et enfin un charre-
tier. En 1350, on mentionne deux aides que l'on ne trouve pas
en 1328.
Dans l'écurie, il y a en 1328 six écuyers « maistres d'escurie, »
dont quatre seront toujours à la cour, deux pour le corps et deux
pour le commun. Leur rôle est bien déterminé dans cette ordon-
nance. Les écuyers ne se coucheront pas avant d'avoir vu tous
les chevaux du roi, « et saura celuy du commun de qui l'avoine
et le fein seront achetez et combien ils auront cousté et sera au
livrer l'avoine. » En 1350, nous ne trouvons plus que deux
écuyers. On a ensuite des maréchaux, un clerc, un valet de pale-
frois, un valet de coursiers, des valets de forge, un aide de pied,
un maréchal pour les sergents d'armes. Contre l'ordinaire, une
certaine catégorie de valets dans cet office s'est accrue considéra-
blement en 1350. Ainsi nous trouvons alors trente-neuf valets
pour garderies palefrois, coursiers, sommiers, tandis qu'en 1328
il n'y a que dix valets d'étable et chevaucheurs, parmi lesquels
six seront toujours à la cour pour faire l'office de l'écurie, et les
quatre autres seront pour aller porter les lettres dehors ; mais
aussi, d'un autre côté, les valets porteurs et mesureurs d'avoine
de dix sont ramenés à trois ; on donne congé aux autres. L'or-
donnance de 1328 prescrit encore de n'acheter aucun cheval sans
le commandement du roi ou des maîtres d'hôtel.
L'office désigné en dernier lieu dans les deux ordonnances est
celui de la fourrière. Il y a en 1328 trois fourriers, tandis que l'on
n'en trouve plus qu'un en 1350. Viennent après un clerc, des
valets, onze aides en 1328, qui sont chargés de porter « le fuerre,
les coustes et la busche par les chambres le roy. » En 1350, il
n'y a plus que quatre aides et trois sous-aides; enfin, un sert de
l'eau.
Tels sont les six offices ou « mestiers » de l'hôtel du roi et les
468 l'hôtel de PHILIPPE VI DE VALOIS.
divers officiers qui y remplissent des fonctions. Mais eux seuls ne
forment pas tout l'hôtel, et soit au-dessus d'eux, soit occupant le
même rang ou un rang inférieur, il y en a encore un grand
nombre que nous allons passer rapidement en revue.
Et d'abord, à la tête de tous les officiers, est le grand maître
d'hôtel ; c'est à lui qu'incombe l'administration générale de tout
ce nombreux personnel et qui, souvent aussi, remplit des fonc-
tions publiques. Après sont les simples maîtres d'hôtel et les
chambellans, les veneurs, avec lesquels sont compris le maître
veneur, les valets de chiens, les pages de chiens, le maître fau-
connier et les fauconniers, le confesseur, le personnel de l'aumô-
nerie, aumônier et clercs de l'aumône, un « phisicien, » un chirur-
gien, des chapelains, des clercs de chapelle, des notaires. Enfin,
dans les derniers rangs, tout un monde de portiers, d'huissiers,
de valets, de charretiers, de sommeliers, d'arbalétriers, de gens
de métiers, tels que le tailleur, le cordonnier, le charpentier, etc.
Si l'on ajoute qu'un certain nombre de ces officiers ou de ceux
qui sont employés dans les « mestiers » de l'hôtel ont un ou plu-
sieurs valets recevant des gages ou des livraisons du roi, on se
figurera les dépenses que devait occasionner l'entretien de tout ce
personnel. Et jusqu'ici encore nous n'avons parlé que de l'hôtel
du roi proprement dit, mais il faut savoir que la reine et les
enfants de France avaient leur hôtels et dans chacun de ces
hôtels un nombreux personnel était également employé. Ce rapide
aperçu suffit pour nous montrer que l'hôtel de Phihppe VI ne le
cédait en rien pour le nombre de ses officiers à celui de ses pré-
décesseurs 2.
Si l'on se reporte au tarif des traitements des officiers de l'hôtel
du roi de 1329 et du 1" janvier 1332 (n. st.), on verra que les
gages de la plupart sont en argent et fixés à tant par jour, mais
on peut compléter ces renseignements par les ordonnances de
1328 et de 1350, qui nous apprennent que certains reçoivent leur
salaire en nature seulement, et d'autres, partie en argent, partie
en nature.
En 1328, les panetiers ont, ceux qui resteront à la cour, « pro-
1. 30 décembre 1336; règlement pour les officiers de la maison du roi et de
celle de Jean de France, duc de Normandie (Blanchard, Compilation chrono-
logique, col. 90).
2. Douël d'Arcq, Comptes de l'hôtel des rois de France, notice, p. x.
l'hôtel de PHILIPPE VI DE VALOIS. 469
vendes d'avoine, et leurs chevaux seignez, et forge et vin de
couchier chascun une quarte, et chandeles un quaier et xii menues
chandelles : et si aura chascun pour ii valiez livroison, qui ne
mengeront point à court, et pour toutes autres choses n sous
parisis de gaiges par jour. » Dans chacun des autres offices,
les traitements étant analogues, nous n'en examinerons que
quelques-uns de la paneterie , comme exemple. Le clerc de la
paneterie des nappes, qui sera à cheval, aura « une provende
d'avoine, forge et xiii deniers de gaiges et cent sols pour robe
par an, et comme li autre clerc en la fourrière, lit et ii bottes de
feurre, un quaier et viii chandelles. » Les portechapes qui man-
geront à la cour auront chacun 4 deniers de gages par jour pour
tout et 30 sous pour robe par an. Les sommeliers ont un traite-
ment analogue, et en plus « une couste et une botte de feurre à
chascun. » La lavandière est payée selon son travail; elle a
5 sous pour le cent de nappes. Tels sont les divers gages que l'on
donnait au personnel de l'hôtel en 1328 et en 1350.
Quant à ceux qui étaient employés en dehors des six « mes-
tiers, » les gages qu'ils touchaient étaient en général en argent,
et leurs robes et les allocations fournies pour leurs chevaux étaient
également évaluées en argent. On mentionne cependant au 5 juin
1328 quelques-uns de ces officiers, huissiers de salle, portiers,
veneurs, archers, qui avec leurs gages ont aussi des livraisons
en nature. En 1350, la plupart de ces officiers ont leur traitement
en argent; mais en outre, bon nombre d'entre eux qui sont dési-
gnés dans l'ordonnance mangent à la cour. Le nombre des per-
sonnes qui jouissent de cette faveur s'élève à soixante-deux pour
l'hôtel du roi.
Pour compléter ce que nous venons de dire sur les dépenses
de l'hôtel, il nous reste encore à parler de l'argentier et de son
office. Selon M. Douët d'Arcq, c'est à partir du xiv" siècle qu'on
voit apparaître cet officier, qui « était chargé spécialement de tout
ce qui regardait l'habillement et les meubles à l'usage du roi et
du reste de sa maison. » C'était donc lui qui devait, sous la direc-
tion et la surveillance des maîtres d'hôtel et des chambellans,
choisir les étoffes, calculer la quantité qu'il en fallait et convenir
des prix avec les marchands *. Il était encore chargé de payer les
1. Douët d'Arcq, Comptes de Vargenterie des rois de France au XIV^ siècle,
notice, p. i et iv.
470 l'hôtel de PHILIPPE VI DE VALOIS.
tailleurs, les bijoutiers, les orfèvres, etc. C'était lui qui devait
aussi faire graver et façonner les sceaux royaux ^ Tout cela
l'obligeait à faire de fréquents déplacements, « tantôt pour faire
ses achats dans les foires et les marchés célèbres, tantôt pour
précéder ou suivre le roi dans ses différentes résidences, ou encore
pour aller chercher dans les châteaux royaux de la vaisselle d'or
et d'argent, des joyaux, des étoffes précieuses, etc. 2. »
Par l'ordonnance du 22 décembre 1323, l'argentier seul devait
s'occuper de son office; cependant, il ne pouvait rien faire ni rien
acheter sans que les trésoriers ne vissent et ne connussent ce qu'il
voulait prendre, et c'étaient eux qui payaient ce qu'il avait
acheté 3. Il semble que cette prescription n'ait pas été observée
sous le règne de Phihppe VI. En effet, dans un compte de drap
d'or et de soie, de velours, perles, etc., rendu en 1342 par
Edouard Tadelin de Lucques, mercier du roi, par le commande-
ment de Guillaume deMontreuil, argentier, Edouard traite direc-
tement avec Guillaume sans que l'on remarque l'intervention des
trésoriers ^
Dès l'origine, un clerc fut attaché à l'argentier pour l'aider
dans ses fonctions ; ce clerc, qu'il ne faut pas confondre avec les
autres clercs, qui n'étaient que les commis de l'argentier, devint
dans la suite le contrôleur de l'argenterie. Les comptes de l'ar-
genterie étaient présentés à la Chambre des comptes à des époques
qui n'étaient pas bien fixées. Pour nous faire connaître la nature
des recettes et des dépenses de cet office, nous n'avons de 1328 à
1350 que de courts fragments de comptes et des mentions qui le
concernent dispersées dans le Journal du trésor. Le produit de
certaines recettes était affecté à l'argenterie pour couvrir ses
dépens. Ainsi, le compte d'Etienne de la Fontaine, du 1" janvier
1. On trouvera dans les Journaux du trésor de Philippe VI, dont nous pré-
parons la publication pour la collection des Documents inédits, plusieurs men-
tions qui se rapportent à l'argentier et font bien comprendre le caractère de
son office. Voir notamment les n"' 316, 1122, 2359, 4658 et 4720.
2. Douiit d'Arcq, Comptes de l'argenterie des rois de France au XIV siècle,
notice, p. vu.
3. Douët d'Arcq, op. cit., p. m.
4. Douët d'Arcq, Nouveau recueil des comptes de l'argenterie, p. 20 à 36.
Ce compte se termine ainsi : « Demeure que l'en doit au dit Édoart vi"" vi^
Lxni 1. XIII s. Il d. p., dont le dit Édoart a cedule 'de l'argentier seellée de
son seel, faite le jour de la date de ce compte, qui se tist et clost entre les
dessus diz argentier et Édoart, i)reniier jour d'aoust l'an mil CGC XLII. »
l'hôtel de PHILIPPE VI DE VALOIS. 474
au 26 avril 1350, nous apprend qu'une partie des amendes du
Parlement, prononcées depuis la Saint-Martin d'hiver 1349 jus-
qu'au 16 avril 1350, lui fut assignée*. Ces comptes étaient divi-
sés en plusieurs chapitres. En premier lieu était faite l'énuméra-
tion des recettes, puis venaient les comptes des dépens ordinaires
et ceux des dépens extraordinaires. Ces derniers comprenaient ce
qui avait été déboursé pour les sacres, les mariages, les réjouis-
sances, les obsèques, etc. 2.
L'hôtel avait son administration financière particulière, sa
caisse, sa comptabihté, qui formaient la Chambre aux deniers.
A la tête de cette chambre était un maître, Pierre de Berne^,
dans les années 1349 et 1350, et avec lui un contrôleur de la
chambre; ils touchaient chacun vingt sous par jour. Au-dessous,
le clerc de la Chambre aux deniers n'avait que cinq sous tournois
par jour. Le maître de la Chambre aux deniers prenait l'argent
qui lui était nécessaire directement au trésor, comme le prouvent
de nombreuses mentions du Journal. De cet argent il payait tout
le personnel de l'hôtel du roi. Cependant, quelques officiers de
l'hôtel, au lieu de recevoir leurs gages des mains du maître de la
Chambre aux deniers, les prenaient directement au trésor, ou bien
encore les maîtres des métiers en recevaient l'argent nécessaire
pour payer leurs subordonnés^.
Le 22 février 1334 S quand le roi retira aux gens de son hôtel
tous les droits qu'ils prenaient et les réduisit à leurs seuls gages,
il ordonna aux clercs de chaque office de présenter leurs comptes
deux fois par an au maître de la Chambre aux deniers, qui lui-
même devait présenter aussi les siens chaque année aux gens des
Comptes. C'est ce qui forme les comptes de l'hôtel. Un certain
nombre d'officiers, de notaires, de sergents, etc., au lieu de
prendre leurs gages à l'hôtel, les prenaient en dehors ou les rece-
vaient des mains des receveurs. De là, des abus se produisaient,
et le roi, le 18 juin 1339, se plaignit que, malgré l'argent qu'ils
recevaient ailleurs, ces officiers lui coûtaient encore très cher
1. Bibl. nat., Fonianieu, portefeuille 77 (non folioté).
2. Voir Archives historiques, artistiques et littéraires, t. II, p. 49 (Compte des
obsèques de Philippe VI).
3. Voir les Journaux du trésor de Philippe VI, dans la collection des Docu-
ments inédits, la table, à ce nom.
4. Voir les Journaux du trésor de Philippe VI, n" 369, 532, 600, etc.
5. Ord., t. II, p. 97.
472 l'hôtel de PHILIPPE VI DE VALOIS.
dans son hôtel. Il leur retira donc ce privilège et ordonna aux
gens des Comptes d'envoyer leurs lettres au maître de la Chambre
aux deniers, afin qu'à l'avenir il leur payât leurs gages, robes ou
manteaux, mais seulement « pour les jours qu'ils seront et auront
esté en nostre hostel et fait leur office en la manière accoustu-
mée^ »
Outre l'hôtel du roi, comprenant tous les offices et employant
tout le personnel que nous avons énumérés, il y avait encore
l'hôtel de la reine et un hôtel pour chacun de leurs enfants, tous
calqués sur celui du roi et ayant les mêmes offices, la même
administration ^ Mais, comme nous le prouve la différence des
dépenses faites dans l'hôtel du roi et dans celui de la reine, le per-
sonnel devait être sensiblement moins nombreux dans ces derniers
que dans le premier.
Aux dépenses ordinaires de ces hôtels, il faut encore ajouter les
pensions, les aumônes et les bonnes œuvres, qui entraient pour
une somme assez considérable dans leur budget. Une aumône,
dont nous pouvons citer plusieurs exemples, consistait, lorsque
le roi, la reine et leurs enfants allaient dans une localité, à aban-
donner à l'hôpital ou aux pauvres, ou à l'abbaye de cette localité,
le dixième de tout ce qui avait été dépensé dans les hôtels du roi
et de sa famille ou seulement le dixième du pain et du vin. Les
vases dont s'était servie la famille royale étaient aussi quelquefois
abandonnés, comme cela se pratiquait en faveur des malades de
CorbeiP.
Maintenant que nous avons fait connaître l'organisation de
l'hôtel et de son personnel, nous allons à l'aide de quelques docu-
ments indiquer le montant des dépenses qui y furent effectuées en
1330 et aux environs de 1335. On pourra voir par le résultat de
ces deux années ce qu'en moyenne il fallait à Philippe VI pour
1. Ord., l. II, p. 174.
2. Voir, dans les Journaux du trésor de Philippe VI, les nombreuses men-
tions qui concernent les hôtels de la reine et des princes.
3. Philippe VI, en février 1333 (n. st.), accorde aux malades et aux lépreux
de Corbcil le dixième du pain et du vin dépensés dans son hôtel, celui de la
reine et de ses enfants, ainsi que les vases dont ils auront fait usage lorsqu'ils
viendront dans celte localité (Bibl. nal , Fontanieu, portefeuille 71, fol. 208).
— En décembre 1331, il avait accordé aux lépreux de Saniois la moitié du
dixième du pain et du vin de son hôtel, de celui de la reine et de ses enfants,
lorsqu'ils viendront à Samois, à Fontainebleau ou à Moret (Arch. nat., JJ 66,
fol. 372 V, n° 906).
l'hôtel de PHILIPPE VI DE VALOIS. 473
faire face à tous ces frais. Pour l'année 1330, les dépenses de
l'hôtel du roi, sans compter l'argenterie et l'écurie, montèrent à
140,780 livres 32 sous 6 deniers parisis. Les dépenses pour l'écurie
seule montèrent à 30,234 sous 9 deniers parisis ; celles de l'argen-
terie du roi, de la reine et de leurs enfants à 35,810 livres 17 sous
3 deniers parisis. Les dépenses de l'hôtel de la reine seule s'éle-
vèrent à 79,079 livres 9 deniers. Le total de toutes les dépenses
des hôtels du roi et de la reine fut donc de 265,873 livres 5 sous
3 deniers parisis, « sans les gros dons et les grosses messageries
que li roys paie hors lesdis comptes des hostiex et de l'escurie et
de l'argenterie'. » Vers 1335, la dépense de l'hôtel du roi s'éleva
à 116,699 livres parisis et celle de l'hôtel de la reine à 77,433 livres
parisis, toujours sans compter l'argenterie ni l'écurie, et la
dépense totale fut de 271,933 livres parisis ^ Ainsi, pour cette
année, l'hôtel prit à lui seul plus du tiers de la recette ordinaire
du royaume, puisqu'elle fut, selon le rapport publié par M. de
Boislisle, de 656,247 livres 17 sous 3 deniers oboles parisis.
Pour terminer ce travail, il nous resté encore à faire connaître
l'état dans lequel sont parvenues les ordonnances qui ont servi à
retracer l'histoire de l'hôtel de Philippe de Valois. Le texte que
nous en donnons n'est pas, malheureusement, pris sur les origi-
naux. L'incendie de 1737 les a sans doute anéantis, et nous n'en
avons pu retrouver que des copies, tant à la Bibliothèque natio-
nale qu'aux Archives nationales. Ces différentes copies, bien que
défectueuses, n'en sont pas moins très précieuses ; elles nous ont
permis d'apporter dans cette étude autant de précision qu'il était
possible. De nombreuses et souvent de grossières fautes les
déparent, il est vrai, mais nous avons pu, nous l'espérons, les
corriger en grande partie.
Ces ordonnances sont comprises dans les manuscrits suivants
de la Bibliothèque nationale : Clairambault 833, pages 1013 à
1047, 977 à 1010 et 1053 à 1092 ; Manuscrit français n° 7855,
pages 433 k 445, 417 à 429, 449 à 461 et 465 à 466. Ce manus-
crit semble, au reste, n'être qu'une copie plus ou moins fidèle du
précédent. La dernière ordonnance, du 28 mai 1350, est en outre
1. Bibliothèque de l'École des chartes, 1887, p. 384 el 385 (Rapports à Phi-
lippe VI sur l'état de ses finances, publiés par M. Moianvillé).
2. Annuaire-Bulletin de la Société de l'histoire de France, 1875, p. 91-94
(Rapport à Philippe VI sur ses finances, publié par M. de Boislisle).
» *
474 L HOTEL DE PHILIPPE VI DE VALOIS.
également comprise dans le registre des Archives nationales
P 2292, pages 223 à 241.
Jules VlARD.
OftDOi^.XANCE DE l'hOSTEL DD Roy PhILIPES VI, DIT DE VlLGIS, EXTRAITE
d'dn roclead EN PARCHEMIN QUI A POUR TITRE : VOrdounance du Roy
Philipes, qui fut comte de Valois.
C'est Vordenance de l'hostel le Boy.
Sus la Panneterie :
C'est assavoir cinq pannetiers :
HueL de Riliy, Guillaume de La Lande, Mahieu Ravenel, Jehan de
Noisy, Adenet de Igny, desquiex il aura tousjours m à court, ii par
devers le commun et un par devers la bouche, et les autres ii, l'un
par devers le commun aus premiers et l'autre aus derniers; et chas-
cun des m qui demourront à court aura ii provendes d'avoine et
leurs chevaus seignez, et forge, et vin de couchier chascun une
quarte, et chandeles un quaïer et xri menues chandelles : et si aura
chascun pour ii valiez livroison, qui ne mengeront point à court, et
pour toutes autres choses ii s. parisis de gaiges par jour. Et doivent
les pannetiers achater le pain et faire venir par compte; et quant le
Roy sera de séjour, il achateront du blé pour savoir se il auront bon
marché de pain, et feront venir le pain et le compteront par douzaine
à mettre en la panneterie, et feront porter en salle, et ce qui en sera
demourant de la journée ne sera pas compté devant lendemain, et
saront combien.
Item, Regnaud, clerc de la panneterie des nappes, sera à cheval et
fera le siège et le petit disner en bois, et aura une provende d'avoine,
forge, et xiii d. de gaiges, et cent sols pour robe par an, et comme U
autre clerc en la fourrière, lit et ii bottes de feurre, un quaier et
VIII chandelles.
Item, Pierre d'Atechy, clerc de la panneterie du commun, a une
provende d'avoine, forge, et xii d. de gaiges pour son vallet qui ne
mengera pas à court, cent sols pour robe et pour autres choses,
vin petites chandelles et i quaier; en la fourrière, un lit et ii bottes
de feurre. Et, se il y a deffault de pannetiers, qu'il face le service en
salle.
Item, Jehan Thoreau, Jehannin le Truant, et un vallet qui a nom
l'hôtel de PHILIPPE VI DE VALOIS. 475
Perrot de li Brueil, tous porte chapes, qui mengeront à court et
auront chascun un d. de gaiges par jour pour toutes choses, et chas-
cun XXX s. pour robe par an.
Item, Hemery et Simonet de Maillé seront sommeliers et menge-
ront en salle, et aura chascun ii d. de gaiges par jour pour toutes
choses, et lx s. pour robe par an, et une couste et une botte de feurre
à chascun.
Item, Jehan Lormiau et Regnaud, qui seront aydes et mengeront
à court et n'auront riens plus, et prenront pour la panneterie xii chan-
delles menues de livroison.
Item, la chambre des nappes, autant.
Item, Gringoire l'oubloier, qui fera le pain de bouche et les oblées,
et fera l'en marchié à luy de tout, et ne fera quexx^ soudées de pain
de bouche et xii denrées d'oublées le jour, et prenra une provende
d'avoine, forge et vi courtes chandelles et livroison, et xiii d. de gaiges
pour son vallet qui ne mengera point à court, et pour toutes autres
choses cent sols par an pour robe.
Item, Jehanne la lavandière aura pour le cent de napes v s. et les
touailles davantage.
Item, Thevenin, charetier du chariot de la panneterie des nappes,
aura chevaus du Roy et iiii s. de gaiges par jour, et un 1. pour robe
et harnois par an.
C'est l'ordonnance de Vhostel le Roij.
Sus V Eschançonnerie :
C'est assavoir cinq eschançons :
Thomas des Orges, Robert de Boutervillier, Tevenot de Jauney,
Jehan d'Argentueil et Oudinet de Noe, desquiex il y aura tousjours
à court, sans failhr, m, l'un pour la bouche et les ii pour le commun
servir, l'un aus premiers et l'autre aus derreniers, et prenront chas-
cun II provendes d'avoine, un quayer et xir menues chandelles, et
II s. parisis chascun pour gaiges, et pour ii valiez qui ne mengeront
pas à court, livroison ; et celuy de la bouche n"'aura point de vin
devers le commun. Et doivent prendre garde li eschançon du com-
mun que les bouz soient souffisament emplis de droite moison ; et
ne feront livroison ne délivrance de vin fors aus bouz hors salle, et
1. XII (Clair. 833).
476 l'hôtel de PHILIPPE VI DE VALOIS.
la livroison de vin de couschier sera faite à droite heure ordenée, et
qui ne vendra il perdra sa livroison-, et doivent li eschançons achà-
ter le vin, et non autre.
Item, Henaery, Jehan de Saint Denis et Gobin, barilliers, qui men-
geront à court, et aura chascun m d. de gaiges par jour et xxx s.
pour robe par an, et auront chascun une couste et ii bottes de feurre.
Item, Ferry, Bernardin, Guillerain, Apelo, de par le Roy somme-
liers pour la bouche, à cheval, dont chascun aura une provende
d'avoine, xiii* d. par jour pour leurs valiez qui ne mengeront point
à court, et cent sols chascun pour robe par an.
Item, Jehannot Horace, garde huche devers la bouche, qui demourra
tousjours en l'eschançonnerie, qui mengera à court et n'aura pour
toutes choses mais qu'il aura une couste et une botte de feurre en
la fourrière.
Billetot, ayde, et menra un sommier des coffinaux, mengeant à
court et n'aura riens plus.
Item, Robert, clerc de Teschançonnerie, qui prenra garde de la
despense du vin, mengera à court et aura une provende d'avoine,
forge et viii courtes chandelles, un quaier, et xiii d. pour son vallet
qui ne mengera pas à court, et c s. pour robe, et servira en salle se
il y a deffauUe d'eschançons et fera les escroûes, et non autre, et les
tailles.
Perrot de Cambret, pourveeur de vins, qui ira devant pour la
pourveance et portera aus eschançons ce qu'il trouverra, et li eschan-
çons achateront, et aura pour Uvroison une provende d'avoine, xiiid.
de gaiges ou l'ordenance des maistres.
Item, un boutiers; c'est assavoir : Jehan le Routier, Perrot de
Mente, Perrot de Gorbie et Foulebœuf, de par le Roy, qui mengeront
en salle, et aura chascun iri d. de gaiges pour toutes choses et xxx s.
pour robe par an.
Item, portebouz; c'est assavoir : Le Camus et Oudinct, qui ne men-
geront point à court, et auront viii d. de gaiges pour toutes choses.
Item, Robinet, qui gardera le vin, les vesseaus du commun et
n'aura riens, fors bouche à court.
Item, un potier, qui mengera à court et servira de poz.
Item, un madalenier, qui servira de hanas et voirrcs, aus gaiges
accoustumez, et a nom Jehan de Mailly.
Item, une charrette à m chevaus, qui aura v s. de gaiges par jour
1. m d. (Clair. 833).
l'hôtel de PHILIPPE VI DE VALOIS. 477
qui maine la huche et ne mengera point à court, mais qu'il aura les
V s. de gaiges pour ses m chevaus et pour luy.
Il est assavoir que les eschançons ne se pourront partir de court
sans le congié des raaistres, et se doivent ordoner en telle manière
que il en ait tousjours m à court.
Cuisine de bouche.
En cuisines de bouche et de commun aura un escuyers, c'est
assavoir :
Guyot de Leuse, Fagot, Hervet et Guillaume Hemon, desquiex
il y aura tousjours m à court, l'un devers la cuisine de bouche et
II par devers le commun, et mengeront à court et aura chascun
II provendes d'avoine, forge pour ii chevaus et livroison de chan-
delle, un quaier, xii menues chandelles, une quarte de vin de cous-
chier, et seront leurs chevaus seignez, et l'un sera à servir par devers
la bouche et les autres ii par devers le commun en salle pour servir
chevaliers, chapelains et sergens d'armes, et aura chascun ii s. pari-
sis de gaiges par jour, fein, hostelage et autres chouses, et prendra
chascun livroison à court pour ii valiez.
Item, 11 y aura iiii queux; c'est assavoir : Chicart et Thevenin
pour la bouche, Evrard et Champion pour le commun, dont les m
seront tousjours à court, l'un devers la bouche et les autres ii devers
le commun, et mengeront à court, et aura chascun ii provendes
d'avoine, forge pour ii chevaus, et seront seigné, livroison de chan-
delle, un quaier, xii menues chandelles, une quarte de vin de cous-
chier. Et sera l'un des m qui demourront vers la bouche, et les autres
II devers le commun en salle, et aura chascun ii s. parisis de gaiges
par jour pour fein, hostelage et autres chouses, et prendra chascun
livroison à court pour ii valiez qui ne mengeront point à court.
Item, II aydes devers la bouche, l'Arceprestre et Mallepiece, dont
il y aura tousjours un qui prendra une provende d'avoine, et xiii d.
par jour pour son vallet qui ne mengera pas à court, et pour toutes
autres chouses, et vi cortes chandelles de livroison.
Item, il y aura ii hasteurs ; c'est assavoir : Anguillelte et Braquaire,
et seront tousjours à court sans partir et mengeront à court, et n'au-
ront nulle autre chouse à court que leurs drois.
Item, il y aura ii pages ; c'est assavoir : Michelet et Maçon, tous-
jours mengeans à court, qui auront chascun m d. par jour, sans
plus, et L s. pour robe par an.
478 l'hôtel de PHILIPPE VI DE VALOIS.
Item, il y aura n enfans mangeans à court, et auront chascun
mois ir s. vi d. pour soulliers et xxv s. pour robe chascun an.
Item, Jehan de Vernon, paticier devers la bouche, aura xviii d.
parisis pour la douzaine de pastez, quieux que il soient. Item, pour
pastez de buef et pastez norjois, vr d. parisis pour la douzaine.
Item, il y aura un huissier; c'est assavoir : Jehan Noël, qui men-
gera à court et aura un d. de gaiges par jour et riens plus.
Item, un saussier; c'est assavoir : Robin le Saussier, qui aura
nu d. de gaiges par jour et nii 1. pour robe par an, et aura le som-
mier de la sausserie et gardera les espices et les livrera par pois, et
sera au mortier tant que elles soient broyées et aura xii chandelles
courtes pour livroison la sausserie, une couste et une botte de feurre.
Item, en la sausserie aura n aydes; c'est assavoir : Bouchart et
Jehannot de Jay, qui ne mengeront point à court, mais il auront le
pain du sel devers le commun. Et avant que le saussier moille les
escuelles, il les doit oschier et compter en la présence d'un des queux
ou d'un des aydeurs et les faire recueillir par ses valiez en salle, et
celles qui auront esté oschées ne doivent pas estre comptées le len-
demain ; et ne mettront li saussier que ii pains à table.
Cuisine pour le commun.
En la cuisine aura un clerc; c'est assavoir :
Guillemin le clerc, qui mengera à court et aura une provende
d'avoine, xni d. de gaiges par jour pour son vallet qui ne mengera
pas à court, et pour toutes autres choses, fer et clou, et c s. pour
robe par an, et vni courtes chandelles, un quaier de livroison, et ne
se partira nuls de court sans le congié des maistres, sus la peine
contenue en la panneterie cy dessus ^.
Item, il y aura nii aydes dessous les queux ; c'est assavoir : Perrot
le Bouchier, Baubigny, Pontalié et Macé, dont il y en aura tousjours
II devers le commun, et prendront chascun une provende d'avoine et
1. Cette peine, qui n'est pas indiquée à l'article consacré à la paneterie, dans
celte ordonnance, nous la trouvons dans les deux ordonnances de l'Hôtel de
Philippe le Long, de 131G et 1317. — « Item, les panetiers ne se pourront par-
tir de cour sanz prendre congié aus mestres de l'ostel, et, s'il le font, il en seront
puniz et privez hors de leurs offices par les mestres de l'ostel ; et aussi les
autres mestiers et officiaus ci-dessouz nommez » (Arch. nat., JJ. 57, fol. 60 v"
et 79 r«).
l'hôtel de PHILIPPE VI DE VALOIS. 479
XIII d, de gaiges pour son vallet qui ne mengera pas à court, et
pour toutes autres choses, et vr courtes chandelles de llvroison.
Item, il y aura m hasteurs; c'est assavoir : Guillot du garde men-
gier, Colet et Jacquemart; et seront à court tousjours sans partir, et
mengeront à court, et n'auront nulle autre chose que leurs drois.
Item, il y aura ii souffleurs; c'est assavoir : Regnaudin Dorin et
Raoulet de Saint Clo, qui mengeront à court et n'auront riens plus
que leurs drois.
Item, il y aura m pages; c'est assavoir : Chicaut Cerpier, Guillot
de la Cuisine et Le Camus, qui mengeront à court et auront m d. de
gaiges chascun par jour et n'auront riens plus.
Item, il y aura un enfans; c'est assavoir : Thevenin de Bloies,
Jehan de la Veine, Jehan de Laon et Bellebouche, mengeront à court
et auront chascun ii s. vi d. le mois pour souliers et robes, comme
les autres de cuisine de bouche.
Item, un saussier ; c'est assavoir : Alois, mengera à court et aura
iiii d. de gaiges par jour et iiii 1. pour robe par an, et menra le som-
mier de la sausserie et des espices, et aura xii menues chandelles et
sera au mortier tant que elles soient brayées.
Item, il y aura un valiez de sausserie-, c'est assavoir : Le Barbier,
Adenet de Saint Germain, Jacquin de Senlis et le Picart, qui ne men-
geront point à court, mais il auront le pain du sel, comme les autres
dessus. Et doit le saussier faire l'office des escuelles en la présence
de l'un des queux, comme le saussier de bouche.
Item, un huissier pour la cuisine du commun; c'est assavoir :
Jacquet de Bethisy, mengera à court et aura un d. de gaiges par jour
pour toutes choses.
Item, un herbergeur pour la cuisine; c'est assavoir : Doûaust, et
fera venir la bûche et le charbon pour la cuisine.
Item, un maignen-, c'est assavoir ^ mengeant à court, et n'aura
riens plus.
Item, il y aura ir charretiers de grans charrettes, qui auront chas-
cun V s. de gaiges par jour et c s. pour robe et harnois par an.
Fruicterie.
En la fruicterie aura m fruictiers; c'est assavoir :
Jacquet, Jehan le Lombardel et Jehan de Troies, s'il plaist au Roy,
1. Il n'est pas désigné dans le manuscrit.
480 L HOTEL DE PHILIPPE VI DE VALOIS.
dont il y en aura tousjours ii à court, et prendra chascun ri provendes
d'avoine et forge, et seront leurs chevaus seigniez, et mengeront à
court et auront livroison de chandelle, chascun un quaier etxii menues
chandelles, une quarte devin de coucher, et aura chascun ir s. pari-
sis de gaiges pour hostelaige et pour toutes autres choses, et pren-
dra chascun livroison pour ii valiez qui ne mengeront point à court.
Item, sommeliers iir, c'est assavoir : Jehannin le Neveu, Jehan
de Vernon et Huguelin Dilles; et menront ii sommiers, l'un du fruit
et l'autre des chandelles, et mengeront à court, et aura chascun
un d. de gaiges par jour et lx s. pour robe par an pour toutes
chouses, et aideront à faire le service en la salle sans nulle autre aide.
Item, iiii valiez; c'est assavoir : Guillemin de Saint Germain,
Jehannin Neveu, Tassin Toupet et Jehan de Joûy, et un chaufecire,
c'est assavoir Jehan du Val, qui mengeront à court, et auront chas-
cun de eux m d. de gaiges par jour et riens plus.
Item, en la fruicterie aura un chariot que Fen querra, et aura le
charretier un s. de gaiges par jour et nn 1. pour robe par an et har-
nois, et ne s'en pourra nul partir sans le congié des maistres, sus la
peine contenue cy dessus en la panneterie.
Escurie.
En l'escurie aura vi escuyers maistres d'escurie ; sçavoir :
Philipot des Moustiers, Guillaume de Soudoy, Guiot de Veloir,
Hardie, Gille de Glamart' et Guerin des Gorones, dont il y en aura
tousjours nri à court, sçavoir n pour le cors et n pour le commun,
et le maistre de la fouriere ira et vendra quant il voudra ; et n'aura
chascun que n provendes d'avoine, fer et clou, et seront leurs che-
vaus seigniez, et auront livroison, une quarte de vin de couchier
chascun, et chandelle et septain pour voir les chevaus, et chascun
pour soy un quaier et xn menues chandelles, et prendront chascun
livroison pour n valiez, et ne mengeront point à court, et c s. pour
robe par an ; et ne se coucheront point li escuyer devant que il auront
veu tous les chevaus du Roy, et saura celuy du commun de qui
l'avoine et le fein seront achatez, et combien il auront cousté, et sera
au livrer l'avoine.
1. Ce Gilles de Clamart est mentionné dans les Journaux du trésor de Phi-
lippe VI comme maître d'écurie les 29 mars et 17 juillet 1328 (voir l'édition
des Journaux du trésor que nous préparons pour la collection des Docu'
menls inédits, aux n" 17 et 48).
l'hôtel de PHILIPPE VI DE VALOIS. 481
Item, mareschaiix m; c'est assavoir : Guillemin le Mareschal,
M*" Guy le Mareschal et Audriet fils Homede, mengeront à court, et
chascun une provende d'avoine et chascun vin d. de gaiges pour son
vallet et pour toutes autres choses, et xii courtes chandelles de livroi-
son à chascun, et prendra chascun c s. pour robe par an en la chambre
aus deniers à ii termes, et sera la defferre le Roy.
Item, un clerc; c'est assavoir : Perrot le Clerc, qui sera à livrer
l'avoine et mengera à court, et aura une provende d'aveine, vi d. de
gaiges pour son vallet et pour toutes autres chouses, et aura viii chan-
delles courtes et une couste sans feurre.
Item, un vallet des pallefrois; c'est assavoir : Chatriot\ et men-
gera à court et aura lx s. pour robe par an et riens plus, et sera son
cheval en l'escuirie.
Item, un vallet des coursiers; c'est assavoir : Testemolle, qui aura
tout autel comme Chatriot, vallet des pallefrois, et tant d'aydes auront
comme les escuyers verront qu'il leur faudra, selon les chevaus qu'il
auront, une huere plus, une autre huere moins.
Item, III valiez de forge, sommeliers; c'est assavoir : Philipot le
Normant, Jehannin Compère et Henriet Lallement, mengeront à court
et ne prendront nulle autre chouse; mais il y aura ii sommiers de
forge que les ii valiez des m dessusdiz menrront, et l'autre ira à
pied, et aront tous m par an chascun lx s. pour robe.
Item, un aide à pié que Guillemin le Mareschal prendra.
Item, Guillot le Mareschal, pour les sergens d'armes, mengera à
court et aura une provende d'avoine et fein, vm d. de gaiges pour
son vallet et pour toutes autres chouses, xii courtes chandelles de
hvroison, et prendra c s. pour robe par an en la chambre aus deniers
à II termes, et sera la deflerre le Roy.
Item, valiez d'estables et chevaucheurs ; c'est assavoir : Guyot des
Henaz, Robin le Ghevaucheur, Girard le Grant, Guillot le Breton,
Jehan de Chevreuse, Hervy le Queu, Hannequin le Flamenc, Feuchy,
Hemery Vallée, Guillot Quotin, qui mengeront à court et auront
LX s. pour robe à ir termes et riens plus, et les vi seront tousjours à
court pour faire l'office de l'escuirie, et les autres iiii seront pour
aller hors porter lettres, et les chevaus en l'escurie.
l. En mai 1341, Philippe VI donna à Pierre Chatriot, son palefrenier, 12 I. p.
de rentes qui auparavant avaient été données à vie à feu Hennequin Lalemaat,
garde des grands chevaux du roi. — Acte vidiraé en août 1349 (Arch. nat.,
JJ 78, fol. 28, n» 51).
1894 34
482 l'hôtel de PHILIPPE Vr DE VALOIS.
Item, il y aura une charrette à m chevaus qui seront le Roy,. et
aura iiii s. par jour pour toutes chouses.
Item, il est assavoir que nuls chevaus ne seront achatez sans le
commendement le Roy ou des maistres de l'ostel.
Item, que toutefois que escuyers voudront compter de leurs mis-
sions il appelleront un des maistres d'hostel.
Item, un vallet de train; c'est assavoir : Audriet, mengera à court
et prendra ainssinc comme il a esté accoustumé. Et ne presteront 11
escuyer nus chevaus le Roy par leur serement, se ce n'est du com-
raendement du Roy ou par le congié du grant maistre de Tostel, et
si n'est à court il ne le feront pas sans le congié des autres maistres
d'ostel.
C'est Uordenance de l'hostel le Roy.
Sus la Fourrière :
C'est assavoir iir fourriers :
Golinet le Fourrier, Estienne le Chien et Jacques de Chambly<,
dont li II seront tousjours à court, et aura chascun ii provendes
d'avoine, forge, et mengeront à court, et xix d. de gaiges pour chas-
cun et c s. pour robe par an, pour chascun une quarte de vin de
couchier.
Item, V valiez à cheval; c'est assavoir : Thevenin le Chien, Raou-
let le Fumeur, Piqueigny, Thevenot de Viviers et Bertaut Bourde,
dont il y en aura tousjours ii à court, et aura chascun une provende
d'avoine et xiii d. de gaiges pour toutes chouses, et c s. pour robe
chascun par an, et feront le service eus mesmes, ou il en seront pri-
vez hors par les maistres d'ostel.
Item, il y aura xi aydes; c'est assavoir : Thevenot Corme, Jehan-
not Esculot, Martinet de Navarre, Guillot de Saint Gosse, Richard de
Saint Martin, Renaud Escuelleit, Jehan de Monlargis, Jehannot
Malet, Simonet de Maante, Perrot de la Hache et Jehannot Chaillouer;
lesquiex aydes ne mengeront pas à court, et aura chascun viii d. de
gaiges pour toutes chouses, et porteront le fuerre, les coustes et la
busche par les chambres le Roy sans nulle autre aide ; et ne livrera
l'en riens à nulles personnes, fors ans vi chambres, si com il est
ordené.
. 1. Jacques de Chambly était encore fourrier du roi au mois d'août 1348
[Journaux du trésor de Philippe VI, n" 3161).
l'hôtel de PHILIPPE VI DE VALOIS. 483
Item, il y aura un sert de l'eaue qui mengera à court et aura m d.
de gaiges pour toutes cliouses, et xl s. pour robe par an.
Item, Perrot le Seneschal, clerc de la fourrière, qui aidera à ce
qui sera à faire, et aura une provende d'avoine et xiii d. de gaiges,
et c s. pour robe par an.
Item, la fourrière aura pour le service faire xxx menues chandelles
et non plus. Et est ordené que li fourriers ne pourront, ne mettre
aide en la fourrière, ne oster, par leur serment, sans congié des
maistres de l'ostel.
Huissiers de salle.
C'est assavoir : Raymondin Desramé, Geuffrin, Olivier, Jehan de
Leglone et Feliset, desquiex il en aura un devers Madame la Royne,
et en aura tousjours ii à court et se ordonneront à servir par temps,
et aura chascun une provende d'avoine et xix d. de gaiges pour toutes
autres chouses, cent sols pour robe, un quaier de chandelles et
VI cortes; et sera tousjours à court Olivier ou Geuffrin.
Portiers.
Le Gois, Gautier de Reclouses et Thomas Fauconnier, dont les
Il seront tousjours à court, et aura chascun une provende d'avoine
et XIII d. de gaiges pour toutes chouses ^ Et auront li portier un cin-
quain, lequel sera pour sercher l'ostel le Roy, un quaier et xii courtes
chandelles, et chascun portier pour soy vi courtes chandelles^. Et
auront pour tous demy molle de bûche en hyver à la porte, et chas-
cun XL s. pour robe à la Toussains.
Valiez de porte.
C'est assavoir : Guillot le Page et Philipot, qui mengeront à court
et n'auront autres chouses, mais que eux ii auront un quaier pour
aller esveillier, et chascun une couste et une botte de fueure, et n'ont
nus gaiges, mais il ont chascun cent sols pour robe par an. Et aura
Guillot le Page une provende d'avoine, tant comme il plaira au Roy.
1. « Et G s. pour robe par an, » au lieu de « pour toutes choses, » dans
Clair. 833.
1. Celle dernière phrase : « Et chascun portier pour soy, vi courtes chan-
delles, » n'existe pas dans Clair. 833.
484 L*eÔTEL DE PHILIPPE VI DE VALOIS.
L'ordenance faite du commendement le Roy par Monseigneur Jehan
de Biaumont\ souverain maistre de Vostel le Roy, Monseigneur
Pierre de Jauney, Monseigneur Herouart de Belleperche, maistres
d'ostel, à Espiers en Tardenois^, dimanche v jours de juin, l'an
mil trois cens vingt huit; et la correction des premières orde-
nances des chouses obscures contenues en icelleSj esclarcies en
iceste.
Premièrement, les m chiez des offices de Panneterie, d'Eschan-
çonnerie et de Cuisine prendront aussy, comme du temps du Roy
Giialles, que Diex absoille, c'est assavoir : cliascun, fein, avoine, fer
et clou pour m chevaus, livroison accoustumée pour m valiez et
xir d. pour hostelage, pour chascun jour qu'il seront à court, se il le
vuellent prendre, chandelles et vin de concilier en la manière que il
estoit accoustumé au temps du Roy Ghalles, et riens plus.
Les autres pannetiers, eschançons, escuyers de cuisine et queux
prendront chascun, fein, aveine, fer et clou pour ii chevaus, livroison
pour II valiez accoustumée, viii d. pour hostelage, chandelle et vin
de couchier et riens plus.
Le clerc de la Panneterie, d'Eschançonnerie et de Cuisine pren-
dront pour II chevaus, fein, avoine, fer et clou, et livroison pour
Il valiez, VIII d. pour hostelage chascun, se il le veullent prendre, et
chascun cent sols pour robe par an à ii termes, vin de couchier et
chandelles en la manière qu'il a esté autrefois accoustumé.
Les valiez Iranchans prendront chascun, fein, avoine, fer et clou
pour II chevaus, livroison pour ii valiez, viii d. pour hostellage, c s.
pour robe chascun à ii termes, chandelles et vin de couchier en la
manière qu'il avoient au temps du Roy Challes ^.
Les fruictiers et fourriers prendront aussy pour ii chevaus, chas-
cun fer et clou et xix d. de gaiges, et des autres chouses, en la
manière accoustumée, et riens plus.
Le clerc de l'escuirie prendra fein, aveine, fer et clou pour un
1. Jean de Beaumonl, déjà maître d'hôtel en 1321 sous Philippe le Long,
devint souverain maître d'hôtel sous Philippe de Valois et resta à son service
jusqu'à sa mort arrivée le 2 avril 1338 (n. st.) (P. Anselme, Histoire généalo-
gique, t. VIII, p. 311).
2. Épicds (Aisne), cant. de Château-Thierry.
3. Le valet tranchant qui était à cour sous Charles le Bel avait « xii courtes
chandelles et vin de couchier une quarte » (Bibl. nat., ms. fr. 7855, p. 279).
l'hôtel de PHILIPPE VI DE VALOIS. 485
cheval et xii d. de gaiges pour son vallet, jusques à tant que il en
ait esté autrement ordené.
Les sommeliers des nappes ne prendront que ii d. chascun de
gaiges, en la manière qui souUoit; mais l'en leur fera grâce, selon
ce que l'en verra que bon sera.
La lavandière du chief le Roy prendra ii provendes d'avoine et
II s. de gaiges, c s. pour robe et livroison en la manière qu'elle fai-
soit au temps du Roy Ghalles *.
La lavandière des nappes aura chascun jour, pour nappes et
touailles laver, jusques à tant qu'il semblera bon aus maistres de
l'ostel, V s. parisis.
Les charretiers des offices, c'est assavoir : le charretier du cherriot
de chambre le Roy, le cherretier des nappes d'eschançonnerie, de
cuisine, de fruicterie et de chambre aus deniers, prendront gaiges
aussy comme il faisoient du temps du Roy Ghalles^.
Charpentiers, maçons et autres maistres prendront en la manière
accoustumée.
Nicolas de Condé', raaistre de la chambre aus deniers, prendra
fein, avoine, fer et clou pour m chevaus, livroison pour m valiez,
tout en la manière que IVP Raoul de Paris prenoit au temps du Roy
Ghalles \
1. Voici quelle était la livraison de la lavandière sous Charles le Bel d'après
une ordonnance de janvier 1322 (n. st.) : « La lavandière dou chief le Roy aura
livroison, chascun jour, xn denrées de pain et un setier de vin, ii pièces de
char et une poulie, et non plus, et aura une pro vende d'avoine et forge; et
pour son vallet et pour toutes autres choses, chascun jour xiii d. de gaiges
(Bibl. nat., ms. fr. 7855, p. 270).
2. D'après cette ordonnance de 1322 (n. st.), voici quels étaient les gages de
ces charretiers : « Item, en la chambre le Roy aura un chariot à v chevaus qui
seront le Roy et seront en l'escurie, et aura le charretier xii d. de gaiges par
jour et Lx s. pour robes, pour tout l'an, et son vallet x d. de gaiges par jour
et XL s. pour robe, et ne mengeront point à court » (Bibl. nat., ibid., p. 266).
— Pour l'échansonnerie : « Item, il y aura une charrette à m chevaus qui aura
V s. de gaiges par jour, qui menra la huche, et ne mengera point le charretier
à court, mes il aura v s. par jour pour ses m chevaus et pour li » (Ibid.,
p. 273). — Pour la fruiterie : « Item, en la fruicterie aura un chariot que l'en
querra » (Ibid., p. 276).
3. Ce Nicolas de Condé est sans doute le même que celui qui fut nommé
commissaire pour payer les legs et dettes de Charles de Valois, père de Phi-
lippe VI, et qui, en mars 1350 (n. st ), était chanoine de la chapelle royale de
Paris {Journaux du trésor de Philippe VI, n" 763 et 4664).
4. Raoul de Paris, « clerc, maistre de la chambre, qui fera les payemens et
aura n provendes d'avoine et fer et clo, et mengera à court et aura par jour
486 l'hôtel de PHILIPPE VI DE VALOIS.
Perrinet de Condé, clerc de ladite chambre, prendra foin, avoine,
fer et clou pour un cheval, livroison pour un vallet et cent sols pour
robe par an à ii termes.
Pierre de Rochefort^ clerc, contrerouUeur pour le Roy en la dite
chambre aus deniers, prendra foin, avoine, fer et clou pour ii che-
vaus, livroison pour ii valiez, chevaus du Roy, et l 1. par an de pen-
sion à II termes pour ses nécessitez.
Veneurs.
Jehan le Veneur, maistre veneur, est asseuré de ses gaiges, hors.
Raoullet Goichel, Henry de Meudon, Perrot le Veneur, Mahiet le
Veneur, Guerinot de Filemain et Denisot le Sage, tous veneurs, auront
chascun pour ii chevaus, fer et clou quant il seront à court, et chas-
cun V s. de gaiges hors et eus, jusques à tant que il semblera bon
et temps, et la monnoie soient amendez.
Foucaut Poumier, ayde, prendra fer et clou pour un cheval à court
et m s. de gaiges à court et hors.
Colinet des Perriers, mulletier, prendra fer et clou à court pour un
cheval et ii s. de gaiges à court et hors.
Sept valiez de chiens auront chascun xii d. par jour à court et hors.
Et prendront tous ces veneurs, aydes, mulietiers et les valiez de
chiens livroison accoustumée à court quant il seront à une lieue près
de la court, et non plus, et leurs autres chouses accoustumées.
Item, iiii pages prendront chascun x d. de gaiges par jour et ne
mengeront pas à court, ne ne prendront livroison ne autres chouses,
hors ne ens.
Archers.
Jehan Dreue, maistre archer, prendra fer et clou pour ii chevaus
et V s. de gaiges par jour.
Guillaume Roignaut, Guillaume Harenc et Robin Roignaut pren-
dront chascun fer et clou pour ii chevaus à court et m s. de gaiges
par jour.
pour ses valiez qui ne mengeront point à court xvi (1. de gaiges, et pour foin et
autres choses xii d. par jour-, et aura un cler à cheval qui aura une i)rovende
d'avoine el xiu d. de gaiges pour toutes choses » (Bibl. iiat., nis. fr. 7855, p. 269).
1. Pierre de Uochefort devint maître de la Chambre aux deniers avant Pierre
de Berne, qui l'était dans les dernières années du règne de Philippe VI (voir
Journaux du trésor de Philippe VI, la table, à ce nom).
l'hôtel de PHILIPPE VI DE VALOIS. 487
Jehan des Bicchez, aide, ii s. par jour.
Trois valiez de chiens, Jehan Hon, valleL des ars, eL le charretier
de la charrette de bois, chascun xii d. par jour, ii chevaus de la dite
charrette, chascun xx d. par jour. Tous ceuz dessus prendront hors
et ens, et tous les archers, aides, valiez et charretier prendront hvroi-
son accoustumée dedans la lieue près de la court, comme les veneurs.
Item, II pages, chascun x d. par jour, et ne prendront riens plus
à court.
(La fin au prochain numéro.)
I
ALEXANDRE DE VILLEDIEU
ET
GUILLAUME LE MOINE, DE VILLEDIEU
En ^893, M. le docteur Dietrich Reichling, professeur au gym-
nase de Heiligenstadt, a publié une longue et consciencieuse étude
sur la vie et les œuvres d'Alexandre de Villedieu, avec un texte du
Doctrinal, solidement établi et savamment commenté : le tout forme
le tome XII des Monumenta Germanix pœdagogica '. L'auteur en a
détaché la partie bibliographique, qui, sous le titre de Alexandri
de Villa Dei Doctrinalis codices manu scripti et lihri typis impressP,
contient la description de 250 manuscrits et de 296 éditions du Doc-
trinal. C'est là un travail très méritoire, qui sera fort utile pour l'étude
de différentes questions d'histoire littéraire ou de bibliographie, et
dont les bibliothécaires pourront en toute confiance faire usage pour
bien distinguer les éditions du Doctrinal : un renvoi aux numéros
des notices de M. Reichling suffira désormais pour identifier les
exemplaires qui doivent figurer dans les catalogues. J'en ai fait
l'expérience en passant en revue les éditions du Doctrinal que pos-
sède la Bibliothèque nationale et dont le catalogue peut s'établir
comme il suit :
Catalogue des éditions du Doctrinal conservées
à la Bibliothèque nationale.
Sommaire.
Éditions sans date : ^-7.
1. Das Dnclrinale des Alexander de Villa Dei. KriUsch-exegetische Ausgnbe
mit Einleitung. Verzeichniss der Handschripen und Druche nebst Registeni.
Berlin, A. Hofmann, 18'J3, in-8" de xxiii, cccix et 211 p.
2. Berolini, 1894, in-8' de vin et 189 p.
AlEXiNDEE DE VILLEDIEU ET GUILLAUME LE MOINE, DE VILLEDIEU. 489
Éditions datées, rangées chronologiquement : 8-^9.
Éditions publiées à : Berlin, -19.
Deventer, 45.
Milan, 9.
Nuremberg, 40.
Paris, 2, 3, 46, 4 7, 48.
Parme, 8.
Rouen, 4.
Tusculum, 5.
Venise, 6, 7, 44, 42, 43.
Éditions dépourvues de commentaires : 4,3, 6, 7, 8, 9.
Éditions avec notes ou commentaires de :
Ascensius (Joscius Badius), 45, 46, 47.
Bernier (Johannes), 4.
Guaschis (Ludovicus de), 5, 40, 44, 42, 43.
Gutterius (Andréas), 2.
Kempo Tessaliensis, 2.
Malleolus (Paulus), 44.
Monierus (Foucaudus), 4.
Reichling (D.), 49.
Susannœus (Hubertus), 48.
Tiberga (Pacinus), 44.
Torrentinus (Hermannus), 2.
Vaus (Johannes), 46.
1. Alexandre de Villedied. — Fragments d'une ou de plu-
sieurs éditions du Doctrinal, appartenant à la prototypographie
néerlandaise et imprimées avec les caractères qui ont servi pour
le « Spéculum humanae salvationis. »
La Bibliothèque en possède 8 feuillets sur vélin, reliés dans les
volumes 1046 et 1047 de la série des vélins, savoir :
1° (Fol. 2-5 du volume coté Vélins 1047, lequel provient de la
bibliothèque de Renouard.) Fragment contenant presque en entier
le chapitre relatif à la troisième déclinaison, et ce qui suit, depuis
le vers 114 « Quod nomen proprium quod non ita sit tibi notum, »
jusqu'au vers 347 « Is vel eos tenet im quartus reliquique dabunt
1. » — 29 lignes à la page.
2" (Fol. 1 et 2 du volume coté Vélins 1046.) Fragment relatif
aux trois premières conjugaisons, depuis levers 694 « Ut tibi per
490 ALEXAINDRE DE VILLEDIED
metrum formatio preteritorura » jusqu'au vers 809 « Hinc vinco
vici sunt testes crescoque crevi. » — 29 lignes à la page.
3" (Fol. 3 du même volume.) Fragment relatif à la quantité
des premières syllabes, depuis le vers 1709 « Ac brevis probat hoc
acer arbor acerbus acesco^ ?> jusqu'au vers 1771 « Fecis securus
fecundus grecia cecus. » — Probablement 32 lignes à la page.
La tête de ce feuillet a été enlevée.
4° (Fol. 4 du même volume.) Autre fragment du même cha-
pitre, depuis le vers 1899 « Atque logos sermo... » jusqu'au vers
1961 « Up curtatur sed Jupiter excipatur {sic). » — 32 lignes à
la page.
2. Alexandre de Villedieu. — Doctrinale totius gramma-
tices artis in unum compendiose digestum opus, juxta ipsius
specierum positive dyasinthetice prosodieque calculationem, ab
eruditissimis hujus scientie professoribus , diligenter gnareque
excusum cum familiari vocabulorum interpretatione gallica
adjuncta teutonice. . . Epitheta auctorum : Hermannus Torrenti-
nus in primam partem Alexandri ; Rempo^ Tessaliensis in secun-
dam partem ; Andréas Gutterius Cerasianus^, in tertiam partem ;
in^ Donatum familiaris commentarius ; Regularum grammatica-
lium compendiura; Gonstructiones singularis {sic); Elegantie
perquam utiles; Species figurarum; Modus punctandi. Marque
de Bernard Aubri. Veneunt in bibliopolio Bernardi Aubri, sub
Divi Martini stemmate, in vico Jacobeo. — Paris, s. d. In-4°.
Gabiers A, B, A-G et a-q. Garactères gothiques. N° 208 de
Reichling. Réserve. X. 1381.
3. Alexandre de Villedieu. — Textus Alexandri. Marque
de Denis Roce. — [Pa^'is,] s. d. Petit in-8°. Gabiers [a]-e.
N° 202 de Reichling. Réserve. X. 2581 .
1. Je donne ce vers par conjecture, la tête de ce feuillet ayant été coupée
par le relieur.
2. Le titre porte bien Rempo; mais il s'agit d'un certain « Kempo » deTexel.
3. Les bibliographes normands auront à vérifier la patrie de cet André Gout-
tière, qui, suivant M. Reichling (p. lxix), aurait été originaire « aus Cerisy,
einem Fleckcn in der Normandie. »
4. Sur le titre, en regard de ce qui suit (In Donatum — Modus punctandi)
se lisent les mots : Donatus, Remigius, grammatici, disposés de façon à domi-
ner tout le passage.
ET GDILLAUME LE MOINE, DE VILLEDIEU. 49<
4. Alexandre de Villedieu. — Focaudi Monie || ri cum
glosa fa II miliarissima super Doctrina || le Alexandri de Villa-
dei, una cum additionibus || magistri Johannis Bernier recenter
adje||ctis, ut legentibus etiam contenta primis in || tuitibus
pateant, recenti correctione et eraen || datione accuratissime cas-
tigata. Marque de Thomas Laisné. — (A la fin :) Doctrinale
Alexandri, una cum glosa Focau || di Monieri atque nonnullis
pluribus in locis super || additionibus, per magistrum Johannem
Bernier, |j appositis. Impressum Rothomagi, in officina || Guil-
lermi Tuveel, impenssis honesti viri || Thome Laisné. — Rouen,
s. d. In-8°. 192 feuillets non chiffrés. Cahiers signés [A]-&.
Caractères gothiques. Réserve, p. X. 27.
5. Alexandre de Villedieu. — Doctrinale. Opus Alexandri
grammatici pro eruditione puerorum. — (A la fin :) Tusculani,
per Alexandrum de Paganinis, apud lacum Benacensem. —
Tusculum, s. d. In-4°. Cahiers a-h. Caractères gothiques.
N° 258 de Reichling. Réserve. X. 815.
(Avec le commentaire de « Ludovicus de Guaschis. »)
6. Alexandre de Villedieu. — [Doctrinale.] Édition en
lettres rondes, sans titre initial ou final. Première ligne de la
première page : SCRIBERE CLERICVLIS Paro; première ligne
de la dernière page : Expectâdo davit expectâs sic geminavit.
— {'Venise,'] s. d. In-foL, quoique les pontuseaux soient hori-
zontaux. 46 feuillets non chiffrés, formant six cahiers non signés.
N° 1 de Reichling, qui considère cette édition comme publiée à
Venise, par Vindelin de Spire, vers 1470. Réserve. X. 1299.
7. Alexandre de Villedieu. — Alexandri grammatici doc-
tis II simi opus metrice compositum || féliciter et correctissimum.
— (A la fin :) M. CCCC. LXXIIII, die vero xxv maii. || Vene-
tiis. — Venise, 1474. In-fol. 41 feuillets, sans signatures.
Caractères ronds. N° 5 de Reichling. — Reliure en mar. r. aux
armes du roi. Réserve. X. 125.
8. Alexandre de Villedieu. — [Doctrinale.] (A la fin :)
Impressum Parmse, M. CCCC. LXXVIII, die xvii novembris.
— Parme, 1478. In-4°. Cahiers a-f. Caractères ronds. N° 8 de
Reichling. Réserve, p. X. 9.
492 ALEXANDRE DE VILLEDIED
9. Alexandre de Villedieu. — [Doctrinale.] (A la fin :)
Impressum Mediolani, per Leonardum Pachel et Ul || dericum
Sinezenzeller teuthonicos. M. CCCC. LXXXIIII, || die xvii de-
cembris. — Milan, 1484. In-fol. Cahiers a-d. Caractères
gothiques. N° 24 de Reichling. Manque le premier feuillet, qui
contenait peut-être un titre. Réserve. X. 454.
10. Alexandre de Villedieu. — Incipit Allexander grama-
ticus II cum brevi et utili expositione. — (A la fin :) Impressus
Nurrnberge, per Fredericum || Creusner, anno Domini millesimo
quadringentesimo octua || gesimo septimo. — Nuremberg, 1487.
In-4^ Cahiers a-v. Caractères gothiques. N° 748 de Hain, 37 de
Reichling. Réserve. X. 1300.
(Avec le commentaire de « Ludovicus de Guascliis. »)
11. Alexandre de Villedieu. — Opus Alexandri gramma-
tici pro eruditione puero || rum utilissimum incipit. — (A la fin :)
Alexandri grammatici opus interpretatum a viro || eruditissimo
grammatico domino Ludo || vico de Guascliis. Impressum Vene ||
tiis, per Bernardinum Bena || lium Bergomensem, an || nosalutis
M. CCCC. LXXXVII, die vu || mensis ma jj dii. — Ve^iise,
1487. In-fol. Cahiers A-H. N° 750 de Hain et 33 de Reicliling.
Réserve. X. 124.
12. Alexandre de Villedieu. — Doctrinale || cum comento.
— (A la fin :) Doctrinale Alexandri grammatici pro eruditione
puerorum féliciter explicit. Impressum || Venetiis, per famosissi-
mam Liga Bovariam, anno Domini 1491, die quinto januarii.
— Venise, 1491. In-4*'. Cahiers a-1. Caractères gothiques.
N° 83 de Reichling. Réserve. X. 1301.
(Avec le commentaire de « Ludovicus de Guaschis. >)
13. Alexandre de Villedieu. — (Fol. An :) Opus Alexan-
dri grammatici pro eruditione puerorum incipit. — (A la fin :)
Doctrinale Alexandri grammatici pro eruditione puerorum féli-
citer explicit. Impressum || Venetiis, per Sjmonem Papiensem
alias Bevilaqua, anno Domini 1492, die 9 maii. — Ve^iise,
149-4?. ln-4°. Cahiers A-L. Caractères gothiques. N° 95 de Reich-
ling. Réserve. X. 1302.
(Avec le commentaire de « Ludovicus de Guaschis. »)
ET GUILLAUME LE MOINE, DE VILLEDIEU. 493
14. Alexandre de Villedieu. — Facini Tibergae in [|
Alexandrum interpretatio. Marque de B. Rembolt. — (A la fin :)
Facini Tibergae in Alexandrum expositio, a Paulo Mal || leolo
exacte recognita, per industriosum chalcographum || lîertoldum
Renbolt, Parisiis, in vico Sorbone, impressa, finem || sortita est
fœlicem, tertio kalendas junias, anno Christi Mil || lesimo quin-
gentesimo. — Paris, 1500. In- 4°. Cahiers a-q. Caractères
gothiques. N° 155 de Reichling. Réserve. X. 1303.
(Ce volume contient le texte du Doctrinal avec le commentaire de
Facinus Tiberga.)
15. Alexandre de Villedieu. — Tercia pars Alexandri,
simul cum quarta parte ejusdem, cum explanatione Ascensiana
in multis castigata; cui preterea recens addita sunt hec rudi-
menta : de grecarum dictionum ad nos traductarum ortographia ;
de latinarum dictionum recta scriptura ; de accentuum discre-
tione ex Prisciano ; de eorumdem cognitione ex eodem precepta
yiginti; de jSguris tabula seu index alphabeticus. — (A la fin :)
Finis Doctrinalis Alexandri diligentissime ex || planati et aucti,
ut in frontibus premissum est. Impressa autem est hec pars opéra
et accuratione, || anno Domini M. CCCCC, in profesto presenta-
ti Ij onis Marie. — Deventer, 1500. In-4o. Cahiers A-0. Carac-
tères gothiques. N° 133 de Campbell, 149 de Reichling.
Réserve. X. 1304.
16. Alexandre de Villedieu. — Rudiraenta Ascensiana,
cum prima parte Doctrinalis, diligenter recognita et explanata,
cumque syntaxi penitus per eundem reposita, et dictionariolo in
primam partem addendo. Vaenundantur Badio, cum gratia et
privilegioin quadriennium, 1523. — Paris, 1523. In-4''. Cahiers
signés A-D, a-k, Aa-Kk et aa-cc. Edition inconnue de Reichling.
X. 2062.
(Remaniement des deux premières parties du Doctrinal avec des
commentaires et des appendices, par Josse Bade et par l'écossais
Jean Vaus. Au verso du titre, épitre dédicatoire adressée, le
28 août 1523, par Josse Bade à « Joannes Bulutus, grammati-
corum regalis aliisque nominibus illustris Navarrorum coliegii
magister. »)
17. Alexandre de Villedieu. — Tertia pars Doctrinalis
Alexandrini, in qua hsec insunt capita : de arte versificatoria,
494
ALEXANDRE DE VILLEDIED
totius operis caput x; de prosodiis seu accentibus cap. xi; de
ôguris penitus repositis cap. xii; de orthographia superaddetur
cap. XIII. Vsenundatur Badio, cum gratia et privilegio quibus
partes reliquse. — (A la fin, fol. cviii :) In typographia Ascen-
siana, postridie natalis divi Baptistse, anno M. D. XXIIII. —
Paris, 1524. In-4°. 108 feuUlets. N° 258*** de Reichling.
X. 2062(2).
{Suite du vohime précédent. Au verso du titre, dédicace adressée
par Josse Bade à Louis Lassere, proviseur du collège de Navarre,
le i^^ mai 1524. A la fin, deux cahiers complémentaires, signés pp
et a, contenant des additions et un petit dictionnaire de noms
propres. A la fin du second cahier : « Finis, nono calendas octobris
M. D. XXV. » Ces deux cahiers manquent dans l'exemplaire décrit
par Reichling.)
18. Alexandre de Villedieu. — Quanti tates Alexandri
Galli, vulgo de Villadei, correctione adhibita ab Huberto Sus-
sanaeo, locupletatae. . . Accesserunt Accentuum regulae omnium
absolutissimae..., coUectse per eundem Sussanseum. Additus est
Elegiarum ejusdem liber. — Parisiis, apud Simonem Coli-
nœum, 1542. In-8°. N° 262* de Reichling. Page 351 de la
Bibliographie de S. de Colines, par Ph. Renouard. Yc. 4602.
19. Alexandre de Villedieu. — Das Doctrinale des Alexan-
der de Villadei. Kritisch-exegetische Ausgabe..., bearbeitet von
professor D"" Dietrich Reichling... — Berlin, A. Hofmann und
comp. , 1893. In-8°. 8° R. 7971 .
(Tome XII de Monumenta Germanias Pzdagogica.)
La Bibliothèque nationale possède donc à peine la seizième partie
des éditions connues du Doctrinal, et, parmi celles qui lui manquent,
on en remarque plusieurs d'origine française dont l'absence est fort
regrettable. Il nous manque une édition de Gaen\ une de Troyes^,
1. Volume sans date, publié par Michel Angier. N» 225* de Reichling.
2. « ... Trecensi impressum, per Johannem Le Coq, anno 1506. » N" 198. Ce
livre, décrit d'après un exemjjlaire de la bibliothèque de l'Université de Bâle,
permet de faire remonter à l'année iôOG l'exercice de l'imprimeur Iroyen Jean
Lecoq ; le premier livre de lui qui ait été connu de M. Corrard de Breban et
de M. Thierry-Poux est un bréviaire de l'année 1509. Voy. Recherches sur
l'établissement et l'exercice de l'imprimerie à Troyes, 3" édit., p. 92.
ET GDILLAOME LE MOENE, DE VILLEDIEU. 495
deux de Lyon^ et trois de Rouen 2. Ce qui est surtout regrettable,
c^est que, sur les vingt-deux éditions parisiennes du Doctrinale que
M. Reichling a décrites, nous en possédons seulement cinq.
Parmi celles qui ne sont pas représentées chez nous, cinq sont
dépourvues de date : elles ont été publiées par ou pour Pierre Le Dru
(201), Jean Petit (208), Jean Gauthier (2^6), Geoffroi Marnef (217) et
Jean Herouf (24^).
Voici la date des autres, avec les noms des imprimeurs ou des édi-
teurs :
4483. UlricGering. N°24.
U89 et UQO. Pierre Levet. N"' 57 et 62.
4492. Michel Le Noir. N° 99.
-1495. Aux frais de Jean Petit et de Jean Alexandre d'Angers.
NM24.
1500. André Bocard. N" 453.
4504. Jean Petit. NM84.
4506-4 507. Jean Petit. N° 204.
4 508. Gaspard Philippe pour Ponset Le Preux et François Regnault.
No240.
4540. Jean Petit et Josse Bade. N" 223.
4522 et 4526. Josse Bade. N°^ 258** et 260.
L'une des plus intéressantes est celle que M. Reichling a décrite
sous le n" 453, en combinant deux exemplaires incomplets qui en
sont conservés, l'un à la bibliothèque Mazarine^, l'autre à la biblio-
thèque du gymnase de Quedlinbourg. Elle renferme le texte du Doc-
trinal et les commentaires de « Johannes Sinthenius, » revus par
Josse Bade. Le volume est divisé en trois parties. L'impression en
a été faite par André Bocard, qui a ainsi daté les deux premières par-
ties : L « Anno MGGGGG, ad vi calendas novembris-, » IL « Hoc jubi-
leo xxx" adsextum calendas decembris''. » Nous ignorons la date de
1. 0 Lugduni per Jo. de Prato, a. 1488, die ultima januarii. » N° 48. —
« Lugduni per Jo. de Prato, a. 1489, die 15 augusti. » N» 56.
2. « Rothoraagi, in officina Richardi Goupil, irnpensis Guillermi Benard. »
N* 80. — « Rothomagi, in offlcina magistri Pétri Violette, irnpensis Pétri
Regnault. » N° 81. — « Rotomagi, Rich. Goupil, irnpensis Michaelis Angier. »
— N" 250****.
3. Voyez les notices insérées aux p. 610 et 624 du Catalogue des incunables
de la Mazarine. La troisième partie de cette édition du Doctrinal a été omise
dans le catalogue des incunables de la Mazarine.
4. C'est-à-dire le trentième jubilé = 1500.
496 ALEXANDRE DE VILLEDIEU
la troisième partie : l'exemplaire unique qui en est connu et que pos-
sède la bibliothèque Mazarine est incomplet des derniers feuillets.
En tête de la première partie se trouve une lettre de Josse Bade,
dont je donne ici les premières et les dernières lignes :
Jodocus Badius Ascensius, religiosis admodum et cum primis
eruditis patribus Egidio Ghiis et Andrée Terreburgo, scholasti-
corum domus fratrum Divi Hieronymi Gandavi rectoribus et pre-
ceptoribus optimis, ceterisque ejusdem domus venerandis columi-
nibus, salutem... — ... Ex officina nostra litteraria Parrhisiis,
ad XV calendas septembris, anno M. CCCCC*.
L'exemplaire de Quedlinbourg ne contient que les deux premières
parties de cette édition, auxquelles on a annexé, pour le compléter,
la troisième partie d'une édition de la même année, achevée par
André Bocard le -1 3 juin •1500 : « Ad idus junias M. CGGCG. » Cette
édition, soit dit entre parenthèses, aurait pu être classée sous un
numéro distinct dans la bibliographie de M. Reichling. Elle renferme,
au commencement de la troisième partie, une lettre de Josse Bade :
Jodocus Badius Ascensius, Joanni de Thalaru et Antonio Dars,
canonico Divi Joannis Lugdunensis... — ... Ex officina nostra
litteraria... raillesimo quingentesimo primo ^.
La première de ces lettres de Josse Bade est à retenir pour fixer
nos idées sur les débuts de Josse Bade à Paris. Nous savons, par
la préface d'une édition de Perse^, que Josse Bade était encore à Lyon
le 27 janvier •1499. D'autre part, il a ainsi daté cinq lettres qui se
lisent dans les cinq parties d'une édition des poésies de Baptiste le
Mantouan, imprimée en ^499 par Thielman Kerver pour Jean Petit
et Jean de Goblentz " :
1. La même lettre, avec une autre date (Ex officina nostra litteraria Parrhi-
siis, ad X calendas septembris, anno MDIIII), se trouve dans l'édition du Doc-
trinal que Jean Petit lit paraître en 1504.
2. Je ne m'explique pas bien comment une lettre de l'année 1501 se trouve
dans une partie de volume qui semble avoir été achevée d'imprimer le 13 juia
1500.
3. «Ex officina nostra Lugdunensi, anno a natali Salvatoris nostriMCCCCXCIX,
ad sextum calendas februarias. » Édition de Perse, imprimée à Lyon par Nico-
las Wolf à la date du 27 janvier 1499; il y en a un exemplaire dans la Réserve
de la Bibl. nat., m. Yc. 1003.
4. La Bibl. nat., Réserve, m. Yc. 212, possède un bel exemplaire de ce
recueil. Voyez Hain, n" 2369 et 2385.
ET GUILLAUME LE MOINE, DE VILLEDIEU. 497
Ex gymnasio Parrhisiano, ad nonas Augusti, anno Domini
1499; — Ex Lutecia Parrhisiorum, ad quartum idus octobris,
anno 1499; — Ex gymnasio Parrhisiensi , ad idus octobris,
anno 1499; — Ex officina nostra litteraria, pridie calendas
decembris, anno 1499.
C'est donc entre le 27 janvier et le 5 août -1499 que Josse Bade a
quitté Lyon pour s'établir à Paris ; mais il resta dans cette dernière
ville un certain temps avant d'avoir à diriger une imprimerie en son
propre nom; cela, du moins, paraît bien résulter des lettres dont les
dates viennent d'être indiquées, comme aussi de la lettre du 1 8 août
<500, mise en tète de la première partie du Doctrinal, qui fut achevée
d'imprimer par André Bocard le 27 octobre ^300.
Une autre édition parisienne d'une partie du Doctrinal bien digne
d'être remarquée est celle que M. Reichling a décrite, sous le n°258**,
d'après un exemplaire conservé à l'Université d'Aberdeen :
In primam Doctrinalis Alexandrini de nominum ac verborum
declinationibus atque forma tionibus partem, ab Jodoco Badio
Ascensio recognitam, magistri Joannis Vaus, natione Scoti et
percelebris Abredonensium academiae grammatici, commentarii,
ab eodem Ascensio ibidem recogniti atque impressi. — (A la fin :)
Sub prelo Ascensiano, ad idus martias M. D. XXII.
Ce livre renferme trois lettres dont M. Reichling nous a fait con-
naître de trop courts passages :
Jodocus Badius Ascensius, studiosis Abredonensis Academise
philosopbis, salutem. (Fol. 1 v".)
Joannes Vaus, artium bonarura professor, studiosis Abredo-
nensium gymnasii, nuper féliciter instituti, scholasticis, salu-
tem... — ... Ex inclyta Parrhisiorum Lutecia, salutiferi partus
anno XXII supra millesimum et quingentesimum, mense februa-
rio. (Fol. 2.)
Robbertus Grae Aberdonensis, studiosse juventuti inibi com-
moranti, salutem... — ... Valete. Idibus februarii, ex collegio
Bonse Gurise, anno 1522. (Fol. 95 v" et 96.)
On entrevoit l'intérêt que de tels documents doivent offrir pour
l'histoire des rapports de Josse Bade et de l'Université de Paris avec
la jeunesse de l'Ecosse au commencement du xvi® siècle.
La série des éditions du Doctrinal que possède la Bibliothèque
4894 32
498 ALEXANDRE DE VILLEDIEU
nationale fournit à peine la matière de trois additions à la liste de
M. Reichling. Ce sont les articles -1 , 4 et i 6 du catalogue imprimé un
peu plus haut. Encore le premier de ces articles ne rentrait-il pas
dans le plan que l'auteur s'était proposé. A son grand regret, il n'a
pas eu le moyen de s'occuper utilement des éditions du Doctrinal
connues seulement par des fragments retrouvés dans de vieilles
reliures ou sous la forme de couvertures de registres. Il a laissé à
d'autres le soin de classer ces débris épars dans beaucoup de biblio-
thèques ou d'archives et dont il apprécie mieux que personne Tim-
portance : « Nam diligenlem et accuratam ejusmodi fragmentorum
perscrutationem, ad controversiam illam de vero inventore ejus artis,
quœjuredivina dicitur, dijudicandam maximi esse momenti quis est
qui infitietur? »
M. Reichling, qui s'est passionné pour le sujet d'études auquel il
a consacré plus de dix années de travail, ne désespère pas de recueil-
lir les matériaux d'un assez notable supplément, et il a fait un appel
aux bibliothécaires pour l'aider à en réunir les éléments. Espérons
que rappel sera entendu! Il reste encore, j'en suis persuadé, beau-
coup de manuscrits et d'éditions du Doctrinal à signaler. Voici, par
exemple, une édition nouvelle qui a bien l'air de remonter au
xv« siècle -, je Tai récemment remarquée dans une petite bibliothèque
de province, la bibliothèque de Valognes, où d'ailleurs les vieux livres
sont en quantité respectable :
Textus Alexandri. Au-dessous de ces mots, écusson vide, sup-
porté par deux anges. Au verso du titre, image de l'Annoncia-
tion. — (A la fin, fol. F m v°, ligne 20 :) Doctrinale Dei virtute
juvante peregi || Grates reddo tibi genitor Deus et ti || bi Christel
Nate Dei Deus atque tibi Deus alitus aime || Quos très personas
in idem credo deitatis. || Finis. — S. L, s. d. In-8° de 44 feuil-
lets. Signatures A-F. Caractères gothiques. 31 ou 32 lignes à la
page.
Points de repère pour reconnaître cette édition : Fol. D ii,
ligne 21 : « Pandere proposui per versus syllaba queque »
(vers 1550). — Fol. E vi, ligne 1 : « Accentus varias decet
hinc distinguere normas » (vers 2282). — Fol. E vu, ligne 18 :
« Pluribus est membris distincta figura loquele » (vers 2361).
La publication de M. Reichling m'ayant fourni l'occasion de parler
ET GUILLADME LE MOINE, DE VILLEDIEU. 499
d'Alexandre de Villedieu , j'en profiterai pour dire quelques mois
d'un de ses compatriotes, originaire comme lui de Villedieu en
basse Normandie, comme lui grammairien, dont les ouvrages, pour
n'avoir jamais eu la célébrité du Doctrinal, n'en méritent pas moins
d'être arrachés de l'oubli. J'ai en vue Guillaume Le Moine, de Ville-
dieu, qui enseigna avec un certain éclat dans l'Université de Caen
sous le règne de François P"" et qui a droit à une place modeste dans
la galerie des premiers humanistes française II avait prêté serment
en < 514 pour monter dans une chaire de la Faculté des arts.
Guillaume Le Moine est aujourd'hui fort peu connu. On cite à
peine ^ son Dictionnaire latin-français :
Epithoma vocabulorum decerptum ex Calepino, Hermolao
Barbare, Anthonio Nebrissensi, Erasme Roterodarao, Perotto,
Angelo Policiano, Laurentio Vallensi, Anthonio Codro, Théo-
dore Gaza, Januensi, Philippe Berealde, Cernucepia, Baptista
Pie, Marco Varrone, et plusculis aliis, qued tandem auctum est
et correctum a Guillelrae Monache de Villadei, appesitis item
tum neminum tum verberum generibus, cum antea deessent.
Ce Dictionnaire, dont on pourrait, je crois, tirer parti pour l'his-
toire de certains mots français, reçut des contemporains un accueil
très favorable, attesté par trois éditions qui se succédèrent, vers l'an-
née 4330, à des intervalles très rapprochés et que publièrent les
libraires de Caen Michel et Girard Angiers.
Les autres productions de Guillaume Le Moine sont encore moins
connues que V Epithoma vocabulorum. M. le chanoine Pigeon^ a
mentionné en passant des pièces rimées par Guillaume Le Moine, qui
se lisent en tête d'un Missel d'Avranches publié en \ 334 par l'évêque
Robert Cenalis, livre très rare, dont je ne connais pas d'autre exem-
plaire que celui de M, Pigeon.
1. J'ai dit quelques mots de Guillaume Le Moine dans un Essai sur l'impri-
merie et la librairie à Caen de 1480 à 1550, p. 25-27. (Extrait du Bulletin de
la Société des antiquaires de Normandie, t. XV.)
2. Voyez La Croix du Maine, éd. Rigoley de Juvigny, t. I, p. 334 ; Frère,
Manuel du bibliographe normand, t. II, p. 54 ; Catalogue des livres de Fir-
min-Didot, vente faite en juin 1884, p. 129, n° 285.
3. Deux de ces éditions sont à la Bibl. nat., Réserve, X. 866 et p. X. 83. J'ai
vu un exemplaire de la troisième dans la bibliothèque de M. Emile Travers,
à Caen.
4. Vie de Robert Goulet de Saint-Lô, par E.-A. Pigeon (Saint-Lô, 1892, in-S"),
p. 24.
300 ALEXANDRE DE VILLEDIEU
Guillaume Le Moine fait lui-même allusion à des morceaux litur-
giques quMl avait composés et fait imprimer :
Nam et Monachus etiam orationes quasdam in usum novem
ecclesiarum scripsit, quales sunt de angelis, de patriarchis, pro-
phetis, de regibus, de apostolis, de martyribus, de confessoribus,
de virginibus, opus quidem devotione dignum, et quinquaginta
itidem antiphonas e novo cum oratione, ad laudem plerorumque
sanctorum, scripsit et imprimi eas mandavit^
Ce passage est extrait d'un livre très curieux, sur lequel j'ai tenu
à appeler d'une façon particulière l'attention des lecteurs de la Biblio-
thèque de l'École des chartes. L'existence m'en a été récemment révé-
lée par un assez singulier hasard. J'avais retiré d'une vieille reliure
trois demi-feuillets dont les versos portaient en litre courant les mots
Gulielmi Monachi Villadii de fabulosis themaiibus. En cherchant à
me rendre compte de Torigine de ces fragments, j'arrivai à constater
qu'ils avaient fait partie d'un volume in-folio, dont un bel exemplaire,
parfaitement complet, existe à la Réserve de la Bibliothèque nationale
sous la cote Réserve, R. 652 (2).
GUILIELMI MONACHI VILLADII OPERA.
[1^.] De liber tate explicandarum sententiarum liber unus.
[2.] De effatis ypotheticis liber unus.
[3.] De rejectione pronominum a sententiis liber unus.
[4.] De constitutione significationis liber unus.
[5.] De significationum syntaxi libri quinque.
[6.] In tabulam confusionis liber unus. ^j
[7.] De explosione ampliationum a cathegoricis libri ires.
[8.] In buUam appellationis liber unus.
[9.] Adversus insolubilia liber unus.
[10.] De ratione afïirmationis liber unus.
[11.] r)e ratione cathegorematum libri duo.
[12.] De ratione negationis libri très.
[13.] De ratione distributionis libri sex.
[14.] De fabulosis thematibus libri très.
1. Guilielmi Monachi Villadii Opéra, fol. cxix v°.
2. Les numéros d'ordre qui sont mis ici entre crochets n'existent pas sur le
litre du livre.
1
ET GUILLAUME LE MOINE, DE VILLEDIEU. SOI
[15.] De virtutum adsignationibus libri duo.
[16.] De naturalium rerum indagationibus libri octo*.
Il ne porte aucune adresse bibliographique, ni nom de lieu, ni nom
d'imprimeur, ni date. Mais je crois être en mesure d'établir qu'il a
été publié à Gaen vers l'année i 525 ou -( 530 par les soins de Michel
Angier et qu'il a été exécuté dans le même atelier que les deux édi-
tions de VEpithoma dont il y a des exemplaires à la Bibliothèque
nationale. C'est là une question que je discuterai dans une étude sur
les anciens livres publiés à Gaen.
Les quinze traités dont les titres sont énoncés au frontispice de
l'édition des Opéra de Guillaume Le Moine se réduisent en réalité à
cinq ouvrages, savoir :
I (articles 1-9). De causis corrdpte logice. Fol. i-li du
volume, non compris une préface de six pages, imprimée sur un
cahier liminaire.
II (articles 10-13). De rationibus anime. Fol. li-gxiii du
volume.
III (article 14). De fabulosis thematibus. Fol. cxiii v°-
cxxxix.
ly (article 15). De virtutum assignationibus. Fol. cxxxix-
cu v°.
V (article 16). De naturalium rerum indagationibus.
Fol. CLI-CLXXXIIII Y°.
Je confesse avoir à peine jeté les yeux sur quatre de ces ouvrages.
Mais le titre du troisième avait piqué ma curiosité, et je n'ai pu résis-
ter au désir d'en indiquer ici l'intérêt.
Le De fabulosis thematibus est, en effet, très précieux pour l'his-
toire des superstitions et des traditions populaires de la Normandie.
C'est un recueil de récits facétieux, de plaisanteries enfantines et de
contes de bonnes femmes ^. En le rédigeant, Guillaume Le Moine a
voulu faciliter aux jeunes gens l'étude du latin, rendre hommage à
la vertu et se moquer de la crédulité des Normands et en parlicuher
des Normands qui habitent sur les bords de l'Océan ^. Le traité, qui
1. Sans lieu ni date. In-folio, 192 feuillets (4 liminaires, 184 numérotés et
4 complémentaires). Cahiers signés -j-, A-Z et&. Caractères gothiques. A deux
colonnes.
2. « Thèses fabulosas nugasque puériles et dicta anilia. » Fol. cxiii v".
3. « Superstitionem presertim Normannogalie gentis, et potissimum illius
502 ALEXANDRE DE VILLEDIEU
n'occupe pas moins de 32 pages in-folio, d'une justification très ser-
rée, abonde en traits plaisants que l'auteur avait recueillis dans sa
province. Plus d'une fois, Guillaume Le Moine s'y met en scène, lui
et les membres de sa famille ^ Il consacre un long paragraphe à son
père, Guillaume Le Moine, pauvre avocat de Villedieu, dont le désin-
téressement était proverbial et dont la nombreuse famille et la très
médiocre fortune étaient un sujet de moquerie pour les gens de loi;
mais le peuple l'appelait « le pieux avocat de Villedieu ; » sa maison
fut épargnée par un incendie qui détruisit toute la bourgade, et aucun
des siens ne fut atteint par la peste qui sévit dans la localité pendant
quatre ans 2.
Parmi les innombrables légendes dont l'ouvrage est farci, je citerai
celle qui se rapporte au blé noir appelé sarrasin en Normandie : la
sainte Vierge, disait-on, avait interdit d'en ensemencer les terres^.
Il est probable que la culture de cette plante était encore peu répan-
due au temps de François I". La plus ancienne mention que j'en aie
trouvée dans les textes normands est de l'année -1 460 ; elle se rapporte
à l'Avranchin^. M. Charles de Beaurepaire, dans ses dépouillements
des archives de la haute Normandie^, a vu le blé sarrasin cité pour
la première fois dans un document de Tannée -1 ^2i .
Au fol. cxxvi v° du De fabulosis thematibus se lisent les deux lignes
suivantes :
que maritima est et Oceaaam extreraam tangit, accusare et certe ri4ere. »
Fol. cxni v°.
1. « Frater meus major Pierius, cum aliquando in invia silva a siccariis cir-
cumvenlus esset... — Cum genitrix mea Michaela Galteria quam semper placida
esset sueque vicine semper litibus ad invicem digladiarentur... » Fol. cxxxii v.
— Au fol. cxv v°, on voit que Michelle Gautier avait eu neuf enfants, dont
huit garçons : le dernier était Guillaume le grammairien, et le septième avait
exercé la médecine.
2. a Guilielmus Monachus, pater meus, aliquando a quodam insimulatus est
coram consistorio omnium et causidicorum et judicum quod multos haberet libe-
ros et paucam fortunam... — Hune vocant pium causidicuni de Villa Dei et
putant doctum eum omnes... — Cum tota Villa Dei flagrasset a principio usque
ad finem... — Pestifera autem lues cum per quadriennium consummasset Vil-
lam Dei... » Fol. cxxx v.
3. a Alii addunt quod virgo Maria, regina reginarum, apparuit cuidam et jus-
sit ut coloni non amplius sererent legumen nigrum triangulare ; hujus culmus
est ruber et ramosus et (istulosus; Norrnanni vocant sarrasinum. » Fol. cxxxvi.
4. Voyez mes Études sur lu condition de la classe agricole en Nonnandie,
p. 323 et 324.
5. Notes et documents concernant l'état des campagnes de la haute Norman-
die dans les derniers temps du moyen âge, p. 43 et 44.
i
ET GUILLAUME LE MOmE, DE VILLEDIEU. 303
Ascendit arborera alicujus aliquis alius; surripit ova pice;
proprietarius vocat suum quidquid sit in suis arboribus; alius
contra vocat ova ferarum avium etiam fera esse ; vitilitigant hinc
Rothomageos usque.
C'est là évidemment une allusion à un conte populaire où l'on se
moquait de l'humeur processive des Normands. David Ferrand^ s'en
est emparé en 1 629 pour composer son Chant royal sur le Grand
proches meu por un nid de pie, et les vers de Ferrand ont été le
thème sur lequel Fioquet a brodé l'une de ses plus jolies Anecdotes
normandes^.
L'ouvrage de Guillaume Le Moine n'offre pas seulement de l'intérêt
pour l'étude de la littérature populaire. On y trouve beaucoup de
détails de mœurs et de renseignements précieux sur l'état politique
et économique de la Normandie au commencement du xvi^ siècle. Le
chapitre intitulé </ De vectigalibus » (fol. cxvi-cxviii v°) est à cet égard
des plus instructifs.
Gomme exemple de ce qu'on y peut apprendre pour l'histoire des
méthodes d'enseignement suivies dans nos anciennes écoles, je rap-
porterai tout au long ce que l'auteur dit du Doctrinal de son com-
patriote Alexandre de Villedieu^ :
Itidem tum aller Alexandrum Theopoliten accusavit ob hoc certe
quod accentura quadruplum effecerit^. At altérait nontumipsum
proferendi modum sedcantandi officium attendisse, ut quidemsic
acutus sit ubi interrogans punctum fuerit ; gravis vero ubi vocem
quis depresserit ; modéra tus vero ubi rectus cantus fuerit; cir-
cumflexus vero ubi evangelium finierit. Nec itidem Ipsum errasse
in his : legitur Mattheura^ in campo curro^, essendi magistrum';
neque semper in particula que^ que encletica est ; neque si expres-
serit habitudines spéciales dictionis regentis ad dictionem rectam ;
neque item ubique in his que finita sunt in abus^; neque item car-
1. La Muse normande, édit. Héron, t. I, p. 113.
2. 2« édit., p. 121-135.
3. Fol. cxix.
4. Voyez les vers 2282 et suiv. du Doctrinal.
5. « Matthenm legitur. » Vers 1264 du Doctrinal.
6. « In campo curro. » Vers 1529.
7. « Essendi regera... » Vers 1515.
8. « Que notans et erit breviandum. » Vers 2214.
9. « Femineis abus... » Vers 42.
304 ALEXANDRE DE VILLEDIED ET GDILLADME LE MOINE, DE VILLEDIED.
pendus est si carmina quedam absque cesura fecerit, aut si item
fecerit ritmica, ea quidem ut médium carminis fini esset et con-
vium et consonum, quando tum erat id genus compositionis in pre-
cio, quare patet eos qui oflâcium ecclesiasticum digesserunt et Face-
tum et Alanum, authores quidem gravissimis sententiis exubé-
rantes, et qui item sacros libros in carmen transtulerunt, et item
is qui ex Mosis Genesi et Ovidii Metamorphosi concinavit librum
quidem peramenum (Theodolum hune constat ejusdem fuisse aut
tempestatis aut littérature) perutilem, at post quem nolim ego
dicere : victrici populo, nec aliquarum sillabarum tempora imitari,
sed nec carminis modum, nec dixerim Pasiphe. At in idolis* erra-
vit Alexander, quia corripuerit. Utinam sustulisset radicitus et
idolura et idoli versum, cum aliquibus syntaxeos impedimentis !
At Alexandromastices plures nunc sunt quam versus. At certe
venustulum ubique se prebuit, quia quod turpe sonaret, ne maie
sonaret, edidisse noluit, longe profecto pudicitius quam defiocula
Fausti Livia dixisset. Quo tamen fato factum sit nescio ut Italias,
Romam, Hispanias, Gerraanias, Gallias, Britanniam inviserit is
liber et docuerit, sed et nunc quam facilis admodum sit et brevis
et compositus floret, in honore est et precio, nec unquam ejus aut
fama aut dignitas aut nomen aut carmen aut doctrinale perire
poterunt, qui per tôt climata, per tôt secula, vixisse visus sit.
Porro grammaticum qui esset christianus edocere magis curavit
quam paganum poetam efficere. Quod si Ebrardus voluisset tam
dici Alexandrisequus quam Grecissequus, Ebrardo non tantum
accrevisset dedecus; utilis tamen plerisque dépura tis liber est.
II convenait de terminer par cette citation une note que je voulais
simplement insérer dans la Bibliothèque de l'École des chartes pour
recommander à nos lecteurs les très savantes et très exactes
recherches de M. le docteur Reichling sur le Doctrinal d'Alexandre
de Villedieu.
L. Delisle.
1. « Idola die Longa, tamea inventes idolâtra. » Vers 1845.
-0-^30—0-
NOTE SUR LES ÉDITIONS DU DOCTRINAL
RENFERMANT LA GLOSE DE FOUCAUD MONIER.
Ce qui a été dit ci-dessus (p. 488-498) des éditions du Doctrinal
était déjà imprimé quand le hasard a fait sortir d'une vieille reliure
douze feuillets d'une édition du même ouvrage qui ne me semble pas
avoir été décrite. Elle prendra place, dans les termes suivants, sur
le catalogue des éditions du Doctrinal que possède la Bibliothèque
nationale :
4^". Alexandre de Yilledieu. — [Doctrinale, cum glosa
Focaudi Monieri et additionibus magistri Johannis Bernier recen-
ter adjectis, una cum quotationibus in margine appositis.] —
Roueyih.. In-S". Caractères gothiques. Réserve, p. X. 154.
De cette édition nous avons les feuillets 3 à 6 du cahier g et
les 8 feuillets du cahier k, contenant les vers 1123-1210 et 1703-
1973 du Doctrinal avec les gloses.
Points de repère pour distinguer cette édition de celles qui
peuvent lui ressembler : le feuillet g m commence ainsi : « vide-
his : quia neutrum fere semper concipit femininum : ut celum et
terra turbata : || idcirco dicunt nonnuUi textum Lucani quem
auctor adducit scriptorum impe || ritia viciatum... » — Les pre-
miers mots du cahier k sont : « bus ubique prépondérantes ubi
enira... »
Ce qui permet de constater au premier coup d'œil que l'édition
dont il s'agit renferme le Doctrinal avec la glose de Poucaud Monier
et les additions de Jean Bernier, ce sont les notes J. Ber. ou Joan.
Ber., imprimés en manchette sur les feuillets g 5, g 5 v°, g 6, g 6 v»,
k 5 v°, k 6 v°, k 7 et k 7 v".
Foucaud Monier est un grammairien qui a enseigné avec succès
dans les écoles de l'ouest de la France et dont les ouvrages paraissent
avoir joui d'une grande vogue à la fm du xv^ siècle et au commence-
\
506 NOTE SUR LES ÉDITIONS DU DOCTEINAL
ment du xvi^K II n'est pas hors de propos de dresser ici la liste des
éditions connues de son commentaire sur le Doctrinal.
M. Reichling a indiqué six éditions de la glose de Foucaud Monier,
savoir :
A. -66. — Doctrinale Alexandri de Villa || Dei cum glosa
Focaudi Mo || nieri et additionibus magistri || Joannis Bernier...
— S. L, s. d. In-4'' de 122 f. Gothique. — Attribué très hypo-
thétiquement à Paris. — Exemplaire à la Bibliothèque royale
de Munich.
B.-80. — Glosa Focaudi Monieri super Doctrinale Alexandri
de Villa Dei, cum additionibus magistri Johannis Bernier...
Rothomagi, in officina Richardi Goupil, impensis Guillermi
Benard. — S. d. In-4'' de 102 f. Gothique. — Exemplaire à la
bibliothèque de Rouen, décrit dans le Manuel de Frère, 1. 1, p. 10.
G.-81. — Doctrinale Alexandri de || Villa Dei, cum glosa
Focaudi Monieri et additionibus || magistri Johannis Bernier
recenter adjectis : una cum || quotationibus in margine appositis,
ut etiam legentibus || primis intuitibus contenta pateant. Impres-
sum Rothomagi || in officina magistri Pétri Violette, impensis
honesti viri Pétri Re || gnault, bibliopole universitatis Cadomen-
sis. — S. d. In-4°. Cahiers A-S. Gothique. — Exemplaire pos-
sédé par M. Claudin.
D.-198. — (Titre final :) Doctrinale Alexandri, cum singulari
et utili glosa scientifici Focaudi Monieri exactissime emendatum
et in textu et in glosis. . . Trecensi impressum per Johannem Lecoq. '^
Finit féliciter. Anno Domini millesimo quingentesimo sexto. — £
In-4'' de 94 feuillets. Cahiers a-r. Gothique. Exemplaire à la "
bibliothèque de l'Université de Bâle; il y manque le premier
feuillet.
E.-241. — Doctrinale Alexandri de Villa Dei, cum || glosa '^
Focaudi Monieri et additioni || bus magistri Johannis Bernier...
Impressum Parisii per Johannem || Herouf. — In-4°de 122 feuil-
lets. Cahiers A-U. Gothique. — Exemplaire à la bibliothèque de
Troyes.
1. Voyez ce que j'ai dit de Foucaud Monier à propos des premières impres-
sions d'Angoulêmc, dans mes Mélanges de paléographie et de bibliographie,
p. 311-314.
» ■
I
EENFERMANT LA GLOSE DE FODCACD MONIER. 307
F. -250****. — Focaudi Monieri || glosa familiarissiraa super
Doctrina || le Alexandri de Vil || la Dei, unacum additionibus
ma II gistri Johannis Bernier recen || ter adjectis, ut legentibus
etiam || contenta primis intuitibus pa || teant, recenti correctione
ete II mendatione accuratissime ca || stigata. || OnlesventàCaen,
chieulx Michel An || gier, libraire et relieur de l'Université du
dit II lieu, près le pont Saint Pierre. — (A la fin, fol. 192 :) Doc-
trinale Alexandri, una cum glosa || Focaudi Monieri atque non-
nuUis pluribus || in locis superadditionibus per Magistrum ||
Johannem Bernier appositis. Impressum || Rothomagi, in officina
Richardi Goupil. || Anno Domini M. CGGGG. XVIII, die yero ||
XXI mensis aprilis. — In-8° de 192 feuillets. Gabiers signés A-Z
et&. Les signatures sont accompagnées, à gauche, de la lettre M,
sans doute pour rappeler le nom du glossateur Monier. Garactères
gothiques. — Edition simplement mentionnée par M. Reichling,
décrite ici d'après l'exemplaire de la bibliothèque de Gaen.
A ces six éditions, il convient d'en ajouter trois autres :
G. — Focaudi Monieri || glosa familiarissi || ma super Doctri-
na Il le Alexandri de Vil || la Dei, una cum additionibus ma || gis-
tri Johannis Bernier recen || ter adjectis, ut legentibus etiam
contenta primis intuitibus pa || teant, recenti correctione et e II men-
datione accuratissime ca || stigata. || On les vent au Pont Aude-
mer, par Guil || laume Du Val, libraire, demeurant au dit lieu.
(Titre final identique à celui de l'édition F.) — In-8° de 192 feuil-
lets. Gabiers signés A-Z et &. Gothique. — Exemplaire possédé
par M. Glaudin.
Gette édition n'est qu'un tirage particulier de l'édition F. Elle
en diffère seulement par le titre, qui donne l'adresse du libraire
de Pont-Audemer, au lieu de l'adresse du libraire de Gaen.
H. — Edition sans date, imprimée à Rouen, par Guillaume
Tuveel, aux frais de Thomas Laisné, décrite ci-dessus, p. 491.
I. — Edition dont douze feuillets viennent d'être recueillis à la
Bibliothèque nationale et ont fourni l'occasion de publier cette
note additionnelle.
.Je crois bien que cette dernière édition ne fait double emploi avec
aucune des huit autres ci-dessus énumérées sous les signes A-H, J'ai
sous les yeux des exemplaires complets des éditions C, F, G et H :
la composition typographique en est tout à fait différente. Je n'ai pas
508 NOTE SUR LES e'dITIONS DU DOCTRINAL.
pu comparer nos fragments avec les passages correspondants des
éditions A, B, D el E; mais ces quatre éditions sont annoncées comme
étant de format in-quarto, et nos fragments appartiennent à une édi-
tion in-octavo. Pour permettre de constater encore plus rigoureuse-
ment que nos fragments ne sauraient être confondus avec les édi-
tions A, B, D et E, je reproduis les gloses interlinéaires se rapportant
aux vers -1875-1877 du Doctrinal, telles qu'on les peut lire sur le
fol. k 6 de nos fragments, feuillet en tête duquel se lit au recto le
titre courant De primis syllabis et dont les premiers mots sont Hec
ptisana aqua coda...
Nitor^ dis ditis' clitellaque» lis quoque litis^
Psitacus^ et titan ^ titillo' sis quoque sitis»
Italus^ et phiton^o glitis'^ pitismata*^ jungis.
-1. i. conor. 7. chatoiller.
2. dives vel plulo. 8. i, sitis ex sura es.
3. bast gai. 9. nomë gëtile.
4. lis litis noise. -10. nomë serpëlis.
5. papegault. W. glis gliris [sic).
6. Sol. -12. hoc pitisma genusludi.
Parmi les éditions du Doctrinal qui restent à signaler, il s'en trou-
vera, n'en doutons pas, plusieurs qui devront renfermer la glose de
Poucaud Monier avec les additions de Jean Bernier.
L. D.
P.-S. Au moment de donner le bon à tirer de celte feuille, je
reçois de M. Paul Meyer, qui veut bien l'offrir à la Bibliothèque
nationale, un petit volume qui porte à 2\ le nombre des éditions du
Doctrinal enregistrées sur les catalogues du Département des impri-
més. En voici la notice :
13^««. Alexandre de Villedieu. — Doctrinale cum comento.
(A la fin :) Doctrinale Alexandri grammatici pro eruditione
puerorum féliciter explicit. || Venetiis, per Alexaudrum de Bin-
donis. Il M CGGCG XIX, die nu maii. — Venise, 1519. In-4°.
Cahiers A-H. Réserve, p. X. 154.
(Le commentaire, imprimé en caractères gothiques, est celui de
« Ludovicus de Guaschis. »)
-cC3E*0«aB»>-
JOSSE BADE
ET LES
TRADUCTIONS DE CLAUDE DE SEYSSEL
Parmi les hommes qui occupent une large place dans l'histoire
politique et littéraire de la fin du xv^ siècle et du commencement du
siècle suivant, il convient de citer Claude de Seyssel : professeur de
droit à Turin, conseiller de Louis XII, chargé par le roi de France
de missions auprès du roi d'Angleterre, de l'Empereur, des Suisses,
du Pape et du duc de Savoie, évêque de Marseille, archevêque de
Turin, théologien, controversiste, jurisconsulte, économiste, histo-
rien, traducteur, tel fut, on le sait de reste, Claude de SeysseP.
C'est à ce dernier titre seulement que nous nous proposons de
retenir un instant sur Claude de Seyssel l'attention du lecteur;
encore de ses traductions négligerons-nous celles de VAnahase de
Xénophon et de VHistoire d'Appien, pour ne citer que les quatre
suivantes :
a L'Histoire de Thucydide, athénien... » Paris, Josse Bade,
^ 0 août i 527, in-fol.
« L'Histoire des successeurs d'Alexandre le Grand, extraicte de
Diodore siciUen... » Paris, Josse Bade, 2 mai -1530, in-fol.
« L'Histoire ecclésiastique d'Eusèbe... » Paris, Geoffroy Tory,
2^ octobre 1532, in-fol.
a Les Histoires universelles de Trogue Pompée, abrégées par Jus-
tin... » Paris, Vascosan, 1559, in-fol.
C'est qu'il nous a été donné, au cours du dépouillement de la liasse
1. Dufayard, De Claudii Seisselii vita et operibus, thèse de doctorat es
lettres. Paris, 1892, in-S". — Brunot, Un projet d' « enrichir, magnifier et
publier » la langue française en 1500, dans la Revue d'histoire littéraire de
la France, n° 1, p. 27-37.
5^0 JOSSE BADE
cotée par nous XIV, du minuLier parisien dont nous avons entrepris
l'inventaire sommaire^ de retrouver un contrat relatif à un projet
d'impression, réalisé seulement en partie, de ces quatre traductions.
Nous allons analyser en détail ce document avant d'en présenter
au lecteur le texte intégral.
Nous sommes le 28 mars \ 328 ; plus de sept mois se sont écoulés
depuis l'achèvement du Thucydide, tiré à -1,225 exemplaires sur
papier; l'éditeur, l'humaniste Jacques Colin, secrétaire de la Chambre
du Roi 2, s'était engagé à avoir entièrement payé l'imprimeur pour
le jour où le travail serait terminé; mais il n'avait pu tenir parole;
sur une réclamation de Josse Bade, il avait autorisé celui-ci (ce qui
semble montrer que sa première intention avait été de recourir à
l'intermédiaire d'un autre libraire) à mettre le Thucydide en vente;
mais le prix trop élevé fixé par Jacques Colin n'avait permis la vente
que de 96 exemplaires; Josse Bade reste aujourd'hui créancier d'une
somme de 220 1. t., dont 208 1. 7 s. t. pour le papier et l'impression
du Thucydide et pour la refaçon de deux feuilles du même ouvrage,
et -H 1. 43 s. t. « pour l'escripture d'une coppie de correcta de ung
livre appelle Diodore »; cette situation ne laisse pas que d'inquiéter
Josse Bade, qui n'entrevoit que très vaguement l'époque à laquelle il
sera, parce moyen, entièrement payé; or, Jacques Colin désire lui
faire imprimer successivement la Bibliothèque de Diodore de Sicile
(livres XVIII-XX), V Histoire ecclésiastique d'Eusèbe et V Histoire de
Justin, a au mesme nombre, papier, lettre et volume et autant de
feuilles que contient led. Thucidides, qui est de cent quarente neuf
feuilles chascun livre ^ » ; Josse Bade subordonne le prêt de ses ser-
vices au recouvrement de sa créance; un arrangement est indispen-
sable, il intervient : le prix de vente du Thucydide est abaissé
à 20 s. t. l'exemplaire; dès que l'imprimeur, en ayant débité 220,
sera par suite désintéressé, il commencera l'impression du Diodore;
la dépense de cet ouvrage, qui s'élèvera, à raison de 40 s. t. l'exem-
plaire, à 642 1. 4 0 s. t., sera couverte par la vente de 643 Thucy-
dide; ceux-ci réalisés, on passera à VEusèbe^ dont les 592 premiers
volumes seront payés par la vente des 296 derniers Thucydide et les
1. Bulletin de la Société de l'Histoire de Paris et de l'Ile-de-France, 1893,
p. 40-58, 114-136; 1894, 39-57, 77-94.
2. Voir, sur ce personnage, VHistoire du Collège de France, par Lefranc,
index des noms cités.
3. Le mot « feuille » désigne ici deux feuillets, le Thucydide comptant
298 feuillets.
ET LES TRADUCTIOIVS DE CLAUDE DE SEYSSEL.
5H
633 autres par celle des 3^ 7 premiers Diodore ; de même la vente
de 6^3 Diodore permettra de faire face aux frais du Justin.
En fin de compte, l'entreprise devait procurer un bénéfice brut
de 2,746 1. ^0 s. t., dont 295 1. provenant du reliquat du Diodore
et 2,450 1. provenant de la totalité du tirage des deux ouvrages ulté-
rieurement publiés; il convient toutefois de tenir compte de la
dépense faite parPéditeur pour l'achat du vélin des exemplaires tirés
sur cette matière, dont la fourniture restait à sa chargea
En fait, qu'advint-il de ce contrat? on l'a vu plus haut : Josse
Bade imprima le Diodore, achevé le 2 mai ^ 530, mais il n'exécuta
ni VEusèbe ni le Justin; pour quel motif? peut-être en raison de la
mévente du Thucydide; si cette hypothèse était fondée, ce serait
sans doute pour la même cause que Geoffroy Tory, ou son successeur,
renonça, après avoir fait paraître VEusèbe, à imprimer le Justin,
désormais condamné à attendre pendant près de trente ans les hon-
neurs de la presse^.
Voici, sous forme de tableau, le compte approximatif^ de Jacques
Colin, tel qu'il ressort du contrat de \ 528 :
Thucijdide : -1,225 exemplaires,
Vente de 96 exemplaires,
[30 s. t.] l'un. . .
Payé en espèces . . .
Gorrecta du Diodore. . . .
Vente de 220 Thucydide,
20 s. t. l'un . . .
Diodore : <,225 exemplaires,
^0 s. t. l'un . . .
Vente de 613 Thucydide,
20 s. t. Tun . . .
Eusèbe : \ , 225 exemplaires ,
-10 s. t. l'un . . .
à[^0s. t.]run. [6^2l. -JOs-t.]
[UAL]
[260 3 s. t.]
U iB
220
6^2 iO
6i3
612 iO
1. Nous ne connaissons que deux exemplaires tirés sur vélin, le Thucydide
de la Bibliothèque nationale (Vélins 699) et celui de la bibliothèque Mazarine
(n« 5541 C2).
2. Il convient de noter qu'une autre traduction de Justin, due à Guillaume
Michel, de Tours, avait été publiée en 1538.
3. Nous avons placé entre [ ] les chiffres qui sont de notre invention, le coût
et le premier prix de vente du Thucydide.
51 2 JOSSE
BIDE
Vente de 296 Thucydide, à
20 s. t. l'un ....
296
Vente de 347 Diodore^ à
20 s. t. l'un ....
347
/«s^m;-! ,225exemplalres, à 1 Os. t.
l'un
Vente de 643 Diodore ^ à
20 s. t. Pun ....
643
Vente de 295 Diodore . .
295
Vente de \ ,225 Eusèbe. .
4,225
Vente de \ ,225 Justin . .
4,225
642 40
5,2081. 3s. t. 2,464 1.43s. t.
Différence en plus 2,7461. 40s. t.
Ern. GoYECQUE.
I
Furent presens en leurs personnes honnorable homme et saige
maistre Nicole Rerault, advocat en la court [de] parlement, ou
nom et comme procureur de noble homme et saige maistre
Jaques Colin, secrétaire de la Chambre du Roy nostre sire, souf-
fisanment fondé de procuration, desquelles la teneur ensuit et
est telle :
Noble homme et saige, etc.. .
oud. nom, d'une part;
et honnorable homme maistre Josse Badius, marchant libraire
juré en l'Université et imprimeur de livres, bourgois de Paris,
pour luy et en son nom, d'autre part;
disans lesd. parties, mesmement led. Badius, que despieca
led. Colin luy avoit faict imprimer douze cens vingt cinq volumes
d'un livre appelle Thucidides, pour l'impression et papier des-
quelz douze cens ung quarteron led. Colin de voit payer led.
Badieus selon le pris convenu entre eulx, duquel pris n'en auroit
led. Colin faict aucun payement ne solucion aud. Badins, à tout
le moins bien peu, tellement qu'il auroit achevé de imprimer lad.
quantité de livres sans en avoir entier payement dud. Colin, h
cause de quoy estoit deue aud. Badius grosse somme de deniers
pour lad. impression et papier; et que, pour avoir payement
I
ET LES TRADUCTIONS DE CLAUDE DE SETSSEL. 5^â
d'icelle, auroit led. Badius mis en vente, par le commandement
dud. Colin, lesd. livres; desquelz il ne povoit avoir délivrance
ne débit, atendu le hault pris à quoy ilz estoient, mais que
neantmoins il en avoit venduz aucuns, tellement que de lad.
somme à luy deue, tant pour lad. impression et papier que pour
deux feuillez dud. livre qui ont esté refaictes et pour l'escripture
d'une coppie de correcta de ung livre appelle Diodore, pour
laquelle il a desbourcé unze livres treize solz tournois, luy est
encores deue la somme de deux cens vingt livres tournois ; de
laquelle somme de deux cens vingt livres tournois led. Badius
entendoit avoir payement et en estre payé dud. Colin, parce que
au moyen du hault pris à quoy led. Colin avoit commendé vendre
lesd. livres, led. Badius eust esté longtemps à en estre remboursé,
qui seroit au grant dommaige d'icelluy Badius, ainsi que led.
Badius luy avoit faict dire et remonstrer ; et aussi que le vouUoir
et intention dud. Colin estoit faire imprimer cy après, l'un après
l'autre, led. livre de Diodore Secule, avec les livres de Y His-
toire ecclesiasticque et Justin ; et que préalablement que iceulx
commencer à imprimer, il vouUoit estre payé de lad. somme de
deux cens vingt livres tournois restant comme dit est ;
ânablement lesd. Berault, oud. nom, et Badius, pour obvier
aud. dommaige et perte d'icelluy Badius, et affin qu'il puisse estre
plus tost remboursé d'icelle somme de deux cens vingt livres tour-
nois, confessent avoir faict entre eulx les accords, convenances,
promesses, obligacions et aultres choses qui s'ensuivent, c'est assa-
voir led. maistre Nicole Berault, oud. nom, avoir voulu, consenty
et accordé, permis et permect aud. Badius qu'il puisse et luy
loyse doresenavant vendre, débiter et ademerer chascun livre
dud. Thucidides pour vingt solz tournois pour la reste qui est à
vendre d'iceulx, montent icelluy reste ensemble mil cent vingt
neuf livres, pour le[s] deniers qui viendront de la vente d'iceulx,
estre par led. Badius receuz, tant pour le payement desd. deux
cens vingt livres tournois que pour et sur l'impression desd.
livres de Diodore Sicule, Y Histoire ecclésiastique et Justin,
que led. Colin veult et entend faire imprimer cy après, comme
dict est ; lesquelz touteffoys led. Badius ne sera tenu commencer à
imprimer sy non et jusques à ce qu'il soit entièrement payé et
remboursé desd. deux cens vingt livres tournois, aud. pris de
vingt solz tournois pour chascun livre ; et sy tost qu'il en sera
4894 33
SI 4 lOSSE BADE ET LES TRADUCTIONS DE CLAUDE DE SETSSEL.
remboursé, sera tenu commencer à imprimer ung des autres
livres dessusd., comme led. Thucidides, au mesme nombre,
papier, lettre et volume et autant de feuilles que contient led.
Thucidides, qui est de cent quarente neuf feuilles chascun livre,
pour dix solz tournois chascun volume, pour impression et papier,
duquel pris il en sera payé sur led. Thucidides ; et ne sera tenu
led. Badius commencer à imprimer ung autre livre que préala-
blement il ne soyt payé et satisfaict de celluy qu'il aura imprimé,
sur lesd. Thucidides, qui pour ce faire luy demeurent entre ses
mains; et sy tost qu'il en sera payé, sera tenu led. Badius en
commencer à imprimer ung autre sur lesd. mil cent vingt neuf
livres de Thucidides restans desd. douze cens ung quarterons,
sy tant ilz y peuvent fournir; pourlesquelz livres dessusd. impri-
mer sera tenu led. Colin fournir des coppies correctes à ses des-
pens; et sy il en voulloit faire faire et imprimer em perchemyn, il
sera tenu fournir le parchemyn neccessaire à sesd. despens, sans
ce que led. Badius soit tenu le fournir; et pour scavoir par led.
Colin si lesd. Thucidides fourniront à lad. impression desd.
livres, sera tenu led. Badius sans fraulde ne malice luy monstrer
le nombre de ceulx qu'il aura venduz et débitez; car ainsi, etc.,
promettant, etc., obligeant chascun endroy soy ésd. noms, etc.,
renonçant, etc.
Faict doubles le samedi xxvm'' jour de mars l'an mil cinq cens
vingt sept, avant Pasques.
UNE ÉDITION
DE
L' « HISTOIRE ECCLÉSIASTIQUE DES FRANCS »
DE GRÉGOIRE DE TOURS,
PRÉPARÉE PAR LE P. GILLES BOUGHIER
AU XVII^ SIÈCLE.
Un jésuite érudit, le P. Gilles Bouchier, né à Arras en 1576,
qui fut successivement recteur à Béthune, puis à Liège, et mourut
à Tournay en 1665*, avait projeté, dans la première moitié du
xvn^ siècle, de donner une édition de Y Histoire ecclésiastique
des Francs de Grégoire de Tours. L'œuvre de Grégoire de Tours
avait paru en dernier lieu dans le Corpus Francicœ historiœ de
Marquardt Freher, publié en 1613 -. Le P. Bouchier se servit du
texte donné par Freher pour préparer sa nouvelle édition, que la
mort l'empêcha peut-être de terminer et de mettre au jour 3; ses
derniers biographes mentionnent expressément ce projet, mais
les matériaux de l'édition préparée par le P. Bouchier paraissaient
perdus depuis la fin du dernier siècle ^
t. Voir Bibliothèque de la Compagnie de Jésus, par le P. C. Sommervogel
(1890, in-4°), t. I, col. 1866-1868.
2. Pars II, p. 1-244. (Hanovise, 1613, in-fol.)
3. Trente ans avant la mort de Gilles Bouchier, Duchesne avait publié une
nouvelle édition de Grégoire de Tours, revue sur les manuscrits, dans ses Histo-
riie Francorum scripiores cosetanei (Paris, 1636, in-fol,), t. I, p. 251-459.
4. « Gregorius Turonensis amplissimis notis illustratus. — Le P. Bouchier se
I proposait de donner une édition de cet écrivain. — Ce manuscrit se conser-
vait aussi dans notre bibliothèque de Tournai. » {Bibliothèque de la Compa-
gnie de Jésus, éd. cit., t. I, col. 1868.)
5<6 DNE ÉDITION
On n'a point à en déplorer la perte ; ils ont été recueillis, avec
beaucoup d'autres manuscrits de Tourna}', dans l'incomparable
collection formée à Middlehill, puis transportée à Cheltenham par
sir Thomas Pliillipps. Le catalogue imprimé en 1837 et années
suivantes par le célèbre baronnet les mentionne en ces termes
sous le n° 11917 : « Freheri, corpus Francicse historiœ, with
innumerable ms. notes, additions and emendations, appended to
ihe History ofGregory of Tours, by Rev. Gilles Bouchier, of
Lille, f. ch. s. xvii. » Le volume porte la mention manuscrite :
« Collegii Societatis Jesu Tornaci, » et l'ex-libris imprimé de son
avant- dernier possesseur : « Ex bibliotheca G. van Bavière,
Facult. juris Acad. Bruxell. a secretis. — Franc et loyal. »
Le trop rapide examen que j'ai dû faire à Gheltenham, il y a
quelques années déjà, avec mon confrère et ami M. S. Bougenot,
de l'édition de Grégoire de Tours, préparée par le P. Gilles Bou-
chier, ne me permet d'entrer dans aucun détail sur l'état et la
valeur des matériaux laissés par le savant jésuite. Je me conten-
terai de signaler seulement la lettre suivante, insérée entre les
pages 20-21 du texte de Grégoire de Tours, publié par Freher ;
elle est adressée au P. Bouchier par un de ses confrères, le
P. Fronton du Duc, alors bibliothécaire du collège de Clermont
à Paris*. On verra avec quelle netteté Fronton du Duc s'y explique
sur la question de saint Deuys l'Aréopagite et au sujet de l'apos-
tolicité des églises de France ; quelques détails accessoires d'his-
toire littéraire donnés dans cette même lettre paraîtront peut-être
mériter de retenir encore quelques instants l'attention du lecteur.
H. 0.
Mon Révérend Père,
La venue et la veue du présent porteur nous a fort resjoui, tant
pour ses bonnes qualitez el mérites que pour la souvenance du
R. P. Flerontin-, qu'il nous a rafraischie, et pour l'usufruicL de vos
lettres. Pour response desquelles je ne vous sçaurois plus asseuré-
ment informer de l'histoire de S. Denys que par le tesmoignagc du
s»- cardinal Bellarmin, lequel estant, l'an J390, en nostre librairie de
1. Voir Bibliothèque de la Compagnie de Jésus, éd. cil., t. III, col. 233-249.
2. François FlcroiUiiuis, reclcur de Liège en 1594 et 1612, provincial de Bel-
gique, mort en 1015. {Bibliothèque de la Compagnie de Jésus, éd. cit., t. II,
col. 784-785.)
DE l' « HISTOIRE ECCLÉSIASTIQUE DES FRANCS». 5^
S. Louys\ en ceste ville, respondit au P. Gommolet^ qu'il n'eslimoit
pas que jamais l'évesque de Paris fust venud à S. Denis. Et, à la
vérité, j'ay toujours estimé qu'il faut plustost croire à Grégoire de
Tours et à Beda qu'à Hilduin. Voyez le martyrologe, et vous trouve-
rez que Beda distingue celuy de Paris de l'Aréopagite. Aussi Mas-
son ^ en son Hysloire de France, met en avant des objections que le
cardinal Baronius ne peut soudre que d'une façon qui est du tout
intolérable, disant qu'il fault mettre Adrien au lieu de Domitien;
car, par ce moyen, je soudray toutes objections prises des histoires.
La vie de S. Saturnin, qui est dans Surius, combat Hilduin et fortifie
Grégoire de Tours. Autant en est-il de S. Sixte et de toutz les aultres
premiers évesques des églises cathédrales de France qu'on y main-
tient avoir esté disciples des apostres, et puis on est contraint de
laisser un interrègne de deux centz ans sans aucun évesque pour
avoir commencé trop hault.
On a imprimé en Alemagne Annales Fuldenses, ou l'histoire de
Floard mise en lumière par M. Pithou^. Il trouvera mon jugement
plus entier et plus ample. Mons. Savaron^ travaille après son Gré-
goire de Tours, l'histoire duquel a esté nagueres mise en lumière en
ceste ville par Laurent Bocbel», advocat au Parlement, l'un de nos
sycophantes et calomniateurs de la faction de Servin et de l'Antico-
ton^, lequel Dieu a tellement puni que maintenant il est fugitif, xal
1. « La Maison professe de Sainct Loiiys des Pères Jésuites de la rue S. An-
toine estoit anciennement l'hostel d'Anville, que leur achepta M. Charles,
cardinal de Bourbon, qui leur donna aussi, environ l'an 1580, sa bibliothèque
excellemment reliée en maroquin. » {Traicté des plus belles bibliothèques,...
par le P. Louys Jacob, p. 520.)
2. Le P. Jacques Commolet, né vers 1548, préposé à la maison professe de
Paris, mort en 1621. {Bibliothèque de la Compagnie de Jésus, éd. cit., t. II,
col. 1351-1352.)
3. Papire Masson, Annalium libri IV, quibus res gestx Francorum expli-
cantur a Clodione ad Franciscum I. (Paris, 1577 et 1598, in-4°.)
4. Annalium et historix Francorum, ab anno Christi 708 ad annum 990
scriptores coetanxi XII, nunc primum in lucem editi, ex bibliotheca P. Pithœi.
(Francofurti, 1594, in-8°.)
5. Jean Savaron, lieutenant général de la sénéchaussée d'Auvergne, né en
1550 à Clermont-Ferrand, mort en 1622. Nicéron {Mémoires pour servir à l'his-
toire des hommes illustres, t. XVII, p. 91) cite des notes et remarques de lui
sur Grégoire de Tours.
6. Gregorii Turonensis episcopi historix Francorum libri decem... Ex biblio-
theca Laur. Bochelli. (Paris, 1610, in-8''.)
7. Louis Servin, avocat général au Parlement (1555-1626), auteur des Vindi-
cix secundum libertatem Ecclesix gallicanx. (Tours et Genève, 1590 et 1593,
5^8 UNE ÉDITION DE l' « HISTOIRE ECCLe'SUSTIQCE DES FRANCS ».
çeÛYst Toùç ^(dij.exàq^ ayant esté vendue sa librairie sub hast a, ut bona
Tarquinii. De mesrae farine est un nommé de St. Denis Heraldus*,
qui a fait ces jours passez imprimer un commentaire sur V Apologé-
tique de Tertullien, avec beaucoup de traitz qui sentent le fagot et
le levain de Genève. Un aultre advocat de noz amis a fait imprimer
Marculfi Formulas^, et un de nos Pères, qui régentea la première à
la Flèche, a traduit et mis en lumière les œuvres de Thémistius^.
Le Saint Augustin s'achève et le S' Ghrysostome latin : je mettray
dans trois ou 4 jours deux presses après le mien grec et latin, et
espère de l'avoir achevé dans sept ou huit mois, tellement qu'avec
les tomes de Commelin '' on l'aura tout entier en grec et en latin. Je
désirerois fort sçavoir si Kerbergius l'imprime en Anvers avec mes
corrections et traductions-, j'en ay escrit au P. Schottus^. Je vous
prie de faire diligences à me respondre et m'obligerez beaucoup. Je
me recommande humblement au R. P. ... et au R. P. ...
Vostre humble frère et serviteur en N. S.
Fronton dd Duc.
De Paris, ce 23 décembre ^6^2*'.
in-8'.) — Sur VAnticofon, ou réfutation de la lettre déclaratoire du P. Coton,
voy. la Bibliothèque historique du P. Lclong (éd. Fevret de FonleUe), t. I,
p. 870, n" 14258.
1. Q. Septimii Florentis Tertulliani Apologeticus, ex emendatione et cum
commentario Desiderii Ileraldi. (Luteliœ Paris., 1613, ln-4".)
2. C'est à Jérôme Bignon, avocat au Parlement, qu'on doit la première édi-
tion des Mai'culfi monachi formulx. (Paris., 1613, in-8°.)
3. Themistii Euphradx orationes XVI, griBce et latine,... interprète Diony-
sio Pelavio e Societale Jesu. (Flexiae, 1613, in-S".)
4. Jérôme Commelin, de Douai, mort en 1598, a imprimé de très nombreuses
éditions d'auteurs grecs et latins à Ileidelberg.
5. Le P. André Scliotl, d'Anvers (1552-1629).
6. Au dos se lit l'adresse : « A Révérend Père, le P. Gilles Bouchier, de la
Compagnie de Jésus, à Liège ; » avec le cachet : « Rectoris CoUeg. Paris, Soc.
Jesu. » La lettre est écrite sur une feuille de papier in-folio.
BIBLIOGRAPHIE.
Histoire du droit et des institutions de la France, par E. Glasson,
membre de l'Institut, professeur à la Faculté de droit de Paris;
tome V : la Féodalité (suite) ; les Communes et les autres villes;
l'Église; la Rotjauié. Paris, F. Pichon, i 893. In-8°, Lxrii-548 pages.
M. Glasson n'avait pu, malgré l'ampleur de son précédent volume,
terminer l'histoire du droit et des institutions à l'époque féodale. Quan-
tité de choses restaient à dire, et ce tome V est encore consacré à cette
période si intéressante mais si complexe.
La bibliographie fournit une riche énumération des publications
relatives aux communes et aux autres villes, à l'histoire de l'Église et
de la royauté. Elle n'est pas absolument complète et renferme quelques
ouvrages sans valeur, mais la perfection est impossible à réaliser, même
en bibliographie. De toutes les omissions, une surtout est regrettable :
celle de l'excellent livre de M. Elle Berger : Saint Louis et Innocent IV.
M. Glasson y eût trouvé des renseignements très précieux sur les rap-
ports de la papauté et de l'épiscopat avec la royauté. Des noms cités
au cours de l'ouvrage (L. Gautier, la Chevalerie^ Lu chaire, Manuel des
institutions françaises ; F. Aubert, le Parlement de Paris) sont absents
dans cette bibliographie; d'autres sont défectueux : p. xxxi, Aubert au
lieu de Auber; p. xxxii, Boutiet au lieu de Boutiot, etc. — Une remarque
concernant les thèses de l'École des chartes est inexacte : « Ces thèses
sont de simples résumés, » écrit le savant auteur. Il fallait dire les
positions de thèses, car les thèses elles-mêmes forment souvent de gros
mémoires.
Avec le chapitre iv (le premier de ce nouveau volume), « les Com-
munes et les autres villes, » nous entrons en matière. M. G. résume
les divers systèmes, montre ce qu'ils ont d'excessif ou d'exclusif, puis
il procède par analyse, examine « les diverses espèces de villes. » A
son avis, les associations de paysans, d'artisans et d'ouvriers des villes
sont restées sans influence sur le régime municipal, tandis que les asso-
ciations de marchands « ont largement contribué à la formation des
communes. » Il cherche dans les institutions antérieures et trouve
comme sources du régime communal le scabinat de l'époque carolin-
gienne et les gildes marchandes (cf. Pirenne, l'Origine des constitutions
520
BIBLIOGRAPHIE.
urbaines au moyen âge. Revue historique, 1893, t. LUI, p. 52 et suiv.).
« La coutume fort ancienne des confréries et des corporations » semble
aussi être une des origines, mais il ne faut pas exagérer l'importance
de tel élément en particulier.
M. G. constate avec raison que, « dans le Nord comme dans le Centre,
certaines chartes de communes ou de bourgeoisies furent obtenues à la
suite de concessions librement consenties par le roi ou par le seigneur, »
et que c'est une erreur d'affirmer d'une manière générale que les com-
munes ont été fondées en haine de la féodalité et par esprit de réaction
contre elle. « On peut, dit-il, caractériser la condition des villes du
Nord en disant qu'elle constitue le régime communal ; celle des villes
du Centre, en appelant leur organisation le régime de communauté ;
enfin les villes du Midi possèdent le régime des consulats. » Dans les
communes du Nord et de l'Est l'influence franque persiste longtemps ;
mais ces caractères généraux ne font pas oublier à l'auteur les particu-
larités régionales tant au Nord et à l'Est qu'au Centre.
Les villes royales du Centre obtiennent des privilèges, des exemptions
d'impôts. « A la différence des villes du Midi, qui possédaient des sta-
tuts municipaux, et des villes du Nord, qui étaient dotées de chartes
communales, véritables codes locaux consacrés à l'organisation poli-
tique, judiciaire, administrative de la ville et contenant en outre des
dispositions de diverses sortes, les villes royales du Centre ne peuvent
invoquer aucun titre d'une nature aussi générale. » Elles sont sous la
surveillance de l'officier du roi et cependant restent libres, mais plus
en fait qu'en droit.
Parlant du Midi, M. G. maintient justement contre les exagérations
actuelles que le régime municipal très fortement organisé remonte plus
haut que l'époque féodale et que l'influence romaine a persisté, modifiée
ou complétée par les institutions du moyen âge et l'exemple des répu-
bliques italiennes.
Ces notions générales données, l'auteur nous met au courant des
détails : qui pouvait constituer une commune ou une ville de bour-
geoisie; ce que renfermait une charte; quels étaient les fonctionnaires
des communes ; de quelle nature étaient leurs attributions et cela dans
les diverses provinces. Nous sommes renseignés sur les recettes et les
dépenses ; sur la condition des villes de bourgeoisie, dont deux types
sont étudiés à part : Paris et Orléans.
Les travaux de MM. Giry, Luchaire, Flammermont, Prou, Lefranc,
Bonvalot, etc., sont, et cela se comprend, mis souvent à contribution.
L'étude sur la ville de Paris est trop rapide, trop superficielle.
Les recherches sur les villes de consulat fournissent à l'auteur l'oc-
casion d'insister sur la persistance des institutions municipales d'ori-
gine romaine, en tenant compte dos modifications inévitables. Il n'ad-
met pas la destruction complèle du régime municipal romain dès
BIBLIOGRAPHIE. 521
l'apparition des Francs. En effet, cette poignée d'envahisseurs n'a pas
eu d'influence sérieuse sur les populations entièrement romanisées du
Midi. Il reconnaît que l'influence des républiques italiennes et des ins-
titutions féodales fut plus sérieuse. Ses arguments ne manquent pas de
valeur, car dans cette question il ne suffit pas d'être un érudit, il faut
posséder à fond la connaissance du droit romain. Voici ses conclusions :
« Des vestiges des institutions municipales des Romains s'étaient trans-
mis au travers des âges, » mais « ces institutions municipales étaient
surtout devenues civiles et avaient perdu à peu près tout caractère poli-
tique... C'est surtout dans les statuts municipaux que se fait sentir
l'esprit du droit romain... qui n'avait jamais cessé d'être en vigueur
dans le midi de notre pays. Les consulats du Midi forment donc bien
une institution nationale, née sur notre sol, mais dont l'éclosion et le
développement ont été favorisés par des causes très diverses, intérieures
ou extérieures : la richesse commerciale, la bienveillance des seigneurs
qui ont compris les intérêts et les besoins de leurs sujets, les rapports
avec l'Italie, la persistance du droit romain. »
Cette théorie ne sera pas en faveur, car la tendance actuelle est
d'amoindrir l'influence si profonde du droit romain pour exagérer celle
des usages germaniques, mais des idées plus justes s'imposeront.
Les puissantes cités de Montpellier, de Toulouse et de Bordeaux sont
étudiées avec soin. Enfin le chapitre se termine par quelques considé-
rations sur les agglomérations de paroisses, de villages et de villes qui
n'avaient pas obtenu de chartes.
Le chapitre cinquième a pour titre : l'Église. « La première puis-
sance au début du moyen âge, celle qui l'a dominé, dirigé, moralisé,
c'est l'Église. » M. G. explique ce rôle prépondérant, et, comme les lois
de l'Église ont alors une importance considérable, il donne de rapides
indications sur les sources du droit canonique. Au sujet de la Panor-
mie d'Yves de Chartres, il aurait dû citer la thèse de l'abbé Menu.
Vient ensuite l'étude du clergé séculier, de la hiérarchie, des circons-
criptions ecclésiastiques, de la création des nouveaux diocèses, des pré-
rogatives et des droits des évêques et de leurs agents, des chapitres,
des curés et des desservants. Le clergé régulier le retient peu, et, après
quelques mots seulement sur les conciles, il arrive aux justices d'Église.
Ici encore l'auteur résume les travaux antérieurs tout en émettant des
idées personnelles. Je lui reprocherais de ne pas assez s'occuper de
l'action des conciles, de croire encore trop aux terreurs de l'an mille.
Les revenus et charges de l'Église, ses privilèges, font l'objet des
pages suivantes, et un aper«îu aussi exact que remarquable sur l'in-
fluence de l'Église sert de conclusion. En termes élevés, M. G. rend
justice à la grande institutrice des nations. Au point de vue politique
et administratif comme au point de vue social les services sont émi-
nents. « Dans les diverses branches des connaissances humaines, l'Église
522 BIBLIOGRAPHIE.
était en avance sur son temps ; » grâce à l'influence du droit canonique,
« nos coutumes se sont imprégnées d'un véritable esprit de justice et
d'équité, en même temps qu'elles se dégageaient de la confusion et de
l'obscurité. » L'Église séculière a provoqué et prodigué l'émancipation
des serfs; quant à l'Église régulière, si elle la pratique moins, c'est
qu'elle se préoccupe surtout d'assurer aux serfs la sécurité si rare à ces
époques troublées, et, en fait, les serfs des monastères se trouvaient
dans une condition meilleure que les hommes libres de la basse classe.
Gomme tous les moralistes, il proclame que dans l'organisation de la
famille l'œuvre de l'Église a été admirable. Il explique comment, pour
éviter ces guerres terribles de débiteurs ruinés à créanciers avides et
impitoyables qui ensanglantèrent Rome et la Grèce, la prohibition du
prêt à intérêt, erreur au point de vue économique, fut un bienfait social.
Là où il était toléré, il devenait monstrueux ; Bérenger, comte de Pro-
vence, autorisait à prêter jusqu'à 80 °/o par an ! Cette considération de
l'éminent professeur ne saurait être trop remarquée. Pour toutes ces
raisons, grâce à « cet esprit de justice essentiellement pratique, sans
aucune violence, du consentement unanime de tous, » l'Église a pu
« dominer, diriger et gouverner pendant la première partie du moyen
âge. »
Les chapitres suivants traitent de la Royauté, des assemblées de
l'administration locale, du domaine de la couronne et des finances
royales.
Le caractère des rois capétiens est bien esquissé.
Les traditions de la monarchie capétienne, tout ce qui a trait à la
transmission de la couronne, au sacre, aux régences et à la famille
royale; aux pouvoirs du roi, à ses prérogatives et à sa justice; à sa
cour, aux officiers de la couronne, aux pairs et au conseil, tout cela
est clairement exposé, mais ce chapitre n'oûre rien d'original. Quelques
observations, la plupart de détail, sont à faire. Les Lettres de Gerbcrt
sont citées sans qu'il soit parlé de l'excellente édition de M. Havet; le
De ordine palatii de Hincmar est un texte important ; l'auteur l'a con-
sulté, mais il aurait dû recourir à l'édition de M. Prou, dont l'annota-
tion est remarquable. Les Mandements de Charles V ont été publiés par
M. Léopold Delisle, et le recueil des privilèges accordés à la couronne
de France par le saint-siège est dû à M. Adolphe Tardif; quand il s'agit
de recueils de textes, le nom de celui qui les a rassemblés et commen-
tés est très important à signaler. La formule Rex Francorum se traduit
par « roi de France » et non « roi des Francs. » Dire que le testament
de Charles V fut cassé par le Parlement n'est pas exact. Les volontés du
roi ne furent pas respectées par le conseil de régence, mais le Parle-
ment ne joua aucun rôle dans cette affaire. Comme M. Valois, M. G.
ne croit pas que le conseil du roi se soit réuni au Parlement, et il répète
que, par la formule : « par le conseil estant en la chambre du Parle-
BIBLIOGRAPHIE. 523
ment, » il faut entendre qu'il s'agit du Parlement seulement. Mes études
sur le Parlement de Paris me permettent de ne pas admettre cette inter-
prétation exagérée. Le conseil a siégé plusieurs fois avec le Parlement,
et plusieurs fois une partie considérable du Parlement se réunit au
conseil. La question des pairs trouve naturellement sa place, mais elle
n'est pas définitivement tranchée; le sera-t-elle jamais? Ce n'est pas
François I^i'qui a conféré la pairie à Engilbert de Glèves, c'est Louis XII,
en mai 1505 (cf. Arch. nat., X<^ 4846, fol. 398 v").
Le rôle des assemblées, des états généraux a été considérable, mais
je crois, avec M. G., qu'on a exagéré les services qu'ils ont rendus;
jusqu'au xvi« siècle, par leurs demandes intempestives ou excessives,
ils n'ont pas su se rendre vraiment utiles ; après le xvi« siècle, la royauté
était trop puissante pour tenir compte de leurs décisions. « Les com-
munes d'Angleterre étaient plus habiles ; elles ouvraient largement la
bourse, mais elles exigeaient des compensations qui ne tardèrent pas
à leur procurer de précieuses libertés politiques. » Pendant la guerre
de Cent ans, les états généraux « firent preuve de patriotisme, mais ils
manquèrent toujours d'habileté et d'esprit politique : ils ne comprirent
pas les vrais besoins d'un État engagé dans une guerre où il y allait
de son existence, et, lorsque à la suite de certaines circonstances la
force se trouva de leur côté, ils en abusèrent pour usurper tous les pou-
voirs au lieu de régler avec modération leurs droits vis-à-vis de la
royauté. » Ils ne comprirent « rien à leur rôle en matière d'impôts. »
Après les états généraux, M. G. résume tout ce que l'on a dit sur les
assemblées des notables et les états provinciaux ; puis il étudie l'admi-
nistration locale, explique quels agents royaux ont remplacé ceux de
l'époque carolingienne, s'étend sur la nomination et les fonctions des
prévôts, des baillis, des sénéchaux et des principaux fonctionnaires
subalternes.
Le dernier chapitre de ce volume, le neuvième, est peu considérable,
et dans le volume suivant M. G. le complétera sans aucun doute. En
effet, le domaine de la couronne et surtout les finances royales demandent
des développements. Le savant auteur suit année par année la consti-
tution des apanages, expose les grands inconvénients et les rares avan-
tages de cet usage ; ensuite il étudie avec sagacité la formation de la
notion de l'impôt en se rendant bien compte des difficultés à surmon-
ter, des tâtonnements inévitables qui se traduisirent souvent en mesures
vexatoires, mais qu'il faut juger d'après l'esprit du temps et non du
nôtre et qui continuent jusqu'au règne de Charles VIL
Il reste encore beaucoup de choses à dire sur le gouvernement royal
à l'époque féodale; le sixième volume les contiendra. L'éloge du grand
ouvrage de M. Glasson n'est plus à faire ; l'utilité est évidente, et, en
résumant tous les travaux antérieurs, en tirant des conclusions gêné-
S24
BIBLIOGRAPHIE.
ralement exactes et modérées, le savant professeur rend aux travailleurs
un service signalé.
Deux petites remarques en terminant : page 149, il y a une confusion
fâcheuse entre le vainqueur de Muret et le comte de Leicester. Les
dates sont toujours celles du vieux style, ce qu'il faudrait éviter.
Félix AUBERT.
Inventaires et documents publiés par l'administration des Archives
nationales : Inventaire des arrêts du Conseil d'État (règne de
Henri IV), par M. Noël Valois, archiviste aux Archives nalionales.
Tome II. Paris, Impr. nationale, ^893. In-40, 843 pages.
On a déjà signalé dans ce recueil (t. XLVII, 1886, p. 682-689) le pre-
mier volume de l'Inventaire des arrêts du Conseil d'État sous le règne
de Henri IV, que M. Noël Valois a rédigé pour la collection des Inven-
taires des Archives nationales. Le second et dernier volume de cet
important ouvrage a paru récemment. On y trouve analysés 9,986 arrêts,
qui proviennent en très grande majorité de la collection des minutes
conservées aux Archives ; 314 seulement ont été tirés des registres de
la Bibliothèque nationale. Tous ces arrêts appartiennent à la période
qui s'ouvre en l'an 1600 pour se terminer avec le règne. Il serait
superflu de répéter ici les éloges déjà donnés au premier volume; qu'il
suffise de dire que son frère cadet les mérite tout autant. Les documents
qui y sont cités par des résumés à la fois clairs et sobres montrent
l'action du Conseil sur toutes les branches du gouvernement royal :
affaires étrangères, guerre, marine, finances, administration pure,
cultes, travaux publics. Une table alphabétique très copieuse facilite les
recherches. On trouve aussi à la fin du volume (p. 729-732) un court
supplément contenant des arrêts retrouvés après coup, dont plusieurs
sont datés des années du règne.
P. FOURNIER.
A. DE GoAMPEAUx, P. Gauchery. Les Travaux d'art exécutés pour Jean
de France, duc de Berry, avec une étude biographique sur les
artistes employés par ce prince. Paris, Honoré Champion, -1894.
In-4% 23^ pages et 42 planches. 75 francs.
La première partie de ce volume est pour nous une vieille connais-
sance : il y a quelques années, MM. de Champeaux et Gauchery ont
publié, Adin?,\d.Gazette archéologique^ , les résultats de leurs recherches sur
les travaux d'architecture et de sculpture exécutés pour le duc de Berry.
1. Année 1887, p. 18-28, 64-71, 198-112; année 1888, p. 245-254.
BIBLIOGRAPHIE. 325
La reproduction de ces articles occupe les 48 premières pages du présent
volume. Des documents, dont les auteurs ont eu connaissance trop tard
pour les utiliser alors, leur ont fourni la matière d'un appendice presque
aussi considérable que leur premier ouvrage (p. 49-72). Ils ont ainsi
complété et sur un certain nombre de points rectifié ce qu'ils avaient
d'abord écrit. Il en résulte un léger désavantage pour le lecteur,
oblige de contrôler sans cesse les renseignements de la première
partie par ceux de la seconde. Mais du moins MM. de Ghampeaux et
Gauchery se sont trouvés ainsi en mesure de nous présenter un tableau
plus complet et plus précis des travaux exécutés par le duc de Berry
dans toutes les parties de son vaste apanage et dans tous les domaines
qui lui appartenaient : en Berry, à Mehun, à Concressault, à Bourges,
à Genouilly; en Auvergne, à Riom et à Nonette; en Poitou, à Lusi-
gnan et à Poitiers; à Paris, enfin, aux deux Nesle et à la Grange-aux-
Merciers; en complétant l'étude des documents écrits par celle des
restes ou des ruines et des anciens plans ou vues, ils se sont efforcés de
reconstituer, autant que faire se pouvait, la physionomie de ces somp-
tueuses demeures ; ils ont rehaussé encore la valeur de leur travail, en
mettant sous les yeux des lecteurs d'excellentes gravures, reproductions
de vues et de plans de ces constructions.
Ce n'est d'ailleurs pas là le seul intérêt de leur publication. Ils ont
eu soin de consacrer une troisième et importante partie de leur volume
(p. 73-198) à des notices biographiques sur les artistes employés par le
duc de Berry : architectes, sculpteurs, peintres, verriers, enlumineurs,
orfèvres, joailliers, graveurs, tapissiers, brodeurs, tailleurs, armuriers,
menuisiers, marqueteurs, horlogers et musiciens. Sans doute ces notices
ne sont pas toujours aussi amples que celle qui est consacrée à Jean
d'Orléans; quelques-unes se réduisent à de brèves mentions; on n'en a
pas moins là un ensemble imposant de notes pour un chapitre consi-
dérable de l'histoire de l'art et de l'industrie artistique à la fin du
xiv<= siècle et au début du xv« ; le cadre s'élargit même parfois, et les
deux auteurs n'ont pas hésité à donner à l'occasion les indications com-
plémentaires sur la descendance de tel ou tel artiste.
Le volume se termine, sans parler des tables, par huit pages d'Addi-
tions et corrections, où se trouvent consignés les renseignements nou-
veaux recueillis pendant l'impression ; cela seul montre le souci qu'ont
MM. de Ghampeaux et Gauchery de perfectionner leur œuvre. Ils n'ont
malheureusement pas apporté le même soin à la correction typogra-
phique de leur volume <. Nous ne voulons point insister sur ce reproche,
1. C'est ainsi que notre confrère M. Teiihard de Chardin est presque cons-
tamment appelé Theillard de Chardin; le ms. £r. 11488 de la Bibl. nat. est
désigné une fois (p. 74) 1148» et une autre fois (p. 90) II, 488; p. 89, le nom
du tailleur de pierre Claux de Mayence est transformé en Claux de Mabeuse
(lire Mahense), faute maintenue à la table, etc., etc.
o26
BIBLIOGRAPHIE.
non plus que sur celui d'avoir trop souvent donné des références vagues
et incomplètes ^, et nous aimons mieux terminer en remerciant encore
MM. de Champeaux et Gauchery d'avoir élevé un monument considé-
rable à la gloire du duc de Berry et de notre art national.
E.-G. Ledos.
Deux mille ans d'histoire; la vallée d'Aulnay, Châtenay, Sceaux,
Fontenay^ Plessis- Piquet, Bagneux, etc., par de Launay, membre
de la Société de rHistoire de Paris et de l'Ile-de-France. Paris,
E. Flammarion. In-lS, 354 pages.
Cet ouvrage est « l'histoire de cette région où la Providence a placé,
pendant bien des siècles, le berceau de mes aïeux, n nous dit l'auteur
dans son avant-propos. C'est aussi l'histoire de ces aïeux nés à Châte-
nay ou à Fontenay « pendant plus de trois siècles, sans qu'un seul y
ait manqué, » et qui, de 1575 à 1800, ont contracté des unions avec des
personnes issues de la localité. M. de L. retrouve jusqu'au xi« siècle
des documents sur les Aulnay, et, par le développement qu'il donne à
ses recherches tant sur sa famille que sur leurs alliés, il arrive à ratta-
cher cette histoire à l'histoire même de Paris, ajoutons à l'histoire de
France.
On voit tout de suite que la trame est peu serrée, qu'il y a trop de
digressions, trop d'histoire générale. Le lecteur s'y perd souvent. Au
lieu d'une monographie, nous avons en somme deux mille ans d'his-
toire de France. L'auteur a le style facile, brillant, et ne sait pas tou-
jours résistera la tentation de disserter et de s'appesantir sur les généa-
logies des Capétiens, des Montmorency, des Vernon et d'autres familles
célèbres et déjà connues.
Ce défaut eût été évité si M. de L. avait mis en note tout ce qui n'est
pas indispensable à sa monographie. Aussi bien ne soyons pas trop
sévère pour ses débuts dans les travaux d'érudition. Remercions-le
plutôt de son charme de narrateur, de ses renseignements curieux et
souvent inédits sur tant de vieilles et illustres familles parisiennes,
leurs alliances, leurs industries et leurs maisons de campagne. Tous
ceux qui s'intéressent à l'histoire des imprimeurs parisiens (voy. ch. v)
et aux biographies de Scarron, de Colbert et d'autres personnages des
1. Je cite au hasard, p. 7, n. 2 : Titres de la maison ducale de Bourbon;
p. 36, II. 1 : Blaacard, Inventaire des archives départementales des Bouches-
du-Rhône; p. 113, n. 1 : J.-M. Richard, Mahaut (comtesse d'Artois) (sic). —
En outre de ces défauts de forme, l'on pourrait relever quelques erreurs de
fond; c'est ainsi que MM. de Champeaux et Gauchery ont fait une étrange con-
fusion, que rien n'explique, entre Jean de Rupy, dit Cambray, et Jean de Roche-
chouart (de Rupe Cavardi) (cf. p. 202 notamment).
BIBLIOGRAPHIE. 527
deux derniers siècles, seront intéressés par les trouvailles de M. de L.;
ils oublieront ainsi certaines fautes de transcription ou de traduction
inévitables pour quiconque n'a pas fait une étude spéciale de paléo-
graphie.
Un appendice considérable (100 pages) contient les pièces justifica-
tives, des notes, des fragments et des analyses de chartes.
Gomme tous ceux qui s'occupent de l'histoire de Paris, M. de L. a
dû consulter le grand ouvrage de l'abbé Lebeuf, dont il a dû rectifier
plus d'un passage.
Félix AuBERT,
Docteur Goutan. Les Principales églises de V arrondissement de Dieppe.
Le Havre, Lemale, -1893. In-foIio, 4^ pages. (Extrait de la Nor-
mandie monumentale et pittoresque.)
Le Même. Description de l'église Notre-Dame du Bourg-Dun. Rouen,
Leprêtre, -1894. In-8°, vi, 33 pages.
C'est un très beau et très bon travail que celui de M. le docteur Gou-
tan. L'auteur a su allier l'élégance du style à une rigoureuse méthode
descriptive et à une consciencieuse recherche des détails précis.
Chaque notice est accompagnée de magnifiques photogravures, exécu-
tées d'après les clichés de M. Letellier, et d'une série de bons plans
d'architectes, où des teintes diverses et bien distinctes et des légendes
détaillées indiquent les diverses époques. L'illustration participe donc
des qualités du texte ; l'ouvrage sera feuilleté avec intérêt par tous, et
c'est avec grand profit qu'il sera consulté par les amateurs d'art, lu et
étudié par les archéologues. On peut seulement regretter que toutes les
photogravures soient exclu si vem.ent des vues extérieures et tous les
dessins des plans ; les élévations intérieures et quelques détails auraient
offert au moins autant d'intérêt. On peut regretter aussi que l'auteur
emploie un peu trop volontiers des termes de manuel et surtout intro-
duise inutilement et arbitrairement dans son français, qui est bon, les
mots anglais clear stonj pour désigner les fenêtres du vaisseau central
de ses églises.
Les notices sont consacrées à six monuments, spécimens de choix de
l'architecture normande du xii^ au xvi^ siècle : d'abord la belle église
Saint-Jacques de Dieppe, avec sa nef du milieu du xni^ siècle, terminée
seulement dans le cours du xiv^par une riche façade qu'une belle tour
latérale a complétée cent ans plus tard. C'est du xv^ et du xvi^ siècle
que date la refaçon du chœur, avec ses charmantes chapelles de la
Renaissance dues à la munificence et au goût délicat d'Ango. Notons
la curieuse mention d'une restauration exécutée en 1736 dans le style
gothique et qu'il est intéressant de rapprocher des travaux analogues
faits au xvn^ siècle à Saint-Étienne de Caen.
528
BIBLIOGRAPHIE.
Les restes de l'ancienne église Saint-Remy de Dieppe sont ensuite
étudiés. On regrette de ne pas trouver quelques lignes sur la seconde
église de la même ville, qui, si elle n'est pas très belle, est au moins
curieuse pour l'étude de l'architecture de la Renaissance.
L'église d'Arqués, commencée en 1515, est décrite avec tout le soin
que méritent sa gracieuse façade et son précieux jubé. L'auteur ne se
prononce pas sur la question de savoir si Nicolas Bédiou (f 1572) en a
été l'unique architecte.
Puis vient Notre-Dame du Bourg-Dun; l'auteur attribue au xi« siècle
le transept de cette église, morceau mutilé qui pourrait plutôt ne dater
que de la première moitié du xn^. C'est du dernier quart du même
siècle que datent les grandes arcades de la nef, dont la partie haute est
du commencement du xm^. Ce style gothique primitif est très rare dans
la région normande. La façade est cantonnée de tourelles d'escaliers
carrées d'un aspect monumental, comme à Saint-Georges de Boscher-
ville ; elle est très remaniée, ainsi que le chœur, des xn«et xni^ siècles;
la tour centrale est de la fin du xiii«.
L'église d'Auffay a de même un transept roman ; le reste de l'édifice,
rebâti peu après 1264, a été restauré à la fin du xv^ et au xvi^ siècle,
puis en 1867, et toujours d'une façon de plus en plus fâcheuse, mais a
cependant conservé une rare élégance.
L'église d'Eu, à laquelle l'auteur a justement consacré sa principale
notice, termine ce recueil. Le docteur Coutan ne pense pas que la dis-
position bizarre de la nef de cette église, avec ses hauts piliers étrésil-
lonnés par de secondes arcades portant de fausses baies de triforium,
soit autre chose qu'un repentir de l'architecte. 1\ est vrai que cette dis-
position n'a pas d'autre cause dans la cathédrale de Meaux, mais ici ne
serait-elle pas plutôt inspirée de l'ordonnance de la cathédrale de Rouen,
ordonnance procédant elle-même de certains exemples de l'école romane
de Normandie? A l'époque romane, les Normands avaient même exporté
cette disposition en Angleterre (abbatiale de Waltham) et en Fouille
(cathédrale de Barletta).
Ce n'est pas sans hésitation que l'auteur attribue au xn^ siècle, sur
la foi de l'abbé Cochet, la crypte de l'église d'Eu, à laquelle la date du
xv« siècle avait été assignée dans les Archives de la Coinmission des
monuments historiques. La crypte n'a cependant rien d'antérieur à cette
époque, comme l'a très bien démontré M. Anthyme Saint-Paul, Tan der-
nier, au congrès de la Société française d'archéologie. Cette méprise de
M. leD"" Coutan est, on peut le dire, la seule erreur de quelque impor-
tance que contienne son remarquable travail.
On peut regretter encore que l'église du collège d'Eu, les mausolées
qu'elle contient (fin du xvi« siècle), et surtout ceux que renferme la
crypte de la grande église, n'aient pas été décrits, mais des limites
étroites étaient imposées à l'auteur.
BIBLIOGRAPHIE. ^20
Celui-ci vient de se dédommager en publiant une monographie éten-
due de Notre-Dame du Dourg-Dun dans une brochure spéciale, illustrée
de quatre phototypies, qui donnent, cette fois, les détails intérieurs et ne
répètent pas l'illustration de la précédente notice. Cet opuscule intéres-
sant se distingue par les mêmes qualités que le précédent et fournit des
renseignements bien plus complets. Il a pour but d'intéresser le public
à la belle église du Bourg-Dun, dont l'état de délabrement exige des
réparations auxquelles les ressources locales ne peuvent subvenir.
Depuis que ces lignes ont été écrites, nous avons pris connaissance
de deux autres notices du D'' Coutan, insérées également dans la Nor-
mandie monumentale. C'est d'abord le château de Dieppe, monument qui
rentre plutôt dans le domaine du paysage que dans celui de l'archéo-
logie, puis la curieuse chapelle Saint-Julien au Petit-Quevilly. Celle-ci
est un monument de 1160 environ, qui, avec certaines parties de la
cathédrale de Rouen (salles voûtées de la tour Saint-Romain), peut
permettre d'affirmer que les architectes normands ont adopté et com-
pris l'architecture gothique plus tôt qu'on ne le croit communément.
La chapelle du Petit-Quevilly est un monument de transition, dont les
voûtes d'ogives basses et lourdes reposent sur de beaux chapiteaux à
amples feuillages. L'abside a quatre fenêtres séparées par une retom-
bée de voûtes. C'est là une disposition rare, mais qui, à l'époque romane,
semble avoir eu des analogues en Picardie. (Les églises de Voyennes
et de Cizancourt, près Péronne, ont deux fenêtres au chevet.) On peut
et on doit espérer que le D-- Coutan continuera avec la même activité
ses bonnes et intéressantes études sur l'archéologie normande.
C. Enlart.
Recherches historiques sur les vingt communes du canton de Saint-
Pierre-Église; antiquités, églises, châteaux, succession des curés,
généalogie des seigneurs, guerres civiles et religieuses, écoles et
municipalités, monastère de Notre-Dame, par Louis Drouet.
Cherbourg, impr. Saint-Joseph, •ISOS. In-8°, vii-488 pages.
On ne saurait trop louer l'idée qui a inspiré l'auteur du livre dont
nous venons de transcrire le titre et, en même temps, la conscience
que cet auteur a apportée à rassembler les éléments de son travail. Il
serait à désirer qu'il se trouvât dans tous nos départements des cher-
cheurs aussi patients qui rassemblassent, avant qu'ils ne disparaissent,
les renseignements si variés et si précieux que nous trouvons consi-
gnés ici.
En dehors des archives départementales proprement dites, conservées
au chef-lieu, ceux-là seuls qui ont eu l'occasion de pénétrer dans les
archives, soit des notaires, soit des propriétaires de châteaux, soit des
^894 34
530 BIBLIOGRAPHIE.
paroisses, savent la richesse et l'intérêt des notes qu'on y peut prendre.
Nous ne parlons pas seulement de documents intéressant spécialement
la contrée ou les familles du pays, ni même de ceux qui peuvent ser-
vir à apprécier l'état économique de nos provinces aux diverses époques
de notre histoire, mais encore d'annotations çà et là relevées qui
apportent d'utiles contrihutions à l'histoire générale.
On ne saurait donner une idée de la variété de renseignements de
tout ordre qui se rencontrent dans le livre de M. Drouet. M. Drouet a
voulu être complet, et, de fait, aura-t-on peut-être quelque peine à gla-
ner après lui dans le canton dont il vient de nous donner les annales ;
il a poussé le souci jusqu'à insérer les statistiques modernes les plus
minutieuses; ne nous plaignons pas trop en songeant à l'intérêt qu'offri-
raient de semblables tableaux pour des époques éloignées.
Dans une reuvre aussi détaillée et aussi longue, il serait facile de
relever un petit nombre de légères inexactitudes, ou de reprocher à
l'auteur sa foi trop grande en quelques documents suspects. Nous
aimons mieux rester sur la bonne impression que laisse un travail
aussi utile et fait avec autant d'honnêteté et de sérieux.
Louis Batiffol.
Dufourny et Lancelot. Notes sur les anciens inventaires du Trésor
des chartes de Lorraine, par Paul Marichal. Nancy, G. Grépin-
Leblond, -1894. In-8°, 74 pages. (Extrait des Mémoires de la Société
d'archéologie lorraine, année -1894.)
L'état d'inachèvement dans lequel se trouve l'inventaire des titres
do Lorraine dressé par Dufourny dans l'exemplaire de la bibliothèque
publique de Nancy avait amené Henri Lepage à croire et à écrire
que ce travail ne nous était parvenu qu'incomplet. L'examen de la
minute originale qui se trouve à la Bibliothèque nationale et de la
mise au net officielle que conservent les Archives nationales a mis
M. Marichal en mesure de rectifier cette assertion inexacte, puisque ces
deux exemplaires sont achevés et sont d'un tiers plus considérables que
l'exemplaire de Nancy. L'on comprendra l'importance de cette décou-
verte en songeant que, pour nombre de documents aujourd'hui perdus,
il ne subsiste que les analyses détaillées de ces inventaires. M. Mari-
chal établit encore que les tables conservées aux archives de Meurthe-
et-Moselle, sous les cotes B 472-B 474, sont la simple copie de celles
dont Dufourny a fait suivre son inventaire, ce qui explique pourquoi
ces tables contiennent des renvois aux layettes transportées à Paris en
1740 et ne renvoient pas par contre aux layettes conservées dans le
Trésor des chartes et non inventoriées par Dufourny. Enfin, M. Mari-
chal signale des tables dressées par Michel Chappotin, sur le plan de
celles de Dufourny, pour l'inventaire rédigé par Lancelot; ces tables
BIBLIOGRAPHIE. 53^
étaient peu connues et peu consultées par les érudits lorrains, parce
qu'il n'en existe que deux exemplaires, tous deux conservés à la Biblio-
thèque nationale.
Notre confrère ne s'est pas contenté de donner au public érudit ces
indications intéressantes et utiles ; il a fait œuvre plus méritoire encore
en publiant en appendice : 1° une table de l'inventaire de Dufourny,
dans laquelle se trouve établie la concordance entre les feuillets de
l'inventaire et les layettes du Trésor; 2° un état des additions faites par
Lancelot à l'inventaire de Dufourny. Cet état comprend, sur trois
colonnes : a) la copie de l'état sommaire ; b) les volumes de la collec-
tion de Lorraine où se trouve la mise au net ou la minute de telle ou
telle addition; c) enfin la cote actuelle aux archives de Meurthe-et-
Moselle de chaque layette d'additions.
E.-G. Ledos.
Histoire de la ville d'Alais de 4250 à 4340, par Achille Bardoiv.
Niraes, impr. Ghastanier, ^894. In-8o, 236 pages.
M. Bardon a entrepris une Histoire de la ville d'Alais dont la valeur
peut déjà être appréciée d'après les morceaux qu'il en a détachés. Sous
le titre de Listes chronologiques pour servir à l'histoire de la ville d'Alais,
il s'est successivement occupé : 1° des consuls, dont il a relevé tous
les noms depuis 1253 jusqu'en 1789'; 2° des dignitaires du clergé
catholique et du clergé protestant ^ (évêques et ministres de l'Église
réformée); 3° des comtes-*; 4° des barons, depuis le xm^ siècle jus-
qu'au xvmo''.
Le premier de ces morceaux n'est qu'une simple nomenclature. Dans
le second, on remarque des détails nouveaux sur la biographie de plu-
sieurs ministres protestants. Le troisième doit être particulièrement
recommandé pour l'emploi judicieux que l'auteur a fait de documents
importants sur les rapports de la grande famille des Pelet avec les rois
de France.
C'est pour faire suite à ce dernier mémoire que M. Bardon nous
donne aujourd'hui un volume dans lequel il passe successivement en
revue l'organisation de la famille, l'organisation municipale, l'organi-
sation judiciaire, l'impôt, l'alimentation, l'industrie, le commerce, le
clergé et le culte, l'enseignement et les institutions charitables. L'au-
1. Liste chronologique des consuls de la ville d'Alais, dans Mémoires de
l'Académie de Nimes, 1889 et 1891, 7= série, t. XII, p. 103-153, et t. XIV,
p. 161-173.
2. Ibid., p. 174-183.
3. Ibid., p. 184-190.
4. Les Barons d'Alais, clans Mémoires de l'Académie de Nimes, 1892, 7° sé-
rie, t. XV, p. 25-107.
S32 BIBLIOGRAPHIE.
teur examine à fond chacune des questions sur lesquelles il veut jeter
de la lumière. Il a tiré un excellent parti des archives municipales,
dont il nous laisse entrevoir la richesse, et il a trouvé dans les archives
notariales un supplément d'informations qui n'est pas à dédaigner.
Dans un petit nombre de cas, il a eu recours aux archives de Sauve,
d'Anduze et de Nimes.
L'Histoire d'Alais sera un livre original, fort utile à consulter pour
connaître sous toutes ses faces la vie bourgeoise et ouvrière dans une
ville du Midi au moyen âge.
L. D.
Les La Trémoille pendant cinq siècles. Tome premier. Guy VI et
Georges. -1 343-'! 446. Nantes, Emile Grimaud, 4 890. In-4", vir-
318 pages. — Tome second. Louis I, Louis II, Jean et Jacques.
^43^-^525. Nantes, É. Grimaud, ^1892. In-4°, xvi-252 pages. —
Tome troisième. Charles., François et Louis III. \ 483H 377. Nantes,
É. Grimaud, ^894. In-4°, x-266 pages.
Nous avons eu plusieurs fois à annoncer la publication des beaux
volumes dans lesquels M. le duc de La Trémoille met en lumière, pour
le plus grand profit des études historiques, un choix des documents ren-
fermés dans ses incomparables archives. Nos lecteurs connaissent, au
moins d'après des analyses ou des mentions sommaires, les ouvrages
que depuis une vingtaine d'années nous avons vus se succéder sous les
titres de : Correspondance de Charles VIII et de ses conseillers avec Louis
de La Trémoille pendant la guerre de Bretagne (1875, in-8°) ; — Char trier de
Thouars. Documents historiques et généalogiques (1877, in-folio) ; — Livre de
comptes, 1395-1406. Guy de La Trémoille et Marie de Sully (1887, in-4o);
— Inventaire de François de La Trémoille (1542) et comptes d'Anne de
Laval (1887, in-4'') ; — Archives d'un serviteur de Louis XL Documents et
lettres (1888, in-4o). Mais il n'a pas encore été question, dans la Biblio-
thèque de l'École des chartes, d'une nouvelle série inaugurée en 1890
et dont les titres des trois premiers volumes sont transcrits en tête de
cet article.
L'auteur a exposé comme il suit le programme qu'il s'est tracé : « Ce
travail a pour but de reconstituer, d'après la Chambre des comptes des
La Trémoille, l'état de fortune de mes ancêtres du xiv^ au xvni» siècle,
en donnant pour chaque siècle un budget qui doit montrer leur plus ou
moins grande prospérité financière. A ces budgets, qui sont la raison
d'être de ma publication, j'ai ajouté, sous les titres d'Extraits des comptes
et de Pièces justificatives , des documents ou des analyses de pièces
éclairant la vie, le caractère, les habitudes et l'entourage des person-
nages dont je m'occupe. J'ai donné un assez grand développement à
cette partie de mon étude, afin de mettre à la portée de tous des pièces
BIBLIOGRAPHIE. 533
historiques du chartrier de Thouars qui, sans cette occasion, seraient
restées inédites. »
Nous sommes donc en présence d'une œuvre qui appartient beaucoup
moins à l'histoire généalogique qu'à l'histoire économique et dans
laquelle sont entrées beaucoup de pièces fort utiles pour l'histoire géné-
rale, telles que des actes émanés de la chancellerie royale au xv« et au
xvi« siècle.
Les trois volumes publiés sont remplis de données précieuses sur
les variations subies par la fortune d'une grande famille à partir du
xiv^ siècle et sur les prix des travaux et des produits de toute nature,
principalement à Paris et dans les provinces de l'Ouest. Mais, ce qu'il
faut surtout faire remarquer dans le recueil, c'est le goût dont l'éditeur
a fait preuve en choisissant des textes qui, tout en se rattachant étroi-
tement à son sujet, jettent du jour sur une foule de questions inci-
dentes, offrant toutes un véritable intérêt : faits de guerre, rançons de
prisonniers, négociations diplomatiques, traités d'alliance, biographies
de princes et de ministres, état de l'agriculture, de l'industrie et du
commerce, exécution d'oeuvres d'art, indications topographiques et
détails de la vie privée.
Je prends au hasard quelques exemples.
Voici d'abord plusieurs pièces relatives à la marine de la maison de
La Trémoille, du xiv« au xvi^ siècle :
10 octobre 1386. — Quittance de la somme payée pour un mois de
service à Guillaume de Pise, maître d'un bargot de 36 tonneaux, appar-
tenant à G-ui de La Trémoille, pour aller, avec d'autres vaisseaux
d'armée, de Harfleur à L'Écluse en Flandre, et ailleurs où il plairait
au roi, porter vivres, gens d'armes, arbalétriers et diverses garnisons.
(I, 109.)
1492. Somme payée « au cappitaine Ghiroz pour le sillaige des com-
paignons estans en la nef de mons. de La Trémoille, » — Autre dépense
faite par le receveur d'Olonne « pour mettre la dite nef hors de la forme
où elle estoit. » (II, 45.)
1492. Compte détaillé se rapportant à la réparation et à l'armement
de la nef de Madame de La Trémoille, à Olonne. — Il est question de
la vente de « la nef de la prinse d'Angleterre. » (II, 45-47.)
1492. Curieuse enquête sur les prises qu'avait faites l'équipage de la
nef de la vicomtesse de Thouars et dont une partie passait pour avoir
été détournée par Etienne de Chiros, capitaine de la dite nef. (II, 117-121.)
1508-1510. Compte de l'emploi d'une somme de 18,082 1. 8 s. 8 d. t.
dépensée pour la construction à Taillebourg d'une nef de 1,200 tonneaux
appartenant à Louis de La Trémoille. (II, 59-61.)
1517. Payement de 200 1. t. à Adam Rondelyne, patron de la nef de
monseigneur, « pour faire la myse d'aller en Rhodes quérir la dite nef,
534 BIBLIOGRAPHIE.
OÙ elle est demeurée après le décès de feu Perot de Peretz, qui en estoit
cappitaine. » (II, 78.)
24 février 1526 (v. st.). Quittance de ce qui restait en souffrance d'une
somme de 12,000 1. due par le roi à Louise Borgia, duchesse de Valen-
tinois, et à François de La Trémoille, vicomte de Thouars, « pour les
gaiges et souldes de cinq moys, restans de dix, durant lesquels nostre
nef ou carraque, nommée la Katherine de La Trémoille, a esté au ser-
vice dudit seigneur, lorsque l'armée de l'empereur estoit devant Mar-
seille en Provence. » (II, 134.)
9 avril 1528. Ordre de faire le procès à un corsaire et pirate de mer
qui était détenu au château de Marans. (III, 66.)
C'est à chaque page qu'on peut relever des mentions piquantes et
instructives, telles que les suivantes :
Au sujet de la terre de « Berrie, » que Louis XI venait de donner à
Philippes de Commynes, Louis de La Trémoille écrit à maître Jacques
de Thou, avocat du roi en la cour des généraux, une lettre dans laquelle
se lisent ces mots : « Aucuns de mes amis m'ont fait savoir que, puis
naguères, le roy a donné à ung sien mignon, duquel je ne sçay le nom,
la terre et seigneurie de Berye, membre de la viconté de Thouars, et
la terre et seigneurie de Thalemond, qui est du mariage de feu ma
femme... » (11,23.)
1511. Devis de joyaux commandés par Jacques de La Trémoille, sei-
gneur de Bommiers, à Charles Faulcon, maître d'orfèvrerie du roi, à
Tours. (II, 159-163.)
Le jeudi 19 août 1512, gratification de 10 s. donnée a à ung passent,
lequel a joué un mistère devant madame la princesse, par commande-
ment de madame » (de La Trémoille). (II, 64.)
Le 25 du même mois, six paires de lunettes envoyées à Madame.
(H, 65.)
1514-1515. Mémoire des dépenses faites par Odo Boillot, régent au
collège de Navarre, à Paris, pour les études et l'entretien de Jacques
de Monléon, bâtard de Jacques de La Trémoille. (II, 163-165.)
l'=»' janvier 1519 (n. st.). Compte détaillé du grand repas que Louis
de La Trémoille donna le dit jour aux ambassadeurs du roi d'Angle-
terre dans son hôtel des Créneaux à Paris. (II, 81-90.)
Juin 1520. Dépenses faites pour le tournoi qui eut lieu à Ardres, à
l'occasion de l'entrevue des rois François I^"" et Henri VIII. (II, 92.)
1521. Devis fort détaillé du monument que maître Martin Claustre,
tailleur d'images, de Grenoble, demeurant à Blois, devait faire sur la
sépulture de Louise de Valentinois, femme de Louis, seigneur de La
Trémoille. (Il, 94.) — Sur la part ([ui rovicnt â « Martin Cloistre» dans
l'exécution du tombeau de Guillaume de Montmorency, voyez un article
de M. de Moulaiglun, dans la lUbliotliéquc de l'École des cluirtes, 1851,
3' série, t. II, p. 264.
BIBLIOGRAPHIE. 535
1562. Inventaire des vêtements, ornements et joyaux de feu Frédéric,
roi de Naples, qui furent pillés par les protestants en 1562 dans le cou-
vent des Minimes du Plessis-lès-Tours. (II, 235-238.)
Deux lettres de l'année 1533 (III, 77 et 78) montrent quel soin Fran-
çois de La Trémoille prenait pour faire élever et instruire ses enfants
à l'Université de Paris. Le texte mérite d'en être inséré ici.
« Aumosnier, affin que nos enffans soient bien serviz, ainsi qu'il
appartient, et qu'ilz ne perdent temps, vous aurez six serviteurs avecques
vous, telz que verrez estre gens de bien et sçavans, assavoir quatre, qui
auront chacun quinze livres par an, et deux aultres pour servir à la
cuisine et pour pancer les deulx mulles, auxquelz l'on donnera à chas-
cun cent solz. Et, là où vous congnoistrez qu'ilz ne feront leur debvoir
au service de nos dictz enffans, incontinant les satisferez pro rata du
temps qu'ilz auront servy, et prendrez d'autres gens sçavans et de bonne
vie, et satisferez ceulx qui ont servy au passé... De Thouars, ce x° avril.
— DE LA TREMOILLE.
« J'ai sceu que le plus souvent les serviteurs ne veullent parler latin
en la chambre de nos dictz enffans, ce que je n'entends. Et veulx que
ordinairement ils parlent latin, affin de leur continuer de mieulx en
mieulx la langue latine. »
« Aumosnier, A ceste heure, j'ay receu vostre lettre du x* de ce moys.
Je suis bien aise de la santé et latin qui continue en mes enffans. Le
plus toust entrer au collège de Navarre sera le meilleur, pour l'usance
des princes qui s'i tiennent, mesmement des enfans de monsieur de
Guyse, pour satisfaire à plus de bien et bonne volonté de monsieur le
cardinal de Bourbon, qui m'en parla. Ne prenez gens que de service,
et sans m'en advertir du tout. Je vous envoyé trente escuz pour le
moys commençant le ix" may Vc XXXIII, car tout est payé jusques
à là; envoyez m'en vostre récépissé par ce porteur, les vous recommen-
dant comme moy mesmes. »
En 1536, ces enfants étaient pensionnaires au collège de la Petite-
Sorbonne. Les chambres qu'ilz y occupaient leur étaient louées sur le
pied de 40 1. t. par an, comme on le voit par une quittance du princi-
pal Pierre Jacque, en date du 29 mars 1537 (n. st.).
On pourrait multiplier les citations. Ce qui précède suffit pour don-
ner une idée de l'intérêt que présentent les recueils de M. le duc de La
Trémoille. Félicitons-le de nouveau des richesses de son inépuisable
chartrier, et remercions-le des services qu'il rend aux études histo-
riques en ouvrant libéralement son trésor aux travailleurs et en
publiant lui-même une collection qui tiendra une place des plus hono-
rables dans la série des comptes français du moyen âge et de la Renais-
sance.
L. Delisle.
336 BIBLIOGRAPHIE.
Le Mystère de la Passion, texte du manuscrit 697 de la bibliothèque
d'Arras, publié par Jules- Marie Richard, ancien archiviste du
Pas-de-Calais. Arras, impr. de la Société du Pas-de-Calais, ^1893.
ln-4'', xxxvi-295 pages.
Geschichte des neueren Dramas, von Wilhelm Creizenach, Professer
der deutschen Sprache und Litteratur an der Universitât Krakau.
Erster Band : Mittelalter und Fruhrenaissance. Halle a. S. , Verlag
von Max Niemeyer, ^1893. In-8°, xv-d86 pages.
Il est deux genres de travaux qui peuvent contribuer beaucoup au
progrès de l'histoire littéraire du moyen âge et en particulier de l'his-
toire de la littérature dramatique. L'un est la publication de textes iné-
dits. Nous devons des remerciements et des félicitations à notre con-
frère Jules-Marie Richard, ancien archiviste du Pas-de-Calais, pour le
texte important qu'il vient de mettre au jour. Le Mystère de la Passion
contenu dans le manuscrit 697 de la bibliothèque d'Arras est, en effet,
l'un des degrés nécessaires à bien connaître pour établir l'échelle généa-
logique des versions successives et variées de ce grand drame religieux
qui, du xni^ siècle tout au moins jusqu'au milieu du xvi®, n'a cessé de
se développer en se transformant pour l'édification et l'amusement de
nos ancêtres. M. Richard a entrepris et poursuivi cette publication
dans des conditions difficiles de durée et de distance, qui en aug-
mentent le mérite et qui font, en même temps, le plus grand honneur
à M. P. -M. Laroche, directeur de l'imprimerie de la Société du Pas-
de-Calais, qui a employé à ce travail, avec un parfait désintéressement,
les heures laissées libres dans son établissement par les intervalles des
travaux habituels et lucratifs. Notre confrère a placé en tête du volume
une introduction, qui est un très bon morceau de bibliographie et d'his-
toire littéraire. Il en résulte que le texte d'Arras peut être, sinon avec
certitude, du moins avec vraisemblance, attribué à Eustacbe Mercadé,
officiai de Corbie, qui vécut dans les dernières années du xiv« siècle et
la première moitié du xv^. Celui-ci l'aurait composé avant son arrivée
à Corbie, c'est-à-dire avant 1414. En tout cas, le mystère d'Arras paraît
certainement antérieur à la célèbre composition d'Arnoul Greban,
publiée, il y a quelques années, par nos confrères MM. Gaston Paris et
Gaston Raynaud.
L'autre genre de travail, dont on ne peut contester l'utilité pour l'his-
toire littéraire, c'est un exposé critique des notions acquises sur un
genre ou un point donné. Tel est le service que vient de rendre, d'une
façon très remarquable, à l'histoire de la littérature dramatique M. Wil-
helm Creizenach, professeur à l'Université allemande de Cracovic. Le
premier volume de la vaste Histoire du drame moderne, qu'il a courageu-
sement entreprise, est consacré au moyen âge et aux débuts de la Renais-
BIBLIOGRAPHIE. 537
sance. Le temps nous a malheureusement jusqu'ici manqué pour en
prendre une connaissance suffisante. Mais nous avons pu pourtant
reconnaître, en le feuilletant, que l'information de M. Creizenach était,
là où nous étions en mesure de la contrôler, exacte et complète, ses
exposés et ses analyses fidèles et judicieux. Notre impression est que
ce volume forme un remarquable compendium du sujet qui y est traité
et qu'il mérite, par conséquent, d'être non seulement signalé, mais
recommandé à nos lecteurs.
M. S.
Catalogue des manuscrits des bibliothèques publiques de France. —
Départements, tomes XIII-XXIII, XXV, ensemble \2 volumes;
— Paris : Bibliothèque de V Arsenal, tomes VI et IX, -l«''-2* fasc.-.
Bibliothèque Mazarine., tome IV, et Bibliothèque Sainte-Gene-
viève, tome I; Catalogue des manuscrits conservés aux Archives
nationales, ensemble 6 volumes; en Lout, ^18 volumes. Paris,
Pion, 'l 891-^894. In-8°.
En parlant des premiers volumes de cette collection {Bibliothèque de
r École des chartes, t. LT, 1891, p. 669-674), notre regretté confrère
M. Julien Havet en a fait connaître aux lecteurs de notre recueil l'ori-
gine et le plan, et il en a justement apprécié les qualités générales.
Nous n'avons donc pas à revenir ici sur ces questions, et nous nous
contenterons de faire connaître les progrès de la publication dans ces
quatre dernières années. Les douze volumes nouveaux de la section
des départements renferment l'inventaire des manuscrits des biblio-
thèques de quatre-vingt-quinze villes ; ce sont : Aix (t. XVI), Alais
(XIII), Alger (XVIII), Amiens (XIX), Angoulême(XX), Annecy (XXI),
Annonay (XIII), Arbois (XXI), Arib: (XX), Avesnes (XX), Belfort
(XIII), Béziers (XX), Bordeaux (XXIII), Brest (XXII), Briançon (XX),
Gaen (XIV), Cambrai (XVII), Cannes (XX), Carcassonne (XIII), Cas-
telnaudary (XX), Castres (XX), Cette (XIII), Cbambéry (XXI), Châ-
teaudun (XXI), Château-Gontier (XX), Chaumont (XXI), Clermont
(XIV), Cognac (XXI), Confolens(XXI), Gonstantine (XXI), Dole (XIII),
Draguignan (XIV), Fougères (XIII), Fréjus (XIV), Grasse (XIV), Guin-
gamp (XX), Langres (XXI), Lavaur (XX), Lectoure (XIII), Lons-le-
Saunier (XXI), Louhans (XXI), Lunéville (XXI), Mamers (XIII), le
Mans (XX), Mantes (XX), Marseille (XV), Mauriac (XIII), Moissac
(XIII), Montargis (XX), Montbéhard (XIII), Montbrison (XXI), Mor-
laix (XIII), Nantes (XXII), Nice (XIV), Nogent-le-Rotrou (XX),
Nogent-sur-Seine (XXI), Oloron (XIII), Pamiers (XXI), Perpignan
(XIII), Pithiviers (XIII), Poitiers (XXV), Poligny (XXI), Pont-à-
Mousson (XIII), le Puy (XIII), Quimper (XXII), Rambouillet (XIII),
Remiremont (XXI), Roanne (XXI), la Roche-sur- Yon (XIII), Roche-
o38
BIBLIOGRAPHIE.
fort(XXI), Saint-Bonnet-le-Château (XXI), Saint-Brieuc (XIII), Saint-
Galais (XX), Saint -Ghamond (XIII), Saint -Claude (XXI), Saint-
Étienne (XXI), Saint-Geniès (XIII), Saint-Malo (XX), Sainte-Mene-
hould (XXI), Saintes (XIII), Saumur (XX), Sedan (XIII), Seilhac
(XX), Tarascon (XIV), Thiers (XIH), Toul (XXI), Toulon (XIV),
Tulle (Xni), Uzès (XKI), Valence (XIII), Valenciennes (XXV),
Vannes (XX), Vienne (XXI), Villefranche (XX), Vitry-le-François
(Xni). Il est vrai que quelques-unes de ces bibliothèques sont fort
pauvres, étant réduites à un seul manuscrit : telles Briançon et Lavaur ;
mais d'autres sont fort considérables, et chacun des volumes renferme
la notice de plus de 1,000 manuscrits.
La section de Paris s'est enrichie de six volumes. Le quatrième
volume du catalogue de la bibliothèque Mazarine renferme les tables
qui permettent de s'y retrouver. En même temps que son sixième
volume, la bibliothèque de l'Arsenal a publié le commencement de son
tome IX, consacré aux archives de la Bastille. Ce catalogue est dû à
notre confrère M. Frantz Funck-Brentano, qui a déjà tiré parti pour
plusieurs études du fonds inventorié par lui ; les deux fascicules parus
jusqu'ici du tome IX contiennent, outre la description des pièces con-
tenues dans ce fonds, la première partie (lettres A-K) d'une copieuse
table alphabétique, tant des noms de personnes que des noms de matière
(ceux-ci en italiques) auxquels se rapportent les documents catalogués
dans la première partie du volume. M. Funck-Brentano a donné dans
l'introduction de chacun des deux fascicules une liste des ouvrages où
ce fonds a été utilisé.
M. Gh. Kohler, dans son Catalogue des manuscrits de la bibliothèque
Sainte-Geneviève, dont le premier volume a paru, ne s'est pas exacte-
ment conformé au plan suivi dans les autres volumes de la collection.
L'explication de cette différence est que M. Kohler avait déjà soumis
son projet au ministère quand furent élaborées les instructions sur les-
quelles se règlent les rédacteurs du catalogue général.
Le Catalogue des manuscrits conservés dans les dépôts d'archives dépar-
tementales, communales et hospitalières , publié en 1886, appelait un
complément, que nous trouvons dans le Catalogue des manuscrits con-
servés aux Archives nationales ; manuscrits presque tous récents (les plus
anciens ne remontent guère qu'au xiv^ siècle), mais dont il était utile
d'avoir un répertoire spécial, car ils auraient été à peu près perdus pour
l'érudition dans les inventaires des fonds auxquels ils appartiennent.
Si l'on voulait descendre pour chaque volume dans le détail, l'on
pourrait signaler quelques négligences ', quelques identifications incom-
1. Par exemple, dans le tome .\V1, consacré à AL\, l'on ne voit pas la rai-
son qu'il y a de reproduire à la page 33 la prière k la croix déjà donnée à la
page 22.
BIBLIOGRAPHIE. 339
plètes < ; c'est trop peu de chose pour que nous nous y arrêtions, et cela
ne saurait diminuer en rien les éloges et la reconnaissance que nous
devons aux érudits qui dépensent leur peine et leur temps à nous mettre
rapidement entre les mains de précieux instruments de travail.
E.-G. Ledos.
Alphahetisches Verzeichnis der franzoesischen Litteratur in der
Herzoglichen BMiothek zu Wolfenbûttel. Der Buecher-Ver-
zeichnisse der Herzoglichen BMiothek zu Wolfenbûttel. Ziveiter
Band. Wolfenbultel, Julius Zwissler, 1894. In-4% xv-o9o pages.
M. Otto van Heinemann, qui dirige depuis vingt-cinq ans la biblio-
thèque ducale de Wolfenbiittel, s'est créé des droits à la reconnais-
sance des savants par le soin qu'il a mis à faire connaître les trésors
confiés à sa garde. Nous lui devons, outre une histoire de la biblio-
thèque ducale qui vient de paraître 2, la publication de quatre beaux
volumes dans lesquels il a donné la description détaillée, avec planches
à l'appui, de 2,131 manuscrits, savoir : des 1,-562 volumes qui forment
le fonds de Helmstedt^, et des 669 premiers volumes du fonds auquel
le duc Auguste, mort en 1666, a donné son nom. Les collaborateurs de
M. Otto von Heinemann, stimulés par l'exemple qui leur était donné
et par les encouragements qu'ils recevaient, ont marché sur les traces
de leur directeur. L'un d'eux, M. le D^ Emil Vogel_, a décrit, en 1890,
les 989 manuscrits qui sont compris dans la série musicale de Wolfen-
biittel. Un autre, M. le D' Milchsack, qui est placé à la tête du cata-
logue général des Hvres imprimés, a consacré deux publications spé-
ciales, l'une aux écrits de Lessing que possède la bibliothèque ducale,
l'autre aux ouvrages de littérature française qui sont dans le même dépôt.
C'est de la seconde des publications de M. Milchsack que je dois
entretenir aujourd'hui les lecteurs de la Bibliothèque de l'École des chartes.
Elle nous renseigne très exactement sur la composition d'une des plus
considérables et des plus curieuses collections d'anciens livres français
qui existent à l'étranger. L'auteur explique en excellents termes par
suite de quelles circonstances la plupart de ces livres précieux se
1. C'est ainsi que, dans le tome I du Catalogue de Sainte-Geneviève, les ini-
tiales S. V., n° 116, désignent Santeiil (Santolius Victorinus), et que le second
texte contenu dans le ms. n" 779 est une copie d'ailleurs fort médiocre du fameux
Diario de Stefano Infessura.
2. Die Herzogliche BMiothek zu Wolfenbiittel. Ein Beitrag zur Geschichte
deutscher Bûcher - Sammlungen , von O. von Heinemann. — WoKenbutlei,
J. Zwissler, 1894. In-8^ de vni-348 p., avec planches.
3. Il a été rendu compte du premier volume de ce catalogue dans la Biblio-
thèque de l'École des chartes, année 1884, t. XLV, p. 672.
540 BIBLIOGRAPHIE.
trouvent aujourd'hui réunis dans la bibliothèque ducale. J'abrège ce
qu'il dit à ce sujet dans la préface du Catalogue.
A l'aide des reliures, des notes autographes et des ex-libris, il est
encore facile aujourd'hui de reconnaître les origines de la partie fran-
çaise des collections formées parles princes et les princesses de Bruns-
wick. Ainsi, le fondateur de l'Université de Helmstedt, le duc Jules,
mort en 1589, qui, dans ses séjours à Paris, à Bourges, à Orléans et à
Lyon, s'était imprégné de la culture française, a mis sa devise Aliis
inserviendo consumor sur les plus anciennes éditions de textes français :
Valentin et Orson, Tristan, les Triomphes de la noble dame, Doolin de
Mayence, Pierre de Provence, etc., etc. Les livres du duc Auguste se
distinguent par le caractère des cotes et par des reliures en parchemin
blanc ; tout en s'intéressant particulièrement à la théologie, ce prince
ne négligea pas la poésie française, qui brillait alors d'un si vif éclat ;
c'est grâce à lui que l'on trouve à Wolfenbùttel Mélusine, Tristan, le
saint Graal, les Cent nouvelles, l'Heptaméron de Marguerite, les œuvres
de Clément Marot, les Élégies de Louise Labé, etc. Ces goûts littéraires
et cet amour des livres passèrent aux enfants et petits-enfants d'Au-
guste. Antoine -Ulrich (mort en 1714) et Ferdinand -Albert (mort
en 1686) avaient un penchant marqué pour la littérature française ; l'un
préférait les romans, l'autre se plaisait à réunir des pièces de théâtre.
Le fils du premier, Louis-Rodolphe, se créa, pendant qu'il résidait à
Blankenburg, une bibliothèque considérable, riche en pièces rares. Des
princesses qui ont contribué à l'accroissement de la collection, deux
seulement sont l'objet d'une mention particulière : Élisabeth-Sophie-
Marie, la troisième femme d'Auguste-Guillaume, renommée pour sa
piété, et Philippine-Charlotte, sœur du grand Frédéric et femme du
duc Charles, qui est connue pour avoir été un esprit fort; cette der-
nière s'était procuré les principaux écrits philosophiques du xvni* siècle;
les exemplaires qu'elle en possédait sont ornés de belles reliures fran-
çaises au chiffre de la princesse.
Telles sont les origines d'une notable partie des 5,158 ouvrages fran-
çais que M, Milchsack a décrits avec la plus rigoureuse exactitude, en les
rangeant suivant l'ordre alphabétique des noms d'auteurs ou des pre-
miers mots des titres. Les notices sont peu développées ; mais les par-
ties essentielles des titres sont littéralement reproduites, les parties
supprimées sont représentées par des points, et toutes les particularités
qui peuvent servir à déterminer l'identité des exemplaires sont relevées
de façon à satisfaire les exigences des bibliographes les plus difficiles.
M. Milchsack s'est attaché à présenter sous la forme correcte et com-
plète les noms des auteurs dont il devait enregistrer les écrits. C'est
ainsi qu'ayant â cataloguer dix ouvrages diflércnts de M"'" de Genlis,
il s'est cru obligé de répéter dans chacun des articles consacrés à ces
dix ouvrages, avant le nom de comtesse de Genlis, la mention compié-
BIBLIOGRAPHIE. 544
mentaire [Stéphanie-Félicité du Crest de Saint-Aubin, marquise de SU-
lery]. De même le nom de Voltaire est toujours complété par l'insertion,
entre crochets, des prénoms et du nom patronymique [François-Marie
Arouet]. Les scrupules auxquels a obéi M. Milclisack sont peut-être
excessifs ; mais il faut reconnaître qu'il est parfaitement au courant des
ressources que nous possédons pour dévoiler les anonymes ou les pseu-
donymes et pour établir rigoureusement la personnalité de chaque
auteur. Je ne citerai qu'un cas dans lequel n'a pas été observée la règle
consistant à mettre en un seul groupe tous les ouvrages d'un même
écrivain, malgré la diversité des noms que cet écrivain a pris ou que
les éditeurs lui ont donnés. C'est au mot Du Fail (p. 168) que se trouve
classé le Discours d'aucuns propos facécieux... de maistre Léon Ladulfi,
tandis que les Contes et discours d'Eutrapel sont classés au mot La Héris-
SAiE (p. 285), où bien peu de lecteurs auront la pensée d'aller le cher-
cher. Je regrette aussi le mot complémentaire qui a été ajouté au titre
de l'édition du Roman de Rou, par Andresen (p. 591) : Maistre [Robert]
Wace's roman de Rou... hsg. von D' Hugo Andreseii... Il a été surabon-
damment démontré que l'auteur du Roman de Rou s'appelait Maître
Wace, et que le nom de Robert lui a été abusivement donné par des cri-
tiques modernes.
M. Milchsack ne s'est pas contenté de relever les titres des ouvrages
qu'il avait à cataloguer; il a examiné l'intérieur des volumes, et il a
rencontré çà et là des variantes qui lui ont fait croire à l'existence d'édi-
tions non encore signalées par les bibliographes. C'est ainsi qu'il sup-
pose (p. 346) que Jean de Tournes a imprimé en 1547 deux éditions
différentes des Marguerites de la marguerite des princesses, uniquement
parce que, dans un exemplaire de ce livre (n» 3112), on lit :
profitable, au t. I, p. 260, ligne 6 ;
et honnorable, au t. Il, p. 35, ligne 13 ;
tandis qu'aux mêmes endroits on trouve dans un second exemplaire
(no 3113) :
proufitahle,
et honorable.
Dételles variantes ne peuvent-elles pas venir simplement de change-
ments opérés au cours du tirage ? Je pose la question beaucoup moins
pour adresser une critique à M. Milchsack que pour montrer avec quelle
minutie il a exécuté son travail.
On a plaisir à voir le nombre des éditions gothiques des livres fran-
çais qui sont rassemblées à Wolfenbùttel. La série des vieilles impres-
sions lyonnaises y est surtout remarquable. Me permettra-t-on de men-
tionner une lacune que j'ai notée dans la collection des incunables
français sans pouvoir m'en expliquer la cause ?
A la p. 258, je vois un article ainsi conçu : o Melusine : nouvelle-
ment H imprimée à Paris. XXII. [Par Jehan d'Arras] llHolzschn. [Am
542
BIBLIOGRAPHIE.
Ende :] Cy § finist [!] Ihystoire de H Melusiue. Nouvellement imprimée
à Paris par Alain || Lotrian. 0. J. [1522?] || 4° [8°]. — N" 2326. »
J'ai vainement cherché l'indication d'une autre édition du Roman de
Mélusine, et cependant un bibliothécaire de Wolfenbiittel, Schône-
mann, signalait en 1849, parmi les « Cent curiosités de la bibliothèque
ducale <, » un exemplaire du Roman de Mélusine, imprimé à Genève
en 1478 par Adam Steinschaber, et il ajoutait qu'on ne connaissait pas
d'autre exemplaire complet de ce livre, considéré comme la plus ancienne
impression genevoise, assertion qui a été répétée par Brunet (III, 519)
et par Graesse (III, 455).
Le catalogue rédigé par M. Milchsack, avec la collaboration de
M. O. Herzer, ne sera pas seulement consulté avec profit par les biblio-
graphes de profession. Il sera lu avec un vif intérêt par tous ceux qui
veulent se faire une idée du genre des productions de la littérature fran-
çaise qui étaient le plus goûtées dans les cours d'Allemagne pendant
les trois derniers siècles.
L. Delisle.
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LIVRES NOUVEAUX.
SOMMAIRE DES MATIÈRES.
Généralités, 622, 629.
Sciences auxiliaires. — Épigraphie, 614, 625. — Paléographie, 603.
— Bibliothèques, 577, 630, 686; manuscrits, 592, 637, 643, 660; impri-
més, 599, 660; typographie, 593.
Sources, 672, 703. — Légendes, 570, 623. — Martyrologes, vies de
saints, 564, 659. — Chronique, 609. — Mémoires, 701. — Correspon-
dance, 647. — Archives, 566, 615, 631. — Gartulaires, 585, 586, 685;
chartes, 572, 575, 695. — Regestes, 676. — Inventaires, 620, 675. —
Pouillé, 670.
Biographie et généalogie. — Saint Amand, 655 ; saint Amator, 664 ;
Bayard, 626; sainte Catherine de Sienne, 654; saint Gésaire d'Arles,
571 ; Charles VI, 665; — VII, 584; - VIII, 656; Dante, 657; Dugues-
clin, 591;Furlj, 621; Geoffroy la Grand'Dent, 617; Gerson, 649; Guil-
laume le Maréchal, 634 ; Guirand, 678 ; Hartmann von Aue, 682; Héra-
1. Hundert Merlao'drdigkeilen der herzogliclieti Bibliolhek zu Wolfenbiittel
(Hannover, 1849, in-8°), p. G9, n» 89.
BIBLIOGRAPHIE. 543
clius, 606; Innocent VIII, 687; Jean Jouvenel, 578; Jeanne d'Arc, 601,
639, 676; Jeanne de Kent, 574 ; Malombra, 579; saint Martin, évêque
de Tours, 673; Nennius, 609; Perrinaïc, 693, 694; Richemont, 595;
saint Sabbas, 659; Saumaise, 607; Schwarzenberg, 698; saint Seurin,
655 ; Sigismond, 701 ; saint Sousnyos, 570 ; saint Tërtag, 570 ; saint Val-
lier, 610; Vespucci, 635; saint Viator, 664 ; Windeck, 701; Zizim, 644.
Droit, 572.
Institutions : religieuses, 587, 638, 671; politiques, 600, 699; civiles,
640, 652.
Moeurs, civilisation, 620, 632.
Géographie, 661.
Religions. — Catholicisme, 589; liptanographie, 664; églises natio-
nales, 571; diocèses, 670, 696; ordres religieux, etc., 585, 586, 605,
685; théologie, 576, 637.
Archéologie, 602, 662, 691, 700. — Architecture, 565, 688; religieux,
612, 613, 677, 680, 681; civile, 568, 573; militaire, 645. — Sculpture,
689. — Peinture, 596, 658. — Carrelage, 650. — Cloches, 567. — Orfè-
vrerie, 651. — Numismatique, 581, 597, 617. — Héraldique, 624,
679, 692.
Langues et littératures. — Latin, 604, 633, 700. — Langues romanes,
653; français, 616, 683; italien, 580. — Langues germaniques : alle-
mand, 583; anglais, 588. — Langues slaves : 659, 667, 684.
SOMMAIRE GÉOGRAPHIQUE.
Allemagne, 576, 630, 636, 638, 646, 661, 672, 675, 688, 689, 692, 695.
Autriche-Hongrie, 594, 703.
France. — Béarn, 648; Marche, 573; Provence, 577; Vendée, 680;
Vendômois, 585. — Ardèche, 652, 679; Aude, 618; Bouches-du-Rhône,
674; Charente, 670; Côte-d'Or, 610; Doubs, 690; Drôme, 619; Eure-
et-Loir, 598; Finistère, 697; Gers, 593; Ille-et- Vilaine, 627; Isère, 677;
Loire, 611; Loiret, 608; Lozère, 568; Maine-et-Loire, 628; Manche,
566, 616; Marne, 669; Haute-Marne, 696 ; Oise, 666 ; Pas-de-Calais, 626 ;
Basses-Pyrénées, 686; Vienne, 590; Yonne, 614.
Italie, 565, 612, 642, 681.
Pays-Bas, Belgique, 569, 575, 597, 668.
Russie, 582, 605.
Scandinavie, 613.
564. Acta sanctorum novembris collecta, digesta, illustrata a Garolo
De Smedt, Josepho De Backer, Francisco Van Ortroy, Josepho Van
544 BIBLIOGRAPHIE.
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Tomi II pars prior, qua die tertius partira et quartus continentur.
Praemissum est martyrologium Hieronymianum edentibus Johanne
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10.) 6 m.
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l'abbé Ch. Métais. Tome II. Paris, Picard et fils; Vendôme, Clovis
Ripé, 1894. In-S", vn-519 p., planche.
586. Gartulaire général de l'ordre des Hospitaliers de Saint-Jean-de-
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inédit publié par M. Paul Charpentier, précédé d'une notice sur l'auteur
par M. Ch. Cuissard. Orléans, Herluison, 1894. In-8°, xxxyiii-458 p.,
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Durand, s. d. In-8o, 24 p,
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du Portus Bucinus. Dijon, impr. de l'Union typographique, 1894. In-S-,
51 p., carte. (Extrait du Bulletin d'histoire et d'archéologie religieuses du
diocèse de Dijon.)
611. Durand (Vincent). Limites desjusticesdeLavieu etdeChazelles.
Montbrison, impr. Brassard, 1894. In-S", 8 p. (Extrait du Bulletin de la
Diana, tome VH.)
612. Elisei (Giuseppe). Studio suUa chiesa cattedrale di s. Rufino,
vescovo e martire, in Assisi. Assisi, stab. tip. Metastasio, 1893. In-S",
70 p.
613. Enlart (Camille). Notes archéologiques sur les abbayes cister-
ciennes de Scandinavie. Paris, Leroux, 1894. In-8'', 16 p., fig., 2 pi.
(Extrait du Bulletin archéologique du Comité des travaux historiques,
1893.)
614. Epitaphes des archevêques de Sens inhumés dans le sanctuaire
et le chœur de leur cathédrale, et autres inscriptions rencontrées pen-
dant les travaux exécutés en 1887-1888. (Épigraphie senonaise.) Textes
348 BIBLIOGRAPHIE.
avec traductions et notes archéologiques par Gustave Julliot. Sens,
impr. Duchemin, 1894. In-S*», H6 p. et planches.
615. État au 31 décembre 1893 de la collection des Inventaires som-
maires des archives départementales, communales et hospitalières anté-
rieures à 1790. Paris, E. Bouillon, 1894. In-8°, 39 p. (Extrait de la Revue
des bibliothèques.)
016. Étude sur les étymologies des noms de lieux et des noms de
familles dans l'Avranchin, par un membre titulaire de la Société d'ar-
chéologie, littérature, sciences et arts des arrondissements d'Avranches
et de Mortain. Avranches, impr. J. Durand, 1894. In-S", 119 p.
617. Farcinet (Charles). Mélanges de numismatique et d'histoire. Une
curieuse médaille de Geoffroy la Grand'Dent et l'ancienne famille de
Lusignan. Vannes, Lafolye, 1894. In-8°, 14 p., grav. (Extrait de la Revue
du Bas-Poitou.)
618. Faure (Hippolyte). Recherches historiques sur l'abbaye de Font-
froide dans les archives départementales de l'Aude et les archives hos-
pitalières de Narbonne. Narbonne, impr. F. Gaillard, 1894. In-8°, 39 p.
619. FiLLET (abbé). Libertés de Ghâteauneuf-du-Rhône et de Mont-
pensier. Paris, Leroux, 1894. In-8°, 11p. (Extrait du Bulletin du Comité
des travaux historiques et scientifiques, section d'histoire et de philologie,
année 1893.)
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und Kulturgeschichte, 5.) 4 m.
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guste jusqu'à la fin du moyen âge. Phèdre et ses anciens imitateurs
directs et indirects. 2^ édition entièrement refondue. Paris, Firmin-
Didot, 1893-1894. In-8°, xn-834 et 814 p.
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Pembroke, régent d'Angleterre de 1216 à 1219, poème français publié
pour la Société de l'histoire de France par Paul Meyer. Tome IL Paris,
Laurens, 1894. In-8% 326 p., fac-similé. 9 fr.
635. Hugues (Ludovico). Di Amerigo Vespucci e dei nome America
a proposito di un récente lavoro di T. H. Lambert (de Saint-Bris).
Gasale, tip. Gassone, 1894. In-S", 35 p.
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ritz. Meseritz, G. Haug, 1894. In-8% 85 p., plan. 1 m.
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par J. Nicole. Avec une traduction latine, des notices exégétiques et
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Guirand-LaBrillane. Digne, impr. Ghaspoul, Gonstans et Y« Barbaroux,
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des évoques de Viviers. Tome n. Lyon, Brun, 1894. In-S", 461 p. 12 fr.
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Von Ernst Meyer Altona. — 3 : Einleitende Erôrterungen zu einer
Geschichte der deutschen Handschriftenillustration im spàteren Mittel-
alter. Von D-- Rudolf Kautzsch. Strassburg, J. H. Ed. Heitz, 1894. In-8«>,
81 p. et 35 grav.; 87 p. 3 m. et 2 m. 50.
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Mecklenburg und Anderes. Berlin, J. A. Stargardt, 1894, In-4o, 12 p.,
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Saint-Brieuc, Prudhomme ; Rennes, Gaillière, 1894. In-S», 42 p. (Extrait
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Vannes, Lafolye, 1894. In-80, 48 p. (Extrait de la Revue de Bretagne, de
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und ihrer Umgebung. Herausgegeben von D' Martin Scheins, I. Mûn-
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Tome II. Langres, Rallet-Bideaud, 1894. In-8% 692 p., planches.
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Tourc'h (canton de Rosporden). Quimper, impr. Gh. Cotonnec, 1894.
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heiligen Stephan in Wien (nach Archivalien). Wien, G. Konegen, 1895.
In-S", xn-428 p.
CHRONIQUE ET MÉLANGES.
L'École des chartes a été tout récemment gratifiée d'une donation
importante, que notre revue est tenue de signaler. M^e la marquise
Arconati-Visconti, dont les musées nationaux ont si souvent éprouvé
la libéralité, vient de créer deux bourses, de 600 francs chacune, desti-
nées aux nouveaux archivistes paléographes non encore pourvus d'em-
plois rétribués. Le conseil de perfectionnement devra chaque année
attribuer ces pensions à deux élèves sortants, en tenant compte, dans
la mesure du possible, à la fois du mérite et de la position personnelle.
j\jme Arconati-Visconti n'a mis qu'une condition à cet acte de géné-
rosité : cette fondation portera le nom de son père, M. le sénateur
A. Peyrat.
— Nous relevons dans l'arrêté ministériel du 28 juillet dernier, relatif
à l'agrégation d'histoire et de géographie, les dispositions suivantes qui
intéressent nos confrères :
« Art. !«■■. Tout candidat à l'agrégation d'histoire et de géographie
produit au moment de son inscription : 1° le diplôme de licencié
es lettres; 2° le diplôme d'études supérieures d'histoire et de géogra-
phie prévu à l'article 3 du présent arrêté [diplôme qui est délivré soit
par les Facultés des lettres, soit par l'École normale], ou, à défaut, soit
le diplôme d'archiviste paléographe, soit le diplôme de l'École des hautes
études (section d'histoire et de philologie) ; 3° le mémoire historique ou
géographique prévu au § a de l'article 3 du présent arrêté, ou, à défaut,
sa thèse de l'École des chartes ou sa thèse de l'École des hautes études. »
— Par décret en date du 26 octobre 1894, notre confrère M. .41glave,
professeur à la Faculté de droit de Paris, a été chargé du cours de droit
commercial au Conservatoire des arts et métiers.
— Par arrêté du 3 octobre 1894, nos confrères MM. Mirot et Daumet
ont été nommés membres de l'École française de Rome pour l'année
1894-1895.
— Par arrêté en date du 31 juillet, notre confrère M. Glédat, pro-
fesseur à la Faculté des lettres de Lyon, est chargé pour l'année 1894-
1895 du cours complémentaire de paléographie à la môme Faculté.
— Par arrêté en date du 5 septembre, notre confrère M. Petit-Dutaillis,
professeur d'histoire à l'École Monge, est nommé professeur d'histoire
au lycée de Troyes.
CHRONIQUE ET MELANGES. 5S7
— Par arrêté en date du l^r septembre, notre confrère M. Dupont-
Ferrier est nommé agrégé des lycées pour l'histoire et la géographie.
— La Faculté de philosophie de Halle a conféré le titre de docteur
honoris causa à notre confrère M. Léopold Delisle.
— La Faculté de droit de la même Université a conféré le même titre
à notre confrère M. Paul VioUet.
— Notre confrère M. Louis Batiffol a soutenu le mercredi 30 mai
dernier les deux thèses suivantes devant la Faculté des lettres de Paris :
De Castelleto Parisiensi ; Jean Jouvenel, prévôt des marchands de la ville
de Paris, 1360-lk31. A la suite de cette soutenance, M. Batiffol a été
déclaré docteur es lettres.
UN ARCHIVISTE DÉPARTEMENTAL PEUT ÊTRE
CONSEILLER MUNICIPAL.
— Le Conseil d'État a décidé que les fonctions de conseiller munici-
pal ne sont pas incompatibles avec celles d'archiviste départemental.
Voici le texte de la décision :
« La section du contentieux du Conseil d'État,
« Vu la requête présentée par le sieur X..., archiviste du département
de..., ladite requête déposée au secrétariat de la préfecture de..,, le
18 juin 1892, et tendant à ce qu'il plaise au Conseil annuler un arrêté,
en date du 7 juin 1892, par lequel le Conseil de préfecture du départe-
ment de..., statuant sur la protestation formée par les sieurs X. X.
contre les opérations électorales auxquelles il a été procédé, le 8 mai
1892, dans la commune de..., pour le renouvellement du Conseil muni-
cipal, et à la suite desquelles le requérant avait été proclamé élu, a
annulé son élection;
« Ce faisant, attendu que, pour prononcer l'annulation de son élec-
tion, le Conseil de préfecture a considéré que le requérant rentrait dans
la catégorie des employés de la préfecture, mais que la nomination, le
traitement, les fonctions et la révocation des archivistes départemen-
taux sont soumis à des règles différentes de celles qui concernent les
employés précités; qu'en effet, si les préfets les nomment, ce n'est que
par une délégation spéciale du décret du 4 février 1850; qu'ils ne sont
pas payés sur les fonds d'abonnement comme les employés de la pré-
fecture, mais au moyen d'un crédit voté par le Conseil général; que
leur révocation ne peut être prononcée que par arrêté préalablement
soumis à la signature du ministre, tandis que le préfet peut révoquer
ses employés sans aucune formalité ;
« Déclarer son élection valable ;
« Vu l'arrêté attaqué;
558 CHRO!VIQUE ET MÉLANGES.
« Vu la protestation des sieurs X. X. devant le Conseil de préfecture;
« Vu la défense présentée par les sieurs X. X., auteurs de la protes-
tation devant le Conseil de préfecture, ladite défense déposée au secré-
tariat de la préfecture de..., le 6 juillet 1892, et tendant au rejet de la
requête par les motifs que l'archiviste départemental est un véritable
employé de la préfecture; qu'il participe à la caisse de retraite de ces
employés; qu'il ne peut être considéré comme un chef de service,
puisque toutes les pièces qu'il délivre doivent être signées par le secré-
taire général de la préfecture ;
« Vu la dépêche par laquelle le ministre de l'Intérieur transmet le
dossier avec ses observations, lesdites requête, défense et observations
enregistrées au secrétariat du contentieux du Conseil d'État, le 26 sep-
tembre 1892;
« Vu le procès-verbal des opérations électorales auxquelles il a été
procédé le 8 mai 1892 dans la commune de..., pour le renouvellement
du Conseil municipal ;
a Vu les autres pièces produites et jointes au dossier;
« Vu la loi du 5 avril 1884; vu la loi du 10 août 1871, article 45; vu
le décret du 4 février 1850;
« Ouï M. Lacroix, auditeur, en son rapport;
« Ouï M. Valabrégue, maître des requêtes, commissaire du gouver-
nement, en ses conclusions;
« Considérant que, si les préfets nomment et révoquent les archivistes
départementaux, ce droit est soumis à certaines règles et instructions
particulières; qu'en outre ces agents ne sont pas rétribués comme les
employés de préfecture sur les fonds dits « d'abonnement, » faisant par-
tie des crédits portés au budget de l'État et mis à la disposition des
préfets, mais au moyen d'un crédit spécial voté annuellement par le
Conseil général;
« Considérant qu'il suit de là que les archivistes départementaux ne
rentrent pas dans la catégorie des employés de préfecture que l'article 33,
paragraphe 7, de la loi du 5 avril 1884 a déclarés inéligibles; qu'ainsi
c'est à tort que le Conseil de préfecture du département de... a, par
l'arrêté attaqué, annulé l'élection du sieur X...;
« Décide :
« Art. l®'". — L'arrêté sus-visé du Conseil de préfecture du dépar-
tement de..., en date du 17 juin 1892, est annulé.
« Art. 2. — L'élection du sieur X.,., en qualité de conseiller muni-
cipal de la commune de..., est déclarée valable.
« Art. 3. — Expédition de la présente décision sera transmise au
ministre de l'Intérieur.
« Délibéré dans la séance du 26 novembre 1892.
« Lu en séance publique le 3 décembre 1892. »
CHRONIQUE ET MÉLANGES. 559
L'ÉCOLE DES CHARTES PRUSSIENNE.
Le ministre de l'Instruction publique en Prusse, M. Bosse, a publié,
le 6 avril dernier, un décret concernant les aspirants archivistes. Nous
croyons intéressant d'en faire connaître les principales dispositions à
nos lecteurs. Les candidats aux fonctions d'archivistes sont soumis à
un examen devant une commission dont le siège est à Marbourg. L'on
exige d'eux : 1° un certificat d'études dans un gymnase d'enseignement
classique ; 2° un certificat constatant que le candidat a suivi pendant
six semestres au moins les cours d'une Université de l'Empire ; 3° des
certificats des professeurs de ladite Université constatant qu'il a pris
part avec succès aux exercices d'un séminaire de sciences auxiliaires
pendant deux semestres, d'un séminaire d'histoire pendant deux
semestres, d'un séminaire de philologie germanique pendant un
semestre, enfin, pendant un semestre, à des travaux pratiques sur les
archives ; 4o un certificat de santé ; 5° un certificat militaire ; 6° enfin,
cinquante marks pour les frais d'examen. L'examen, purement oral,
porte sur des questions d'histoire d'Allemagne et notamment de Prusse,
d'histoire du droit germanique, de droit public et administratif prus-
sien, de sciences auxiliaires. On s'assure, en même temps, que les can-
didats ont une connaissance suffisante du latin, du haut et bas allemand
et du français. Il est établi à l'Université de Marbourg un séminaire
pour les sciences auxiliaires de l'histoire dont l'objet spécial est de for-
mer des archivistes. L'archiviste d'État à Marbourg est également chargé
de conférences à l'Université sur la science des archives. Il y a là comme
un essai d'École des chartes prussienne.
CHRONOLOGIE DE PAPES DU XI^ SIÈCLE.
M. L.-M. Hartmann a communiqué aux Mittheilungen des Instituts
fur Oesterreichische Geschichtsforschung (vol. XV, livraison 3, p. 482) une
note intitulée « Zur Chronologie der Pâpste, » au cours de laquelle,
après une discussion approfondie, il modifie la chronologie des pontifes
de la première moitié du xi« siècle, telle qu'elle était admise. Voici les
résultats auxquels il est arrivé :
Sergius IV mourut avant le 20 avril 1012.
Benoit VIII régna du 20 avril 1012 au 9 avril 1024.
Jean XIX commença son règne un dimanche compris entre le
12 avril et le 10 mai 1024; il mourut le 6 novembre 1032.
Benoît IX, dont le pontificat commença le 12 novembre 1032, renonça
à la tiare le 16 juillet 1048.
560 CHRONIQUE ET MÉLANGES.
LES MANUSCRITS DU BARON DE SALIS.
La bibliothèque de la ville de Metz vient d'être extraordinairement
enrichie par le legs que la baronne de Salis, morte en 1892, au château
de Beaumarais, près Saarlouis, lui a fait, par son testament, de la biblio-
thèque et des collections de son mari, mort en 1880. La bibliothèque com-
prend 3,000 volumes, presque tous de littérature française, classique et
moderne, et 118 manuscrits du ix« au xviii« siècle, et de différents pays,
parmi lesquels, par exemple, de splendides miniatures du xv^ siècle,
le superbe pontifical de la cathédrale de Sens, du xin^ siècle, un
évangéliaire latin de provenance bavaroise (fin du xi^ siècle), etc. En
outre, le testament lègue encore une masse de documents du xu« au
xviiie siècle , une grande quantité de fragments de documents et de
manuscrits, parmi lesquels un feuillet de parchemin d'une écriture
anglo-saxonne, du vn^ siècle ou du commencement du viii«, et une col-
lection de gravures au burin et à l'eau-forte.
Cette note a été insérée dans le Jahrbuch der Gesellschaft fur lothring.
Geschichte und AUerthumsk., Jg. 5, 1893, p. 270-271, et reproduite dans
le Centralblatt fur Bibliothekswesen, n»* des mois d'août et septembre
1894, p. 414.
On peut apprécier la très grande importance de la collection de
manuscrits dont s'est enrichie la bibliothèque de Metz par le catalogue
sommaire que M. F.-X. Kraus en a publié en 1880 et qui occupe les
pages 72-82 des Jahrbûcher des Vereins von Altherthurnsfreunden in
Rheinland. Sur la liste donnée par M. F.-X. Kraus, nous avons remar-
qué les articles suivants :
1. Legenda aurea. 1273.
2. Nobiliaire de Lorraine, par Dom Pelletier. 1751.
3. Translatio S. Lamberti. Passio S. Catharinae. Vita S. Egidii.
xm« siècle.
5. Quattuor evangelia. 1146.
6. Nobiliaire de Lorraine, par Didier Richer dit Clermont. 1577.
7. Gartulaire du chapitre d'Épinal, par Mangard. 1779.
9. Recueil des antiquités de la ville et du pays de Sens, par Jacques
Ta veau.
10. Nécrologe de Saint-Mont, xv^-xvm* siècle.
11. Missel de Marmoutier. xi^ siècle.
13. Chronique de Metz jusqu'en 1583.
15. Fragment d'un ms. de Sainl-Pierre-le-Vif près Sens, xi* siècle.
Contient des morceaux historiques.
18. Comptes de 1533 relatifs à l'exécution du testament de Margue-
rite d'Autriche.
CHRONIQUE ET MELANGES. 56-1
23. Pontifical de l'église de Sens, xme siècle.
28. Nécrologe et constitutions de Saint-Pierremont. xni« siècle.
30. Chronique de Sens, par le P. Bareteau. 1520.
31. Chronique de Sens, par Coquin. Ms. autographe.
37. Vita S. Martini, auctore Sulpicio Severo. — Eadem, auctore
Gregorio Turonensi. — Vita vn Dormientium. — Miracula de S. Mar-
tino. — Epistola Fulconis ad S. Odonem et responsa Odonis. — Trans-
latio in Burgundiam et relatio in Turoniam corporis sancti Martini.
— Vita S. Odonis, primi abbatis Cluniacensis. — 1156.
38. 0 Ici commence l'Apocalypse en latin. » — xiii^ siècle. Avec
66 peintures.
47. Lettres de l'abbé de Rancé.
48. Cérémonial de Sainte-Madeleine de Verdun. xiv« siècle.
49. « L'Ordinaire maistre Tancrei, chanoine de Bolonie. » —
xni^ siècle.
50. Cartulaire de S. Josse-aux-Bois. xni^ siècle.
54. Lettres originales de Bossuet.
55. La destruction de Jérusalem, xv^ siècle. Papier. Avec 61 minia-
tures.
57. Correspondance de Madame de Maintenon et de sa famille.
58. Glosulae Cardinalis de Monte Pessulano super Aphorismos Hippo-
cratis. xiv^ siècle.
60. Gronica fratris Gaufridi de Collone de Senonensibus ad. a. 1294.
xm^ siècle.
61. Même ouvrage. xiv« siècle.
66. Fragments de comptes de l'abbaye de Saint- Josse-aux-Bois, 1325-
1345.
67. Lettres de cardinaux, évêques, etc., à M"" Languet, évêque de
Soissons.
68. Fragment d'un bestiaire latin, xra^ siècle.
71. Histoire de la fondation de l'abbaye de Chaulmouzey, par l'abbé
Sehere. xvi« siècle.
76. Cartulaire de S. Arnoul de Metz. Vers 1480.
77 bis. Chronique de Metz en vers. 1803.
78. « Cyrurgie de maistre Brun le Lone Bore. — Cyrurgiae d'Albu-
gazis. » xnie siècle.
79. Vie de S. Rémi, par Hincmar. — Vie de S. Remacle. — x^ siècle.
86. Registre des choses mémorables de l'égUse de Saint -Pierre de
Remiremont. 1588.
88. Apocalypse, avec une glose en dialecte normand. — Sermons en
prose et en vers. — « Tractatus de lingua romana secundum dominum
Robertum, Lincolniensem episcopum, de principio creationis mundi... »
— xiv« siècle.
SSbis. Extrait de la Chronique de VigneuUes. 1787.
1894 36
562 CHROMQtJE ET Me'lANGES.
90. Sermons en latin et français, xiii^ siècle.
92. Chronique de Metz en vers, par De Châtelain, jusqu'en 1583.
98. Traité de perspective, par Séb. Le Clerc. Ms. autographe.
109. Sommaire du Polium abrégé des duchés de Lorraine et du Bar,
par Bugnon. 1711.
114. Chronique de Metz en vers, par J. Châtelain. xvi« siècle.
118 C. Histoire de Toul. 1707.
118 D. Histoire de l'abbaye de S. Clément de Metz. 1654.
Parmi les chartes et fragments de la collection, M. F.-X. Kraus
signale un morceau de l'année 1157 qui contient un document concer-
nant Héloïse, abbesse du Paraclet.
Une partie des manuscrits du cabinet du baron de Salis vient de la
collection Gianfilippi de Vérone, vendue à Paris en 1843, comme on
peut le voir par un tableau inséré dans les Notices et extraits des manus-
crits, t. XXXn, part. I, p. 114-120. Un exemplaire du Catalogue de la
vente ^, conservé à la Bibliothèque nationale (A. 16403), a fourni l'indi-
cation de 36 articles de ce catalogue qui furent adjugés au baron de
Salis.
Beaucoup d'autres manuscrits de la série que vient de recueillir la
bibliothèque de Metz ont fait partie de la collection de M. Th. Tarbé,
de Sens, collection peu célèbre, mais dont j'ai entendu vanter l'éton-
nante richesse par feu André Pottier, bibliothécaire de Rouen, qui
assistait à la vente faite à Sens en 1849. La vente se fit sans publicité
et sans catalogue. Elle fut simplement l'objet d'une annonce en 4 petites
pages in-octavo^, portant pour titre : Vente par suite du décès de M. Th.
Tarbé,... ancien imprimeur à Sens,... de i» une bibliothèque de 15,000 vo-
lumes; 2° une collection d'environ 10,000 lettres autographes; 3° un
médailler considérable ; 4° une galerie de tableaux, gravures, estampes, etc.;
5° un grand nombre de livres-manuscrits, notices, recherches statistiques
concernant la ville de Sens et les départements de l'Yonne, de l'Aube, de
Seine-et-Marne, etc., et les anciennes provinces de Bourgogne et Cham-
pagne; 6° un nombre considérable d'antiquités et d'objets d'art de toutes
sortes, tels que vitraux, porcelaines, armes, émaux, sculptures, etc.; 7° une
collection de minéraux de toutes sortes, herbier complet, etc. (Cette vente
commencera le mardi 4 septembre 18k9.)
C'est du cabinet de Tarbé que proviennent, entre autres articles, le
beau Pontifical et les autres manuscrits senonais légués à la biblio-
thèque de Metz par M™'= la baronne de Salis.
L. D.
1 . Catalogue de manuscrits provenant des collections Saibante et Gianfi-
lippi de Vérone, dont la vente se fera le lundi 23 janvier 1843 et jours sui-
va7its. Paris, Silvestre, 1842, in-8°.
2. Il y en a un exemplaire à la Bibl. nat., A. 17203.
CHRONIQUE ET MÉLANGES. 563
LETTRE DE SAINT BERNARD A PIERRE LE VÉNÉRABLE.
Nous reproduisons une lettre adressée par saint Bernard à Pierre le
Vénérable, qui n'a point été comprise dans les éditions de la corres-
pondance de l'abbé de Clairvaux et dont le texte vient d'être publié par
le R. P. Satabin, dans les Études religieuses (t. LXII, p. 322, n" du
15 juin 1894), d'après un manuscrit de l'abbaye d'Anchin, aujourd'hui
no 372 de la bibliothèque de Douai (vol. II, fol. 92 v").
Dans cette lettre, écrite après l'assemblée de Chartres (7 mai 1150),
saint Bernard conjure l'abbé de Gluni de venir à une autre assemblée
qui devait se tenir à Gompiègne le 15 juillet, où l'on devait s'occuper
des affaires de la Terre sainte.
Ad Petrum Clunîacensem abbatem.
« Venerabili domino et amico carissimo Petro, Dei gratia Clunia-
censi abbati, frater Bernardus, Glare Vallis vocatus abbas, salutem et
intimam riilectionem.
« Negotium Domini grande et grave apparuit in universa terra.
Grande plane quia rex celi perdit terram suam, terram hereditatis sue,
terram ubi steterunt pedes ejus. Agitant manus suas inimici ejus super
montera filie Syon, collem Jherusalem. Prope est ut auferatur de terra
lectulus floridus et decorus, in quo virgineus flos Marie linteis et aro-
matibus conditus est, ut jam non sit sepulchrum ejus gloriosum, sed
ignominiosum ad perpetuam ignominiam fidei christiane. Minautur
contaminare loca, prophetarum oraculis, Salvatoris miraculis insignita,
consecrata Ghristi sanguini et conversationi. Quid erit hoc nisi tollere
fundamenta salutis nostre, divitias populi christiani?
« De celo respicit Dominus ut videat si est intelligens aut requirens
eum, si sit qui doleat vicem ejus; sed non est qui adjuvet. Intepuerunt
corda principum; sine causa gladium portant : pellibus mortuorum
animalium reconditus est, rubigini consecratus. Nec exerunt eum, cum
Ghristus patiatur, ubi et altéra vice passus est, nisi quod tune in uno
angulo, nunc in toto seculo molestior ista passio prospectatur. Recurrit
et ad vos Filius Dei tanquam ad unum de maximis principibus suis
domus sue. Homo enim iste nobilis qui abiit in regionem longinquam
multum vobis tam interioris quam exterioris substantie sue commi-
sit; et necesse est ut in necessitate sua sentiat auxilium et consilium
vestrum.
« Nostis quod in Garnotensi conventu de negotio Dei aut parum aut
nichil factum est. Ibi multum et expetita et expectata est pre.'^entia
vestra. Indictus est alius conventus apud regium Gompendium idus
julii, ubi vestram interesse sublimitatem et supplicamus et exigimus.
Sic oportet fieri, sic exigit nécessitas, et nécessitas magna.
364 CHRONIQUE ET ME'lANGES.
« De cetero Gaucherium vestrum, nepotem Gaucherii nostri, immo
et vestri, vestre gratie commendamus, juvenem qui vos multum diligit
tanquam alumnus vester. Sit de familiari familiarior propter nos, ut
semper noverit intercessionem nostram sibi aliquid accedisse.
« Salutat vos Nicholaus vester [lisez noster) ut vester, vester est
enim. »
JEAN DE GANDIDA, HISTORIEN.
M. L. Delisle a signalé, il y a quatre ans^, auxérudits qui s'occupent
du règne de Charles VIII, un personnage peu connu, appelé Jean
de Candida, qu'il supposait devoir prendre une certaine place dans
l'histoire des arts. Ses espérances étaient légitimes. Il en avait relevé
une première mention dans la correspondance de Guillaume de la Mare,
secrétaire de Robert Briçonnet, archevêque de Reims et chancelier de
France. Dans cette correspondance, publiée en 1514, sont insérées plu-
sieurs lettres écrites par le secrétaire au nom du maître. Parmi ces
lettres s'en trouve une adressée à Jean de Candida.
Le prélat le remercie, dans les termes les plus affectueux, d'avoir fait
sa médaille, qu'il déclare parfaite : « Nihil défit prêter spiraculum. » Il
lui donne, en outre, les qualificatifs de « summus et orator et historiens
ac sculptoriae artis atque plastices bac œtate omnium consummatissi-
mus. » Des expressions si élogieuses étaient de nature à surprendre. On
pouvait les juger très exagérées, sinon tout à fait injustes. Il ne semble
pas cependant devoir en être ainsi.
M. Delisle, en effet, a d'abord pu signaler, à la Bibliothèque natio-
nale, non seulement un exemplaire de la médaille de Briçonnet, mais
une autre médaille, celle d'Antoine Gratia Dei, qui porte la signature
Candid. Il a ensuite trouvé la justification du titre à'orator, qui a, comme
on sait, au xv« siècle, le sens d'ambassadeur, dans un passage du Dia-
rium de Burchard, où il est dit que Jean de Candida figura à la cour
de Rome, en 1491, parmi les envoyés de Charles VIII. M. A. Ileiss^ et
notre collègue M. H. de La Tour 3 ont montré, depuis, qu'il fallait
attribuer à cet artiste quelques-unes des plus célèbres médailles du
xv^ siècle.
L'épithète d'historicus est seule restée inexpliquée.
Un heureux hasard vient de nous faire trouver, dans la Bibliothèque
de l'École des chartes, un des renseignements si ardemment cherchés.
Un de nos confrères, qui par un excès de modestie n'a pas signé, mais
1. Dibl. de l'École des chartes, t. LI (1800), p. 310-312.
2. Revue numismulique, 161)0, |>. 453-479.
3. Revue nunmmatique, 1894, 3° trim., p. 327-354 (l"^ art.).
CHRONIQUE ET MÉLANGES. 565
qui doit être notre regretté maitre Jules Quicherat, y a signalé ^, dans
une très courte notice sur l'éducation et le savoir de Charles VIII, dont
il a fait précéder la publication de vers français attribués à ce prince,
une Histoire de France en latin composée pour le roi par « un certain
Joannes Candida. » Ce personnage doit être évidemment identifié avec
celui qu'ont connu Briçonnet et Burchard et auquel une quittance de
1493 donne le titre de conseiller de Charles YIIP. Briçonnet a donc eu
raison de lui appliquer lepithète û.' historiens.
Il ne saurait nous convenir de faire de cette petite trouvaille le point
de départ d'une biographie de Jean de Candida. Nous aurions même
laissé à notre collègue M. H. de La Tour le soin de la signaler, comme
nous lui laissons celui d'en tirer parti, sa publication n'étant pas encore
terminée, s'il ne nous avait paru juste et utile d'en donner la primeur
aux lecteurs de la Bibliothèque. On ne 'pouvait, en effet, trouver une
meilleure occasion de leur faire savoir que Jean de Candida, cet
inconnu d'hier, devait être placé, comme ils avaient pu le pressentir, au
nombre des artistes italiens qui avaient eu le plus de part à l'initiation
de notre pays à la renaissance italienne.
L'Histoire de France de Jean de Candida est conservée à la Biblio-
thèque nationale, dans le fonds latiu, sous le no 10909 (anc. suppl.
lat. 395). Elle forme un petit volume de 31 feuillets de parchemin (200
sur 140 millim.), y compris trois feuillets de garde. Sa reliure parait
ancienne, mais les ais en bois dont elle se compose ont été recouverts,
à une époque récente, de parchemin blanc. Plusieurs de ses anciens
possesseurs ont mis leur nom, avec ou sans devise, sur les feuillets de
garde^. En voici le relevé : « Virtuti fortuna comes. P. Conte (fol. 1).
— Virtuti fortuna comes. Ex libris Pétri Conte, clerici, Nivernis como-
rantis. P. Conte (fol. 30 v°). — Sainct Seurnin (fol. 31). — Hurault
(fol. 31). » La signature de Pierre Conte semble être du commencement
du xvne siècle; les deux autres sont du xvr.
Ce manuscrit n'est pas de la main de Candida. La comparaison que
nous avons pu faire de son écriture avec celle d'une lettre autographe
de cet artiste conservée dans le manuscrit 393 de Baluze, pièce 693, ne
laisse aucun doute à cet égard. Il est dû cependant à un copiste italien.
On ne saurait affirmer, toutefois, malgré le soin avec lequel il a été
écrit, que ce soit l'exemplaire offert par Candida à Charles VIII. Notre
confrère l'a dit, mais sans en donner de preuve. S'il en était ainsi, il
est probable qu'on y trouverait, au bas de la première page, les armes
de France.
1. T. XI (1849-1850), p. 66-67.
2. L. Delisle, loc. cit., p. 311.
3. Le feuillet 31 v° et le feuillet collé sur le plat intérieur de la reliure sont
couverts de notes sur les pairs, les ducs et les comtes de France.
1894 36*
566
CHROiVIQUE ET MELANGES.
Cette Histoire ne présente par elle-même aucun intérêt. Elle com-
mence aux Troyens et s'arrête à l'avènement de Charles VIII. Ce n'est
qu'un résumé et encore un résumé très succinct. Il nous suffira d'en
reproduire le dernier paragraphe, consacré tout entier à Louis XI, pour
en faire connaître la manière et le point d'arrêt.
« Lodovicus, Garoli filius, vendicandis dominiis que sibi suoque regno
pertinebant intentus, primum comitatum Rossilionis et Ceritanie intra
Pyreneos positum, a rege Aragonum recepit. Deinde, conspiratione
fratris procerumque regni, gravi bello petitus, studiose composita pace
se exemit. Semel atque iterum e manibus Caroli, ducis Burgundie,
elapsus est, inductumque ab illo contra se in regnum Francie Ebdoar-
dum, Anglorum regem, non minus ingenio quam armis elusit; ipsoque
duce Burgundie ab Germanis in Lothoringia profligato et interempto,
Burgundiam omncm, Arthesiamque occupavit. Postremoque defuncto
Carolo Andegavensi, Cenomanie comité, Sicilie rege, ab eo hères insti-
tutus, Andegavia, Cenomania atque Provincia potitus est. Aucto regno
decessit, Carolo, parvo filio, relicto tutele Anne, filie, queetetate ante-
cedens ut forma atque vultu liberaliet venusto, ita animo magno, inge-
nio singulari et moribus pudicis, digna sagacissimo seni régi visa, cui
cum regno filius comitteretur. »
Mais ce résumé historique est précédé d'une dédicace à Charles VIII
dont l'intérêt, tant pour la biographie de Candida que pour celle de ce
prince, est incontestable. Sa publication nous paraît devoir être la con-
clusion nécessaire de la présente note.
« Divo Carolo adulescenti, Lodovici filio, Francorum régi christianis-
simo, humilimiis ac fidelis servitor et subditiis Johannes Candida, victo-
riam et fœlicitatem.
« Daturo munusculum strene tue Majestati, cum nec mihi suppetat
aurum nec gemmae, quas dein nec ipse tu egeas, libellum hune offerre
visum est, quo sacrum tuum regium genus a Saturno ductum ad hec
usque tempora collegi, quibus non tuis modo Francis prebuit pius et
eternus Deus sed universo christiano generi principem cujus potentia
et armis justicia et sanctimonia barbara feritas perdoraetur, rebelles
redigantur in fidem, pax detur terris et eterna fidelibus paretur quies.
Nec mihi hoc augurari vanum duxerim si que de quodam Carolo, Pipini
successore, oracula quedam et pia vatum prefata in te crediderim con-
venire.
« Jam vero, prêter vaticinia, sunt que me ista in te credere compel-
lunt, eximius splcndor, animique vigor in adulescentc et divina quedam
indoles, cupido vere glorie, amor milicie, corpus laboris patiens, pru-
dentia ante suos annos, justicia in omnes, caritas in tuos, casta Gdes et
religio erga Deum et que non in postremo loco ponenda est mira dile-
ctio, que ex his tuis laudibus procédons ab omnibus erga te est, et tanta
quanta nunquam vidimus aut audivimus cuiquam contigisse régi, ut
CHRONIQUE ET MELAlVf.ES. S67
hac sola dumtaxat amplum tibi imperium, presaga ac tacita omnium
quadam confessione, promictatur.
« Ergo, serenissime princeps, munusculum istud animo grato digne-
ris accipere, quoniam, etsi longe majore dignus sis, a me tamen, lioc
tempore, majus prestari non potuit, fidem et animum erga te meum
quam muneris quantitatem spectes. Etenim, summo Dec plerumque
gratior est denarius animati pauperis quam di\àtum ditiora dona.
« Hoc egi non quoniam arbitrer bec ignota esse tue Majestati autnon
a plerisque Francis, disertis viris, docte concinneque digesta sed quia
forte fortuna multas terras et urbes peragranti, studioseque querenti,
venere mihi in manus multi, variique libri ac presertim (quas volebam)
cronice Francorum gentis, ubi quedam contineri visa sunt que non lege-
ram in aliis, suasit animus ut et ipsa, non tam res gestas describendo,
vera, brevi, grataque, quantum ingenio possem, textura compilarem,
gratias habiturus ei quisquis hec, diligentiori elegantiorique volumine
ac stilo, proferre aggrediatur.
« In hoc opuscule légende tua Majestas inveniet quod plerique reges
et clari belle duces non adeo habuerunt exempla majorum divina que
imiteris. Gesar Alexandrum, Alexander Herculem Girumque, Girus
Ninum, aliique alios procul a sui sanguine duces, glorie emulatione
sequuti sunt. Tu vero domesticis exemplis abundans, non eges exter-
nis, nec ullorum regum aut imperatorum unquam nobiliores quam tuo-
rum majorum res geste fuere, neque vera laude digniores, licet nonnulli
plus terrarum et marium videantur sibi subegisse, sed refert non quan-
tum veriim quale quisque et quo pacte agat imperium intueri.
« Tui, enim, non ut illi Perse et Romani imperiorum conditores,
feritate quadam, a uutrimento canum et luparum, sua auspicati sunt
imperia, sed celestium vocum et summi Dei angelorum affatu suas
regnandi acies direxerunt; et illi aliique complures, quia cruentis initiis
imperandi gloriam sibi solis quesiverunt, cruentos quoque' brevesque
cum suis regnis exitus habuerunt. Tu vero, et tu apte, ingenio atque
natura et tuorum majorum sacris exemplis, dilatandi regni, id est asse-
rende ampliandeque Ghristi fidei, non tibi honorem queris sed Deo.
Igitur et perpetuum, quoniam ex Deo atque fide constat, tuum regnum
erit, et vere illud quod Abree hereditati, non in altero modo sed in hoc
quoque seculo, per eterna secula promissum est. »
G. GOUDERC.
GONFESSIONS DE FOI DES ÉGLISES ORIENTALES.
La Bibliothèque de l'École des chartes a publié en 1884 (XLV, 235-6)
la notice d'un manuscrit de la bibliothèque de Rouen (ms. U. 1), qui
renferme une série d'attestations ou confessions de foi des églises orien-
tales, envo^^ées de Gonstantinople en France, en 1672, par le marquis de
568 CHRONIQUE ET MELANGES.
Nointel, ambassadeur du roi près la Porte ottomane. Une autre collec-
tion de ces attestations est conservée à la Bibliothèque nationale, sous le
n» 67 du supplément du fonds des manuscrits arméniens, et les pièces
qui s'y trouvent réunies sont celles-là même qui ont servi aux travaux
d'Arnaud, de Nicole et de Renaudot sur la Perpétuité de la foy. Nointel
avait eu soin de demander en double exemplaire, dont il avait gardé
l'un par-devers lui, la plupart de ces confessions de foi, aussi en retrou-
vera-t-on plusieurs qui figurent dans le ms. de Rouen et dans le pré-
sent volume. Ces confessions de foi, restées en dernier lieu dans les
mains de l'abbé Eusèbe Renaudot, passèrent à sa mort dans la biblio-
thèque de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, à laquelle il avait légué
ses papiers et sa bibliothèque, et sont entrées seulement à la fin du
siècle dernier dans les collections de la Bibliothèque nationale.
H. O.
1. (Fol. 1.) Actes du synode de Jassy, présidé par Parthénios,
patriarche de Constantinople (mai 1642) ; imprimé à Jassy, dans le
monastère des trois SS. Hiérarques, 20 décembre 1642. Placard double
in-fol. — En grec.
2. (Fol. 3-5.) Confession de foi d'Etienne, patriarche des Arméniens
à Constantinople (22 juillet 1671). — En arménien, avec traduction
latine.
3. (Fol. 7-9.) Confession de foi de Jacques, patriarche des Arméniens
à Constantinople (30 avril 1671). — En arménien, avec traduction fran-
çaise (1742). (Cf. une lettre de Nointel à Arnaud dans la Collection
Renaudot, vol. 5, fol. 79.)
4. (Fol. 11 et 60-62.) Confession de foi de David, patriarche des
Arméniens d'Ispahan (10 décembre 1671). — En arménien, avec tra-
duction latine. (Cf. fol. 90-92.)
5. (Fol. 13-16.) Confession de foi de Parthénios, patriarche de Cons-
tantinople (13 mai 1670). — En grec, avec traduction française.
6. (Fol. 20.) Confession de foi de Méthode, patriarche de Constanti-
nople (10 juillet 1671). — En grec.
7. (Fol. 21.) Confession de foi de Nicéphore, archevêque de Chypre
(9 novembre 1668). — En grec.
8. (Fol. 24.) Attestation de François-Casimir Wysochi, ambassadeur
de Pologne à Constantinople, relative à la créance des Grecs résidant
en Pologne (16 septembre 1671). — En latin.
9. (Fol. 26.) Confession de foi des Nestoriens de Diarbékir (1669). —
Traduction latine. (Cf. Collection Renaudot, vol. 5, fol. 21.)
10. (Fol. 29.) Confession de foi des moines de Saint- Georges dans
l'ile de Prinkipo, près Constantinople (10/20 octobre 1671). — En grec.
11. (Fol. 30.) Confession de foi de Gaspar, évêque des Arméniens du
Caire (décembre 1671). — En arménien. (Cf. le ms. arabe 227.)
CHRONIQUE ET MÉLANGES. 569
12. (Fol. 32.) Confession de foi de métropolitains grecs réunis à Cons-
tantinople (18 juillet 1672). -- En grec.
13. (Fol. 34.) Confession de foi de Jacques, archevêque d'Andros
(9 août 1671). — En grec.
14. (Fol. 36.) Confession de foi d'Athanase, archevêque de Siphanto
(juillet 1671). — En grec. (Cf. fol. 45.)
15. (Fol. 38.) Confession de foi du clergé de Naxos (12 juillet 1671).
— En grec.
16. (Fol. 41.) Attestation de Fr.-André Ridolfi, évêque latin de Cala-
mine, vicaire apostolique de Constantinople, relative à la créance des
Grecs (le-- août 1671). — En latin.
17. (Fol. 43.) Attestation de Sinibaldo Fieschi, résident de Gênes à
Constantinople, sur la créance des Grecs (13 août 1671). — En latin.
18. (Fol. 45.) Confession de foi d'Athanase, archevêque de Siphanto
(5/15 juillet 1671). — En grec. (Cf. fol. 36.)
19. (Fol. 47.) Attestation des ambassadeurs de Raguse à Constanti-
nople, relative à la créance des Grecs (14 octobre 1671). — En latin.
20. (Fol. 50.) Attestation de la communauté de Péra relative à la
créance des Grecs (2 novembre 1671). — En latin.
21. (Fol. 52.) Attestation de Leonardo Tarsia, interprète de la répu-
blique de Venise à Constantinople, donnée par son père Cristoforo
Tarsia (12 novembre 1671). — En italien. (Cf. fol. 65, épitaphe latine
et grecque de Leonardo Tarsia, mort en 1663.)
22. (Fol. 55.) Confession de foi de Gérasime, archevêque de Milo
(30 octobre 1671). — En grec.
23. (Fol. 57.) Attestation de Giacomo Quirino, baile de Venise à
Constantinople (5 janvier 1672). — En italien.
24. (Fol. 67.) Lettre de Nectaire, ancien patriarche de Jérusalem, à
Paisios, patriarche d'Alexandrie, sur la créance de l'église grecque
(mars 1671). — Copie; en grec.
25. (Fol. 71-76.) Attestations ou confessions de foi d'évêques de Min-
grélie, envoyées par le P. Zampio, Théatin (décembre 1672). — En
géorgien, avec traduction latine.
26. (Fol. 78.) Confession de foi de Païsios, archevêque de Zanthe et
Céphalonie (20 août 1672). — En grec.
27. (Fol. 81.) Visa, par Nointel, de la confession de foi de Denys,
patriarche de Constantinople, et de quatre de ses prédécesseurs et plu-
sieurs autres prélats grecs. — Copie.
28. (Fol. 82.) Confession de foi du clergé de.... — En grec.
29. (Fol. 85.) Lettre de Nointel à Louis XIV au sujet des diverses
confessions de foi des églises orientales, recueillies par lui à Constan-
tinople (juillet 1672). — Copie non signée.
30. (Fol. 90-92.) Confession de foi de David, patriarche arménien
570 CHRONIQUE ET ME'lA.\GES.
d'Ispahan (10 décembre 1671). — En arménien, avec traduction latine.
(Cf. fol. H et 60-62.)
31. (Fol. 95 et 96.) Attestations relatives à la créance des Melchites,
copiées à Paris, par un oriental, en 1685. — En arabe.
32. (Fol. 98.) Attestation par Hilarion Gicada, inquisiteur général de
l'église d'Orient, de la confession de foi du synode de Leucosie (Chypre),
8 avril 1668 (24 juin 1668). — En latin.
DEUX LETTRES DU CANADA SUR ÉCORCE DE BOULEAU.
(1647 ET 1676.)
La Bibliothèque nationale possède, sous le n° 4758 des nouvelles
acquisitions du fonds français, deux lettres écrites au xvii^ siècle sur
écorce de bouleau, qui sont peut-être les plus anciens monuments de
ce genre que l'on connaisse'. La première est une lettre d'un jésuite
missionnaire au Canada, le Père Joseph Poucet, martyrisé en 1653 2;
elle est datée de Sainte-Marie « des Hurons, ce 28 juin 1647, » et adres-
sée au bénédictin Dom Claude Martin 3. La seconde est une très courte
lettre de remerciements, rédigée en langue huronne, avec traduction
française en regard, et adressée par plusieurs jeunes filles huronnes,
au mois d'octobre 1676, à « Monsieur Sain, receveur des finances à
Bourges, » si toutefois cette adresse, ajoutée d'une autre main au dos
de la pièce, est bien celle du destinataire.
UNE MUTINERIE D'ÉCOLIERS AU COLLÈGE DE RENNES
EN 1629.
Sous ce titre, notre confrère M. Parfouru publie (Rennes, typ. Ober-
thur, 1894, in-8° de 12 p.) trois documents curieux (Mémoire du P. rec-
teur du collège, conclusions de l'avocat général, arrêt du Parlement),
qui lui permettent de retracer un épisode de la vie turbulente des éco-
liers de cette époque. Il s'agit d'une révolte ayant pour objet la suppres-
sion d'une classe du jeudi matin.
1. Cf. le ms. slave 50 (exposé dans la galerie Mazarine, vitrine XVI, u* 314);
ce sont deux rapports de commandants de Verchni Ostrogue (Kamschatka),
datés de 17G7 et 1768. Il y en a un fac-similé dans la Paléographie universelle
de Silvestre, pi. 293.
2. Voir PP. de Backer et Sommcrvogel, Bibliothèque des écrivains de la
Compagnie de Jésus (1872, In-fol.), II, '2068.
3. Voir D. Tassin, Histoire littéraire de la congrégation de Saint-Maur (1770,
iu-4"), p. 163-176; la mère de D. Claude Martin, la vénérable Marie de l'Incar-
nation, fut la fondatrice des Ursulines au Canada (1639-1672).
CHRONIQUE ET ME'lANGES. 57^
ARGHIVO DO DISTRIGTO FEDERAL.
Tel est le titre d'une Revue entreprise par la direction des archives
municipales de Rio-de-Janeiro et dont l'objet est la publication de
documents relatifs à l'histoire de cette cité (Rio-de-Janeiro, Archivo
municipal, in-4o). Naturellement, les rédacteurs de la revue ne se bornent
pas à éditer les pièces conservées dans les archives municipales; ils
recueillent aussi les documents conservés dans d'autres dépôts. Il est
regrettable que les indications de sources restent parfois assez vagues
et que l'on se contente parfois de donner l'indication du dépôt auquel
la pièce est empruntée, sans indication de cote ni de fonds, sans ren-
seignement qui permette de la retrouver par la suite. Dans la publica-
tion des actes, les rédacteurs de la Revue semblent avoir à cœur de
donner une reproduction aussi fidèle que possible, laissant les abrévia-
tions non résolues et ne disjoignant pas les mots qui sont liés entre
eux dans le manuscrit.
ÉLÈVES ADMIS A L'ÉCOLE DES CHARTES.
Par arrêté du 8 novembre 1894, ont été nommés élèves de l'École des
chartes, dans l'ordre de mérite suivant :
MM.
1. Deslandres (Paul), né à Paris, le 21 mars 1874.
2. Lasalle-Serbat {Louis-Emile), né à Saint-Saulve (Nord), le 8 sep-
tembre 1875.
3. TmBAULT (Marie-Louis-Marcei), né à Paris, le 14 novembre 1874.
4. Rastoul ( Marie-Ignace-Benoît- Joseph-imanc^), né à Paris, le 14 fé-
vrier 1877.
5. HiLDENFiNGER (Paul), ué à Roims (Marne), le 4 mars 1874.
6. Mercier de Lagombe (fîernard-Marie-Joseph-Paul), né à Orléans
(Loiret), le 25 janvier 1875.
7. Pérouse (François-Marie- GaôneZ), né à Saint-Gyr, au Mont-d'Or
(Rhône), le 10 août 1874.
8. Vidier (4Zea;a;id?'e-Gharles-PhiUppe), né à Paris, le 6 janvier 1874.
9. Denis (PûmZ- Anatole-Auguste-Marie) , né à Lille (Nord), le 5 juin
1874.
10. Rouget (Fernand-Manassé), né à Toulouse (Haute-Garonne), le
29 juillet 1876.
11. Gazier (Georg-ei- André-Louis), né à Paris, le 13 avril 1875.
572 CHRONIQUE ET MELANGES.
12. GiLLOT (indrd- Antoine-Simon), né à Autun (Saône-et-Loire), le
17 août 1872.
13. ViLLEMSENS {Edmond}, né à Saint-Mandé (Seine), le 7 octobre 1873.
14. AuBRY (Louis-François-Pierre), né à Paris, le 14 février 1874.-
15. Pawlowski (Gustave-Stanislas-iw5'M5ie), né à Paris, le 3 mars
1874.
16. Faulquier (Marie-François-5ernard), né à Avallon (Yonne), le
14 mars 1875.
17. Privât (Lonh-UdiTie- Edouard), né à Toulouse (Haute-Garonne),
le 8 janvier 1876.
18. Stapfer (Henri-GustaLyé), né à Tours (Indre-et-Loire), le 20 février
1873.
19. Du Mesnil de Marigourt (Marie-Fernand-iwdré), né à Senlis
(Oise), le 4 décembre 1874.
20. Machet de la Martinière (Marie-Joseph-Henry-yM^e*), né à Gizay
(Vienne), le 12 avril 1875.
LA VENTE
DE
LA BARONNIE DE COUCY
-cE93S>S3e>—
I.
Le 18 février 1397, expirait à Brousse, prisonnier des Turcs
après le sanglant désastre de Nicopolis, succombant à la maladie
et aux mauvais traitements, EnguerranYII, le dernier des sires
de Coucy. Avec lui s'éteignait sa vaillante lignée, car il ne lais-
sait pas d'héritier mâle, mais seulement trois filles, et de deux lits
différents, ce qui pouvait faire craindre de graves complications
et de sérieuses difficultés pour le partage d'une aussi lourde suc-
cession.
Enguerran avait été un des plus considérables parmi les con-
seillers des rois Charles V et Charles VI, et sa prodigieuse acti-
vité s'était exercée dans les armes comme dans la diplomatie, à
la fois dans les contrées les plus diverses, mais surtout en Italie,
où il s'était montré chaud partisan du rétablissement du pape
Clément VII, tenté par le duc d'Anjou en 1382, et en 1394, lors
de l'expédition projetée par le duc d'Orléans, dont il était le lieu-
tenant général. D'abord gendre d'Edouard III, roi d'Angleterre,
il avait eu de sa première femme, Isabelle, deux filles : Marie et
Philippa. D'un second mariage, contracté en 1386 avec Isabelle
de Lorraine, fille du duc Charles, il avait eu une troisième fille :
Isabelle de Coucy. Néanmoins, sa succession ne pouvait guère se
diviser qu'entre Marie et Isabelle, car Philippa avait continuel-
lement résidé en Angleterre, où elle avait épousé Robert de Veer,
duc d'Irlande, favori de Richard II, et elle semblait assez désin-
téressée dans la question. Un accord intervint, du reste, et Marie
\sn 37
574 LA VENTE
eut la totalité des biens qui devaient revenir en France à Phi-
lippa, qui, de son côté, resta en pleine possession de ceux que
son père avait laissés en Angleterre ^ Restaient les deux autres
sœurs. La première, Marie, d'un esprit assez faible et fort portée
au faste et à la dépense, était veuve de Henri de Bar, qui avait
accompagné son beau-père à la croisade de 1396 et était mort à
Trévise au mois de novembre de l'année suivante des suites d'une
maladie contractée à Venise, où il avait pu parvenir en revenant
d'Asie avec le duc de Nevers, après sa libération ^ Isabelle,
encore mineure, était sous le bail de sa mère, qui avait droit au
douaire coutumier, c'est-à-dire à l'usufruit de la moitié des biens
laissés par son époux. La rivalité de ces deux femmes devait
créer un état de choses bien difficile à régler et donner lieu à un
interminable procès qui prépara ou facilita au moins l'acquisition
de la baronnie que devait faire en 1400 le duc Louis d'Orléans.
Coucy, une des quatre grandes baronnies du royaume avec
Craon, Sully et Beaujeu, comprenait les trois châteaux et viUes
de Coucy, la Fère-sur-Oise et Marie, avec leurs dépendances.
Pendant sa vie , Enguerran VII avait de plus successivement
acquis : le comté de Soissons, les terres de Ham, d'Origny, de
Pinon et de Montcornet ; il avait en outre une pension annuelle
de 1,800 livres sur le trésor royal et un hôtel à Paris, près de la
place Saint-Jean-en-Grève. Dans les limites de ce domaine se
trouvaient enclavés cent cinquante villes ou villages, parmi les-
quels Soissons et Laon, riches et bien situées, étaient la source
de revenus assez considérables ; le château de Coucy, dont le don-
jon excite encore l'étonnement et l'admiration, passait à bon droit
pour une des places fortes les plus renommées; enfin, la situation
de la baronnie, à l'extrémité du royaume, sur les confins de la
Picardie, touchant aux Flandres et à l'Allemagne, était excep-
tionnellement importante pour la défense du pays. On comprend
facilement, dès lors, l'intérêt attaché à la succession d'Enguer-
ran, et, bien que ses possessions eussent beaucoup eu à soufirir
des continuels ravages exercés par les Anglais et les pillards, au
point que Charles VI lui accorda, à plusieurs reprises, le tiers
1. Record Office, Paient Roll, n" 6. Pars IV. Ces terres avaient été confis-
quées sur Enguerran par Richard II, lors de son avènement, au moment où le
brave chevalier avait fait solennelle adhérence à son véritable seigneur, le roi
de France. Rymer a publié la lettre qu'il écrivit à cette occasion.
2. Delaville Le Roulx, la France en Orient au XIV siècle, t. I, p. 318.
DE LA BARONME DE COUCT. 575
des aides levés sur ses domaines pour en réparer les forteresses,
et deux foires par an pour y ramener la vie et la richesse, néan-
moins, le grand renom de cette terre, sa position, ses splendides
forêts, ses étangs poissonneux excitaient naturellement la con-
voitise et suffisent à expliquer l'àpreté avec laquelle les deux
héritières firent valoir leurs droits.
Après le décès du sire de Coucy, le principe : « Le mort saisit
le vif, » devenu à peu près général à cette époque, devait s'ap-
pliquer; rien de plus simple en apparence, mais en faveur de
qui? Marie éleva aussitôt la prétention de succéder seule à la
totalité des biens, en vertu de son droit d'aînesse ; or, rien de
moins certain que le bien-fondé de cette réclamation ; on ne recon-
naissait guère ce droit qu'aux enfants mâles; dans les coutumes
d'alors, surtout dans ces contrées, il était ordinairement refusé
aux femmes, et sa sœur Isabelle demandait, au contraire, que le
partage eût lieu en deux portions égales. En attendant , cha-
cune des héritières avait pris possession de la baronnie, restée en
quelque sorte indivise, avait garni de troupes les châteaux qu'elle
habitait et vivait en hostilité sourde, entourée de son conseil par-
ticulier de parents et d'amis. Ce désaccord fut la source de tous
les débats; aucune des parties ne voulant céder, ce furent pen-
dant de longues années, devant le Parlement, d'interminables
plaidoiries où les arguments s'accumulaient, sans cesse repoussés
et repris tour à tour, sans que la vérité pût se faire jour avant
1402^
Une des premières questions à trancher était celle du douaire
d'Isabelle de Lorraine ; question des plus simples et qui fut immé-
diatement résolue, par accord passé devant le Parlement 2. Il fut
décidé qu'il porterait, suivant la coutume, sur la moitié de tous
les biens, qu'Isabelle était chargée de faire estimer et diviser en
deux parts, pour que Marie de Bar pût choisir ; cette opération
devait être terminée avant la mi-août 1398^. Le 16 juillet, les
deux « rôles » étaient achevés, et, le 2 août, Gobert Le Tonne-
lier, Jean du Pont, clerc du bailli de Vermandois, Jean Baron,
procureur d'Isabelle, et Clarin de Saint-Quentin, sergent royal
1. Bibl. nat., f. fr. 18760. — Ce volume contient en copie la plupart de ces
plaidoiries, et est une des principales sources de ce travail.
2. Ibid., f. fr. 18760, fol. 49. — Cet accord n'est pas conservé dans la série
existant aux Archives nationales.
3. Ibid., f. fr. 18760, fol. 49 et suiv.
576 LA VENTE
de la prévôté de Laon, se rendaient à Gercy, où Marie résidait
alors, pour les lui présenter en la priant de faire son choix. La
dame de Bar étant partie pour Liesse, ils la suivirent à Foigny,
à Origny et à Montcornet, sans pouvoir la rejoindre en route.
Arrivés à Liesse le 3, ils la rencontrèrent et lui remirent les rôles
en présence de l'évêque de Coutances, Guillaume de Crèvecœur,
de Robert de Béthune, vicomte de Meaux, de Raoul Tliorel et de
plusieurs autres seigneurs. Dès les premiers mots, les difficultés
surgirent ; Marie fit répondre qu'elle se trouvait en pèlerinage,
hors de sa terre, privée de son conseil, et que, si le procureur
voulait la suivre à Laon, elle songerait à aviser. Jean Baron
répliqua qu'il avait reçu l'ordre de bailler ces rôles à la dame de
Bar en quelque lieu qu'il la trouverait, les mit sur une table
devant elle et, sur un nouveau refus, ordonna à Gobert de les
reprendre et de les garder. L'après-midi cependant, Marie, qui
était retournée à Laon, fit appeler les délégués d'Isabelle en l'ab-
baye de Saint-Martin, et son procureur, Pierre Trousset, leur
déclara, en sa présence, qu'elle consentait à recevoir les pièces
pour les examiner; Gobert les scella alors et les lui remit*.
La première part comprenait la terre et châtellenie de la Fère-
sur-Oise, avec le château de Saint-Gobain, qu'Isabelle avait choisi
comme résidence et qu'elle déclarait hors part, car, d'après les
termes de son contrat de mariage ^ elle ne pouvait prendre celui
de Coucy et devait alors avoir « recompensacion ; » l'étang de
Saint-Lambert, dont la pêche devait être partagée; la moitié de
l'hôtel de Paris et 462 livres 1 0 sous de la rente sur le trésor royal ;
le château et la ville d'Acy, et les revenus de plusieurs villages :
Thony, Chalandry, Couchartille, etc.; de plus, dans le comté de
Soissons : l'estrelage du sel et de tous les grains, l'avalage, le
fermage du pont, la justice delà ville, de la rivière et de la moitié
des prisons du château; la ville de Bucy-sur- Aisne, avec ses
dépendances ; la justice de la châtellenie, terre et ville de Ham et
de vingt-quatre fiefs en dépendant ; la ville de Douilly ; enfin les
revenus de vingt autres fiefs et arrière-fiefs énumérés dans l'acte.
La seconde part se composait : de la terre et cliâteau de Coucy ;
de la moitié du produit.de l'étang de Saint-Lambert, de la moitié
1. Ibid., f. fr. 187G0, fol. 49 et suiv.
2. 11 ne reste de cet acte que la copie de deux fragments dans la collection
de Lorraine à la Bibl. nat., vol. 1749, dossier Lorraine, n° 3.
DE LA liARONNFE DE COUCY. 577
de l'hôtel, avec 437 livres 10 sous de la rente ; la ville et château
de Marie et vingt et un fiefs environnants, avec les revenus de
trente-six autres fiefs; du vinage de Laon, des villes d'Aumeguy,
d'Aulers ; dans le comté de Soissons : du château dit la Tour-du-
Comte; la vicomte avec les cens des bacs, les menus cens de la
rivière, la moitié des revenus des prisons du château, la justice
de la ville et de la rivière ; la ville de Villeneuve-lez-Soissons et
les revenus de vingt-six fiefs en dépendant; le château, la basse-
cour et le jardin de Ham, la justice de la ville et les produits de
trente autres fiefs ou arrière-fiefs.
Ce partage forcé ofîrait les plus graves inconvénients, en
nécessitant l'établissement d'officiers des deux parties dans
chaque terre pour en recueillir les revenus ; de là des complica-
tions et des froissements inévitables, qui devaient être loin de
calmer les susceptibilités des héritières déjà si mal disposées. Ce
ne fut que le 20 avril 1399 que Marie de Bar se décida à choisir.
Après examen des pièces, elle avait déclaré le partage faux sur
plusieurs points; il est vrai qu'Isabelle convenait elle-même
l'avoir dressé un peu au hasard, Marie n'ayant voulu « lui bail-
ler aucun enseignemen » pour l'aider. D'après les prétentions
de la dame de Bar, aucun douaire ne pouvait exister sur le comté
de Soissons, qui devait lui revenir en propre comme héritage de
feue Isabelle d'Angleterre, sa mère ; qu'en tout cas, elle en avait
au moins la moitié entière, et que le douaire ne pouvait alors
porter que sur le quart ; de plus, plusieurs terres et villes situées
dans le bailliage de Senlis et dans les prévôtés de Compiègne et
de Pierrefonds, d'une valeur de 400 livres de revenu ou environ,
dont Marie se prétendait seule héritière du chef de sa mère, qui
les avait reçues en douaire suivant la coutume des lieux, avaient
été comprises à tort dans les rôles, et Isabelle ne devait y avoir
en douaire que le « quart esgaré; » en outre, les hautes forêts
ne pouvaient être partagées, pas plus que les châteaux, puisque
celui de Saint-Gobain avait été spécialement choisi par la dame
de Coucy et qu'elle devait s'en contenter. Devant ces réclama-
tions, assez bien fondées, il faut le dire, Guillaume de Vaulx,
bailli de Coucy, maître Nicaisede Cremery, conseiller d'Isabelle,
et Basse Delincourt, écuyer, furent chargés de rechercher les
titres conservés dans la tour du château de Coucy et d'en appor-
ter les originaux ou les copies le 20 avril devant le Parlement
afin de les faire examiner et d'aboutir à un accord. Auparavant,
578 LA VENTE
les héritières se rencontrèrent à Soissons, et là, en présence de
leurs parents et conseillers : le seigneur de Fère, Robert de
Béthune, le seigneur de la Bove, Henry de Marie, Pierre de Sois-
sons, Thomas Le Cat, Jean Le Dur, Guillaume de Vaulx et
Nicaise de Cremerj, elles conclurent, le 6 avril 1399, un traité
dont voici les points principaux :
Le contenu des rôles était adopté , sauf que les châteaux ,
à l'exception de celui de Saint-Gobain, étaient mis hors du
douaire ainsi que les hautes forêts, les pâturages, la chasse et la
coupe des bois au-dessous de soixante ans, dont Isabelle avait la
jouissance. On régla ensuite quelques points de détails relatifs à
l'héritage même, dont aucune partie ne voulait se charger en
entier. D'après son contrat de mariage, Marie de Bar avait
renoncé aux acquêts faits par ses père et mère moyennant une
somme de 1,200 francs qu'Enguerran avait ordonné de payer
après son décès': or, elle réclamait cette somme à Isabelle, qui
avait accepté « meubles et debtes, » dans la succession de son
époux, mais qui prétendait le contraire. Les conseillers des deux
parties furent chargés devoir les lettres, et, en cas de désaccord,
la décision était réservée au Parlement. 11 en fut de même pour
une somme de 800 francs, apportée par Isabelle au moment de
son mariage, qui devait être convertie en « hiretaige » pour elle
et ses hoirs, réclamée à Marie comme héritière et propriétaire,
et pour plusieurs rentes dues à la ville de Valenciennes, à Jean
de Graon et au seigneur de Fère. Restait la grave question du
droit d'aînesse, la dame de Bar se refusant absolument à recon-
naître à sa jeune sœur le droit de propriété par moitié, que
celle-ci voulait exercer. Sans rien trancher d'une façon défini-
tive, et en rejetant à une époque encore indéterminée une solu-
tion qui aurait mis fin à cette situation si délicate, on passa sous
silence tout ce qui avait trait à la baronnie proprement dite, et
Marie accorda à Isabelle « la possession et saisine de toute telle
part et porcion que ladite mademoiselle puet avoir en la comté de
Soissons, selon ce et que par la coutume du païs où elle est assize
lui puet competer et appartenir ; » c'est-à-dire la moitié du comté
sauf le château, le cours de l'Aisne, la chaussée et la monnaie
formant un fief tenu à part du roi ; à Ham, Oisy, Origny, Mont-
1. Ce contrat de mariage a été publié par dom Calmet dans son Histoire de
Lorraine, t. IV, p. 666. Il a été reproduit, par erreur comme inédit, dans les
Annales historiques du Barrois, t. II, p. 604.
DE LA BARONIVIE DE COUCT. 579
cornet et autres lieux, la coutume devait aussi décider; Isabelle
avait encore le quart des 1,800 livres sur le trésor et 500 livres
pour son état annuel, payables en quatre termes. Cet accord,
passé par Pierre Le Maisné et Jacques Le Fer, procureurs des
parties, fut homologué au Parlement le 3 mai 1399*. Dans l'in-
tervalle, le 20 avril, Marie avait déclaré choisir le premier des
deux rôles pour jouir des biens y énoncés et d'après les modifi-
cations du précédent accord, sans aucune charge de douaire 2.
Rien n'était donc changé quant au fond même du débat ; de
plus, s'en remettre aux coutumes pour régler le partage des
acquêts, c'était ouvrir la porte à d'inévitables et stériles discus-
sions sur les bailliages ou prévôtés où pouvaient être situées les
terres, et ce ne fut que dix ans plus tard, le 11 août 1408, qu'un
arrêt du Parlement vint rendre justice à la réclamation d'Isabelle
de Lorraine et proclamer sa fille héritière par moitié dans toute
la succession. Mais, avant cette date, la baronnie de Coucy
devait subir bien des vicissitudes et sortir des mains des descen-
dants légitimes pour passer, après vente, dans celles du duc
d'Orléans. Cette négociation rapide et précipitée peut laisser un
doute dans l'esprit, quant à son entière validité morale, si l'on
peut dire. Le droit du vendeur (Marie de Bar) était très contes-
table, on l'a vu, et la manière dont elle fut presque forcée de don-
ner son adhésion, l'empressement du duc à s'établir sur des terres
dont la propriété lui fut toujours discutée, tout porte, dans cette
affaire, à l'examen et à la réflexion. On peut objecter qu'il était
plus avantageux de voir la baronnie gouvernée par un prince
d'une intelligence et d'une activité supérieures, capable de la
faire servir au bien général du royaume, que livrée à deux héri-
tières rivales qui ne pouvaient sans doute que l'administrer assez
mal par pure jalousie ou par faiblesse; mais on ne peut nier
cependant que le patriotisme du duc n'entra pas seul en ligne de
compte ; son intérêt personnel y trouvait avantage ; les faits sont
là, qu'il sufiSt simplement d'exposer.
1. Pièce justificative I.
2. F. fr. 18760, fol. 76.
S80 LA VENTE
II.
Le frère Je Charles VI, le duc Louis d'Orléans, est aujourd'hui
une figure bien connue, grâce aux études approfondies dont il a
été l'objet*. A de brillantes qualités, le prince joignait une grande
ambition; il voulait, chose toute naturelle, jouer un rôle, et un
grand, à l'extérieur comme à l'intérieur du royaume. Mais un
des obstacles qui s'opposaient le plus à la réalisation de ses projets
était précisément le peu d'importance qu'il occupait en tant que
seigneur terrien, aussi le voit-on sans cesse travailler à agrandir
ses possessions.
D'abord comte de Valois, puis successivement duc de Touraine
et enfin d'Orléans, il avait vu ses domaines s'augmenter d'une
façon très sensible par suite de dons, d'échanges ou d'achats. Sa
principale acquisition avait été en 1391 le comté de Blois (en nue
propriété seulement), suivie l'année d'après de l'échange de son
duché de Touraine pour celui d'Orléans, qui la complétait si heu-
reusement. En 1396, il possédait : le duché d'Orléans, les com-
tés de Valois et de Beaumont-sur-Oise, les chàtellenies de la
Ferté-Milon, Neuilly-Saint-Front, Pierrefonds, Béthisy, Ver-
berie, Oulchy, Chauny, Condren, Faillouël, Epernay, Sézanne,
Chantemerle, Treffaux, Brie-Comte-Robert, la Ferté-Aleps, les
vicomte et châtellenie de Saint-Sauveur-Lendelin, des terres en
Normandie et en Champagne provenant de la succession de la
duchesse d'Orléans; les chàtellenies de la Ferté- Bernard, de
Luzarches, de Porchefontaine, Sablé, acheté en 1394 à la reine
de Sicile, Fère-en-Tardenois, vendu par Gaucher de Châtillon, les
vicomtes de Châteaudun, Gandelus, et le vinage de plusieurs vil-
lages sur l'Aisne et la Marnée En 1397, la mort de Guy de Blois
lui donnait les revenus du comté. Son apanage s'agrandissait, et
on était loin de l'ordonnance de Melun par laquelle Charles V
accordait à ses fils 1,200 livrées de terre avec le titre de comte
et 40,000 francs pour se mettre « en estât. » En 1400, il
acquiert le 23 janvier le comté de Périgord, confisqué sur le
1. Voir les articles de M. le comte de Circourt, Revue des questions histo-
riques, année 1889, et le livre de M. E. Jarry, la Vie politique de Louis de
France, duc d'Orléans.
2. Voir E. Jarry, p. 181, 182.
DE LA BARONNIE DE COUCT. 581
comte, condamné par le Parlement, puis gracié par le roi; en
mai, il reçoit Château -Thierry, don de son frère; enfin, le 10 oc-
tobre, il achète le comté de Porcien.
Lentement et patiemment le duc arrivait donc à se créer un
domaine, qui pouvait, non pas encore rivaliser avec ceux de ses
oncles de Bourgogne et de Berry, mais tout au moins lui assurer
places fortes et partisans dans la lutte sourde qui existait déjà
entre ces familles et qui devait bientôt éclater au grand jour. Le
duc de Bourgogne tenait l'est et le nord, le duc de Berry le
centre; les possessions du duc d'Orléans, quoique un peu dissé-
minées, formaient cependant deux groupes assez compacts : sur
la Loire, son duché d'Orléans et son comté de Blois ; sur l'Aisne
et la Marne, ses nombreuses terres, composant par leur réunion
un domaine assez important et reliées aux premières par quelques
places autour de Paris.
A cette époque, il ne pouvait plus songer à l'Italie; il avait
tourné ses vues vers l'Allemagne, et c'est naturellement de ce
côté qu'il dirigeait toute son attention. L'activité un peu hâtive
qui l'avait poussé à ces acquisitions successives l'avait amené
aux portes de la baronnie de Coucy ; le comté de Porcien y tou-
chait; plusieurs de ses possessions l'environnaient : l'occasion
était tentante. La tâche lui était du reste singulièrement facilitée
par ce qu'on sait des rivalités existant entre les héritières, aussi
n'eut-il pas grand'peine à persuader Marie de Bar de lui vendre
son héritage. Bien qu'entourée, comme conseillers, d'anciens
compagnons d'armes de son père, qui pouvaient la guider, il est
hors de doute qu'elle n'était pas un bien redoutable adversaire,
car l'administration d'un pareil domaine lui était difficile, et, tou-
jours en proie à de pressants besoins d'argent, elle ne put que
prêter une oreille favorable aux propositions qui lui étaient faites.
Fut-elle circonvenue? Le Religieux de Saint-Denis le croit^ les
documents le prouvent, et la grande rapidité déployée par le duc,
qui mit dans cette affaire un tel empressement qu'elle se conclut
en toute hâte, ne vient pas militer en faveur de ce dernier.
L'échec qu'il venait de subir dans son alliance avec Wences-
las, en novembre 1400, la prévision de la lutte inévitable de sa
1. « Nescio quo ducta spiritu, et forsitan, ut publiée dicebatur, a duce Aure-
lianensi circumventa, eidem villam et Castrum Couciaci vendidit cum perti-
nenciis. » T. 111, p. 210.
582 LA VEIVTE
maison avec celle de Bourgogne, le décidèrent à se fortifier et à
agir prompteraent. Non content de solliciter lui-même la dame
de Bar, il fit peser sur elle par son entourage. Marie, caractère
hésitant, ne savait à quoi se résoudre. Le frère de la reine,
Etienne de Bavière, était alors à la cour pour combattre les
demandes de secours que venaient formuler les envoyés de Wen-
ceslas, et rappeler l'ancienne alliance du roi de France et de
l'Empire. La reine poussait Marie à se remarier au duc de
Bavière^. Louis d'Orléans se montra plein de patriotisme en
cette circonstance, en reprochant violemment à Marie de faire
passer ainsi une importante province frontière aux mains d'étran-
gers; mais, révélant aussitôt son désir d'en finir à tout prix, il
ajouta qu'il marierait plutôt la jeune Isabelle de Coucy à l'un de
ses fils, assuré qu'il serait ainsi de posséder la moitié au moins
de la baronnie ; parole imprudente, car il reconnaissait implici-
tement qu'il tenait la dame de Bar pour héritière seulement pour
la moitié et qu'il admettait le partage entre les deux sœurs, ce que
dans la suite il ne voulut plus accordera II fit même venir le duc
de Lorraine et la veuve d'Enguerran, feignant de vouloir accom-
plir ce mariage ; puis, mandant la dame de Bar à Senlis, il lui fit
promettre, après une longue discussion, de lui vendre la baron-
nie, d'abord pour 300,000 francs, puis pour 400,000 francs. Pri-
vée de conseils, Marie céda ; le duc fit immédiatement passer les
lettres de vente, promettant 200,000 francs comptant et le reste
à terme pour la « provision » des enfants de Bar; mais, revenant
sur sa décision première, il fit payer seulement 60,000 francs
en remettant à sa créancière une obligation de 140,000 francs,
payables à la Saint-Jean-Baptiste, et lui assigna pour son douaire
les châteaux de la Fère et du Ghâtelet. Une partie des 600,000 fr.
fut donnée en joyaux ^ L'acte fut passé devant notaires, au Ghâ-
telet, le 15 novembre 1400; les termes en furent pour ainsi dire
dictés par le duc. Marie déclarait lui vendre, moyennant
1. Pièce justificative II.
2. On a dit à tort que c'était Isabelle de Lorraine que le duc recherchait en
mariage. Le Religieux, sur qui s'appuie cette assertion, est ici dans l'erreur.
Voir pièce justificative II. Il est à remarquer qu'Isabelle de Coucy épousa plus
lard le comte de Nevers, fils de l'adversaire déclaré du duc d'Orléans !
3. En mai 1404, le duc redevait encore 96,000 francs sur les 200,000 (Collec-
tion de Bastard, p. 456), et Marie lui en fit remise. En réalité, il paya en tout
104,000 francs.
DE LA BARONNIE DE COCCY. 583
400,000 francs, la seigneurie et baronnie de Goucy, comprenant
les châteaux et châtellenies de Coucy, Folerabray, Saint-Aubba;
la chàtellenie de la Fère-sur-Oise, comprenant les ville et châ-
teau de la Fère, les ville et château de Saint-Gobain, le château
du Châtelet, Saint-Lambert-les-Eaux avec ses viviers et étangs,
la chàtellenie de Marie, les châteaux d'Acy et de Gercy ; le tout
chargé du douaire d'Isabelle de Lorraine. Marie conservait l'usu-
fruit de tous ces biens et les châteaux de la Fère et du Châtelet
pour sa résidence ; en cas de remariage, elle perdait son usufruit,
et le duc devait lui payer G, 000 livres par an et 1,000 francs
sur les aides ayant cours sur ses terres^ Quant aux capitaines
des châteaux, la nomination en était réservée au duc, sauf pour
la Fère et le Châtelet; il y pourvut aussitôt, et les forêts voisines
lui fournirent rapidement des matériaux pour assurer les répara-
tions urgentes et les constructions auxquelles il se livra promp-
tement pour se préparer à la lutte contre la maison de Bour-
gogne et le Luxembourg ; c'était donc bien un achat préparé en
vue de mesures stratégiques imminentes-.
Le duc était arrivé à ses fins, mais que lui avait vendu réelle-
ment la dame de Bar? un droit contesté plutôt qu'un héritage
indiscutable ; aussi une des clauses du contrat, et une des plus
importantes, était la garantie donnée au duc « contre toutes
dettes, obligations, hypothèques et autres empeschemens quel-
conques, » qui laissait à Marie la charge des procès à venir. Ces
craintes n'étaient que trop fondées, et on allait avoir le singulier
spectacle d'un homme qui, jusqu'à sa mort, se vit contester
devant le Parlement le titre de propriétaire, bien qu'il en exer-
çât tous les droits dans ses nouveaux domaines en vertu d'un acte
régulier.
Les difficultés de procédure commencèrent bientôt et entraî-
nèrent le duc dans le débat entamé entre Isabelle et Marie.
Jusqu'en 1401, cependant, ce ne furent que légères escar-
mouches et disputes à propos de cerfs et sangliers poursuivis un
peu loin en « chaude chace » ou pour forêts détruites ou garennes
dévastées^; mais, en janvier 1402, Louis d'Orléans se voyait con-
1. F. fr. 18760, fol. 1 et suiv.
1. Nominations de capitaines, réception de canons, armes, etc. Coll. de Bas-
tard, passim.
3. Arch. nat., Xia 4785, fol. 22, 164, 274.
584 LA VENTE
traint, après sommation de la douairière, de se substituer entiè-
rement à la dame de Bar^ Entre-temps, il s'affirmait de plus en
plus comme véritable seigneur de Coucy : il changeait le bailli
Guillaume de Vaulx remplacé par Nicole Achopard ; le 30 mars
1402, Henri de Potes, capitaine du château, y recevait armes et
canons; Jean de Verchin, sénéchal de Hainaut, y défiait cheva-
liers et écuyers pour faire une passe d'armes en présence du duc^ ;
le 16 août, Renaud de Coucy, seigneur de Yervins, était nommé
capitaine de Gercy en lieu et place de Boileau de Burelles^; enfin,
divers seigneurs : Renaut de Hautcourt, Gille de la Court, Marie
de Coucy, elle-même, faisaient aveu et hommage au duc pour
les fiefs qu'ils tenaient de lui^ Cependant, la garantie que la
dame de Bar avait imprudemment consentie au duc semblait
illusoire ; à peine en possession de la baronnie, il s'en voyait con-
tester la propriété. Aussi sommait-il Marie de prendre la défense
de sa cause contre Isabelle, qui s'était attaquée à ses deux adver-
saires à la fois^.
Le Parlement avait ordonné une enquête afin de décider,
d'après les coutumes des divers bailliages, quelle part devait
revenir à chaque héritière. Elle avait été terminée le 3 janvier
1404, et la veuve de Coucy demandait qu'on se prononçât, tan-
dis que, de son côté, le 18 du même mois, Marie de Bar « requer-
roit son enqueste estre receue contre le duc d'Orléans » et lui
reprochait une grande négligence et une entrave continuelle au
cours de la justice en faisant sans cesse renouveler les délais",
mais la cour, toute dévouée au duc, nommait encore d'autres
commissaires et reculait la cause'. — Le procès entrait donc
dans une nouvelle phase, et le duc voyait non seulement Isabelle,
mais aussi Marie se retourner contre lui. Cependant, le 23 mai,
il acquérait d'elle tous ses droits sur le comté de Soissons, les
terres de Ham, Pinon, Montcornet, Origny, le vinage de Laon,
la rente sur le trésor et l'hôtel de Paris. C'était, dit le contrat
fait à cette occasion, pour le « recompenser » du dommage que
1. Ibid., fol. 285.
2. Monstrelet, t. I, p. 40.
3. Bibl. nat., Pièces originales, dossier Coucy, n° 28.
4. Arch. nat., P. 248, passim.
5. Ibid., Xta 4785, fol. 393.
6. Ibid., Xia 4786, fol. 223 v, 226.
7. Ibid., fol. 234.
DE LA BAROWIE DE COUCY. 585
lui causait le procès avec Isabelle, en cas que l'arrêt fût prononcé
contre lui. Le duc déchargeait alors Marie de sa garantie, lui
donnait 30,000 écus et prenait à sa charge certaines rentes dues
au seigneur de Fère, aux héritiers de Jean de CraonS aux reli-
gieux de la Villeneuve et tous les frais du procès ; mais elle lui
donnait quittance des 96,000 francs restés dus sur les 200,000
qui lui revenaient personnellement d'après la teneur de l'acte de
ventée Les 96,000 francs ne furent pas d'ailleurs payés immé-
diatement, bien que Marie eût déclaré dans l'acte les avoir reçus
comptant; elle donna en effet, le 26, quittance pour 1,125 livres,
et, le 7 juin, le duc recevait de son trésorier 2,625 livres pour les
lui remettre afin de parfaire le totaP. Pour les autres 200,000 fr.
qui auraient dû être versés depuis 1402 et 1403, de nouvelles
facilités furent accordées le 3 mars 1405. Etant donnés le prix
élevé de la vente, les réparations faites, l'usufruit de la douai-
rière, qui absorbait une partie des revenus, Marie consentit à
recevoir 30,000 francs comptant, 20,000 à la Chandeleur, et
ainsi de suite à cette même date chaque année, jusqu'à complet
épuisement de la dette^ ; auparavant, le Parlement avait décidé,
le 19 décembre 1404, qu'il ne pouvait encore rendre d'arrêt et
que les parties eussent à reviser leurs mémoires ^ N'y avait-il
pas là, comme dit le Religieux, un peu de mauvaise volonté ou
de parti pris®?
Marie de Bar survécut peu au contrat du 3 mars ; après avoir
vainement essayé de nouvelles tentatives auprès de la cour'', elle
mourut subitement, après une journée passée au miheu des fêtes
d'un mariage, non sans quelque soupçon d'empoisonnement.
L'année 1406 s'écoula au milieu des plaidoiries et des proro-
gations de délais; il est vrai que la politique absorbait entière-
ment le duc et qu'il donna plusieurs fois comme excuse que sa
querelle avec son oncle de Bourgogne lui causait « molt grant
1. Cause de longs débats entre Marie de Châtillon, héritière de Craon, les
hoirs du duc et Marie de Bar. Arch. nat., Xia 4788, fol. 95, 109, 190 V, 254 V,
327, 353 y.
2. Coll. de Bastard, Pièces orig., 456.
3. Ibid., n"» 31, 33.
4. F. fr. 18760, fol. 26 et suiv.
5. Arch. nat., Xia 1478, fol. 187 v.
6. T. III, p. 210.
7. Son enquête contre le duc avait été renouvelée jusqu'à onze fois ! Arch.
nat., Xia 4787, fol. 128 v°.
586 LA VENTE
erapeschement*. » L'assassinat du 23 novembre 1407 vint inter-
rompre tous les débats, et le duc expirait avant que son titre de
seigneur de Coucy fût incontestablement reconnu. Le 21 juin
1408, la cause revenait devant la cour. Robert de Bar, se décla-
rant héritier de sa mère sous bénéfice d'inventaire, rappela les
circonstances de la vente du 15 novembre 1400, les circonven-
tions qui l'avaient précédée, en réclama l'annulation avec resti-
tution des biens et paiement des frais estimés à 300,000 francs
pour les dommages, et exigea qu'un curateur ad hoc fût donné
spécialement en cette affaire aux jeunes enfants de la duchesse
Valentine d'Orléans. Celle-ci répondit qu'elle était encore « tour-
blée et qu'elle avoit moult à faire » et demanda un délai d'un an
tandis que Robert estimait qu'un mois était suffisante Le Parle-
ment décida, au conseil, que le curateur serait nommé et la cause
jugée procliainement^. Le 11 août, l'arrêt fut enfin rendu, et
déclara qu'Isabelle de Lorraine, au nom de sa fille mineure,
devait avoir la saisine et possession de la moitié des seigneuries
de, Coucy, Marie, la Fère et de la ville d'Origny; le quart de
Montcornet et de Pinon, le cinquième de Ham; que la cause du
duc était mauvaise, et le condamnait à restituer à la partie
adverse les portions désignées et les fruits perçus depuis la mort
d'Enguerran^ Pour bien marquer que cet arrêt terminait cette
trop longue querelle, le duc y est nommé comme vivant encore,
et pas un mot ne vient rappeler le triste guet-apens du 23 no-
vembre. Le plus sérieux argument que Marie de Bar et le duc
avaient invoqué pour leur cause était l'indivisibilité de la baron-
nie de Coucy, composée des trois châtellenies de Coucy, Marie et
la Fère, ayant toujours formé un héritage unique, dévolu en
partage à l'aîné de la famille, comme ils le prouvaient par
l'exemple des anciens sires de Coucy, depuis Enguerran III le
Grand; Isabelle prétendit au contraire que la baronnie était
formée de trois fiefs séparés, jadis possédés par trois seigneurs
différents^ Le reste des terres fut partagé d'après l'usage suivi
1. Arch. nat., Xia 4787, fol. 334 v, 377, 432 V.
2. Ibid., Xia 4788, fol. 112.
3. Ibid., Xia 1479, fol. 30 v°.
4. Arch. nat., Xia 4788. Les derniers folios de ce registre sont arrachés et
ne contiennent pas la tin du document, mais il existe en copie dans le ms. 18760,
fol. 35.
5. F. fr. 18760, fol. 289 et suiv.
DE LA BARONNIE DE COUCY. 587
dans les prévôtés où elles étaient situées, bien que l'établissement
de ces diverses juridictions eût donné déjà lieu à de vives et
longues discussions. La mort de la duchesse, survenue le 8 dé-
cembre, vint de nouveau tout remettre en litige, et, désormais, la
suite de cet interminable procès va se dérouler entre les enfants
du duc, représentés par Charles, leur frère aîné, Robert de Bar,
héritier de Marie, et Isabelle de Coucy, devenue comtesse de
Nevers le 23 août 1409. L'arrêt du 11 août, comme les précé-
dents accords, avait le défaut de laisser aux parties le soin de
régler le partage à l'amiable au lieu de leur attribuer des portions
nettes et bien déterminées. C'était donc encore une fois une source
de débats de toutes sortes, de difficultés inextricables qui durèrent
pendant tout le xv® siècle, et dont le résumé aride et monotone
dépasserait d'ailleurs les bornes de cette étude. En fait, la baron-
nie de Coucy resta dans la famille d'Orléans ; en février 1506,
une ordonnance de Louis XII, datée de Blois, déclarait Claude
de France, sa fille, héritière de la baronnie, du comté de Sois-
sons et autres dépendances données jadis par Charles VI à son
frère*; le mariage de cette princesse avec le duc d'Angoulême,
plus tard François I", fit entrer toutes ces terres dans le domaine
de la couronne.
H. Lacaille.
PIECES JUSTIFICATIVES.
L
C'est le traité fait entre nobles et puissans dames : madame Isa-
belle de Lorraine, dame de Coucy et de Florines et comtesse de Sois-
sons, d'une part, et madame Marie de Bar la jone, dame de Coucy,
d'Oisy et comtesse de Soissons, d'autre part, sur certains descors
meux et espérés a mouvoir en la Cort de Parlement.
Premièrement, a cause du doaire que ladicte madame Ysabel pre-
lendoit a avoir en et sur les terres, villes, chastiaux et toutes autres
possessions que feu monseigneur de Coucy, que Diex pardoinl,
1. Ordonnances, t. XXI, p. 329.
588 LA VENTE
tenoit et possidoit au temps du mariage de lui et d'icelle madame
Ysabel, et pour lequel doaire icelle madame Ysabel avoit fait certains
partaiges desdis chasliaux, terres et possessions en baillant le choix
a ladicte madame Marie, en gardant a son pooir les coustumes et
usaiges des pais ou lesdis chastiaux, terres et possessions estoient et
sont assis, si comme elle disoit, contre lesquels partaiges ladite
madame Marie avoit baillié certains contredis par escript contenans
en substance que lesdis partaiges estoient moins souffisamment faiz
en plusieurs manières ; c'est assavoir : en tant comme sur la conté de
Soissons, ladicte madame Ysabel vouloit avoir doaire pour la moitié
d'icelle conté; disoit ladicte madame Marie que ladicte conté estoit
de son hiretage seul et pour le tout, a li escheue par le trespasse-
ment de feu madame Ysabel d'Angleterre, sa mère, a laquelle ladicte
conté par certains moiens competoit et appartenoit en tout et partout
comme son propre heritaige, ou au moins y avoit elle la moitiet a
cause de conquest fait par ledit feu monseigneur de Goucy et icelle
feue madame Ysabel durant leur mariage, laquelle moitiet devoit
estre et estoit le propre heritaige d'icelle madame Marie; et sur l'autre
moitiet ladicte madame Ysabel ne porroit demander que son doaire,
qui estoit le quart de toute ladicte conté tant seulement. Samble-
ment [sic] ladicte madame Ysabel par lesdis partaiges voloit avoir
doaire pour la moitiet sur plusieurs terres, villes et possessions que
disoit ladicte dame Marie en sesdis contredis estre assizes ou bail-
liage de Senlis, en la prevosté de Compiegne, en le prevosté de Pier-
refons, montans a la valeur de iiiic livres de rente ou environ, si
comme elle dit, en disant oultre que feue madame Ysabel, première
femme dudit feu monseigneur de Goucy, desdites terres, villes et
possessions avoit esté douée, lequel doaire, par le coustume et usaige
desdis lieux, après le deces de feue madame Ysabel, avoit esté et
estoit le propre heritaige de icelle madame Marie, et ainsi, quant
ladicte madame Ysabel, seconde femme dudit feu monseigneur de
Goucy, espousa icellui seigneur, elle ne fu douée que sur la moitié
desdis heritaiges, par quoy après le deces d'icellui seigneur, elle ne
puet ne doit demander doaire sur iceux heritaiges que du quart que
l'en dit du quart esgaré es pais dessus dis, par les coustumes et
usages dessus dis. En oultre ladicte madame Ysabel en faisant lesdiz
partaiges avoit conprins les haultes forets qui appartenoient audit
feu monseigneur de Goucy, prétendant en et sur iceulx avoir doaire;
ladicte madame Marie ad ce contredisans que lesdictes haultes forets
ne doient cheoir ne ne chieent en doaire par plusieurs causes et rai-
DE LA BARONNIE DE COUCY. 589
sons. Avec ce, ladicte madame Ysabel avoit comprins es dis partaiges
tous les chastiaux demeurées du deces de feu monseigneur de Goucy
comme clieans en doaire, ladicte madame Marie disans au contraire
que ladicte madame Ysabel, après le deces dudit feu seigneur, avoit
choisi le chaste! de Saint-Goubain pour cause de son doaire, duquel
chastel elle devoit estre contente, et que les autres chastiaux de ladicte
seignourie ne pouvoient ni ne dévoient cheoir en doaire, et que
contre raison les avoit comprins es diz partaiges en allegant et pro-
posant sur ce plusieurs coustumes et usaiges et plusieurs causes et
raisons; ladicte madame Ysabel disans au contraire en soutenant
sesdis partaiges en allegant et proposant sur ce plusieurs coustumes
et usaiges. Lesquelles parties, veans lesdis debas et plusieurs autres
dont cy après sera faite mencion, vaulrent et consentirent d'un com-
mun acord passé par ladicte court pour eschiever tous inconveniens,
tous dommages et despens, que maistre Guillaume de Vaulx, bailli
de Goucy, maistre Nicaise de Cremery, conseillier de ladicte madame
Ysabel, et Rasse Delincourt, escuier, veissent les lettres que l'en
disoit estre en la tour de Goucy et ailleurs louchans la seignourie de
Goucy et les debas d'icelles parties, et icelles lettres ou les coppies
ou vidimus apportassent en la ville de Paris seurement par devers
ladicte Gourt en depost au xx^ jour d'avril prochain venant pour
icelles estre veues par les conseilliers desdites parties, afin que par
iceulx lesdictes parties peussent estre mises en acord se bonnement
pooit estre fait. Et depuis lesdictes dames, en continuant la bonne
affection que elles avoient de estre en bon acord, se soient assam-
blées présentement en la ville de Soissons pour traitier entre elles,
appelles ad ce nobles et puissans seigneurs : monseigneur de Fere,
le viconte de Meaulx et le seigneur de la Bove, et pour conseilliers
maistres Henry de Marie, président en Parlement, Pierre de Soissons,
Thomas Lecat, Jehan le Dur, Guillaume de Vaulx, Nichaise de Cre-
mery et plusieurs autres. Et finablement, pour bien de paix et pour
les causes et raisons dessus touchées, sont descendues en tel acord
sMl plait a ladicte Gourt : que, pour tant qu'il touche le doaire de
ladicte madame Ysabel, les chastiaux qui estoient comprins esdis
partaiges en sont mis hors et exemptés dudit doaire, excepté le chas-
tel de Saint-Goubain, dont dessus est faicte mention; semblablement
lesdictes haultes forets en seront mises hors et exemptées, sauf pour
la doagiere de avoir les pourfls de paissons, pasturaiges, et de la
chasse faire comme il appartient, et aussi de copper tous bos des-
soubz Lx ans, excepté chaisnes, pour son afuillement raisonnable et
4894 38
390 LA VENTE
sans fraude. Et, quant au surplus en toutes autres choses, lesdiz par-
taiges demourront en leur vertu, sauf a ladicte madame Marie a en
prendre le chois comme il appartient, lequel elle fera du plus tost
que bonnement elle porra, et de conseil de ses seigneurs, parens et
amis. — Item, et pour ce que sur le fait et matere de ladicte conté
de Soissons et autres acques, il a esté proposé que ladicte madame
Marie, au traitié de son mariage fait avec feu noble et puissant sei-
gneur monseigneur Henry de Bar, que Dieu pardoint, elle renonça
et deubt renoncier aux acques fais par feu monseigneur de Goucy et
feue madame Ysabel, sa mère, parmi la somme de xii"" frans que
ledit feu seigneur, son père, lui vault estre paiée et délivrée après
son deces en recorapensacion desdis acques, esquels acques par le
deces de ladicte madame Ysabel, sa mère, elle avoit la moitiet de
son hiretaige, et disoit par plusieurs causes et raisons que ladicte
madame Ysabel, qui avoit accepté meubles et debles après le deces
de feu monseigneur de Goucy, son mari, estoit tenue de les payer, et
ladicte madame Ysabel disoit le contraire, que ladicte dette est con-
fuse et que ad ce n'estoit tenue, mais devoit estre prinse ladicte
somme sur les hiretiers dudit feu monseigneur de Goucy, par plu-
sieurs causes et raisons dites et proposées sur ce; finablement, pour
ceste matere expédier et délivrer a mendres frais et mises que ce
porra estre fait, et pour en avoir l'oppinion de plusieurs sages, les-
dictes dames ont volu et acordé, veullent et acordent que, par leurs
conseilliers estant a Paris, les lettres servans a la cause desdis
xii" frans soient veues d'une partie et d'autre, et en regard et con-
sideracion en icelles aveuc tous les propos des parties, lesdis con-
seilliers appelles, ceulx que bon leur samblera, en ordonnent et
déterminent au plus tost que bonnement faire se porra, et, ou cas que
faire ne le porront, que tout soit mis en droit et en arrêt par devers
ladicte Court pour en déterminer par elle comme bon lui samblera.
— Item^ samblablement ont volu et accordé, veulent et acordent
lesdictes dames que ainsi soit fait du débat qui est entre elles de la
somme de vm"' frans, laquelle apporta a mariage ladicte dame Ysa-
bel avec ledit feu monseigneur de Goucy, pour estre convertis en
hiretaiges pour elle et ses hoirs comme elle dit apparoir par lettres
sur ce faictcs, et dist que ladicte somme lui doit estre paie par ladicte
dame madame Marie, héritière et propriétaire; et ladicte madame
Marie dit au contraire que ladicte somme est confuse en la personne
de ladite madame Ysabel, laquelle a prins meubles et debtes comme
dit est dessus. — Item^ et que ainsi soit fait samblablement du débat
DE LA BARO?fNIE DE COUCT. 594
qui est entre elles sur le fait de la recette de Valenciennes, montans
a la somme de vi cens et xlv frans de rente ou environ, dont chas-
cune en veult charger Pautre et soy deschargier par plusieurs causes
et raisons que elles se dient avoir chascune a rencontre de l'autre.
Et samblablement de iiic escus de rente vendue par feu monseigneur
de Coucy et madame Ysabel a messire Jehan de Craon, et deux cens
escus vendus a monseigneur de Fere, si comme on dit. — Item^ que
ainsi soit fait samblablement de la terre de Pinon et Baigneux, pour
lesquelles ladicte madame Marie dit que elles doivent estre tenues et
réputées héritages audit feu monseigneur de Coucy et a elle. — Item,
et pour ce que entre lesdictes dames avoit dissencion et débat sur
plusieurs armeure's, harnas et artillerie estans au chastel de Coucy,
tant pour le fait de jouste que pour gaige de bataille et pour le gar-
nison de forteresse, acordé est par lesdictes dames que le viconte de
Meaulx et le sire de la Bove, appelles aveuc eulx le bailli de Vermen-
dois, maistres Thomas Le Cat et Jehan Le Dur, advocas et conseil-
liers desdites dames, visiteront lesdites armeures, harnas et artille-
ries, et que, tout ce que d'icelles en ordonneront ou la plus grande
partie des dessus nommés, lesdictes dames tenront comme se ce fust
arrest de Parlement. — Item, et pour ce que ladicte madame Ysa-
bel, sa fille et fille de feu monseigneur de Coucy, que Diex pardoint,
s'estoit dolue et complainte en cas de saisine et de nouvelleté a ren-
contre de ladite madame Marie, sa sœur, disant et proposant avoir
droit et estre en possession et saisine de la moitiet de tous les biens
immeubles demourés du deces dudit feu monseigneur de Coucy, et
que ladite madame Marie le [sic] troubloit et empeschoit indeuement
et de nouvel contre sesdites possessions et saisines, proposant et
concluant tout pertinent quand ad ce et tendant a fin principal de
recreance ou de provision et a plusieurs autres fins ; ladite madame
Marie, comme opposant, proposoit et concluoit a toutes autres fins
contraires et par especial que en la baroniede Coucy, contenant trois
chasteleries comme Coucy, la Fere et Marie, ladicte mademoiselle,
comme maisnée que elle estoit, n'y avoit aucune chose. Finablement
lesdictes parties, par le moien des seigneurs et conseilliers dessus
nommés sont descendues en acord tel qui s'ensuit : premièrement,
que ladicte madame Marie a volu et consenti, vuelt et consent pour
tant que li touche tant seulement, que ladicte mademoiselle Ysabel
ou ladicte dame Ysabel, sa mère, ou nom que dessus, ait et emporte
et soit maintenue et gardée en possession et saisine de toute telle
part et porcion que ladicte mademoiselle puet avoir en la conté de
592 LA VENTE
Soissons, demourée du deces dudit feu monseigneur de Goucy, Jeur
père, selon ce et que par la coutume des pais ou elle est assize li
puet competer et appartenir, c'est assavoir de lamoitiet, sauf toutes-
voies le chaslel ainsi comme il se comporte, le cours de la rivière, la
chaucié et la monnoie qui sont un fief tenu du roy en prérogative,
et séparés des autres terres et possessions de ladicte conté; en la
terre de Ham, ce que la coutume du lieu li puet donner, et sambla-
blement en la terre d'Oisy, ou winage de Laon la moitiet; en la terre
d'Origny en Therasche, ce que la coustume du lieu li donne en tel
cas, en la rente de xviii" livres qui se prent sur le trésor, et, en la
maison de Paris, ce que la coutume de Paris li donne en tel cas, c'est
assavoir le quart ; en la terre de Montcornet et autres acques, s'au-
cuns en y a fais durant le mariage dudit feu monseigneur de Goucy
et de ladicte madame Ysabel, vuelt et consent ladicte madame Marie
que ladicte mademoiselle y ait sa part tel que de raison sera ; et en
outre ladicte madame Marie, pour le bien et avancement de ladicte
mademoiselle sa suer, pour tenir et maintenir son estât, pour ses
drois et pour ses causes poursieuir et pour li secourir en ses néces-
sités, lui baillera et délivrera par chascun an par manière de provi-
sion la somme de v^ livres, que elle lui paiera a quatre termes, dont
le premier terme commencera a la Saint-Jehan prochain venant, le
second a la Sainl-Remy, le tiers au Noël et le quart a Pasques ensui-
vant; et ainsi d'an en an durant leur dit procès et jusques ad ce par
ladicte Court en soit autrement ordonné. — Item, quant ad ce que
ladicte madame Ysabel demandoit un chastel avec le chastel de Saint-
Goubain, elle s'en raporte a l'ordonnance et volenté de ladicte
madame Marie pour icelle madame Ysabel et sa fille. Et parmi ce
que lesdictes parties en tant comme il touche la cause dudit doaire,
de la conté de Soissons, de Ham, de Oisy, du winage de Laon, d'Ori-
gny en Therasche, de Montcornet, de la maison et rente de Paris
dessus déclarés, seront hors de Court sans amende et sans despens,
et la main du roy pour ce mise sera levée au pourfit desdictes parties
selon la teneur dudit accord. Et, en tant qui touche le surplus du
procès de ladicte madame Ysabel ou nom de ladicte mademoiselle sa
fille contre ladicte madame Marie, ycellui procès demourra en tel
estât comme il est jusques ad ce que autrement en sera ordonné,
sauf lanl que la main desdites choses conLcmpcieuses sera levée au
pourfit de ladicte madame Marie durant ledit procès et sans préju-
dice a la cause et procès d'icelles parties.
Ce fu fait du consentement desdictes parties ou chastel de Soissons
DE LA BARONNIE DE COUCT. 593
le jour de Pasques closes, vr® jour d'avril l'an mil CGC IIII^'^ et XIX ;
presens : monseigneur Andouart de Bar, messire Jehan de Craon le
jone, monseigneur le vicomte de Meaulx et les autres dessus nom-
més, messire Jehan de Vogues, messire Perdicasdu Pont-Saint-Mard,
Rasse Delincourt, Enguerran de Guise, Simon de Ploisy, Jehan de
Bienxy, Geoffroy de Saint-Mard, Jehan de Mombeton, Jehan Plancon
et plusieurs autres.
Fait, passé par M« Pierre Le Maisné, procureur de dame Isabelle
de Lorrainne et M« Jacques Le Fer, procureur dame [sic] Marie de
Bar, la jone, par vertu de la procuracion si incorporée, le tiers jour
de may IIII^^ XIX ; et condempnez par arrest.
J. VlLLEQUIN.
Karolus etc.. universis etc.. Notum facimus quod de licencia et
auctoritate nostre Parlamenti Curie, inter carissimas consanguineas
nostras Ysabellim de Lothoringia, relictam, et Mariam de Barro,
juniorem, fillam et heredem defuncti domini de Goucyaco, tracta-
tum, concordatum et pacificatum extitit prout in quadam cedula
sigillis earumdem Ysabellis et Marie ac eciam sigillo dilecti et fidelis
nostri domini de Fere, sigillata; dictœ nostrae Guriae per ipsarum
Ysabellis et Mariae procuratores inferius nominatos, unanimiter et
concorditer tradata continetur, cujus cedule ténor sequitur in his
verbis : « C'est le traictié, etc.. » Ad quodquidem accordum ae
omnia et singula in preinserta cedula contenta, peragenda, tenenda,
complenda, ac firmiter et inviolabiliter observanda, dicta nostra
Curia Ysabellim de Lothoringia et Mariam de Barro, superius nomi-
natas, et de requestione et de consensu magistri Le Maisné, procu-
ratoris dicte Ysabellis et magistri Jacobi Le Fer, pracuratoris pre-
dicte Marie, virtute procuratorii instrumenti inserti, condemnavit
et condemnat per arrestum; et ea, ut arrestum ejusdem Curie
teneri, compleri et observari ac executione demandari voluit et
precepit dictam insuper manum nostrum in rébus contenciosis, de
quibus supra fît mentio propter debatum procuratorem predictorum
appositam, levavit et levât juxta ipsius cedule tenorem et formam.
Ténor vero procuratorii ipsius Marie sequitur in bec verba : « A tous,
etc.. » In cujus, etc. — Datum Parisius, in Parlamento nostro,
tertia maii nonagesimo nono ' .
(Arch. nat., Xia 77, original sur papier.)
1. A cette pièce est attachée la procuration de Marie de Bar, en date du
10 avril 1399. Ses procureurs sont Jacques Le Fer, Jean Le Caron, Alard de Vil-
1ers, Jean Plançon, Geoffroy de Saint-Mard.
594 LA VENTE
IL
Entre Robert monseigneur de Bar d'une part, et madame Valen-
tine duchesse d'Orléans et ses enfans d'autre part. Dit Bar en requé-
rant curateurs a cesie cause qu'il est du linage de France, cousin
remué du roy, du sang d'Angleterre, de Navarre, de Behainne, de
Honguerie, de Breteigne, d'Arragon et d'autres plusieurs molt nobles,
dist que messire Anguerran, seigneur de Coucy, fut père de sa mère,
qui fut fille du roy d'Angleterre. Dist que ledit Anguerran fu sei-
gneur de la baronnie de Goucy, soubz qui a cl villes ou il a plusieurs
beaulx chasteaulx : la Fere, Saint-Goubain, Saint-Aubin, le Ghas-
teller, Malle, Arciz et Jarciz, qui sont chasteaux et chastellenie ou a
plusieurs forets aussi belles qu'il a en ce royaume, et plusieurs beaux
estangs et plusieurs beaux vassaulx ; et si y a tel chastel qui couste-
roit a faire plus de vc mil [sic]^ autour plusieurs y a de molt grant
noblesse, conte et chastel de Suessions et plusieurs autres chastelx et
villes et revenues inestimables. Dist que messire Henry de Bar fu son
père, qui eust espouse la fille du sire de Goucy, sa mère-, avint que
le sire de Goucy et Henry de Bar, son père, alerent en voiage de
Honguerie, et au partir le feu duc d'Orléans, a qui estoient compai-
gnons d'armes, leur promist en foy de filx de roy qu'il ayderoit a la
femme du seigneur de Goucy et a sa fille, sa mère, les garderoit et
defendroit comme soy même leur honneur et terres. Mais, ce non
obstant, en l'absence et après la mort desdiz de Goucy et Henry de
Bar, sollicita et fit solliciter molt fort dame Marie de Goucy sa mère,
afin qu'il eust la baronie de Goucy ; et, pour ce que ce ne peut de
dicto [sic], fit tant qu'il fut accointé des serviteurs d'elle, par le moien
desquelz et autrement fut molt pressée et sollicitée de venir a ladite
fin ; et tandem, pour résister a ce, fu conseillée de soy marier au père
de la royne. Ge vint a la cognoissance du duc d'Orléans, qui pour ce
vint a la dame, et lui blasma la personne, et puiz lui dist que, se elle
mctoit telx chasteaulx en main d'estraingiers, len ne lui souferoit
point. Aussi blasma il a la royne ladicte dame, et, pour ce qu'il ne
povoit venir a son entencion, dist qu'il feroit le mariage de sa suera
l'un de ses filx, a cause de quoy averoit la moitié de ladicte terre et
baronie, et ancor de l'autre moitié l'empescheroit d'en joir. A quoy
rcspondit elle qu'elle n'avoit fait chose par quoy deust perdre ne
tout ne partie de ladicte terre. Tandem fist venir le duc de Loireinne
et sa suer, vesve de Goucy, feignant d'accomplir le mariage de son
filx dessus dit. Apres manda a Senlis dame Marie, a qui parla a part
DE LA BARONNIE DE COUCY. 595
dans une chambre longuement, et tandem fit qu'elle ly vendi ladite
baronnie m" mil frans; puiz s'enfui toute seule en sa maison, et
criant et brayant, disl a ses gens qu'elle avoit vendue ladite terre de
Coucy iiio mil dont n'avoit denier, et par les inductions du duc d'Or-
léans. Et, pour ce que le duc entendi qu'elle voloit aler au remède
au conseil, ala a elle et lui dist qu'elle ne se bougeroit; et demoura
la nuict, et dancerent et jouèrent et firent bonne feste; et dist
tout haut en la compaignie qu'il y avoit aucuns et aucunes qui
ne se povoient taire de leurs besoignes, et s'il ne se taisoit les
courseroit, et dist : « Vous telle et vous telle taisiez vous, car ou
autrement vous vous en trouvères coursées, et se ne fussiez femmes
et vous fussiez hommes, je vous feisse trancher la teste. » Et
puis fit venir un homme d'église qui estoit familier de céans et
lui dist de plus parler ou il leur courseroit, et lui promist argent et
bénéfices; et ainsi se continua la besoigne. Puiz flst venir Marie a
Chaaliz et fit faire lettres bonnes et fors qui furent causées que pour
les gages de la douairerie, des procès, des réparations, et qu'elle ne
saveroit ne ne povroit gouverner une telle telle terre, qu'elle ne
saveroit miex mettre icelle terre, et pour miex faire lui accrut le prix
de cent mil, ainsi fu le prix de iiii'= mil dont averoit in promptu
11° mil, et les autres a paier a termes pour la provision des enfans.
Et lui ordonna pour sa douaire la Fere et le Chastellier, et promet-
toit a garantir et renuncoit a tout le droit. Mais l'en lui dist qu'elle
n'averoit que lx mil et de vii^'' mil se obligoit, et ancor, a ce qu'elle
ne se mariast, lui fist vendre parmi le prix de xi"" l'usufruit qu'elle
devoit avoir ou cas qu'elle se marieroit; et d'icelle n'eut ne ne lui
en demoura denier des lx"", mais l'en lui bailla joyaux, et lui fist
payer ne scet quelles debtes. Et puis commença procès contre dame
Isabeau a fin qu'il eust aussi ce peu qu'avoit a ce qu'il eust tout.
Depuiz, pour ce que la duchesse de Bar estoit trespassée, fut mandée
a aler aux obsèques, mais il la détourna par paeur qu'il lui fit que
le duc de Bourgoigne et de Bar la feroient morir. Apres, pour procès
que l'en lui fist et pour paeur de la garantise pour laquele devoit avoir
recours contre elle, elle lui pria pour Dieu qu'elle fust hors de garan-
tise et qu'elle fust quitte, et elle quitteroit plus de iiii^^ que lui
devoit le duc de reste des ii<= mil ; si lui fu respondu qu'elle ne seroit
pas bien quitte pour les autres w mil. Tandem demoura quitte de
ladite somme parmi ce qu'elle averoit xxx rail ; et, pour ce qu'elle se
mangoit en molt grant despense en entendant le duc quant la man-
doit, lui fu dit : « Vous veez que vous estes en grant nécessité; il faut
596 LA VENTE
que vous rendiez les lettres des autres ii^: mil par ce que vous aurez
XXX mil in promptu et le remenant se paiera par termes. » Ainsi fu
fait, et ainsi s'en va la provision des enfans et tant in somma qu'elle
n'a eu de tout ce que dit est a son prouflt li baille lx ou iiii^x x™,
dont aucun a eu x"", un autre xyiii". Ancor a le duc telement depo-
pulé les forests de chesnes, pour faire le chasteau de Pierrefons
et autrement, qu'il en a levé ou gasté des forests dont l'en eust
trait bien inio mil; aussi a il despecié des chasteaux qui couste-
roient a refaire plus de l mil par ses officiers. Tandem la dame a
esté trespassée, et a laissié ledit Robert son filx et héritier par béné-
fice d'inventoire, qui est en présent en ceste Court, in puris et nudis,
oppressé par la manière que dit est, venu a ceste Court qui repré-
sente le roy, a qui appartient relever oppressos et viduas de numéro
quorum il est un. Si requière que lesdis contraulx soient diz nulx,
saltem soit annullés comme frauduleux faiz ou soient rescindez
comme deceptez d'outre la moitié de juste prix, et leur soient resti-
tuez lesdiz choses avec les frais cum eslimatione quanti plurimi avec
les dommages faiz en la terre qui montent a iii= mil frans, et tous
autres dommages, interestset despens; en requérant aussi curateurs
aux enfans d'Orléans, et que lettres des contraux soient céans appor-
tées et mises devers la Court; et requiert, ou cas qu'il auroit les pre-
miers contraulx, qu'il soit suppléé de la moitié du juste prix en
requérant ceste contrat en cas qu'il n'auroit l'autre en offrant a
prouver ce qu'il apartendra, et a ce propos a esté advoué.
La duchesse d'Orléans propose et dist, obmise la recommandation
de la Court et du sang dont sont venus, dont n'est besoin de parler,
que lesdiz enfans ne sont point adjournez a veoir leur estre baillié
curateur, et, si ne se devoit aucun charger de telle curation si tost
même que la cause est personnelle et non propriétaire, si est bien
raison que les enfans soient de ce advisiez et appeliez, et, quant a
elle, elle a molt a faire et est tourblée, si doit avoir jour de conseil
d'un an ; allègue de la conté de la Marche, ou jour de conseil long fu
donné; si fu il donné pour la terre au chastel de Chantilli, qui est
molt peu de chose au regart de ceste cause ; oultre requiert les noms,
avoir et savoir d'aucuns, que partie n'a voulu nommer et par retenue.
Robert réplique qu'il ne demande pas que ad universum patrimo-
nium lui soit baillié curateur, mais a la cause seule qui ce doit faire
notoire; allègue des enfans maistre Pierre Blanchet et de Blanchet
de Beaumont contra Orléans; aussi fu il ordonné dans le cas de Gui-
bert de Lireu contre les héritiers de messire Guillaume de Sens, et
DE LA BARONNIE DE COUCT. 597
est a raison pour Toneur de la Court et seurté de la cause, et que le
jugement ne soit illusoire. Quant a ce que partie requiert les noms
de celx que n'a pas nommé, ce ne doit faire, seroit forger partie pour
les suborner, aussi ne doit il pas déclarer les dommages. Dist oullre
que le jour de conseil seroit trop long d'un an car expedit utriusque
parti de accélérer la cause, si devroit sufGre d'un mois; en con-
clut a ce.
Duplique partie et dist que du stille de céans par especial, consi-
derata natura, cause doit estre adjournée cellui a qui l'en requiert
curateur, et suppose que autrement l'en eut aucune foiz fait non
exemplis sed legibus, etc. [sic] -, autre chose seroit en une cause pro-
priétaire que le baillisseur demanderoit. Dist oultre que ceste cause
est grande et grosse, si faut avoir long delay et grant pour soy avi-
sier, et ne suffiroit ne de ii ou m moiz. Dist oultre que la déclara-
tion par lui requise est nécessaire a défendre, puizque particulière-
ment descent a somme telle ou telle secus se generaument demandoit
dommages. Si conclut auxdiz fins.
Duplique Robert et dist qu'il ne puet faire adjourner lesdiz enfans
si ne défend point partie, mais suffît adjourner son baillisseur comme
a fait et lui adjourner, puet demander comme a fait curateur aux
mineurs.
Orléans requiert a veoir l'inventaire et bénéfice d'icellui et dist que
c'est raison, combien que Robert dist le contraire.
Appoinctié que la Court verra l'impetracion et lettres dont les par-
ties se wellent aydier a ce commancement, et tout veu et les raisons
considérées fera droit et au conseil.
(Arch. nat., Xia 4788, fol. 1 12.)
L'HOTEL
DE
PHILIPPE VI DE VALOIS
(Fin*.)
Gages des hostiez du Rot Philippes de Valois, de la Rotne, des
GENS DES Comptes, du Trésor, du Parlement, des maistbes des
monnoyes, des forests et des mesureurs.
Les noms de ceux qui prendront gaiges par le compte.
Premièrement. Chevaliers.
Mons. Raoul, comte d'Eu, connestable, xxv s. par jour et xx 1. par
an pour manlel.
Mons. Mahieu de Trie, Mons. Robert Birain^, Mons. Bouchart de
Montmorenci, Mons. Regnaut de Trie, Mons. Troillart d'Usages,
Mons. Hue de Bouille; à chascun xxirii s. par jour et x 1. par an
pour mante! .
Mons. Bouchart de Montmorency^, panetier, Mons. de Soucourt^,
eschançon, Mons. Jehan de Ghasteillon^, queu, pour leurs gaiges et
1. Voyez le commencernent, plus haut, p. 465.
2. II faut sans doute lire Robert Bertrand, qui était alors maréchal de France.
3. Voir, sur Bouchard de Montmorency, le P. Anselme {Hist. généal., t. VIII,
p. 610).
4. C'est Gilles de Soyecourt, qui fut échanson de France de 1328 au 26 août
1346, jour où il fut tué à la bataille de Crécy (P. Anselme, op. cit., t. VIII,
p. 521).
5. Jean de Châtillon, queux de France déjà en 1328, fut dans la suite pourvu
de la charge de souverain maître de l'hôtel du roi. Il mourut en 1363 (P. An-
selme, op. cit., t. VIII, p. 314 et 829).
l'hôtel de PHILIPPE VI DE VALOIS. 599
leurs servises à chascune feste annuel, à chascun xxxii 1. t. et x 1.
par an pour mantel.
Mons. Anssiau de Gienville', seneschal de Ghampaigne, xvi s. t.
par jour et x 1, t. pour mantel par an.
Clers.
Mons. Philippe de Meleun, en lieu de Mons. Estienne de Mornay,
Mons. Guy Baudet^, Mons. Raymon Saquet^, à chascun ii s. viii d.
par jour et ii s. en Parlement, et x 1. par an pour mantel, et restor
pour palefroy x 1., pour roucin viii 1., et pour sommier viii 1., quant
le cas s'offre.
Mons. Guillaume de Foucherolles, aumosnier, ri s. viii d. par jour
et x 1. par an pour mantel.
Nicolas de la Neuville, xrx d. par jour et x 1. par an pour mantel.
Chappellains.
Mons. Robert de Vernon'', Mons. Nicolas de Corbeul, Mons. Symon
de Braelle^, chascun m s. iiii d. par jour et x 1. par an pour man-
tel, restor pour palefroy x 1. et pour sommier viii 1.®, quant li cas si
offre.
Clers de chapelle.
Mons. Jehan de Ghielle, Mons. Jehan de Blays, Mons. Jehan de
Mante, Mons. Denis le Grant, à chascun ii s. m d. par jour et x 1.
par an pour mantel.
Notaires.
Maistre Pierre Barrière, P. de Hangest, Estienne de Gien, Henry
de Dampierre, Symon Mordret, Jehan Parisot, Jehan d'Aci, Ruilli de
Leonne, Rémi de Sainte-Marguerite, P. Quesnot, Gaudeffroy de
Boissi, Jehan de Meleun, Philippes de Vitri, Rogier de Vistrebec,
Nevelon de Ghaalis, Guillaume Chevron, mestre Jehan de Gharroles,
1. Anseau de Joinville, fils du chroniqueur Jean de Joinville, était sénéchal
de Champagne et conseiller du roi.
2. Guy Baudet devint chancelier en 1334, évêque de Langres en 1336 et mou-
rut en 1338.
3. Raimond Saquet fut élu évêque de Térouanne en 1334. Transféré par Clé-
ment VI au siège archiépiscopal de Lyon, il mourut sans doute en 1358 [Gallia
chrisUana, t. X, p. 1560, et t. IV, p. 168).
4. Robert de Vernon était déjà chapelain de Philippe VI en mars 1328, à
l'époque où il n'était encore que régent du royaume {Journaux du trésor, n° 14).
5. Simon de Braelle devint plus tard trésorier de la chapelle royale de Paris,
puis aumônier de la reine {Journaux du trésor. Voir la table à ce nom).
6. V 1. (Clair., 833).
600 l'hôtel de PHILIPPE VI DE VALOIS.
Girart d'Arbuissat , Jehan Lagattu, Nicole Daniel, Pierre Féaux,
Jehan d'Aubigny, Guibuyn\ Gervaise du But, Jacques de Boulay,
Guichart de Fermes, Henri Martin, Pierre de Verbrie, G. de Savigny,
Mahieu Guéri, Avril, Ghalop, Th. Ferranc^; Jaques de Jacines,
Pierre Julien, mors, à chascun vi ^ s. par jour aus requestes, en Par-
lement et à la court xix d., et x 1. par an pour mantel, et restor
pour palefroy x 1. et pour sommier vin 1., quant le cas si offre.
Valiez iranchans.
Pierre Brisebarre, clerc de l'escuierie, vi ^ d. par jour. Loys de
Biaumont, Gillet de Bassincourt, Batart du Bois, Jehan de Soucourt,
Robin Fretart, Charles de Jaunoy, à chascun viii d. par jour et c s.
pour robe par an, et restor pour cheval x 1., quant le cas si offre.
Valiez de chambre.
Lucas le Borgne^, au lieu de Thomas Coste, à court, vi d. par
jour, et es besoignes du seigneur un s. par jour.
Item, ledit Lucas, pour son sommier hors et ens, xn d, par jour.
Lorens le Barbier, xvn^ d. par jour.
Item, pour son sommier, vi d. par jour.
Pierre Paumier ^ le jeune, xvii d. par jour.
Item, pour son sommier, xn d.
A chascun, c s. pour robe par an.
Huissiers de sale.
Dit Derrame, Jehan de Gloe, Denisot du Ghastel, Gautier de
Recloses, à chascun xxx d. par jour et c s. pour robe par an, et res-
tor pour cheval x 1. et pour sommier vin 1., quant le cas si offre.
1. Guibuyn semble être une mauvaise lecture pour Gui ou Gui[llauraeJ Buyn.
Nous trouvons en effet une charte du mois d'août 1331, signée : Par le roy, à
la relacion du doyen de Saint-Martin de TQurs. G. Buyn. (JJ. 66, n" 914.)
2. Ce dernier est parmi les morts dans Clair., 833.
3. V s. (Clair., 833).
4. viii d. (Clair., 833).
5. Des extraits de comptes de Lucas le Borgne, tailleur du roi, allant de 1335
à 1342, ont été publiés par Leber : Pièces relatives à l'histoire de France,
t. XIX, p. 79 à 89.
6. xviii d. (Clair., 833).
7. Pierre Paumier, valet de chambre du roi et fils de Pierre Paumier, qui
remplissait les mêmes fonctions, fut anobli par Philippe VI en mars 1346
(n. st.) (Arch. nat., JJ. 76, fol. 58 r", n<" 68).
l'hôtel de PHILIPPE VI DE VALOIS. 60^
Portiers.
Thomas le Fauconnier, Thomas des Halles, Phillpot de Ruel, Gau-
tier de Henaut, à chascun xiii d. par jour, et iiii 1. pour robe par an,
et restor pour cheval viii 1. , quant le cas si offre.
Valiez du vin.
Guillot de Venisse, Godon cors noir, Jehannin de Giencourl, Jehan
du Bois, Huet d'Aties, Simon de Hardenide, Enguerran de Saint-
Martin, Ermot de Biauvez, Jehan de Buissi, Jehan de Biaujeu, Raou-
let Chevaher, Jehan de Rouvrey, Billart du But; à chascun xiii d.
par jour et c s. pour robe par an, et restor pour cheval vin 1., quant
le cas si offre.
Valiez servans de Vescuelle.
Roulant Seneschal, Rigaut d'Aurregny, Pierre de Ver, Jehan Des-
paubourt, Philipot Mautrempé, Pierre des Prés, Pierre Baucalu,
Pierre de Pisseleu, Symonnet de Norroy, Mahiet Esgret, Michelet du
Bois, G. Paumier, Jehan de Noue, Symon Fourquant, Régnant de
Sens, Pierre de Lose, Gohn de Hangest, Havet de Hangest, à chascun
XIII d. par jour et c s. pour robe par an, et restor pour cheval viix L,
quant le cas si offre.
Autres valiez de l'hostel.
Thibaut Marescot, chauffecire, ii s. vi^ d. par jour à vie.
Pierre Lampereur, chauffecire, à court, xiii d., et avec le seel à
Paris, II s. vr^ d. par jour.
A chascun, c s. pour robe par an.
Aaliz, lavendiere du chief le Roy, ii s. par jour.
Guillot de Mesi, porteur de l'arbaleste le Roy, vin d. par jour et
c s. pour robe par an.
Robin Doucet, roys des Ribaus, xiii d. par jour et iiii 1. pour robe
par an.
Vallet le confesseur, xii d. par jour.
Gervaiset, gueite, Guillot Bidart, gaite, à chascun x d. par jour,
et à chascun pour robe, par an, c s.
Maistre Yve des Pavillons, à court x d., et es besoignes du Roy à
Paris, iiir s. par jour, et pour robe, par an, c s.
1. vm d. (Clair., 833).
2. vni d. (Clair., 833).
602 l'hôtel de PHILIPPE VI DE VALOIS.
Michaut du Pin, cordouannier, à court, x d. par jour, et es
besoingnes du Roy à Paris, un s. par jour.
Pierre d'Auvillier, querant les vesseaus d'argent, ii s. par jour.
Menestrieux.
Jaque de Biauvais, trompeur, Bernart Boudin, trompeur, à chascun
XIII d. par jour et c s. pour robe par an, restor pour roucin viii 1. ,
quant le cas si offre.
Sommeliers.
Colin des Espices, Pincet, de la chambre le Roy, Jehannin Cheva-
lier, Jehannin du Mens, de la chapelle le Roy, Jehannin Evrart,
Gillet de Longvillier, Moricet Breton, de la Chambre aus deniers,
Jehannin de Chartres, sommeiller de la chapelle le Roy, Gautier de
Venois, sommeiller de la chapelle Mons. le duc, Jehan du Franc,
Jehan de Rouvroy, Tassin de Bruille, de la chambre Mons. le duc, à
chascun viii d. par jour et c s. pour robe par an.
Charrestiers.
Thevenot, charretier des napes; Perrin Vari, Tonnelet, des char-
rettes de l'eschançonnerie ; dit Esclavelle, de la charrette de la cui-
sine-, Adenet, du chariot du fruit; Drouet, du tonnel aus deniers; à
chascun, un s. vi d. par jour, et restor de cheval xii 1., quant le cas
si offre.
Régnant, dit Nourreture, des grans charrettes de la cuisine, à
V* s. par jour.
Guerin de Pont, du chariot de la chambre le Roy, un s. par jour.
Robin de Lourme, de la charrette de la cuisine Mons. le duc,
iiii s. VI d. par jour.
Morbert, garde des petits chiens du Roy, iiii d. par jour.
Mestiers ou Ouvriers.
Mestre Jaques Vicent, charpentier; mestre Gourrat, maçon; à
chascun iiii s. par jour et c s. pour robe, par an.
Dit d'Arrame, seurgien, m s. ii d. par jour, et c s. pour robe
par an, restor de cheval x 1., quant le cas si offre.
The venin de Bruges, huissier de Parlement, ii s. par jour et c s.
pour robe par an.
Guillemin le Marie, sergent des enquestes, xii d. par jour.
1. VI s. (Clair., 833).
l'hôtel de PHILIPPE VI DE VALOIS. 603
Saquet de Plalli, fruitier, xviii^ d. par jour et c s. pour robe
par an.
Fauconniers.
Adam d'Igny, mestre falcomiier, v s. par jour, et pour mantel, x 1.
par an. Simon Fauconnier, Golart de Graonnois, Grestien Faucon-
nier, Henry de Noyon, Nicolas Fauconnier, Phiiipot de Buissi, Guil-
laume de Marengle, Niquaise de Hanin, Fouquet de Bures, Jehan
de Malterre, à chascun iri s. par jour et c s. pour robe par an, et
restor pour cheval xriii 1., quant le cas si offre.
Valiez des faucons.
Gilet d'Auque, Jehan Hure, Jehan de Puisseleu, Gilebin Domisson,
dit Parceval de Gongnoilles, Guillemet Innequin, Henriet du Baral,
Perrot de Neuve Rue, Jehan de Villers dit Hanequin, Guillot fier de
Zure, Warnier de Bailleul, à chascun xiii d. par jour, et restor pour
cheval vm 1., quant le cas si offre.
Veneurs.
Raoulet Gocheret, Perrinet le Veneur, Henry de Meudon, Denisot
le Sage, Mahiet de Loncfort, Guerinet de Fillemin, à chascun m s.
par jour et c s. pour robe par an.
Jehan Tarin, aide, ii s. par jour; Golinet Prévost, xviii d. par jour.
Golinet de Besu, Perrinet Gueite, Jehan Roussel, Thibaut Morel,
Jehannot le Piquart, Denisot Goquelet, Angerran Lalomont, valiez
des chiens, à chascun vin d. par jour.
Jehan Grespin, Guillot Wardin, Michiel Marcel, Gillet le Sage,
Guillot Gochet, Perrinet Dinort, pages des chiens, à chascun viii d.
par jour.
Archiers.
Jehan Dreue, archier, m s. par jour; Guillemin Héraut, Guillaume
Rougiau, Robin Rougiau, Guillot Maillarl, aide, à chascun ii s. par
jour et c s. pour robe, par an.
Pierre de Bonnecourt, Jehan Piniau, Régnant de Huelievre, Jehan
Gaillart, valiez des brachez, à chascun viir d. par jour, et pour robe
par an xl s.
Dit Jençon, vallet des ars, iiii d. par jour.
Item, pour creue, lx s. vm d.
1. XVII d. (Clair., 833).
604 l'hôtel de PHILIPPE VI DE VALOIS.
Lormier.
Raoul Lormier, pour lui, m valiez et xriii chiens, vu s. par jour
et G s. pour robe par an.
Arhallestriers.
Mons. Pierre de Galart, mestre des arhallestriers, x 1. pour rohe
par an.
Pierre de Archeise, Guillot Lalement, Gilet de Troies, Gieuffroy
de Montbiiaut, G. Lenfant, Golart de Trapes, Droet de Baigneux,
Rohin Puliau, Girart de Monhliau, Gaillart Voisin, Lohet de Ner-
boise, Guillaume de Gauvre, Jehan Berthelemy, Jehan Lalement de
Guiso, Girart Lalement, à chascun v s. iiii d. par jour et c s. pour
robe par an, et restor pour grant cheval xxxii 1., pallefroy x 1. et
pour sommier viii 1., quant le cas si offre.
Sergens sans arballestriers.
Ernaut de Millart, Pierre de Bridai, Jacques de Bonnart, Havin
Wartin, Jehan Tranessier, Jehan de Borret, Baudet de Havant,
Tierri de Tul, Estienne de Blome, Tapart du Bois, Guillaume de
Montsi le perreur, Jehan fier à braz, Jehan de la Forest, Jehan d'Au-
vigny, Pierre de la Broce, Gossin de Ri, Pierre de la Maliere, Hutin
de Meruau, Gieffroy de Ghastel, à chascun v s. par jour et c s. pour
robe par an, et restor comme cy-dessus.
Huissiers d'armes.
A chascun v s. un d. par jour et c s. pour robe par an, restor de
chevalz comme ci-dessus.
Gages des mestiers de l'hostel, dont les menues parties sunt en
LA Chambre aus deniers, pour dn an feni a jullet CGC XXXII,
II"" III*^ 1111=''' l. xvii s.
Mestres de l'Hostel et chambellans.
Mons. Jehan de Beaumont, Pierre de Jaunay, Guillaume de la Noe,
Heroart de Belle Perche, Michiel de Roycourl, Jehan Ghandavoine,
Hue de Rilly, Hue Kierel, J. d'Argenleil, Robert Frelart, Mons. Gief-
froy de Beaumont, J. de Andresel, Pierre Troussiau, à chascun, pour
restor de leur chevaux, pour tout l'an, c 1.
L HOTEL DE PHILIPPE VI DE ViLOIS. fi05
Les noms des personnes qui prennent gaiges en l'hostel de madame
LA ROYNE, sans LES VI MESTIERS, PAR LE COMPTE DUDIT H0STEL, DU
premier JOUR DE JANVIER CGC XXXI JUSQUES AU PREMIER JOUR DE
JUILLET, L'AN CGC XXXII.
Gaipes desdiz vj mestiers, dont les parties sont en la Chambre aus
deniers à ce terme, viij^ viij L xvj s. vj d. parisis.
Chapelains.
Mons. Jehan de Dijon, aumosnier, Mons. Estienne du Mans, chas-
cun III s. un d. par jour.
Clers de chapelle.
Mons. Pierre de Susay, Mons. Raoul des Giiamps, Mons. Guil-
laume d'Aubenton, Mons. Pierre le Picarl, à chascun ii s. m d. par
jour.
Valiez tranchans.
Girart des Loges, Girart de Sace, chascun viii d. par jour et c s.
pour robe par an.
Thomas de Perci, tailleur et vallet de chambre, un s. par jour et
c s. pour robe par an.
Lui, pour son vallet, xii d. par jour.
Raoul de Saumur, xvii d. par jour et c s. pour robe par an. Ade-
net le Pochetier, vi d. par jour.
Jehan Malebeste, Pierre de Rouvre, chascun xix d. par jour et c s.
pour robe par an.
Portiers.
Philipot Bourgois, Guillot le Barbier, chascun xiii d. par jour.
Sommelliers de chapelle.
Robin Bonhomme, Jaquet Danier, chascun viii d. par jour et c s.
pour robe par an.
Sommelliers de chambre.
Huguenot, Robin L'Ermite, chascun viii d. par jour.
Sommeliers de Chambre aus deniers.
Pierre de Berne, Jehan de Viviers, chascun vm d. par jour.
Sommeliers de chambre Madame Marie.
Jehennot Dorion, Perrinet de Rouvre, chascun vm d. par jour.
^894 39
606 l'hôtel de PHILIPPE VI DE VALOIS.
Valiez servans en salle.
Lemoyne Duxf, Estienne de Biaugieu, Perreau de la Roche, Huet
de Guyse, Huet de Ghaumoncel, Guillaume de Houdenc, Bertran de
Lyverdl, Jehan de Grumesnil, Colin de la Rosière, Philipot du Mes-
nil, Milet de Feugiere, Robin de la Lande, Jehan de Tumberel, Pierre
de Wybichi, Jehennot Muset guete Madame, Ysabiau la lavendiere,
à chascun xiii d. par jour et c s. pour robe par an.
Guiot Nourreture, charretier d'eschançonnerie, Gourrart, charre-
tier de cuisine, chascun un s. vi d. par jour.
Perrot le fureteur, xviii d. par jour.
Guiot Rabi, clerc au confesseur, vin d. par jour et c s. pour robe
par an.
Jehan Martin, clerc de l'escuirie, vi d. par jour et c s. pour robe
par an.
Mons. Aymery Guenaut, pour viii jours que il y fu, ii s. viii d.
par jour.
Lui, pour VI jours à Paris, xii s. par jour.
Les noms des personnes qui prennent gaiges en l'hostel madame
LA ROYNE, SANS LES VI MESTIERS, PAR LE COMPTE DCDIT HOSTEL, DU
PREMIER JOUR DE JUILLET l'aN GGG XXXII JUSQDËS AU PREMIER
JOUR DE JANVIER ENSUIVANT.
Gaiges des mestiers dont les parties sont en la Chambre aus deniers
à ce terme, vij'^ iiij'^'^ xix l. iij s. vj d.
Chapellains.
Mons. Jehan de Dijon, aumosnier, Estienne du Mans, Mons. Guy
de Rochefort, chascun m s. iiii d. par jour.
Clers de chapelle.
Mons. Pierre de Suzai, Mons. Raoul des Champs, Mons. Guillaume
d'Aubenton, Mons. Pierre le Grant, chascun ii s. m d.
Valiez tranchans.
Girart des Loges, Girart de Sace, chascun viii d. par jour.
Thomas de Percy, valiet de chambre et tailleur, un s. par jour.
Lui, pour son vallet, xii d. par jour.
Uuissiers.
Jehan Malcbeste, Pierre de Rouvre, chascun xix d. par jour.
L HOTEL DE PHILIPPE VI DE VALOIS. 607
Portiers.
Philippot Bourgois, Guillot le Barbier, à chascun xiii d. par jour.
Sommeliers de chapelle.
Robin Bonhomme, Jaquet Danier, à chascun viii d. par jour.
Sommelier de chambre Madame.
Huguenot, xiii d. par jour.
Sommeliers de Chambre aux deniers.
Perrin de Berne, Jehan de Viviers, à chascun viii d. par jour.
Sommeliers de chambre Madame Marie.
Jehennot Dorion, Perrinet de Rouvre, à chascun viii d. par jour.
Valiez servans en sale.
Lemoine Duzi, Estienne de Biaugieu, Perreau de la Roche, Huet de
Cuyse, Huet de Ghaumoncel, Guillaume de Houdenc, Bertran de
Liverdy, Jehan de Grumesnil, Colin de la Rosière, Philipot du Mes-
nil, Milet de Feugiere, Robin de la Lande, Jehan Tumberel, Pierre
de Vibichy, Jehennot Muset guete Madame, Ysabeau la lavendiere,
à chascun xrii d. par jour.
Guiot Nourreture, charretier d'eschançonnerie; Courrart, charre-
tier de cuisine, chascun un s. vi d. par jour.
Perrot le fureteur, xviii d. par jour.
Guyot Rabi, clerc au confesseur, viii d. par jour.
Jehan Martin, clerc de l'escuierie, vi d. par jour.
Mestre Rabien, escrivain Madame, xviii d. par jour.
Robert Chevalier, mestre des oeseaux en cage, xii d. par jour.
Cest ce que ceus de la Chambre des comptes, clers et lays^ prennent
pour cause de leurs offices de ladite Chambre.
Premier.
H y a deux chevaliers, c'est assavoir : Mons. Guillaume Courte-
heuse et Mess. Guy Chevrier, qui prennent chascun iiiic 1. p.
Item, deux bourgois, c^est assavoir : Martin des Essars, qui prent
vi^ 1. p. par an, et Jehan Billouart, qui prent une 1. p. par an.
Item, un clers, c'est assavoir : mestres Jehan Justice, Almarey
de Charmoye, Jehan Mignon et Jehan de Saint-Just, qui prennent
chascun iiii<: 1. p. par an pour leurs gaiges.
608 l'hôtel de PHILIPPE VI DE VALOIS.
Item, XVI clers, qui prennent chascun vi s. p. par jour, et chascun
XXX 1. p. par an.
Item, les dessus nommez, les ii trésoriers et les clers du trésor,
ont du don du Roy, à volenté, de la busche à ardoir pour ce qu'il
demeurent plus continuelment à Paris pour les besoingnes du Roy
que nulles de ses gens, et a chascun des mestres clers et lays,
XII quarterons de bûche qui puent valoir pour chascun de euls envi-
ron XL 1. p., et chascun des xvi clers dessusdiz en a vi quarterons,
qui valent pour chascun des xvi clers dessusdicts xx 1. p.
Item, l'argentier leur a accoustumé à délivrer à chascun des
mestres et trésoriers quant il sont des comptes, unes mittaines de
drap, uns gans de cerf, un cuillier, un chapiau de feutre d'esté et un
d'isver, chascun an ; et ont accoustumé d'avoir un quenivet et un
petit coutel et un escriptoire ensembles, dont chascun des xvi clers
en a un coutel et un quenivet et unes mittaines et un escriptoire.
Item, tous les mestres des comptes, clers et lays et trésoriers,
quant ils sont des comptes, ont chascun restor de m chevaux quant
il eschiet et le cas s'offre; c'est assavoir, pour palefroy, xxxii 1. p.,
pour sommier xvi 1. p. et pour roucin xii 1. p., et couvertures, langes
en hyver, et couvertures, hnges en esté de la commune livrée de l'es-
cuierie pour les couvrir. Et les xvi clers dessusdis ont chascun
restor d'un seul cheval sans pris, mes tel comme l'en leur veult rai-
sonnablement compter et paier, et chascun une livrée desdites cou-
vertures pour un seul cheval.
Item, les chevaliers et les clers de ladite Chambre ont en l'hostel
du Roy chascun deux mantiaus, l'un à Pentecoste et l'autre à Noël;
valent à chascun desdiz chevaliers et clers x 1. p. par an, ainsi
comme les autres clers et chevaliers du Roy.
Item, les drois du greffe de Ghampaigne vallent par an, à chascun
des irii clers dessusdiz', environ xx 1., ou tournois ou parisis, et à
chascun des xvi clers dessusdiz lx s. tournois ou parisis.
Item, les tippes (sic) de Nor mendie et le greffe de France et de
Poito et de Xanctonge puent valloir à chascun des un clers dessus
nommez, avec xxx s. p., une selle à chascun desdiz un clers, xv 1.
x s. p.
Item, toutes les gens des comptes, ensemble avec les trésoriers,
quant il sont des comptes, prenent le droit du trésorier de la guerre,
1. Dans le Clair., 833, ce paragraphe se termine ainsi : « à chascua des
un clercs dessus dis, lx s. tournois ou parisis ; » le reste manque.
l'hôtel de PHILIPPE VI DE VALOIS. 609
quant il advient que il reçoivent compte des gens d'arnnes qui ont
esté es guerres du Roy, quant il n'y a trésorier de guerre qui ce
puist faire, ne les comptes ordener pour rendre et mettre en fourme
par devers la court ; desqueles choses ainsi oir et recevoir, ordener
et mettre en fourme, le cas ne s'est offert que ii fois; se po non de
tout le temps de ceus qui à présent sont en laditte Chambre des
comptes, lesquels drois ne se prennent pas sur le Roy, mes sur les
sodoiers, et en ce ne puet l'en mettre estimation.
Cy après s'ensuient les gages du chancelier et des gens du Parle-
ment; c'est assavoir : pour le chancelier, ii™l. p.; pour Mons. Pierre
de Cugnieres^ et Mons. Hugues de Grusy^, pour chascun, v°l. p.; et
pour autres xxvii ^ lays tant du Parlement, des requestes comme des
enquestes, à chascun x s. p. par jour, qui montent, de la Saint-
Martin d'yver jusques à la Nativité Saint- Jehan -Baptiste, pour
11° xxiiii jours, au fuer de xiii 1. x s. p. par jour ; pour les xxvii'' lays
dessus dis, iri™ xxiiii 1. p., et, pour lxxv clers, tant dudit Parlement
corne des requestes et enquestes, pour chascun v s. p. par jour-
montent pour les ii^ xxiin jours, au fuer de xviii 1. xv^ s. p. par
jour, pour lesdiz lxxv clers, un™ ii= 1. p. Et ainsint appert que
montent les gages du chancellier et des gens du Parlement, des
requestes et des enquestes, sans ceux de l'hostel du Roy, par le
temps dessus dit, x" iio xxiiii 1. p.
Item, pour Mons. de Noiers, xvi": 1. p.
Item, gages de ii trésoriers et des m clers du trésor le Roy à
Paris et du changeur; c'est assavoir : pour les ii trésoriers egaument
xii" 1. p., c'est à chascun vi° 1. p. à leur vies.
Gages de m clers et d'un changeur oudit trésor, dont l'un des
III clers est pour le Roy, et les ii sont pour les ii trésoriers, et
prennent chascun vi s. par jour, et le clerc du Roy a, oultre les vi s. ,
1. Voir, sur ce personnage : Bulletin de la Société' de l'histoire de Paris et
de l'Ile-de-France, 1884, p. 134 et suiv., 1885, p. 50 et suiv., et vicomte de Caix
de Saint-Aymour : Causeries du Besacier, 1" série, 1892, p. 231 et suiv.
2. Hugues de Crusy, qui fut prévôt de Paris dès 1327, devint en 1330 pre-
mier maître du Parlement de Paris et occupa cette charge jusqu'en 1336 (Blan-
chard, Éloges des premiers présidents du Parlement de Paris, in-fol., p. 5).
3. XXVIII lais (Clair., 833). C'est une erreur; les sommes données plus loin
sont la preuve que xxvii est le nombre exact.
4. xxviii lais (Clair., 833).
5. XVIII 1. XVI s. (Clair., 833). La dernière partie de cette somme est égale-
ment inexacte.
6^0 l'hôtel de PHILIPPE VI DE VALOIS.
Lx 1. p. par an pour creue; monte pour yceuz m clers et changeur
par an iiic mi" viir 1. x s. p.
Item, il y a viii mestres des forez, c'est assavoir : Mons. Jehan le
Veneur, Pierre Machau, mestre Guillaume de Villers, mestre Jollain
Quenaut, Geffroy des Essars, Jehan Bardilly et Vincent du Ghastel,
qui prennent chascun x s. p. par jour et c 1. p. par an; c'est pour
chascun ii*' 1111^'^ 11 1. x s. par an, et montent 11™ iic lx 1. par an pour
les VIII mestres de forez.
Item, il y a V mesureurs de forez, c'est assavoir : Estienne du
Tertre, Gilet son frère, GefTroy Doques, Oudart Goyn, Guillaume de
Lontperier, prenans chascun un s, vi d. p. par jour; montent avec
Adenet de Laigny, sisime, qui prent x 1. p. par an, et montent pour
un an iin<: xx 1. xii s. vi d. p.
30 décembre ^1336.
C'est ce qu'il fd ordené par le Rot sur son hostel et sur l'estat
Monseigneur le duc de Normandie la semaine de Noël au Louvre,
l'an CGC trente-six.
Il fut ordené par le Roy en son conseil, à Paris, au Louvre, lundy
XXX jour de décembre GGG XXX VI, ce qui ensuit :
Le grant maistre d'ostel ira et venra quant il li plaira, et des
autres maistres aura tousjours m à court.
Item, les maistres d'ostel, les chambellans, la Chambre aus
deniers, les pannetiers, eschançons, queus et escuyers de cuisine
auront les livroisons accoustumées, et tous autres qui auront m che-
vaus auront 11 s. vi d. de gaiges, et ceux qui ont 11 chevaus, xix d.
de gaiges, et ceux qui ont un cheval, xiii d. de gaiges par jour pour
livroison.
Item, les queus feront le service, achateront, querront et garderont
les choses qui à Toffice de la cuisine appartient et conteront, et ne
s'en mesleront li escuyer, fors que de servir en salle.
Item, le Roy ne retendra plus de valiez servans en salle, et se il
retenoit aucun, il ne sera pas cscrit en la Chambre aus deniers jusques
à tant que li Roy le commendede bouche; et veut le Roy qu'il revei-
gnet au nombre de xxx et ne donne pas pour ce congé à ceuls qu'il
a retenus avant cette ordenance, et ne seront tousjours que xiiii.
Item, il fu ordené par les gens monseigneur le duc de Normandie
ce qui s'ensuit :
l'hôtel de PHILIPPE VI DE VALOIS. 61 ^
Monseigneur le duc de Normandie aura Lousjors quant il chcvau-
cera ii bannerez ou m au plus el m bacheliers, et se ordeneront les
bannerez et bacheliers en cette manière qu'il soient tousjors comme
dessus est devisé; et gerront les ii ou m bannerez, tous en une
chambre, et auront viii chandelles et bûche tous ensemble, autant
comme ii ont à présent, et une torche pour eus m ; et les m bache-
liers gerront en une chambre et auront viii chandelles et bûche tous
ensemble autant comme deux ont à présent et une torche pour
eux III.
Item, fut ordené que es festes et es grans assemblées de gens, li
banneret, bachelier, escuyer ou autres, venet avecques aucuns sei-
gneurs desquiex il ayent robes, il ne prendront riens fors que m
comme dessus est dit, se il ne sont mandé par lettres ou se il ne
venoit tant seulement pour accompagnier monsei^eur le duc.
Item, le pannetier, eschançon, les queux et chambellans monsei-
gneur le duc, auront les livroisons accoustumées, et tous autres qui
auront m chevaus auront ii s. vr d. de gaiges, et ceux qui ont
II chevaus, xix d, de gaiges, et ceux qui ont un cheval, xiii d. par
jour sans livraison. Et aura avec monseigneur le duc tousjours un
pannetier, un eschançon, un queu et ii chambellans.
Item, monseigneur le duc aura tousjours ir valiez tranchans et
prendront autiex gaiges comme il est devisé cy-dessus.
Item, les valiez qui sont avec nos jeunes seigneurs qui sont avec
monseigneur le duc auront chascun xii d. par jour sans prendre
livraison.
28 mai 4350.
Maisons du Rot, etc., et Officiers d'icelles.
Ordonnance touchant l'hostel du Roy^
C'est l'ordonnance de l'hostel du Roy Philipes de Valois et de mon-
seigneur le duc d'Orlians, faite par ledit seigneur au bois de Vin-
cennes, venredy vingt-huitième jour de may, l'an mil trois cens cin-
quante, presens l'archevesque d'Aux et les evesques de Laon et de
Tournay, Pabbé de Saint-Denis en France, messire Robert de Dreux 2,
1. Une note du reg. P. 2292 nous apprend que cette ordonnance se trouvait,
avant l'incendie de 1737, dans le Mémorial C, fol. 78 V.
2. Robert de Dreux, seigneur de Beu, était souverain maître de l'hôtel du
roi en 1344. Il fut choisi pour être l'un des exécuteurs de son testament
en 1347 et mourut en 1351 (le P. Anselme, Eist. généal., t. VIll, p. 313).
6^2 l'hôtel de PHILIPPE VI DE VALOIS.
seigneur de Beu, grant maistre d'hostel, le seigneur de Moucy, Gilles
de Malligny et Pierre de Hargeville, chevaliers le Roy et maistres de
son hostel, par laquelle l'hostel est restraint à ce que continuelle-
ment ne pourra plus avoir de gens à court mangans en salle ne pre-
nans gages que en ladite ordennance est contenu.
Premier. Le grant maistre d'hostel yra e venra à court quant il ly
plaira et mangera en salle devers monseigneur le duc d'Orlians et
prendra cinquante sols tournois de gages par jour pour touttes choses
et ne prendra rien pour escuyers ne pour nuls autres de ses gens
devers les offices de l'hostel, fors que les gages cy-dessus devisiez.
Le vicomte de Melun ^ mangera en salle et prendra cinquante sols
tournois de gages par jour pour toutes choses.
Deux chambellans toujours à court et non plus, dont l'un man-
gera en salle et l'autre devers le Roy, et prendront chascun cinquante
sols tournois de gages par jour en la manière que cy-dessus est
devisé pour ledit grant maistre d'hostel.
Deux maistres d'hostel toujours à court et non plus; ils mangeront
en salle et prendront chacun vingt-sept sols tournois de gages par
jour pour toutes choses.
Maistre Regnault de Giry, maistre veneur, mangera en salle, toute-
fois qu'il venra à court et ne prendra riens plus, fors les gages qu'il
prend à cause de son office.
Messire PheUpes^ Dauvin, maistre fauconnier, mengeraen salle et
prendra vingt-sept sols tournois par jour, desquiex l'en li rabatera
cinq sols parisis par jour qu'il prêtent^ pour son office de maistre
fauconnier à sa vie sur le clergié de Montreuil sur la mer.
Un chevalier des requestes toujours à court, et non plus, et ne
mangera point en salle, et prendra vingt-sept sols'' de gages par jour
pour toutes choses.
Un clerc des requestes toujours à court et non plus , et prendra
quinze sols tournois par jour pour toutes choses.
Le confesseur aura livraison en la manière qu'il a accoustumée.
1. Jean I", vicomte de Melun et comte de Tancarville, fut créé chambellan
en 1318, Il exerça ces fonctions sous Philippe de Valois jusqu'à sa mort en
1347 (le P. Anselme, Hist. gënéal., t. VIII, P. 443).
2. Christophle (Arch. nal., P. 2292).
3. « Prent » (P. 2292).
4. « Tournois » (P. 2292).
l'hôtel de PHILIPPE Vr DE VALOIS, 613
L'aumosnier mangera en salle pour garder l'aumosne et prendra
quinze sols tournois par jour^ pour toutes autres choses.
Le clerc de l'aumosne prendra quinze sols tournois par jour quant
il sera à court ou en besoigne du Roy à Paris pour touttes choses ;
et s'il estoit à court et Taumosnier n'y fust, il raangeroit en salle pour
garder Paumosne et prendroit dix sols tournois par jour.
Un phisicien toujours à court et non plus, et prendra vingt sols
tournois par jour pour toutes choses.
Quatre 2 chapelains toujours à court et prendront chascun quinze
sols tournois par jour pour toutes choses, et ne prendront point de
vin, pour ce que les autres gens de l'hostel y prendroient exemple.
Trois clercs de chapelle toujours à court, et prendront chascun
douze sols tournois par jour pour toutes choses.
Trois aydes de chapelle; ils mangeront en salle et prendront chas-
cun trois sols^ par jour pour toutes choses.
Deux secrétaires toujours à court et non plus, l'un civil et l'autre
criminel ; ils mangeront à court et prenront chascun douze sols six
deniers tournois par jour pour touttes autres choses.
Et ceux qui ont six sols parisis de gages par jour à vie, ils leur
seront rabatus de douze sols six deniers tournois par jour cy-dessus
devisiez.
Quatre notaires serviront le Roy, dont les deux seront de service
et serviront à leurs gages de sept sols six deniers tournois par jour,
et ceux qui seront assis de leurs gages à vie serviront aux gages qui
leur seront assignez.
Deux valets tranchans toujours à court et non plus, et mange-
ront en salle, et auront chascun huit sols tournois par jour pour
toutes autres choses.
Trois valets de chambre, dont l'un mangera en salle et les
autres ii devers le Roy, et prenront chascun cinq sols tournois par
jour pour toutes choses.
Le tailleur, le cordouanier, mangeront en salle aux festes annuelles
tant seulement, et prenra ledit tailleur quant il sera à court ou es
besoignes du Roy à Paris, à cause de la taillerie, cinq sols tournois
par jour, et ledit cordouannier, quant il sera à court, deux sols six
1. « Par jour » est supprimé dans Clair., 833.
2. III (Clair., 833).
3. « Tournois » (P. 2292).
6^4 l'hôtel de PHILIPPE VI DE VALOIS.
deniers tournois par jour, et es besoignes du Roy à Paris, pour cause
de son office, cinq sols tournois par jour pour toutes choses.
Une guette toujours à court, et non plus, et mangera en salle, et
prenra deux sols six deniers tournois par jour pour toutes autres
choses.
Un huissier de salle mangera à court et prenra cinq sols tournois
par jour pour toutes autres choses.
Raymondin ira et venra à court toutesfois qu'il luy plaira, et
prenra en la manière dudit huissier.
Deux portiers, chacun cinq sols tournois par jour pour toutes
choses.
Deux valiez de porte, chascun cinq sols tournois par jour pour
toutes choses.
Quatre valiez servans de vin et d'écuelle ; ils mangeront en salle
et prenront chascun cinq sols tournois par jour pour toutes autres
choses.
La lavendiere du chief prendra, se elle est à court, dix sols tour-
nois par jour, et se elle n'est à court, les filles qui feront son office
prendront cinq sols tournois par jour pour toutes choses.
Le Roy des Ribaux aura cinq sols tournois par jour pour toutes
choses.
Le valet qui quiert la veisselle d'argent, deux sols six deniers
tournois par jour pour toutes choses.
Six sommeliers de chambre le Roy, dont les cinq mangeront en
salle, et celuy du corps devers le Roy pour faire son office.
Un sommelier d'armeures et m sommeliers de chapelle mangeront
tous* à court s'ils y sont, et prendront chascun dix deniers tournois
par jour pour toutes autres choses.
Le vallct de la garde robe du cors et le vallet de la garde robe du
commun prendront livraison, c'est à savoir : chascun six pains, une
quarte de vin et une pièce de char pour tout le jour^.
Un huissier d'arme et quatre sergens d'arme mangeront en salle
et prendront les gages anciens.
Un chirurgien, dix sols tournois par jour pour toutes choses.
Celuy qui garde les petits chiens, quinze deniers tournois par jour
pour toute chose.
1. « Tous » supprimé dans Clair., 833.
2. a Toute ctiose » (P. 2292),
l'hôtel de PHILIPPE VI DE VALOIS. 615
Le vallet d'aumosne qui départ les mereaus aval le pais et à che-
val du Roy, cinq sols tournois par jour pour toutes choses.
Deux autres valiez d'aumosne, treize messagiers, le vallet qui
garde les chevaus, maistre Jehan le fol, le vallet au confesseur, pren-
dront, s'ils sont à court, chascun quinze deniers tournois par jour
pour toutes choses.
Le maistre de la Chambre aux deniers, le contreroulleur de ladite
chambre, chascun vingt sols tournois par jour.
Le clerc de ladite chambre, cinq sols tournois par jour pour toutes
choses.
Trois sommeliers de ladite chambre, chascun trois sols tournois
par jour pour toutes choses.
Six chartiers des six mestiers dudithostelprenront chascun quatre
sols six deniers parisis par jour pour toutes choses, montans par
jour pour tous ensemble vingt-sept sols parisis, qui valent xxxiii s.
IX d. t.
Deux frères de Saint-Augustin mangeront en salle, et prendront
huit sols tournois par jour pour eux deux ensemble.
L'escuyer d'Escosse mangera en salle et prendra foin et avoine
pour trois chevaux; et pour vallet, hostellage et pour toutes autres
choses, trois ^ sols tournois par jour.
Trois menestreulx de Tournay mangeront en salle et prendront
chascun deux sols tournois par jour pour toutes choses.
Sommes des gages cy-dessus nommés, xxxix I. v s. viii d. t. par
jour. Valent xxxi 1. vrii s. v d. p. 2.
Panneterie.
Un pannetier mangera en salle et prendra huit sols tournois par
jour pour toutes choses.
Un clerc aura sept sols six deniers tournois par jour pour toutes
choses.
Un oublier prendra cinq sols tournois par jour pour toutes choses.
Un sommeher de nappes prendra trois sols tournois par jour pour
toutes choses.
Un ayde de nape, un garde chambre, prendront chascun quinze
deniers tournois de gages par jour pour toutes choses.
1. un s. (Clair., 833).
2. Ce paragraphe n'existe pas dans Clair., 833, ni dans le ms. fr. 7855.
6i6 l'hôtel de PHILIPPE VI DE VALOIS.
Un porte chape prendra deux sols six deniers tournois par jour
pour toutes choses.
Un ayde de panneterie prendra quinze deniers tournois par jour
pour toutes choses.
Eschançonnerie.
Un eschançon mangera en salle et prendra huit sols tournois par
jour pour toutes choses.
Un clerc prendra sept sols six deniers tournois par jour pour
toutes choses.
Un sommelier mangera en salle et prendra ^ six sols six deniers
tournois par jour pour toutes choses.
Deux barilliers, dont l'un sera tousjours à court et mangera en
salle et ne prendra riens plus, et l'autre qui yra aval le païs pour
quere vin pour le Roy prendra trois sols tournois par jour pour
toutes choses.
Le garde huche, sans gages, aura livraison, c'est à scavoir : six
pains, une quarte de vin et une pièce de char pour tout le jour.
Deux aydes et un vallet pour quérir les voitures prendront chas-
cun quinze deniers tournois par jour pour toutes choses.
Cuisine.
Un escuyer, un queue mangeront en salle et prendront chascun
huit sols tournois par jour pour toutes choses.
Un clerc prendra sept sols six deniers tournois par jour pour
toutes choses.
Deux aydeurs, dont l'un fera son office et l'autre l'office de pois-
sonnerie, et aura chascun cinq sols tournois par jour pour toutes
choses.
Un hasteur, un soufleur prendront chascun trois sols tournois par
jour pour toutes choses.
Un saulcier prendra trois sols tournois par jour pour toutes
choses^.
Deux valiez de saulcerie prendront chascun deux sols tournois par
jour pour toutes choses.
Un ayde et un garde de sausserie, chascun prenra xv deniers tour-
nois par jour pour toutes choses.
1. c Deux sols » (P. 2292).
2. Les trois paragraphes relatifs à la Saucerie forment dans le registre P. 2292
un chapitre séparé placé entre la Cuisine et la Fruiterie.
l'hôtel de PHILIPPE VI DE VALOIS. 6<7
Deux pages, deux enfans prendront chascun deux sols tournois
par jour pour toutes choses.
Deux porteurs prendront chascun quinze deniers tournois par jour
pour toutes choses.
Un voiturier et son cheval compris en l'office prenra xxv deniers
tournois par jour pour toutes choses.
Un huissier de cuisine prendra deux sols six deniers tournois par
jour pour toutes choses.
Fruicterie.
Un fruictier mangera en salle et prenra cinq sols tournois par jour
pour toutes choses.
Un sommelier prendra trois sols tournois par jour pour toutes
choses.
Deux valiez de fruit et un chaufecire, chascun prenra ii sols tour-
nois par jour pour toutes choses.
Deux aydes, chascun prenra quinze deniers tournois par jour pour
toutes choses.
Escuierie.
Deux escuyers toujours à cour et non plus, et mangeront en salle,
et prendront chascun fein, avoine et forge pour deux chevaux, et
pour leurs valiez, hostelages, et pour toutes autres choses ^ trois sols
tournois par jour.
Un clerc toujours à cour et prendra fein, avoine et forge pour un
cheval et cinq sols tournois par jour pour toutes autres choses.
Un mareschal prendra six sols tournois par jour pour toutes choses.
Deux valiez de forge prendront chascun trois sols tournois par
jour pour toutes choses.
Six chevaucheurs, chascun prendra cinq sols tournois par jour
pour toutes choses.
Thomas Acart, trois sols tournois par jour pour ce qu'il a à voir
devers le train.
Ghastriot, des pallefrois, Perrot Gottelle, vallet de commun, man-
geront en salle et ne prendront rien plus.
Le vallet pour les chevaux du parement prenra trois sols tournois
par jour pour toutes choses.
xxxix valiez qui gardent pallefroiz, coursiers et sommiers, chascun
quinze deniers tournois par jour pour toutes choses.
l. « Chacun » (P. 2292).
6^8 l'hôtel de PHILIPPE VI DE VALOIS.
Deux valiez porteurs et un mesureur d'avoine prendront chascun
quinze deniers tournois par jour pour toutes choses ; et sont dix por-
teurs et mesureurs, si comme l'en dit, des queux l'on retendra les
trois plus soufisant, et aux autres l'en donnera congié.
Fourrière.
Un fourrier mangera en salle et prendra cinq sols tournois par
jour pour toutes choses.
Le clerc prendra cinq sols tournois par jour pour touttes choses.
Deux valets de fourrerie, chascun prendra cinq sols tournois par
jour pour toutes choses.
Le sert de Fiaue mangera en salle et ne prendra plus riens.
Quatre aydes de fourrerie et trois sous aydes, à chascun quinze
deniers tournois par jour pour toutes choses.
Les quatre aydes qui hébergent le grant maistre d'hostel, les cham-
bellans, les maistres d'hostel, la Chambre aux deniers, chascun quinze
deniers tournois par jour pour toutes choses.
Sommes des gages aux gens des six offices de l'hostel du Roy,
xiiii 1. un d. t. par jour, valent xi 1. un s. iiii d. ^ [p.].
Somme tous des gages que les gens de l'hostel du Roy prendront
tant des six offices comme d'autres, chascun jour, lui 1. vi s. t.,
valent xlii 1. xii s. ix d. p.^.
Item, que les chapelains et les clercs de chapelle ne prendront
plus nuls lumineures d'anniversaires ne de nouvelles festes, mais
chascun chapellain prenra pour sa cire, pour tout l'an, à l'Ascension
es. p., et chascun clerc de chapelle cinquante sols, en la manière
qu'ils souloient faire anciennement.
Item, que l'aumosne du Roy prenoit chascun jour en la panne-
terie environ deux septiers deux boisseaux de bleds, en l'échançon-
nerie m muids un septiers de vin, et en la cuisine vingt-cinq ^ pièces
de char pour départir à douze vingt poures; si semble au conseil que
la dépense de l'hostel seroit bien déchargiez et les prinses restraintes,
si elle éloit mise à argent; si voult le Roy que l'aumosnier eut chas-
cun jour jusques à Noël, pour les choses dessusdites, dix livres pari-
sis à prendre par la Chambre aux deniers et qu'il fust payé par chas-
t. Ce |)arasraphe n'existe pas dans Clair., 833, ni dans le ms. fr. 7855.
2. Ce paragraphe n'existe pas dans Clair., 833, ni dans le rns. fr. 7855.
3. cxv (Clair., 833, et ms. fr. 7855).
l'hôtel de PHILIPPE VI DE VALOIS. 6^9
cune semaine sans faire faute et n'y eut plus d'argent en ladicte
Chambre.
Ilem, messeigneurs Nicole GlioiseP, Ogier d'Anglure, Jehan de
Meudon 2 et Guilleaume de Praelles, chevaliers d'honneur du Roy,
mangeront à court quant il y venront et ne pouront estre toujours
que deux à court, et prenront chascun six sols tournois par jour
pour toutes choses.
C'est l'ordeîvaxce de l'hostel de Monseigneur le duc d'Orliens,
faite par le roi au bois de vlixcennes le vendredy vingt-huitieme
JOUR DE MAY l\n DESSUSDIT, PRESENS LES DESSUS NOMMEZ EN l'oRDE-
NANCE DU Roi.
Premièrement.
Le comte de Dampmartin^ et le comte de Sancere'' mangeront à
court, en leurs personnes tant seulement, et prenront chascun quinze
sols tournois par jour pour toutes autres choses.
Un chevalier maistre d'hostel toujours à court et non plus, et
mangera en salle et prendra vingt-cinq sols tournois par jour pour
toutes autres choses. •
Deux chambellans toujours à court et non plus, et mangeront en
salle et prendront chascun huit sols tournois de gages par jour pour
toutes autres choses.
Le chantre de Senlis, conseiller dudit monseigneur le Duc, est
assigné de vingt sols tournois de gages par jour sur la recette de
Beaumont le Rogier^-, le Roy veut qu'il ne les y preigne plus, mais
touttes voye qu'il sera à court ou es besoignes dudit monseigneur le
Duc et il rapportera la commission en la Chambre aus deniers, pour-
quoy il aura esté envoyé hors, qu'il preigne en ladite Chambre vingt-
cinq sols tournois par jour pour toutes choses.
1 . Ce Nicole Ohoisel est sans doute le même que le Nicolas Choisel, verdier
de la forêt de Breteuil, signalé par le P. Anselme [Hist. généal., t. VIII, p. 685,
art. Renaud de Giry).
2. Jean de Meudon fut maître de la vénerie du roi et des eaux et forêts à
la On du règne de Philippe VI (P. Anselme, op. cit., t. VIII, p. 686).
3. Ce comte de Dammartin est Charles de Trie, qui succéda à son père Jean II
vers 1337.
4. Jean III, comte de Sancerre, succéda en 1346 à son père Louis II qui avait
été tué à la bataille de Crécy. Il mourut en 1403.
5. Beaumont-le-Roger, Eure, ch.-l. de cant.
620 l'hôtel de PHILIPPE VI DE VALOIS.
Mons. Jehan Dovion, chapelain, mangera en salle et prendra huit
sols tournois par jour pour toutes choses.
Un secrétaire toujours à court et non plus, et mangera à court et
prendra sept sols six deniers tournois par jour pour toutes choses ^
Un vallet tranchant mangera à court et prendra six sols tournois
par jour pour toutes choses.
Un vallet de chambre mangera à court et prendra trois sols tour-
nois par jour pour toutes choses.
Un huissier de salle mangera à court et prendra trois sols tournois
par jour pour toutes choses.
Un vallet de porte prendra dix-huit deniers parisis par jour pour
toutes choses et ne mangera point en salle.
Trois jeunes escuyers d'honneur, pour esbattre ledit monseigneur
le Duc, mangeront en salle et prendront chascun quatre sols tour-
nois par jour pour toutes choses.
Trois menestreulx mangeront à court et prendront chascun deux
sols tournois par jour,
Thibault le Nain mangera en salle et prendra fein et avoine pour
son cheval et quinze deniers tournois par jour pour toutes choses^.
Deux sommeliers de chambre mangeront en salle et ne prendront
riens plus.
Le vallet de la garde robe prendra livraison, c'est à savoir : six
pains, une quarte de vin et une pièce de char pour tout le jour.
Deux veneurs, chascun prendra cinq sols tournois par jour pour
toutes choses.
Un vallet de chiens prendra xviii d.^ parisis par jour pour toutes
choses.
Un page des chiens prendra quinze deniers tournois par jour pour
toutes choses.
Creue depuis ladite ordenance.
Messire Phelippes Ghalles Sarrazin, chevaUer et filleul de monsei-
gneur le duc d'Orlians ; il mangera en salle et prendra fein, avoine
et forge pour deux chevaux, et pour toutes autres choses, sept sols
six deniers tournois par jour du commandement du Roy, par mes-
sire Yves de Montigny, maistre d'hostel.
1. Ce paragraphe n'existe pas dans Clair,, 833, ni dans le ms. fr. 7855.
2. Pour son valet (P. 2292).
3. Dix sols (P. 2292).
l'hôtel de PHILIPPE VI DE VALOIS. 62^
Un phisicien mangera à court et prendra dix sols tournois par
jour pour toutes autres choses.
Guillemin d'Is, clerc, fera les lettres et aydera à chanter les messes
et gardera les aournemens de la chapelle dudit monseigneur le Duc,
et se ledit seigneur se partoit de la compagnie du Roy, ledit Guille-
min fera les escrocs des six offices dudit seigneur et mangera en
salle et prendra quatre sols tournois par jour pour touttes autres
choses.
Messire Jehan de Mallecroissance mangera en salle et prendra quatre
sols tournois par jour pour toutes choses.
Un portier prendra cinq sols tournois par jour pour toutes choses.
Item, messire Jehan Dovyon, chappellain monseigneur le Duc
d'Orlians, donra chascun jour, pour ledit monseigneur le Duc, du
commandement du Roy, par messire Yves de Montigny, maistre
d'hostel, six sols six deniers tournois.
Sommes des gages aux gens monseigneur le duc d'Orlians cy-dessus
nommez, ix 1. xiiir s. ix d. t. par jour, valent vu 1. xv s. x d. p.^
Panneterie.
Un pannetier toujours à court et non plus, et mangera en salle
et prendra six sols tournois par jour pour toutes choses.
Un sommelier de nappes prendra quinze deniers tournois par jour
pour touttes choses.
Un ayde prendra quinze deniers tournois par jour pour toutes
choses 2.
Eschançonnerie .
Un eschançon tousjours à court et non plus, et mangera en salle
et prendra six sols tournois par jour pour toutes choses.
Un sommeiller tousjours à court, et mangera en salle et prendra
vingt-deux deniers obolle tournois par jour pour toutes choses.
Un garde huche prendra hvraison, c'est à savoir : six pains, une
quarte de vin et une pièce de char pour tout le jour.
Cuisine.
Un queue tousjours à court et non plus, et mangera en salle et
prendra six sols tournois par jour pour toutes choses.
Un saulcier, un potagier tousjours à court et non plus, prendront
1. Ce paragraphe n'existe pas dans Clair., 833, ni dans le rns. fr. 7855.
2. Ce paragraphe, séparé des précédents dans Clair., 833, et dans le ms.
fr. 7855, porte en tête : « Creue. »
4894 40
622 l'hôtel de PHILIPPE VI DE VALOIS,
chascun vingt -deux deniers obolle tournois par jour pour toutes
choses.
Un enfant de cuisine tousjours à court et non plus, et prendra
quinze deniers tournois par jour pour toutes choses.
Un escuyer de cuisine mangera en salle et prendra six sols tour-
nois par jour pour toutes autres choses.
Un aydeur prendra trois sols neuf deniers tournois par jour pour
toutes choses.
Un hasteur prendra vingt-deux deniers obolle tournois par jour
pour toutes choses.
Un valet de saulcerie prendra quinze deniers tournois par jour
pour toutes choses ^
Fruicterie.
Un fruictier tousjours à court et non plus, et mangera en salle et
prendra deux sols tournois par jour pour toutes choses. Le Roy volt
le dixième jour de juin M 111c L qu'il prit trois sols tournois par
jour par messire Yves de Montigny, maistre d'hostel.
2 Deux aydes pour aydier à ouvrer et porter les torches au soir
devers ledit monseigneur le Duc, et prendront chascun quinze
deniers tournois par jour pour toutes choses.
Escurie.
Un escuyer tousjours à court et non plus, et mangera en salle et
prendra fein, avoine et forge pour deux chevaus, et pour valiez hos-
telages, et pour toutes autres choses, trois sols tournois par jour.
Un mareschal tousjours à court et non plus, et prendra six sols
tournois par jour pour touttes choses.
Un chevaucheur prendra cinq sols tournois par jour pour toutes
choses.
Un messager qui porte l'escusson dudit monseigneur le Duc pren-
dra cinq sols tournois par jour pour toutes choses.
Un vallet des pallefrois mangera en salle et ne prendra plus riens.
Cinq valiez de sommage prendront cliascun quinze deniers tour-
nois par jour, montant six sols trois deniers tournois par jour ^.
1. Ces quatre derniers paragraphes sont séparés des précédents dans Clair.,
833, cl dans le ras. f'r. 7855, et portent en tête : « Creue. »
2. En marge : « Creue. »
3. La dernière partie de ce paragraphe, à partir de « moatant, » est suppri-
mée dans Clair., 833, et dans le ms. fr. 7855.
l'hôtel de PHILIPPE VI DE VALOIS. 623
Un chareLier et deux valiez du chariot de chambre prendront
cinq sols tournois par jour pour toutes choses.
Item, l'en délivrera aveine et fein devers l'escurie du Roy pour les
pallefrois, coursiers, roussins etchevaus du chariot de chambre dudit
monseigneur le Duc et deux chevaux pour l'escuyer de l'escuyerie et
pour le cheval Thibault le Nain tant seulement par la main des gens
du Roy en ladite escuyerie.
' Deux valiez pour garder les pallefrois et coursiers dudit monsei-
gneur le Duc, et prendront chascun quinze deniers tournois par jour
pour toutes choses.
Fourrière.
Deux valiez de fourrière tousjours à court, et auront chascun deux
sols six deniers tournois par jour pour toutes choses. Le Roy volt le
dixième jour de juin cccl qu'ils preissent chascun trois sols tournois
par jour par messire Yves de Montigny, maistre d'hostel.
2 Un ayde prendra xv d. t. par jour pour toutes choses.
Somme des gages aux gens des six offices monseigneur le duc
d'Orlians, un 1. v s. ix d. t. par jour, qui valent Lxxviri s. vu d. p.
Sommes toutes des gages que les gens de l'hostel monseigneur le
duc d'Orléans prendront, tant des six offices comme d'autres, chas-
cun jour xiiii 1. VI d. t., valent xi 1. iiii s. vi d. p.
Sommes toutes des gages que les gens de l'hostel du Roy [et] de
monseigneur le duc d'Orléans prendront chascun jour en la Chambre
aux deniers du Roy à cause de leurs offices se ils sont à court,
Lxvii 1. VI s. VI d. t., valent lui 1. xvii s. x d. p. ^.
C'est le nombre des gens de l'hostel le Rotj qui mangeront en salle
s'ils sont à court et non plus.
Le grant maistre d'hostel, le vicomte de Melun, un chambellan,
deux maistres d'hostel , le maistre veneur, le maistre fauconnier,
l'aumosnier, deux secrétaires, deux valiez tranchans, un huissier
d'armes, quatre sergens d'armes, deux valiez de chambre.
Le tailleur et le cordouannier ne mangeront pas ordinairement pour
ce qu'ils ne viennent que aus grandes festes.
1. En marge : « Creue. »
2. En marge : « Creue. »
3. Ces trois derniers paragraphes, qui donnent les sommes des gages, n'existent
pas dans Clair., 833, ni dans le ms. fr. 7855.
624 l'hôtel de PHILIPPE VI DE VALOIS.
L'endormeur, une guette, un huissier de salle, Raymondin, quatre
valiez servans de vin et d'escuelles, cinq sommeliers de chamlDre le
Roy, un sommelier d'armeures, deux aydes de chapelle, trois som-
meliers de chapelle, Fescuyer d'Escosse, les deux frères de Saint
Augustin, les deux ménestrels de Tournay, un sert de Fiau du Roy
tant seulement ^
Un pannetier.
Un eschançon, un sommelier, un barillier, de l'eschançonnerie.
Un escuyer, un queue de cuisine.
Un fruitier.
Deux escuyers, deux valiez de pallefrois, deux valiez de coursiers,
un vallet qui va à pied après le Roy, un vallet de lévriers, un fou-
rier, de l'écurie.
Somme des gens le Roy qui mangeront en salle, lxii^.
Le nombre des gens de Vhostel monseigneur le duc d^Orliens gui
mangeront en salle s'ils sont à court et non plus.
Le comte de Dampmartin, le comte de Sancerre, un maistre d'hos-
tel, deux chambellans, un chapelain, un secrétaire, un vallet tran-
chant, un vallet de chambre, un huissier de salle, iir escuyers d'hon-
neur, deux sommeliers de chambre, trois ^ ménestrels, Thibault le
Nain, un pannetier.
Un eschançon, un sommelier, de l'eschançonnerie.
Un queue, un fruitier.
Un escuyer de l'escuyerie.
Un vallet de pallefroys.
Un phi si ci en.
Un vallet de pié.
Guillemin d'Is, Mallecroissance, un vallet des lévriers, M""*^ Phi-
lippes Ghalles Sarrasin, un escuyer de cuisine.
Somme des gens de monseigneur le duc d'Orlians qui mangeront
en salle, xxxiii.
Somme toutte des personnes qui mangeront en salle, tant du Roy
t. Avant ce paragraphe, on a, dans Clair., 833, et dans le ms. fr. 7855 : « Un
eschançon, un sommelier, un barillier de rescbançonnerie -. un escuyer, un
queu de la cuisine, un fruiclier; » et, après ce paragraphe : et un pannetier,
II escuyers, n valiez de pallefrois, ii valiez de coursiers, de l'escuyerie. »
2. Cette somme n'existe pas dans Clair., 833, ni dans le ras. fr. 7855.
3. 11 (Clair., 833, et ms. fr. 7855).
l'hôtel de PHILIPPE VI DE VALOIS. 625
comme de monseigneur le duc d'Orlians, se ils sont à court,
IIII^^ XV'.
C'est le nombre des gens de Vhostel du Boy et de monseigneur le duc
d'Orlians qui prendront livraison s'ils sont à court et non plus.
Un chambellan, un vallet de chambre, un sommelier du corps,
M'* Jehan le Fol, seront délivrez pour le disner et pour le souper en
la manière que Ten a accoustumé pour ce qu'ils mangeront à la garde
robe ou là où il leur plaira, toutesfois que le Roy mangera, pour
aller devers luy, quant il les demandera.
Le confesseur et son compagnon, en la manière que l'en a accous-
tumé.
Le vallet de la garde robe du corps, le vallet de la garde robe du
commun, le garde huche, le garde huche de monseigneur le duc
d'Orliens, le vallet de la garde robe, un vallet qui garde les petits
chiens; ils prendront chascun un pain 2, une quarte de vin et une
pièce de char pour tout le jour.
Un page qui chevauche un coursier devant ledit monseigneur le
duc d'Orliens, idem.
Somme de ceux qui prendront livraison, xii.
Somme toutte des personnes qui mangeront en salle et prendront
livraison tant du Roy comme de monseigneur le duc d'Orlians, cvii'.
Item, que les gens de monseigneur le duc d'Orlians ne délivreront
riens à nully, fors par la main des gens du Roy, qui seront chargiez
de rendre compte de toute la despense dudit hoslel.
Item, que nul clerc ne officier n'aura devant luy escuyer ne
vallet en salle pour le servir, fors que les quatre valiez servans de
vin et d'escuelle tant seulement qui serviront toute la salle, afin
qu'il n'ait point de presse ne de noise en la salle ne aus dreçouers.
Veneurs, archiers, fauconniers, gens de déduit, serviront à leurs
gages ; et quant le Roy ira ou bois, les veneurs et les archiers seront
servis aus petis disner; et quant ils seront avec le Roy, ou à une
lieue de la court, le jour qu'ils chaceront, ils auront la hvraison
accoustumée, et le jour qu'ils ne chaceront, ils n'auront riens ; et se
les archiers sont devers le Roy avec les veneurs, ils ne prenront riens,
1. Ces deux paragraphes n'existent pas dans Clair., 833, ni dans le ms. fr. 7855.
2. VI pains (Clair., 833, et rns. fr. 7855).
3. Ces deux paragraphes n'existent pas dans Clair., 833, ni dans le ms. fr. 7855.
626 l'hôtel de PHILIPPE VI DE VALOIS.
et quant le Roy ira aus ars, ils prendront livraison et les veneurs ne
prendront riens.
Messire Adam de Gaillonnel, messire Yves de Montigny, messire
Gilles de Malligny, messire Pierre de Hargeville : l'un de ces quatre
maislres d'hostel sera tousjours à court et ne se pourra partir jusques
à tant qu'il en soit venu un autre, et seront tous entièrement chargez
de raporter au Roy, chascun mois, l'eslat de la despense de son hos-
tel et de garder que nulle croissance ne se face, se le Roy ne le com-
mande de bouche.
Gollationné par nous, conseiller maître à ce commise
LOURDET.
1. Cette note du xvm^ siècle est ajoutée dans le reg. P. 2292 seulement.
4-==-«-
MANUSCRITS
r r
LEGUES A LÀ BIBLIOTHEQUE NATIONALE
PAR ARMAND DURAND.
M. Armand Durand, né à Moulins le 7 février 1807, mort à
Paris le 7 août 1894, avait successivement professé la rhétorique
dans les lycées Louis-le-Grand et Bonaparte. Il s'était fait admettre
à la retraite en 1866.
Au cours de sa carrière universitaire, il se fit constamment
remarquer par la solidité et l'élégance de son enseignement,
par le soin qu'il mettait à préparer ses leçons et par le dévoue-
ment avec lequel il suivait le travail de ses élèves. Ses services
furent récompensés par la décoration de la Légion d'honneur.
Beaucoup des jeunes gens qui l'eurent pour professeur ont toujours
gardé un souvenir reconnaissant de la direction qu'il avait donnée
à leurs études ; les plus distingués se sont plu à lui faire honneur
des succès qu'ils ont obtenus, et plusieurs d'entre eux lui ont voué
une amitié à laquelle la mort seule a pu mettre un terme.
M. Durand n'était pas seulement un humaniste consommé.
C'était en même temps un bibliophile dans le plus honorable sens
du mot. Une instruction très vaste et variée, une profonde con-
naissance de la bibliographie, un goût très sûr et très délicat le
mettaient à même d'apprécier les bons et beaux livres et de dis-
tinguer le mérite des exemplaires. De fins connaisseurs aimaient
souvent à prendre son avis sur le choix des volumes qu'ils vou-
laient faire entrer dans leurs cabinets.
Les modestes ressources dont il disposait furent consacrées à
la formation d'une bibliothèque qui finit par remplir tous les coins
et recoins d'un petit appartement de la rue de l'Odéon. Le public
en connaîtra bientôt la composition en lisant le catalogue qui est
628 MANUSCRITS
actuellement préparé par M. Alphonse Picard, libraire chargé de
la vente.
A l'exemple de plusieurs grands bibliophiles français, qui ont
tenu à honneur d'avoir leur nom inscrit sur la liste des bienfai-
teurs de la Bibliothèque nationale, M. Durand a légué à cet éta-
bhssement cinq manuscrits d'une réelle importance, auxquels son
souvenir restera attaché et qui feront bénir sa mémoire par plus
d'un érudit.
Les cinq ouvrages dont le Département des manuscrits s'est
ainsi enrichi sont :
1° Un exemplaire de la Chronique de Sigebert, du xn® siècle,
jadis conservé dans l'abbaye de Signy.
2° Un fragment de manuscrit copié en 1322 par Jean de Sainte-
Croix, moine de Saint-Arnoul de Metz, et renfermant la Vision
de Tondale, une petite collection de Fables et un recueil
d'Exemples.
3° Un très beau manuscrit du Roman de Tristan , copié au
xuf siècle et orné de miniatures.
4" Les matériaux amassés par Nicolas Heinsius pour établir le
texte des poésies de Claudien.
5° Le manuscrit original de l'ouvrage qu'un chanoine régulier,
L. -Joseph-Auguste Ansart, avait composé sous le titre de Biblio-
thèque littéraire du Maine et dont le premier volume a seul été
publié en 1784.
La valeur de ces cinq manuscrits ressortira suffisamment des
notices qu'on trouvera un peu plus loin.
Le plus précieux des volumes légués par M. Durand est proba-
blement l'exemplaire de la Chronique de Sigebert. Les vicissitudes
de ce manuscrit sont assez curieuses pour être ici rappelées en
quelques mots. Elles sont intimement liées à celles de la biblio-
thèque de l'abbaye de Signy, dont il était l'un des plus remar-
quables morceaux.
Comme tous les anciens monastères cisterciens, l'abbaye de
Signy, au diocèse de Reims, s'était formé une bibliothèque où
abondaient les volumes copiés avec ces caractères gros, nets et
fermes auxquels on reconnaît les volumes exécutés au xii^ siècle
parles disciples de saint IJernard. Cette bibliothèque dut se main-
tenir en bon état jusqu'au xV siècle, époque à laquelle les manus-
crits en furent soumis à un classement régulier dont nous avons
gardé les traces. Les guerres, les troubles religieux et l'incurie
LÉGUÉS A LA BIBLIOTHÈQDE NATIONALE. 029
des moines en amenèrent la décadence au xvi^ et au xvii« siècle.
Plusieurs des volumes les plus intéressants passèrent alors dans
diverses collections, d'où ils sont arrivés à la Bibliothèque natio-
nale. Tel fut le sort des quatre manuscrits suivants :
Recueil des lettres de Hildebcrt. xii" siècle. (Liber Sancte Marie
Signiaci. — Signalus litlera B, n" xxxvirr.) — Entré à la Bibliothèque
du roi en no^, avec les manuscrits d'Antoine Faure, prévôt et chan-
celier de réghse de Reims. — Aujourd'hui n° 25^2 du fonds latin.
Coutumes de la Chartreuse, xii^ siècle. (Liber Sancte Marie Signiaci.
— Hic liber signatur littera D, n° iiii.) — Venu également d'Antoine
Faure. — Aujourd'hui n" 4342 du fonds latin.
Histoire de la croisade par Robert le Moine, xii* siècle. (Liber
Sancte Marie Signiaci. — Signatus littera B, n" xxx.) — Donné en
-1732 à la Bibhothèque du roi par Antoine Lancelot. — Aujourd'hui
n" 5507 du fonds latin.
Poème de Leonius sur la Bible. Commencement du xin« siècle.
(Liber Sancte Marie Signiaci; cette inscription, soigneusement tracée
à la fin, peut encore se lire, malgré les efforts qu'on a faits pour
l'effacer.) — Entré à la Bibliothèque nationale avec les manuscrits de
l'abbaye de Saint- Victor. — Aujourd'hui n» -14759 du fonds latin.
François de Camps, qui fut abbé de Signy pendant trente
années, de 1693 à 1723, et qui travailla sérieusement dans le
chartrier de cette maison ^ ne paraît pas avoir eu souci de la
bibliothèque de son abbaye, quoiqu'il fût amateur de manuscrits
et de médailles 2 et qu'il s'intéressât tout particulièrement à l'his-
toire de France. Il comprenait cependant la valeur de la copie de
la Chronique de Sigebert qu'il avait remarquée à Signy et qu'il
garda longtemps dans son cabinet à Paris. Ce manuscrit, que le
Père Bertrand Tissier avait eu l'occasion de signaler dans sa
Bibliotheca patrum Cisterciensium^ , attira l'attention de
quelques amis de. François de Camps , et le souvenir qu'on en
avait gardé dans le monde savant de Paris suggéra en 1727, aux
gardes de la Bibliothèque du Roi, le désir d'incorporer dans leur
dépôt ce qui subsistait du trésor littéraire de l'abbaye de Signy.
1. Les extraits que François de Camps a pris des anciennes chartes de
Signy remplissent le ms. français 8344 de la Bibliothèque nationale.
2. Voy. le Cabinet des manuscrits de la Bibl. nat., I, 321.
3. VII, 100. Telle est l'indication donnée par Bethmann {Mon. Germ. hist.,
Script., VI, 296), mais elle est fautive.
630 MINDSCRITS
Les mesures les plus propres à obtenir ce résultat sont exposées
dans un mémoire que l'abbé Jourdain, secrétaire de la Biblio-
thèque, remit à l'abbé Bignon le 29 février 1727. En voici la
teneur :
Mémoire donné à M. Vabbé Bignon, le 49 février i727.
Le prieur de l'abbaye de Signy en Champagne, qui est actuelle-
ment à Paris, a dit dans une compagnie, où quelques personnes de
lettres luy parloient des manuscrits de son abbaye, qu'il pouvoit
bien y en avoir ioO, et entre autres un manuscrit de Cicéron, fort
gros, d'environ 600 ans, et un de la Chronique de Sigebert, moine
de Gemblours, qu'on a vu à Paris, ayant été long temps entre les
mains de feu M. Fabbé de Camps, abbé de Signy, et qui est d'une
bonne antiquité et dMne grande beauté. A l'égard des autres, le
prieur a avoué que ni luy ni ses religieux ne les connoissoient pas,
ne sachant pas les lire-, et, comme on luy avoit parlé de la Biblio-
thèque du Roy, oîi ces manuscrits seroient beaucoup mieux qu'à
leur abbaye, oîi on n'en faisoit aucun usage, il est convenu que cela
leur feroit honneur si le Roy les vouloit, pourvu qu'on leur en don-
nât des copies. Il n'a pourtant pas été longtemps à tenir ce langage,
et il s'est mis ensuite à exagérer le prix et la valeur de ses manus-
crits.
L^abbé et les moines de Signy viennent d'obtenir des lettres patentes
pour une coupe de bois de 50,000 livres. On a eu avis que l'entéri-
nement de ces lettres souffroit des difficultés au Parlement. Il paroît
que c'est une conjoncture favorable pour enrichir la Bibliothèque du
Roy d'un nouveau trésor, qui est si inutile à Signy et qui ne coûte-
roit rien à acquérir.
On donne cet avis à M. l'abbé Bignon, afin qu'il en profite; mais,
avant toutes choses, il semble qu'il seroit à propos d'envoyer quelque
personne habile à Signy, pour faire la notice de ce que contiennent
ces manuscrits, parce que le prieur, ayant été prié d'envoyer un petit
catalogue quand il seroit sur les lieux, a répondu qu'il le feroit
volontiers, mais que la chose n'étoit pas possible à ses religieux. Il
seroit bon même que celuy qui iroit à Signy fiât muni d'une lettre
de cachet, parce qu'on sçait que les moines n'ont jamais voulu faire
voir ces manuscrits à personne, le Père Mabillon et le Père Martenne '
1. Dom Marlène visila l'abbaye de Signy en 1712. Dans la relation de son
voyage il consacre une simple phrase aux manuscrits : « L'on y conserve plu-
i
LÉGUÉS A LA BIRLIOTDEQDE NATIONALE. 634
n'ayant pu en obtenir la communication. Cette lettre de cachet ne
seroil que pour en dresser un catalogue ^
L'abbé Bignon soumit l'afîaire au secrétaire d'Etat, le comte
de Maurepas, qui lui répondit dans ces termes :
A Marly, le 24 février \121.
J'ay reçu, Monsieur, le mémoire que vous m'avés adressé au sujet
des manuscrits qui sont entre les mains des Bernardins de l'abbaye
de Signy, et les réflections que vous avés faites sur les moyens de
les faire passer à la Bibliothèque du Roy. Il n'y a point de difficulté
d'y envoyer M. l'abbé Jourdain pour en prendre un mémoire le plus
exact qu'il pourra, et dire au supérieur de n'en laisser détourner
aucun sans ordre du Roy. Lorsqu'on sçaura ce que c'est, on propo-
sera à Sa Majesté de les acheter. Ces moines y paroissent [montrer]
si peu d'intelligence et d'attachement qu'on pourra faire cette acqui-
sition sans détour.
Je vous embrasse, Monsieur, de tout mon cœur.
Maurepas ^.
Il ne fut point donné suite au projet que l'abbé Bignon avait
recommandé à l'attention du comte de Maurepas, et les moines de
Signy restèrent en possession de manuscrits dont ils reconnais-
saient eux-mêmes n'être pas en état de se servir. Cela résulte de
la relation queDom Claude Guyton, rehgieux deClairvaux, nous
a laissée de sa visite à l'abbaye de Signy en 1738 :
La bibliothèque, dit-iP, est en forme j elle a des manuscrits anciens
sur parchemin -, nous y avons remarqué celui qui est fort délabré,
sans couverture^ ni commencement, ni fin, qui, dans la plus grande
partie, comprend des ouvrages de saint Anselme, [et] sur la fin la
sieurs manuscrits, la pluspart sont des ouvrages des pères, surtout de saint
Augustin, la Seconde de saint Thomas, etc. » Voyage littéraire de deux reli-
gieux bénédictins, I, n, 150.
1. Minute écrite de la main de l'abbé Jourdain. Bibl. nat., ms. latin 17173,
fol. 99.
2. Original, ibid., fol. 100.
3. Bibl. nat., ms. français 23474, fol. 135 v°. — Comparez l'édition abrégée
que M. Ulysse Robert a donnée de la relation de dom Claude Guyton : Voyage
littéraire de Dom Guyton en Champagne (1744-1749). Paris, 1890, in-8',
p. 141-143. Le passage relatif à l'abbaye de Signy a été cité par M. Gaston
Raynaud dans le Catalogue général des manuscrits des départements, série
in.4% t. V, p. 540.
632 MANUSCRITS
Vie du bienheureux Pierre Monocule, abbé huitiesme de Clairvaux,
mais qui n'est pas entière, et par où finit le manuscrit délabré, dont
j'ai représenté l'inutilité pour Signy aux père prieur, souprieur, pro-
cureur et autres religieux, qui tous ont consenti que je le portasse à
Clairvaux.
J'y ai remarqué Sancti Thomœ martyris vita et miracula, ac laus
Philippin Leodii archidiaconi, prions Clarx Vallis et Elemosijnx
abbatis.
Un beau et grand martyrologe de l'ordre, suivi de la Règle de Saint
Benoist, de Définitions, mémoires et associations des ordres de
Cluny, Chartreux, etc.
En un autre volume manuscrit', bien écrit, lettre ou traité à
Geoffroy, évoque de Chartres, et à saint Bernard, qui les sollicite de
veiller sur les erreurs de Pierre Abaillard.
Dans un autre manuscrit^ bien écrit, sur la fin, sont des vers d'Al-
bert, moine de Clairvaux, sur saint Bernard, adressés à Odon, abbé
de Vauclair ; aussi des vers de saint Malachie.
Plus la Chronique de Sigebert, moine de Gemblours, au diocèse
de Namur en Brabant, en réputation sur la fin du xi° siècle. Elle est
en manuscrit, sur parchemin, bien lisible. C'est un volume in-quarto,
épais, bien relié, la couverture ancienne sur bois, un peu altérée au
dos, couvert pour cela d'un morceau de parchemin, noté en plein
chant.
Dom Claude Gurton trouva le manuscrit de Sigebert assez
curieux pour demander à l'emprunter. Il le garda le temps néces-
saire pour le copier en grande partiel Ce fut le 15 juillet 1749
qu'il le restitua à Dom Dubois, prieur de Signy, qui se trouvait
alors à l'abbaye de Clairvaux.
La trace du manuscrit de Sigebert se perd depuis le milieu du
xviii^ siècle. Il ne se trouva pas dans le lot des livres de Tabbaye
de Signy que la Révolution amena dans la bibliothèque de Char-
leville^ Bethmann^ le considéra comme perdu quand il pubHa sa
1. Aujourd'hui ms. 67 de la bibliothèque de Charleville.
2. Ms. 197 B de Charleville.
3. Les extraits de dom Claude Guyton remplissent 152 pages in-folio, dans
le ms. français 23474, fol. 136-211.
4. La bibliothèque de Charleville a recueilli 110 manuscrits de l'abbaye de
Signy.
5. Moniimenta Germanix historica, Scripiores, VI, 296.
LÉGUÉS A LA BIBLIOTHEQUE IVATIONALE. 633
belle édition de Sigebert en 1844. Un vague souvenir s'en était
cependant conservé dans le pays, et l'auteur d'une Géographie
historique du département des Ardennes^, J.-B. Hubert,
terminait par ces mots la courte notice qu'il a consacrée à l'ab-
baye de Signy :
On conservait dans les archives plusieurs manuscrits précieux,
entre autres la Chronique de Gemblours. La plupart de ces manus-
crits ont été perdus ou dérobés. Ceux qui existent encore, épars dans
le département, offrent d'intéressants documents pour l'histoire de
la contrée.
C'est ce manuscrit, signalé au xvif siècle par Dom Bertrand
Tissier, montré un peu plus tard aux savants de Paris par l'abbé
de Camps, convoité en 1727 par les gardes de la Bibliothèque du
Roi, copié en partie par Dom Claude Guy ton en 1748 et vainement
cherché de nos jours par les éditeurs des Monwnenta Gertna-
niœ historica, c'est ce manuscrit, dis-je, que M. Durand a eu
la bonne fortune de découvrir. Les amis de notre histoire lui sau-
ront gré d'en avoir assuré la conservation et d'en avoir rendu
l'accès facile eu le déposant à la Bibliothèque nationale.
Je dois maintenant donner la notice des cinq manuscrits que
nous devons à la libéralité de M. Durand.
I. Chronique de Sigebert et autres morceaux historiques.
(Nouv. acq. lat. 583.)
"Volume de 226 feuillets de parchemin. 210 millimètres sur
148. Écriture très régulière, de l'année 1172 ou environ, sauf les
parties ajoutées après coup. — Le manuscrit vient de l'abbaye
cistercienne de Signy, au diocèse de Reims, comme le prouve
l'inscription Liber Sancte Marie Signiaci qui se lit sur les
fol. 80 y", 125, 200 v^" et 217. A ce dernier endroit, le nom de
l'abbaye est accompagné de la cote que le volume portait au
xv^ siècle dans la bibliothèque de l'abbaye : Signatus littera B,
numéro XXXV.
Le volume renferme cinq morceaux parfaitement distincts.
1° Fol. 1. Liste des abbés de Signy, écrite vers le milieu
du xiif siècle, avec addition des noms des abbés qui ont gou-
1. Deuxième édition, Charleville [1838], ia-12, p. 191.
634 MANUSCRITS
verné le monastère après cette date. Le texte en sera publié k
l'Appendice.
2° Fol. 1 v°-47 \°. Tableaux d'histoire universelle,
précédés d'observations sur la méthode à suivre pour apprendre
et pour retenir ce que l'on a appris. Premières lignes de ce traité :
FUI, sapientia thésaurus est, et cor tuum archa. Quando sapientiam
discis, thesaurizas tibi thesauros bonos, thesauros immortales, the-
sauros incorruptibiles, qui nunquam veterascunt, nec speciem suse
claritatis amittunt. In thesauris sapientiœ varise sunt opum species,
et in archa cordis condiLoria multa. Alibi aurum et alibi argentum,
alibi lapides preciosi disponuntur. Dispositio ordinis, illustratio est
cognitionis. Dispone et distingue singula locis suis, seorsum ista et
seorsum illa, ut scias quid ibi et quid ibi collocatum sit. Gonfusio
ignorantisB et oblivionis mater est; discretio autem intelligentiam
illuminât et memoriam confirmai. Vides nummuiarium diversas
monelas habentem, quemadmodum marsupium unum multiplici
divisione intersepiat, ila ut unus ambitus plures intrinsecus cellas
complectalur : parlita namque pecunia et monetis singulis ab invl-
cem discretis, omnia suis locis servanda disponit, quatinus ipsa
locorum distinctio rerum particionem, sicut divisam suscipit, ita
custodiat impermixtam...
Ces tableaux comprennent des nomenclatures géographiques,
par exemple :
Fol. 3i. NoMiNA FLUMiNDM... (3^ v"). Rcnus Germaniœ. Rodanus
Gallie. Arar similiter. Mosa similiter. Sequana similiter. Liggeris
similiter. Hyberus Hispanie. Mineus Galatie. Tagus Gartaginis.
Bagrada similiter.
Fol. 3^ v°. NoMiNA iNSULARïïM... In Occeano septentrionali ab
Oriente ad Occidentem. Insula Phanesiorum. Albatia. Yperborea.
Apolitana. Gangania. Glosaria. Normannia. Orchades. Tyle. Scothia.
Brilannia. Hibernia.
Fol. 32. NoMiNA civiTATDM... (32 v"). Transalpine. Golonia. Magun-
tiacus. Salzeburch. Radisbona. llerbipolis. Argenlina. Basilea. Tre-
veris. Senonis. Vesontium. Lugdunum. Rolhomagus. Remis. Arelas.
Vienna. Daranthasia. Ebredunum. Biluris. Turonis. Burdegala,
Tolosa. Narbona. Pampilonia. Hispanie. Osca. Barzinona...
Le Catalogue des papes (fol. 33 verso) s'arrête au nom d'Ale-
xandre III (fol. 39 v"), lequel est suivi d'une note en lettres
LÉGUÉS A LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE. 635
rouges qui permet de rapporter la transcription à l'année 1172 :
« Anno millesimo centesimo LXX°° 11'^° incarnationis Domini
completi sunt anni V" GXX ab initio seculi secundum hebrai-
cam veritatem, secundum LXX vero interprètes V" GCCG^'
LXXX'^VI. »
Au catalogue des papes succèdent le tableau des royaumes et
les listes des souverains à partir de l'ère chrétienne :
Fol, 39 y. Deinceps conabor regnorum ac regum seriem et
nomina simul ordine quomodo ab incarnatione Verbi usque ad tem-
pera nostra cueurrerunt explicare...
Fol. 40. De imperatoribus Romanis.
Fol. 43. Post Gonstantinum magnum sedes quidem imperii apud
Gonstantinopolim erat... Exinde autem séries temporum par reges
Francorum supputatur. Franci, origine Trojani, post eversionem
Trojse... — Fol. 45... Hugo vim. Robertus xxix et s. vel xix. Hen-
ricus XXV vel xxiiii. Philippus xlix vel l. Ludovicus. — Aleman-
niam... Gonradus xiii. Henricus xviii. Henricus. Liulherus. —
Fol. 45 v°. De regibus Waldalorum... Reges Ostrogothorum... Reges
Wistrogothorum... — Fol. 46. De ducibus et gente Normannorum.
— Fol. 46 v°. Hi duces Normannorum in Apulia. — Fol. 47. De
ducibus et regibus Longobardorum.
Fol. 47 v°. Tempore Heraclii imperatoris regnum Persarum tenuit
Ghosdroe... Post hoc Himmarus, dux Arabum, interfecto Hormisda,
regnum Persarum ad Arabes transtulit. Hic eliam Himmarus Maho-
meth prefectum et amiram sub se constituit.
C'est par ces mots que se terminent les tableaux d'histoire uni-
verselle.
3° Fol. 48-189. Chronique de Sigebert de Gemblours.
La copie comprend, à la suite de l'œuvre de Sigebert (fol. 48-
171 v°), la Continuation d'Anselme (fol. 171 vo-182 v°) et ce que
Bethmann a appelé la Continuation de Gemblours (fol. 183-189).
La dernière phrase est le paragraphe Daci et Westphali... —
... multa milia Dacorum Sclavoruyn occiderunt gladii,
lequel appartient à l'année 1148 et se lit à la page 392 de l'édi-
tion de Bethmann'. Dans cette copie, les indications chrono-
logiques sont omises.
1. Mon. Germ. hist., Script., \'l, 392.
636 MANUSCRITS
4" Fol. 189 vM93 v°. Prophétie de la Sibylle deTibur.
Fol. ^189 v". Sibillae generaliter omnes feminae dicuntur prophe-
tantes...— Fuit igitur hec sibiila Priamidis régis filia ex maire
Eccuba procreata. Vocata est autem in greco Tyburtina, latino vero
nomine Albunea... — Fol. ^193 V... Et erit celum novum et terra
nova, et mare non erit, et regnabit Dominas in sanctis et regnabit
in secula secnlorum.
Sauf quelques variantes, c'est le texte qui se trouve dans un
manuscrit de la Sorbonne copié au xiii'' siècle (fonds latin n° 16056,
fol. 119v°-121 vo).
5" Fol. 194-217. Notes sur différents événements de
l'histoire profane et de l'histoire ecclésiastique. J'en
cite quelques lignes, prises çà et là, sans essayer d'en retrouver
la source.
Fol. ^94. Anno ab incarnatione Domini GGCG° VIP Gratianus
admodumjuvenis, xliiii° ab Augusto, post raortera Valentis vi annis
imperium tenuit. Eo tempore in Gallis {sic) apud Turonos mullis
beatissimus Marlinus lampadat virtutibus. (Voy. Pauli Historix
Romame, dans Monum. Germ. hist.^ Auct. antiq., II, 488.)
Fol. -195 v°. Anno xvii" imperii Justiniani apparuit quidam ex
regione Italorum per villas discurrens, nomine Andréas, habens
secum canem rufum et cecum, qui jussus ab eo faciebat miracula.
Gum enim staret in foro et lurba in circuitu adesset, clam eodem
cane deferebanlur astantium anuli aurei et argentei et ferrei et pone-
bantur in pavimento. Quos ille cooperiebat et precipiebat cani, etlol-
lebat et dabat unicuique suum...
Fol. -196 v°. Anno ab i. D. GGGG" XI°, Radagaisus rex Gothorum
totam repentino inundavit Italiam impetu ; nam fuisse in ejus populo
plusquam ducenta milia Gothorum ferunt...
Fol. -197. Régnante Latino qui latinam linguam correxit et Latines
de suo nomine appellavit, Troiaa Grecis capta est, cum apud Hebreos
Labdon lercium sui principatus annum ageret...
Fol. -197. Roraulus xviii° anno natus in Palatine monte Romam
eonstituit annis CGGG XIX post Trojœ excidium, sive, ut placet
Horosio, GGGG IIII°% ante Vlannos quam deeem tribus Israël a Sen-
nacherib rege Ghaldeorum transferrentur in montes Medorum...
Fol. -197 v^ Régnante Tarquinio Superbo ad relaxationem Gyri,
régis Persarum, reversi sunt Jhcrosolimam Judei xlii milia cccc.
LÉGDÉS A LA BIBLIOTHEQUE NATIONALE. 637
Iste primus excogilavit vincla, taureas, fustes, latumias, carceres,
corapedes, cathenas, exilia, metalla. Hujus lemporibus castissima
Judith Holofernem peremit. His denique lemporibus Pytagoras phy-
losophus claruit, qui, Samo oriundus, Golronse deguit, novissime in
Melapontum adiit ibique sepultus est. (Voy. Pauli Historia Romana,
dans Monum. Germ. hist.^ Auct. antig., II, ]A.)
Fol. ^98. Anno ab Urbe condita COGC LXIIII, Pyrrus rex Epyro-
tarum Tarentura vindicaturus, totas vires Epyri, Thessaliae et Mace-
doniœ, elephantos etiam, usque in id tempus non visos Romanis,
numéro xx, in Italiam primus invexit...
Fol. 200 \o. Anno ab Urbe condita CCGC LXXXIIIP, Ptolomeus
Philadelphus Judeos qui in Egypto erant liberos esse permisil, et
vasa Eleazaro pontifîci Jerosolimorum votiva transmittens, divinas
scripturas in grecam vocem ex hebrea lingua per lxx interprètes
transferre curavit...
Fol. 201 . Anno ab Urbe condita D XVII bellum a Romanis cum
Gallis gestum est, in quo plane xl^ Gallorum trucidata sunt et trium-
phus Emilio decretus. Gallorum quidem animi féroces, corpora plus-
quam humana erant, sed experimento deprehensum est quod...
(Voy. Florus, II, v.)
Fol. 209. Anno ab Urbe condita D GG fere ac IX, interfecto Julio
Gesare, civilia bella reparata sunt : percussoribus enim Gesaris sena-
tus favebat...
Fol. 2^2. Anno ab Urbe condita D GG XXVI, Gesar parum in His-
pania per ce annos actum intelligens si Gantabros atque Astures,
duas fortissimas Hispanise gentes suis uti legibus liceret. ..
Fol. 2^14. ... Iste quia Glaudius Tyberius Nero dicebatur a jocula-
toribus Glaudius Biberius ob vinolentiam nominatus est... Iste qui-
busdam presidibus augenda provinciis tributa suadentibus scripsit
boni pastoris esse tondere pecus non degrubere. Anno imperii ejus
XVII, vel secundum quosdam xix, Dominus Jhesus Ghristus volunta-
rise quidem se tradidit passioni...
Fol. 2-17. Anno ab incarnatione Domini GGGG° L° I", cum pictor
quidam Gonstantinopoli pingere Salvatorem secundum similitudinem
Jovis presumpsisset, arefacla est manus ejus, quem peccatum suum
confessum sanavit Gennadius episcopus Gonstantinopolitanus. Aiunt
enim quidam hystoriorum quod crispis et raris capillis sceraa in
Salvatore magis vernaculum sit. (Voy. Landolfi Sagacis Addita-
menta ad Pauli Historiam Romanam, dans Monum. Germ. hist.,
Auct. antiq., II, 363.)
^894 44
638 MANUSCRITS
6° Fol. 218-226 v°. Chronique de l'abbaye de Signy,
depuis la fondation du monastère en 1134 jusqu'au premier tiers
du xiY^ siècle. Ce morceau a été ajouté après coup dans le manus-
crit. Ce qui concerne les premiers abbés (fol. 218-225) doit avoir
été écrit vers le milieu du xiif siècle; le reste doit avoir été ajouté,
partie dans la seconde moitié de ce siècle, partie vers l'année 1330.
Le texte de ce morceau sera publié dans l'Appendice.
II. Fragment d'un recueil de matériaux a l'usage
DES prédicateurs. (Nouv. acq. lat. 1718.)
Deux cahiers de parchemin de 8 feuillets chacun, 318 milli-
mètres sur 227. Ces cahiers ont formé les fol. cclxxvii-cciiii^^xii
d'un manuscrit copié sur deux colonnes , exécuté en 1322 et
venu de la chartreuse de Montdieu, comme on le verra un peu
plus loin.
Dans ce qui nous a été conservé du recueil on distingue trois
parties :
1° Fol. 1-4 v^ Vision de Tondale. Voyez Ward, Cata-
logue of Romances in the Department of manuscripts in
the Briiish Musewn, II, 416.
Fol. \. a ïncipit visio cujusdam militis de pénis inferni. Anne
Domini M° G° XL1X°, fuit in Hibernia, civitate Gortagensi, quidam
miles juvenis, nomine Tondalus, qui ecclesiam Dei neglexerat, pau-
peres GhrisLi videra nolebat, et pro vana gloria distribuit quidquid
habebat... » — Fol. 4 v°, col. 2 : « ... Guncta que viderai postmo-
dum recitavil, verbum Dei quod ante nescierat cum magna devotione
predicavit et bonain vitam nos ducere monuit. »
2° Fol. 4 v°-6 v°. Recueil de fables, au nombre de 33, la
plupart très brèves : « Incipiunt quedam notabilia super fabulas
animaliura. »
Voici les premiers mots de chaque fable et le texte de la troi-
sième et de l'antépénultième :
W Quedam statua, hominis habens ymaginem, slabat in campo
uno cum arcu exlenlo ad dolcrrcndum volucres...
2. Lco vadcns per iler deviuin, inveniens asinum anliquum el
capillaLum et toLum dorsum habenLem confractum...
1. Les numéros ont été mis en marge par une main moderne.
LEGUES A LA BIBLIOTHEQUE NATIONALE. 639
3. Léo mandavit omnibus bestiis ut venirent ad penitentiam. Vole-
bat enim scire et audire excessus earum. Et primo vulpes dixit con-
fessionem suam, eo quod ipse comederet [sic] multos capones et
multas anceres et gallinas. Et dixit ei leo : « Dcus parcat tibi. Bene
scio quod pater tuus talis fuit complexionis quod libenter comedebat
taies volucres. Vade et à.\ca.s Mise7-ere mei Deus. » Posteavenit lupus,
et dixit ei culpam suam de lioc quod strangulaverat multas vaccas
et multos boves et multos equos. Et dixit ei leo : « Et tu vere ani-
mosus es ; de levi non posses te corrigere. Pater enim tuus fuit talis.
Vade et dicas : De profundis. — Et sic dixerunt culpam suam sin-
gule bestie. — Ultimo venit asinus, qui genua flectens ante leonem
(ceperunt omnes alie bestie ridere) , et aperiens os suum, dixit suam
culpam de hoc quod, una die, dum esset famelicus et haberet magnam
sarcinam super humeros suos, transibat per ortum unum, et inve-
nit salviam etcomedit tria folia. Hoc audiens leo graviter cepit illum
increpare, dicens : « Vulpes et lupus comederunt multas carnes et
diversas, et nunquam talia cum carnibus comedebant. » Et sic gra-
viter eum punivit.
Sic prelati aliqui magis puniunt fratres bonos pauperes qui por-
tant bonus religionis quam carnales truphatores.
A. Quedam mus, dum haberet parvos mures, quadam die dixit ut
exirent de nido suo et quererent sibi pascua...
3. Volucres et bestie quadam die exierunt ut ad invicem pugna-
rent. Interfuit ibi vespertilio, qui habet pedes in alis... y>
6. Quidam homo calvus nutriebat arietem de pane suo et aqua. ..
7. Quidam miles habens muherem pulcram.,. muherem suam
dyabolo commendavit...
8. De leone impotente, quem omnes bestie venerunt visitare...
9. De cane parvo ludente cum domino suo...
-10. De leone dormiente in nemore...
-H. Golumbe non habentes regem... Unde dicitur : « De grant folie
s^entremet Qui en subjection se met. »
i2. De latrone volente furari oves...
-13. De cervo qui gloriabatur in suis cornibus...
iA. De lupo et cane...
-15. De rustico qui fuit indignatus ventri suo...
<6. De symia que obviavit vulpi...
\7. De symia nutrita in domo régis...
-17 bis. De leone fingente infirmitatera...
-18. De pulice qui ascendit super dorsura cameli...
640
MAWSCRITS
49. « De cornica sedente super ovem... Unde habetur in quodam
proverbio : « Bene set li chat ki barbe il lèche. »
20. De lupo vovente quod non comederet carnes... Unde : « Homme
et femme ' licheresse Ne garde ne vo ne promesse. »
21. De rustico qui hgavit equum suum ad hostium templi...
22. De vulpe vidente lunam in stagno...
23. De lupo mirante quod corvus sederet supra ovem...
24. De leone infirmo pro quo fuit vulpes mandata quasi pro meliori
phisico...
25. De scrabone (sic) morante et saturato in fimo...
26. De vulpe qui vidit columbam super crueem templi...
27. De aquila que rapuit fetum vulpis...
28. De cornicula que amisit domum suam...
29. De cane qui citare fecit ovem pro pane...
30. De presbitero qui volebat addiscere lupo litteras equo modo.
Gum sacerdos diceret A, E, lupus dicebat post eum sic. Et cum
dicebat ei sacerdos ut simul jungeret, respondit lupus Aingnel, Ain-
gnel. Et dist li prestre : « Tel en pensée, tel en la bouche. »
Z{. De musca dicente se meliorem ape...
32. De passerequi commendavit vulpi ova sua...
3° Fol. 6 v°-16. Exemples, au nombre de 78, tirés en par-
tie des Vies des Pères et des Dialogues de Césaire de Heisterbach.
« Incipiunt quedam exempla valde utilia. Quidam homo solitarius
habitabat in heremo et cum quidam frater ei ministrans deferret
ei panem vidit in itinere mortuum quem tota civitas ducebat ad
sepeliendum... »
Le 71" exemple (fol. 14) est précédé de cette rubrique : « Hic
incipit qualiter ordo Cartusiensis fuit institutus. »
Fol. 1(). Souscription finale : « Frater Johannes, monachus
Sancti Arnulphi, episcopi Metensis, filius Bertranni dicti Façon,
cognominatus de Sancta Cruce, fecit fieri et scribi istum librum.
Et fuit finitus anno Domini W CCC XX" IP, in vigilia Sancti
Vincencii lévite et martiris. Finito libro sit laus et gloria Christo.
Amen. »
En regard du nom de Jean de Sainte-Croix, on lit une note
ainsi conçue : « Iste Johannes factus est postea monachus in Monte
Dei anno circiter 1330, et attulit huuc librum secum et alios, et
1. Le ms. porte Ho et feie, avec des signes d'abréviation sur Ho et feie.
LEGUES A LA BIBLIOTHEQUE NATIONALE. 64^
vixit usque ad annum 1360, et ultra, ut habetur in Chronico
Montis Dei anno 1348, ubi habetur de multis libris ab eo trans-
criptis. FRANCISGVS GANNERON. »
Nous avons donc ici les seize derniers feuillets d'un manuscrit
de la chartreuse de Montdieu*, manuscrit qui portait jadis dans
cette maison la cote M x. On y a ajouté au xix® siècle des feuil-
lets de papier, sur lesquels on a copié les trente-trois fables latines
avec quelques imitations en français.
III. Notes de Nicolas Heinsius sur le texte des Poésies
DE Claudien. (Nouv. acq. lat. 582.)
Gros volume in-quarto, de 631 feuillets, la plupart hauts de
215 millimètres et larges de 162. Il est intitulé au dos : -< N. Hein-
sii Notae autographes et coUationes diversorum manuscriptorum
ad Claudianum. »
C'est de ce recueil que Ezra de Clercq van Jever a tiré les élé-
ments du « Sylloge varia ntium lectionura in Claudianum, excerp-
tarum e diversis codicibus vetustis quos contulit Nicolaus Hein-
sius, » lequel remplit les pages 741-1009 de l'édition de Claudien
publiée à Amsterdam en 1761 par Pierre Burman, second du nom.
IV. Roman de Tristan. (Nouv. acq. fr. 6579.)
Volume en parchemin. 230 feuillets. 283 millimètres sur 226.
Miniatures à fond d'or. Ecriture à deux colonnes, du xiii" siècle.
Je copie le texte du prologue.
Après ce ke j'ai leu et releu et porveu par maintes fois le grant
livre en latin, chelui meisme ki devise apertement l'estoire dou saint
Graal, moût me merveil ke aucuns preudons ne vient avant por
translater dou latin en romans. Car che seroit une cose k'il volen-
tiers orroient et povre et riche, por tant k'il eussent volenté d'escou-
ter et d'entendre bêles aventures et plaisans ki avindrent sans doute
en la grant Bertaigne au tans le roi Artu, ensi comme l'estoire dou
saint Graal, ki bien fait acroire, le nous tesraoigne.
1. La bibliothèque de Charleville possède 69 manuscrits de la chartreuse de
Montdieu. 11 y en a quatre à la Bibliothèque nationale (voy. le Cabinet des
manuscrits, i. II, p. 384), sans compter celui que la libéralité de M. Durand vient
d'y faire entrer.
642 MANDSCRITS
Mais, quant je voi ke nus ne l'ose emprendre por çou que trop
seroit greveuse cose a che ke trop i auroit a faire, car trop est grans
et merveilleuse l'estoire, je Luces, chevaliers et sires dou castel dou
Gat, voisin prochain de Salebieres, comme chevaliers amoreus,
erapreng a tranlater dou latin en françois une partie de celé estoire,
non mie por chou ke jou sache grantment de fran[chois, ains apar-
tient *] plus ma langhue et ma parole en la manière d'Engleterre ke
a celé de Franche, comme chil ki fu en Engleterre nés, mais celé est
ma volentés et mes propos ke jou en langhe Françoise le translaterai
au miex ke jou porrai, non pas en tel manière ke jou y ajouste men-
choigne, mais la vérité aperte demonsterrai, et ferai assavoir ce ke
li latins devise de l'estoire de Tristran, ki fu li plus poissans cheva-
liers ki onques fust en la grant Bertaigne devant le roi Artu et après,
fors seulement Galaat, le très boin chevalier, et Lancelot dou Lac,
son père; et li latins meismes le tesraoigne, ki est dou saint Graal :
si devise apertement ke au tans le roi Artu ne furent ke trois cheva-
liers ki trop bien feissent aproisier de chevalerie : chou Galaat, Lan-
celos et Tristrans. De tous ces trois fait cis Uvres mension sor tous
les autres, et plus les loe et plus en dist de bien. Et por chou ke jou
sai bien ke ce fu vérités, vaurai commencher encestui point l'estoire
de monsigneur Tristran en tel manière.
Cet exemplaire du Roman de Tristan s'arrête au cours de l'en-
tretien que Cahedin et Palamède eurent au sujet d'Iseut, après
que celle-ci avait fait chasser Kahedin de Cornouaille^ Voici le
dernier paragraphe de la copie :
Quant Palamède entent cest plait, si baisse la teste vers terre, ne
n'a nul pooir de respondre, et, quant il parole a chief de pièce, il
dist : « Kehedin, biaus amis, de boine cure vous^ acointai. Or
« sachiés chertainement ke a cestui point m'avés vos tant amendé
« de toutes coses ke je ne quidaisse jamais tant amender par les
« paroles d'un seul chevalier comme jou sui amendés par cestes ke
a vos m'avés dites. Jou conois bien tôt plainement ke vos m'avés dit
1. Ce qui est entre crochets a été récrit par une main moderne.
2. g 85 de l'analyse de M. E. Liisetli : Le Iloman en prose de Tristan, le
roman de Palamède et la compilalion de Rusticien de Pise; analyse critique
d'après les mss. de Paris, par E. Loseth, p. 71. (Fascicule 82 de la Biblio-
tkèqtie de l'École des hautes études.)
3. Le copiste écrit indifféremment vous et vos; — por et pour.
LÉGUÉS A LA BIBLIOTHEQUE NATIONALE. 643
« vérité. Car certes en nous n'a nule bonté ciel monde par coi on nos
a deust tenir a clievaliers par delès Tristran. Se Diex me doinst
« boine aventure, on devroit la dame destruire ki metroit son cuer
« nul de nos et laisseroit les amors dou biau Tristran. Ke vos diroie
« je? Tant m'avés dit a ceste fois ke jou sui dou tôt castoiés. Jamais
« nul jor de sa vie ne métrai mon cuer si hautement comme jou
« l'avoie mis devant. Jou lais ichi Yselt a Tristran. Diex lor doinst
« joie de lor amors, et jou remetrai des ore mais mon cuer et ma
a pensée en lieu ki apartiegne a bas chevalier si comme jou sui.
« Diex m'a grant secors envoie quant il vaut ke je vos trovaisse a
« cestui point. Car trop m'avés resconforté et avoié si droitement et
« osté de ma grant folie ou je estoie devant, ke jamais avoiés n'en
a fuisse a mon ensient se je ^ vos eusse trové. » — « Palamedes, ce
« dist Kehedins, vos devés bien croire el maistre ki a le science
a esprovée, car chil. »
C'est par ces mots que se termine la seconde colonne du fol. 230
recto du manuscrit. Le verso est resté en blanc. Le copiste a
donc interrompu son travail au milieu d'une phrase qu'il a laissée
inachevée.
V. Bibliothèque littéraire du Maine, par Ansart.
Les feuillets de l'exemplaire original de cet ouvrage, recueillis
par M. Durand, formeront plusieurs volumes in-folio. L'auteur
était un chanoine régulier de la congrégation de France, L. -Jo-
seph-Auguste Ansart. Il fit imprimer le premier volume de son
ouvrage en 1784, après l'avoir fait approuver par le censeur
royal Heuvrard, dont le certificat est daté de Châlons, le 23 juillet
1784. Le 2 messidor an V, le Bureau central de correspondance
des arts près la municipalité du Mans, qui s'était attaché Ansart
en qualité d'associé correspondant, résolut de publier la Biblio-
thèque littéraire du Maine, dont il voulait élargir le cadre, projet
qui ne fut pas mis à exécution.
1. Il semble qu'on doit suppléer ici le mot ne.
644 MANUSCRITS
APPENDICE.
CHRONIQUE DE L'ABBAYE DE SIGNY.
On a vu que le premier des manuscrits légués par M. Durand
à la Bibliothèque nationale renfermait une Chronique de l'abbaye
de Signy. J'ai pensé que le texte de ce document pouvait trouver
sa place ici.
Ce que Marlot en a fait connaître* est tout à fait insuffisant.
Cette chronique présente, en effet, un réel intérêt pour l'histoire
ecclésiastique du xii^ siècle, surtout pour celle des monastères de
l'ordre de Cîteaux situés en Champagne. Elle renferme des détails
très curieux sur la construction de l'église et des autres bâtiments
du monastère de Signy. Je me borne à appeler l'attention sur le
passage où il est question d'une expédition entreprise par l'ordre
de Philippe-Auguste pour mettre à la raison le seigneur de Châ-
teau-Porcien, qui opprimait les religieux de Signy. Un bailli du
roi s'apprêtait à assiéger le château quand le seigneur, se sen-
tant trop faible pour résister, remit au représentant du roi les clés
de la forteresse, avec une somme d'argent qui décida le bailli à
se retirer sans pousser plus loin les hostilités.
Le seigneur qui dut ainsi s'humilier devant les officiers de Phi-
lippe-Auguste est désigné dans la Chronique par les mots vir
nobilis R. dominus Castri Portuensis. C'est évidemment
Raoul de Balham, qui fut seigneur de Château-Porcien à la fin du
xii° siècle et au commencement du xiii''^. Il figure dans le premier
et dans le quatrième registre des fiefs de Champagne 3, vers les
1. Metropolis Remensis Hisloria, t. II, p. 875-878. — L'auteur de l'article
consacré à Guillaume, abbé de Saint-Thierri, dans le tome XII de V Histoire lit^
iéraire de la France, paraît avoir connu la Chronique de Signy; c'est à ce
document que renvoie la note Chr. Sig. mise en marge de la p. 314. — Le Père
Tissier a cité quelques lignes de la Chronique de Signy dans la notice dont il
a fait précéder l'édition des Œuvres de Guillaume, abbé de Saint-Thierri, en
léte du tome IV de la Bibliotheca patrum Cisterciensium.
2. /Jisloire de Château- Porcien, signée L. P., p. 35. (Opuscule de 125 p. in-12,
imprimé à Vouziers, en 1859; classé à la Ribl. nat. sous la cote Lk^ 1972.)
3. « Radulfus hlius Gaufridi de Balaan, ligius, et tenet Castcllum in Porceyn,
et jurabile comiti, salve tamen jure patris sui si redierit forte. » Premier
LEGUES A LA BIBLIOTHEQUE ?iATIOXALE. 645
années 1172 et 1205. On connaît au moins six chartes de Raoul,
seigneur de Ghâteau-Porcien, pour l'abbaye de Signy* ; elles sont
des années 1211, 1214, 1217 et 1218. Le 10 avril 121G, il prit
l'engagement de soutenir Thibaud, comte de Champagne^. Je ne
saurais dire à quel moment exact doit se placer la menace d'exé-
cution militaire qui l'obligea à reconnaître l'autorité de Philippe-
Auguste; mais, comme cet événement eut lieu du temps de Gilles,
abbé de Signy , on peut supposer qu'il doit se placer entre les années
1205 et 1210 ou environ. M. d'Arbois de Jubainville^ a fixé à
l'année 1218 la date de la mort de Raoul de Balham.
Je rappelle que la première partie de la Chronique, jusqu'aux
mots Tanta autem bona du chapitre consacré à l'abbé Martin,
a été copiée vers le milieu du xiiie siècle. Le reste a été ajouté par
plusieurs mains jusqu'aux environs de l'année 1330.
[Ghronicon Signiacense.]
Venerabilis pater sanclus Bernardus, abbas Clare Vallis, aliquando
ad partes territorii Portuensis'* veniens, principibus ejusdem terre,
videlicet Anselme, comiti de Rabodi Monte, et Henrico, comiti Castri
Portuensis, et Glarembaldo, domino Rosetensi, et Radulpho, domino
de Turno, promisit quod quantum de suis possessionibus eidem ad
construendum cenobium conferrent tantum spacium in celesti patria
possiderent. Qua promissione prefati principes freti, prompte et
large de suis possessionibus ad fundandum Signiacense cenobium
contulerunt.
Anno igitur incarnati Verbi millésime centesimo tricesimo quarto^,
registre, dans d'Arbois, Hist. des comtes de Champagne, t. II, p. x des Feoda,
article 116, et dans Longnon, Livre des vassaux du comté de Champagne,
p. 237, n" 41.
« Radulfus de Balaan, ligius, et tenet Gastrum Portuense, reddibile et jura-
bile, s Quatrième registre, dans d'Arbois, t. II, p. xxvi, article 347, et dans
Longnon, p. 248, n° 135.
1. A défaut des textes conservés aux archives des Ardennes, je renvoie aux
extraits de l'abbé François De Camps, dans le ms. français 8344 de la Bibl.
nat., p. 26-29.
2. D'Arbois de Jubainville, Uist. des comtes de Champagne, t. V, p. 97,
n" 959 du Catalogue.
3. Ibid., t. IV, p. 667.
4. Le territoire de Château-Porcien, Ardennes, arr. de Rethel.
5. Un distique, copié au xv'' siècle, sur le fol. 217 v° du ms., rappelle ainsi
la date de la fondation de l'abbaye :
Centnm mille datis trigintaque quatuor annis
Signiacum fundas aprilis in octo kalendis.
646 MANUSCRITS
tercio decimo kalendas aprilis, venerabilis pater domnus Humber-
tus, abbas Igniaci, vir tocius sanctitatis, de mandate sancti Ber-
nardi, duodecim monachos elegit de conventu Igniacensi, preficiens
eis abbatem donnum Bernardum, qui, cum esset canonicus regularis
in monasterio Sancti Auberti Gameracensis , pre desiderio artioris
vite, sese Igniacum contulerat, virum scilicet strenuura et pru-
dentem.
Igitur duodecim predicti fratres, cum abbate suo, ad locum qui
Signeium dicebatur, ad construendum ibidem monasterium devene-
runt, qui locus situs est in territorio Portuensi. Intérim vero pre-
dicti fratres in loco qui Dresia^ dicitur manserunt donec oratorium
cum suis edificiis, monasterio neccessariis, in prefato loco construe-
retur. Oratorium cornes Campanie Tlieobaldus propriis sumptibus
ediflcavit. Memorati itaque fratres, licet in inicio in magna penuria
rerum temporalium constituti, coopérante Domino, et numéro et
merito in brevi creverunt. Insuper et amplis possessionibus dilatati
sunt.
Eo tempore, donnus Willermus, abbas Sancti Theoderici^, abba-
ciam suam deserens, in cenobio Signiacensi factus est monachus, ut
divine speculationi quanto secretius tanto devocius et fervencius
inhereret. Hic autem, prêter religionis et virtutis insignia, in litlera-
rum sciencia peritissimus habebatur, ita ut septem liberalibus arti-
bus esset sufficienter imbutus. Et quoniam beato Bernardo valde
familiaris erat, idem sanctus a Gysterciensi capilulo impetravit ut
dictus Willermus, cum duobus monachis, sicut abbas hospes, loqui
posset et quo vellet secum ducere extra claustrum. Scripsit idem
sanctus ad prefatum virum librum apologeticum et alium de gratia
et libero arbitrio. Scripsit ad eundemplures epistolas in quibus quid
de eo senciat liquet legentibus cas. Donnus itaque Willermus, optato
potitus ocio et quiète, amorem venuste Rachelis lippe Lye préfé-
rons^, dilecte Rachelis cupilis amplexibus fruebatur, et aliquociens
cum Maria ad pcdes Domini sedens, audiebat verbum illius, cum
sancto David psallans (sic) et dicens : « Audiam quid loquatur in
me Dominus Deus''. » Unde et plerumque fratribus de plenitudine
cordis sui verba vite eterne propensius eructabat.
1. Draize, Ardennes, arr. de Rethel, caat. de Chaumont-Porcien.
2. Sur la vie et les ouvrages de Guillaume, abbé de Sainl-Thierri, voy. Uist.
lut. de la France, t. XII, p. 312-333. L'auteur de l'article a connu la Chro-
nique de Signy.
3. Gen., XXIX.
4. Ps., LXXXIV, 9.
LÉGUÉS A LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE. 647
Preterea, cum idem Willermus in lectionem quorumdam librorum
magistri Pétri Abaelardi incidisset, quedam in eisdem libris que
heresim sapiebant invenit, et inde graviter motus quedam capitula
in quibus perversa docmata continebantur, de eisdem libris collegit,
in quibus idem Petrus perfide contra fidem catholicam docuisse con-
gruis rationibusetsanctorum patrum testimoniiscomprobavit. Mémo-
ratus itaque donnus Willermus eadem capitula que de libris magistri
Pétri designaverat et responsiones ipsius, sanctorum patrum testi-
moniis fultas, quibus perversorum docmatum errores collidebantur,
ad sanctum Bernardum misit, rogans attendus et exorans ut super
lantis malis consilium apponere non differret. Sanctus autem Ber-
nardus, magistrum Petrum secreciori ammonicione conveniens, tam
dévote tamque rationabiliter cum eo egit ut ille quoque compunc-
tus, ad ipsius arbitrium correcturum se promitteret universa'. Sed
cum recessisset ab eo, iniquis stimulatus consiliis, resilivit a consi-
lio saniori, insuper et in concilio Senonensi, ad quod sanctum Ber-
nardum vocari fecerat, nec volens resipiscere nec valens resistere
spiritui quo sanctus loquebatur, sedem apostolicam appellavit. Pre-
sul autem apostollcus, ipsius Pétri perversa docmata per epistolam
beati Bernardi cognoscens, ipsum auctorem eadem sententia cum
suis erroribus involvens, scripta incendio, scriptorem silencio con-
dempnavit.
Ea tempestate, donnus Arnulphus, frater domini de Moriaumez^,
abbas Sancti Nichasii, vir tam generis nobilitate quam vite merito
conspicuus, celestis desiderii ardore succensus, in hoc Signiacensi
cenobio factus monachus, ut regnum celorum compararet, diviciis
pretulit paupertatem.
Donnus etiam Gerardus frater domini de Orcimonte, abbas Flori-
nensis^, vir summe humilitatis et sancte paupertatis amator ferven-
1. Voy. Gallia christiana, t. IX, col. 212.
2. Voy. Gall. christ., t. III, col. 978.
3. Au bas du fol. 219 une main du xv® siècle a ajouté l'épitaphe de ces trois
religieux :
"Willermus, Gerardus, Arnulphus : Monlis pater Hor Wi;
G. Florinensis, A. Nichasyensis, honesti,
Sygniaci monachi post, simul ecce jacent.
Le premier de ces trois prétendus vers désigne l'abbaye de Saint-Thierri par
les mots Mo7is Hor.
Dorn Martène et Dom Durand virent en 1712 le tombeau des trois abbés de
Saint-Thierri, de Florine et de Saint-Nicaise dans le cloître de Signy. Voyage
littéraire de deux religieux bénédictins, I, ii, 150.
648 MANUSCRITS
tissimus, cum duodecim de monachis suis,apudSigniacumveniens,
se cum suis sociis suscipi peciil et impetravit.
Hii igitur très memorati viri tune temporis omni congregationi
quasi tria luminaria refulgentes, suis sanctis monitis et exemplis
pluribus profuerunt.
Monachi vero Florinenses, moleste nimium ferentes quod essent
abbate suo, tam sancto videlicet et incumparabili viro, destituti,
cum nullis precibus redire ad eos acquiesceret, Romam miserunt ad
impetrandum litterasa summo pontificeut adpriorem locum reverti
per censuram ecclesiasticam cogeretur. Quod et factum est. Vir
autem Domini Gerardus, cura Apostolo< posteriorum oblitus, ad priora
se extendens, intendebat potius ad voeem Domini admonentis eum
pcrsequi ad bravium superne vocacionis quam ad homines ad ea que
reliquerat redire suadentes. Unde nec mandato executoris domini
pape parère volens, excommunicatus est. Qua de re, Romam profec-
tus est, ubi cum advenisset, ad pedes domini pape provolutus,
absolutionis beneficium postulavit et ut liceret ei reliquum vite sue
in Signiacensi cenobio Domino famulari-, summo autem pontifice
ejusdem peticioni nolente prebere assensum, sed potius ut ad prio-
rem locum rediret suadente, abscessit, ad hospicium suum tristis
rediens et confusus, et ut nemini communicaret utpote excommuni-
catus, juxta asinum quem secum adduxerat, solus in stabulo man-
ducavit, nemini quicquam loquens. Que res cum ad noticiam summi
pontificis pervenisset, accersiri faciens virum sanctum ad se, ab
excommunicacionis vinculo eum absolvit, humilitatem ejus et sim-
plicitatem plurimum admirans, cum benedictione apostolica eum ad
propria remisit, concedens ut liceret eidem secundum votum suum
in Signiacensi cenobio deinceps conversari. Ipse igitur a Roma Signia-
cum regressus, ob fervorem ordinis et exemplum vite, functus est
officio prioratus, et aliquantis supervivens annis, plenus dierum et
virtutum in eodem officio defunctus est. In ipso moriente innata vive-
bat humilitas. Nam, cum jam vicinus esset morti, abbatem et fratres
ad se accersiri fecit, eos summopere deprecans et exorans ne, ipso
morluo, corpus ejus in claustro vel in oratorio sepelirent, sed in
cimiterio, sub stillicidio tecti oratorii, ut cadaver ejus citius putre-
fieri potuisset. Sepultum igitur est corpus ejus juxta murum oratorii
contra altare sanctorum martyrum, ad cujus tumulum quidam febri-
citantes et alii diversis languoribus fatigati, gratia recuperande sani-
l. Petri ep. II, ii, 20.
LÉGUÉS A LA BIBLIOTHEQUE NATIONALE. 649
tatis venientes, curati sunt. Cura igitur tumulus hujus sancti a multis
frequentari cepisset, venerabilis abbas hujus monasterii donnus Ber-
nardus, cum quibusdam fralribus, ad eundem tumulum accessit et
quasi cum vivo loqueretur dicebat : « Quid est, frater ? Nos de sanc-
« tilate vite et conversationis tue minime dubitamus. Quorsum ista
« rairacula ? Visne a secularibus ad sepulcrum tuum venientibus
« quietem hujus monasterii perturbari ? In nomine Domini nostri
« Jhesu Ghristi, precipimus tibi quatinus a perpetratione miraculo-
« rum istorum désistas : alioquin nos corpus tuum extra monaste-
« rium sepehemus, ut seculares ad tumulum tuum liberum habeant
« accessum et ne fratres amplius inquiètent. » A die ergo illa et
deinceps ibidem miracula fieri cessaverunt.
Memoratus autem donnus Willermus vitam sancti Bernardi abba-
tis exorsus est scribere, ipso quidem vivenle sed penitus ignorante.
Accidit taraen ei contra desiderium suum quia, sicut in prefatione
ejusdem vite vereri se denunciat, preocupatus morte, non explevit
quantum animo conceperat stilo mandandum. Ipse autem vitam ean-
dem usque ad tempus scismatis contra Innocentium papam a Petro
Leonis conflati fidehter et eleganter digessit. Gursum autem vite sue
sancto finecumplens, obdormivit in Domino. Corpus ejus in ciaustro
juxta introilum capituli traditum est sépulture.
Postquam autem donnus Arnulphus, quondam abbas Sancti Nicha-
sii, de quo superius fecimus mentionem, de hac vita migravit ad
Dorainum, corpus ejus in ciaustro ante armarium sepultum est.
Per idem tempus, homo quidam de terra Rumigniacensi^ Milo
nomine, férus admodum et protervus, occasione cujusdam posses-
sionis de qua a Signiacensibus se exheredari querebatur, donnum
Bernardum, abbatem Signiacensem, interficere volens, ultione divina
incontinenti multatus lumen perdidit oculorum. Quo facto, miser
ille homo divinam in se sentiens ultionem, nimiura perterritus, abba-
tem cepit rogare ut precibus ejus lumen recuperaret amissum, pro-
mittens sub attestatione divini nominis quod, nec per se nec per
alium, ecclesiam Signiacensem de cetero molestaret. Abbate autem
et omni conventu devotissime et instantissime Domino supplicanti-
bus, predictus Milo lumen amissum recepit. Post modicum vero
tempus, idem Milo, inslinctu diabolico, iterum furore succensus,
irruit in abbatem, ipsum volens interficere, sicut prius ; sed statim
ultio divina secuta est. Nam flagello cecitalis perpétue mox in ipso
1. Rumigny, Ardennes, arr. de Rocroi.
650 MANUSCRITS
facinoris conamine percussus est. Abbas autern et conventus iterum
pro ipso Dominum rogaverunt, sed minime exauditi sunt. Predictus
vero abbas, secundum Domini mandatum, bonum pro malo reddens,
concessit ut in monasterio Signiacensi neccessaria victus et vestitus
eidem quoad viveret preberentur. Vixit autem idem Mile postea xl^
et amplius annis usque ad tempus donni Gerardi, noni abbatis
Signiacensis.
Anno ab incarnatione Domini M" C° L" secundo, dominus de Rumi-
gniaco quandam villam que tune Seri Fontes vocabatur, quod nomen
mutatum est in Bonum Fontem, ad construendum ibidem cenobium\
donno Bernardo, tune abbati Signiacensi, contulit. Donnus igitur
Bernardus abbas, duodecim raonachos de conventu Signiaci eligens,
ad dictum locum destinavit, preficiens eis abbatem donnum Theode-
ricum, virum religiosum et honestum. Et quia possessio illa quam
dominus de Rumigniaco contulerat pro fundalione Boni Fontis minus
sufficiebat ad sustentationem fratrum Domino ibidem famulantium,
dictus Bernardus de possessionibus Signiacensis ecclesie très gran-
gias eidem loco contulit, \idelicet grangiam de Martinsart, et aliam
que dicitur Walepia^, et terciara que dicitur Guyns^ Igitur predicti
duodecim fratres, cum abbate suo Theoderico, nullatenus a Signiaco
discedere voluerunt nisi sub tali conditione quod, quando aliquis
monachus vel conversus de eorum conventu moreretur, tantum pro
60 ab unoquoque monacho vel converso Signiacensis monasterii fieret
quantum pro unoquoque eorum fieri consuevit, et ipsi quoque pro
Signiacensibus idem se perpetuo facturos spoponderunt. Quod vide-
licet a tempore illo ab utrisque firmiter et fideliler usque ad tempus
donni Martini per annos ferme nonaginta observatum est.
Prefuit autem donnus Bernardus cenobio Signiacensi circiter
XX duobus annis, et tandem in cenobio Igniaci promotus est in abba-
tem'^, ubi cum aliquantis annis prefuisset, senio et debilitate confec-
tus, multis precibus ut ab honere offîcii sui absolveretur obtinuit,
et apad Signiacum rediens secundum votum suum, post modicura
tempus ab hac vita excedens, migravit ad Ghrislum. Fuit autem
1. Sur l'abbaye de Bonnefontaine, au diocèse de Reims, voy. Gall. christ.,
t. IX, col. 314. Le passage de la Chronique de Sigay relatif à la fondation de
Bonnefontaine y est rapporté d'après l'ancienne édition du Gall. christ.
2. Waleppe, Ardennes, arr. de Rethel, cant. de Chàteau-Porcien, comra. de
Sevigny-Waleppe.
3. Coingt, Aisne, arr. de Vervins, cant. d'Aubenton.
4. Voy. Gall. christ., t. IX, col. 301.
.1 .
LÉGUÉS A LA BrBLIOTHEQUE NATIONALE. 65^
memoratus abbas largus corde, vultu hilaris, et omnibus affabilis.
Unde a principibus terre tantam meruit gratiam et favorem ut quic-
quid ab eis peleret impetraret.
Successit autem eidem Bernardo in regimine Signiacensis ecclesie
donnus Alardus de Gennilaco, ejusdem ecclesie monachus. Hic claus-
Irum de nigris lapidibus edificavit. Golumpnas vero, bases et capi-
tellaveieris claustri reponi fecitin terra, sicut ab antiquis dedicimus,
scilicet inter dormitorium conversorum et domumlatomorum. Idem,
quodam tempore, Laverniacum' veniensprecepit conversis ut altare
ecclesie beati Remigii amoverent. Conversis autem hoc facere recu-
santibus et contradicentibus, ipse ad ecclesiam veniens, destruere
altare cepit, sed statim a planta pedis usque ad verticem paralisi
percussus, ab opère quod ceperat cessavit, sero penitens quod altare
beati Remigii confringereattemptasset. Prefuit autem ecclesie Signia-
censi decem et octo annis, et pre debilitate et infîrmitale amplius
abbatizare non valens, cessit ; aliquantis post hec vivens annis, mor-
tuus est in senectule bona et in capitulo sepultus.
Post hune ecclesie Signiacensi prefuit donnus Balduinus, mona-
chus Igniaci, duobus annis et mortuus est.
Eo tempore, sancte et pie memorie donnus Petrus ad Oculum^
Igniacensem regebat ecclesiam merito et officio pastorali. Hic, mor-
tuo donno Balduino, apud Signiacum veniens, donnum Gerardum,
ejusdem loci priorem, de voluntate et consensu electorum, creavit
abbatem, virum utique sanctum, Deo amabilem et devotum. Donnus
igitur Gerardus, in abbatem promotus, quantum ceteris officio prela-
tus erat, tantum humiUtate omnibus minor erat, juxta illud Sapien-
tis consilium dicentis : « Quanto major es humilia te in omnibus^, »
et illud : « Qui major est, ne erit vester minister"' ? » Studiose etiam
illud beati Pétri preceptum observabat, ubi pastoribus precipit
dicens : « Non dominantes in clero sed forma facti gregis ex animo^, »
ut posset cum Apostolo dicere : « Imitatores met estote sicut et ego
« Ghristi^. » Etquanvis in scola Ghristi didicisset esse mitis et humi-
1. Lavergny, Aisne, arr. et cant. de Laon, comm. de Parfondru.
2. Plus connu sous le nom de « Petrus Monoculus. b II fut successivement
abbé de Vairoi (en 1164), d'Igny (en 1169) et de Clairvaux (en 1179). Il mourut
en 1186. Voy. Gall. christ., t. IX, col. 312 et 301 ; et t. IV, col. 803.
3. Ecclesiasticus, m, 20.
4. Marc, x, 43.
5. Pétri ep. I, v, 3.
6. Pauli ep. I ad Corinthios, iv, 16.
652 MANUSCRITS
lis, in corrigendis tamen subditorum excessibus non erat negligens
aut remissus, sed mox ut cepissent oriri, sicut aitbeatus Benedictus,
ea ut prevalebat radicitus amputabat, ita ut mali, si qui essent,
ipsum metuerent ut magistrum, boni autem diligerent sicut patrem.
Donno igitur Petro Igniacensi abbate, de quo superius fecimus
mencionem, promoto in abbatem Glare Vallis, donnus Gerardus, abbas
Signiacensis, in regimen Igniacensis cenobii eidera successif, cui
ecclesie cum aliquantis annis prefuisset, a tumultu temporalium
curarum quiescere cupiens, abjecta pastoralis officii sarcina, apud
Signiacum rediit et aliquantis supervivens annis, sobrie et pie et
juste inter fratres conversatus est. Cura autem sciret diem sui obitus
imminere, dominici corporis et sanguinis sacrificium devotissime
obtulit Deo patri, et post omnes officinas raonasterii circumiens,
quasi de hoc seculo recessurus, omnibus et singulis valedixit, et
rediens ad infirmilorium, extrême unctionis sacramentum sibi dari
postulavit; quo cum omni devocione percepto, nemini ampliusquic-
quam loquens, sanctam animam suo cui jam diu servierat reddidit
creatori. — Prefuit^ autem Signiacensi ecclesie quinque annis.
Post donnum Gerardum, donnus Walterus, abbas Boni Fontis,
prefuit ecclesie Signiacensi iiii"'' annis, et ipse bonus homoque reli-
giosus. Nam solitus erat interdum singulorum monachorum lecto
decumbencium vascula in quibus urinam faciebant ab urina evacuare
et eadem Iota aqua ad lecta eorum referre, prius monachus Ignia-
censis, frater domini de Roumains.
Ipso mortuo, donnus Guido, prior Signiaci, successit eidem, cum-
que 1111°'' annis prefuisset et dimidio, ad instanciam suam, ab honere
officii sui absolutus est.
Cui successit donnus Stephanus, monachus Signiacensis, et ipse,
cum duobus annis prefuisset, mensuram virium suarum pondus
honeris excedere videns, voluntarius cessit et libens.
Post hune, donnus Jacobus Remensis^, supprior Glare Vallis, fac-
tus est abbas Signiaci. Hic conventum duodecim monachorum misit
ad locum qui dicitur Eslrivias'', constituens eis abbatem donnum
1. Pierre ayant été nommé abbé de Clairvaux en 1179, c'est à cette même
année ou environ qu'il faut rapporter le passage de Gérard à Pabbaye d'Igny
et la promotion de Gautier aux fonctions d'abbé de Signy.
2. Addition marginale.
3. 7?em. est ajouté en interligne.
4. Une main du xv» siècle a ajouté en marge du fol. 222 : « et nunc dicitur
Vallis Sancti Lamberti, in Leodiensi. » L'abbaye de Vau-Saint-Lambert.
LÉGUÉS A LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE. 653
Guidonem, qui jam abbatizaverat in monasterio Signiaci. Per idem
tempus, tanta dissentio, tanta discordia tam monachorum quam con
versorum contra donnum Jacobum abbatem orta est ut nec in menas
terio propter monachos, nec in grangiis propter converses securus
esse posset. Unde cum videreL fere omnes a se dissentire, onus sibi
impositum abiciens, apud Claram Vallem, unde venerat, remeavit
Prefuit autem fere per quinquennium ecclesie Signiaci.
Donnus autem Gerardus dictus li Beges, post donnum Jacobum
prefuit monasterio Signiaci septem annis et totidem mensibus ; pos
tea cessit.
Gui donnus Egidius successit, et prefuit ecclesie Signiaci v annis
Eodem tempore, cum vir nobilis R., dominus Castri Portuensis
ecclesiam Signiaci damnis et injuriis plurimis molestaret, et donnus
Egidius abbas super lioc apud dominum Philippum, illustrissimum
virum, regem Francorum, querimoniam deposuisset, domini régis
ballivus, de mandato ipsius, cum exercitu ad obsidendum Gastrum
Portuense profectus est, cumque jam appropinquasset eidem caslro,
dominus R. , ballivo obvius pergens, ei claves ejusdem castri reddi-
dit, promittens se pro voluntate domini régis quicquid deliquerat
correcturum. Insuper et quandam summam pecunie eidem contulit
ut recederet a terra ipsius. Hac de causa, dominus Castri Portuensis
tanto furore succensus est ut preciperet fratribus suis quatinus abba-
tem Signiacensem interficerent vel aliquo membro mutilarent. Don-
nus autem Egidius, ut occasionem malignandi insidiatoribus suis
auferret, cedens tempori, Igniacum rediit, ubi ab onere officii sui est
ad instanciam suam absolutus.
Donno Egidio successit donnus Hugo, prior Longi Pontis, cumque
prefuisset v annis, et ipse ad instanciam suam ab officio suo abso-
lutus est, non longe post, factus est abbas Frigidi Montis ^ , et tan-
dem abbas fuit Longi Pontis.
Post donnum Hugonem, donnus Petrus, supprior Longi Pontis,
prefuit ecclesie Signiaci duobus annis ^.
Quo amoto, donnus Egidius, cellerarius Igniaci, secundo factus
est abJDas Signiaci, et prefuit eidem ecclesie ix annis. Ipse ossa donni
Willermi, quondam abbatis Sancti Tbeoderici, et donni Arnulphi,
1. Hugues était abbé de Froimond en 1216 (Gall. christ., t. IX, col. 831). On
peut supposer qu'il avait été appelé vers l'année 1210 à remplacer Gilles comme
abbé de Siguy.
2. Les auteurs de la Gallia christiana (t. IX, col. 306) disent avoir vu le
nom de l'abbé Pierre dans des actes des années 1211 et 1213.
4894 42
654 MANUSCRITS
quondam abbatis Sancti Nichasii, etdonni Gerardi, quondam abbatis
Florinensis, de tumulis in quibus usque ad tempus illud jacuerant
levavit, el eadem intra murum oratorii, juxta introilum ecclesie a
parte claustri, in quadam tlieca, cum honore debilo collocavit. Huic
autem Iranslationi vicini abbates interfuerunt. Idem etiam abbas,
circa finem vile sue, edificavit calefactorium et refectorium monacho-
rum. Mortuus est apud Loniacum^, et apud Siguiacum relatus, ibi-
dem in capitulo sepultus est.
Post hune, donnus Renardus, cellerarius Signiaci, prefuit eidera
ecclesie xm annis. Hic fabricam novi oratorii et dormitorii ediûcare
cepit. Sumptus pecunie pro edificando dormitorio domina de Roseto
rainistravit. Vecturas vero et panem lathomorum de substancia
domus donnus abbas Renardus procura vit. Ipse, mortuo donno
Nicholao, abbate Igniaci, eidem substitulus est^.
Gui sucessit apud Signiacum donnus Hugo, cellerarius Signiaci,
tribus annis et tribus mensibus; et ipso in capitulo Gysterciensi
amoto, donnus Herbertus, monachus de Vacellis, successit eidem
cumque prefuisset ecclesie Signiaci quatuor annis et vu mensibus,
et ipse a vilUcatione sua araotus est.
Huic donnus JVIartinus, cellerarius Igniaci, successit. Hic, prêter
alla bona que per ipsum Dominus ecclesie Signiaci operatus est,
nummos quos dominus de Galvo Monte et dominus Castri Portuensis
in nemoribus nostris quando vendebantur percipiebant, et omne
dominium et advocatiam, bannum et justiciam et quecumque habe-
bant vel habere poterant in monasterio Signiaci et in omnibus terri-
toriis et locis ejusdem monasterii, villani etiam de Donmeris et
omnem advocaciam de Tyno^, cum omnibus appendiciis suis, acqui-
sivit, sicut in cartis ejusdem ecclesie plenius continetur. Gumque
donnus Martinus octo annis et tribus mensibus ecclesie Signiaci
strenue prefuisset, rediens a capitulo, apud Glararn Vallem egrotare
cepit. Inde profectus, Gatiialaunum venit, et ingravescente morbo
ulterius progredi non valens, post aliquantos dies ibidem bono et
placido fine quievit. Corpus ejus apud Signiacum relatum est et in
novo capitulo a sex abbatibus honorifice sepultum.
1. Peut-(Hre Lonny, Ardennes, arr. de Mézières, cant. de Reawez.
2. Nicolas est cité comme abbé d'Igny en 1211 et en 1226 {Gall. christ., t. IX,
col. 302). Les Bénédictins ne lui donnent pas Renard pour successeur.
3. Dommery et Thin-le-Moutier, Ardennes, arr. de Mézières, cant. de Signy-
l'Abbayc.
LÉGUÉS A LA BIBLIOTHEQUE NATIOIVALE. «55
Tanta< autem bona per abbatem MarLinum Dominus operalus est
ut ipsesolus, parvo tempore quo ecclesie Signiaci prefuit, plus acqui-
reret quam omnes qui inter ipsum et domnum Bernardum, primum
abbatem, Signiacensi ecclesie prefuerunt. Et certe melior est acqui-
sitio ejus thesaurizatione argenli et auri et multo utilior quam si
XL* milia librarum in thesauris ecclesie reliquisset. Hec autem
dicimus, ut memoria ejus in benedictione apud nos omni tempore
habeatur et nulla oblivione in posterum deleatur,
Post hune domnus Poncardus^, cellerarius Vallis Régis, Signia-
censi ecclesie prefuit decem annis. Qui tandem ad capitulum Gyster-
ciense pergens, cum ad domum Trium Fontium devenisset, vehe-
menter egrotare cepit, et ultra progredi non valens, ibidem lecto
decubuit. Invalescente autem cotidie infirmitate, post mensem mor-
tuus est. Corpus ejus apud Signiacum relatum est et in capitulo a
seplem abbatibus traditum sépulture. Novum dormitorium, quod jam
dudum ceptum et ediflcatum usque ad auditorium fuerat, ipse per-
fecit. Similiter infîrmilorium novum totum prope ipse composuit.
Ponchardo abbate Signiacensi defunto et tradito sépulture, suces-
sit ei domnus Robertus, cellerarius, quem^ conventus Signiacensis
quinque habuit annis domitorem; qui, etiam plus ac favorabilis,
jam inceptum infirmitorium perfecte jusserat compilari, novoque
compilagio vacavit diligenter, videlicet ecclesie, circa quam multum
est laboratum. Gujus opéra moresque conspicui nobis ab omnibus
multum sunt commendandi.
Postea successit domnus Robertus de la Bassée, tune cellerarius
Signiaci, homo bonus, senex et plenus dierum, qui sub tribus abba-
tibus predecessoribus suis, dominis videlicet Herberto, Martino et
Poncardo, officium cellerarie per viginti annos fîdeliter rexit, sapien-
ter amministravit et utiliter ordinavit, et magnam provisionem pro
opère novi monasterii de lapidibus nigris de Ghassignis juxta Mon-
tem Acutum fecit. Et postea electus in abbatem Signiaci, multum
per omnem modum pro tempore suo ad opus edificii nove ecclesie
laboravit, et multas et graves expensas, tam pro placitis quam reques-
tibus et edifîciis diversis, sustinens, rébus bene et fideliter adminis-
tratis per quinque annos et menses quatuor, benignus et plus,
multis gravibus infirmitatibus subjectus et senio fessus, spontanea
1. Ici changeiïieat d'écriture.
2. Une main plus moderne a corrigé ce mot et l'a remplacé par « Poncius. »
3. Quam dans le ms.
656 MANUSCRITS
voluntate cessit, et per novem ebdomadas postea supervivens spiri-
tum Domino reddidit et in Christo requievit.
Post hune, successit dominus Bertrannus de Guieron, cellerarius
dicte donnus Signiaci, homo valens, fortis et robustus, vir bone reli-
gionis et honest'e conversationis, vir magne constantie et in rébus
dubiis providus et aslutus ; qui etiam mulla difficilia et periculosa
placitaet per omnem modum surapluosa contra capitulum Remense
et contra homines et villas de potestatibus, contra Mosomenses^ et
suos, et pro nemore Frigidi Montis, per longum tempus, cum niraiis
laboribus sustinuit, et usque ad flnem debitum prosecutus, scientia
et ordinatione debitis, pace vel judicio omnia terminavit. Qui etiam
periculosissimas guerras que suo terapore emerserunt, et specialiter
contra dominos Gastri Portuensis, contra dominum de Audenarde,
contra dominum de Ruppa, contra dominum de Begins et contra
quam plurimos alios virililer sustinens, et quasi leo rugiens ad nul-
lius pavens occursum, suis monachis, conversis, famulis vel stipen-
diariis occisis sepius nuntiatis, sempcr quasi intrepidus sua négocia
die noctuque procurans, et suos quoscumque examinans et confor-
tans, laboribus incredibilibus, anxietatibus et expensis quasi innu-
merabilibus féliciter terminavit, et bine inde emendis receptis et inde
pro periculis evilandis traditis, pace vel judicio omnia fere consum-
mans, ea ad bonum terminum perduxit, et Dei ordinatione evasis
periculis quam plurimis, de predictis omnibus ad finem debitum est
perductus. Qui etiam circaquam plurima diversa edificia etacquesta
in diversis locis facta non modica, apud Macerias, apud Alnetum,
ad Scaller[iam], apud Villainu[m], apud Gastrum Portuense, in curie
de Brayo, de Gapp[is]^ multa et maxima bona posuit et in eisdem
consummavit; et, rébus sui monasterii per decem et octoannos cum
octo mcnsibus laudabiliter administratis, in pace requievit, domum
Signiaci in bono et laudabili derelinquens^.
1. L'abbaye de Mouzon, au diocèse de Reirns, aujourd'hui dans les Ardennes,
arr. de Sedan.
2. Mézières, Ardennes. — Launoy-sur-Vence, arr. de Mézières, cant. de
Signj -l'Abbaye. — L'Écailière, arr. de Rocroi, cant. de Signy-le-Petit, conim.
d'Éteignières. — Villaine, arr. de Rocroi, cant. de Rumigny. — Chàteau-Por-
cien, arr. de Rethel. — Bray, arr. de Mézières, cant. de Flize, comm. d'IIannogne.
— Cliappes, arr. de Retbel, cant. de Chaumont-Porcieu.
3. Sur le fol. 224, il existe une première rédaction de la notice relative à
l'abbé Berlraii. Elle a été cancellée, mais le texte en est parfaitement lisible.
En voici la reproduction :
« Post hune, domnus Bertrannus, cellerarius Signiaci, in abbatis oflicio tam
LEGUES Â LA BIBLIOTHEQUE NATIONALE. 657
Post hune, dominus Arnulphus de Ventelayo, monachus el celle-
rarius malris domus Igniacensis, homo pius et benignus, qui, ut
dicitur, conventui tercium scapulare dédit et habere permisit, qui
etiam dari monachis predicantibus in capitule diebus sollennibus
vini melioris unarn justiciam ordinavit, Ipse etiam reincepit opus
pretermissum novi monasterii, sed consilio quorumdam minus dis-
crète acquiescens, illud pulcherrimum 0 quod erat in pinaculo
deponi precepit, et totum opus dicti templi demisit et deposuit in
bassum usque ad quanti tatem novem pedum. His mediantibus, mali-
volenliam totius conventus incurrit, et, quam ferre non volens,
locum dimisit, et statim accepta cessione sua ad propria remeavit,
postquam per quatuor annos cum quinque mensibus domum
Signiaci gubernaverat, et postea, per aliquos annos supervivens in
Domino requievit.
Post hune, successit dominus Johannes de Avia, quondam magis-
ter conversorum Signiaci, homo mittis, pius et benignus, qui fuit
honeste conversationis et bone rehgionis, et suo tempore in bonis
temporalibus l3ene et optime fortunatus, et multum semper intentus
fuit circa fabricam nove ecclesie, et de facultatibus sibi a Deo datis
et concessis in opus dicte ecclesie largiter ponebat, et conventum
suum ibidem introducere cupiebat, quod tamen morte preventus non
fecit. Non fuit etiam placitis sumptuosus, sed contra Mosomenses
continue placitavit. Fuit etiam circa predicationes intentus, et suos
subditos in suis predicationibus verbis gratiosis utiliter instruebat.
Fuit etiam diversis infîrmitatibus satis fatigatus, et ad ultimum,
causa visitationis ad abbatiam Vallis Sancti Lamberti descendens,
ultra progressus, usque ad Mallestot in Alemanniam descendit, et
ibi quasdam potiones quorumdam fontium accipiens minus discrète,
in reversione sua in curte de Maisoncellis juxta Signiacum, cum
vite merito quam doctrine dignus est stabiliri. Hic annis octodecim et octo
mensibus prelationis offîcium strenue gubernavit. Cujus in temporibus, moles-
tias dampnaque plurima nostra ecclesia, tam a vicinis militibus quam a lon-
gi[n]quis, fortissime lolleravit; quam utpater egregius, tam suo consilio quam
principum solacio, fortiter defensavit, videlicet contra illos de Seames seu de
Postes abbatemque Mosomensem seu dominum Jofridum de Castro Portuensi.
Hic multa edificia per loca nostra ad profectum ecclesie, in quantum potuit,
ampliavit. Qui, post hujus miserie cursum, terre corpusculum coramendavit,
reddens, prout credimus, ei divina gracia annuente, nostro in celestibus spiri-
tum Salvatori, et secundum morem ordinis in parte australi nostri capituli
tumulatus, honorifice requiescit, tumbam habens marmoream, in ejus laudem
versibus adornatam. Christi solamen in celis sential. Amen. »
658 MANUSCRITS
domum Signiacensem per très annos cum quatuor mensibus lauda-
biliter gubernasset, vita privatus est et in Domino requievit.
Post hune, successit Poncardus de Wasigniaco, dictus li Quaillos,
médius cellerarius et causidicus Signiacl, qui fuit vir sapiens et
discretus, vir subtilis et religiosus et circa agibilia valde intentus
sollicite et cum omni diligentia negotia ecclesie sue fideliler pro-
curans, intus et extra, in verbis et factis quam plurimum tempe-
ratus, in reprehensionibus subditorum valde discretus, in cor-
rectionibus misericors et benignus. Libenter predicabat, verbum
divinum subtiliter exponens, animos subditorum suorum multis
exemplis Claris, exhortationibus et monitionibus suis devotissime
instruebat. Girca fabricam nove ecclesie multum fuit sollicitus,
Novas caméras pulcherrimas cum magnis laboribus et expensis
edificavit, et multa gravia placita tempore suo contra Mosomenses
habuit, que sua diligentia et subtilitate, mediantibus multis et magnis
custibus et expensis, ad finem debitum viriliter perduxit. Fuit
sobrius, modeslus, mansuetus et pius. Et cum per sex annos cum
novem mensibus domum Signiacensem laudabiliter gubernasset,
infirmitate gravi detentus, ad lectum decidit, et cum cognovisset
quod moreretur, magnam partem convenlus ad se vocari precepit et
unde agebatur eidem conventui fideliter intimavit, et qualiter domum
Signiacensem bonis temporalibus munitam et refertam ac eciam
pecuniosam relinquebat per omnia significans, in Ghristo benigniter
requievit. Cujus anima in pace perhenniter requiescat. Amen.
Dom Claude Guy ton nous a conservé* le texte d'une nomen-
clature des abbés de Signy qu'on avait copiée à une époque
moderne sur un feuillet volant placé à la fin du manuscrit de
Sigebert^. Nous allons reproduire la transcription de dom Claude
Guyton :
24. Domnus Poncardus regimen suscepit, ac deinde in abbatera
Igniaccnsem est electus.
25. Joannes de Wasigny, annis xxii.
26. Arnoldus de Wasigniaco.
27. Joannes a Castro Porcensi, annis xxx.
28. Nicolaus de Fraillicourt, annis xx.
1. Ms. français 23474, fol. 210 v» et 211.
2. Ce feuillet volant paraît avoir passé sous les yeux de Marlol; voy. Marlot,
Metropolis Remensis historia, t. II, p. 878.
LÉGUÉS A LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE. 659
29. Gerardus de Nouvion, xi annis.
30. Joannes de Mouzy.
3^ . Joannes de Geris, annis xx.
32. Guillelmus Leodiensis, annis vu,
33. Ogerinus de Sezanne. Fit deinceps Igniacensis abbas. Sub eo
reformacio Signiacensium inducilur. Annis circiter 28.
34. Nicolaus de Snippe,... annis. Anno ^4'I2, vigesima Augusli,
cum conventu quilavit abbati et religiosis Vallis Sancli Lamberti a
solutione 36 septiers.
35. Gobertus de Gharlange.
36 abbas regularis domnus Tristandus de Bizet, Trecensis, ex
monacho Glarœ Vallis, ultimus abbas regularis, postea episcopus
Xantonensis.
Abbates commendatarii.
^. Ex cessione Trissandi, 4 550, Garolus de Bourbon, cardinalis.
2. Annibal de Russelay, i talus, Garcassonensis episcopus.
3. Ludovicus de Russelay, prsecedentis nepos, anno 4602.
4. Antonius de Bourbon, cornes de Moret, Henrici IV, Francorum
régis, filius naturalis, anno 4 620.
5. Armandus Joannes du Plessis, cardinalis de Richelieu.
6. Marcus de Baradat, cum sequente, ab anno 4 643 ad annum 4 693.
7. Henricus de Baradat, superioris frater, ex ejus resignatione.
8. Franciscus de Gamps, annis 30, usque ad annum 4 723.
9. Ludovicus de Harcourt, ab anno 4723. Vir vere ecclesiasticus
et eximise sanctitatis , vicarius generalis eminentissimi Ludovici
Antonii de Noailles, Parisiensis archiepiscopi.
La première partie de la liste qu'on vient de lire dérivait sans
doute du catalogue copié sur la première page du manuscrit de
la Chronique de Sigebert et qu'il n'est pas inutile de donner ici.
Anno ab incarnatione Domini M° G" XXX'' IIIP, viii" kalendas
aprilis fundata est domus Signiaci.
Abbas ^ I. Bernardus, xxii annis. Hic postea fuit abbas Igniaci.
II. Alardus xviii annis.
III. Balduinus, ii annis.
IIII. Gerardus, annis v.
V. Walterus, un annis.
1. Le commencement de celte liste paraît avoir été copié vers le milieu du
XIII* siècle.
660 MANUSCRITS LÉGUÉS A LA BIBLIOTHEQUE NATIONALE.
VI. Guide, annis iiii di[midio].
VII. Stephanus, annis ii.
VIII. Jacobus, annis v.
IX. Gerardus, annis vu mensibus vu.
X. Egidius, annis v.
XI. Hugo, annis v.
XII. Petrus, annis ii.
XIII. Egidius qui supra, annis ix.
XIIII. Renardus, annis xiii. Post abbas Igniaci.
XV. Hugo, annis m mensibus m.
XVI. Herbertus, annis un mensibus vi.
XVII. Marlinus, annis viii mensibus m.
XVIII. Pontius, annis decem.
XIX. Robertus\ annis v.
XX. Bertrannus, annus xviir mensibus vin.
XXI. Arnulphus.
XXII. Joliannes.
XXIII. Poncardus.
XXIIII. Poncardus.
XXV. Johannes de Vasigneio annis xxii.
XXVI. Arnulplius de Vasignie annis
XXVII. Johannes de Castro Porluensi annis
XXVIII. Nicholaus de Fraillicourt, annis xx, mensilîus vr,
poslea cessit.
XXIX. Gerardus de Novionno, annis
XXX. Joliannes de Demouzi, annis xi.
XXXI. Johannes de Seris, annis
XXXII. Guillelmus de Leodio, annis Cessit.
XXXIII. Ogerinus de Sezanne, annis xxviii vel circiler. PosL
Igniaci.
Nicholaus de Soppis
Goberlus de Chalange
Dominus Tristandus Bizet
Léopold Delisle.
l. A partir du dix-neuvième abbé, les noms ont été ajoutés après coup par
diverses mains.
■;i
BIBLIOGRAPHIE.
Manuel de Diplomatique, par A. Girt. Paris, -1894. In-8°, xvi-
944 pages.
1. — Il faut louer d'abord M. Giry d'avoir entrepris ce livre considé-
rable, que tous les savants et tous les étudiants ont aujourd'hui entre
les mains. Du courage et du désintéressement sont nécessaires aux
auteurs de ces grands « Manuels, » qui précisent l'état d'une science à
un moment donné de son développement, en résumant méthodique-
ment les conclusions partielles des spécialistes. Du courage, car, sans
parler du temps et du labeur qu'une pareille synthèse réclame, en
explorant de si vastes domaines on s'expose, on se condamne, — si
bien informé, si consciencieux que l'on soit, — à commettre quantité
d'erreurs matérielles et d'omissions ; les gens prudents, préoccupés par-
dessus tout de ne pas prêter le flanc à la critique, à la critique d'autrui
ou à la leur propre, ne feront jamais de « iManuels. » Du désintéresse-
ment aussi, car, si le « Manuel » ne saurait prétendre à la perfection
enviée qui distingue certaines monographies d'érudition, brèves, élé-
gantes et minutieuses, il ne procure pas non plus la réputation que
donne un beau livre original; on le cite moins qu'on ne s'en sert; on
le consulte plus qu'on ne le lit; tel qui en profita n'en parle néanmoins
que pour en signaler les défauts, les lacunes; enfin les ouvrages de cette
espèce vieillissent très vite : ils n'ont pas de valeur durable.
Ce qui a décidé sans doute M. Giry à braver les dangers de l'entre-
prise, c'est la conviction qu'un « Manuel » solidement établi épargne,
d'une part, aux étudiants beaucoup de recherches superflues, de dégoûts
et de maladresses, tandis que, d'autre part, il n'y a pas d'instrument
plus efficace pour faire, comme on dit, avancer la science. Inventorier
ce que l'on sait, indiquer exactement ce que l'on ne sait pas, c'est per-
mettre aux apprentis de consacrer à frayer des voies nouvelles le temps
qu'ils auraient été obligés d'employer à reconnaître les chemins battus.
— Mais à quoi bon insister? Les grands « Manuels', » qui condensent
1 . Le mot « Manuel » a été déshonoré en français par l'application qu'on en
a faite à des publications élémentaires, scolaires. L'allemand Lehrbuch a con-
servé plus de force et de dignité.
662 BIBLIOGRAPHIE.
avec ordre, sous une forme aisément et promptement assimilable, un
très grand nombre de renseignements positifs, satisfont un besoin res-
senti aujourd'hui par tout le monde en présence d'une production
internationale dont l'accablante activité augmente chaque année ; on ne
peut plus s'en passer. Faut-il rappeler à ceux qui, chez nous, s'en
méfient encore, l'exemple de l'AUeiTiagne, ces Handbuch, ces Lehrbuch,
ces Grundriss, ces répertoires de tout genre, dont les éditions se suc-
cèdent si rapidement, et qui attestent, en même temps qu'ils surex-
citent, l'énergie scientifique de nos voisins ? Le volume du Handbuch
d'Iwan V. Millier et ceux de la Sammlung theologischer Lehrbucher de
Fribourg-en-Brisgau qui intéressent le moyen âge, les deux Grundriss
symétriques de A. Grôber et de H. Paul, pour ne citer que ceux-là, ne
sont-ils pas indispensables aux médiévistes? Aussi bien, M. Giry n'a
pas été le premier à naturaliser en France la mode, impérieusement
commandée par les conditions modernes du travail scientifique, du
« Manuel » -répertoire, composé d'une doctrine brève et d'une biblio-
graphie abondante, mais choisie. A l'époque où j'étais étudiant, il n'y
avait pas encore de bons « Manuels » en français ; l'enseignement est
simplifié aujourd'hui par les ouvrages excellents de MM. G. Paris,
P. VioUet, M. Prou, Engel et Serrure, etc.; une Collection de Manuels
de bibliographie historique a été fondée à la librairie A. Picard, et on
nous fait espérer qu'un « Manuel d'historiographie française » y figu-
rera bientôt; enfin le Manuel de Diplomatique de M. Giry est publié par
la librairie Hachette dans une Collection qui compte déjà deux Manuels
(des « Institutions romaines, » des « Institutions françaises sous les
Capétiens directs »), rédigés sur le modèle des Lehrbuch allemands <.
IL — M. Harry Bresslau a publié en 1889 le tome I" d'un Handbuch
der Urkundenlehre fur Deutschland und Italien. M. Giry n'a pas voulu, à
tort ou à raison, composer, en pendant à ce livre, un « Manuel de
Diplomatique française. » Son livre se présente expressément comme
un Manuel de Diplomatique universelle; la Diplomatique universelle,
champ immense, que M. Bresslau ne s'était pas cru capable d'embras-
ser à lui tout seul 2. Mais ce champ, M. Giry n'a pas laissé de le limi-
L Une des raisons pour lesquelles l'habitude d'écrire des « Manuels » s'est
répandue en Allemagne plus tôt qu'en France, c'est qu'en Allemagne la science
est cultivée surtout, depuis longtemps, par des professeurs, tandis qu'en France
les professeurs de l'enseignement supérieur, par suite de fâcheuses traditions,
ont longtemps abandonné à d'autres les véritables travaux scientiûques. Le
professeur est mieux placé que personne pour concevoir l'utilité des « Manuels »,
et c'est justement son métier d'en faire.
2. Bresslau, p. m : « Eine allgemeine Diplomatik fiir aile Liinder des mil-
lelalterlichcn Europas zu bearbeilen, wird, wenn deii bcrcchligten Anspriichen
der Gegenwart nur anniiherndt genùgt werden soll, ein einzelner Forscher
schwerlich im Stande sein. » — Un « Manuel do Diplomatique » universelle
BIBLIOGRAPHIE. 663
ter en fait, sinon en principe. Pour apprécier sainement son Manuel,
il importe d'en compléter le titre trop général à l'aide des déclarations
de la page vi : « Je n'ai pas hésité à franchir nos frontières, mais je
dois déclarer que le point de vue auquel je me suis placé a toujours été
l'histoire de France. Fondé sur les documents de nos archives fran-
çaises, ce livre s'adresse donc avant tout aux travailleurs qui veulent
étudier les sources de l'histoire de notre pays. »
Une autre déclaration de VAvertisseinent est digne de remarque :
« Ce livre est, pour une bonne part, le fruit d'une enquête person-
nelle Tout en profitant, comme il convenait, des travaux de mes
devanciers j'ai voulu, dans la mesure du possible, vivifier la science
par des recherches nouvelles, et donner à mon travail la valeur qui
peut résulter de l'observation directe. J'ai fait effort pour m'afïran-
chir ainsi d'erreurs traditionnelles » — Introduire dans un Manuel,
qui est un tableau des connaissances acquises, les résultats inédits de
recherches personnelles, cela serait assurément dangereux si l'auteur
n'avait pas soin de distinguer avec précision ce qu'il résume de ce
qu'il ajoute. Mais telle a été, à cet égard, la scrupuleuse attention de
notre confrère que toute objection de principe tombe. On ne peut que
lui savoir gré des observations nouvelles dont il a enrichi les doctrines
classiques '.
Encore une remarque préalable. Le livre de M. Giry, évidemment
sorti d'un cours oral, a une tout autre allure que le traité dogmatique
de M. Bresslau; il est plus familier, plus pédagogique. On y trouve çà
et là des conseils élémentaires, de maître à élève, sur la manière
d'identifier les noms de personne (p. 374) et les noms de lieu (p. 412),
sur la manière de préparer un texte inédit pour l'impression (p. 470),
etc. Il est clair que l'auteur ne s'est pas contenté d'exposer, il enseigne ;
et c'est encore là un trait dont il serait injuste de ne pas tenir compte
en jugeant l'ensemble de l'ouvrage.
III. — Je n'ai pas l'intention d'imprimer ici la liste d'errata et
d'omissa que j'ai pu relever dans le Manuel de Diplomatique au cours
d'une lecture attentive 2. Tous les diplomatistes qui ont lu ce livre ont
ne pourrait êlre rédigé, pour les parties spéciales (règles particulières aux chan-
celleries locales), qu'en collaboration, par cinq ou six Fachgenossen de divers
pays.
1. Voyez notamment livre V, eh. 11, g 1 (Chancellerie carolingienne).
2. Un seul exemple. — Parlant des habitudes de la Chancellerie capétienne
de Philippe-Auguste à Charles IV, M. Giry dit (p. 763) : « Il est arrivé excep-
tionnellement que le roi attestât, par l'empreinte de son scel secret apposée sur
ou sous le repli, qu'il avait vu l'original de la lettre avant qu'elle fût présen-
tée au sceau. » Il cite, en note, un exemple de 1292; il en avait déjà (p. 653)
cité un de 1305. Il aurait pu en indiquer bien d'autres. M. Delisle (Instruc-
664 BIBLIOGRAPHIE.
sans doute par devers eux des listes analogues, quoique différentes.
Gomment imaginer, en effet, qu'un travail d'aussi longue haleine
puisse être parfait? Le moyen de diminuer le nombre des erreurs et
des omissions inévitables, c'était de communiquer les épreuves du
Manuel à beaucoup de personnes compétentes. M. Giry n'y a pas man.-
qué, et il exprime ses remerciements à MM. J. Havet, Thomas,
Bémont, Lemonnier, Prou, etc. Gomme il est d'intérêt public qu'un
pareil recueil de faits soit aussi correct et aussi complet que possible,
je pense que tous ceux d'entre nous qui ont quelques lumières sur des
questions particulières de Diplomatique générale ou spéciale auraient
volontiers soumis à l'auteur des renseignements ou des scrupules, s'il
l'avait désiré. Il en recevra sans doute beaucoup, de tous côtés, en vue
d'une seconde édition.
Pour ma part, je n'ai examiné, je ne pouvais avoir la prétention
d'examiner de près la doctrine du livre que sur quelques points :
notions de diplomatique anglaise, artes dirAaminis et formulaires, diplo-
matique capétienne au xni« et au xiV siècle. Je puis donner ce témoi-
gnage que, sur ces trois points, la doctrine sommaire, quelquefois flot-
tante, de M. Giry est la seule qu'il pût présenter sans s'être livré
personnellement à de longues enquêtes. Insuffisante en soi, elle est
bonne relativement à ce qui est dans le domaine public, et personne,
par conséquent, n'a le droit de s'en plaindre.
IV. — S'il est peu intéressant de critiquer en public de minimes
détails d'exécution dans un ouvrage bien fait, il importe, au contraire,
d'en discuter le plan. Laisse-t-il à désirer, il faut le dire, et dire
pourquoi.
Quand parut, il y a quelques années, la première édition du Manuel de
Paléographie de M. Prou, on tomba généralement d'accord que ce livre,
si recommandable d'ailleurs, contenait, pour un Manuel de Paléogra-
phie, trop de diplomatique. M. Giry en fît l'observation, comme tout
le monde. Assurément, il serait peu raisonnable de reprocher mainte-
nant à M. Giry d'avoir introduit dans son Manuel de Diplomalique un
chapitre de paléographie (1. IV, ch. n, p. 493-526). M. Bresslau n'a pas
pu, lui non plus, se soustraire à cette nécessité (t. I, p. 875-922). Paléo-
graphie et Diplomatique sont des sciences très étroitement liées : il y a
lions adressées par le Comité des travaux historiques. Littérature latine et
hisloire du mo)/en âge, Paris, 1890, in-8% p. 80; a publié une charte royale de
janvier 1286, scellée du sceau secret en même temps que du {;rand sceau dont
Je doyen de Saint-Martin de Tours était alors dépositaire. Le carton J 1020 des
Archives nationales contient nombre de pièces originales qui offrent la même
particularité (n- 13, 15, 16, 21, etc.). Cf. l'ordonnance de Bourges, novembre 1318,
Ordonnances, I, 670, art. 4. il aurait fallu siiécilier les cas où les chartes
royales étaient scellées de deux ou môme, quoi qu'on en ait dit, de trois sceaux.
BIBLIOGRAPHIE. 665
beaucoup de paléographie dans le Nouveau Traité de Diplomatique des
Bénédictins et beaucoup de diplomatique dans les Éléments de Paléo-
graphie de M. de Waiily. — Mais retenons de l'objection naguère faite
à M. Prou que, en dépit de la maxime Quod abundat , un livre doit
contenir en principe tout ce que son titre implique, et cela seulement.
Or, le Manuel de Diplomatique contient plusieurs choses que l'on ne
s'attendrait pas, sur la foi du titre, à y rencontrer, et il ne contient pas
toutes celles que l'on souhaiterait d'y voir.
A. En premier lieu, cet ouvrage participe à la fois à la nature d'un
« Manuel » ou « Traité » de diplomatique et à celle d'un « Trésor » de
chronologie et de diplomatique. Cela est fâcheux. Entre un Manuel et
un Trésor, il y a la même différence qu'entre un traité théorique d'arith-
métique et une table de logarithmes. Aurait-on l'idée d'insérer une
table de logarithmes dans un traité d'arithmétique?
Figurent dans le Manuel de M. Giry et ne figureraient à bon droit
que dans un « Trésor » les tables et calendriers, le glossaire des dates,
la liste alphabétique des principaux saints, qui occupent les pages 173-
275, ainsi que la liste alphabétique, du reste neuve et précieuse, « des
noms de lieu de la Gaule auxquels d'autres ont été substitués au cours
des siècles » (pages 406-412).
Ces tables et ces listes ont été certainement insérées dans le Manuel
pour faciliter les recherches, pour éviter aux travailleurs l'ennui d'avoir
à recourir à l'un des nombreux recueils où de pareils répertoires
existent. Si l'on ne nie pas qu'elles soient commodes, et même, à cer-
tains égards, préférables aux tables et aux listes antérieurement publiées,
pourquoi les bannir, dira-t-on? Ce n'est pas par amour de la symétrie
extérieure; c'est parce que les mômes raisons qui paraissent en justifier
l'insertion miUteraient pour qu'un sort analogue fût fait à d'autres ins-
truments du même genre. Ne serait-il pas agréable d'avoir, en appen-
dice au Manuel, plusieurs des listes dont M. de Mas Latrie a formé son
Trésor pour V étude et l'emploi des documents du moyen âge? — On
voit, sans qu'il soit utile d'insister davantage, la portée de notre obser-
vation : nous ne souhaitons pas que M. Giry supprime les tableaux
qu'il a dressés, mais, au contraire, qu'il en augmente le nombre et
qu'il les publie tous à part, de manière à doter l'érudition du Réper-
toire de chronologie et de diplomatique, complet et maniable, qui lui fait
encore défaut.
B. En second lieu, le Manuel de Diplomatique est à la fois Manuel de
diplomatique et Manuel de chronologie. Il contient (pages 83-172) un
traité abrégé de Chronologie technique qui ne fait pas corps avec le
reste du livre; on l'amputerait aisément sans que l'opération laissât
de traces visibles. « Les dates des documents, dit très bien M. Giry
(p. 80), se peuvent envisager de deux manières : l'interprétation des
éléments chronologiques qui les composent et l'étude des formules qui
666 • BIBLIOGRAPHIE.
ont été employées pour les libeller. L'examen des éléments chronolo-
giques proprement dits est du ressort de la chronologie technique..... »
L'étude des formules, ajouterai -je, dont il est naturel de traiter à
propos de la rédaction et du style des actes, est seule du domaine de la
diplomatique. M. Bresslau n'a effectivement traité, dans son Handhuch,
que des formules (I, ch. xvi). Je ne suis pas persuadé, pour ma part,
que M. Giry ait eu raison de renoncer à la tradition constante qui nous
a habitués à considérer la Chronologie technique comme une science
auxiliaire, mais distincte, de la Diplomatique, et de faire entrer dans son
livre toutes les parties de la Chronologie technique qui lui ont paru
« directement utiles à l'étude des sources diplomatiques. »
C. Comment s'arrêter, en effet, si l'on se proposa vraiment d'enrichir
un Manuel de Diplomatique de « tout ce qui est directement utile à
l'étude des sources diplomatiques » dans toutes les sciences qui sont,
au même titre que la Chronologie, auxiliaires de la critique des
chartes? — M. Giry s'est heurté, dans son livre III {Éléments critiques
de la teneur des chartes), à cette grosse difficulté.
« En vue, dit-il, d'être utile à tous ceux qui peuvent se servir de
chartes, j'ai cru nécessaire de ne négliger aucun de leurs multiples
aspects. » A cet effet, il s'est proposé d'étudier « les expressions et les
termes » usités dans les chartes qui peuvent servir d'éléments à la cri-
tique diplomatique, tels que : « les titres et les qualités employés
pour désigner les personnes, les noms mêmes des personnes, ceux des
localités et toutes les désignations topographiques, les noms des mesures
et des monnaies, et enfin la langue même dans laquelle ont été rédigés
les documents » (p. 315). Mais quoi? « Il ne saurait entrer dans le
cadre d'un Manuel de diplomatique de traiter avec le développement
qu'elles pourraient comporter des matières qui relèvent bien plutôt de
l'histoire des institutions et du droit [titres, qualités, noms de per-
sonne], de la géographie historique [noms de lieu], de l'archéologie, de
la numismatique [monnaies], de la philologie, etc. Il suffira de mon-
trer brièvement, par quelques explications et des exemples, quel parti
la critique peut tirer de ces divers éléments, et d'indiquer, lorsqu'il en
existe, les ouvrages à l'aide desquels il est possible de se renseigner
plus complètement. » — Ces explications, ces exemples et cette biblio-
graphie sommaire occupent plus de cent cinquante pages du Manuel de
Diplomatique (pages 317-478).
Plusieurs chapitres de ce livre III : le premier, le cinquième (qui
correspond au ch. x de M. Bresslau) : Des titres et qualités des personnes ;
De la lançjue des documents diplomatiques (c'est-à-dire de la rhétorique
spéciale à certains documents diplomatiques en latin et de l'histoire de
l'emploi de la langue vulgaire dans les chartes), sont excellents et tout
à fait à leur place dans le Manuel. Mais les éléments d'onomastique
(pages 351-376), de toponymie (pages 377-420), de numismatique et de
BIBLIOGRAPHIE. 667
métrologie, qui s'intercalent entre ces deux chapitres, sont là au même
titre que les éléments de chronologie technique; ils y sont, ils pour-
raient ne pas y être.
Gomme ils offrent d'ailleurs en eux-mêmes un vif intérêt, on est bien
aise qu'ils y soient; mais, si M. Giry les avait gardés en portefeuille,
personne ne se serait avisé, je crois, de lui en faire un crime. En effet,
lorsque les spécialistes sur le terrain desquels notre confrère s'est aven-
turé auront donné au public les traités d'onomastique, de toponymie,
de métrologie, etc., qu'ils lui doivent, le diplomatiste aura incontesta-
blement le droit de se contenter de références très brèves à ces ouvrages;
et si on les résume quelque part, ces traités, ce sera dans les « Manuels
de philologie médiévale, » parmi les iZie?^</(iimer de l'histoire du moyen
âge, plutôt que dans les Manuels de Diplomatique i.
1. M. Giry, pour justifier l'insertion de notions de toponymie dans son Manuel,
raisonne ainsi : « La forme des noms de lieu a varié suivant les pays el les
âges; il faut que les noms qui se rencontrent dans une charte aient la physio-
nomie qui convient à la date et à la provenance de cette charte; sinon le
document est suspect » (p. 379). D'où la nécessité d'indiquer les règles qui ont
présidé aux transformations des noms de lieu suivant les pays et les âges. Il
est clair qu'un raisonnement semblable justifierait l'addition au Manuel d'un
traité résumé de phonétique et de syntaxe des langues romanes et des langues
germaniques; car la forme des mots et des phrases, et non pas seulement celle
des noms de lieu, a varié « suivant les pays et les âges. »
J'ajoute que, dans les chapitres dont il s'agit, l'auteur du Manuel ne s'ap-
plique guère davantage à montrer comment les principes de l'onomastique, de
la toponymie, de la métrologie, etc., sont susceptibles de servir à la critique
des documents diplomatiques qu'à faire ressortir, au contraire, tout ce que
l'onomastique, la toponymie, etc., doivent à l'étude des chartes et en
attendent, ce qui est sortir sans contredit du domaine de la Diplomatique. Par
exemple : « Les sobriquets abondent dans les chartes du xn^ siècle; ils sont
intéressants à relever parce qu'ils sont un curieux témoignage de l'esprit popu-
laire et parce qu'ils nous ont conservé un grand nombre de tournures, d'ex-
pressions et de termes de la langue vulgaire » (p. 365). « L'importance crois-
sante des études qui ont pour base les noms de lieu oblige le diplomatiste à
donner une attention particulière à toutes les données géographiques qui se
trouvent dans les chartes. L'éditeur de textes diplomatiques en particulier doit
s'appliquer à mettre à la disposition de l'historien, du philologue et du géo-
graphe, des matériaux dignes de confiance et soigneusement préparés » (p. 379).
« C'est aux documents d'archives qu'il faut demander les éléments de la solu-
tion de ces problèmes [de métrologie] ; il faut s'appliquer à y relever les termes
qui désignent les mesures et les poids » (p. 427).
Les ch. II (Des noms de personne) et m (Des noms de lieu) du livre III ont
été rédigés sans doute pour amener et pour éclairer les conseils pratiques qui
les terminent respectivement : de la traduction et de l'identification des noms
de personne (p. 371); de l'identification des noms de lieu (p. 412). La numis-
matique et la métrologie, traitées d'une manière beaucoup plus sommaire, sont
là pour la symétrie.
668 BIBLTOGRAPHIE.
D. Si M. Giry avait allégé son Manuel de cent pages de listes et de
tableaux et remplacé par de simples références les traités sommaires
de chronologie technique, d'onomastique et de toponymie qu'il s'est
donné la peine d'écrire, il eût disposé de trois cents pages environ. Il
n'en aurait probablement pas été fâché, car on a l'impression qu'il a
été empêché de donner à la dernière partie de son ouvrage les dimen-
sions convenables.
Abstraction faite des tableaux et des dissertations adventices dont il
a été question ci-dessus, le Manuel de Diplomatique se compose de deux
parties : 1° Diplomatique générale, savoir : Préliminaires de la diplo-
matique: son objet (cf. Bresslau, ch. i, iv), son histoire (Bresslau, ch. ii);
— Parties constitutives des chartes: formulaires et manuels (Bresslau,
ch. XI), caractères extérieurs (Bresslau, ch. xvii, xvni), protocole, texte,
eschatocole, signes de validation (Bresslau, ch. m, xiii, xiv, xv, xix),
les documents faux. — 2" Diplomatique spéciale, savoir : les Chancelle-
ries : chancellerie pontificale, chancellerie des rois de France, chancel-
leries étrangères (Saint-Empire, Angleterre, Espagne), chartes ecclé-
siastiques, chartes seigneuriales ; — les Actes privés : les notaires publics,
les juridictions, principales espèces d'actes privés.
0 Je ne me dissimule pas, dit M. Giry (p. v) , les imperfections
d'un plan et de classifications qui m'ont entraîné à des redites. » Ces
redites étaient inévitables. La division d'un cours ou d'un traité de
diplomatique en deux parties, l'une générale et méthodique, l'autre
spéciale et régionale où reparaissent nécessairement beaucoup de faits
déjà énoncés dans la première, est commandée par la nature des
choses. — Ce qui me frappe dans cette disposition des matières, ce
n'est pas le danger des répétitions, c'est une lacune.
Dans la partie générale du Handbuch de M. Bresslau (la seule qui ait
été publiée jusqu'ici) figurent à bon droit plusieurs chapitres (ch. v,
VI, vu, viii), auxquels rien ne correspond dans le Manuel de M. Giry;
ils sont consacrés à l'histoire de l'organisation des archives au moyen
âge, des chancelleries, des officiers et des fonctionnaires de chaque
chancellerie'. M. Giry sait très bien de quelle importance est l'histoire
administrative des archives et des chancelleries d'autrefois pour la cri-
tique des chartes : « Les listes du personnel de la chancellerie, dont
mention est faite dans les souscriptions, sont de la plus grande utilité
pour la critique des diplômes » (p. 724). Néanmoins, dans la première
partie du Manuel de Diplomatique, le sujet de l'organisation des archives et
des chancelleries du moyen âge en général n'est pas traité. Cela n'aurait
pas d'importance si, dans la seconde partie (spéciale) du livre qui est inti-
tulée « les Chancelleries, » l'omission était réparée. Mais elle ne l'est
1. Les matières traitées dans le ch. ix de Bresslau (Die rechtliche Eeweis-
kraft der Urkunden des MUtelallers] sont, de même, à peine eftleurées dans
le Manuel.
BIBLIOGRAPHIE. 669
pas. Sous ce titre : « les Chancelleries, » M. Giry a décrit les différentes
espèces d'actes qui sont sorties, au moyen âge, des diverses chancelle-
ries de l'Europe occidentale, et il enseigne à les distinguer (pages 661-
823) ; sur l'organisation de ces offices mêmes et sur leur personnel, il
est très bref, trop href. Lui qui n'a pas hésité à reproduire, en les com-
plétant, des tables et des glossaires onomastiques et chronologiques, et
à « pousser des reconnaissances, » afin d'y frayer quelques sentiers,
« dans les len^ée incognito de la diplomatique ou des domaines adja-
cents, » il s'est abstenu de faire connaître autrement que par des ren-
vois bibliographiques les listes d'officiers de chancellerie qui ont été
dressées jusqu'ici ; il n'a pas essayé de reviser les listes qui existent,
en partie si insuffisantes, et d'en esquisser de provisoires là où il n'en
existe pas. L'histoire de la chancellerie de France depuis la mort de
Philippe-Auguste, celle de la chancellerie d'Angleterre durant tout le
moyen âge sont à faire. S'il avait eu le temps et la place nécessaires,
M. Giry aurait commencé à les débrouiller. C'est pourquoi nous regret-
tons tant qu'il se soit condamné lui-même à n'avoir ni le temps ni
la place.
V. — En résumé, le Manuel de Diplomatique n'a peut-être pas toute
l'élégance à laquelle un pareil ouvrage aurait pu prétendre, celle qui
réside dans une ordonnance irréprochable. Tout n'y est pas nécessaire,
tout le nécessaire n'y est pas. — Mais cette observation, sans grande gra-
vité, même à supposer que le bien-fondé en soit généralement reconnu,
n'enlève rien à la haute estime que m'inspirent, comme à tous les lec-
teurs du Manuel, un effort si vigoureux, une si scrupuleuse probité scien-
tifique, tant d'habileté pédagogique et de persévérance. M. Giry, qui a
réussi le premier à fonder chez nous un « séminaire » de diplomatique,
— un des rares « séminaires » qui prospèrent aujourd'hui à Paris \ —
a singulièrement élargi, en publiant ce livre, le cercle de ses obligés ;
il a rendu à nos études un service de premier ordre.
Ch.-V. Langi.ois.
Cartulaire général de l'Ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de
Jérusalem (^^00-^3^0), par J. Delaville Le Roulx. Tome 1"
(j 4 00-^1200). Paris, Ernest Leroux, éditeur, ^1894. In-foL, ccxxx-
70^ pages.
Nous regrettons de n'avoir pas été les premiers à saluer l'apparition
d'un des recueils diplomatiques les plus considérables et les plus impor-
1. Manuel, p. 714, note : « L'auteur du présent ouvrage prépare, en colla-
boration avec plusieurs de ses élèves de l'École des hautes études, un Cata-
logue des actes des souverains de la France de 840 à 987, dont la première
partie ne tardera pas à être mise sous presse. »
4894 43
670 BIBLIOGRAPHIE.
tants qui aient été entrepris de nos jours en France. L'œuvre est d'au-
tant plus méritoire qu'elle offrait de très grandes difficultés et qu'elle
est due uniquement à l'initiative privée. L'auteur a droit aux plus vives
félicitations, non seulement pour le courage dont il a fait preuve en ne
reculant pas devant un travail immense, mais encore pour le soin et. la
critique qu'il apporte à l'accomplissement de sa tâche.
M. Delaville le Roulx s'est proposé de recueillir et de publier, soit
textuellement soit par extraits, les documents importants relatifs à
l'histoire de l'ordre des Hospitaliers depuis l'origine jusqu'en 1310, et,
sous la dénomination de « documents importants, » il a compris :
{o toutes les pièces antérieures à 1120, c'est-à-dire celles qui corres-
pondent aux débuts de l'ordre et à sa première organisation ; 2" toutes
celles qui émanent des grands dignitaires de l'Hôpital (grands maîtres,
grands prieurs, etc.) ; 3° toutes celles qui lui furent données par les
papes, empereurs, rois, princes et grands feudataires ; 4° celles qui pré-
cisent, quels que soient leurs auteurs, la fondation des commanderies;
h° celles qui règlent les rapports ou les contestations des Hospitaliers
avec les autorités laïques ou ecclésiastiques et avec les autres ordres
religieux ou militaires; 6° les règles, statuts et usages des Hospitaliers.
Le nombre des pièces qui doivent entrer dans ce cadre était de
nature à elfrayer les plus audacieux.
Ce n'était là cependant qu'une difficulté secondaire. Le plus sérieux
embarras que l'éditeur devait rencontrer tenait à la dispersion des pièces
qu'il avait à rechercher dans une foule de bibliothèques et d'archives
disséminées sur tous les points de l'Europe et qu'il s'est fait une loi
d'explorer lui-même, sauf de bien rares exceptions.
Le tome I*"" s'ouvre par une Introduction de 230 pages. C'est une
revue détaillée de tous les dépôts dans lesquels se conserve aujour-
d'hui ce qui subsiste des archives de l'ordre des Hospitaliers, non seu-
lement des archives centrales, mais encore des archives particulières
des innombrables commanderies groupées dans les langues de Provence,
d'Auvergne, de France, d'Italie, d'Aragon, d'Angleterre, d'xiUemagne
et de Gastille, y compris même les maisons des Hospitalières de Saint-
Jean de Jérusalem. Cette introduction, qui aurait suffi pour remplir un
volume in-octavo, est ainsi un inventaire sommaire des fonds d'archives
de l'ordre des Hospitaliers, tels que les hasards des temps les ont mor-
celés et dispersés dans différents dépôts français et étrangers. On saura
gré à l'auteur d'y avoir fait entrer la bibliographie des travaux qui ont
été publiés sur l'ordre en général et sur les diverses commanderies qui
en faisaient partie.
Outre l'Introduction, le tome I*"" du Cartulaire contient le texte ou
l'analyse de 1,129 documents du xii« siècle. C'est là une mine inépuisable
de renseignements sur tout ce qui se rattache à l'histoire générale et
particulière des Hospitaliers. De plus on peut affirmer, sans crainte
BIBLIOGRAPHIE. 67^
d'exagération, qu'on y devra recourir pour la plupart des études histo-
riques ayant trait non seulement aux croisades et à l'Orient latin, mais
encore aux annales et aux anciennes institutions de tous les états de
l'Europe : de la France (surtout du Languedoc et de la Provence), de
l'Espagne, du Portugal, de l'Italie, de l'Allemagne, de la Hongrie, de
la Bohême, des pays Scandinaves, de l'Angleterre et de l'Irlande. La
part faite à chacun de ces États, notamment à l'Espagne, est considérable,
et beaucoup de pièces qu'on y rencontre n'avaient jamais encore été
publiées ni même signalées.
Le texte est généralement établi avec soin, et les dates ont été l'objet
d'un examen attentif. Les sources sont indiquées avec clarté et préci-
sion. Les renvois aux textes manuscrits sont disposés suivant l'ordre
alphabétique des noms des villes où sont actuellement les manuscrits,
système qui présente parfois un léger inconvénient. Peut-être aurait-il
mieux valu détacher et mettre en tête de la liste les textes fondamentaux,
tels que les chartes originales, au lieu de les confondre, comme c'est
arrivé plus d'une fois, dans le pêle-mêle d'une longue série de copies
plus ou moins inutiles.
Les pièces qui constituent le cartulaire sont émanées d'un grand
nombre de chancelleries, civiles ou ecclésiastiques, dont chacune sui-
vait des règles particulières et dont plusieurs n'ont pas encore été l'objet
de monographies spéciales. L'éditeur devait donc se heurter à des diffi-
cultés très graves; il les a affrontées avec prudence et je ne crois pas
qu'il soit souvent trouvé en faute par les critiques qui ont eu l'occasion
de concentrer leurs efforts sur tel ou tel petit coin de la diplomatique.
Dans cet ordre d'idées, je me permettrai d'appeler son attention sur
quelques détails secondaires que j'ai notés au cours de la lecture de son
gros volume.
N" 2. La charte de Jourdain, fils de Raoul, fils de Brian, qui passe
pour l'acte de fondation de la maison de Clerkenwell et qui est classée
sous la date « vers 1100, » n'est probablement pas aussi ancienne.
N" 31. J'ai des doutes sur l'authenticité de cette lettre de Pascal IL
Si eUe était vraie, le texte en aurait, ce semble, été altéré. L'adresse
est ainsi conçue : « dilectis fratribus episcopis, abbatibus, proceribus
et ceteris per Yspaniam fidelibus. » La chancellerie pontificale aurait
mis : « DILECTIS fratribus et filiis episcopis, abbatibus... » — Ce qui
augmente mes doutes, c'est que nous trouvons sous le no 47 une lettre
de Calixte II littéralement calquée sur celle de Pascal II et qui, elle
aussi, nous offre la suscription anormale : « dilectis fratribus episco-
pis, abbatibus, plebanis, canonicis ac capellanis et ceteris per Europam
fidelibus... » — Calixte II réservait la qualification de fratres aux arche-
vêques et aux évêques; à tous les autres fidèles il donnait celle de filh.
Quand une lettre s'adressait à la fois à des évêques et à d'autres fidèles,
ecclésiastiques ou laïques, il employait la formule dilectis fratribus
672 BIBLIOGRAPHIE.
ET FiLiis, comme on le voit dans le Bullaire du pape Galixte II, publié
par M. Ulysse Robert, 1. 1, p. 218, 222, 337, 364, et t. II, p. 226 (no^ 147,
151, 228, 249 et 418). La distinction entre les termes fratres et filiis
apparaît bien nettement dans une lettre du 21 mai 1123-1124, qui était
adressée : « venerabilibus fratribus Cantuariensis ecclesie suffraganeis
et dilectis ûliis clero et populo Gantuarie » [Bullaire de Calixte II, t. II,
p. 291, n" 477). Parmi les nombreux actes de Galixte II, il n'y en a
que deux où le terme de fratres soit appliqué à l'ensemble des tidèles :
la lettre sur laquelle j'appelle en ce moment l'attention, et une autre
lettre qui a pour objet d'exciter les chrétiens à combattre les Infidèles
en Espagne et en Terre-Sainte; cette autre lettre s'adresse : « dilectis
in Ghristo fratribus episcopis ceterisque sancte ecclesie personis, omni-
bus christianis, tam presentibus quam futuris... » [Bullaire de Calixte II,
t. II, p. 261, no 449). Or, la fausseté de cette seconde lettre est de toute
évidence; elle a été reconnue et par M. Robert et par le regretté Loe-
wenfeld (n" 7111).
Nos 120 et 121, Deux lettres du roi Louis VII relatives au moulin de
Noé à Sens, dépourvues de date, sont données comme appartenant à la
période de temps comprise entre les années 1137 et 1180. Or, dans
chacun de ces actes, le roi s'intitule « Ludovicus Dei gratia rex Fran-
corum et dux Aquitanorum. » M. Élie Berger a démontré, dans la Biblio-
thèque de l'École des chartes (1884, t. XLV, p. 305-313), que la formule
dux Aquitanorum a cessé d'être en usage à la chancellerie de Louis VII
au mois d'août 1154. La date des actes 120 et 121 du Cartulaire des Hos-
pitaliers doit donc être renfermée entre 1137 et 1154.
N» 131. Gette charte de l'impératrice Mathilde devrait être revue sur
l'original. Il y faut sans doute lire de Argentomo, au lieu de Argentanno;
et Testibus Willelmo filio Ilamonis, au lieu de Testibus filio llain. Le
nom d'un autre témoin Amfredo filio est-il bien reproduit?
Nos 407, 874, 888, 954, 972 et 1009. Dans ces six chartes, les comtes
de Champagne ont reçu le titre de Trecensis cornes. Suivant une
remarque de M. d'Arbois de Jubainville [Histoire des comtes de Cham-
pagne^ t. IV, part. II, p. 863), il aurait très probablement fallu imprimer
Trecensium cornes.
No 452. Dans cette charte de Henri II, roi d'Angleterre, nul doute
qu'il ne faille lire haronibus de scacario et apud Westmonasterium in
scacario.
N" 453. Il doit y avoir une inexactitude dans la date : « Anno gratie
M GLX quatuor decimo. »
Nos 484j 540, 600, 873 et 915. Le mot Quoniam est à substituer à
Quum ou Qum dans les formules : « Quum. humana fragilitas..., Unde
quum oa que..., Quum diminute sunt vcritates..., Qum ad bonum
pacis..., Quum ex auctoritate imperiali... »
Nos 501^ 764, 915 et 969. La qualification (ïempereur ne convient-elle
BIBLIOGRAPHIE. 673
pas mieux que celle d'empej^eur d'Allemagne à Frédéric Barborousse et
à Henri VI ?
N" 877. L'un des derniers témoins de la charte de Richard Cœur-de-
Lion doit être Guido de Diva et non pas de Dina.
N° 895. Dans la suscription de la charte de Richard Cœur-de-Lion,
je crois qu'il faut lire justiciis, vicecomitibus et non justiciariis, vicariis.
— Je n'hésiterais pas à compléter ainsi ces deux noms de témoins :
Walkelino de Ferrieres (de Ferrariis ?) et Johanne de Pratellis.
N" 915. Je me demande si les archives du Rhône possèdent bien
l'original de la requête adressée par les Hospitaliers à l'empereur
Henri VI. N'auraient-elles pas simplement une minute ou une ancienne
copie? La suscription manque dans le texte tel qu'il a été imprimé.
No 955. I^a charte de Richard Cœur-de-Lion publiée sous ce numéro,
et qui est du 5 janvier H94 (n. st.), n'existe plus en original; l'éditeur
en a retrouvé une dizaine de copies plus ou moins anciennes, plus ou
moins incorrectes, mais dont la collation eût permis d'établir un meil-
leur texte. En prenant pour guide le vidimus qui est à la Bibliothèque
nationale dans le vol. 1313 de Clairambault, on aurait dû imprimer :
P. 604, 1. 11. Ultra mare et citra, et non circa;
P. 605, 1. 4. Minagio, et non vinageo;
— 1. 7. Immercialus, et non imminuerciatus ;
— 1. 19. Walkelmo de Ferrariis et non Ferrarum;
— — Gaufrido de Sei; Americo vîcecomite de Thouars, et non
pas Gaufrido de S. Americo, vîcecomite de Thouars.
N° 973. Puisque le texte de la charte de Baudouin V, comte de Hai-
naut, publiée sous ce numéro, dérive d'un original scellé des archives
de l'État à Mons, il eût été bon de nous dire si les remarques généalo-
giques qui suivent la date font réellement partie de la charte et si elles
ne sont pas une addition inscrite sur la marge ou au dos de la charte.
N" 1023. Dans cette charte il s'agit, non pas du paiement des intérêts,
mais du remboursement d'une somme prêtée par les Hospitaliers à
Pierre II, roi d'Aragon.
N° 1101. Cette charte, émanée de Guillaume de « Mainbovilla, » sert
de jalon pour établir la chronologie des maîtres de l'Hôpital en Nor-
mandie. Malheureusement, elle est dépourvue de date, et c'est par con-
jecture qu'elle a été rapportée à la fin du xn" siècle. Elle doit être un
peu plus récente. En effet, il y est question d'une redevance de trois
sous tournois. Or, c'est seulement après la conquête de Philippe-
Auguste, en 1204, que les deniers tournois furent substitués en Nor-
mandie aux deniers angevins.
Dans tout cela, il n'y a rien de grave, et, le nombre des peccadilles de
ce genre dût-il être plus considérable, le Cartulaire des Hospitaliers
n'en restera pas moins une œuvre de premier ordre, que la Société de
674 BIBLIOGRAPHIE.
l'École des chartes sera fîère de voir menée à bonne fin par un de ses
membres les plus laborieux et les plus heureusement inspirés.
L. Delisle.
Les plus anciens draines en langue française, par Marius Sepet.
Paris, Viclor Retaux et fils, •1894. In-8°, 47 pages.
M. Marius Sepet a écrit pour les lecteurs de la Revue catholique de
Normandie et vient de mettre en brochure pour un public plus nom-
breux quelques pages sur les plus anciens monuments de l'art drama-
tique en langue française. Il retrace l'évolution qui, après avoir intro-
duit dans les drames scolaires latins, à l'imitation de ce qui s'est passé
pour les épîtres farcies de la liturgie, quelques refrains, puis quelques
strophes en langue vulgaire, finit par substituer entièrement celle-ci
au latin dans les représentations des confréries, lesquelles amenèrent la
ruine rapide du drame scolaire. C'est en effet, suivant lui, pour une
confrérie qu'a été écrit le drame d'Adam comme celui de la Résurrec-
tion, dont il fait passer de nombreux extraits sous les yeux du lecteur.
Comme ce travail s'adresse au grand public plus encore qu'au cercle res-
treint des érudits, notre confrère a eu soin de donner en français moderne
les extraits qu'il publie ou de les accompagner d'une traduction.
E. G. L.
Fontes juris germanici aiitiqui in usum scholarum ex Monumentis
Germanix historicis separatim ediii. — Hincmarus, de Ordine
Palatii. Edidit Victor Krause. Hannoverœ et Lipsise , impensis
bibliopolii Ilahniani, 1894. 111-8", 3\ pages.
On ne saurait trop encourager la publication, dans des volumes acces-
sibles à tous par la modicité de leur prix, des documents les plus
importants de l'histoire du moyen âge; à condition toutefois que le bon
marché ne nuise pas à la qualité. La Société des Monumenta Germanix
a depuis longtemps compris et l'utilité d'une pareille entreprise et la
méthode suivant laquelle elle devait être exécutée. La collection des
Scriptores in usum scholarum, qui ne comprend pas seulement des
textes empruntés à la série in-folio, mais dans laquelle on a introduit
récemment des éditions améliorées d'auteurs antérieurement publiés,
compte déjà un assez grand nombre de volumes. Une nouvelle collec-
tion à l'usage de l'enseignement a été naguère ouverte pour recevoir les
textes législatifs. Fontes juris tjermanici antiqui. Le premier volume est
intitulé : Edictus cctcrxquc Lan;jobardorum Icrjcs (cd. F. Bluhme); le
second : Lex Ribuaria et Lex Francorum Chamavorum (éd. Rud. Sohm),
Le troisième renferme le De ordine Palalii d'IIincmar, qui doit figurer
BIBLIOGRAPHIE. 675
à la suite des Capitulaires dans l'édition de Boretius continuée par
Victor Krause.
L'édition du De ordine Palatii de M. Krause ne peut présenter avec les
éditions antérieures que de légères différences, puisque de cette lettre
d'Hincmar il ne nous est parvenu aucun manuscrit et que nous n'en
avons d'autre texte que celui qu'a publié Jean Buys en 1602, d'après
un manuscrit de Spire non encore retrouvé. On peut toutefois proposer
quelques corrections exigées par la syntaxe et par le sens. On l'a déjà
fait dans une édition élaborée à l'École des hautes études sur les con-
seils et sous la direction immédiate de M. G. Monod, et dont aucune
ligne n'a échappé à l'examen et souvent à la correction de ce maître :
de sorte que, si l'ouvrage a quelque valeur, c'est par ce qu'il y a mis de
son esprit critique si pénétrant et de sa science si complète des insti-
tutions carolingiennes; c'est à la part considérable que M. Monod a
prise à sa rédaction que ce volume doit d'avoir été accueilli avec
quelque faveur par les érudits. M. Krause a signalé les corrections pro-
posées dans l'édition de l'École des hautes études et il en a admis le
plus grand nombre. Cependant, au chapitre xi, il ne croit pas qu'il soit
nécessaire, dans la phrase « ex cathoiicorum secundum sanctarum
Scripturarum tramitem promulgationibus, » de remplacer cathoiicorum
par conciliorum. En tête du chapitre xx, la correction « de canonicae
vel monasticœ [religionis] altercatione » est plausible. M. Krause admet,
avec l'éditeur français, qu'on doit détacher du chapitre xxiv la phrase
Sensus autem, etc., pour en former le commencement du chapitre xxv.
Au chapitre xxvr, je crois que la leçon « certissimam fideliter serviendi
fidem » est préférable à « certissimam fideliter servandi fidem. » Aux
notes, qui ont trait à l'établissement du texte, M. Krause a joint une
série de références aux commentateurs d'Hincmar et principalement à
Waitz et à Brunner. Prou.
Paul Sabatier. Vie de saint François d'Assise. Paris, Fischbacher,
^894. In-80, cxxvi-4^9 pages. 7 fr. 50.
Voilà un livre dont il a été beaucoup parlé et qui a été jugé très
diversement. Il a plu par sa hardiesse et sa nouveauté, et a obtenu,
dès son apparition, un très grand succès, surtout auprès des gens du
monde. La forme en est si séduisante, qu'elle a caché au plus grand
nombre ce que le fond pouvait avoir de contestable ; mais les lecteurs
compétents ne se sont pas laissé abuser et n'ont pas ménagé à l'auteur
leurs critiques. Assurément, reprocher à M. Sabatier d'avoir compris
saint François autrement que les pieux hagiographes qui, principale-
ment dans ces derniers temps, ont écrit la vie du « poverelio » en vue
de l'édification des fidèles, cela serait parfaitement injuste, sinon même
un peu puéril. Je dois dire cependant que la thèse de M. S., thèse qui
676 BIBLIOGRAPHIE.
ne tend à rien moins qu'à représenter saint François comme la dupe,
presque comme la victime du cardinal Hugolin, et l'Église comme
recueil inévitable contre lequel devait se briser l'idée franciscaine,
cette thèse, présentée d'ailleurs avec un art extrême, me paraît tout à
fait inadmissible.
D'un bout à l'autre, le livre est plein de cette opposition entre l'es-
prit de liberté et l'esprit de discipline. Chercher à Rome l'approbation
de la réforme qu'il avait entreprise, c'était, de la part de François,
accepter des « liens dorés » (p. 231), mieux que cela, « un joug qui devait
se faire durement sentir » (p. 115). L'idéal franciscain n'eut guère de
pire adversaire que le cardinal Hugolin (p. 182-183); la papauté, dont
Hugolin était assurément l'un des représentants les plus autorisés, fit à
saint François, principalement en lui imposant la règle de 1223, une
véritable « violence morale » (p. 231); bref, l'Église chercha constam-
ment à substituer son action à l'action franciscaine, à s' « assimiler le
mouvement nouveau, » et n'y réussit que trop bien, car, ne pouvant
l'enrayer, elle l'a du moins fait dévier à son profit (p. 290).
Les textes malheureusement se prêtent assez mal à cette manière de
voir. M. S. est bien obligé de convenir que le cardinal Hugolin éprou-
vait pour saint François, — comme pour sainte Claire, — une « admi-
ration sans bornes » (p. 185); c'est même « avec un zèle dévorant »
qu'il exerce ses fonctions de protecteur de l'ordre naissant (p. 185);
sa sollicitude pour François ne se dément jamais, et, aussitôt qu'il
apprend sa maladie, il l'appelle à Rieti pour le faire soigner (p. 345).
Le malheureux François, dans son ingénuité, ne s'aperçoit pas qu'on ne
l'embrasse si étroiiement que pour mieux l'étouffer. Tout en pleurant
la « déroute de son idéal » (p. 357-358), il garde au cardinal Hugolin,
principal auteur cependant de tout le mal, une vive, mais « naïve »
reconnaissance jusqu'à la tin de sa vie (p. 187). Une profonde amitié
ne cesse d'unir ces deux hommes; cette amitié, M. S. ne peut se l'ex-
pliquer : il a cherché, par tous les moyens, à la rendre inexplicable.
Que l'idéal franciscain de la première heure ne se soit pas longtemps
maintenu dans toute sa pureté, cela paraît incontestable. François, qui
sans doute n'avait cherché d'abord qu'à opérer une réforme strictement
évangélique, s'est trouvé, par la force des choses, avoir fondé un ordre,
un ordre dont il a bien pu prévoir les futures divisions. Faut-il donc
chercher la cause de cette transformation, comme le voudrait M. S.,
dans l'Église de Rome, dont l'influence nous est représentée comme si
funeste à l'idée franciscaine? Non, mais bien plutôt dans le dévelop-
pement même de la nouvelle société, développement dont la prodi-
gieuse rapidité devait dépasser tout ce que François avait pu tout
d'abord imaginer. Autre chose, en olVot, est la petite famille francis-
caine des premiers jours, composée d'hommes très indépendants d'al-
lures, vivant en parfaite et constante communauté de sentiments avec
BIBLIOGRAPHIE. 677
le maître, se connaissant tous, se revoyant souvent ; autre chose le vaste
institut qui sortira de ce premier groupe, comprenant des milliers de
frères, disséminés par toute une moitié de l'Europe, loin du chef, s'igno-
rant presque les uns les autres. M. S. lui-même le dit fort bien :
« L'ordre des Frères Mineurs, en grandissant, s'ouvrait non seulement
à quelques âmes d'élite arrivées au paroxysme des ardeurs mystiques,
mais à tous les hommes qui aspiraient à une réforme religieuse. Tous
apportaient trop de leur vieil homme pour ne pas transformer peu à
peu la nouvelle institution » (p. xlv-xlvi).
D'où la nécessité d'une règle, et d'une règle qui ne pourra plus être,
l'ordre une fois constitué définitivement, ce qu'étaient les quelques
principes fort simples et peu nombreux, tirés des Évangiles, qui suffi-
saient à régir la société franciscaine primitive. Ici encore, M. S. parle
très sagement lorsqu'il dit : « Saint François retouche continuelle-
ment la règle de son institut; il y revient sans cesse jusqu'au dernier
moment, à mesure que l'accroissement de l'ordre et l'expérience du
cœur humain lui suggèrent des modifications » (p. 101). Mais s'il est
vrai, d'autre part, que « jamais homme n'a été moins capable que saint
François de faire une règle » (p. 289), cette règle, dont on conviendra
que le nouvel institut ne pouvait guère se passer, il fallait bien que
quelqu'un prît à tâche de l'établir et de la faire observer ; et, si ce fut là
précisément le rôle du cardinal Hugolin, il faut bien admettre que son
intervention dans les affaires de l'ordre, loin d'être certes un désastre,
fut bien plutôt la condition même du succès.
D'ailleurs, M. S. ne se dissimule nullement les dangers que courait
l'ordre naissant, les hostilités qu'il devait rencontrer (p. 91 et suiv.);
aux yeux des populations peu éclairées, les premiers franciscains, ces
pativï'es d'Assise, qui, par la liberté et l'étrangeté de leurs allures, rappe-
laient les pauvres de Lyon, pouvaient facilement passer pour « de faux
catholiques » (p. 236 et 253). D'où la nécessité d'un appui. Et cet appui,
où le trouver, sinon à Rome? Un sauf-conduit apostolique était indis-
pensable à ces hardis réformateurs ; et l'on sait le triste succès qu'obtint,
pour avoir cru pouvoir s'en passer, la première mission franciscaine
d'Allemagne et de Hongrie.
M. S. s'étonne parfois, non sans quelque ingénuité, de trouver dans tel
chroniqueur un saint François assez différent de celui qu'il avait imaginé.
Lorsque Thomas de Gelano, par exemple, rapporte que François « ren-
dait avec le plus grand soin à chacun ce qui lui était dû, considérant
avec sagesse chez tous le degré de leur dignité » (p. 199), M. S. ne
reconnaît plus là le saint dont il vient de faire le portrait ; mais Gelano
ne nous en donne guère, en certains endroits du moins, qu'une « cari-
cature ï (p. 171, note) ^ !
1. Ce qui est autrement choquant que tel passage de Celano, c'est l'hypothèse
678 BIBLIOGRAPHIE.
Le prêtre étant au xiii^ siècle l'antithèse du saint (p. vn) et François
étant le saint par excellence, il en résulte qu'il est aussi peu prêtre que
possible. Le prêtre, c'est Innocent III, c'est Honorius III, c'est Hugo-
lin ; et le malheur fut que le saint, « le prophète, » dut « abdiquer
entre les mains du prêtre » (p. 116). François était plus équitable que
son biographe; personne n'a mieux que lui parlé de la dignité du prêtre
(p. 372).
Tout en reconnaissant en François un fils parfaitement soumis de
l'Église, M. S. n'est pas bien sûr qu'il n'ait pas côtoyé de près l'hérésie,
au moins sans le savoir; et je crois bien qu'au fond il n'eût pas été
fâché de l'y voir glisser quelque peu ; il l'y pousserait même volontiers
s'il le pouvait.
On voit assez sous l'empire de quelles idées M. S. a écrit son livre.
Certains chapitres, le chapitre sur sainte Glaire, le chapitre sur
« l'homme intérieur et le thaumaturge, » s'en ressentent particulière-
ment; ils sont pleins de vues toutes personnelles et sans fondement
solide. Le chapitre sur « les Frères Mineurs et la science » n'est pas
non plus un des meilleurs. La lettre dans laquelle saint François déclare
à saint Antoine de Padoue qu'il le verra avec plaisir ' interpréter aux
frères les saintes lettres et la théologie a le tort de déranger les idées
de l'auteur (p. 322); il n'en faut pas davantage pour faire suspecter l'au-
thenticité de cette pièce, dont c'est là d'ailleurs le seul défaut.
Le chapitre intitulé « Premières tentatives sur les Infidèles » ne
répond guère à ce titre; il y est traité surtout du sentiment de la nature
chez saint François.
Le tableau de l'Église vers 1209 (chap. m) est intéressant, exact en
général, mais incomplet et trop sombre. Il est vrai que « le mal fait
plus de bruit que le bien » (p. 37); mais ce bien, nous aurions aimé
que M. S. lui fit la part un peu plus belle, qu'il nous montrât, par
exemple, quelle était encore, à cette époque, la force morale de ce bel
ordre des Cisterciens, qui remplit tout le xn^ siècle de son éclat et qui
est encore au xm^ siècle un si puissant élément de réforme. Mais Fran-
çois devenait ainsi moins nécessaire.
Sur la question si controversée des stigmates, il faut savoir gré à
M. S. d'avoir fait bon marché de l'hypothèse un peu futile de Karl
Hase, — suivi d'ailleurs par Renan, G. Voigt et d'autres, — d'après
laquelle il ne faudrait voir dans ce fait miraculeux qu'une pieuse et
de M. S. au sujet du brusque retour du jeune François de Spolète à Assise, à
l'époque de sa conversion. M. S. imagine qu'il a été brimé par ses compagnons
(le roule. Nous aimons mieux dire ijue ce retour reste inexpliqué.
1. « Placet mihi quod sanctœ Theologia; lilteras fralribus interpreteris. » La
fia, d'un esprit tout évangélique, de ce court billet, aurait dû mettre en garde
M. Sabatier.
BIBLIOGRAPHIE. 679
habile supercherie de frère Elle. Les témoignages de Thomas de Celano
et de frère Léon, — pour ne parler que des plus anciens, — paraissent
irrécusables à M. S., dont la critique se montre ici sagement prudente.
De même, en ce qui concerne la prétendue Indulgence de la Portion-
cule, je me trouve en parfait accord avec lui; il me semble impossible
de prendre au sérieux cette légende d'ailleurs assez tardive.
La meilleure partie du livre, non la plus brillante, à coup sûr, mais
la plus solide, je dirai volontiers la seule solide, est celle qui traite des
sources. A peine soupçonnée par Ghavin de Malan, tout au plus esquis-
sée par Karl Hase, incomplète encore dans l'ouvrage estimé de l'abbé
Le Monnier, l'étude des sources de la vie de saint François n'a été
sérieusement abordée que dans ces vingt dernières années, et, même
après les recherches du P. Ehrle, de Karl MûUer, de M. Sabatier lui-
même, elle est encore pleine d'obscurités. Malgré quelques imperfec-
tions, le chapitre consacré par M. S. à l'examen des anciennes biogra-
phies et chroniques franciscaines sera lu et consulté avec grand fruit ;
mais on ne devra jamais oublier que l'auteur tend perpétuellement à
attribuer une autorité plus grande aux documents qui nous viennent
du parti franciscain le plus indépendant vis-à-vis du saint-siège ; d'où
une certaine méfiance à l'égard de Thomas de Celano, dont l'oeuvre est
à demi officielle, et surtout de saint Bonaventure ; d'où aussi une cer-
taine préférence en faveur de la Légende des Trois Compagnons, de la
Chronique des Tribulations et du Spéculum vitie sancti Francisci, imprimé
au commencement du xvi^ siècle.
Les premiers biographes de saint François, tout en étant assurément
des hommes fort simples, ne manquaient cependant pas d'une certaine
instruction et avaient plus de culture que M. S. ne paraît le croire.
Non seulement leur latin en vaut un autre, mais les règles du cursus,
— et M. S. ne paraît aucunement s'en douter, — sont loin de leur
être étrangères. Que saint Bonaventure ait plié sa prose à ces exigences
assez scholastiques , cela n'est pas pour surprendre beaucoup; mais
Thomas de Celano, mais Jordano de Giano, eux aussi, sans avoir toute
l'habileté des secrétaires de la cour pontificale et malgré leurs protes-
tations d'inexpérience littéraire, appliquent de leur mieux les principes
des dictamina. Quant aux Très Socii, ces frères de la première heure,
ces fidèles dépositaires de l'idéal franciscain, ils ne le cèdent en rien,
sous ce rapport, au savant saint Bonaventure lui-même ^.
Il ne suffit pas de bien connaître les sources ; il faut encore « ne pas
chercher à faire violence aux documents pour leur arracher ce qu'ils
ne contiennent point » (p. 336). Nous voudrions que M. S. fût plus
l. Notons qu'ils sont tous Italiens, et Italiens du xni° siècle; Thomas d'Ec-
cleston, qui est Anglais et qui écrit en plein xiv' siècle, n'a plus la moindre
idée du cursus.
680 BIBLIOGRAPHIE.
fidèle à son principe. Il est toujours trop facile de dire d'un texte gênant
qu'il a été « arrangé par la tradition » (p. 110). Quelles raisons avons-
nous de croire que nous n'ayons pas dans les Admonitions les vrais sen-
timents de saint François (p. 298)? ou encore que la mention du nom
de François, en tête de la bulle du 22 mars 1222, accordant le privilège
de célébrer les saints mystères en temps d'interdit, n'a « aucune portée »
(p. 313)? Si l'authenticité du billet de saint François à saint Antoine de
Padoue est, comme nous l'avons vu, suspectée bien à tort par M. S.\
en revanche nous voyons qu'il interprète d'une manière assez arbitraire
deux autres billets adressés à sainte Claire et à frère Léon (p. 272 et
300-301) et dont la date est d'ailleurs impossible à préciser.
Ce n'est pas que la sincérité de l'auteur doive faire le moindre doute.
M. S., au contraire, n'a rien négligé pour s'éclairer. Bien que n'étant
pas paléographe, et il l'avoue de bonne grâce, il a fait des recherches
consciencieuses dans les bibliothèques et archives de l'Italie; il a par-
couru à plusieurs reprises la Toscane et l'Ombrie ; il a accompli de
pieux pèlerinages partout où il espérait trouver la trace du « poverello. »
Il en a rapporté, il est vrai, moins de documents que de paysages; mais
ces paysages ne sont pas l'un des moindres agréments de l'ouvrage ;
Assise, Rieti, la vallée de la Néra, la triste route de Rome à Otricoli,
le Casentin et l'Alverne sont décrits par M. S. avec une véritable émo-
tion et dans un style qui, pour n'être pas sans apprêts, n'en est pas
moins vivant et coloré. M. S. vise au pittoresque et l'atteint souvent.
D'ailleurs, l'histoire n'est-elle pas elle-même un paysage, et un
paysage essentiellement changeant (p. xxiv) ? D'où suit que vouloir
écrire une histoire « objective » est une utopie (p. xxvi). Or, je connais
peu de livres aussi personnels que celui de M. S. L'auteur est sans cesse
présent dans son œuvre ; il nous fait part de ses sentiments sur quan-
tité de sujets ; nous savons par lui l'idée qu'il se fait de la prière 2, du
culte, de la foi, ce qu'il pense de la musique religieuse et de l'architec-
ture des cathédrales gothiques. Il nous fait aussi la confidence de ses
trop nombreuses colères : colères contre « la thaumaturgie mensongère
de certains catholiques ; » colères contre « ce christianisme bourgeois,
satisfait, ergoteur, doctrinaire de certains protestants » (p. 116); colères
aussi, et qui ne s'expliquent plus du tout, contre « les savants et les
hagiographes » (p. xxxv). Parmi les devanciers de M. S., un seul, par
la vertu d'une grâce spéciale, est épargné dans cette universelle répro-
bation : c'est Ernest Renan ; aussi bien, M. S. ne pouvait-il faire moins
pour son père spirituel; c'est de Renan qu'il procède directement, et
1. M. S. ne le fait pas figurer, dans son Introduction, parmi les écrits de
saint François (voy. j). xlii); il aurait bien dû expliquer cette exclusion.
2. M. S. revient jusqu'à trois fois sur ce sujet pour nous dire qu's on ne prie
pas en public » (p. 335).
BIBLIOGRAPHIE. 68^
sans la Vie de Jésus nous n'aurions assurément pas la Vie de saint Fran-
çois. Avouons que, littérairement surtout, ce serait dommage.
Lucien Auvray.
Livre d'or de Jeanne d'Arc. Bibliographie raisonnée et analytique
des ouvrages relatifs à Jeanne d'Arc; catalogue méthodique., des-
criptif et critique des principales études historiques, littéraires et
artistiques consacrées à la Pucelle d'Orléans depuis le XV^ siècle
jusqu'à nos jours, par Pierre Lanérï d'Arc. Paris, librairie Teche-
ner, -1894. Gr. in-8°, xxvIII-^008 pages. 43 fr.
Le titre de Livre d'or de Jeanne d'Arc dit excellemment ce que contient
la bibliographie que M. L. d'Arc a consacrée à l'héroïne dont il porte
le nom. L'auteur, en effet, a pieusement recueilli non seulement tous
les titres de livres', tous les mémoires disséminés dans des recueils et
relatifs à Jeanne d'Arc, mais encore les moindres articles dont elle a
été le sujet, les plus petites pièces de vers composées en son honneur.
Il les a groupés sous deux grandes divisions : I, Jeanne d'Arc dans
l'histoire (1,516 notices); II, Jeanne d'Arc dans la poésie, dans la musique
et au théâtre (702 notices) ; et ce total de 2,286 notices est loin de donner
le chiffre des volumes et plaquettes que M. L. d'Arc a tenus entre les
mains, chaque ouvrage n'ayant reçu qu'un numéro d'ordre, quel qu'ait
été le nombre de ses éditions. Une analyse ou des citations plus ou
moins étendues permettent d'apprécier exactement le caractère et la
valeur de la plupart des livres ou articles cités. Enfin, un grand nombre
de gravures, reproduisant des figures anciennes ou modernes, emprun-
tées à des manuscrits et à des imprimés, forment une sorte d'iconogra-
phie et achèvent de faire de cette bibliographie un véritable monument
élevé à la gloire de Jeanne d'Arc.
H. 0.
Un Manuscrit chartrain du XP siècle ; Fulbert, évêque de Chartres,
par M. René Merlet, archiviste d'Eure-et-Loir, et M. l'abbé Gler-
VAL. Chartres, Garnier, -1893. In-4°, viii-266 pages.
L'ouvrage que notre confrère M. René Merlet et M. l'abbé Clerval
viennent de publier sous ce titre est une étude sur un manuscrit con-
servé dans la bibliothèque municipale de Saint-Étienne. Ce manuscrit,
qui appartenait au chapitre de la cathédrale de Chartres avant la Révo-
lution, n'avait pas encore été l'objet d'un travail complet, mais le nécro-
loge qu'il renferme avait été imprimé en 1860 par MM. de L'Épinois et
1. Quelques noms d'auteurs n'ont pas été imprimés sous leur forme rigou-
reusement exacte, par exemple : Egnat (p. 65), Pontus Heutkrus (p. 73), au
lieu de Gio.-Baltista Cipelli, dit Egnazio, Hujter, etc.
682 BIBLIOGRAPHIE.
Lucien Merlet à la suite du Gartulaire de Notre-Dame de Chartres. Il
se compose du martyrologe d'Usuard, d'un obituaire et de quelques
offices liturgiques. Les deux auteurs établissent que le manuscrit fut
composé entre 1026 et 1028 et ont eu soin de faire graver les signes du
zodiaque et les travaux des mois qui illustrent le martyrologe. C'est un
document important pour l'iconographie religieuse au xi^ siècle.
M. Merlet et M. l'abbé Clerval ont eu raison d'annexer des commen-
taires hagiographiques à la publication de divers extraits du martyro-
loge, car ils ont éclairci certains points obscurs de l'histoire de l'église
de Chartres dans la période antérieure au xi« siècle. Les archéologues
liront avec intérêt les chapitres consacrés à la cathédrale bâtie par
l'évèque Fulbert. M. René Merlet y a fait preuve d'une connaissance
approfondie de tous les textes qui se rapportent à l'histoire des recons-
tructions successives de la cathédrale de Chartres avant le xm^ siècle,
et cette étude historique vient utilement compléter son article sur la
crypte de ce célèbre monument. Mais les auteurs nous semblent avoir
dépassé les bornes de la prudence archéologique en cherchant à prou-
ver qu'une miniature du manuscrit, exécutée en 1028 par André de
Mici, devait représenter la cathédrale de Fulbert. Faut-il admettre que
l'artiste a vraiment copié l'édifice qu'il avait sous les yeux ou qu'il
s'est inspiré d'un style de convention ? Sans méconnaître la valeur
de certains arguments présentés par M. Merlet et par M. l'abbé Clerval
sur la concordance du plan primitif de la crypte avec la cathédrale de
Fulbert et sur l'étude comparée de ce monument et de l'église de
Vignory, nous croyons que les auteurs auraient dû se montrer moins
affirmatifs dans leurs conclusions. Les artistes du moyen âge ont tou-
jours donné libre cours à leur imagination quand ils reproduisaient des
églises ou des châteaux sur les miniatures ou sur les vitraux. Ils ne
tenaient pas compte des lois de la perspective, et la restitution d'un
monument disparu à l'aide d'une miniature du xi« siècle est un
essai toujours hasardé. Il suffit de considérer certains détails de ce
dessin, tels que les baies énormes du clocher et la disposition du chevet,
pour comprendre combien il est difficile d'interpréter une œuvre aussi
fantaisiste.
Ces observations ne sauraient diminuer la valeur des chapitres qui
concernent la cathédrale de Fulbert, bâtie de 1020 à 1028. La crypte,
terminée dès l'année 1024, se composait de deux galeries creusées sous
les bas côtés, d'un déambulatoire et de trois chapelles rayonnantes dont
les gros murs sont encore intacts. On y voit deux fenêtres encadrées de
cordons de briques. Les suhstructionsqui se trouvent sous le maitre-autel
de la cathédrale appartiennent à une crypte antérieure à l'œuvre de
Fulbert. Les mentions contenues dans l'obituaire permettent de pré-
ciser l'époque de la fondation des cathédrales bâties par les prédéces-
seurs de Fulbert et les dates des incendies qui les ont détruites. Le
BIBLIOGRAPHIE. 683
nécrologe commencé en 1027 fut abandonné vers l'année H30, mais les
chroniques et d'autres obituaires du xn^ siècle conservés à la biblio-
thèque de Chartres renferment de précieux renseignements sur l'in-
cendie de H34 et sur la construction du clocher vieux et de la façade
qui fut élevée vers H45. Une nouvelle édition du texte du nécrologe,
dont les diverses écritures sont indiquées par des caractères d'impri-
merie variés, et une étude sur la notation musicale de quelques offices
liturgiques du xi^ siècle terminent l'ouvrage de M. Merlet et de M. l'abbé
Clerval, qui peut compter parmi les meilleures publications de la
Société archéologique d'Eure-et-Loir.
Eugène Lefèvre-Pontalis.
Geistliches Schauspiel und kirchliche Kunst in ihrem Verhàltnis
erlàutert an einer Ikonographie der Kirche und Synagoge, von
D' Paul Weber. Stuttgart, Ebner, ^1894. In-8°, vin-^52 pages.
La représentation de l'Église et de la Synagogue dans l'iconographie
chrétienne n'avait pas encore été l'objet d'une étude spéciale. Il faut
savoir gré à M. le D"" Weber d'avoir comblé cette lacune. On sait que
les artistes du moyen âge avaient l'habitude de figurer l'Église sous les
traits d'une femme couronnée, levant fièrement la tête et tenant d'une
main un étendard, de l'autre un calice. La Synagogue est personnifiée
par une femme dont la couronne est renversée et dont les yeux sont
bandés. Elle laisse tomber un étendard qui se brise pour indiquer la
déchéance de l'Ancienne Loi.
Gomment les artistes chrétiens eurent-ils l'idée de représenter l'Église
sous les traits d'une femme? C'est que l'Église était considérée comme
l'épouse du Christ dès les premiers siècles de notre ère, mais ce fut seu-
lement au ix^ et au x^ siècle que les enlumineurs de manuscrits com-
mencèrent à personnifier l'ÉgUse et la Synagogue. M. le D"" Weber ne
s'est pas contenté de signaler les statues de l'Église et de la Synagogue,
il a eu soin d'étudier les évangéliaires et les ivoires du moyen âge pour
expliquer les scènes où ces deux figures symboliques font leur appari-
tion. La description de plusieurs vitraux qui représentent le même
sujet lui a permis de compléter cette étude iconographique, mais il est
regrettable que les planches et les figures de ce volume ne soient pas
en plus grand nombre pour accompagner le texte.
Viollet-le-Duc avait déjà signalé les statues de l'Église et de la Syna-
gogue qui ornent les cathédrales de Reims, de Strasbourg, de Bamberg,
de Worms et l'église Saint-Seurin de Bordeaux. Les statues analogues
qui se voient dans la façade de Notre-Dame de Paris sont modernes,
mais le témoignage de l'abbé Lebeuf suffit à prouver qu'elles existaient
avant la Révolution. A cette liste, il faudra joindre désormais, grâce
aux recherches de M. leD"" Weber, des figurines du même type peintes
6S4 BIBLIOGRAPHIE.
sur des vitraux dans l'église abbatiale de Saint-Denis et dans les cathé-
drales d'Angers, de Bourges, de Chartres, de Châlons-sur-Marne, du
Mans, de Metz, de Rouen et de Sens. L'Église et la Synagogue sont
également sculptées dans divers portails : à la cathédrale d'Amiens, à
la cathédrale de Lyon, à Notre-Dame de Laon, à Saint- Ayoul de Pro-
vins, à Avaux (Cher), à Saint-Gilles (Gard), à Notre-Dame-la-Grande
à Poitiers, à Saint-Riquier (Somme), à Longpont (Seine-et-Oise) ; —
M. Weber écrit par erreur Longnoul au lieu de Longpont.
Enfin, M. le D'' Weber a dépouillé les bibles et les évangéliaires conser-
vés dans les bibliothèques de Paris, de Munich, de Vienne, de Londres et
de Rome pour expliquer plusieurs scènes où figurent l'Église et la Syna-
gogue. Les principaux musées d'Europe lui ont également fourni des
sujets du même genre. Son livre est l'œuvre d'un érudit consciencieux,
et les archéologues pourront toujours consulter ce travail avec le plus
grand profit.
Eugène Lefèvre-Pontalis.
Quellen und Forschungen zur Geschichte der Abtei Beichenau,
herausgegehen von der badischen historischen Commission. IL Die
Chronik des Gallus Ohem, bearbeitet von D' Karl Brandi. Heidel-
berg, G. Winter, ^893. In-4% 2^6 pages el 27 planches.
La Commission historique badoise continue la série de ses publica-
tions sur la célèbre abbaye de Reichenau. Après un premier volume
consacré aux documents falsifiés à Reichenau, en voici un second qui
contient la chronique de Gallus Ohem, la plus complète que nous pos-
sédions sur l'histoire du célèbre monastère. Elle s'étend des origines
jusqu'au milieu du xv« siècle et se divise en trois parties : 1" listes des
possessions et des bienfaiteurs de Reichenau; 2° histoire des abbés;
3° privilèges et vassaux de l'abbaye. Cette dernière partie est suivie
d'une série de planches reproduisant les armoiries des vassaux.
Le chroniqueur a dû naître vers le milieu du xv« siècle à Radolfzell,
sur le lac de Constance. Sa famille semble avoir eu des rapports très
étroits avec l'abbaye, dans laquelle lui-même entra de fort bonne heure
et à laquelle il conserva toute sa vie une vive affection. Il en voulut
donner une preuve en écrivant son histoire, qu'il offrit à l'abbé Martin
de Wissembourg, son bienfaiteur.
Sa chronique est restée inachevée et la date de rédaction en remonte
aux premières années du xvi<^ siècle. Gallus Ohem a mis très largement
à contribution, pour les époques antérieures, les archives et la biblio-
thèque de son couvent. Beaucoup de documents dont il s'est servi sont
aujourd'hui perdus. Cette perte augmente encore la valeur de sa chro-
nique.
L'éditeur, M. Karl Brandi, a relevé avec beaucoup de patience et de
BIBLIOGRAPHIE. 685
sagacité les emprunts faits par le chroniqueur aux documents qui sont
parvenus jusqu'à nous, tels que les Annales Augienses, des nécrologes,
le Liber epistolarum, les écrits de Walafrid Strabon, les chroniques de
Hermann Gontract, enfin de Réginon, de Martin le Polonais et surtout
des chartes et diplômes conservés au monastère. Pour le xv« siècle, le
moine a utilisé des récits de témoins oculaires.
Cette chronique avait déjà été publiée en 1866 par Barack, mais cette
édition était peu critique, et l'armoriai y manquait. Celle de M. Brandi
est peut-être critique à l'excès et d'une lecture un peu pénible parfois
au point de vue typographique. Ainsi le texte de la chronique, rédigé
par Ohem lui-même, est en caractères assez gros, mais tous les passages
dont l'éditeur a pu constater qu'ils avaient été pris ailleurs par le chro-
niqueur, sont en petits caractères et portent en notes marginales l'indi-
cation de leur origine. Les variantes des différents manuscrits sont en
caractères plus petits encore et, enfin, un dernier caractère différent est
attribué aux notes, fort substantielles, qui servent de commentaire.
Une excellente introduction traite de l'historiographie à l'abbaye de
Reichenau, de l'histoire et des manuscrits de la chronique d'Ohem.
Un chapitre est consacré au peu que l'on sait de la vie du chroniqueur.
Des pièces justificatives et de bonnes tables terminent ce volume, qui
témoigne de longues et patientes recherches de la part de l'auteur.
Charles Nerlinger.
Expéditions to Prussia and ihe Holy Land made hy Henry, earl of
Derby (afterwards King Henry IV), in the years 1390-1391
and 1392-1393, heing the accounts kept by his treasurer during
two years. Edited from the originals by Lucy Toulmin Smith. Wilh
introduction, notes and indices. Printed for the Camden Society,
4 894. In-4o, cxv-360 pages. (N° LU de la nouvelle série de la
Société Camden.)
Peu de comptes princiers du moyen âge sont plus curieux que ceux
dont nous annonçons la publication et qui se rapportent à deux épisodes
de la jeunesse de Henri, comte de Derby, celui qui, sous le nom de
Henri lY, occupa le trône d'Angleterre de 1399 à 1413. Le premier de
ces épisodes est la campagne dirigée en 1390 contre les Infidèles de la
Prusse par les chevaliers teutoniques, campagne à laquelle prit part le
comte de Derby. Le second est un voyage qui dura du 24 juillet 1392
au 5 juillet 1393 et dans lequel le même prince visita ou traversa la
Poméranie, le Brandebourg, la Bohême, la Moravie, l'Autriche, la Sty-
rie, la Vénétie, la Dalmatie, Gorfou, la Morée, Rhodes, la Palestine,
Chypre, Rhodes, la Morée, Corfou, la Dalmatie, la Vénétie, la Lombar-
die, le Piémont, la Savoie, la Bourgogne, la Champagne, l'Ile-de-France
et la Picardie.
4894 44
686 BIBLIOGRAPHIE.
On comprend quel intérêt doit présenter un relevé détaillé des
dépenses effectuées par un grand seigneur au cours de tels voyages. Nous
devons tout particulièrement recommander à nos lecteurs la partie des
comptes qui occupe dans l'édition les pages 244-255, 261-262 et 287. On
y pourra voir quelle route a suivie le comte de Derby pour aller de
Turin à Calais, en passant par Ghambéry, Yenne, Mâcon, Ghalon, Ghâ-
tillon-sur-Seine, Troyes, Provins, Paris et Amiens. La dépense faite
dans chaque station par le prince, par ses gens, par ses chevaux et par
un léopard qu'il ramenait d'Orient, a été enregistrée jour par jour, et
nous avons là des notions fort utiles sur le prix des denrées en 1393
dans plusieurs de nos provinces. Le compte est dressé de façon à nous
faire suivre jour par jour la marche du convoi. Voici les localités ^ dans
lesquelles les officiers du comte firent des achats :
26 mai 1393. Apud Launcebrugge,
27
—
Apud Forneworht, Furnewortht
>^
27
—
Apud Sanctum Michaelem.
28
—
Apud Sanctum Michaelem.
28
—
Apud Ghamboury, Ghambry.
29
—
Apud Chambour.
29
—
Apud Egbell.
30
—
Apud Egebelle.
1er juin 1393
. Apud lan.
|er
—
Ultra aquam.
2
—
Apud Rosselyon, Russelon.
3
—
Apud Sarombert, Syrombert.
4
—
Apud Pompenet, Pompiuet.
4
—
Apud Fownteney.
4
—
Apud Brème.
5
—
Apud Bagea.
6
—
Apud Bagg.
6
—
Apud Makon.
7
—
Apud Maçon.
7
—
Apud Turnes, Turnays.
8
—
Apud Turnays.
8
—
Apud Ghalons.
9
—
Apud Ghalons.
9
—
Apud Beaume.
10
—
Apud Bewme.
10
—
Apud Floreyn.
11
—
Apud Chance, Ghanse.
12
—
Apud Maynil Ambard, Mesnyle
Lambar
1. J'ai conservé les formes originales, pour la plupart desquelles l'éditeur a
proposé des identilicalions exactes.
•I
BIBLIOGRAPHIE. 687
13 — Apud Ghastelon.
14 — Apud Berce.
15 — Apud Troys.
15 — Apud Graunt Pavelon.
15 — Apud Marine.
16 — Apud Marine.
17 — Apud Nogent.
18 — Apud Province.
19 — Apud Grauntpuisse.
20 — Apud Bricounte Robert.
21 — Apud Pountchareton.
22 — Apud Parys.
24 — Apud Amyas.
28 — Apud Galeys.
30 — Apud Dover.
J'ai cité cet exemple ; mais on pourrait en relever beaucoup d'autres
disséminés çà et là dans les comptes des deux voyages. Notons, au
hasard, l'achat fait en 1392 dans la ville de Kœnigsberg d'un produit de
l'industrie parisienne : « Et per manus thesaurarii, pro n merrours de
Parys, per ipsum emptis apud Gonyngbergh pro domino, xxni s.vnid.
sterl. ï (p. 93).
Les comptes sont, comme on le voit, très curieux par eux-mêmes ; la
valeur en est encore singulièrement augmentée par les commentaires
que l'éditeur y a joints. L'introduction contient un bon résumé des
textes, avec des éclaircissements sur beaucoup de détails, tels que les
rapports de l'ordre Teutonique avec l'Angleterre, le projet que le comte
de Derby avait formé de participer en 1390 à l'expédition du duc de
Bourbon en Afrique, la fortune et l'organisation de la maison du comte
de Derby, le cours des monnaies citées dans les comptes.
Le volume se termine par une table des noms de personnes, une table
des noms de lieux et un glossaire où beaucoup de mots sont expliqués
à l'aide de documents fort peu connus en France.
L'édition présentait de sérieuses difficultés ; elle a été exécutée avec
beaucoup de soin et un succès complet par M^e Lucy Toulmin Smith,
qui est habituée de longue date aux travaux d'érudition et qui a fait
ses preuves dans des publications bien connues de nos lecteurs, notam-
ment dans le volume de la Société des anciens textes français : les
Contes moralises de Nicole Bozon.
L. Delisle.
L. DE Marchi e G. Bertola;\i. Inventario dei manoscritti délia R.
Biblioteca Universitaria di Pavia. VoL L Milan, Hoepli, 1894.
In-8°, xxiri-409 pages. 6 fr. 50.
Ce premier volume du catalogue des manuscrits de la bibliothèque
688 BIBLIOGRAPHIE.
de l'Université de Pavie contient la description de 528 volumes, de
matières et de langues diverses, qui composent le fonds Aldini. La plus
grande partie de ces manuscrits proviennent de Pier-Vittorio Aldini,
professeur à l'Université de Pavie, dont la collection est depuis long-
temps célèbre ^. Le second volume sera réservé aux manuscrits exclusi-
vement relatifs à l'histoire locale de Pavie.
L'introduction, signée du bibliothécaire, M. le D'' Luigi De Marchi,
nous renseigne exactement sur l'origine et la composition de la collec-
tion ; la description très détaillée des manuscrits est l'œuvre de M. G.
Bertolani. Nous y signalerons seulement, en dehors des manuscrits
latins qui ont récemment fourni matière à un savant article de M. B. j
Hauréau dans le Journal des Savants (mai 1894), trois manuscrits français
anciens : un recueil de poésies du xiv« siècle (n» 219), un fragment de
Roman de Troie du xm^ siècle (n» 275) et un recueil de chansons fran-
çaises, avec musique notée, du xv^ siècle (n° 362). L'importance du
premier de ces manuscrits a déjà été signalée par M. le prof. Mussafia,
qui l'a longuement étudié dans les Sitzungsberichte de l'Académie de
Vienne (1870, LXIV, 545).
H. O.
LIVRES NOUVEAUX.
SOMMAIRE DES MATIÈRES.
Généralités, 756.
Sciences auxiliaires. — Manuscrits, 746. — Imprimerie, 789.
Sources, 753, 776, 784, 792. — Correspondances, 704, 733 bis. —
Archives, 740. — Gartulaires, etc., 717, 718, 720, 744, 750, 754, 771, 774;
chartes, 726, 727. — Inventaires, 751. — Comptes, 775.
BioGRAPmE. — Adam de Brème, 745; Albert Achille de Brandebourg,
704 ; Amédée V, 737 ; saint Boniface, 791 ; Gélestin V, 716, 783 ; Charles
le Téméraire, 763; Clément IV, pape, 718; saint Colomban, 742; Con-
rad IV, empereur, 711 ; Frédéric II, empereur, 711 ; Frédéric III, empe-
reur, 763; Froissart, 722; saint Gall, 757; Grégoire IX, pape, 744;
Guillaume de Hollande, 711; Ilenri II d'Angleterre, 735; Henri de
Derby, 775; Henri VII, empereur, 711; Henri Raspon, 711; Jeanne
d'Arc, 778; Machiavel, 788; Otto IV, empereur, 711; saint Patrick,
1. Manuscriptorum codicum séries apud Petrum Victorium Aldinium in
I. R. Ticinensi universitaie archeologix... professorem (1840, 10-4°).
BIBLIOGRAPHIE. 689
715 ; Philippe de Souabe, 711 ; Richard de Gornouailles, 711 ; Richard I"
d'Angleterre, 735 ; Sannazzaro de' Burgondi, 741 ; Sixte IV, 714.
Droit, 755.
Institutions : judiciaires, 706, 748; financières, 768.
Moeurs, 723.
Commerce, 767, 785, 793.
Enseignement, 709, 717.
Géographie, 732.
Religions. — Catholicisme, 782 ; ordres religieux, 730. — Hérésies,
730. — Paganisme, 757.
Archéologie, 710, 738, 759. — Architecture religieuse, 724, 729, 731,
734; civile, 772. — Iconographie, 719. — Peinture, 733, 739, 766. —
Gravure, 777. — Ameublement, orfèvrerie, 747, 751. — Numisma-
tique, 705. — Poids et mesures, 758.
Langues et littératures. — Langues romanes : italien, 781 ; proven-
çal, 773; français, 790; catalan, 736; portugais, 725. — Langues ger-
maniques : anglo-saxon, 721; anglais, 708, 761.
SOMMAIRE GÉOGRAPHIQUE.
Allemagne, 704, 707, 711, 733 bis, 734, 749, 750, 753, 758, 768, 785, 792.
Alsace-Lorraine, 774, 787.
Autriche-Hongrie, 733 bis, 755, 769, 794.
Espagne, 720, 728, 752, 7^9, 784.
France, 738. — Bourgogne, 770; Brie, 779; Vermandois, 762. —
Ardennes, 712; Aube, 726; Aude, 730; Calvados, 743; Doubs, 740;
Eure, 776; Gard, 705; Jura, 729; Haute-Loire, 780; Lot-et-Garonne,
754; Manche, 731; Marne, 724; Nord, 727; Pas-de-Calais, 760; Rhône,
764, 789; Seine-et-Oise, 713, 766.
Grande-Bretagne, 715, 735.
Italie, 714, 719, 723, 765, 771, 785, 786.
Asie-Mineure, 767.
704. Albrecht Achilles. Politische Correspondenz des Kurfiirsten,
herausgegeben und erlàutert von Félix Priebatsch. I, 1470-1474. Leip-
zig, S. Hirzel, 1894. Gr. in-8°, xii-830 p. (Publikationen aus den k.
preussischen Staatsarchiven, 59.) 25 m.
705. Amardel (G.). Les monnaies de Nîmes. Narbonne, impr. Gail-
lard, 1894. In-8°, 16 p. (Extrait du Bulletin de la commission archéolo-
gique de Narbonne, 2« semestre.)
690 BIBLIOGRAPHIE.
706. AuBERT (Félix). Histoire du Parlement de Paris, de l'origine à
François I" (1250-1515). T. I : organisation, compétence et attributions.
Paris", A. Picard et fils, 1894. In-8°, 408 p.
707. AvERBUNK (Heinrich). Geschichte der Stadt Duisburg bis zur
endgùltigen Vereinigung mit dem Hause Hohenzollern (1666). I. Duis-
burg, Joh. Ewich, 1894. In-S», 343 p., 1 plan.
708. Baldwin (Charles Sears). The Inflections and syntax of the
Morte d'Arthur of sir Thomas Malory : a study in fifteenth-century
English. Boston, Ginn, 1894. In-16, x-156 p.
709. Bernard (G.). De l'enseignement en France aux xi« et xn« siècles.
Rennes, Fougeray; Paris, V. Retaux et fils, 1894, In-16, xn-463 p.
3 fr. 50.
710. Blomme (A.). De l'extension de l'archéologie depuis cinquante
ans. Caen, impr. Delesques, 1894. In-S», 20 p.
711. BÔHMER (J.-F.). Regesta imperii. V. Die Regesten des Kaiser-
reichs unter Philipp, Otto IV., Friedrich IL, Heinrich (VII.), Conrad IV.,
Heinrich Raspe, Wilhelm und Richard, 1198-1272. Neu herausgegeben
und ergânzt von Julius Ficker und Ed. Winkelmann, IV, 3. Innsbruck,
Wagner, 1894. In-4°, v p. et p. 2110-2196. 3 m. 60.
712. BoizET (Désiré). Histoire d'Écordal. Attigny, Deroche-Chatelin,
1894. Petit in-8«, 115 p.
713. BouLAY (abbé L.). La seigneurie de Courances (Seine-et-Oise).
Fontainebleau, impr. Bourges, 1893. In-8'>, 48 p., grav. (Extrait des
Annales de la Société historique et archéologique du Gâtinais.)
714. Casanova (Eugenio). I tumulti del giugno 1482 in Siena e alcuni
brevi di Sisto IV. Siena, tip. Carlo Nava, 1894. In-8», 13 p. (Extrait de
Miscellanea storica pavese, 2« année, n°^ 7-8.)
715. Cathcart (William). The ancient British and Irish churches,
including the life and labors of St. Patrick. Philadelphia, American
Baptist publication society, 1894. In-8o, 347 p., cartes et grav. 1 d. 50.
716. Celestino V cd il sesto centenario délia sua incoronazione. Prima
pubblicazione straordinaria del BoUettino délia società di storia patria
Anton Lodovico Antinori negli Abruzzi. Aquila, tip. di G. Mêle, 1894.
In-8o, vn-512 p. 10 1.
717. Ghartularium Universitatis Parisiensis, sub auspiciis consilii
gencralis Facultatum Parisiensium ex diversis bibliothecis tabulariis-
que coUogit ot cum authenticis chartis contulit Henricus Denifle, auxi-
liante Aemilio Châtelain. Tomus 3, ab anno 1350 usque ad annum 1394.
Paris, Delalain frères, 1894. Ia-4°, xxxvii-781 p.
718. Clément IV (les registres de) (1265-1268). Recueil des bulles de
BIBLIOGRAPHIE. 694
ce pape, publiées et analysées, d'après les manuscrits originaux des
archives du Vatican, par M. Edouard Jordan. 2« fascicule. Paris, Tho-
rin et fils, 1894. In-40, p. 113-256. (Bibliothèque des Écoles françaises
d'Athènes et de Rome, 2« série, XI, 2.)
719. CoGCHi (Arnaldo). Notizie istoriche intorno antiche immagini di
Nostra Donna che hanno culto in Firenze. Firenze, Giuseppe Pellas,
1894. In-16, viiij-187 p. 2 1.
720. Golecciô de documents historichs inédits del Auxin municipal
de la ciutad de Barcelona : manual de novells ardits, vulgarment ape-
llat Dietari del antich conseil Barceloni. Vol. III, comprenent los volums
originals del xiv al xvi, anys 1478-1533. Iniciat per los il. senyors
regidors D. Frederich Schwarts y Lana y D. Francesch Carreras y
Canelî. Barcelona, impr. de Henrich y G^, 1894. In-4o, 488 p. 5 p.
721. GooK (Albert S.). A glossary of the old Northumbrian Gospels
(Lindisfarne Gospels or Durham book). Halle, M. Niemeyer, 1894. In-8°,
vn-263 p.
722. Darmesteter (Mary). Froissart. Paris, Hachette, 1894. In-16,
174 p., grav. (Les Grands Écrivains français.) 2 fr.
723. Del Vegchio (A.), Gasanova (E.). Le rappresaglie nei comuni
medioevali e specialmente a Firenze. Bologna, Zanichelli, 1894. In-8°,
xliiij-417 p. 10 1.
724. Demaison (Louis). Les architectes de la cathédrale de Reims.
Paris, Impr. nationale, 1894. In-8o, 40 p. (Extrait du Bulletin archéo-
logique.)
725. Denis, roi de Portugal. Das Liederbuch. Zum ersten Mal voU-
stândig herausgegeben und mit Einleitung, Anmerkungen und Glos-
sar versehen von Henry R. Lang. Halle a. S., M. Niemeyer, 1894.
In-8°, cxLvni-176 p.
726. Deux chartes de l'abbaye de Mores [de 1171 et de 1183], par
M. Louis Le Glert. Troyes, impr. P. Nouel, 1894. In-8<>, 5 p. (Extrait
des Mémoires de la Société académique de l'Aube, t. LVII.)
727. Deux chartes communales inédites. Les lois de Grèvecœur et de
Glary. Publiées avec une notice historique sur la baronnie de Grève-
cœur, par Jules Finot. Paris, Larose ; Lille, Leleu, 1894. In-S», 79 p.
728. DiERCKS (Gustav). Geschichte Spaniens von den friihesten Zei-
ten bis auf die Gegenwart. 1. Berlin, Siegf. Gronbach, 1895. In-8°,
vni-442 p.
729. Dijon (Dom Hippolyte). La cathédrale de Saint-Claude. Notice
historique et descriptive. Lons-le-Saunier, Martin, 1894. In-8°, 80 p.,
3 plans, grav.
692 BIBLIOGRAPHIE.
730. Douais (chanoine C). L'Albigéisme et les Frères prêcheurs à
Narbonne au xiii^ siècle. Paris, Picard et fils, 1894. In-S», vn-149 p.
731. Dubouchet(G.). L'abbaye du Mont-Saint-Michel. Paris, Lethiel-
leux, 1895. In-16, 301 p., grav. (L'Art chrétien en France.) 3 fr. 50.
732. Durand (Vincent). Ewiranda et les noms de lieu de la même
famille. Paris, Leroux, 1894. In-8°, 12 p. (Extrait de la Revue archéo-
logique.)
733. DuRRiEu (Paul). Les Miniatures d'André Beauneveu, [Paris,] 1894.
Gr, in-4o à 2 col,, 20 p., fig. (Tiré à part, avec additions, de la Miniature.)
733 bis. Fine Wiener Briefsammlung zur Geschichte des Deutschen
Reiches und der ôsterreichischen Lànder in der 2. Hâlfte des xm. Jahrh.
Nach den Abschriften v. Alb. Starzer herausg. von Osw. Redlich.
Wien, F. Tempsky, 1894. Gr. in-8'>, lv-422 p., 3 phot. (Mitteilungen
aus dem Vaticanischen Archiv, IL)
734. Faulwasser (Julius). Die St. Jacobi Kirche in Hamburg. Heraus-
gegeben mit Unterstiitzung des Kirchenrates der evang.-luther. Kirche
vom Verein fiir Hamburgische Geschichte. Hamburg, Besthorn Gebr.,
1894. In-4o, vm-125 p., 28 illustr. dans le texte et 21 hors texte.
735. Feet of fines of the reign of Henry H. and of the first seven years
of the reign of Richard I. A. D. 1182 to A. D. 119G. London, printed
by Wyman and sons, 1894. In-8'', xvi-208 p. (Publications of the Pipe
roU Society, 17.)
736. Fenollar (Bernât). Les trobes en lahors de la Verge Maria,
publicados en Valencia en 1474 y roimpresas por primera vez, con una
introducciôn y noticias biogrâficas de sus autores, escritas por Fran-
cisco Marti Grajales. Madrid, Murillo, 1894. In-4°, 92 p. et 60 ff. n. ch.
8 p. 50.
737. Figura (Giovannino). Amedeo V e Rodi. Spaccaforno, tip. fra-
telli Destefano e Guarino, 1894. In-24, 17 p.
738. France (la) artistique et monumentale. Ouvrage publié sous la
direction de M. Henry Havard, avec la collaboration, pour le tome IV,
de MM. C. Dehaisnes (cathédrale d'Amiens), L. Gonse (Reims), L. Pâté
(Autun), G. Bapst (château de Chantilly), G. Duplessis (Villebon),
L. de Fourcaud (Bordeaux), H. Havard (Coucy, Pierrefonds, Vincennes),
G. Normand (hôtel de Saint-Antonin), G. Guigne (hôtel de ville de
Lyon). Paris, librairie illustrée, s. d. In-4», 211 p. (Société de l'Art
français.) 25 fr.
739. Frantz (Erich). Geschichte der christlichen Malerei. 16-17 )[■:
(Schluss-) Lieferung. Freiburg i. B., Herder, 1894. In-8°, ni-v p. et Mi
p. 801-950; 7 p., 109 pi. simples et 7 doubles.
tÀ
BIBLIOGRAPHIE. 693
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communales du département du Doubs (année 1892-1893). Besançon,
impr. Millot, 1894. In-8<', 32 p.
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Vigevano, tip. Angelo Gortellezzi, 1894. In-4°, x-355 p. 3 1.
742. GiANELLi (Mons. Ant.). Yita di S. GoJombano, abbate irlandese,
protettore délia diocesi e città di Bobbio e dell' insigne borgo di S. Go-
lombano nella diocesi di Lodi. Torino, tip. S. Giuseppe degli artigia-
nelli, 1894. In-16, 226 p.
743. Gilbert (André). Le château de Bonneville-sur-Touques. Gaen,
Delesques, 1894. In-8», 81 p.
744. Grégoire IX (les registres de). Recueil des bulles de ce pape,
publiées ou analysées, d'après les manuscrits originaux du Vatican,
par Lucien Auvray, 3« fasc. Paris, Thorin, 1894. In-4o, col. 529-784.
(Bibliothèque des Écoles françaises d'Athènes et de Borne, 2^ série, IX, 3.)
745. Guenther (Siegmund). Adam von Bremen, der erste deutsche
Geograph. Prag, Fr. Rivnâc, 1894. In-8^ 68 p. 0 fl. 60.
746. Hauréau (B.). Notice sur le numéro 3143 des manuscrits latins
de la Bibliothèque nationale. Paris, G. Klincksieck, 1894. ln-4°, 14 p.
(Tiré des Notices et extraits des manuscrits de la Bibliothèque nationale
et autres bibliothèques, t. XXXIV, 2« partie.)
747. Havard (Henry). Dictionnaire de l'ameublement et de la déco-
ration depuis le xiii^ siècle jusqu'à nos jours. Paris, Quantin, 1894.
In-4°, Yni-1092, 1385, 1361 et 1758 p.
748. Heck (Philipp). Die altfriesische Gerichtsverfassung mit sprach-
wissenschaftlichen Beitrâgen von Theodor Siebs. Weimar, H. Bôhlau,
1894. In-S", xvi-499 p. 12 m.
749. Henderson (Ernest F.). A History of Germany in the middle
âges. London, George Bell and sons, 1894. In-8°, xxiv-437 p. 7 sh. 6 d.
750. Hessisches Urkundenbuch. 2« Abth. Urkundenbuch zur Ge-
schichte der Herren von Hanau und der ehemaUgen Provinz Hanau
von Heinrich Reimer. S»"- Band, 1350-1375. Leipzig, S, Hirzel, 1894.
In-S", 922 p. (Publikationen aus den k. preussischen Staatsarchiven,
60.) 24 m.
751. Inventaires et documents relatifs aux joyaux et tapisseries des
princes d'Orléans- Valois (1389-1481). Publiés par M. J. Roman. Paris,
Leroux, 1894. In-8», 225 p.
752. JiMÉNEz DE LA EspADA (Marcos) . La guerra del moro à fines del
694 BIBLIOGRAPHIE.
siglo XV. (Madrid, Fortanet, 1894.) In-4°, 42 p. (Extrait du Boletin de la
Sociedad geogrâftca.)
753. JoACHiMSOHN (Paul). Zur stàdtischen und klôsterlichen Geschicht-
schreibung Augsburgs im 15. Jahrh. Bonn, P. Hanstein, 1894. In-S»,
69 p. 1 m. 60.
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annoté par Adolphe Magen. Tome I. Auch, impr. Cocharaux, 1894.
In-S", xvn-431 p., portrait. (Archives historiques de l'Agenais.)
755. KiRALY (Jânos). Pozsony vâros joga a Kôzépkorban. [Droit de
Presbourg au moyen âge.] Budapest, 1894. In-8'', 464 p.
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Treiben aller Stânde in Europa. I. Leipzig, H. Schmidt und G. Giin-
ther, 1894. Gr. in-8°, ix-412 p., 268 illustr. et 13 pi.
757. Knappert (L.). La Vie de saint Gall et le paganisme germanique.
Paris, Leroux, 1894. In-8°, 37 p. (Extrait de la Revue de l'histoire des
religions.)
758. KuENTZEL(Georg). Ueberdie Verwaltungdes Mass-undGewichts-
wesens in Deutschland wâhrend des Mittelalters. Leipzig, Duncker
und Humblot, 1894. In-8o, vni-102 p. (Staats- und socialwissenschaft-
liche Forschungen, herausg. von Gustav SchmoUer, XIII, 2.) 2 m. 60.
759. La Vinaza (conde de). Adiciones al Diccionario histôrico de los
mas ilustres profesores de las bellas artes en Espana de don Juan
Agustin Gean Bermûdez. Tomo primero. Edad média. Notas sobre mas
de cuatrocientos artistas no citados por Gean Bermûdez ni por Llaguno.
Madrid, tip. de los Huerfanos, 1894. In-16, xi-210 p.
760. Lefebvre (abbé F. -A.). Histoire de Notre-Dame de Boulogne et
de son pèlerinage. Neuville-sous-Montreuil, impr. Duquat; Boulogne-
sur-Mer, tous les libraires, 1894. In-8°, xi-496 p., grav.
761. Lefèvre (Raoul). The Recuyell of the historyes of Troye. Trans-
lated and printed by "William Gaston (about a. D. 1474). The first
English printed book, now faithl'ully reproduced with a critical intro-
duction, index and glossary and eight pages in photographie facsimile.
By H. Oskar Sommer. London, David Nutt, 1894. In-4°, CLxin-855 p.,
relié en 2 vol.
762. Lemaire (Emmanuel). Études historiques sur l'ancien pays de
Vermandois. I : les Origines de Saint-Quentin et de Vermand. Saint-
Quentin, impr. Poette, 1894. In-8o, 47 p. (Extrait du tome XI, 4« série,
des Mémoires de la Société académique de Saint-Quentin.)
763. LiNDNER (F.). Die Zusammenkunft Kaiser Friedrich III. mit
I
•v:
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Karl dem Kiïhnen von Burgund im Jahre 1473 zu Trier. Greifswald,
1894. In-S", 94 p.
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1894. In-8", 458 p., 1 carte et grav. 3 fr.
765. Malaguzzi Valeri (Ippolito). I supponidi : note di storia signo-
rile italiana dei secoli ix e x. Modena, tip. Soliani, 1894. In-S", 42 p.
(Nozze Manno-Laugier.)
766. Mareuse(E.). Les peintures murales de la maladrerie de Poissy.
Versailles, impr. Cerf, 1894. In-8°, 20 p., 3 pi.
767. MiTROvic (Bartolomeo). Gipro nella storia medioevale del com-
mercio levantine. Trieste, F.-H. Schimpfï, 1894. In-8o, 108 p.
768. MOLLWO (Cari). Die àltesten liibischen ZollroUen. Liibeck,
M. Schmidt, 1894. In-S», m-97 p. i m. 50.
769. Palagky (Frantisek). Dejiny nârodu ceského v cechâch a v
Morave. IIL 1403-1439. Ctvrté vydâni péci Dra Bohuslava Riegra.
[Histoire de Bohême et de Moravie. 4e édition par B. Rieger.] Prague,
Bursik et Kohout, 1894. Gr. in-S», x-660 p.
770. Petit (Ernest). Histoire des ducs de Bourgogne de la race capé-
tienne. Y. Dijon, impr. Darantière, 1894. In-8», xiv-514 p., grav.
(Société bourguignonne de géographie et d'histoire.)
771. PiNTON (Pietro). Codice diplomatico saccense : raccolta distatuti,
catasti, diplomi ed altri atti e regesti di Piove di Sacco. Roma, tip. di
G. Balbi, 1894. In-4o, xvi-324 p., in-fol. 25 1.
772. Plath (Konrad). Die Kônigspfalzen der Merowinger und Karo-
linger. I. Dispargum. Bonn (Berlin, R. Siebert), 1894. In-4°, 64 p.
773. Provenzalische Diâtetik auf Grund neuen Materials herausgege-
ben von Hermann Suchier. Halle, M. Niemeyer, 1894. In-4o, 26 p.
(Extrait de Festschrift zur 200jàhrîgen Jubelfeier der Universitàt Halle.)
774. Rappoltsteinisches Urkundenbuch, 759-1500. Quellen zur Ge-
schichte der ehemaUgen Herrschaft Rappoltstein im Elsass. Herausg.
von Dr Karl Albrecht. IH. Golmar, E. Barth, 1894. In-4», vm-675 p.
32 m.
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-o— œ>-o-
CHRONIQUE ET MÉLANGES.
Par arrêté du 29 novembre 1894, notre confrère M. Marais, sous-
bibliothécaire à la bibliothèque Mazarine, a été promu au grade de
bibliothécaire.
i
— Par arrêté ministériel en date du 27 décembre, notre confrère
M. Marc Sache a été nommé conservateur adjoint à la Bibliothèque-
musée d'Alger, en remplacement de M. Jacqueton, démissionnaire.
— Par arrêté du 19 novembre 1894, notre confrère M. Marcel Poëte a
été nommé conservateur de la bibliothèque publique et des archives
communales de Besançon.
— A la même date, notre confrère M. Max Prinet a été nommé con-
servateur adjoint de la bibUothèque de Besançon. f,
— Par arrêté en date du 26 octobre, notre confrère M. Henri Forgeot
a été nommé archiviste aux Archives nationales, en remplacement de
notre confrère M. Raymond Teulet, nommé archiviste honoraire.
— Par arrêté en date du 31 octobre, notre confrère M. Dupont-Fer-
rier, chargé du cours d'histoire à Lons-le-Saunier, a été nommé profes-
seur d'histoire au même lycée; par arrêté en date du 23 novembre, un
congé d'inactivité lui a été accordé sur sa demande pour l'année scolaire
1894-1895. I
— Par arrêté en date du 10 novembre, notre confrère M. Berthelé a
été chargé du cours complémentaire de paléographie à la Faculté des
lettres de Montpellier pour l'année scolaire 1894-1895.
— L'Académie des inscriptions 'et belles-lettres, dans sa séance du
29 décembre 1894, a élu correspondant notre confrère M. Saige, conser-
vateur des archives de la principauté de Monaco.
— Par arrêté du 11 décembre, notre confrère M. Omontaéténommé
membre du Comité des travaux historiques et scientihques (section
d'histoire).
— La séance publique annuelle de l'Académie des inscriptions et
belles-lettres a eu lieu le 16 novembre 1894, sous la présidence de notre
confrère M. Paul Meyer. Le secrétaire perpétuel M, Wallon y a lu une
CHRONIQUE ET MÉLANGES. 699
très intéressante notice sur la vie et les travaux de M. Alfred Maury,
dont la mémoire est restée chère à notre École.
La séance a été ouverte par un discours du président, M. Paul
Meyer, qui doit trouver place dans la Bibliothèque de l'École des chartes.
« Messieurs,
« Le discours de votre président annuel devrait présenter le résumé
de l'œuvre de l'Académie pendant le cours de l'année écoulée, depuis la
dernière séance publique, et ne se point borner à faire connaître les
résultats de nos concours ; mais, si je devais faire ici l'exposé de nos tra-
vaux, indiquer, même sommairement, tout ce que renferment d'intéres-
sant et de nouveau les imposants volumes in-folio et in-quarto que nous
publions, je lasserais probablement la patience des auditeurs les plus
bienveillants. Obligés de choisir entre nos propres œuvres et celles que
l'on veut bien soumettre à notre jugement, nous n'hésitons pas : nous
démentons le proverbe qui dit que charité bien ordonnée commence par
soi-même, et c'est surtout des livres que nous avons couronnés que je
vous entretiendrai. En procédant ainsi, nous nous montrons au public
un peu dans l'attitude de ces guerriers émérites dont parle Homère, qui,
assis sur les portes de Scées et devisant entre eux, suivaient des yeux
les combats auxquels leur âge ne leur permettait plus de prendre part.
Mais ce n'est là qu'une apparence. Nous travaillons jusqu'à notre der-
nier jour, et il est du moins un cas où nos travaux ont droit, en cette
séance annuelle, à un souvenir; c'est lorsque le président doit rappeler
la mémoire de ceux que l'Académie a perdus.
« Nous avons perdu au commencement de cette année l'un de nos
plus anciens confrères, M. Waddington. Entré jeune encore à l'Acadé-
mie, en 1867, M. Waddington s'était fait connaître de bonne heure par
de savantes études sur l'archéologie et plus particulièrement sur la
numismatique de l'Asie-Mineure. Une s'était pas contenté des ressources
que lui offraient les musées de l'Europe. Il avait renouvelé les sujets
qu'il abordait par des recherches faites sur le terrain même et qui néces-
sitèrent de sa part deux voyages en Orient. Il se proposait, entre autres
buts, de compléter la publication du Voyage archéologique, que notre
ancien confrère Philippe Le Bas avait laissée interrompue. Mais les cir-
constances devaient l'empêcher d'accomplir la tâche qu'il s'était imposée.
Élu membre de l'Assemblée nationale en 1871, ministre de l'Instruction
publique, président du Conseil, enfin ambassadeur en Angleterre depuis
1882, M. Waddington ne put réserver que de rares instants à des études
qui n'avaient pas cessé de l'intéresser. Il augmentait sa collection de
médailles; il poursuivait la rédaction d'un grand ouvrage sur les mon-
naies de l'Asie-Mineure, qui devait être son œuvre capitale. L'an der-
nier enfin, retiré des affaires publiques, il espérait se donner tout entier
à la science, quand il succomba, à la suite d'une courte maladie. L'Aca-
700 CHRONIQUE ET MÉLANGES.
demie a pris les mesures nécessaires pour assurer la publication de son
livre presque achevé sur la numismatique de l'Asie-Mineure.
« La classe des associés étrangers a été particulièrement éprouvée.
Sur huit membres dont elle se compose, deux nous ont été enlevés à
peu de semaines d'intervalle. Sir Austen Henry Layard était du nombr-e
de nos correspondants étrangers depuis vingt-cinq ans, lorsque, en 1889,
il fut élu associé. Son nom restera attaché à l'une des explorations
archéologiques les plus importantes de ce siècle, celle de Birs Nimroud,
qui a ouvert un champ nouveau à l'histoire et à la philologie assyriennes
et qu'il mena à bonne fin, grâce à son indomptable ténacité, au milieu
de difficultés sans nombre et malgré la modicité des ressources dont il
disposait. Comme M. Waddington, et plus complètement encore, sir
Austen fut détourné des recherches qu'il avait commencées avec un si
éclatant succès par les affaires publiques. 11 fut membre de la Chambre
des communes, ministre à Madrid, ambassadeur à Constantinople. Il
passa les dernières années de sa vie en Italie et s'y consacra à l'étude
de la peinture italienne et à des recherches historiques dont les archives
de Venise lui fournirent les matériaux.
« La vie de Jean-Baptiste db Rossi fut au contraire exclusivement
celle d'un homme de science. Bien qu'il fût doué d'un talent de parole
dont rendent témoignage tous ceux qui ont assisté à ses conférences
archéologiques, il ne se sentit jamais de goût pour les affaires publiques.
Il est vrai qu'il fit partie du conseil municipal de Rome; mais c'est un
conseil où l'on fait peu de politique, et lui n'en fit pas du tout. Il n'y
perdit rien, et la science y a gagné. Les études dans lesquelles il s'était
volontairement confiné lui donnèrent de bonne heure toute la renom-
mée que peut ambitionner un savant. Son rare mérite n'avait pas tardé
à être reconnu chez nous. Dès 1867, il fut élu membre associé de notre
Académie.. Vous n'attendez pas de moi une appréciation ni même une
énumération de ses ouvrages. A peine si je puis rappeler son grand
recueil des inscriptions chrétiennes de Rome (1861-88); sa Roma sotter-
ranea cristiana (1864-77), où sont exposées ses découvertes dans les
catacombes romaines, découvertes plus intéressantes encore par la
méthode avec laquelle elles ont été faites que par les résultats obtenus;
son Bulletin d'archéologie chrétienne, fondé par lui et rédigé presque
uniquement par lui; sa collaboration au Corpus inscriptionum lalina-
rum et à la rédaction des catalogues de la bibliothèque Vaticane ; son
édition du martyrologe hiéronymien, préparée en collaboration avec
M. l'abbé Duchesne et qui nous était offerte il y a quelques mois. Selon
le mot de Mommsen, que citait naguère un de nos confrères, dans une
touchante notice : « Avant de Rossi, l'archéologie chrétienne n'était
« qu'un passe-temps d'amateur; avec lui elle est devenue une science. »
« Parmi nos correspondants, quatre sont décédés cette année : un
Français et trois étrangers. M. Robiou, ancien professeur à la Faculté
CHRONIQUE ET MELANGES. 704
des lettres de Rennes, était un homme d'une érudition solide et très
variée. Il nous a laissé des travaux approfondis sur divers points de
l'histoire de l'Egypte et de la Grèce et sur la littérature française du
xvn' siècle. Nous imprimons actuellement dans nos mémoires un tra-
vail considérable, auquel il a consacré les derniers temps de sa vie si
laborieuse, sur l'état religieux de la Grèce et de l'Orient au siècle
d'Alexandre.
« M. Hodgson était le plus ancien de nos correspondants; il nous
appartenait depuis 1850. Haut fonctionnaire de la compagnie des Indes,
il avait mis à profit les facilités que lui offrait sa situation de résident
au Népaul pour réunir et publier, vers le milieu de ce siècle, d'impor-
tants documents sur l'ethnographie et sur l'histoire de l'Inde. Il avait
fait don à la Société asiatique d'une précieuse collection de manuscrits
indiens qui ont été utilisés par Eugène Burnouf pour son Introduction
à l'histoire du Bouddhisme.
« M. Whitney, professeur à Yale Collège (New-Haven, États-Unis
d'Amérique), était correspondant de l'Académie depuis 1877. Son édi-
tion de VAtharva Véda l'avait classé de bonne heure parmi les premiers
indianistes de notre temps. Il a écrit sur la science du langage des livres
qui ont fait époque, entre lesquels il faut citer son ouvrage sur la vie et
le développement du langage {Life and growth of language, 1875), qui a
eu plusieurs éditions.
« Nous avons enfin perdu, il y a peu de semaines, M. Fabretti, pro-
fesseur à l'Université de Turin, notre correspondant depuis 1876, qui
s'était acquis une réputation méritée par ses travaux sur les antiquités
italiques et notamment par son Corpus inscriptionum italicarum (1867,
in-4'', avec suppléments publiés en 1872, 1874, 1878). Il est aussi l'au-
teur de travaux estimés sur l'histoire de Pérouse, sa ville natale.
« Les académiciens meurent, mais les Académies sont des établisse-
ments de mainmorte constitués pour durer longtemps. Il ne leur faut,
pour vivre et agir, que des subsides, et il ne semble pas que nous soyons
près d'en manquer. Nous voyons s'augmenter d'année en année le
nombre des fondations dont les revenus nous permettent d'encourager
la pratique des sciences qui sont de notre domaine. Tout récemment
encore un éminent diplomate, M. le baron de Gourcel, nous a donné
les moyens de fonder un prix, qui sera décerné de neuf en neuf ans,
destiné à des recherches sur les premiers siècles de l'histoire de France,
et la veuve de M. Gabriel de Chénier nous a laissé une rente qui récom-
pensera les travaux sur la grammaire grecque. Naguère la donation d'un
amateur éclairé, Eugène Piot, nous permettait de fonder un recueil con-
sacré à l'art depuis l'antiquité jusqu'à la Renaissance, dont il a déjà paru
deux livraisons, et de venir en aide à des publications ou à des explo-
rations archéologiques. C'est grâce à la libéralité de M. Piot que nous
avons pu assurer l'impression du grand ouvrage de M. Waddington sur
4 894 45
702 CHRONIQUE ET MELANGES.
les monnaies de l'Asie-Mineure. La même fondation nous a permis de
subventionner diverses explorations, notamment celles de M. Chantre
en Gappadoce, qui ont amené la découverte de précieux restes d'anti-
quité.
« La fondation Garnier est affectée, d'après les termes mêmes de k
donation, à des voyages scientifiques dans l'Afrique centrale ou dans
les régions de la haute Asie. Sur les revenus de cette fondation, diverses
sommes ont été attribuées à M. Foureau, le courageux explorateur du
Sahara occidental, et à Mgr Le Roy, évêque du Gabon, qui étudiera
l'ethnographie et le langage des populations naines des pays situés à
l'est de la rivière Ngoumié. C'est sur les mêmes fonds qu'était rétribuée
la mission de l'infortuné Dutreuil de Rhins, qui a trouvé récemment la
mort au Thibet. Nous espérons que les relevés et les notes de voyage de
cet intrépide géographe ne seront pas perdus et qu'ainsi une mission si
tragiquement interrompue ne restera pas sans résultat.
« Entre les concours que les libéralités de l'État et des particuliers nous
permettent d'instituer, les uns portent sur un sujet limité qui varie
d'année en année, tandis que les autres laissent aux concurrents une
liberté plus grande, admettant tous les ouvrages imprimés ou manus-
crits qui se rapportent à un ordre d'études déterminé. L'Académie, liée
par les termes des fondations, ne peut modifier les conditions qu'elle a
acceptées. Elle reconnaît toutefois que les concours sont en général d'au-
tant plus fructueux qu'ils offrent aux concurrents un champ plus large-
ment ouvert.
« Prix du Budget. — Le sujet proposé était : a Faire l'histoire de la
« domination byzantine en Afrique, d'après les auteurs, les inscriptions
« et les monuments (l'Egypte restant en dehors du programme). » Un
seul mémoire a été présenté ; mais, de l'avis de la commission, c'est un
excellent travail, épuisant toutes les sources d'informations, dont la
principale est l'historien Procope, d'ailleurs bien composé et offrant des
conclusions nouvelles. Le prix a été décerné à cet ouvrage, dont l'au-
teur est M. Diehl, professeur à la Faculté des lettres de Nancy.
« Prix Bordin. — Un seul candidat a répondu à la question formulée
en ces termes : « Etudier, d'après les récentes découvertes, la géogra-
« phie et la paléographie égyptiennes et sémitiques de la péninsule
« sinaïtique jusqu'au temps de la conquête arabe. » L'auteur a donné
la preuve d'une connaissance approfondie du sujet. Il a transcrit toutes
les inscriptions gravées sur les rochers du Sinaï. Beaucoup étaient iné-
dites; pour d'autres il a amélioré le texte que l'on possédait. En ce qui
concerne la géographie, il avait peu à ajouter aux résultats obtenus par
la Commission anglaise du Sinaï; mais là encore il a su imprimer à son
travail un cachet très personnel. La Commission n'a pas hésité à décer-
ner le prix à cet ouvrage, dont l'auteur est M. Georges Benedite, atta-
ché au Musée du Louvre.
CHRONIQUE ET MELANGES. 703
0 Les concours dont j'ai maintenant à rendre compte offrent aux tra-
vailleurs un programme large et permanent. Aussi sommes-nous assurés
d'avance que le nombre des travaux dignes d'être encouragés dépassera
toujours celui des récompenses dont nous disposons.
« Antiquités de la France. — Ici trois médailles, dont la valeur a été
fixée à une époque où le pouvoir de l'argent était double de ce qu'il est
maintenant, trois modestes médailles et six mentions honorables ont été
disputées par trente ouvrages d'importance fort diverse, mais dont aucun
n'est sans valeur, preuve manifeste du progrès des études, car les œuvres
supérieures, rares en tout temps, ne peuvent être prises comme crité-
rium; mais la disparition graduelle des travaux superficiels ou nuls est
un sur indice de la diffusion des bonnes méthodes et d'une amélioration
générale.
« La première médaille a été décernée, à l'unanimité, à M. Guilhier-
moz, pour son livre intitulé : Enquêtes et procès. Étude sur la procédure
et le fonctionnement du Parlement au XIV' siècle (Paris, 1892, in-4''). Les
recherches sur l'histoire du Parlement se sont multipliées dans ces der-
nières années, et nous avons eu à récompenser plus d'un travail relatif
à quelque partie de ce vaste sujet. Mais le point particuHer traité par
M. Guilhiermoz avait été à peine effleuré et restait entouré d'obscurité.
Il a le premier reconnu le véritable caractère de la Chambre des
enquêtes; il en a exposé, à l'aide de documents nouveaux, le fonction-
nement; il a montré son importance croissant à mesure que le mode de
preuve par témoins gagnait du terrain. Tout, dans cet important travail,
révèle une connaissance intime du sujet et une grande sagacité.
« La seconde médaille a été attribuée à M. Héron, laborieux érudit,
que l'Académie a déjà eu l'occasion de récompenser pour des travaux
antérieurs qui touchent à l'histoire littéraire de la Normandie. L'ou-
vrage qu'il a présenté au concours est une édition des œuvres de Robert
Blondel, publiée par la Société de l'histoire de Normandie (Rouen, 1891
et 1893, 2 vol. in-8°). Cette édition a paru de tout point irréprochable.
La Reductio Normannise, le plus important des écrits de Blondel, avait
déjà été convenablement éditée, mais M. Héron a joint au texte un
commentaire historique qui assure à sa publication une valeur supé-
rieure.
« M. René Merlet, archiviste d'Eure-et-Loir, et M. l'abbé Clerval ont
présenté un ouvrage intitulé : un Manuscrit chartrain du XP siècle. Ful-
bert, évêque de Chartres. Martyrologe à l'usage de l'Église de Chartres
(Chartres, 1893, in-4»). Il s'agit d'un manuscrit richement enluminé,
conservé à la bibliothèque de Saint-Étienne et qui fournit, sur l'histoire
de l'église de Chartres avant le xii^ siècle, des informations dont les
auteurs ont su tirer le meilleur parti. Leur édition du martyrologe forme
un utile complément aux obituaires de l'église de Chartres publiés en
1865 par MM, Lucien Merlet et Moutié. L'une des miniatures du manus-
704 CHRONIQUE ET Me'lAIVGES.
crit de Saint-Étienne a particulièrement attiré l'attention de MM. R.
Merlet et Clerval. Ils y ont reconnu avec vraisemblance la représenta-
tion de la cathédrale de Chartres ; mais ils ont avancé une conjecture
bien incertaine en attribuant cette peinture à l'époque même de la mort
de l'évêque Fulbert, c'est-à-dire à l'année 1029. Les conclusions qu'ils
ont tirées de ce document quant à la date de l'achèvement de la cathé-
drale ont donc paru un peu aventurées. Malgré ces réserves, la Commis-
sion, tenant compte de la difficulté des questions examinées, les a jugées
digues de la troisième médaille.
« La première mention honorable a été donnée à M. Stéphane Gsell,
ancien membre de l'École de Rome et professeur à l'École supérieure
des lettres d'Alger, pour ses Recherches archéologiques en Algérie (Paris,
1893, in-S"). Sous ce titre sont groupées trois dissertations bien dis-
tinctes. La première est une description de la basilique de Sainte-Salsa,
à Tipasa; la seconde est une exploration fort bien conduite de diverses
ruines romaines situées dans la région qui s'étend au sud-est de Sétif.
M. Gsell a fait là de très heureuses découvertes dont il a su tirer le
meilleur parti pour fixer le tracé des voies romaines de cette région. Il
a aussi trouvé les restes de nombreuses basiliques chrétiennes dont il a
donné les plans, aune échelle malheureusement trop réduite, mais qu'il
se propose d'étudier ultérieurement dans un travail d'ensemble sur les ;^
basiliques du nord de l'Afrique. Enfin la troisième partie de cet ouvrage -jj
contient le recueil des inscriptions découvertes par M. Gsell dans les
belles ruines de Thubursicum Numidarum et dans celles de Madaura.
La valeur de cet ouvrage a fait regretter à la Commission de n'avoir pas
une récompense plus élevée à lui décerner. '^
« Nous avons donné la deuxième mention à une publication d'un ■'
tout autre genre, au Livre des privilèges de Manosque, édité par M. Isnard,
archiviste des Basses-Alpes (Digne, 1893, in-4°). Ce cartulaire munici-
pal était bien connu. Tous les historiens de Digne en avaient fait usage.
Mais une publication complète était désirable. M. Isnard s'est acquitté
de sa tâche avec soin; son introduction est intéressante. On a regretté
seulement qu'il n'ait pas joint les noms modernes aux anciens noms de
lieu relevés dans sa table.
« M. Bertrand de Broussillon a obtenu la troisième mention pour son
livre intitulé : la Maison de Craon, 1050-1^80; étude historique accompa-
gnée du Cartulaire de Craon (Paris, 1893, 2 vol. in-S"). Il existait déjà
plusieurs travaux sur l'histoire de cette ancienne famille, mais il s'en
fallait de beaucoup que tous les éléments qui peuvent servir à l'écrire
eussent été recueillis et utilisés. M. Bertrand de Broussillon a réussi à
former un très riche cartulaire d'environ 1,700 actes, pour la plupart
inédits et tous relatifs aux diverses branches de la famille qu'il étudiait.
La disposition de ce cartulaire, divisé en plusieurs séries, a soulevé
quelques objections. De plus, on a relevé des inexactitudes dans les
CHRO^flQUE ET MELANGES. 705
transcriptions, et l'index a paru insuffisant. Ces défauts n'ont pas per-
mis d'attribuer une récompense plus élevée à une œuvre d'ailleurs con-
sidérable.
« L'intérêt qu'excite Jeanne d'Arc ne faiblit pas. Il ne s'écoule guère
d'années sans qu'il paraisse quelque ouvrage sur notre héroïne nationale
ou sur quelqu'un des événements qui la concernent. Les RR. PP. Be-
lon et Balme, de l'ordre des Frères Prêcheurs, ont publié un livre
très approfondi sur Jean Dréhal, grand inquisiteur de France, et la réha-
bilitation de Jeanne d'Arc (Paris, 1893, in.-A°). C'est le meilleur ouvrage
qui ait paru sur le procès de réhabilitation depuis la pubhcation des
procès de Jeanne d'Arc par Jules Quicherat. Le texte du rapport ou
Recollectio de Jean Bréhal est publié par les Pères Belon et Balme avec
une critique irréprochable et savamment annoté. La Commission leur
a décerné la quatrième mention.
« La cinquième a été attribuée à M. le comte de Beauchesne, pour
son ouvrage sur le Château de la Roche-Talbot et ses seigneurs (Mamers,
1893, in-S"). La Commission le considère comme le type achevé des
monographies auxquelles l'histoire locale peut donner lieu. La cons-
cience et la critique que l'auteur a su apporter à ses recherches font
souhaiter qu'il fasse porter ses efforts sur des sujets d'un intérêt moins
limité.
« La sixième et dernière mention a été attribuée à M. de Trémault,
éditeur du Cartulaire de Marmoutier pour le Vendômois, publié sous les
auspices de la Société archéologique du Vendômois. C'est un intéres-
sant recueil de documents du xi« siècle. Quelques défauts dans la
détermination des dates et dans la table des noms de personne et de
lieu nous ont empêchés d'accorder à cette utile publicationune récom-
pense plus élevée.
« Le concours des antiquités de la France exclut les ouvrages qui se
rapportent à la période moderne de notre histoire. Le prix Gobert, au
contraire, est ouvert à l'ouvrage le plus savant et le plus profond sur
notre pays, sans limitation de temps. Des travaux très différents par
l'étendue et par le caractère se sont offerts à nos suffrages. En premier
lieu se présentait le monumental Dictionnaire de l'ancienne langue fran-
çaise et de tous ses dialectes, parvenu maintenant à son huitième volume,
et auquel M. Godefroy consacre tous les instants d'une vie laborieuse.
L'Académie, tout en reconnaissant l'incontestable utilité de ce vaste
répertoire, n'a pas cru devoir lui accorder une seconde fois le prix
Gobert qu'elle lui avait décerné il y a dix ans. Elle a donné le premier
prix à M. Arthur Giry, professeur à l'École des chartes, pour son
Manuel de diplomatique (Paris, 1894). Elle a reconnu dans cet ouvrage
une information exacte et profonde de toutes les matières qui cons-
tituent la science de la diplomatique et de la chronologie, une juste
proportion dans la disposition des diverses parties, un talent d'exposi-
706 CHRONIQUE ET MÉLANGES.
tion d'autant plus appréciable qu'il s'agit de sujets difficiles et com-
plexes. Ces mérites, qui sont essentiels dans un ouvrage didactique,
qui est, en grande partie, le résumé des travaux d'autrui, n'au-
raient pas suffi à justifier la haute distinction accordée à M. Giry,
si nous n'avions remarqué dans son livre des parties entièrement nou-
velles, où sont condensés les résultats de recherches personnelles con-
duites avec une excellente méthode. La science diplomatique n'est pas
également avancée en toutes ses branches. Si la diplomatique pontifi-
cale, par exemple, a été étudiée jusqu'en ses plus petits détails dans
une suite de travaux dont plusieurs, et non des moins importants,
émanent de notre École de Rome, en revanche, la science des actes
émanés des chancelleries françaises, qui nous intéresse plus particu-
lièrement, présentait des lacunes nombreuses pour le xiii^ et le xiv« siècle,
et n'était même pas ébauchée pour les siècles suivants. Dans cette
partie de son livre, M. Giry a dû, pour ainsi dire, créer la science. 11 a
établi sa doctrine par l'examen personnel d'un nombre d'actes très
considérable et par l'étude d'anciens formulaires qui, bien qu'impri-
més, n'avaient guère été utilisés par les diplomatistes. Il n'était guère
possible qu'un ouvrage où sont groupées et classées tant de notions
diverses fût de tout point irréprochable. L'examen scrupuleux auquel
a été soumis le livre de M. Giry par la Commission y a fait découvrir
un certain nombre d'erreurs, en des parties accessoires, par exemple
dans le chapitre relatif aux noms de lieux, qui n'a rien à faire avec la
diplomatique, ou dans la liste des saints dont les fêtes ont été employées
comme éléments de date. Mais une nouvelle édition permettra de cor-
riger aisément ces imperfections. Tel qu'il se présente, le Manuel de
diplomatique aidera puissamment au développement des études histo-
riques. C'est le résumé complet et mis à jour d'une science qui, en ces
dernières années, semblait avoir progressé plus rapidement à l'étranger
que chez nous, mais dont les origines sont essentiellement françaises,
puisque les bases en ont été posées par Mabillon.
« Le second prix Gobert a été décerné à M. l'abbé Marchand pour un
livre bien composé, clairement écrit et parfaitement informé sur le Maré-
chal François de Scépeaux de Vieilleville (Paris, 1893). Nous connais-
sions mal le maréchal de "Vieilleville. La physionomie de ce guerrier
diplomate avait été altérée et grandie outre mesure dans les mémoires
publiés au siècle dernier, sous le nom de son secrétaire Carloix, par le
P. Griffet. Certes, on n'avait pas tardé à reconnaître qu'ils méritaient
peu de confiance. Un membre de notre Académie, l'abbé Garnier, les
avait soumis il y a plus d'un siècle, dans nos Mémoires, à une critique
approfondie, montrant que la plupart des récits attribués à Carloix
contenaient de graves inexactitudes et parfois même étaient purement
imaginaires, et depuis, plusieurs historiens, dont M. Marchand a soi-
gneusement recueilli les témoignages, n'hésitèrent pas à taxer le mal-
CHRONIQUE ET MELANGES. 707
heureux Carloix d'imposture. Mais, comme disaient nos pères, « à un
« coup ne chiet pas li chesnes. » Les reclierches modestes des érudits
n'ont chance de se propager en dehors d'un cercle très restreint qu'au-
tant qu'elles ont pénétré dans les dictionnaires plus ou moins encyclo-
pédiques où le gros des écrivains va puiser sa science, et les prétendus
mémoires de Carloix n'ont pas laissé d'être réimprimés dans nos
grandes collections historiques, et d'être cités comme un document
authentique par maints historiens de notre temps. M. l'abbé Marchand
a donc fait une œuvre utile en écrivant une vie sincère du maréchal de
Vieilleville, fondée exclusivement sur les documents contemporains,
et qui est, en fait, une réfutation perpétuelle de ces mémoires menson-
gers dont en réalité on ne connaît pas le véritable auteur. Espérons
qu'il nous en aura définitivement débarrassés.
« Prix Foiild. — L'Académie des inscriptions avait cette année, de
concert avec l'Académie des beaux-arts, à décerner le prix Fould, des-
tiné à récompenser le meilleur ouvrage sur l'histoire des arts du des-
sin. Elle l'a attribué à M. Gustave Gruyer, pour son livre, en partie
imprimé et en partie manuscrit, sur l'Art ferrarais à l'époque des princes
d'Esté, et pour l'ensemble de ses publications antérieures. Dans ce
livre, l'auteur s'est proposé de mettre en lumière un des centres les
plus importants et les moins connus de la Renaissance italienne. A l'his-
toire des œuvres d'art, il a joint une étude sur l'esprit de cette cour de
Ferrare, si raffinée et si corrompue.
« Prix Duchalais. — Ce prix, destiné à récompenser le meilleur
ouvrage de numismatique du moyen âge, a été décerné à M. Maurice
Prou, bibliothécaire au Département des médailles de la Bibliothèque
nationale, pour son Catalogue des monnaies mérovingiennes du Cabinet
des médailles (Paris, 1892), œuvre considérable, qui renferme près de
3,000 notices de monnaies mérovingiennes, et que précède une longue
introduction où l'auteur traite avec sagacité et prudence un grand
nombre des difficiles questions que soulève cette partie obscure de
notre numismatique nationale.
« Prix Brunet. — Le prix fondé par Jacques-Charles Brunet, l'auteur
du Manuel du libraire, pour récompenser les ouvrages de bibliographie
savante, avait été affecté cette année à la bibliographie du moyen âge
et des temps modernes. Le champ était vaste; aussi les concurrents
ont-ils été nombreux. Douze ouvrages nous ont été envoyés. Mais il n'a
pas paru à votre Commission que tous répondissent aux conditions du
concours tel que l'avait entendu le fondateur. Elle a été d'avis que l'au-
teur du Manuel du libraire avait voulu récompenser de préférence les
ouvrages de bibliographie proprement dite, c'est-à-dire ayant pour
objet la description des livres, soit imprimés, soit manuscrits. Elle s'est
donc crue obligée d'écarter certaines publications d'un réel mérite et
708 CHRONIQUE ET MÉLANGES.
d'une incontestable utilité, qui concernent les documents d'archives,
notamment les Archives de l'histoire de France, par MM. Gh.-V. Lan-
glois et H. Stein (1891-1893, in-S"), et le Répertoire général des sources
manuscrites de l'histoire de Paris pendant la Révolution (1890-1894,
3 vol. in-4o), de M. Tuetey. Même après cette élimination, elle a dû
partager le prix entre quatre concurrents. Ayant à disposer d'une
somme de 4,000 francs, elle a attribué 2,000 francs à M. Tourneux
pour les deux premiers volumes de sa Ribliographie de l'histoire de Paris
pendant la Révolution (1890-93, 2 vol. in-4''); 1,000 francs au Catalogue
des Incunables de la bibliothèque publique de Besançon, par feu Auguste
Gastan (1893, in-S»); 500 francs à M. Philippe Renouard, ^o\xv ?,a. Biblio-
graphie des éditions de Simon de Colines (1894, in-S»); 500 francs à
M. Julien Vinson, pour son Essai d'une bibliographie de la langue
basque (1891, in-8o).
« Prix Stanislas Julien. — Ce prix, institué en faveur du meilleur
ouvrage relatif à la Chine, a été partagé entre M. de Groot, auteur
d'un livre intitulé : le Code du Mâhâyanâ en Chine; son influence sur
la vie monacale et sur le monde laïque (Amsterdam, 1893, in-8"), et
M. de Chavannes, professeur de chinois au Collège de France, pour
son Mémoire composé à l'époque de la grande dynastie Tang sur les reli-
gieux éminents qui allèrent chercher la loi dans le pays d'Occident, par
l'Tsing, traduit en français (Paris, 1894).
« Prix Delalande-Guérineau. — Ce prix, destiné cette année au meil-
leur ouvrage d'archéologie ou de littérature ancienne classique, a été
décerné à M. D. Mallet, pour son livre intitulé : Premiers établissements
des Grecs en Egypte (Paris, 1893).
« Prix de la Grange. — Ce prix a été fondé par notre ancien confrère,
M. le marquis de la Grange, pour récompenser l'édition d'un poème
inédit appartenant à l'ancienne littérature française, ou, à défaut, un
travail sur l'ancienne poésie française. Il a été attribué cette année à
M. Bonnardot, pour le glossaire très complet et très soigné des Miracles
de Notre-Dame, publiés par MM. G. Paris et U. Robert. Ce glossaire
forme le huitième volume de cette importante publication.
« Prix Saintour. — Ce prix, de fondation récente, est au nombre de
ceux dont l'Académie est libre de déterminer l'objet. Cette année, il
avait été affecté aux études orientales. Il a été partagé entre trois concur-
rents. La partie principale, une somme de 2,000 francs, a été attribuée
à M. Hartwig Dercnbourg, professeur à l'École des langues orientales,
pour sa Vie d'Ousamâ (1886-93, 3 vol. in-S»). C'est la traduction d'une
sorte d'autobiographie découverte par lui à l'Escurial et qui abonde en
renseignements, intéressants autant que nouveaux, sur les relations
dos Musulmans et des Francs en Palestine au xii"^ siècle. Elle a, en
outre, accordé 500 francs à M. Casanova, pour une série de mémoires
CHRONIQUE ET MÉLANGES. 709
ayant trait à l'histoire et à l'archéologie de l'Egypte, et pareille somme
à M. Victor Henry, chargé de cours à la Sorbonne, pour sa traduction
des livres VII et XIII de VAtharva Véda (Paris, 1891-1892).
« Il me reste encore à mentionner les Mémoires envoyés à l'Acadé-
mie par les membres de nos Écoles d'Athènes et de Rome. Ces
Mémoires, je m'empresse de le dire, ne donnent qu'une idée bien
incomplète de l'activité déployée dans ces laborieuses écoles. En ce qui
concerne l'École d'Athènes, j'ai à peine besoin de faire une rapide
allusion aux merveilleuses découvertes de Delphes. Espérons que les
innombrables inscriptions, qui ont été trouvées dans ces fouilles déjà
célèbres, seront mises sans retard à la disposition des savants, fût-ce
par une publication provisoire. Vous allez tout à l'heure entendre, de
la bouche la plus autorisée, l'exposé des résultats obtenus jusqu'à ce
jour. Quant à l'École de Rome, elle poursuit avec régularité une vaste
entreprise dont l'histoire du moyen âge tirera grand profit : la publica-
tion, par voie d'analyses et d'extraits, des registres du Vatican où sont
transcrites les lettres des papes. Nous verrons bientôt l'achèvement de
cette vaste collection.
« L'École d'Athènes nous a envoyé trois Mémoires. L'un a pour
auteur M. Ardaillon, qui, l'an dernier, nous avait adressé un très
important travail sur les mines du Laurium et sur les vestiges qui
subsistent encore de l'exploitation de ces mines pendant l'antiquité. Le
Mémoire sur les ports antiques de la Grèce, que nous avons reçu cette
année de M. Ardaillon, traite un sujet moins nouveau. Ce n'est guère
que l'introduction d'un livre que prépare l'auteur sur le port de Délos,
qui fut pendant trois siècles l'un des marchés maritimes les plus fré-
quentés de la Méditerranée.
« M. Bourguet nous a envoyé la copie et le commentaire de deux
inscriptions trouvées dans les fouilles de Delphes. La plus longue et la
plus précieuse renferme les comptes d'une commission chargée de
veiller à la construction d'un édifice sacré. Elle date du milieu du
iv« siècle et soulève nombre de petits problèmes que l'auteur a résolus
avec sagacité.
« Le Mémoire de M. Millet a trait à une époque bien plus rapprochée
de nous, et cependant peu connue. Il a pour sujet l'étude des églises
de Trébizonde et des peintures qui les ornent. M. Millet a résumé les
renseignements peu nombreux qu'on possède sur ces églises, pour la
plupart postérieures à la quatrième croisade ; il en a étudié l'architec-
ture et la décoration, joignant à ses descriptions des plans et des pho-
tographies. Cette étude, féconde en résultats nouveaux, était d'autant
plus nécessaire que les peintures des églises de Trébizonde se dété-
riorent peu à peu ou sont recouvertes par des fresques nouvelles.
« L'École de Rome nous a envoyé quatre Mémoires qui se partagent
également entre l'antiquité et le moyen âge. M. Graillot est l'auteur
7^0 CHRONIQUE ET MÉLANGES.
d'un essai sur le culte de Gybèle à Rome qui se lit avec intérêt, sans
toutefois offrir rien de bien neuf.
« Le Mémoire de M. Goyau sur la tétrarchie de Dioclétien, c'est-à-dire
sur le gouvernement de l'Empire par quatre souverains, est un travail
plus considérable et plus neuf. L'auteur montre que les réformes de
Dioclétien ne furent pas le résultat d'un plan conçu a 'priori, mais
qu'elles ont été effectuées graduellement au cours des événements. Son
travail est très approfondi et porte la marque d'un esprit réfléchi et
judicieux. M. Goyau a joint à son Mémoire deux dissertations d'un
caractère plus spécial, l'une sur la Numidia Militiana, l'autre sur la
correspondance inédite entre Marini et Blanchi.
« M. Bourel de la Roncière a poursuivi à Rome les études sur les
marines militaires du moyen âge qu'il avait commencées à Paris, et
auxquelles se rattachait sa thèse de l'École des chartes sur la marine
française au temps de Louis XL Dans le Mémoire qu'il nous a envoyé,
il étudie les marines de Byzance, des Arabes et des peuples latins de
la Méditerranée. Ses recherches dans les archives italiennes l'ont mis
en possession de beaucoup de documents que ses devanciers, Jal
notamment, n'ont point connus. Des vues intéressantes et nouvelles se
dégagent de ces recherches que l'auteur se propose de poursuivre et de
compléter.
« M. J. Deloye, tout en collaborant avec d'autres membres de l'École
à l'analyse des lettres pontificales, s'est livré à un travail très long et
très ingrat sur un des fonds les plus malaisés à consulter des archives
du Vatican. Il a entrepris d'inventorier les documents relatifs à l'admi-
nistration de la Chambre apostolique pendant le séjour des papes à
Avignon. Ces documents ont été reliés en désordre, et c'est seulement
lorsqu'ils auront été inventoriés qu'il sera possible d'en dresser un
catalogue méthodique. Les parties d'inventaire qui ont été mises sous
les yeux de la Commission permettent déjà d'apprécier l'utilité qu'aura
ce travail lorsqu'il sera achevé. M. Deloye y a joint une longue intro-
duction qui fait connaître la nature des documents que renferment les
séries inventoriées et l'intérêt des notions qu'on en peut tirer.
« Si résumé qu'il soit, ce simple exposé des travaux que nous avons
eu à juger, et des explorations que nous avons encouragées, montre
d'une façon saisissante combien s'accroît dans tous les sens le champ
de nos études. Il fut un temps où l'antiquité grecque et latine, l'histoire
du moyen âge et quelques branches de la philologie orientale compo-
saient à peu près tout notre domaine. Tout a bien changé : d'une part,
le sol fouillé avec méthode nous a révélé des civilisations antiques
dont nos devanciers n'avaient guère le moyen de s'occuper; d'autre
part, l'histoire des temps modernes est soumise peu à peu aux investi-
gations réglées de la critique savante. Les idiomes de tous les temps et
de tous les pays, ceux mêmes qui n'ont pas eu de littérature, attirent
CHEONIQUE ET MELANGES. 74 ^
l'attention des philologues, qui les analysent et les décrivent à l'aide de
procédés nouveaux. La libéralité des donateurs suit de près et parfois
même devance ce mouvement en avant de l'esprit de recherche. La
fondation Garnier nous force à nous intéresser à la haute Asie et à
l'Afrique centrale. Le prix Loubat, que nous aurons à décerner l'an
prochain, nous oblige à apprendre l'archéologie de l'Amérique septen-
trionale. Le temps est loin oià l'une de nos occupations habituelles était
de composer des inscriptions pour les monuments publics ou des
légendes pour les médailles qu'on frappe à la Monnaie. Nous faisons
peu d'inscriptions, mais nous en déchiffrons beaucoup, et en des langues
peu connues : en latin, en grec, en phénicien, en araméen, en égyptien,
en assyrien, en perse, en sanscrit. Bientôt, espérons-le, viendra le tour
de l'étrusque. L'œuvre humaine entière, en tous les temps et sous
toutes les latitudes, nous appartient. Mais, bien loin que l'espace immense
qui se développe à nos yeux excite en nous un sentiment d'orgueil,
nous nous sentons bien modestes en considérant combien est minime la
portion que chacun de nous en particulier peut en parcourir. »
— Nous reproduisons les jugements portés sur les travaux de plu-
sieurs de nos confrères dans le rapport que M. Auguste Longnon a fait
au nom de la Commission des antiquités de la France sur les ouvrages
envoyés au concours de l'année 1894, et qu'il a lu le 2 novembre dans
la séance de l'Académie des inscriptions et belles-lettres :
« C'est à l'unanimité, et sans la moindre hésitation, que la première
médaille a été décernée à M. Paul Guilhiermoz, ancien sous-bibliothé-
caire à la Bibliothèque nationale, pour son livre intitulé : Enquêtes et
procès. Étude sur la procédure et le fonctionnement du Parlement au
XIV^ siècle (Paris, 1892, in-4o).
« Bien que le Parlement de Paris fût l'une des plus grandes institu-
tions de l'ancienne France, malgré l'incomparable état de conservation
et la richesse de ses archives, l'histoire de l'ancienne cour suprême
était naguère encore assez mal connue, parce que l'on s'était bien plu-
tôt préoccupé de son rôle politique que de son organisation intérieure
et de son rôle judiciaire. Les travaux récents de M. Joseph Tardif, de
M. Tanon, de M. Delachenal, et surtout ceux de M. Félix Aubert, qui
a courageusement entrepris d'écrire une histoire complète du Parle-
ment, nous fournissent sur les origines de cette institution, sur ses pre-
miers développements, sur son organisation intérieure, sur les limites
de sa compétence, sur sa jurisprudence et sur ses traditions des notions
beaucoup plus certaines et beaucoup plus complètes que celles que pos-
sédaient les membres mêmes de l'illustre compagnie à la veille de leur
dispersion. Ces notions sont encore accrues par l'étude que M. Guil-
hiermoz vient de consacrer au rôle de la Chambre des enquêtes, dont
l'origine, la compétence, la composition et la procédure étaient, tout
récemment encore, entourées d'incertitude.
7^2 CHBONIQDE ET ME'lANGES.
« Grâce à la découverte de documents d'une réelle importance, tels
le style de la Chambre des enquêtes et le style des commissaires, datant
l'un et l'autre du xiv^ siècle ; grâce aussi à la patience avec laquelle il
les a dépouillés et à l'habileté avec laquelle il les a interprétés, M. Guil-
hiermoz nous fait assister à la naissance de la Chambre des enquêtes-,
formée d'abord d'un certain nombre de membres de la Grand'Chambre,
spécialement et temporairement délégués à la confection des enquêtes,
composée bientôt d'un personnel propre, mi-laïque et mi-ecclésiastique,
s'augmentant et se dédoublant à mesure que la preuve par témoins
gagnait du terrain et que la procédure d'enquête devenait, sinon le seul,
du moins le principal et plus habituel moyen de l'administrer. M. Guil-
hiermoz prouve de la façon la plus péremptoire que la Chambre des
enquêtes n'était pas une chambre de plaidoyer, mais bien une chambre
de conseil, et que, si l'on trouve parfois un débat oral engagé devant
elle et un arrêt rendu par elle après plaidoiries, c'est dans les cas très
rares où le roi la commettait pour connaître d'un procès déterminé,
particulièrement pendant la durée des vacances de la Grand'Chambre,
et où elle jouait le rôle d'un tribunal d'exception. Il démontre également
que la fonction de la Chambre des enquêtes consistait uniquement à
procéder aux enquêtes ordonnées par la Cour, c'est-à-dire par la Grand'-
Chambre, ou à celles que nécessitait l'appel ou l'évocation devant le
Parlement de causes qui avaient été, devant les premiers juges, l'objet
d'une instruction par écrit : elle n'ordonnait pas l'enquête ; ce n'était
pas à elle que l'enquête, une fois faite, était rapportée ; ce n'était pas
devant elle enfin que les parties pouvaient faire valoir les griefs
qu'elles prétendaient avoir contre l'enquête. M. Guilhiermoz établit
également, avec la même netteté, que c'était la Grand'Chambre qui,
après avoir entendu un premier débat oral, ordonnait les enquêtes;
que c'était elle qui décidait si une enquête terminée serait jugée,
c'est-à-dire homologuée, ou complétée si elle était imparfaite, ou
refaite entièrement si elle était irrégulière ; que c'était elle encore qui
prononçait les arrêts préparés et rédigés par la Chambre des enquêtes,
A quelle phase de la procédure la Chambre des enquêtes commençait-
elle à s'occuper des enquêtes ordonnées par la Grand'Chambre? dans
quelles conditions les dossiers lui étaient-ils transmis? quels étaient
ses rapports avec la Grand'Chambre? Tous ces points obscurs, sur les-
quels les travaux anciens ou même contemporains, relatifs à l'histoire
du Parlement, ne nous fournissaient point d'éclaircissements suffisants,
ont été élucidés par M. Guilhiermoz. Nous savons donc maintenant que
la Chambre des enquêtes n'avait pas, à vrai dire, de juridiction propre,
qu'elle ne faisait qu'instruire les procès et vider les avant- faire droit et
que ses décisions ne devenaient des arrêts que lorsque la Grand'Chambre
se les était appropriés et les avait prononcés.
« Il est inutile de pousser plus loin l'analyse du travail de M. Guil-
CHRONIQUE ET Me'lANGES. 7^3
hiermoz pour justifier la place d'honneur que nous lui avons donnée.
Tout ce qui suit n'est en effet que le développement des principes qu'il
a posés et dont l'exactitude n'est plus contestée par aucun de ceux qui
s'occupent de notre ancienne organisation judiciaire.
« La troisième médaille a été attribuée à M. René Merlet, archiviste
du département d'Eure-et-Loir, et à M. l'abbé Glerval, supérieur de la
maîtrise de Notre-Dame de Chartres, pour un ouvrage intitulé : un
Manuscrit chartrain du XI^ siècle. Fulbert, évêque de Chartres. Martyro-
loge à l'usage de l'église de Chartres, etc. (Chartres, 1893, in-4o).
« Les auteurs de ce volume ont publié et expliqué les textes contenus
dans un manuscrit de la bibliothèque municipale de Saint-Étienne, qui
est à coup sûr l'un des plus précieux manuscrits relatifs à l'histoire de
Chartres antérieurement au xm^ siècle. Ils ont traité avec autant de
soin que de critique un grand nombre de questions relatives au comput,
à l'hagiographie, au costume, à la liturgie, à la musique, et l'édition
qu'ils ont donnée du nécrologe forme un utile supplément à la publi-
cation que MM. de l'Épinois et Lucien Merlet avaient faite en 1865 des
obituaires de l'église de Chartres.
« L'essai de restitution de la cathédrale de Chartres à la mort de
l'évêque Fulbert n'est pas la partie la moins curieuse de l'ouvrage. Il a
pour point de départ une miniature intercalée dans le manuscrit de
Saint-Étienne, miniature dans laquelle MM. Merlet et Clerval recon-
naissent avec vraisemblance l'église de Notre-Dame et qu'ils attribuent
à l'année même de la mort de F'ulbert, ce qui est loin d'être démontré.
C'est là une base d'autant plus fragile que, si le célèbre prélat a mis
quatre ans (1020-1024) pour bâtir la crypte, il est difficile de croire qu'il
ait pu, dans les quatre années suivantes (1024-1028), terminer la cons-
truction d'un aussi vaste édifice. D'ailleurs, une épitaphe de l'évoque
Thierry, successeur de Fulbert, dont MM. Merlet et Clerval ont les pre-
miers donné le texte exact, constate que ce prélat acheva la cathédrale
à partir des fenêtres supérieures de la nef. Les deux auteurs supposent,
à la vérité, qu'un incendie survenu en 1030 nécessita une reconstruc-
tion partielle de l'édifice; mais cet incendie ne paraît point avoir eu de
gravité, et il convient d'ajouter que, dans le cas contraire, l'église,
détruite jusqu'aux fenêtres hautes de la nef, eût été menacée d'une
ruine totale. Quoi qu'il en soit, ce n'est pas une miniature de date
incertaine qui peut trancher la question.
« Plusieurs points de l'interprétation que MM. Merlet et Clerval
donnent de cette miniature sont également contestables ; mais la Com-
mission, mettant la difficulté et l'obscurité de la question archéologique
en balance avec les résultats généraux de l'œuvre, a été heureuse de
pouvoir accorder aux deux auteurs l'une des trois médailles qu'elle avait
à décerner.
744 CHRONIQUE ET MELANGES.
« La troisième mention honorable a été donnée à M. Bertrand de
Broussillon, archiviste paléographe, pour son livre : la Maison de Craon,
iÛ50-îk80; étude historique accompagnée du Cartulaire de Craon (Paris,
1893, 2 vol. in-S").
« La maison de Craon, en Anjou, issue de Robert le Bourguignon,
l'un des fils puînés de Renaud, comte de Nevers et d'Auxerre, étant au
nombre des plus puissantes familles féodales de la France du nord-ouest,
il est assez naturel que son histoire ait sollicité l'attention de plus d'un
érudit. Cette histoire a été écrite à plusieurs reprises. Aussi M. Bertrand
de Broussillon ne songea-t-il tout d'abord qu'à publier une « Sigillogra-
« phie de Craon; » mais, s'apercevant bientôt que les travaux consacrés
à la maison de Craon, dans l'Histoire de Sablé, de Ménage, dans l'His-
toire généalogique de la maison de France et dans les Chroniques craon-
naises, de M. Bodard de la Jacopière, réclamaient sur plusieurs points
un sérieux contrôle, il élargit son cadre et composa une "véritable his-
toire généalogique, illustrée de 206 vignettes dues à l'habile crayon de
M. Paul de Farcy et reproduisant le plus souvent des monuments sigil-
lographiques et des blason^, parfois aussi des monuments funéraires.
« Les pièces justificatives de l'histoire de la maison de Craon, c'est-
à-dire la partie de son œuvre que l'auteur appelle le Cartulaire de
Craon, se composent du texte ou plus fréquemment de l'analyse d'en-
viron 1,700 actes inédits pour la plupart et dont la rédaction se place
entre les années 1032 et 1480; empruntés aux sources les plus diverses,
— archives départementales, chartriers particuliers et grands dépôts de
Paris, — ils sont répartis ici en quatre séries chronologiques distinctes
répondant aux quatre branches de la maison de Craon et se divisant en
dix-neuf sections éparses dans les deux volumes que forme l'ouvrage.
Cette dispersion n'est pas sans inconvénient, et il eût été préférable,
semble-t-il, de faire du Cartulaire un tout parfaitement distinct. De
plus graves critiques ont été faites à cette partie du livre de M. Bertrand
de Broussillon : on peut y relever, en effet, de fâcheuses erreurs de
lecture pour les noms propres, et l'index alphabétique qui termine l'ou-
vrage a paru bien insuffisant.
« Malgré ces imperfections, l'histoire de la maison de Craon est une
œuvre considérable qui, sans aucun doute, contribuera au progrès des
études historiques dont la période féodale est l'objet, et nous faisons des
vœux bien sincères pour que, persévérant dans la voie où il est entré,
M. Bertrand de Broussillon mette bientôt au jour les travaux analogues
qu'il prépare de longue main sur les plus grandes maisons féodales du
Maine. »
— Dans le rapport sur les travaux des Écoles d'Athènes et de Rome,
lu à l'Académie des inscriptions et belles -lettres dans la séance du
CHRONIQUE ET MÉLANGES. 7<5
7 décembre 1894, M. Henri Weil a rendu compte dans les termes sui-
vants des envois de nos confrères MM. de la Roncière et Joseph Deloye :
« M. Charles Bourel de la Roncière s'est proposé de faire connaître
en détail l'organisation et les vicissitudes des marines militaires du
moyen âge : marines de l'empire d'Orient, marines des Arabes, enfin,
et surtout, marines des différents peuples latins. Un tel sujet demandera
encore de longues années de travail pour que toutes les parties puissent
en être traitées à fond et de première main.
« Les essais qui ont été soumis à l'Académie permettent d'espérer
que l'auteur réussira à remplir le cadre qu'il s'est tracé. Il ne s'est dis-
simulé ni l'étendue ni les difficultés de l'entreprise; mais il a déjà
reconnu les sources auxquelles il doit puiser ses informations, et les
chapitres qu'il a rédigés ou esquissés montrent qu'il est familier avec
l'archéologie navale, qu'il sait découvrir et interroger les textes et
mettre en œuvre les renseignements fournis par les écrivains du moyen
âge et par les pièces d'archives.
« M. Bourel de la Roncière a profité de son séjour en Italie pour
explorer les dépôts de ce pays. Il y a trouvé beaucoup de documents
dont personne n'avait encore fait usage et qui ne se rapportent pas
exclusivement aux marines italiennes. Tel est, entre autres, un compte
détaillé des dépenses qu'entraîna àNarbonne, en 1318 et 1319, la cons-
truction et l'armement de cinq galères destinées par le roi Philippe le
Long à prendre part à une campagne contre les Musulmans. Ce compte
jette un jour inattendu sur les débuts de la marine des rois de France;
il a été découvert au cours du dépouillement des archives de la Chambre
apostolique, travail très considérable et très délicat, dont un autre
membre de l'École de Rome, M. Joseph Deloye, s'était chargé et que
l'Académie ne doit pas regretter d'avoir particulièrement encouragé à
l'aide d'une allocation prise sur les revenus de la fondation Piot.
« Le travail de M. Joseph Deloye, auquel nous venons de faire allu-
sion, est des plus utiles et sera fort apprécié de tous ceux qui ont à
faire des recherches dans un des fonds les plus embrouillés des archives
du Vatican. Il a voulu donner un fil conducteur qui permette de se
diriger au milieu de la masse énorme des documents relatifs à l'admi-
nistration de la Chambre apostolique pendant le séjour des papes à
Avignon. Il a minutieusement passé en revue les pièces qui en sont
provenues : il en a dressé l'inventaire en suivant l'ordre matériel dans
lequel elles sont aujourd'hui disposées ; il y joindra des tables pour
rétablir les classements primitifs, et il se propose d'en tirer un tableau
de l'organisation camérale au xiv^ siècle.
« Les cahiers que M. Deloye a soumis à l'Académie nous montrent
que le dépouillement a été conçu et exécuté avec intelligence et méthode.
Les morceaux d'inventaire qui ont été mis sous nos yeux ne laissent
aucun doute sur l'utilité pratique du travail.
746 CHRONIQUE ET MELANGES. i
« Une longue introduction, jointe aux spécimens d'inventaire, fait
connaître la composition des séries inventoriées, la nature des documents
qu'elles renferment et l'intérêt des renseignements qu'on en peut tirer.
Ces séries sont au nombre de cinq :
« La principale est connue sous la dénomination de Introitus et Exi~
tus. Ce sont, à proprement parler, les registres des recettes et des
dépenses, se rapportant les uns à l'administration centrale, les autres
aux administrations locales, notamment à celles du Gomtat-Venaissin,
de la marche d'Ancône, du patrimoine de Saint- Pierre en Toscane et
du duché de Bénévent. Les relevés de M. Deloye indiquent exactement
la nature et la date des cahiers assemblés, souvent sans ordre, dans
377 registres. On comprend tout le parti que les historiens pourront
tirer d'un répertoire à l'aide duquel ils verront dans quels comptes ils
ont à chercher des informations sur la matière et sur la période dont
ils s'occupent. Les publications de M. Muntz ont pu donner une idée
de la richesse et de la précision des détails contenus dans les Introitus
et Exitus relatifs aux artistes et aux travaux d'art. Ces comptes ne sont
pas moins précieux pour les études d'histoire générale, en tant surtout
qu'elles ont trait à la politique et à l'administration du gouvernement
pontifical, aux questions économiques, à l'état des arts, de l'industrie
et du commerce, aux détails de la vie privée.
« La série intitulée Collectons, dont 504 registres entraient dans le
cadre de M. Deloye, se rapporte aux revenus que les collecteurs ou
sous-collecteurs du Saint-Siège avaient à percevoir dans les divers dio-
cèses de la chrétienté : décimes, revenus des bénéfices vacants, etc. On
y a mêlé des articles d'un caractère différent, mais dont l'intérêt n'est
pas moindre pour nous : tels sont des comptes très détaillés de la cla-
verie d'Avignon.
« Une troisième série : Obligationes, solutiones et divisiones, a pour
objet la comptabilité des sommes dues pour cens, pour droits de visite,
etc., par divers prélats ou feudataires, sommes qui se partageaient entre
les cardinaux et la chambre apostolique. M, Deloye a dépouillé 60 re-
gistres de cette série ; il y a rattaché, en appendice, l'indication d'un
certain nombre de cahiers qui se trouvent indûment confondus avec
les 347 registres en papier de la chancellerie des papes d'Avignon.
« La série des Littcrx camerales, telle qu'elle est aujourd'hui consti-
tuée, ne remonte pas au delà du commencement du xv^ siècle; mais
M. Deloye a recueilli de divers côtés des pièces émanées du camérier
ou à lui adressées, qui peuvent donner une idée de ce que devait être
au xiv" siècle le groupe des Litière camerales. C'est là qu'on voit le
mieux quelles étaient les attributions et les fonctions du camérier et
des agents qu'il avait sous ses ordres.
« Dans une dernière série, Instrumenta miscellanea, sont rassemblées
des pièces volantes se rapportant à la comptabilité : mandats, quittances,
CHRONIQUE ET MELANGES. 7<7
correspondances, états récapitulatifs, etc. Celles qui appartiennent à
la période avignonaise, au nombre d'environ 3,000, remplissent une
cinquantaine de layettes, dans lesquelles elles sont rangées chronologi-
quement. M. Deloye n'a pu les analyser une à une; il a dû se borner
à donner un aperçu général de la composition de cette série, dans
laquelle un classement chronologique rigoureux rend les recherches
assez faciles.
« Il est à désirer que M. Joseph Deloye puisse promptement mettre
au net et publier les notes qu'il a prises sur le fonds des archives camé-
raies du Saint-Siège.
« L'inventaire dont il a réuni les matériaux sera certainement l'un
des travaux les plus utiles qui aient été accomplis sur les documents du
moyen âge par les membres de l'École de Rome. »
CONFÉRENCE SUR L'ÉCOLE DES CHARTES A L'UNIVERSITE
DE CHICAGO.
Notre confrère M. Daniel Grand parcourt actuellement l'Amérique
du Nord pour y étudier l'organisation des bibliothèques et le régime
des Universités. Pendant son passage à l'Université de Chicago, il a été
prié de faire, devant le séminaire historique, une communication sur
l'organisation de l'École des chartes. Le sommaire suivant, imprimé au
type-writer, sur feuilles volantes, par les soins de notre confrère, pour
être distribué aux auditeurs, leur laissera sans doute un souvenir exact
et utile. On nous pardonnera de le reproduire à titre de curiosité ^
1. Le sommaire de conférence imprimé à la machine à écrire est d'un usage
général aux États-Unis pour toutes les communications faites devant les seini-
nars, societies ou clubs historiques, philologiques, littéraires, etc., des Univer-
sités. Les conférences ou « lectures » de foute sorte, comme on sait, sont très
goûtées aux États-Unis, notamment dans les villes de la Nouvelle-Angleterre et
à Boston en particulier. Ce sommaire imprimé au type-writer a reçu le nom
de syllabus et est également employé dans les cours donnés par les professeurs
aux élèves de l'University Extension. Cerlains étudiants pauvres se chargent
de préparer ces sommaires avec la machine à écrire, moyennant une faible
rétribution, d'environ 2 cents (10 centimes) par exemplaire. — L'Université de
Chicago, qui est de date toute récente, tend à combiner les avantages des Uni-
versités anglaises et des Universités allemandes ou françaises et se tient très
soigneusement au courant de toutes les méthodes et des derniers progrès des
études d'érudition. Les éludes médiéviques sont d'ailleurs loin d'être négligées
dans la plupart des Universités américaines. La fondation de l'Université de
Chicago, dont les bâtiments (une trentaine d'édilices dans le style du xv' siècle,
avec les lawns, etc., formant le campus ou terrain universitaire) occuperont
une partie d'un quartier de Chicago, provient de l'initiative privée, comme
^894 46
748 CHRONIQUE ET MELANGES.
THE ECOLE DES CHARTES, PARIS.
(Historical seminar of the University of Chicago, Sept. 4, 1894.)
I. Founded 1807 and 1821. — Study of the original documents of the
Middle Ages. — Publishes the review entitled « Bibliothèque de
l'École des chartes, » since 1839.
II. Courses of Study.
— A. Palaeography.
Recueil de fac-similés. 1880.
B. BiBLIOGRAPHY.
Bénédictines : Gallia christ., 1675. — Hist. litt., 1733. —
Art de vérif. les dates, 1783. — Histor. de France,
1738, etc.
Institut de France.
Soc. de l'hist. de France and CoUect. des docum.
inédits, 1835.
C. Philology.
Mediaeval Latin. Old French. Provençal.
— D. DiPLOMATIGS.
Original charters. Chartularium.
E. Institutions.
Political, administrative, financial, military institutions
from the Gauls until 1790.
F. Classification of libraries and ARcmvES.
Librarians. Archivists.
— G. Sources of the history of frange.
Original chronicles.
H. Archaeology.
Mediaeval architecture. Costume. Industry.
I. Mediaeval law.
« Coutumes. » Procédure.
Course of 3 years. Doctor degree (archiviste-paléo-
graphe).
III. Prominent men from the Ecole des chartes. — Similar foundations
in Italy (Rome, Palermo), Spain (Madrid), Austria (Vienna).
pour bon nombre de grandes Universités américaines (Harvard, Cornell, etc.)
et est due à la munificence du millionnaire Rockefcller, originaire de New-
York. Une douzaine des bâtiments sont déjà achevés, et le nombre des étu-
diants est de près de mille. — Nous adressons ici nos plus vifs remerciements
au directeur du séminaire historique de l'Université de Chicago, M. le profes-
seur Terry, pour l'obligeance qu'il nous a témoignée, ainsi qu'aux membres du
séminaire (environ quinze).
CHRONIQUE ET MÉLANGES. 749
LIVRE EXÉCUTÉ POUR BOUCIGAUT.
Le traité anonyme intitulé : Liber de informatione principum, qui
date du commencement du xiv" siècle et qui est tout à fait distinct du
célèbre ouvrage de Gilles de Rome, De regimine principum, a été ana-
lysé dans le dernier volume de ['Histoire littéraire de la France (t. XXXI,
p. 35-47). On sait maintenant qu'il en existe deux rédactions, dont la
seconde a été traduite en français par frère Jean Golein, de l'ordre des
Carmes, pour le roi Charles V. Le frontispice de l'exemplaire de cette
traduction qui fut offert au roi a été reproduit dans VAlbum paléogra-
phique de la Société de l'École des chartes.
Aux dix manuscrits de la traduction de Jean Golein que possède la
Bibliothèque nationale et qui ont été signalés dans l'Histoire littéraire,
il faut ajouter celui qui est conservé à la bibliothèque de Grenoble
sous le n" 870. La notice que notre confrère M. Paul Fournier en a
donnée dans le Catalogue général des manuscrits des départements (t. VII,
p. 261) est tout à fait satisfaisante. Il est bon toutefois de faire remar-
quer que les armes peintes dans les trois grandes initiales de ce manus-
crit, aux fol. 1, 58 et 134, et que l'auteur du catalogue a exactement
décrites (d'argent, à l'aigle de gueules à deux têtes, becquée et mem-
brée d'azur), sont celles de la famille Le Meingre de Boucicaut, de
sorte que le volume dans lequel nous les trouvons pourrait bien avoir
appartenu au maréchal Boucicaut. On sait que le maréchal avait le
goût des beaux livres, et que ses Heures, savamment décrites par le
possesseur actuel, M. de Villeneuve^, sont rangées à bon droit parmi
les plus remarquables manuscrits à peintures du règne de Charles VI,
Une autre particularité mérite aussi d'être relevée dans le manuscrit
de Grenoble. C'est que, sur le feuillet de garde qui est à la fin, on lit,
en caractères de la seconde moitié du xv« siècle : « Ce livre contient
GLvi fueilles et nii ystoires. » C'est exactement la forme des notes qui
ont été inscrites à la fin des livres de la bibliothèque de Jacques d'Ar-
magnac, duc de Nemours. Mais il n'y a pas trace de la signature que
ce prince avait l'habitude d'apposer sur les livres, manuscrits ou impri-
més, qui lui appartenaient.
Pour le cas où le hasard ferait découvrir un ancien inventaire sur
lequel aurait figuré le manuscrit de la bibliothèque de Grenoble, il con-
vient d'avertir que le second feuillet de celui-ci commence par les mots
rir humblement, l'avant-dernier par qui avoyent, et le dernier par jus-
tice retributive.
1. Voyez Bibliothèque de l'École des chartes, 1890, t, LI, p. 145.
720
CHRONIQUE ET MELANGES.
ITINÉRAIRE DE MARTIN V DE 1418 A 1420.
Nous empruntons à une note que M. F. Miltenberger a publiée dans
les Mittheilungen des Instituts fur Oesterreichische Geschichtsforschung
(t. XV, p. 661) l'itinéraire de Martin V de Constance à Rome; pour
les références nous renvoyons à la notice même de M. F. Miltenberger.
16 mai 1418.
17-18 mai.
19 mai.
20-21 mai.
22 mai.
23 mai-3 juin.
5 juin.
9 juin.
11 juin.
4 septembre.
5-9 septembre.
9 septembre.
10 septembre.
11 septembre.
12 septembre.
13 septembre.
14 septembre.
16 septembre.
17-19 septembre.
20-27 septembre.
28-29 septembre.
30 septembre.
1-2 octobre.
3 octobre.
4 octobre.
6-11 octobre.
12-19 octobre.
19 octobre.
Départ de Constance.
Schaffbausen.
Baden, Lentzburg et Aarau.
Olten.
Soleure.
Berne.
Fribourg.
Lausanne.
Genève.
Gruseilles.
Annecy.
Prieuré de Talloires.
Faverges et Veyziat^ (Ain).
Tournon^ (Savoie).
Aiguebelle (Savoie) et La Chambre.
Saint-Michel.
Bourget-^ (Savoie), commune de Vilarodin-
Bourget.
Lanslebourg et sommet du Mont-Cenis.
Suse.
Turin.
Chivasso.
Trino.
Verceil.
Novare.
Vigevano.
Pavie.
Milan.
Cassano,
i
1. Le nom lalin est Vesiaci, que M. Miltenberger, avec quelque hésitation du
reste, propose d'identifier avec Ugine.
2. Turnoni est la forme latine. M. Miltenberger l'identifie à tort avec Tours
(Savoie).
3. Burgeiti en latin. M. Miltenberger reconnaît là le nom de Château-
Boarreau.
4
I
CHRONIQUE ET MÉLANGES. 724
20 octobre.
Ghiari.
23 octobre.
Brescia.
24 octobre 1418
au 6 février 1419.
Mantoue.
7 février.
Sermide.
9-15 février.
Ferrare.
17 février.
Ravenne.
19-20 février.
Forli.
27 février 1419
au 9 septembre 1420.
Florence.
12 septembre 1420.
Apud Pontem Arbie, Senensis^ diocesis
14 septembre.
Acquapendente.
19-25 septembre.
Viterbe.
28 septembre.
Entrée à Rome. L.-H. M.
CHARLES VII A SAINT-FLOUR.
Un article publié par M. Marcellin Boudet dans les Annales du Midi
et tiré à part (Charles VII à Saint-Flour et le prélude de la Praguerie
[1437]. Toulouse, Ed. Privât, 1894, in-8'', 32 p.) a pour objet de prou-
ver que la venue de Charles VII à Saint-Flour en mai 1437 n'eut pas
pour cause une invitation de la municipalité et que la prolongation de
son séjour ne fut pas la suite d'une intrigue amoureuse, comme on l'a
écrit ; mais que le roi voulut, pour lutter contre la Praguerie qui com-
mençait sourdement, s'assurer d'une des plus fortes places de l'Au-
vergne, « clef de la France devers la Guienne. » Des lettres de rémis-
sion publiées en appendice montrent que le comte d'Armagnac était
au nombre des mécontents et nous éclairent sur sa conduite en cette
occasion.
PRÉPARATIONS PHARMACEUTIQUES COMMANDÉES
PAR LOUIS XL
M. Claudin, libraire, nous a communiqué une copie de plusieurs
traités du médecin Razi, faite à Paris en 1471, qui avait appartenu au
xvnie siècle à Claude-Bernard Rousseau, auditeur des comptes, et plus
anciennement à « Monsieur de Massac, médecin à Orléans. »
Ce volume, de format petit in-folio, sur parchemin, renferme cinq
traités, savoir :
1° (p. 1-60). Incipiunt expérimenta Bubikir Eirasis filii Zaccarie in
doloribus juncturarum. (La fin du traité manque.)
1. L'Arbia est un affluent de la rive droite de l'Orabrone.
722 CHRONIQUE ET MÉLANGES.
2" (p. 61-74). Practica puerorum. (Le commencement et la fin du
traité manquent.)
30 (p. 75-120). Tractatus Bubukir Eirasis filii Zaccarie in enarra-
cione diversarum medicinarum expertarum a diversis actoribus medi- *^
cine inventarum, qui intitulatur Experimentatio medicinalis. (Le
commencement du traité manque.)
4° (p. 121-157). Tractatus Bubukir Eirasis filii Zaccarie de prepara-
tione medicinarum, ut sine horribilitate saporis et odoris sumantur.
(Le commencement du traité manque.)
50 (p. 158-166). Tractatus ejusdem qui nuncupatur liber presciencie
Ypocratis, continens xxmi propositiones.
Le livre se termine par cette souscription :
« Explicit tractatus qui dicitur liber presciencie Ypocratis. Et in hoc
completur liber experimentorum Bubukir Eirasis filii Zaccarie, qui
completus fuit Parisius anno Domini millésime quadringentesimo
septuagesimo primo, die vicesima mensis decembris. »
Une assez curieuse particularité remarquée dans ce volume par
M. Claudin, c'est la mention de la préparation de deux recettes qui fut
ordonnée par le roi Louis XI.
En marge de la page 108, en regard de ce passage : « Aliud mirabile
contra ventositatem fortem. b/ : anisi cimini satureie..., » on lit ces
mots : « 13» septembris, Rex precepit facere hic notatum. »
Un peu plus loin, sur la marge de la page 124, à côté du : « Capitu-
lum secundum de medicinis ad ornatum faciei. Medicamen ad macu-
las magnas removendas et ad cutem subtiliendam et albificandam.
lij : farine lupinorum partes quatuor..., » une main contemporaine de
la copie a tracé ces mots : 0; 13 septembris 1478, Rex precepit facere
hic notatum. »
Ces deux notes peuvent être attribuées au médecin ou à l'apothicaire
du roi Louis XI.
ANDRÉ GUTIERREZ COMMENTATEUR DU DOCTRINAL.
Dans un article de ce volume (p. 490, n. 3), il a été question d'un com-
mentaire du Doctrinal d'Alexandre de Villedieu, composé par un cer-
tain Andréas Gutterius Cerasianus, qu'on a supposé pouvoir être origi-
naire de Gérisy en Normandie. Les l)ibliographes normands avaient été
invités à vérifier le bien fondé de cette conjecture. L'un d'eux, notre
confrère M. Emile Travers, a répondu à l'appel, en nous envoyant la
solution du problème. « Voici, dit-il, ce que j'ai trouvé dans la Diblio-
thcca hispana nova de Nicolas Antonio, t. 1, p. 74, 75 :
« Andréas Gutierrez, natus ex oppido Zczero diœcesis Burgensis,
grammatical artis Salmanticie atque alibi professer, scripsit :
CHRONIQUE ET MÉLANGES. 723
« Vida, Martyrio y Translacion de S. Victores natural de la villa de
Zezero. Burgos, in-fol.
« Latine quoque, Ceraesianum se a patria appellans :
« Artem Grammaticam. Cujus meminit in altero opère seu systemate
variorum auctorum, in quo continentur :
« Disticha Catonis ; Floretum ; Quinque claves Sapientiœ ; Fabula?
^sopi; Hymni, quos canit Romana Ecclesia, cum expositione aurea
Jacobi de Lora, Grammaticae atque Poeticse artis Professons, qui et
hymnos ipsos diligentissime correxit. Omnia édita sunt Lucronii, 1506.
Apud Guillelmum de Brocar. »
A ces détails nous pouvons ajouter encore quelques indications biblio-
graphiques.
La Grammaire d'André Gutierrez, dont Nicolas Antonio n'avait point
rencontré d'éditions, a été imprimée en 1485 à Burgos, par Frédéric de
Bàle, et en 1486 à Bâle par Michel Wenssler. Ces deux éditions ont été
enregistrées dans le Répertoire de Hain, sous les n°^ 8334 et 8335.
L'autre ouvrage d'André Gutierrez, dont Nicolas Antonio cite une
édition de 1506, avait paru à Venise en 1491. En voici la notice d'après
un exemplaire conservé à la Bibliothèque nationale (Réserve, pièce 3
du volume inventorié sous le n" X 812) :
Titre imprimé au verso du premier feuillet : « Los libros que en este
volumen se contienen son los siguientes : || El Gaton, con el libro
llamado Contento^, cuya obra es de sant Bernardo; — |j El Floreto, el
qua! contiene seys principales partes...; — 1| Contiene mas las quinque
claves de la SabiduriaS, con las cinco pro || piedades que a detener el
maestro; — || Contiene las Fabulas del Esopo; — 1| Contiene mas los
hymnos con otros rauchos que faltavan ; — ll Contiene mas las lectio-
nes de Job con el Credo, Salve regina, el Pa || ter noster con el Ave
Maria. »
Titre de départ au haut du fol. 2 : « Andrere Guterii Cerasiani pau-
cissimi Sudores in laudem Nostras || Dominai, filii Dei genitricis et
virginis Mariae, et libentissimse et pien || tissimœ dedicati. »
A la fin, fol. 90 : « Impressum Venetiis, anno M. CCCC. LXXXXI,
die vigessimo || tertio Marcii. »
In-4o. 90 feuillets numérotés. Cahiers A-L. Caractères romains.
La question de la patrie d'André Gutierrez se trouve tranchée par le
passage de Nicolas Antonio que nous venons de rapporter.
Né à Cerezo (jadis Zerezo ou Cerezo del Rio Tiron, petite ville de la
province de Burgos, à 10 lieues de cette capitale), l'auteur du commen-
taire inséré dans une des premières éditions du Doctrinal est bien un
1. « De conlemptu mundi. »
2. « Quinque claves Sapientiœ. »
724 CHRONIQUE ET MELANGES.
professeur de l'Université de Salamanque, qui a laissé divers ouvrages
publiés à Burgos et à Logrono par des artistes allemands qui venaient
d'introduire l'imprimerie au delà des Pyrénées.
De cerasus se sont formés en Espagne les noms de Zerezo ou Cereso,
Cereda, Ceredal, Ceresos, etc., de même qu'en France ceux de Gerisay,"
Cerisy, etc. De là l'erreur de M. Reichling, qui a vu dans Cerasianus
un adjectif tiré de Cerasiacum ou Ceraseium, Cerisy en Normandie, au
lieu de Ceresum ou Ceresium, Cerezo en Vieille-Castille.
PALÉOGRAPHIE DES CLASSIQUES LATINS.
La huitième livraison (première du second volume) de la Paléographie
des classiques latins de M. Emile Châtelain vient d'être distribuée par
la librairie Hachette. Cette livraison contient quinze planches présen-
tant vingt-deux fac-similés de manuscrits d'Ovide, de Properce et de
Tibulle.
Ovide.
PI. 91, I. Amores. Paris, lat. 8242 (ix^ siècle).
— II. — Sangallensis 864 (si« siècle).
PI. 92, I. Heroides. Florent. S. Marci 235 (xn^ siècle).
_ II. _ Gudianus 227, palimps. (xiv^ siècle).
PI. 93, I. Ars amat. Paris, lat. 7311 (ix^ siècle).
_ II. _ Oxoniensis F. 4, 32 (ix^ siècle).
PI. 94. Métamorphoses. Paris, lat. 12246 (ix« siècle).
PI. 95. — Londin. add. 11967 (xe siècle).
PI. 96. — Florent. S. Marci 225 (x^ siècle).
PI. 97, I. — Harleianus 2610 (x^ siècle).
— II, — Laurentianus, 36, 12 (xi^ siècle).
PI. 98. — Florent. S. Marci 223 (xii^ siècle).
PI. 99, I. Fasti. Vatic. Reg. 1709 (x« siècle).
— II. Pontica. Guelpherbyt. Aug. 13, 11 Q (vi» siècle).
PI. 100. — Hamburg. Serin. 52 F (ix^ siècle).
PI. 101, I. Halieut. Vindobonensis 277 (ix* siècle).
— II. Ibis. Vindobonensis 885 (xii« siècle).
Properce.
PI. 102, I. Guelpherbyt. Gudianus 224 (xii« siècle).
— H. Vossianus 0. 38 (xiv« siècle).
PI. 103. Vatic. Ottobonianus 1514 (xv« siècle).
Tibulle.
PI. 104. Ambrosianus R. 26 sup. (xiv« siècle).
PI. 105. Guelpherbyt. Aug. 82, 6 F (xv« siècle).
CHRONIQUE ET MÉLANGES. 725
LE NOUVEAU GALLIA CHRISTIANA.
M. Hoffmann, l'imprimeur-éditeur de Montbéliard, qui s'est acquis
déjà la reconnaissance des érudits par la publication des grands réper-
toires bibliographiques de M. le chanoine Ulysse Chevalier, annonce
une nouvelle entreprise qui ne peut manquer d'attirer les sympathies
des travailleurs. Il s'agit d'une refonte du Gallia christiana. C'est M. le
chanoine Albanès, dont les travaux antérieurs sont appréciés, qui s'est
chargé de la rédaction de ce Gallia christiana novissima, du moins
pour la première partie, relative à la Provence et qui doit comprendre
cinq volumes de 1,200 colonnes chacun : le 1" pour la province d'Aix;
le 2« pour celle d'Arles ; le 3« pour celle d'Avignon ; le 4« pour celle
d'Embrun ; le 5« enfin pour les établissements réguliers de ces diverses
provinces. Quels que soient les mérites de l'œuvre des Bénédictins et
quelques services qu'ils rendent, il est incontestable qu'il s'y est glissé
beaucoup d'erreurs, qu'il s'y trouve des lacunes regrettables; sur plu-
sieurs points, leur travail a été complété par les recherches des modernes ;
mais il reste beaucoup à faire, et il y a un intérêt considérable à
refondre et à compléter l'ancienne édition en la mettant au courant de
l'érudition moderne. La tentative de M. le chanoine Albanès mérite
donc les plus vifs encouragements. Le prix de souscription à chaque
volume est de 36 francs payables d'avance, ou de 46 francs payables
après réception de l'ouvrage.
LES NOCES D'OR DE LA SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE DE SENS.
Le Bulletin monumental a donné, sous le titre ci-dessus (tiré à part.
Paris, A. Picard; Caen, H. Delesques, 1894, in-S», 15 p.), le compte-
rendu, par notre confrère M. le baron de Bonnault d'Houët, des fêtes
par lesquelles la Société archéologique de Sens a célébré, du 19 au
22 juin, le cinquantième anniversaire de sa fondation. Ce compte-rendu
est suivi du discours prononcé à cette occasion par notre confrère M. le
comte de Marsy.
Parmi les mémoires lus à ces réunions nous signalerons celui où
notre confrère M. Prou a repris en détail l'examen des chartes de
fondation de Saint-Pierre-le-Vif (Étude sur les chartes de fondation de
l'abbaye de Saint-Pierre-le-Vif : le Diplôme de Clovis et la charte de Théo-
dechilde. Sens, impr. de Paul Duchemin, 1894, in-B», 52 p.). Les conclu-
sions de cet examen fort minutieux sont que la charte de Théodechilde
a été fabriquée la première, sans doute sous l'épiscopat d'Anastase,
entre 967 et 976 ; qu'elle a été calquée sur un acte ou sur une formule
du vin« siècle; que l'acte de Clovis, dont l'idée a été suggérée par le
726 CHROIVIQUE ET MÉLANGES.
diplôme de Théodechilde, qui s'appelait fille de Clovis, a été rédigé beau-
coup plus tard, entre 1046 et 1124, probablement sous l'abbé Gerbert,
entre 1068 et 1079.
L'IMPRIMERIE EN ITALIE.
M. Gastellani, conservateur de la Marciana de Venise et connu par
d'excellents travaux sur l'histoire de l'imprimerie *, entreprend une col-
lection sur l'art de l'imprimerie pendant la Renaissance italienne
{l'Arte délia stampa net rmascimento italiano). La publication compren-
dra plusieurs séries, une pour chacune des villes où a été exercé l'art
de l'imprimerie; chaque volume in-8° comprendra 96 planches de fac-
similés, avec une notice formant introduction. C'est la maison Ongania,
qui s'est déjà illustrée par de magnifiques publications, qui entreprend
encore l'exécution de celle-ci. Le prix de souscription est de 10 francs
par volume, 15 francs sur papier spécial. Les deux premiers volumes
de la collection seront naturellement consacrés à Venise; ceux qui sui-
vront immédiatement à Rome, Milan et Palerme.
— Par arrêté en date du 9 novembre 1894, notre confrère M. Gh. Bourel
de La Roncière a été nommé stagiaire au département des manuscrits
de la Bibliothèque nationale.
— Par arrêté en date du 12 janvier 1895, nos confrères dont les
noms suivent ont été nommés :
1° Officiers de l'Instruction publique :
MM. Barbaud, archiviste de la Vendée;
Marais, bibliothécaire à la bibliothèque Mazarine;
2° Officiers d'Académie :
MM. Dunoyer de Segonzac, archiviste de la Sarthe ;
Labrouche, archiviste des Hautes-Pyrénées;
Lempereur, archiviste de l'Aveyron;
MazeroUe, archiviste à l'administration des monnaies etmédailles.
Errata.
P. 173, ligne 2. Au lieu de trois volumes, lisez quatre volumes.
P. 505, ligne 10 du texte. Au lieu de p. X. 154, lisez p. X. 153.
P. 537, ligne 18. Au lieu de 1891, lisez 1890.
1. Notamment la Stampa in Venezia dalla sua origine sino alla morte di
Aldo Manuzio sen. Venezia, Ongania, 1889, in-8°.
LISTE DES SOUSCRIPTEURS
A LA
BIBLIOTHÈQUE DE L'ÉCOLE DES CHARTES
POUR l'année 1894.
-C>«C-'«VS--ï>-
Bibliothèques et Sociétés.
PARIS.
Académie des inscriptions et belles-
lettres.
Alliance israélite.
Archives départementales de la Seine.
Archives nationales.
Association générale des étudiants.
Bibliographie de la France, journal
général de l'imprimerie et de la
librairie.
Bibliothèque de V Arsenal.
— Cardinal.
— Mazarine.
— nationale (département des im-
primés).
(département des manuscrits).
— du Sénat.
— de V Université, à la Sorbonne.
— de la Ville.
Cercle agricole.
Cercle catholique des étudiants.
Chambre des députés.
Directeur de l'enseignement supé-
rieur, au ministère de l'Instruc-
tion publique.
Directeur du secrétariat et de la
comptabilité, au ministère de
l'Instruction publique.
École nationale des chartes (2 ex.).
École normale supérieure.
École Sainte-Geneviève.
Études religieuses.
Faculté de droit.
Institut catholique.
Ministère de l'Instruction publique
(55 ex.).
Ministère de la Marine.
Ordre des avocats.
Revue archéologique.
Revue historique.
Société bibliographique.
Société historique.
DÉPARTEMENTS.
Aix-en-Pro VENGE. Bibliothèque Mé-
janes.
universitaire.
Albi. Archives du Tarn.
Alger. Bibliothèque universitaire.
Amiens. Société des Antiquaires de
Picardie.
Angers. Société d'agriculture.
Arras. Bibliothèque de la Ville.
AvRANCHES. Société d'archéologie.
Rayonne. Bibliothèque de la Ville.
Besançon. Biblioth. universitaire.
Béziers. Société archéologique.
Blois. Bibliothèque de la Ville.
Bordeaux. Bibliothèque de la Fa-
culté de droit.
l. Ceux des souscripteurs dont les noms seraient mal orthographiés, les titres
omis ou inexactement imprimés, sont instamment priés de vouloir bien adresser
leurs réclamalious à M. Alphonse PICARD, libraire de la Société de l'École dos
chartes, rue Bonaparte, 82, à Paris, afln que les mêmes fautes ne puissent se
reproduire dans la cinquante-sixième liste de nos souscripteurs, qui sera
publiée, suivant l'usage, à la fin du prochain volume de la Bibliothèque.
728
LISTE DES SOUSCRIPTEURS.
Bordeaux. Biblioth. universitaire.
Boulogne-sur-Mer. Bibliothèque de
la Ville.
Garcassonne. Archives de l'Aude.
Chateauroux. Archives de l'Indre.
Cherbourg. Bibliothèque de la Ville.
Glermont- FerrAxNd. Archives du
Puy-de-Dôme.
— Bibliothèque universllaire.
Douai. Société d'agriculture.
Dragdignan. Archives du Var.
GuÉRET. Archives de la Creuse.
LiGUGÉ. Bénédictins (RR. PP.).
Lille. Archives du Nord.
— Biblioth. de l'Institut catholique.
universitaire.
Lyon. Bibliothèque de V Archevêché.
de la Faculté de droit.
de l'Institut catholiqun.
universitaire.
Mans (Le). Bibliothèque de la Ville.
Marseille. Archives municipales.
Bibliollièque de la Ville.
MoNTAUBAN. Bibliothèque de la Ville.
MoNTBRisON. Société de la Diana.
Montpellier. Bibliothèque univer-
sitaire.
Moulins. Bibliothèque de la Ville.
Nancy. Bibliothèque de la Ville.
Nantes. Bibliothèque de la Ville.
Nice. Bibliothèque de la Ville.
Niort. Archives des Deux-Sèvres.
Orléans. Bibliothèque de la Ville.
Pau. Bibliothèque de la Ville.
Poitiers. Bibliothèque universitaire.
de la Ville.
— Société des Antiquaires de l'Ouest.
Reims. Bibliothèque de la Ville.
Rennes. Bibliothèque universitaire.
de la Ville.
Rochelle (La). Bibliothèque de la
Ville.
Rouen. Bibliothèque de la Ville.
Saintes. Bibliothèque de la Ville.
Saint-Étienne. Bibliothèque de la
Ville.
Boissons. Bibliothèque de la Ville.
SoLESMES, Bénédictins (RR. PP.).
Toulouse. Bibliothèque universi-
taire.
de la Ville.
Tours. Bibliothèque de la Ville.
Valenciennes. Bibliothèque de la
Ville.
Vendôme. Bibliothèque de la Ville.
Vitré. Bibliothèque de la Ville.
ÉTRANGER.
Baltimore. American (the) Journal
of archaeology.
— Bibliothèque Peabody.
Barcelone. Ateneo Barcelones.
Berne. Bibliothèque cantonale.
— Université.
Bruxelles. Académie royale des
lettres, des sciences et des beaux-
arts de Belgique.
— Bollandistes (RR. PP.).
Bukarest. Bibliothèque centrale.
Gambridge (États-Unis). Université
Harvard.
Florence. Archives de Toscane.
— Archivio storico italiano.
Fribourg. Bibliothèque cantonale.
Genève. Archives.
— Bibliothèque cantonale.
— Société de lecture.
— Université.
Jersey. Cour royale.
Lausanne. Bibliothèque cantonale.
Lisbonne. Bibliothèque nationale.
Londres. English (the) hist. review.
Louvain. Jésuites (RR. PP.).
Malte. Bibliothèque publique.
Maredsous. Bénédictins (RR. PP.).
Metz. Archives.
Milan. Archivio storico lombardo.
MoNT-GASsiN.6én^dic<ms(RR.PP.).
New- York. American (the) geogra-
phical Society.
Palerme. Bibliothèque nationale.
Philadelphie. Université.
Pi SE. Université.
Rome. Accademia (Beale) dei Lincei.
— Archives du Vatican.
— Bibliothèque Victor-Emmanuel.
— École française.
— Società romana di storia patria.
Sofia. Université.
Vienne. Académie impériale des
sciences (classe philosophico-his-
torique).
— Mittheilungen des Instituts fiir ôs-
lerreichischeGeschichtsforschung.
— Université.
Washington. Université catholique.
i
LISTE DES SOUSCRIPTEURS.
729
MM.
*Alaus (Paul), à Montpellier ^.
Albon (le marquis d'), au château
d'Avenges (Rhône).
•Allemagne (Henry d'), attaché à
la Bibliothèque de l'Arsenal, à
Paris.
*Anchier (Camille), attaché à la
Bibliothèque nationale, à Paris.
*André (Edouard) , archiviste de
l'Ardèche, à Privas.
* André (Francisque), archiviste de
l'Aube, à Troyes.
Appert, à Fiers.
* Arbois de Jubainville (Henry d'),
membre de l'Institut, professeur
au Collège de France, à Paris.
AsHER et C'8, à Berlin (11 ex.).
*AuBERT (Félix), à Saint- Mandé
(Seine).
* AuBERT (Hippolyte), conservateur
de la bibliothèque de Genève, à
Vermont, près Genève (Suisse).
*AuBRY-ViTET (Eugène), à Paris.
*AuDREN DE Kerdrel, séuateur, à
Paris.
AuMALE (le duc d'), à Chantilly.
*AuvRAY (Lucien), sous-bibliothé-
caire à la Bibliothèque natio-
nale, à Paris.
Avignon, à Paris.
*Babelon (Ernest), conservateur
à la Bibliothèque nationale, à
Paris.
Baer ET C'", à Francfort.
*Baillet (Auguste), à Orléans.
Balme (le R. P.), à Paris.
Barante (le baron de), à Paris.
Barras, à Saint-Maxime (Var).
Barrière-Flavy, avocat, à Tou-
louse.
*Barroux (Marius), archiviste ad-
joint de la Seine, à Paris.
*BARTHÉLEMY(Anatole de), membre
de l'Institut, à Paris.
*Bataillard (Paul), archiviste de
la Faculté de médecine, à Paris.
*Batiffol (Louis), stagiaire à la
Bibliothèque nationale, à Ver-
sailles.
* Baudon de MoNY (Charles), à Paris.
*Beaugorps (le vicomte de), à Or-
léans.
Beaucourt (le marquis de), à
Paris.
*Beaurepaire (Charles de), corres-
pondant de l'Institut, archiviste
de la Seine-Inférieure, à Rouen.
Bellet (l'abbé), à Tain (Drôme).
*Bémont (Charles), maitre de con-
férences à l'École des hautes
études, à Paris.
*Berger (Élie|, archiviste aux Ar-
chives nationales, à Paris.
Berloquin, curé de Villiers-au-
Bouin (Indre-et-Loire).
*Berthelé (Joseph), archiviste de
l'Hérault, à Montpellier.
*Berthou (Paul de), à Nantes.
* Bertrand de Broussillon( Arthur) ,
au Mans.
Besse (dom), à l'abbaye de Li-
gugé (Vienne).
Bilot de Chateaurenault, à Paris.
*Blangard (Louis), correspondant
de l'Institut , archiviste des
Bouches-du-Rhône , à Mar-
seille.
Blanchard, à Nantes.
BocGA, libraire, à Turin (4 ex.).
Bondois , professeur au Lycée
Buffon, à Paris.
*Bonnardot (François), sous-ins-
pecteur des travaux historiques
de la ville de Paris, à Mont-
rouge (Seine).
*Bonnassieux (Pierre), archiviste
aux Archives nationales, à
Paris.
*Bonnault d'Houët (le baron de),
au château d'Hailles, par Mo- .
reuil (Somme).
*Borel (Frédéric), à Paris.
Borrani, libraire, à Paris (3 ex.).
Boucher (M™"^), à Cherbourg.
*Boughot (Henri) , bibliothécaire
à la Bibliothèque nationale, à
Paris.
Boudet (Marcellin), président du
tribunal, à Saint-Flour.
*BouGENOT (Symphorien), à Paris.
l. Les noms précédés d'un astérisque sont ceux des membres de la Société de
l'École des chartes.
730
LISTE DES SODSCRIPTECRS.
* Bourbon (Georges), archiviste de
l'Eure, à Évreux.
* Bourgeois (Alfred), archiviste de
Loir-et-Cher, à Blois.
*BouRMONT (le comte Amédée de),
à Paris.
*BouRNON (Fernand), archiviste et
bibliothécaire de la ville de
Saint-Denis, à Paris.
BouvY (le R. P. Eugène), à Paris.
Bréard (Ch.), à Versailles.
Bresson, à la Seyne (Var).
Brettes, à Paris.
Brockhaus, libraire, à Leipzig
(5 ex.).
Brôlemann, à Paris.
*Bruchet (Max), archiviste de la
Haute-Savoie, à Annecy.
*Bruel (Alexandre), sous-chef de
section aux Archives natio-
nales, à Paris.
"Brutails (Auguste), archiviste
de la Gironde, à Bordeaux.
*BucHE (Henri), à Paris.
BuGHHOLz, libraire, à Munich.
BuGK, libraire, à Luxembourg.
Bull, libraire, à Strasbourg.
Gaarelsen, libraire, à Amsterdam.
Carié, à Roqueserrière (Haute-
Garonne).
Caix de Pierlas, à Turin.
*CALiiETTES (Fernand), à Paris.
*Campardon (Emile), chef de sec-
tion aux Archives nationales,
à Paris.
Carabin, à Paris.
Carrère, à Toulouse.
*Casati (Charles), conseiller hono-
raire à la Cour d'appel, à Paris.
Cauvet, président de chambre
honoraire, à Montpellier.
*Cauwès, professeur à la Faculté
de droit de Paris, à Versailles.
*Cerise (le baron), à Paris.
*Chambure (HuguesDE), au château
de Montmartin (Nièvre).
Champion, libraire, à Paris.
*Charavay (Etienne), à Paris.
Chardon (H.), maire de MaroUes-
les-Braux (Sarthe).
Charmasse (de), à Autun.
*Ghatel (Eugène), à Paris.
*Chauffier (Vabbé), à Vannes.
*Ghavanon (Jules), attaché à la
bibliothèque de l'Arsenal, à
Paris.
Cherbuliez, libraire, à Genève.
Chevalier (l'abbé J.), à Romans
(Drôme).
Chevalier (l'abbé U.), à Romans
(Drôme).
Chevelle, notaire, à Vaucouleurs
(Meuse).
'Claudon (Ferdinand), à Rivière-
le-Bois (Haute-Marne).
Glausen, libraire, à Palerme.
'Clédat (Léon), doyen de la Fa-
culté des lettres, à Lyon.
^Clément (l'abbé Maurice), à Paris.
Condamin (le D""), à Lyon.
'CoppiNGER (Emmanuel), à Paris.
^ Corda (Augustin), sous -biblio-
thécaire à la Bibliothèque na-
tionale, à Paris.
^Couard (Emile), archiviste de
Seine-et-Oise, à Versailles.
""Couderc (Camille), sous -biblio-
thécaire à la Bibliothèque na-
tionale, à Paris.
^CouLON (Auguste), membre de
l'École française, à Rome.
" Goura JOD (Louis), conservateur
au musée du Louvre, à Paris.
'Couraye DU Parc (Joseph), sous-
bibliothécaire à la Bibliothèque
nationale, à Paris.
CouRCEL (Valentin de), à Paris.
*CouRTEAULT (Henri), archiviste
aux Archives nationales, à
Paris.
Coussemaker (de), à Bailleul
(Nord).
" CoviLLE (Alfred), professeur à la
Faculté des lettres, à Lyon.
^CoYECQUE (Ernest), archiviste ad-
joint de la Seine, à Paris.
*^Croy (Joseph DE), au château de
Monteaux (Loir-et-Cher).
*Cucheval-Clarigny, membre de
l'Institut, à Paris.
CuMONT (le marquis de) , à la Rous-
sière, près Goulonges (Deux-
Sèvres).
*Curzon (Henri de), archiviste aux
Archives nationales, à Paris.
Daguin, avocat, à Paris.
'Dareste (Rodolphe), membre de
l'Institut, conseiller à la Cour
de cassation, à Paris.
i
\
LISTE DES SOUSCRIPTEURS.
73<
Daspit de Saint- Amand , à la Réole.
*Daumet (Georges), membre de
l'École française, à Rome.
* David (Louisf, conseiller maître
honoraire à la Cour des comp-
tes, à Paris.
*Delabobde (le vicomte H.-Fran-
çois), archiviste aux Archives
nationales, à Paris.
*Delachenal (Roland), à Paris.
* Del AH a YE (Jules), ancien député,
à Tours.
*Delaville Le Roulx (Joseph), à
Paris.
* Delisle (L. ) , membre de l'Institut,
administrateur général de la
Bibliothèque nationale, à Paris.
Deloche (Maximin), membre de
rinstitut, à Paris.
*Deloye (Augustin), ancien con-
servateur du musée Galvet, à
Avignon.
*Demaison (Louis), archiviste de
la ville, à Reims.
*Demante (Gabriel), professeur ho-
noraire à la Faculté de droit de
Paris, à Castelnaudary,
Denifle (le R. P.), archiviste au
Vatican, à Rome.
Denis (le chanoine), à Meaux.
*Deprez (Michel), conservateur à la
Bibliothèque nationale, à Paris.
* Desjardins (Gustave), chef de bu-
reau au ministère de l'instruc-
tion publique, à Paris.
*DiGARD (Georges), professeur à
l'Institut catholique, à Paris.
Dion (Adolphe de), à Montfort-
l'Amaury.
* Dorez (Léon), stagiaire à la Bi-
bliothèque nationale, à Paris.
Douais (le chanoine), professeur
d'histoire à l'École supérieure
de théologie, à Toulouse.
Drême, premier président hono-
raire de la Cour d'appel, à
Agen.
* DuBOis-GucHAN (Gaston), à Sées
(Orne).
'Du Chêne (Arthur), à Chàteau-
Gontier (Maine-et-Loire).
DucHESNE (l'abbé L.), membre de
l'Institut, à Paris.
*DuGOM (André), attaché aux ar-
chives de la Chambre des dé-
putés, à Paris.
*DuFOUR (Théophile), directeur de
la bibliothèque de la ville, à
Genève.
*DuFouRMANTELLE (Charles), à A-
jaccio.
*DuFRESNEDESAINT-LÉON(Arthur),
à Paris.
DuLAU et G'e, libraires, à Londres
(4 ex.).
DuMOLARD, à Milan.
Dumoulin, professeur, à Roanne.
*DuNOYER DE Segonzag (Jacques),
archivistedelaSarthe, au Mans.
*DuP0ND (Alfred), archiviste des
Deux-Sèvres, à Niort.
* Dupont -Ferrier (Gustave), à
Paris.
* Durand (Georges), archiviste de
la Somme, à Amiens.
* Durrieu (Paul), conservateur ad-
joint au musée du Louvre, à
Paris.
DuRUY, membre de l'Institut, à
Paris.
DuvAL, à Paris.
*DuvAL (Louis), archiviste de
l'Orne, à Alençon.
DuviviER, avocat,' à Bruxelles.
*EcKEL (Auguste), archiviste de
. la Haute-Saône, à A^esoul.
ELPmNSTONE, à Londres.
Engelgke, libraire, à Gand.
*Enlart (Camille), sous-bibliothé-
caire à l'École des Beaux- Arts,
à Paris.
*Estienne (Charles), archiviste du
Morbihan, à Vannes.
Even (P.), à Paris.
*Fagniez (Gustave), à Paris.
Falk, libraire, à Bruxelles.
Fargy (de) , à Château-Gontier.
* Faucon (Maurice), à Ariane (Puy-
de-Dôme).
*Favre (Camille), colonel-briga-
dier d'infanterie, à Genève.
*Feugère des Forts (Philippe), à
Paris.
*Finot (Jules), archiviste du Nord,
à Lille.
*FiN0T (Louis), sous-bibliothécaire
à la Bibliothèque nationale, à
Paris.
732
LISTE DES SOUSCRIPTEURS.
Flach (Jacques), professeur au
Collège de France, à Paris.
*Flamare (Henri de), archiviste
de la Nièvre, à Nevers.
*Flammermont (Jules), professeur à
la Faculté des lettres, à Lille.
*Fleury (Paul de), archiviste de
la Charente, à Angoulème.
*Flourac (Léon), ancien archiviste
des Basses-Pyrénées, à Pau.
*FoRGEOT (Henri), archiviste aux
Archives nationales, à Paris.
FouGHARD, au Mans.
FouiLHOux (l'ahbé), à Clermont-
Ferrand.
*FouRNiER (Marcel), professeur
agrégé à la Faculté de droit de
Caen, à Paris.
*FouRNiER (Paul), professeur à la
Faculté de droit, à Grenoble.
Fournier-Latouraille, àBrioude.
* François Saint-Maur, anci2n pré-
sident de chambre à la Cour
d'appel, à Pau.
*Fréminville (Joseph de), archiviste
de la Loire, à Saint-Étienne.
Frick, libr., à Vienne (Autriche).
* Froment (Albert), à Paris.
*Funck-Brentano (Frantz), sous-
bibliothécaire à la Bibliothèque
de l'Arsenal, à Paris.
*FuRGEOT (Henri), archiviste aux
Archives nationales, à Paris.
"Gaillard (Henri), professeur au
collège Stanislas, à Paris.
Gama-Barros (de), à Lisbonne.
"Gauthier (Jules), archiviste du
Doubs, à Besançon.
Gautier (J.), à Paris.
* Gautier (Léon), membre de l'Ins-
titut, chef de section aux Ar-
chives nationales, professeur à
l'École des chartes, à Paris.
Gebethner et G'«, libraires, à Var-
sovie.
*GERBAUx(Fernand),archivisteaux
Archives nationales, à Paris.
Gerold et G'«, à Vienne (3 ex.).
*Giraudin (l'abbé), directeur au
grand séminaire, à Périgueux.
*GiRY (Arthur), professeurà l'École
des chartes, à Paris.
Glasson, membre de l'Institut, à
Paris.
*GossiN (Léon), à Paris.
* Grand (Daniel), ancien archiviste
de la ville, à Montpellier.
*Grandjean (Charles), secrétaire-
rédacteur au Sénat, à Paris.
*Grandmaison (Charles de), corres-
pondant de l'Institut, archiviste
honoraire d'Indre-et-Loire, à
Tours.
*Grandmaison (Louis de), archi-
viste d'Indre-et-Loire, à Tours.
*Gréa (dom), supérieur des Cha-
noines réguliers, à Saint- An-
toine (Isère).
Gremaud (l'abbé), professeur, à
Fribourg (Suisse).
*GuÉRiN (Paul), secrétaire des Ar-
chives nationales, à Paris.
"Guiffrey (Jules), administrateur
des Gobelins, à Paris.
*Guignard (Philippe), bibliothé-
caire de la ville, à Dijon.
*GuiGUE (Georges), archiviste du
Rhône, à Lyon.
"GuiLHiERMOz (Paul), bibliothécaire
honoraire à la Bibliothèque
nationale, à Paris.
Guillaume (l'abbé), archiviste des
Hautes-Alpes, à Gap.
* Guillaume (Joseph), archiviste
aux Archives nationales, à
Paris.
Hahn, libraire, à Hanovre,
*Hanotaux (Gabriel), ministredes
Affaires étrangères, à Paris.
Hauréau, membre de l'Institut,
à Paris.
*Helleu (Joseph), à Paris.
* Henry (Àbel), à Paris.
*Herbet (Félix), avocat, à Paris.
* Herbomez (Armand d'), au château
d'Orcq, par Tournay (Belgique).
Herluison, libraire, à Orléans.
* Héron de Villefosse (Antoine),
membre de l'Institut, conser-
vateur au musée du Louvre, à
Paris.
*ïIervieu (Henri), ancien député,
à Avallon.
*Himly (Auguste), membre de
l'Institut, doyen de la Faculté
des lettres, à Paris.
Hoche, à Paris.
Houdebine, à Combrée (Maine-et-
Loire).
LISTE DES SODSCRIPTEURS.
733
Hubert, archiviste de l'Indre, à
Ghàteauroux.
* Hugues (Adolphe), archiviste de
Seine-et-Marne, à Melun.
*IsNARD (Albert), sous-bibliothé-
caire à la Bibliothèque natio-
nale, à Paris.
Jacob, archiviste, conservateur du
musée, à Bar-le-Duc.
* Jagqueton (Gilbert), conservateur
adjoint de la Bibliothèque-Mu-
sée, à Alger.
Janvier, à Amiens.
* Jarry (Eugène), ancien auxiliaire
de l'Institut, à Orléans.
*JoiJON DES Longrais (Frédéric), à
Rennes.
Kermaingant (de), à Paris.
*KoHLER (Charles), bibliothécaire
à la Bibliothèque Sainte-Gene-
viève, à Paris.
Kramers, libraire, à Rotterdam
(2 ex.).
*Labande (Léon-Honoré), conser-
vateur du musée Calvet, à Avi-
gnon.
*Laborde (le marquis de), à Paris.
* La Borderie (Arthur de) , membre
de l'Institut, à Vitré (lUe-et-
Yilaine).
*Labrouche (Paul), archiviste des
Hautes-Pyrénées, à Tarbes.
*Lagaille (Henri), à Paris.
Laghenal, ancien receveur des
finances, à Brioude.
* Lair (Jules) , directeur de la Com-
pagnie des entrepôts et maga-
sins généraux, à Paris.
*Lalanne (Ludovic), bibliothé-
caire de l'Institut, à Paris.
*Laloy (Emile), sous-bibUothé-
caire à la Bibliothèque natio-
nale, à Paris.
L.^meere, conseiller à la cour, à
Bruxelles.
Lamertin, à Bruxelles.
Lamm (Per), librairie Nilsson, à
Paris (9 ex.).
*Langlois (Ch.-V.), chargé de
cours à la Faculté des lettres, à
Paris.
*La>;glois (Ernest), professeur à la
Faculté des lettres, à Lille.
*La Roghebroghard (Henri de), au
4894
château de Boissoudan, par
Champdeniers (Deux-Sèvres).
*La Roncière (Charles Bourel de),
stagiaire à la Bibliothèque na-
tionale, à Paris.
Lasghenais (de), au château de la
Salle (Saône-et-Loire).
Lascombe (A.), au Puy-en-Yelay.
* La Serre (Roger Barbier de), con-
seiller référendaire à la Cour
des comptes, à Paris.
*Lasteyrie (le comte Robert de),
membre de l'Institut, profes-
seur à l'École des chartes, dé-
puté, à Paris. _
Lauer, élève de l'École des chartes,
à Neuilly-sur-Seine.
*Laurent (Paul), archivistedes Ar-
dennes, à Mézières.
*Le Brethon (Paul), attaché à la
Bibliothèque nationale, à Paris.
*Lecestre (Léon), archiviste aux
Archives nationales, à Paris.
Leglerc (l'abbé) , au collège de
Vaugirard, à Paris.
Lecorvec, à Paris.
*Legoy de la Marche, sous-chef
de section aux Archives natio-
nales, à Paris.
'Ledos (Eugène-Gabriel), sous-bi-
bliothécaire à la Bibliothèque
nationale, à Paris.
Lefeuvre, à Jersey.
*Lefèvre (André), professeur à
rÉcoled'anthropologie,à Paris.
*Lefèvre-Pontalis (Eugène), à
Paris.
*Lefèvre-Pontalis (Germain), se-
crétaire d'ambassade, à Paris.^
*Lefoullon (Anatole), député, à
Paris.
*Lefrang (Abel), secrétaire du
Collège de France, à Paris.
*Le Grand (Léon), archiviste aux
Archives nationales, à Paris.
*Lelong (Eugène), archiviste aux
Archives nationales, à Paris.
Lemaire, à Paris.
*Lemonnier (Henry), professeur à
l'École des beaux-arts, chargé
de cours à la Faculté des lettres,
à Paris.
*Lemoine (Jean), à Paris.
*Lempereur (Louis), archiviste de
l'Aveyron, à Rodez.
47
734
LISTE DES SOUSCRIPTEURS.
*Léonardon (Henri), conservateur
adjoint de la Bibliottièque, à
Versailles.
Léotard, sous-bibliothécaire de
la ville, à Montpellier.
*Leroux (Alfred), archiviste de la
Haute- Vienne, à Limoges.
Le Soudier, libraire, à Paris (6
ex.).
Le Sourd (le D'), à Paris.
*Lespinasse (René de), à Paris.
Lestringant, libraire, à Rouen.
Lévéque, à l'abbaye Sainte-Ma-
deleine, à Marseille.
Lévis-Mirepoix (le duc de), au
château de Léran (Ariège).
* LEX(Léonce), archiviste de Saône-
et-Loire, à Mâcon.
LiÉNARD, secrétaire de la Société
philomathique, à Yerdun-sur-
Meuse.
LoESCHER et C'«, libraires, à Rome.
LoRENz (Alf.), libraire, à Leipzig.
*LoRiQUET (Henri), archiviste du
Pas-de-Calais, à Arras.
*LoT (Ferdinand), bibliothécaire à
la Sorbonne, à Paris.
*LoTH (Arthur), à Versailles.
Louis-Lucas, professeur à la Fa-
culté de droit, à Dijon.
*Maisonobe (Abel), à Castres.
* Maître (Léon), archiviste de la
Loire-Inférieure, à Nantes.
*Mandrot (Bernard de), à Paris.
* Manneville (le vicomte Henri de),
secrétaire d'ambassade, à Ber-
lin.
Marais, chef d'escadron d'artille-
rie, à Poitiers.
* Marais (Paul), bibliothécaire à la
Bibliothèque Mazarine, à Paris.
Marchant, curé de Varambon
(Ain).
*Marigual (Paul), archiviste aux
Archives nationales, à Paris.
*Marsy (le comte de), à Gom-
piègne.
* Martel (Félix), inspecteur géné-
ral de l'enseignement primaire,
à Garches (Seine-et-Oise).
* Martin (Camille), à Paris.
*Martin (Henry), conservateur ad-
joint à la bibliothèque de l'Ar-
senal, à Paris.
* Marty-Laveaux (Gh.), à Paris.
*Mas Latrie (le comte de), mem-
bre de l'Institut, à Paris.
*Mas Latrie (René de), chef de
bureau au ministère de l'ins-
truction publique, à Paris.
Masson, à Amiens.
*Maulde La Clavière (René de),
à Paris.
Maumus, avocat, à Mirande.
*Mazerolle (Fernand), archiviste
de la Monnaie, à Paris.
*Merlet (René), archiviste d'Eu-
re-et-Loir, à Chartres.
* Meunier du Houssoy (Ernest), à
Paris.
Mévil (M™« Sainte-Marie), à Vié-
ville (Haute-Marne).
*MEYER(Paul), membre de l'Insti-
tut , directeur de l'École des
chartes, à Paris.
Meynial, professeur à la Faculté
des lettres, à Montpellier.
MiLLARD, curé de Saint-Gond,
par Baye (Marne).
MiREUR, archiviste du Var, à
Draguignan.
*MiR0T (Léon), membre de l'École
française, à Rome.
MoiNDROT, libraire, à Romoran-
tin.
*MoLARD (François), archiviste de
l'Yonne, à Auxerre.
*MoLiNiER (Auguste), professeur
à l'École des chartes, à Paris.
*MoLiNiER (Emile), conservateur
au musée du Louvre, à Paris.
* MoNCLAR (le marquis de), ministre
plénipotentiaire, au château
d'Allemagne (Basses- Alpes).
MoNLÉON (de), à Menton.
''Montaiglon,( Anatole de), profes-
seur à l'École des chartes, à
Paris,
*MoRANViLLÉ (Henri), bibliothé-
caire honoraire à la Biblio-
thèque nationale, à Paris.
MoRÉ (Louis), libraire, à Paris.
*Morel-_Fatio (Alfred), secrétaire
de l'École des chartes, à Paris.
*Moris (Henri), archiviste des Al-
pes-Maritimes, à Nice.
*MoRTET (Charles), conservateur à
la Bibliothèque Sainte-Gene-
viève, à Neuilly-sur-Seine.
*MoRTET (Victor), bibliothécaire à
LISTE DES SOUSCRIPTEURS.
735
la Sorbonne, à Neuilly-sur-
Seine.
Nepolsky, à Paris.
*Nerlinger (Charles), stagiaire à
la Bibliotiièque nationale, à
Paris.
*Neuville (Didier), sous-chef de
bureau au ministère de la ma-
rine, à Paris.
NiERSTRASz, libraire, à Liège.
NijHOFF, à la Haye.
NoLVAL (Alfred), à Paris.
*NoRMAND (Jacques), à Paris.
NuTT (David), libraire, à Londres.
Oleire, libraire, à Strasbourg.
Olivier (Em.), à Lyon.
*Omont (Henri), conservateur ad-
joint à la Bibliothèque natio-
nale, à Paris.
Ongania et C'% libraires, à Ve-
nise.
* Paillard, ancien préfet, à Charly,
par Cluny.
Pange (le comte de) , à Saint-
Germain-en-Laye.
* Paradis, curé de Sainte-Margue-
rite, à Paris.
Parent de Rosan, à Paris.
* Parfouru (Paul) archiviste d'IUe-
et-Vilaine, à Rennes.
*Paris (Gaston), membre de l'Ins-
titut, professeur au Collège de
France, à Paris.
Parker, libraire, à Oxford (2 ex.).
*Pasquier (Félix), archiviste de
l'Ariège, à Foix.
*Passy (Louis), député, à Paris.
*Pécoul (Auguste), à Paris.
Peeters, à Louvain.
*Péligier (Paul), archiviste de la
Marne, à Chàlons-sur-Marne.
Pelizza, à Cannes.
*Peretti de la Rocga (Emmanuel
de), attaché au ministère des
Afiaires étrangères, à Arcueil
(Seine).
*Périn (Jules), avocat, à Paris.
Petit (Joseph), à Paris.
*Petit-Dutaillis (Charles), profes-
seur au lycée, à Troyes.
*Philippon (Georges), à Paris.
* Picard (Auguste), libraire-éditeur,
à Paris.
*Planchenault (Adrien), à Angers.
*Poëte (Marcel), bibliothécaire de
la ville, à Besançon.
Poitevin, à Paris.
PoRÉE, curé de Bournainville
(Eure).
Porquet, libraire, à Paris.
*PoRT (Gélestin), membre de l'Ins-
titut, archiviste de Maine-et-
Loire, à Angers.
*Portal (Charles), archiviste du
Tarn, à Albi.
*PouGiN (Paul), à Paris.
*Prinet (Max), à Paris.
*Prost (Bernard) , sous-chef de
bureau au ministère de l'ins-
truction publique, à Paris.
*Prou (Maurice), sous-bibliothé-
caire à la Bibliothèque natio-
nale, à Paris.
*Prudhomme (Auguste), archiviste
de l'Isère, à Grenoble.
QuARRÉ, libraire, à Lille.
QuiDDE (le D""), à Munich.
*Raguenet DE Saint -Albin (Oc-
tave), au château de Soulaire,
par Orléans.
Rancogne (P. de), à Angoulême.
Rault (l'abbé), à Gausson (Côtes-
du-Nord).
*Raunié (Emile), à Paris.
*Raynaud (Gaston), bibliothécaire
honoraire à la Bibliothèque na-
tionale, à Paris.
*Rèbouis (Emile), à Paris.
Régnier, à Évreux.
Reinwald, libraire, à Paris (6 ex.).
*Rendu (Armand), à Paris.
* Réville (André), à Paris.
*Reynaud (Félix), archiviste ad-
joint des Bouches-du-Rhône, à
Marseille.
* Richard (Alfred), archiviste de
la Vienne, à Poitiers.
* Richard (Jules-Marie), à Laval.
"RicHEBÉ (Raymond), à Paris.
Richemond (de), archiviste de la
Charente-Inférieure, à la Ro-
chelle.
*Righou (Gabriel), conservateur de
la bibliothèque de la Cour de
cassation, à Paris.
Ristelhuber (P.), à Strasbourg.
736
LISTE DES SODSCRIPTEUES.
Rivière, au couvent de Santiago,
à Uclès (Espagne).
Robert (l'abbé), à Paris,
* Robert (Ulysse), inspecteur gé-
nérai des bibliothèques et ar-
chives, à Saint-Mandé (Seine).
*RocQUAiN (Félix), membre de
l'Institut, chef de section aux
Archives nationales, à Paris.
*RoMANET (le vicomte de), au châ-
teau des Guillets, par Mor-
tagne (Orne).
RosEROT, archiviste des archives
historiques, à Ghaumont.
RosNY (DE), à Boulogne-sur-Mer.
Rothschild (la bibliothèque du
baron J. de), à Paris.
*RoucHON (Gilbert), archiviste du
Puy-de-Dôme, à Glermont-Fer-
rand.
*RoussEL (Ernest), archiviste de
l'Oise, à Beauvais.
*Roux (Henri de) stagiaire à la
Bibliothèque nationale, à Paris.
*RoY (Jules), professeur à l'École
des chartes, à Paris.
*RoziÈRE (Eugène de), membre de
l'Institut, sénateur, à Paris.
RuEF, libraire, à Anvers.
Sabatier, à Saint-Gierge-la-Serre
(Ardèche).
*Saige (Gustave), conservateur des
archives du palais, à Monaco.
* Sainte- Agathe (le comte de) , à Be-
sançon.
* Salles (Georges), auxiliaire de
l'Institut, à Paris.
Sassenay (le marquis de), à Paris.
Sghepens, libraire, à Bruxelles.
ScHULz, libraire, à Paris.
*Sculfort (Henry), industriel, à
Maubeuge (Nord).
Séguenot, à Paris.
Seigneur (l'abbé), à Paris.
*Senneville (Gaston de), conseil-
ler référendaire à la Gour des
comptes, à Paris.
*Sepet (Marius), bibliothécaire à
la Bibliothèque nationale, à
Paris. :
Serbat (L.), à Paris. .i
*Servois (Gustave), garde général!
des Archives nationales, à Pa-;
ris. [
SiciiEL (Th. von), directeur de^
l'Institut autrichien d'études
historiques, à Rome.
*SaEHNÉE (Frédéric), archiviste
aux Archives nationales, à
Paris.
*SoEHNÉE (Guillaume), à Pau.
*SoucHON (Joseph), archiviste de
l'Aisne, à Laon.
*SouLLiÉ (Louis), à Gumières
(Marne).
*SouRY (Jules), sous-bibliothécaire
à la Bibliothèque nationale, à
Paris.
*SoYER (Jacques), à Blois.
Spirgatis, à Leipzig.
*Spont (Alfred), à Paris.
Steichert et G'«, libraires, à New-
York (3 ex.).
*Stein (Henri), archiviste aux Ar-
chives nationales, à Paris.
'Tardif (Joseph), avocat, à Paris.
*Tausserat (Alexandre), sous-chef
de bureau au ministère des Af-
faires étrangères, à Paris.
*Teilhard de Chardin (Emmanuel),
à Sarcenat, par Glermont-Fer-
rand (Puy-de-Dôme).
Tempier (Dauphin), archiviste des
Gôtes-du-Nord, à Saint-Brieuc.
Terquem, libraire, à Paris.
* Terrât (Barthélémy), professeur
à l'Institut catholique, à Paris.
*Teulet (Raymond), à Château-
Panet, par Fronsac (Gironde).
Thoison, à Larchan (Seine-et-
Marne).
*Tholin (Georges) , archiviste de
Lot-et-Garonne, à Ageu.
Thomas, libraire, à Pans.
* Thomas (Antoine) , chargé de cours
à la Faculté des lettres, à Paris.
Thorin, libraire, à Paris (2 ex.).
*TiERNY(Paul), archiviste du Gers,
à Auch.
Touchebeuf, avocat, à Brioude.
*TouRNOuiiR (Henri), à Paris.
* Tranchant (Charles), ancien con-
seiller d,'Etat, à Paris.
"Travers (Emile), ancien conseil-
ler de préfecture, à Caen.
* Travers (Henry), attaché à la Bi-
bliothèque nationale, à Paris.
Treuttel et WiJRTz, libraires, à
Strasbourg (2 ex.).
LISTE DES SOUSCRIPTEURS.
737
Triger (Robert), au Mans.
*Trudon des Ormes (AmRclée),
sous-bibliothécaire à la Biblio-
thèque nationale, à Paris.
'Tuetey (Alexandre), sous-chef de
section aux Archives natio-
nales, à Paris.
Tumerel, libraire, à Saint-Omer.
*Vaesen (Joseph), à Paris.
*Vaissière (Pierre de), archiviste
aux Archives nationales, à
Paris.
Vallet de "Viriville (M™«) , à
Paris.
* Valois (Noël), archiviste hono-
raire aux Archives nationales,
à Paris.
Van Stockum, à la Haye.
Vauvilliers, avoué, à Dijon.
"Vayssîère (Augustin), archiviste
de l'Allier, à Moulins.
*Vernier (Jules), archiviste de la
Savoie, à Chambéry.
*Vétault (Alphonse), bibliothé-
caire-archiviste de la ville, à
Rennes.
*Veyrier du Muraud, premier vi-
caire, à Neuilly (Seine).
*Viard (Jules), archiviste aux
Archives nationales, à Saint-
Mandé (Seine).
Vionat, à Orléans.
* ViLLEPELET ( Robort) , à Périgueux .
*VioLLET (Paul), membrede l'Ins-
titut, professeur à l'École des
chartes, bibliothécaire - archi-
viste de la Faculté de droit, à
Paris.
* Vire Y (Jean), à Paris.
Vyt, libraire, à (jl^and.
*Walckenaer (André), attaché à
la Bibliothèque Mazarine, à
Paris.
Wallon (H.), secrétaire perpétuel
de l'Académie des inscriptions
et belles-lettres, à Paris.
Watteville (le baron de), direc-
teur honoraire au ministère de
l'instruction publique, à Paris.
Welter, libraire, à Paris (7 ex.).
"^Welvert (Eugène), rédacteur au
ministère de l'instruction pu-
blique, au Ghesnay (Seine-et-
Oise).
Wescher, conservateur adjoint
honoraire à la Bibliothèque
nationale, à Paris.
TABLE DES MATIÈRES.
Pages
Questions mérovingiennes. VII. Les Actes des évêques du Mans
(suite), par Julien Havet 5, 306
Nouvelles acquisitions du département des manuscrits de la
Bibliothèque nationale pendant les années 1892-1893, par
H. Omont 61, 241
La Chambre des comptes de Paris. Notice et état sommaire de
3,363 registres versés aux Archives nationales en 1889, par
Bruel 115
Le style gothique et le déambulatoire de Morienval, par
G. Enlart 125
Essai d'étude démographique sur Cordes (Tarn), par Ch. Portai. 133
Lettres de Charles Vil concernant la victoire de Rapallo, par
L. Le Grand 143
Épisodes de l'invasion anglaise : La guerre de partisans dans
la Haute-Normandie, 1424-1429 (suite), par G. Lefèvre-Pon-
talis 259
Un feuillet des Heures de Charles, frère de Louis XI, par
L. Delislo 337
La traduction des Commentaires de César par Pier Candido
Decembri, par A. Morel-Fatio 343
Mémoire sur Tamerlan et sa cour, par un dominicain, en 1403,
par H. Moranvillé 433
L'Hôtel de Philippe de Valois, par J. Viard 465, 598
Alexandre de Villedieu et Guillaume Le Moine de Villedieu,
par L. Delisle 488
Josse Bade et les traductions de Claude de Seyssel, par
E. Coyecque 509
Une édition de l'Histoire ecclésiastique des Francs de Gré-
goire de Tours, préparée par le P. Gilles Bouchier, par
H. Omont 515
TiBLE DES MATIÈRES. 739
La vente de la baronnie de Coucy, par Lacaille 573
Manuscrits légués à la Bibliothèque nationale par Armand
Durand, par L. Delisle 627
Bibliographie 148,349,519,661
Livres nouveaux 19''', 388, 542, 688
Chronique et mélanges 225,411,556,698
Liste des souscripteurs ''^'
TABLE ALPHABÉTIQUE'.
Académie des inscriptions et bel-
les-lettres, 227, 418, 698.
Académie des sciences, belles-
lettres et arts de Rouen, 227.
Académie française, 418.
Actes des évêques du Mans, 5,
306.
Adam de Saint -Victor, œuvres
poétiques, 378.
Agrégation d'histoire, 556.
Alais (Histoire de la ville d'I,
531.
Alexandre de Villedieu, 488.
*Alglave (Emile), chargé de cours
au Conservatoire des arts et
métiers, 556.
Allemand (Chansonnier) de la
bibliothèque d'Iéna, 234.
Anecdota Maredsolana, 186.
Anglais ( Campagne des ) dans
l'Orléanais, la Beauce char-
traine et le Gàtinais ( 1421-
1428), 171.
Anglaise (l'Armée) vaincue par
Jeanne d'Arc sous les murs
d'Orléans, 160. — L'Invasion
anglaise en 1424-1429, 259.
*Arboisde Jubainville (H. d'), les
Premiers habitants de l'Europe,
148.
Arc (Jeanne d'), voyez Jeanne.
Archives ( les ) de l'histoire de
France, 351 ; — des missions
scientifiques, 385.
Archives départementales d'In-
dre-et-Loire, 418; — des Bas-
ses-Pyrénées, 226.
Archives historiques du Poitou,
182.
Archives nationales : personnel,
698 ; état sommaire de 3,363 re-
gistres de la Chambre des
comptes de Paris, 115.
Archiviste ( un ) départemental
peut être conseiller municipal,
557.
Archiva do districto fédéral, 571.
Arconati Visconti (Marquise).
Création de deux bourses à
l'Ecole des chartes, 556.
Argenteuil (la Tunique sans cou-
ture de N.-S. J.-C. conservée
dans l'église d'), 364.
Armée (F) anglaise vaincue par
Jeanne d'Arc sous les murs
d'Orléans, 160.
Arrêts (Inventaire des) du Conseil
d'État (règne de Henri IV), 524.
Arsène de Chatel (R. P.), His-
toire de la latinité de Constan-
tinople, 186.
Art CTravaux d') exécutés pour
Jean de France, duc de Berry,
524.
Artillerie (1') de Gray en 1638,
238. ^
*Aubert (Félix). — Comptes ren-
dus : Histoire du droit et des
institutions de la France, 519;
Deux mille ans d'histoire; la
Vallée d'Aulnay, 526.
AuJnay (la Vallée d'), 526.
*Auvray (Lucien). — Compte
rendu : Vie de saint François
d'Assise, 675.
Auxi-le-Châtoau. Histoire et des-
cription, 367.
1. Les noms précédés d'un astérisque sont ceux des archivistes paléographes
ou anciens élèves pensionnaires de l'École des chartes.
TABLE ALPHABETIQtlE.
744
Bade (Josse) et les traductions
de Claude de Seyssel, 509.
Bagueux, 526.
Bapst (Germain). Essai sur l'his-
toire du théâtre, 192.
*Barbaud (Gabriel), officier de
l'Instruction publique, 726.
Barbey (Maurice), la Trouvaille
de Valleyres, 238.
Bardon (Achille), Histoire de la
ville d'Alais, de 1250 à 1340,
531.
*Barthélemy (Anatole de), mem-
bre de la commission de comp-
tabilité de la Société de l'École
des chartes, 225. — Compte
rendu : Atlas de monnaies
gauloises, 155.
Bastille (la), 361.
*Bataillard (Paul), décédé, 226.
*BatiiTol (Louis), docteur ès-lettres,
557. — Comptes rendus : le
Masque de fer, 359; Recher-
ches historiques sur les vingt
communes de Saint- Pierre-
Église, 529.
Bazeries (Commandant), le Mas-
que de fer, 359.
Beauce chartraine ( Campagnes
des Anglais dans la) (1421-
1428), 171.
Beaucorps (Baron Adalbert de),
l'Armée anglaise vaincue par
Jeanne d'Arc sous les murs
d'Orléans, 160.
Belgique (Documentsinéditspour
servir à l'histoire ecclésiastique
de la), 185.
Belin (A.), Histoire de la Lati-
nité de Constantinople, 186.
Bergerac (les Jurades de la ville
de), 365.
Berliére (Dom Ursmer), Docu-
ments inédits pour servir à
l'histoire ecclésiastique de la
Belgique, 185.
Bernard ( Lettres de saint) à Pierre
le Vénérable, 563.
Berry (Travaux d'art exécutés
pour Jean de France, duc de),
524.
*Berthelé (Joseph), chargé de cours
à la Faculté des lettres de
Montpellier, 698.
Bertolani (G.), Invmtario dei
manoscritti délia H. biblioteca
universitaria di Pavia, 688.
* Bertrand de Broussillon (Arthur),
Mention au concours des anti-
quités de la France, 418, 704,
714.
Bible (la) de Philippe le Bel, 427.
Bible lyonnaise (une Prétendue)
de l'année 1500, 233.
Bibliothécaires universitai-
res (Concours pour les emplois
de), 419.
Bibliothèque d'Iéna ( Chanson-
nier allemand de la), 234.
Bibliothèque de Besancon, per-
sonnel, 226, 698.
Bibliothèque de l'Arsenal, per-
sonnel, 226.
Bibliothèque de Metz, Manuscrits
du baron de Salis, 560.
Bibliothèque de sir Thomas Phil-
lipps (Documents bordelais de
la), 227.
Bibliothèque de Wolfenbiittel
(Littérature française de la),
539.
Bibliothèque du comte de Ligne-
roUes, 430.
Bibliothèque-musée d'Alger, per-
sonnel, 688.
Bibliothèque nationale : nouvel-
les acquisitions du département
des manuscrits, 1892-1893, 61,
241 ; manuscrits Armand Du-
rand, 637; personnel, 418.
Bibliothèques publiques de France
(Catalogue des manuscrits des),
537.
Bœhmer, Regesta imperii, H, 157.
*Bonnardot (François), Prix de
la Grange à l'Académie des ins-
criptions, 227, 708.
"Bonnaultd'Houët (Baron Xavier
de), un Picard : Antoine Er-
lault, confesseur de Catherine
de Médicis, 368.
Bordelais (Documents) de la bi-
bliothèque de sir Thomas Phil-
lipps, 227.
Boucher de Molandon, l'Armée
anglaise vaincue par Jeanne
d'Arc sous les murs d'Orléans,
160.
742
TABLE ALPHABETIQUE.
le Compte du
de Rouen au
membre de
Bouchier (le P. Gilles). Son édi-
tion de l'histoire ecclésiastique
des Francs de Grégoire de
Tours, 515.
* Bouchot (Henri). — Comptes
rendus : Essai sur l'histoire du
théâtre, 192; Galerie illustrée
de la Compagnie de Jésus, 194.
Boucicaut (Livre exécuté pour),
719.
Boudet (Marcellin), Charles VII
à Saint-Flour, 721.
Bouleau (Lettres du Canada sur
écorce de), 570.
Bourg-Dun (Description de l'é-
glise Notre-Dame du), 527.
*Bournon (Fernand), chargé par
le conseil municipal de Paris
de la publication des tomes VII
et VIII de la Topographie his-
torique du vieux Paris, 227;
la Bastille, 361.
Bréard (Charles),
clos des galées
xiv« siècle, 158.
*Bruel (Alexandre)
la commission de cornptabilité
de la Société de l'École des
chartes, 225. La Chambre des
comptes de Paris , notice et
état sommaire de 3,363 regis-
tres versés aux Archives natio-
nales en 1889, 115. — Comptes
rendus : Description analyti-
que du cartulaire du chapitre
de Saint-Maurice de Vienne,
178; Codex cl iplomaticus ordinis
Sancti Rufi, Valentiœ, 180.
Bruneau (Abbé H.), l'Union his-
torique et littéraire du Maine,
181.
*Brutails (Auguste), Documents
bordelais de la bibliothèque de
sir Thomas Phillipps, 227. —
Compte rendu : les Jurades de
la ville de Bergerac, 365.
Burgaud (Emile), le Masque de
fer, 359.
Canada ( Deux lettres du ) sur
écorce de bouleau, 570.
Candida (Jean de), historien, 564.
Cartier (Jacques), 172.
Cartulaire du chapitre de Saint-
Maurice de Vienne. Descrip-
tion analytique, 178 ; de l'église
collégiale de Saint- Pierre de
Lille, 369 ; de l'ordre des Hos-
pitaliers, 669.
*Castan (Auguste), PrixBrunet à
l'Académie des inscriptions, -
419, 708.
Catalogue des manuscrits des bi-
bliothèques publiques de Fran-
ce, 537.
Catherine de Médicis (Antoine
Erlault, confesseur de), 368.
Celtes, 148.
César (Traduction des commen-
taires de) par Pier-Candido
Decembri, 343.
Chambre des comptes de Paris,
115.
Champeaux (A. de), Travaux
d'art exécutés pour Jean de
France, duc de Berry, 524.
Ghamplain (Samuel), 172.
Chansonnier (le) allemand de la
bibliothèque d'Iéna, 234.
Charlemagne (la Statuette éques-
tre de), 426.
Charles VII à Saint-Flour, 721.
Charles VIH (Lettre de) concer-
nant la victoire de Rapallo,
143.
Charles, frère de Louis XI ( un
Feuillet des heures de), 337.
Charrier (G.), les Jurades de la
ville de Bergerac, 365.
Chartes (Trésor des) de Lorraine,
530.
Chartres (Fulbert, évêque de) , 681 .
*Chassaing (Augustin). Liste de
ses publications, 229.
Châtelain, Paléographie des clas-
siques latins, 724.
Chûtenay, 526.
*Chavanon (Jules), archiviste pa-
léographe, 226; attaché à la
bibliothèque de l'Arsenal, 226.
Chevalier ( Chanoine Ulysse ),
Description analytique du cha-
pitre de Saint - Maurice de
Vienne, 178; Codex diplomati-
cus ordinis Sancti Rufi Valentiz,
180.
Chronik des Gallus Ohem, 684.
Chronologie de papes du xi^ siè-
cle, 559.
TABLE ALPHABETIQUE.
7/i3
Chypre (Registre des lettres du
roi de), 235.
Classiques latins (Paléographie
des), 724.
*Glédat (Léon), chargé du cours
de paléographie à la Faculté
des lettres de Lyon, 556.
démentis {Sancti) Homani ad Go-
rinthios epistula; versio latina
antiquissima, 186.
Glerval (Abbé), un Manuscrit
chartrain du xi» siècle, 681.
Clos des galées de Rouen (Compte
du) au xiye siècle, 158.
Clovis (Diplôme de) pour Saint-
Pierre-le-Vif, 725.
Codex diplomaticus ordinis Sancti
Ru fi Valentiw, 180.
CoUinet (Paul), Etudes sur la
saisie privée, 380.
Compte du clos des galées de
Rouen au xiv« siècle, 158.
Comptes (Chambre des) de Paris,
115.
Comptes de Tournai du xni« siè-
cle, 235.
Concours pour les emplois de
bibliothécaires universitaires,
419.
Confessions de foi des Eglises
orientales, 567.
Conseil d'État (Inventaire des
arrêts du), 524.
Conseiller municipal (un Archi-
viste départemental peut être),
557.
Constantinople (Histoire de la la-
tinité de), 186.
Copenhague (Livres de Henri II
et de Diane de Poitiers conser-
vés à), 429.
Copiste (Instructions données à
un) du xv siècle, 232.
Cordes (Essai d'étude démogra-
phique sur), 133.
Coucy (Vente de labaronnie de),
573.
*Couderc (Camille). — Instruc-
tions données à un copiste du
xv« siècle, 232. — Jean de Gan-
dida, historien, 564.
Coutan (D"-), les Principales égli-
ses de l'arrondissement de
Dieppe, 527; Description de
l'église Notre-Dame du Bourg-
Dun, 527.
"Coville (Alfred), officier de l'Ins-
truction publique, 418.
* Coyecque (Ernest), officier d'Aca-
démie, 418. — Josse Bade et
les traductions de Claude de
Seyssel, 509.
Creizenach (Wilhelm), Geschichte
des neueren Bramas, 536.
^ Daumet (Georges) , membre de
l'École de Rome, 556.
Déambulatoire de Morienval, 125.
Decembri (Pier-Candido), sa tra-
duction des Commentaires de
César, 343.
*Delaville Le Roulx, Gartulaire
général de l'ordre des Hospita-
liers, 669.
*Delisle (Léopold), membre de la
commission de publication de
la Société de l'Ecole des char-
tes, 225 ; docteur honoris causa
de l'Université de Halle, 557.
— Noms vulgaires d'oiseaux et
de poissons au xvi^ siècle, 239.
— Alexandre de Villedieu et
Guillaume Le Moine de Ville-
dieu, 488. — Le Martyrologe
de saint Jérôme, 425. — Un
Feuillet des heures de Charles,
frère de Louis XI, 337. — Ma-
nuscrits du baron de Salis,
560. — Manuscrits légués à la
Bibliothèque nationale par Ar-
mand Durand, 627. — Comptes
rendus : Anecdota Maredsolana,
186; Xenia Bernardina, 187;
Fables de Phèdre, 196 ; OEuvres
poétiques d'Adam de Saint-
Victor, 378 ; Histoire de la ville
d'Alais, 531 ; les La Trémoille
pendant cinq siècles, 532; Al-
phabetisches Verzeichniss der
franzoesischen Litteratur, 539;
Gartulaire général de l'ordre
des Hospitaliers, 669 ; Expédi-
tions ta Prussia and the Holy
Land made by Henry, earl of
derby, afterwards Henry IV,
685.
*Deloye (J.), ses travaux à l'Ecole
de Rome, 710, 715.
744
TABLE ALPHABÉTIQUE.
Démographique (Étude) sur Cor-
des (Tarn), 133.
*Deprez (Marcel), chevalier de la
Légion d'honneur, 418.
Derby (Expéditions to Prussia of
Henry, earl of). 685.
Diane de Poitiers (Livres de), 429.
Dieppe (les Principales églises de
l'arrondissement de), 527.
Dionne (N.-E.), Jacques Cartier,
172; la Nouvelle France, 172;
Samuel Champlain, 172.
Diplomaticus (Codex) ordini Sancti
Ru fi Valentix, 180.
Diplomatique (Manuel de), 661.
Documents bordelais de la biblio-
thèque de sir Thomas Phi!-
lipps, 227.
Documents inédits pour servir à
l'histoire ecclésiastique de la
Belgique, 185.
Dr amas (Geschichte des neueren),
536.
Drame (un) religieux du moyen
âge, le Miracle de Théophile,
379.
Drames (les plus anciens) en lan-
gue française, 674.
Droit (Histoire du) de la France.
518.
Drouet (Louis), Recherches his-
toriques sur les vingt conimu-
nes de Saint - Pierre - Église,
829.
Dubois (Abbé Ern.-L.), l'Union
historique et littéraire du Mai-
ne, 181.
Duchesne (Abbé Louis), le Mar-
tyrologe de saint Jérôme, 425.
Dufourny, 530.
*Dumaine (Alfred Chilhaud- ),
chevalier de la Légion d'hon-
neur, 418.
*Dunoyer (Alphonse), archiviste
paléographe, 226; rédacteur au
bureau des archives du Minis-
tère de l'intérieur, 226.
*Dunoyerde Segonzac (Jacques),
officier d'Académie, 726.
*Dupont-Ferrier (Gustave), agrégé
d'histoire, 557 ; professeur d'his-
toire au lycée ae Lons-le-Sau-
nier, 698.
Dupuy (Manuscrit de Pierre) de
Saint-Sernin, 430.
Durand (Armand), Manuscrits
légués par lui à la Bibliothèque
nationale, 627.
Du Jeil (Joseph), le Livre de
raison de noble Honoré du
. Teil, 374.
Ecole des chartes : création de
bourses, 556 ; nomination d'é-
lèves, 570; examens de fin
d'année, 411 ; soutenance des
thèses, 225. — Conférence sur
l'Ecole des chartes à Chicago,
■71,7. — Voyez : Société de
l'École des chartes.
École des chartes prussienne, 559.
École française de Rome, 556,
. 709.
Écoliers (Mutinerie d') au collège
de Rennes, 570.
Écorce de bouleau (Lettres sur),
570.
*Enlart (Camille), chargé du cours
d'archéologie à l'Ecole des char-
tes, 226. — Le Style gothique
et le déambulatoire de Morien-
val, 125. — Comptes rendus :
les Principales églises de l'ar-
rondissement de Dieppe, 527 ;
Description de l'église Notre-
Dame du Bourg-Dun, 527.
Erlault (Antoine), 368.
États (les) de la vicomte de Tu-
renne, 372.
Eudes, comte de Paris et roi de
France, 355.
Europe (Premiers habitants de 1'),
. 148.
Évêques du Mans (Actes des), 5,
306.
Examens de l'École des chartes,
411.
Fables (les) de Phèdre, 196.
Faculté de théologie (la) de Paris,
360.
Fage (René), les États de la
vicomte de Turenne, 372.
Favre (Edouard), Eudes, comte
de Paris et roi de France (882-
898), 355.
Féret (Abbé P.), la Faculté de
théologie de Paris, 360.
S:"
TABLE ALPHABETIQUE.
745
*Flourac (Léon), admis à la re-
traite d'archiviste du départe-
ment des Basses-Pyrénées, 226.
Fontenay, 526.
Fontes juris germanici antiqui,
674.
*Forgeot (Henri), arcliiviste aux
Archives nationales, 698. —
Compte rendu : Geschichte der
Paepste, 349.
*Fournier (Paul). — Compte ren-
du : Inventaire des arrêts du
Conseil d'État, 524.
France (les Archives de l'histoire
de), 351; — (Droit et institu-
tions de la), 519.
François d'Assise (Vie du saint),
675'.
Franzoesischen Lilteratur (Alpha-
betîsches Verzeicimis der) in der
herz. Bibliothek zu Wolfenbût-
tel, 539.
Fruin (la Retraite de M.), 432.
Fulbert, évêque de Chartres, 681.
*Funck-Brentano (Frantz), chargé
par le conseil municipal de Pa-
ris de la publication de docu-
ments pour servir à l'histoire
des lettres de cachet, 227. —
Compte rendu : la Bastille,
361.
Galées (Clos des) de Rouen au
xiv» siècle, 158.
Galerie illustrée de la Compagnie
de Jésus, 194.
Gallia clirisliana (le nouveau),
725.
Gâtinais (Campagne des Anglais
dans le) (1421-1428), 171.
Gauchery (P.), Travaux d'art exé-
cutés pour Jean de France,
duc de Berry, 524.
Gauloises (Monnaies), 155.
* Gauthier (Jules), l'Artillerie de
Gray en 1638, 238.
* Gautier (Léon), Œuvres poéti-
ques d'Adam de Saint-Victor,
378.
* Gérard (Albert), archiviste paléo-
graphe, 226.
Giannino di Francia (Istoria del
re), 358.
*Giry (Arthur), vice-président de
la Société de l'École des char-
tes, 225 ; premier prix Gobert
à l'Académie des inscriptions,
418, 705; Manuel de diploma-
tique, 660. — Discours aux
obsèques de M. André Réville,
414.
Glasson (E.), Histoire du droit et
des institutions de la France,
519.
Gothique (le Style) et le déambu-
latoire de Morienval, 125.
*Grand (E. -Daniel). — Conférence
sur l'École des chartes à l'Uni-
versité de Chicago, 717. —
Comptes rendus : Jacques Car-
tier, 172 ; la Nouvelle France,
172; Samuel Champlain, 172.
*Grandmaison (Charles Loiseau
de), archiviste honoraire d'In-
dre-et-Loire, 418.
*Grandmaison (Louis Loiseau de),
archiviste d'Indre-et-Loire, 418.
Gray (l'Artillerie de) en 1638,
238.
Grégoire de Tours. Édition de
son histoire ecclésiastique des
Francs, préparée par le P.
Gilles Bouchier, 515.
*Guilhiermoz (Paul), secrétaire de
la Société de l'École des char-
tes, 225; l'^ médaille au con-
cours des antiquités de la Fran-
ce, 418, 703, 711. — Comptes
rendus : Études sur la saisie
privée, 380 ; Histoire de l'In-
quisition en France, 382.
Guillaume Le Moine de Ville-
dieu, 488.
Guinegate ( Poème néerlandais
sur la bataille de), 237.
Gutierrez (André), commenta-
teur du Doctrinal, 722.
Hamy (le P. Alfred), Galerie il-
lustrée de la Compagnie de
Jésus, 194 ; Documents pour
servir à l'histoire des domi-
ciles de la Compagnie de Jésus,
de 1540 à 1773, 385.
*Hanotaux (Gabriel), ministre des
affaires étrangères, 418.
Hautcœur (E.|, Cartulaire de l'é-
glise collégiale de Saint-Pierre
de Lille, 369.
746
TABLE ALPHABÉTIQUE.
*Havet (Julien). Questions méro-
vingiennes, VU. Les Actes des
évêques du Mans, 5, 306.
Hellènes, 148.
Henri H (Livres de), 429.
Henry IV (Expéditions to Prussia
and the Holy Land made bv).
685. ^
*Herbomez (Armand d'), Comptes
de Tournai du xm^ siècle, 235.
— Compte rendu : Documents
pour servir à l'histoire ecclé-
siastique de la Belgique, 185.
Heures de Charles , frère de
Louis XI, 337.
Hincmar, De ordine palatii, 674.
Holder-Egger (Oswald), Lam-
perti monachi Hersfeldensis opé-
ra, 355.
Holy Land (Expéditions to the)
made by Henry, earl of Derby,
afterwards Henry IV, 685.
Hospitaliers (Gartulaire général
de l'ordre des), 669.
Hôtel (1') de Philippe VI de Va-
lois, 465, 598.
*Huet (Gédéon). — La Retraite
de M. Fruin, 432.
léna (Chansonnier allemand de
la bibliothèque d'), 234.
Imprimerie (1') en Italie, 725.
Innomée (F), 189.
Inquisition (Histoire des tribu-
naux de 1') en France, 382.
Institutions (Histoire des) de la
France, 519.
Instructions données à un copiste
du xve siècle, 232.
Invasion anglaise en 1424-1429,
259.
Inventaire des arrêts du Conseil
d'Etat, 524.
Inventaires (anciens) du Trésor
des chartes de Lorraine, 530.
Istoria del re Giannino di Frau-
da, 358.
Italie (l'imprimerie en), 726.
Italiotes, 148.
Itinéraire de Martin V, de 1418
à 1420, 720.
Jacqucmot (Abbé A.), la Tunique
sans couture de N.-S. J.-C.
conservée dans l'église d'Ar-
genteuil, 364.
Jarry (Eugène). — La Mort de
Jeanne II, reine de Jérusalem
et de Sicile en 1382, 236. —
Compte rendu : Thomas UI,
marquis de Saluées, 183.
Jean de France, duc de Berry,
voyez Berry.
Jeanne d'Arc (l'Armée anglaise
vaincue par) sous les murs
d'Orléans, 160. — Livre d'or
de Jeanne d'Arc, 681.
Jeanne II (Mort de), reine de Jé-
rusalem et de Sicile en 1382,
Jérôme (le Martyrologe de saint),
Jésus ( Galerie illustrée de la
Compagnie de), 194; Docu-
ments pour servir à l'histoire
des domiciles de la Compagnie
de Jésus de 1540 à 1773, 385.
* Join-Lambert (Octave), archiviste
paléographe, 226.
Jorga (N.), Thomas III, marquis
de Saluées, 183.
Jurades (les) de la ville de Ber-
gerac, 365.
Juris germanici (Fontes) antiqui,
674.
Krause (Victor), Hincmarus, De
ordine palatii, 674.
Kunst (Kirchliche), 683.
*Labande (L. -Honoré). — Comptes
rendus : Antoine Erlault, 368;
les Procureurs de ville à Saint-
Omer, 371; les États de la vi-
comte de Turenne, 372 ; le Livre
de raison d'Honoré du Teil,
374. '
La Bouralière (A. de), Maintenues
de noblesse prononcées par
MM. Quentin de Richebourg
et Degalois de Latour, 182.
''Labrouche (Paul), officier d'Aca-
démie, 726.
'^Lacaille (Henri). — La Vente de
la baronnie de Coucy, 573.
La Grange (A. del, Ex*^traits ana-
lyti((ues des registres des con-
saulx de la ville de Tournai,
1431-1476, 375.
Lamperti monachi Hersfeldensis
opéra, 355.
TABLE ALPHABETIQUE.
747
Lancelot, 530.
*Langlois ( Charles -Victor ) , les
A rclii ves de l'histoire deFrance,
351. — Compte rendu : Manuel
de diplomatique, 661.
*Langlois (Ernest). — Compte
rendu : le Sonnet dans le midi
de la France, 380.
*La Roacière (Gh. de), stagiaire à
la Bibliothèquenationale, 726;
ses travaux à l'École de Rome,
710, 715. — Compte rendu :
une Saisie de navires mar-
chands anglais à Nantes en
1587, 182.
"^Lasteyrie (comte Robert de),
membre de la commission de
publication de la Société de
l'École des chartes, 225.
Latins (Paléographie des classi-
ques), 724.
La Tour (Henri de), Atlas de
monnaies gauloises, 155.
La Trémoiile (duc de), les La
Trémoille pendant cinq siècles,
532.
*Laurain (Ernest), archiviste pa-
léographe, 226.
Le Bourdellès (René), le Compte
du clos des galées de Rouen au
xiv« siècle, 158.
*Ledos (Eugène-Gabriel), membre
suppléant de la commission de
publication de la Société de
l'École des chartes, 225. —
Comptes rendus : htoria ciel re
Giannino di Francia, 358; Tra-
vaux d'art exécutés pour Jean
de France, duc de Berry, 524 ;
un Drame religieux du moyen
âge, 379; les plus anciens Dra-
mes en langue française, 674 ;
Dufourny et Lancelot , 530 ;
Catalogue des manuscrits des
^bibliothèques publiques de
France, 537; Nouvelles archi-
ves des missions scientifiques,
385.
Ledru (Abbé A.), l'Union histo-
rique et littéraire du Maine,
181.
*Lefèvre-Pontalis (Eugène), archi-
viste trésorier de la Société de
l'École des chartes, 225; chargé
du cours d'archéologie à l'École
des chartes, 226. — Comptes
rendus : l'Innomée, 189; un
Manuscrit chartrain du xi« siè-
cle, 681 ; Geistliches Scbauspiel
und Kircliiiche Kunst, 683.
*Lefèvre-Poutalis (Germain). —
Épisodes de l'invasion anglaise.
La Guerre de partisans dans la
Haute-Normandie (1424-1429),
259. — Compte rendu : l'Armée
anglaise vaincue par Jeanne
d'Arc sous les murs d'Orléans,
160.
*Le Grand (Léon). — Lettre de
Charles VH! concernant la vic-
toire de Rapallo, 143. — Compte
rendu : les Archives de l'his-
toire de France, 351.
Le Moine (Guillaume) de Ville-
dieu, 488.
*Lemoine (Jean), archiviste paléo-
graphe, 226.
*Lemonnier (Henry), président de
la Société de l'Ecole des char-
tes, 225; prix Marcellin Guérin
à l'Académie française, 418.
— Discours aux obsèques de
M. André Réville, 417.
*Lempereur (Louis), officier d'A-
cadémie, 726.
*Lex (Léonce), officier de l'Ins-
truction publique, 227. — Mi-
niatures d'un manuscrit de la
bibliothèque de Màcon, 429. —
Compte rendu : Eudes, comte
de Paris et roi de France, 355.
Lignerolles ( Bibliothèque du
comte de), 430.
Ligures, 148.
Lille (Cartulaire de l'église collé-
giale de Saint- Pierre de), 369.
Livre de raison (le) de noble Ho-
noré du Teil, 374.
Livre exécuté pour Boucicaut,
719.
Livres de Henri H et de Diane
de Poitiers conservés à Copen-
hague, 429.
Livres nouveaux, 197, 388, 542,
688.
Longnon (Auguste). — Rapport
à l'Académie des inscriptions
et belles-lettres, 711.
748
TABLE ALPHABETIQDE.
'Loriquet (Henri), officier de l'Ins-
truction publique, 227.
Lorraine (Anciens inventaires du
Trésor des chartes de), 530.
*Lot (Ferdinand). — Poème néer-
landais sur la bataille de Gui-
negate, 237. — Compte ren-
du : les Premiers habitants de
l'Europe, 148.
Louis XI (Préparations pharma-
ceutiques commandées par ) ,
721.
Lyonnaise (une Prétendue Bible)
de l'année 1500, 233.
Maccari (Latino), Isioria del re
Giannino di Francia. 358.
Maine (Union historique et litté-
raire du), 181.
*Maisonobe (Abel), archiviste pa-
léographe, 226.
Manoscrilto délia R. biblioteca
universitaria di Pavia, 688.
Mans (Actes des évêques du), 5,
306.
Manuscrit ( un ) chartrain du
xi« siècle, 681.
Manuscrit de la bibliothèque de
Mâcon (Miniatures d'un), 429.
Manuscrits de la Bibliothèque
nationale : nouvelles acquisi-
tions, 61, 241 ; legs Armand
Durand, 627.
Manuscrits de Pierre Dupuy de
Saint-Sernin, 420.
Manuscrits des bibliothèques pu-
bliques de France, 637.
Manuscrits du baron de Salis,
560.
•■Marais (Paul), bibliothécaire à la
bibliothèque Mazarine, 698;
officier de l'Instruction publi-
que. 726.
Marchi (L. de), Manoscritti délia
R. biblioteca universitaria di
Pavia, 688.
Maredsolana (Anecdota), 186.
*Marichal (Paul), Dufourny et
Lancelot, 530.
Martin V (Itinéraire de) de 1418
à 1420, 720.
*Martonne (Alfred de), le Sonnet
dans le midi de la France, 379.
Martyrologe (le) de saint Jérôme,
425.
* Mas-Latrie (L. de). Registre des
lettres du roi de Chypre, 235.
Masque de fer (le), 359.
*Mazerolle (Fernand), officier d'A-
cadémie, 726.
*Merlet (René), 3« médaille au
concours des antiquités de la
France, 418, 703, 711; un Ma-
nuscrit chartrain du xi^ siècle,
681.
Mérovingiennes (Questions), 5,
306.
Metz (Manuscrits du baron de
SaUs légués à la bibliothèque
de), 560.
*Meyer (Paul). — Discours à la
séance publique annuelle de
l'Académie des inscriptions et
belles-lettres, 698.
Milchsack , Alphabetisches Ver-
zeichnis der franzoeaischen Lit-
teratur, 539.
Miniatures d'un manuscrit de la
bibliothèque de Mâcon, 429.
Miracle (le) de Théophile, 379.
'^Mirot (Léon), archiviste paléo-
graphe, 226 ; membre de l'École
de Rome, 556.
Missions scientifiques (Nouvelles
archives des), 385.
Monnaies gauloises, 155.
*Moranvillé (Henri). — Mémoire
sur Tamerlan et sa cour, par
un dominicain, en 1403, 433.
— Itinéraire de Martin V, de
1418 à 1420, 720.
*Morel-Fatio (Alfred), membre de
la commission de comptabilité
de la Société de l'École des
chartes, 225. — La Traduction
des Commentaires de César par
Pier-Candido Decerabri, 343.
Morienval (Déambulatoire de),
125.
Morin (Dom Germain), Anecdota
Maredsolana, vol. II, 186.
Morin-Pons (Henry), partage de
ses collections entre losarchives
des départements dauphinois
et la bibliothèque de la ville
de Lyon, 227.
Mort (la) de Jeanne II, reine de
Jérusalem et de Sicile en 1382,
236.
^
4
'k
■3
TABLE ALPDABETIQDE.
749
*Musset (Georges), officier de l'Ins-
truction publique, 227.
Mystère de la Passion (le), 536.
Nantes (Saisie de navires mar-
chands anglais à) en 1587, 182.
*Nerliuger (Charles). — Compte
rendu : Quelle7i und Forschun-
gen zur Geschiclile des Abtei
Reichenau, 684.
Noblesse (Maintenues de), 182.
Noms vulgaires d'oiseaux et de
poissons au xvi'= siècle, 239.
Normandie (la Guerre de parti-
sans dans la Haute-) en 1424-
1429, 259.
Nouvelle-France (la), de Cartier
à Champlain, 172.
Ohem (Ghronik des Gallus), 684.
Oiseaux (Noms vulgaires d') au
xvi« siècle, 239.
*Omont (Henri), membre de la
commission de, publication de
la Société de l'École des char-
tes, 225; membre du Comité
des travaux historiques, 698. —
Nouvelles acquisitions du dé-
partement des manuscrits de
la Bibliothèque nationale en
1892-1893, 61, 241. — Une Édi-
tion de l'Histoire ecclésiastique
des Francs de Grégoire de
Tours, préparée par le P. Gilles
Bouchier, 515. — Confessions
de foi des Églises orientales,
567. — Comptes rendus : His-
toire de la latinité de Constan-
tinople, 186; Lamperti monachi
Hersfeldensis opéra, 355; le
Livre d'or de Jeanne d'Arc,
681; Invertario dei manoscritti
délia R. bihlioteca universitaria
di Pavia, 687.
Orientales (Confessions de foi des
Églises), 567.
Orléanais (Campagnes des Anglais
dans 1') (1421-1428), 171.
Orléans (l'Armée anglaise vain-
cue par Jeanne d'Arc sous les
murs d'), 160.
Ottenthal (Emil von), Regesta im-
perii. 11, 157.
Paepste (Geschichte der), 349.
Pagart d'Hermansart, Service des
pestiférés à Saint -Orner en
4894
1625, 238; les Procureurs de
ville à Saint-Omer, 371.
Palxographical Society of Austra-
lia, 419.
Palatii (De ordine), 674.
Paléographie des classiques latins,
724.
Papes (Chronologie des) du xi^ siè-
cle, 559.
*Parfouru (Paul), une Saisie de
navires marchands anglais à
Nantes en 1587, 182. — Comp-
te rendu : le Compte du clos
des galées de Rouen, 158.
Paris (Chambre des comptes de),
115.
Passion (le Mystère de la), 536.
*Passy (Jean), archiviste du dépar-
tement des Basses -Pyrénées,
226.
Pastor (Ludwig), Geschichte der
Paepste, 349.
Pavia (Manoscritti délia R. bihlio-
teca universitaria di), 688.
Pestiférés (Service des) à Saint-
Omer en 1685, 238.
*Petit-Dutaillis (Charles), profes-
seur d'histoire au lycée de
Troyes, 556.
Pharmaceutiques (Préparations)
commandées par Louis XI, 721 .
Phèdre, Fables, 196.
Philippe le Bel (la Bible de), 427.
Philippe VI de Valois (l'hôtel de),
465, 598.
Phillipps (Documents bordelais
de la bibliothèque de sir Tho-
mas), 227.
Pierre le Vénérable (Lettre de
saint Bernard à), 563.
Plessis-Piquet, 526.
* Poète (Marcel), bibliothécaire-
adjoint de la ville de Besançon,
226 ; conservateur du même
établissement et des archives
communales, 698.
Poissons (Noms vulgaires de) au
xvi" siècle, 239.
Poitou (Archives historiques du),
182.
Pope (Joseph), Jacques Cartier,
172.
* Portai (Charles). — Essai d'étude
48
750
TABLE ALPHABETIQUE.
démographique sur Cordes
(Tara), 133.
Premiers habitants de l'Europe,
148.
Préparations pharmaceutiques
commandées par Louis XI ,
721.
'Prinet (Max), archiviste paléo-
graphe , 226 ; conservateur-
adjoint de la bibUothèque de
Besançon, 698.
Procureurs (les) de ville à Saint-
Omer, 371.
'Prou (Maurice), prix Duchalais
à l'Académie des inscriptions,
227, 707 ; Étude sur les chartes
de fondation de l'abbave de
Saint- Pierre- le -Vif, 725. —
Comptes rendus : Regesta im-
perii, 157 ; Campagnes des
Anglais dans l'Orléanais, 171 ;
Hincmarus, De ordine palatii,
674.
Prussia (Expéditions to) made bij
Henry, earl of Derbxj , after-
wards Henry IV, 685.
Rapallo (Lettre de Charles VIII
concernant la victoire de), 143.
Regesta imperii, H : Die Regesten
des Kaiserreichs unterden Herrs-
chern aus dem saechsischen
Hanse, 157.
Registre des lettres du roi de
Chypre, 235.
Registres des consaulx de Tour-
nai (Extraits des), 376.
Reichenau (Quellen und Forschun-
gen zur Geschichte der Abtei),
684.
Rennes (Mutinerie d'écoliers au
collège de), 570.
"Réville (André), décédé, 414.
Revue néo-scolastique, 234.
"Richard (Jules-Marie), le Mys-
tère de la Passion , 536. —
Compte rendu : Cartulaire de
l'église collégiale de Saint-
Pierre de Lille, 369.
'Robert (Ulysse), les Fables de
Phèdre, 196.
Rouen (Compte du clos des galées
de) au xiv® siècle, 158.
"Roux (Henri de), stagiaire à la
Bibliothèque nationale, 418.
Sabatier (Paul), Vie de saint
François d'Assise, 675.
'Sache ("Marc), conservateur-ad-
joint à la bibliothèque d'Alger,
688.
"Saige (Gustave), correspondant
de l'Académie des inscriptions
et belles-lettres, 698.
Saint-Flour (Charles VII à), 721.
Saint-Omer (les Procureurs de
ville à) , 37 i ; — (Service des
pestiférés à), 238. /""
Saint-Paul (Anthyme), l'Inno-
mée, 189.
Saint-Pierre-Église (Recherches
historiques sur les vingt com-
munes du canton de), 529.
Saint -Pierre -le -Vif (Étude sur
les chartes de fondation de
l'abbaye de), 725.
Saint-Victor (Adam de) , voyez
Adam.
Saisie (une) de navires mar-
chands anglais à Nantes en
1587, 182.
Saisie privée (Études sur la), 380.
Salis (Manuscrits du baron de),
560.
Saluées (Thomas III, marquis de),
183.
Sceaux, 526.
Schauspiel (Gcistliches), 683.
Scolastique (Revue néo-), 234.
Sens (Noces d'or de la Société
archéologique de), 725.
*Sepet (Marins), un Drame reli-
gieux du moyen âge, le Mira-
cle de Théophile, 320; les plus
anciens Drames en langue fran-
çaise, 674. — Comptes rendus :
le Mystère de la Passion, 536;
Geschichte des neueren Dramas,
536.
Service des pestiférés à Saint-
Omer en 1625, 238.
Seyssel (les Traductions de), 509.
Smith (Lucy Toulmin), Expédi-
tions to Prussia and the Holy
land made by Henry, earl of
Derby, 685.
Société archéologique de Sens
(Noces d'or de la), 725.
Société de l'École des chartes,
225.
!
TAULE ALPHABETIQUE.
75i
Société des études historiques,
419.
Société paléographique d'Aus-
tralie, 419.
Sonnet (lei dans le midi de la
France, 379.
Statuette (la) équestre de Char-
lemagne, 426.
*Stein (Henri), les Archives de
. l'histoire de France, 351. —
Compte rendu : Documents
pour servir à l'histoire des do-
miciles de la Compagnie de
Jésus, 385.
Style gothique (le) et le déambu-
latoire de Morienval, 125.
Synagoge (Ikotxographie der), 683.
Tamerlan (Mémoire sur), 433.
Tanon (L.), Histoire des tribu-
naux de l'Inquisition en France,
382.
Térouanne, voyez Guinegate.
*Teulet (Raymond), secrétaire-
adjoint de la Société de l'École
des chartes, 225; archiviste
honoraire aux Archives natio-
nales, 698.
Théâtre (Essai sur l'histoire du),
192.
Théodechilde (Charte de), 725.
Théophile (le Miracle de), 379.
Thèses de l'École des chartes,
225.
*Tholin (Georges), chevalier de la
Légion d'honneur, 418.
Thomas III, marquis de Saluées,
183.
Tournai (Comptes de) du xm^ siè-
cle, 235 ; — extraits des regis-
tres des consaulx, 375.
Trésor des chartes de Lorraine,
530.
*Trudon des Ormes (Amédée). —
Comptes rendus : la Faculté
de théologie de Paris, 360 ; la
Tunique sans couture d'Ar-
genteuil, 364.
Tunique (la) sans couture de
N.-S. J.-C. conservée dans
l'église d'Argenteuil, 364.
Turenne (les États de la vicomte
de), 372.
Union historique et littéraire du
Maine, 181.
Universitaires (Concours pour les
emplois de bibliothécaires), 419.
*Vaesen (Joseph). — Compte
rendu : Extraits analytiques
des registres des consaulx de
la ville de Tournai, 375.
VaUntix (Codex diplomaticus or-
dinis sancti Rufi), 180.
Valleyres (la Trouvaille de), 238.
* Valois (Noël), membre suppléant
de la commission de publica-
tion de la Société de l'École
des chartes, 225; Inventaire
des arrêts du Conseil d'État
(règne de Henri IV), 524.
Valois (Philippe VI de), 465, 598.
*Vautier (Henri), archiviste pa-
léographe, 226.
*Viard (Jules), l'Hôtel de Phi-
lippe VI de Valois, 465, 598.
— Compte rendu : Auxi-le-
Château, 367.
Vienne (Cartulaire du chapitre de
Saint-Maurice de), 178.
Villaret (Amicie de), Campagne
des Anglais dans l'Orléanais,
la Beauce chartraine et le Gâ-
tinais (1421-1428), 171.
Villedieu (Alexandre de), voyez
Alexandre.
'^Villepelet (Robert), archiviste
paléographe, 226.
* Viollet ( Paul ) , docteur honoris
causa de l'Université de Halle,
557.
Vitasse (Abbé), Auxi-le-Château,
367.
Weber (Paul), Geistliches Schau-
spiel und kirchliche Kunst in
ihrem Vorhâltnis erlautert an
einer Jkonographie der Kirche
und Synagoge, 683.
Weil (Henri). — Rapport à l'Aca-
démie des inscriptions sur les
Écoles de Rome et d'Athènes,
715.
Wolfenbuttel (Alphabetisches ; Ver-
zeichms der franzœsischen Lit-
teratur in der herzogl. Biblio-
tfiek zu), 539.
Xenia Bernardina, 187.
Nogent-le-Rotrou, imprimerie Daupkley-Gouverneur.
o
1
D Bibliothèque de TËcole
111 des chartes
B5
t. 55
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